Les Couilles sur la table – Épisode 11 : Laurent Sciamma – La mort de l’humour sexiste
Podcast: Les Couilles sur la table (Binge Audio)
Date: 1 février 2018
Invité: Laurent Sciamma, humoriste
Animatrice: Victoire Tuaillon
Bref aperçu
Dans cet épisode, Victoire Tuaillon invite l’humoriste Laurent Sciamma pour explorer comment l’humour peut être utilisé pour déconstruire les normes de la virilité, questionner la masculinité contemporaine, et dépasser les codes sexistes très présents dans la culture populaire. Ensemble, ils discutent de l’impact de l’éducation genrée, du privilège masculin, du féminisme, et de l’avenir d’un humour plus égalitaire et conscient.
Points clés et grandes thématiques
1. La place de la masculinité dans la vie de Laurent Sciamma
[02:15]
- Laurent Sciamma raconte que la question de la masculinité le touche personnellement, ayant grandi avec deux grandes sœurs dans un environnement "très sain, très aimant, très complice", ce qui a aiguisé sa sensibilité à la question du genre et de la différence.
“Cette altérité-là, je voyais comme elle m’enrichissait...” – Laurent Sciamma
[03:53]
- Il explique qu’avoir des sœurs l’a "ouvert à d’autres cultures", à la sensibilité, à l’empathie, et à "une forme de conscience de ce que c’est qu’être un garçon ou une fille".
2. Humour et virilité : se moquer sans reproduire les clichés
[05:27] – [07:07]
-
Laurent se décrit comme un "anti-mâle alpha", jouant de l’autodérision et de sa propre image pour dénoncer le mythe de l’homme dominant :
"Je peux pas être un mâle alpha quand t’as le corps de Timon dans Le Roi Lion. À la limite, je serais peut-être un suricate alpha.” – Laurent Sciamma [06:14]
-
Discussion sur ce que signifie être “alpha” aujourd’hui : la distinction entre leadership et domination, la possibilité d’être “alpha” sans imposer le pouvoir aux autres.
3. Le féminisme et l’égalité : convictions personnelles
[08:17]
- Laurent affirme clairement sa position :
“Je dis je suis féministe, bien sûr.” – Laurent Sciamma
[09:04]
- Il lie cette conviction à une conception très républicaine : “Liberté, égalité, fraternité”, et insiste sur la nécessité de “réduire les inégalités”.
4. Humoriste… sans humour sexiste ni raciste
[09:41] – [11:28]
-
Victoire remarque que dans le spectacle de Laurent, il n’y a ni blagues sexistes, racistes ou homophobes – rareté dans le paysage humoristique français.
-
Laurent affirme que cela n’est pas une contrainte mais une source de créativité :
“Moi, je suis persuadé que non, que ça ouvre un champ des possibles.” – Laurent Sciamma [10:14] "Il faut se prendre la tête pour trouver des angles, des exemples. C’est un vrai exercice de rhétorique." [10:33]
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Discussion sur la pauvreté du paysage humoristique français à ce sujet, comparé à l'étranger.
5. L’humour doit évoluer avec la société
[12:22] – [13:08]
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Laurent milite pour “changer de cible” dans l’humour : rire des hommes, de leur incapacité à exprimer des émotions, des puissants, au lieu de toujours viser les mêmes groupes minorisés.
“Rions des hommes. Rions de leur incapacité à parfois se connecter à eux-mêmes...” – Laurent Sciamma [12:24]
6. Féminisme, honte et responsabilité masculine
[14:26] – [15:50]
-
Laurent refuse de se sentir coupable d’être un homme, mais se sentirait coupable de ne pas s’intéresser à ces questions :
“Je pense que je me sentirais coupable si je ne faisais pas ce travail-là.” – Laurent Sciamma [14:34]
-
Il insiste sur l’importance pour les hommes de considérer le féminisme comme “leur affaire” et reconnaît que les hommes sont une “gigantesque donnée dans l’équation”.
7. Prendre conscience de ses privilèges et changer les normes
[19:17]
-
Laurent souligne que même les “mecs bien” profitent d’un système de privilèges :
“C’est pas parce que vous êtes des mecs bien que par ailleurs vous ne profitez pas d’un système.” [19:48]
-
Exemple marquant : dans le milieu de l’humour, il constate significativement plus de place accordée aux hommes.
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Il cite Virginie Despentes :
“Moi j’ai jamais agressé. D’accord ok… Mais n’empêche que je suis dans un système qui fait souffrir les gens.” [19:57]
8. Peur, vulnérabilité et injonctions à la virilité
[20:24] – [21:07]
- Entretien sur la peur dans l’espace public : les hommes ont aussi peur mais “n’ont pas le droit de le dire”, révélant la pression de l’injonction à la virilité.
9. Figures masculines et éducation
[21:23] – [23:41]
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Laurent insiste sur l’impact de figures féminines (mère, sœurs, grand-mères) dans son éducation sentimentale et sociale.
-
Réflexion sur le spectre de “l’homme castré”, l’idée selon laquelle un homme féministe serait “écrasé” par la puissance féminine. Il admet y avoir réfléchi et travaillé, notamment en thérapie.
