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Fanny
Oh la vache, c'est quoi ce délire !
Host (likely Victoire Tuaillon)
On est toujours à la ferme de la Jauberny, quelque part en Ardèche, pour discuter du monde paysan en France et de comment on se débrouille en tant que paysannes féministes pour s'y épanouir.
Céline
C'est souvent que les nanas, c'est les moments qu'on préfère, c'est les semis, mais du coup je suis là, oh mince, moi aussi j'aime ça, mais c'est vrai qu'il y a un truc de voir les plantes lever, c'est quand même un peu assez magique.
Fanny
Moi j'aime bien quand je bouge mon troupeau et qu'il y a toutes mes bêtes qui sont derrière moi et qui me suivent avec leurs nez blancs et leurs cornes et qu'elles ont trop la classe.
Host (likely Victoire Tuaillon)
Marion est maraîchère et apicultrice, Fanny produit du tofu après avoir élevé des brebis, des animaux que Guylaine connaît bien puisqu'elle en a tout un troupeau. Céline élève quant à elle des chèvres avec son associé et Florie est apicultrice.
Fanny
Moi, j'aime beaucoup le printemps parce qu'il y a la nature qui se réveille et il y a les ruches qui se réveillent.
Céline
Du coup, j'adore faire toutes les visites.
Fanny
De printemps et redécouvrir un peu les colonies.
Host (likely Victoire Tuaillon)
Dans la deuxième partie de cette discussion, on continue d'examiner comment elles ont contré les stéréotypes sexistes pour faire leur métier, comment aussi elles construisent d'autres standards, d'autres références que l'habituel masculin neutre. Elles vont aussi nous raconter, avec la dessinatrice Maud Bénézy, comment elles ont réussi à faire cette oeuvre collective, cette formidable bande dessinée éditée chez Marabou qui s'appelle « Il est où le patron ? Chronique de paysannes » que je vous recommande si vous avez ne serait-ce qu'une minute. Car c'est un jour le rêve de vous aussi de devenir paysanne ou paysan. Est-ce que tu peux juste nous présenter vite fait quelques-unes, comment elles sont ?
Guylaine
Alors, bah là on a Noisette, par exemple, qui adore les caresses à tel point qu'elle se frotte le ventre par.
Marion
Terre quand il y a de l'air.
Guylaine
Pour pouvoir se gratter le ventre. Là on a Java, c'est la belle chèvre costaud dont je vous parlais, qui est la fille de la chèvre, qui sera bientôt la chèvre.
Host (likely Victoire Tuaillon)
Les couilles sur la table, épisode 79, deuxième partie.
Guylaine
C'est grâce à elle en fait que la ferme tourne bien. C'est vraiment nos... nos copines quoi.
Host (likely Victoire Tuaillon)
Mais on commence tout de suite par des questions qui fâchent. Je leur ai demandé ce qu'elles pensaient des parallèles tracés par de nombreuses militantes et penseuses féministes et antispécistes, entre le sort qu'on réserve aux femmes et aux minorités dans nos sociétés et la façon dont on traite les animaux dans l'agriculture. En bref, être éleveuse et féministe, comment est-ce possible ?
Guylaine
Et là, on a une petite baston entre libellule et luciole. Mais bon, rien de grave.
