Fleur Hopkins-Lauferron (41:19)
Reconnaissent dans le genre qui leur a été attribué à la naissance. Moi, par exemple, je suis une femme cisgenre. et donc des femmes qui vont explorer, à travers ce récit, toute la charge sociologique et politique que peuvent contenir un récit que l'on pourrait négativement considérer comme niais, comme mièvre, comme réservé aux femmes. Eh bien non, en fin de compte, ces autrices nous racontent que c'est aussi là un champ de bataille, un terrain politique où raconter des histoires d'amour qui vraiment vont sortir précisément de la norme. Alors, parmi les grandes autrices qui fonctionnent très fort aux États-Unis, il y a d'abord Katie Robert, qui est une auteurice non binaire qui, elle, va nous raconter, par exemple, une très plaisante réécriture de La Belle et la Bête, dans laquelle, cette fois, Gaston et la Bête vont conclure et même tomber amoureux, et donc elle va complètement subvertir le conte de fées originel. Et puis, de l'autre, on a Rina Kent, qui est vraiment une très, très grande autrice dans le champ de la Dark Romance, et qui a carrément consacré une saga qu'elle appelle Vilaine, donc vilain, à des hommes qui tombent amoureux de manière complètement inattendue. et qui vont vraiment être dans un rapport à la fois de conflictualité l'un avec l'autre, mais aussi avec eux-mêmes, puisqu'à chaque fois ce sont des hommes qui ont beaucoup de mal à accepter qu'ils peuvent être homosexuels dans une société qui accueille très mal la différence et tout ce qui sort de l'hétéropatriarcat et de l'hétéronormativité. Concernant l'électrice, c'est un petit peu plus compliqué de faire un portrait robot. Mais quand on va fouiller les forums, que ce soit sur Facebook, sur le BookTok, sur Reddit, on se rend compte assez vite que c'est extrêmement, extrêmement divers. Alors déjà, il n'y a pas que d'électrices. Il y a aussi beaucoup d'hommes qui consomment ces contenus. Évidemment, pour une partie, ça va être des hommes qui vont être queers, qui vont être gays, mais pas que. On a parfois des surprises avec d'électrices qui disent j'ai envie de faire découvrir l'EMM à mon mari. Quel titre? Vous pouvez. me conseiller, puisque rappelons quand même que ce sont des récits avant tout qui nous parlent d'amour, peu importe que ce soit des amours entre hommes, entre femmes, du polyamour, c'est avant tout le sentiment amoureux qui est exploré dans le détail. Et donc de fait, voilà, une grande variété dans la communauté de lecteurs, mais oui, tout de même, beaucoup de femmes qui le consomment. Et contrairement à ce qu'on pourrait croire, c'est pas uniquement, bien heureusement, pour la fétichisation ou pour le voyeurisme. Elles vont pour beaucoup attester du fait que ces récits leur apportent une manière de lutter de manière féministe contre la propre réification de leur sexualité. Puisque quelque part, si on réfléchit à ces récits, on est dans des relations sexuelles entre hommes où la charge procréative disparaît totalement. On va être aussi dans des relations sexuelles où on va parler beaucoup plus ouvertement de consentement. On va mettre des mots très clairs sur les annulingus, sur la fellation, sur tous ces rapports sexuels qui pendant très longtemps était édulcorée dans le champ de la romance, puisque dans les romances hétérosexuelles, qu'on le veuille ou non, on se positionne toujours en faveur inconsciemment ou en disruption totale avec le modèle hétéronormatif. Et donc, quelque part, les lectrices, quand elles vont choisir de consommer du MM, c'est une manière, vous voyez, de se reposer l'esprit en sachant pertinemment qu'on est ici dans une espèce d'utopie amoureuse où la culture du viol, le slut-shaming, Toutes ces choses-là, eh bien ça n'existe pas pour les deux hommes en présence dans ces récits. Ça participe très très très largement d'un élargissement global de la manière de percevoir l'amour et la sexualité aujourd'hui, puisque aujourd'hui la romance, sous toutes ses formes, c'est vraiment devenu un appareil politique et sociologique pour penser nos manières d'approcher l'amour et la sexualité. C'est devenu vraiment un espace militant, un espace de revendication, Et donc beaucoup de ces femmes-là, quand elles consomment ces