“Quand on se construit, ça a des effets très positifs et puis ça [peut]… [avoir des effets contraires].” [23:40]
10. Le bonheur de se déconstruire
[26:13] – [27:19]
-
La possibilité de s’accomplir hors des carcans de genre est vue comme un “programme politique”.
“Le meilleur programme politique c’est de se dire que chacun puisse devenir qui il veut être, s’accomplir.” [26:15]
-
L’introspection, pour Laurent, rend plus heureux : “C’est génial de s’autoriser à penser qu’on n’a pas toutes les réponses ; c’est déjà le début.” [27:19]
11. L’amitié, le “boy next door” et la friendzone
[28:15] – [33:14]
-
Laurent entretient un cercle masculin proche où il se sent lui-même, mais confie ne jamais avoir adhéré à “l’ambiance vestiaire”.
-
Il explore la critique du mythe de la “friendzone” et rejette le cliché :
“La friendzone, moi, j’adore ce truc, ça s’appelle l’amitié.” – Laurent Sciamma [32:30]
-
Remise en question de l’injonction à la performance sexuelle et au “nombre”, ainsi que l’absence de discussion sur la qualité ou le plaisir partagé.
12. Absence d’éducation à la sensualité et à l’intimité masculine
[33:23] – [34:31]
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Discussion sur l’éducation sexuelle et affective déficiente des garçons :
“Notre rapport à la sexualité, notre éducation à ça, c’est quand même soit la nature, la reproduction, soit la conquête. […] On parle jamais de… Est-ce que les hommes, ils font bien ça ou pas ? – Laurent Sciamma [33:15]
-
Manque d’encouragement à l’intimité : "Les garçons n’ont pas de journal intime." [27:47]
13. Pour finir : une recommandation littéraire
[35:18] – [37:52]
-
Laurent recommande la lecture d’Annie Ernaux, pour “faire l’expérience de l’altérité”, et souligne l’importance de se confronter à d’autres points de vue pour sortir des scripts genrés.
"Lire Annie Ernaux, c’est vraiment faire l’expérience de l’altérité… Je ne vais pas dire ‘être une femme’, mais elle, qu’est-ce que ça veut dire pour elle, être une femme." [36:26]
Citations marquantes
- “Je peux pas être un mâle alpha quand t’as genre le corps de Timon dans Le Roi Lion. À la limite, je serais peut-être un suricate alpha.” – Laurent Sciamma [06:14]
- “Je suis féministe, bien sûr. Oui, complètement. Moi, je milite pour l’égalité.” – Laurent Sciamma [08:21]
- “Rions des hommes. Rions de leur incapacité à parfois se connecter à eux-mêmes, à accepter que c’est des êtres sensibles qui éprouvent des émotions.” – Laurent Sciamma [12:24]
- “Je me sentirais coupable si je ne faisais pas ce travail-là.” – Laurent Sciamma [14:34]
- “C’est pas parce que vous êtes des mecs bien que par ailleurs vous ne profitez pas d’un système.” – Laurent Sciamma [19:48]
- “La friendzone, moi, j’adore ce truc, ça s’appelle l’amitié.” – Laurent Sciamma [32:30]
Timestamps des segments importants
- [02:15] Genèse de la réflexion sur la masculinité, éducation avec des sœurs
- [05:27] La virilité, le corps et l’autodérision
- [08:17] S’affirmer féministe et définition de l’égalité
- [09:41] Refus de l’humour sexiste, l’écriture humoristique comme travail
- [12:22] Changer de cible dans l’humour : rire des hommes et des puissants
- [14:26] Le féminisme comme affaire d’hommes et la question de la culpabilité
- [19:17] Prendre conscience des privilèges masculins
- [21:23] Education sentimentale, figures féminines, “homme castré”
- [26:15] Devenir soi-même en sortant des schémas de genre
- [32:10] Démystification de la “friendzone”
- [34:00] Manque d’éducation à la sensualité, plaisir et désir
- [35:18] Recommandation de lire Annie Ernaux
Moments mémorables & ton de l’épisode
L’échange, très complice, oscille entre humour fin, introspection sincère et engagement militant. Laurent Sciamma fait preuve d’autodérision tout en verbalisant des enjeux complexes sur les masculinités :
- La capacité à rire de soi (et des injonctions à la virilité)
- Le refus d’un humour paresseux et discriminant
- L’envie de voir se propager de nouveaux modèles masculins plus ouverts et moins toxiques
- Son espoir partagé avec l’animatrice d’un monde où chacun pourrait “devenir qui il veut être”.
Conclusion
Cet épisode, à la fois drôle, intelligent et pédagogique, offre une réflexion singulière sur la masculinité contemporaine, l’humour, et l’égalité. Il pose un acte politique fort : rire des hommes pour mieux les libérer des carcans, mais aussi inviter à la responsabilité et à la transformation, tant personnelle que collective.
Résumé proposé par votre Assistant, à retrouver sur Les Couilles sur la table – Binge Audio