Marion
Moi je me rends compte que j'ai beaucoup évolué sur mes pratiques. Ça fait plus de dix ans que je bosse dans l'élevage avec les brebis. Donc moi je suis d'origine citadine, et du coup quand je suis arrivée dans ce milieu-là, il y avait vraiment une question de légitimité à faire mes preuves. Et c'était un milieu qui était vraiment pensé par les hommes, avec eux qui mettent leurs règles. Et j'ai tout de suite un peu compris que si je voulais être crédible, il fallait que je mette de côté tout ce qui pouvait être perçu ou assimilé à de la sensibilité. Et mon objectif c'était d'être acceptée dans ce monde-là parce que j'avais très envie d'être éleveuse, parce que j'aimais beaucoup les animaux, donc un peu quelque chose de contradictoire. Et du coup j'ai vraiment étouffé plein de questionnements, enfin on observe, on a un regard neuf et on se dit bah là est-ce que c'est de la souffrance, qu'est-ce que c'est le bien-être ? Est-ce que la bête va bien ? Quel est le rapport ? Et en fait c'est des choses hyper complexes. Et c'est des questions qui me taraudaient mais que j'ai vraiment juste complètement étouffée. Parce que j'ai l'impression que si je laissais dépasser de moi des bribes de questionnement, ça allait me faire perdre toute ma crédibilité.
Host (likely Victoire Tuaillon)
Sur quoi par exemple ?
Marion
Sur la perception de la douleur en fait. Les animaux ne parlent pas, on est responsable d'eux. du coup à quel moment on considère qu'il y a de la douleur et qu'il faut le prendre en compte et qu'il faut faire quelque chose et c'est complexe, on n'a pas de réponse. Moi je ne m'autorisais pas à me poser la question et je pense que c'était quelque chose d'assez répandu et à force de travailler dans l'élevage et notamment de pouvoir avoir des moments de d'échange et de complicité en non mixité avec d'autres éleveuses, il y a un peu ce truc qui a lâché, de se dire en fait là j'ai plus besoin de prouver que je suis légitime, en fait j'ai besoin de prendre ma place à ma façon. Et du coup ça a permis de remettre des questions que j'avais totalement éludées. Il y a quelques années on parlait entre nous des violences gynécologiques, notamment dans nos groupes féministes parce qu'il y avait un gynécologue horrible par chez nous, et du coup ça a fait réfléchir à ça. En fait je me suis dit mais moi j'ai jamais questionné comme on met bas dans la ferme, par rapport aux questions de violences gynécologiques, on s'est dit que c'est hyper bien que la femme ait vraiment le temps d'accoucher, pas avec quelqu'un qui est expert au-dessus et qui aide à l'accouchement, mais qu'elle prenne possession de ça. Et je me disais que nous, dans les mises bas, il y a quelque chose où on a envie que ça aille vite. J'avais aussi beaucoup vu des gars être très interventionnistes, c'est-à-dire qu'ils n'avaient pas forcément besoin d'aider à sortir l'agneau ou le chevreau, mais en fait ils le faisaient, et je me disais que c'était un peu pour avoir le rôle de sauveur. Tu es arrivé, tu as fait ce geste technique, tu as sorti la bête, mais en fait ça a dépossédé la brebis de sa mise bas et en fait c'est un processus qu'elle a besoin de faire par elle-même pour que la mise bas et après la délivrance et après l'essuie de la mise bas se passe mieux.
Host (likely Victoire Tuaillon)
Et pourquoi ils le font alors ?
Marion
Eh ben pour que ça aille plus vite et je pense pour se sentir utile.
Host (likely Victoire Tuaillon)
Est-ce qu'ils n'ont pas l'impression que s'ils le font pas elle va avoir des problèmes ?
