Transcript
Naomi Titti (0:04)
On.
Julia Feuss (0:13)
A beaucoup plus de risques, nous les femmes, d'être violées, castagnées, tuées, et donc d'être exposées à la violence quand on fréquente un homme, c'est comme ça, que d'être avalées par un requin. Mais si vous entendez une femme dire « j'ai peur des requins », vous allez la comprendre. Oh moi aussi ! Là même vous direz j'ai peur des mecs ? Elle est hystérique, elle est misandre, c'est une casseuse d'ambiance, elle est.
Naomi Titti (0:41)
Folle, elle exagère, etc. Quand on travaille sur la domination masculine, sur les violences sexistes et sexuelles, on se retrouve très souvent confrontés à cette expression. Not all men. Pas tous les hommes en français. Vous qui m'écoutez, vous l'avez forcément déjà entendu ou lu sous sa forme de hashtag sur les réseaux sociaux. Peut-être que vous vous attendez à devoir affronter cette phrase lors des fêtes de famille, ou peut-être que vous l'avez déjà prononcé vous-même, d'ailleurs. Ce que ça.
Julia Feuss (1:11)
Sous-Entend, c'est Bon, d'accord, il y a des hommes qui violent, qui agressent, qui frappent, qui tuent, mais pas tous les hommes. On n'est.
Naomi Titti (1:17)
Pas tous comme ça. À première vue, on pourrait se dire que ça n'est qu'un point de vue pour alimenter un débat. Que, puisque les violences sexuelles nous concernent toutes et tous, tout le monde peut bien donner son avis, partager ses ressentis, rien de bien grave là-dedans. Mais en fait, ce not all men, c'est loin d'être une formule anodine. C'est un outil imparable pour enrayer les luttes pour l'égalité. C'est ce qu'on va voir dans ce nouvel entretien. Je m'appelle Naomi Titti, bienvenue dans l'épisode 130 des Couilles sur la table, le podcast qui explore les masculinités créées par Victoire Tuaillon. Mon invitée du jour s'appelle Julia Feuss. Elle est autrice et journaliste féministe, spécialiste des questions de genre. Pendant plusieurs années, elle a été productrice à France Inter. Sa dernière émission s'appelait « En marge ». Dans son travail, elle réfléchit à l'impact qu'a eu le féminisme sur sa vie et sur celle de son entourage, notamment des hommes. Son dernier essai est sorti en mars 2025 aux éditions Lameut et il s'appelle « Pas tous les hommes quand même » et dedans, elle déboulonne point par point toutes les idées reçues derrière ce poncif. J'ai commencé par lui demander qu'est-ce que c'est exactement ce Nottelmann ?
Julia Feuss (2:37)
Dans quel contexte il surgit la plupart du temps ? Alors, il surgit absolument partout, tout le temps, dès que le sujet des violences masculines est évoqué et on aura sans doute le temps de dire après à quoi il sert. En réalité, c'est un réflexe qui est millénaire puisqu'il consiste à protéger ceux qui sont tout en haut de cette hiérarchie des normes dans une société patriarcale et donc dans toutes nos sociétés finalement, c'est-à-dire protéger une catégorie sociale bien déterminée, les hommes plutôt cisgenres, plutôt hétéros et puis accessoirement parfois plutôt blancs et puis plutôt bourgeois etc. Bref, c'est un réflexe de protection du système qui est planétaire, qui est millénaire et qui a connu sa traduction en version hashtag pour les réseaux sociaux dans les années 2015-2016. À ce moment-là, vous avez un jeune Californien, Elliot Rodger, qui va s'adonner à une tuerie de masse. Il va tuer une quinzaine de personnes dans le comté de Santa Barbara, en Californie, parmi lesquelles une écrasante majorité de femmes. Et dès le début de l'enquête, les policiers mettent la main sur des contenus violemment misogynes sur les ordinateurs et les téléphones de ce jeune homme. Et sachant cela, un certain nombre de femmes se mettent à raconter sur Twitter les violences qu'elles ont subies dans une espèce de ras-le-bol qui va préfigurer MeToo, en quelque sorte, MeToo qui éclatera quelques années plus tard. Au moment où ces femmes prennent la parole, le premier Not All Men, le premier hashtag Not All Men, hashtag pas tous les hommes quand même, fait son apparition, surgit et bientôt inonde les réseaux sociaux et depuis ça n'a pas bougé. Vous pouvez être sûr qu'à chaque récit de violences sexistes ou sexuelles, dans les 2-3 minutes qui suivent, vous allez avoir quelqu'un qui.