récits-là, qu'elles soient queer, qu'elles soient cis, qu'elles soient hétéro ou homo, elles vont y trouver une manière de poser des mots très clairs sur des réalités socioculturelles qui parfois leur échappent et qu'elles essayent de mieux comprendre ou tout simplement d'expérimenter de première main. Donc le fait que ces romances elles-mêmes soient très attachées au format du récit d'apprentissage, c'est pas du tout, pas du tout par hasard. Elles vont rechercher une forme de véracité de l'expérience Puisque très souvent, dans ces récits-là, il y a un vrai souci qui est donné au fait de représenter la sexualité des individus. Ce n'est pas juste la jouissance de dire « super, un homme qui fait une fellation à un autre homme ». C'est plutôt regarder la psyché des hommes différemment et voir qu'ils sont capables d'amour, qu'ils sont capables d'angoisse, qu'eux aussi, ils aspirent à un amour honnête, pur, authentique. Et donc, il y a plutôt un phénomène d'identification de la part des lectrices. Pour autant, il y a quand même une limite assez net à poser, et c'est pour ça que parfois la communauté queer et LGBTQIA+, dans son ensemble, va poser quelques réserves sur certains titres, c'est que l'air de rien, on va se trouver face à des autrices, pour la plupart, qui n'ont pas forcément connaissance de ce que c'est d'être homosexuel, avec toute la pluristigmatisation et l'intersectionnalité que ça suppose. Et donc, de fait, on va avoir aussi parfois certains travers. Par exemple, on ne va pas parler de la hook-up culture selon les lecteurs gays. On va mettre beaucoup trop l'accent, par exemple, sur le fait de se protéger à chaque rapport sexuel. Et on voit donc qu'il y a vraiment une espèce de crainte très intériorisée de la part de ces autrices concernant la possibilité d'attraper le VIH chez les partenaires masculins. Il y a en tout cas pas mal de choses comme ça qui, je dirais, échappent aux autrices qui ne sont pas homosexuelles masculines, du fait même que ce n'est pas leur expérience de première main. Donc, c'est là où la réception est est assez partagée dans le champ queer et dans le champ LGBT de manière globale. Si on s'amuse à fouiller les forums, on se rend compte qu'il y a vraiment un clivage très net. On va avoir d'un certain côté des auteurs gays qui disent « moi, j'écris, j'écris des romances et même en tant qu'homme homo, voilà, j'aime bien écrire ça ». D'autres qui vont dire « moi, je lis même des romances homos écrites par des femmes et je les trouve super bien écrites parce qu'en fin de compte, on a du sexe pimenté, c'est très agréable, mais on a surtout des vrais personnages qui ont une densité et une épaisseur psychologiques qu'on ne trouve pas habituellement, je dirais plutôt il y a dix ans de ça, dans la romance hétérosexuelle. Et puis de l'autre, on va avoir différents individus qui vont être assez réservés, je dirais, assez critiques parce qu'il y a une crainte d'une... ce qu'on pourrait appeler même une forme d'appropriation culturelle, en fin de compte. Mais on voit bien que c'est des thématiques qui traversent aussi différentes romances, où on va avoir des romances entre personnes racisées écrites par des personnes blanches. On voit bien, en fait, la difficulté. C'est qu'il y a toujours un risque de s'approprier un discours qui n'est pas le nôtre, dont on n'a pas vécu les pluristigmatisations, et donc de raconter quelque chose d'assez édulcoré. Donc c'est toujours, je dirais, un pari risqué. Et quand on voit les témoignages des autrices, on se rend compte que vraiment, Il y a un vrai travail d'enquête sociologique de leur part. Elles vont aller lire des méta-analyses sur Google Scholar. Elles vont s'entretenir avec leurs amis gays. Ce n'est pas du tout fait par-dessus la jambe. Il y a un vrai travail de qualité qui est fait, évidemment. Il y a toujours des pommes pourries dans le lot et c'est souvent sur celles-ci que vont se concentrer les critiques négatives. Mais globalement, en tout cas, pour avoir fouillé pas mal de forums et pas mal d'articles écrits par des gens de la communauté LGBTQIA+. C'est reçu de manière plutôt positive parce qu'en fait, les dépictions qui sont proposées dans ces romans sont généralement positives, pas.