Marion
Je pense qu'à un moment il y a aussi une question de c'est quoi mon travail ? et que se dire que de rester à observer, on n'arrive pas à se dire que c'est du travail. Alors que là, on rentre le soir, on dit « Ah, j'en ai sorti deux », et là, il y a quelque chose de concret, de se dire « J'ai fait un travail », et le fait à un moment de laisser... On est toujours dans l'activité, et le fait de se dire « Eh ben là, je me suis assis, loin, pour pas la stresser, et j'ai regardé de loin, juste pour être sûre », Peut-être que ça a l'air évident quand on le dit, mais c'est un rythme qui est vraiment dur à casser. En tout cas, moi, ce que je me rends compte, c'est que la réflexion féministe, ça m'a vraiment autorisée à requestionner des choses sur l'élevage qui étaient présentées comme des évidences et comme si on ne pouvait pas imaginer autre chose. Moi, je faisais beaucoup de parallèles avec la médecine humaine qui est pensée par les hommes et pour les hommes. Et dans les mises bas, il y avait vraiment des gros questionnements parce qu'une brebis qui souffre, elle ne va pas émettre de bruit. Du coup, c'est compliqué de savoir est-ce que la bête souffre ou quoi. Et en fait, on voit que notamment pour les primipares, donc celles qui mettent bas pour la première fois, on voit vraiment que ça dure et qu'elle force et qu'elle allaite et que ça contracte et que ça contracte encore et que après la mise bas elle va mettre beaucoup de temps à se lever et qu'on va voir quand elle se lève que pendant plusieurs jours sa démarche elle n'est pas habituelle, son bassin il doit avoir quelque chose qui ne va pas. Et ça, ça a été jamais questionné, jamais pris en... Enfin moi, j'ai fait des formations avec des vétos sur le soin des animaux ou quoi, et c'est des questions qui n'étaient jamais abordées. Et je me dis que c'est vraiment juste un problème que c'est pensé par les hommes, quoi. Et aussi que c'est une question complexe, et que comme elle fait pas de bruit, on sait pas si elle a mal, et peut-être parce que c'est une question complexe, et bah du coup on l'élude.
Host (likely Victoire Tuaillon)
Et à propos d'être interventionniste ou sur le rapport à la douleur, Vous disiez un peu plus tôt, quand on prenait le café, que par exemple, vous avez remarqué que certains éleveurs étaient très stressés au moment de la castration des animaux, qu'on leur donnait des anti-inflammatoires, tout ça, mais que par contre les mises bas, ça leur posait pas de problème. Vous, c'est l'inverse ?
Guylaine
Nous, on ne castre pas d'animaux à la ferme. Mais par contre, c'est vrai que je rejoins tout à fait ce que dit Fanny sur l'empathie. S'autoriser à avoir de l'empathie pour les animaux et se sentir vraiment lié à elles. Et du coup, leur laisser le temps de faire leur dilatation parce que aussi derrière, ça se passe mieux pour la montée en lactation. Et d'ailleurs, paradoxalement, on nous dit aussi que c'est un truc de femme de surveiller les mises bas. Moi, j'ai jamais accouché, en fait. Je vois pas pourquoi j'arriverais mieux à accompagner une chèvre qui est en train de faire son chevreau qu'un mec. Mais je pense, par contre, de s'autoriser à l'empathie et aussi dans la réforme des animaux. Donc la réforme en fait c'est les animaux qu'il faut tuer parce qu'ils sont trop malades ou elles pour le coup elles sont trop malades ou elles sont trop vieilles et pour moi c'est vraiment le moment le plus dur de mon métier et s'autoriser aussi de les tuer avec sensibilité et de se le dire merci et pardon et au revoir quoi. Et de pouvoir faire ça, même si c'est un petit rituel qu'on fait dans notre tête, mais juste, je me sentirais plus en contradiction. Enfin, on parle beaucoup de nos contradictions en tant qu'éleveuses et féministes. Et c'est des... On a besoin d'être comme en mixité entre éleveuses féministes pour pouvoir en parler, pour pas se sentir jugée, en fait. De parler de ces contradictions qui font partie de notre métier et qui... Et en même temps, on n'arrive pas à se passer d'elles, en fait, de ce rapport aux animaux domestiques.
Host (likely Victoire Tuaillon)
Vous pensez à quoi comme contradiction par exemple ?
Guylaine
Justement de tuer les mamies, de tuer les chèvres qui ont 12 ans parce qu'elles n'arrivent plus à suivre le troupeau, d'envoyer les chevraux mâles à l'engraisseur, donc c'est un système assez industriel, mais on a besoin d'eux parce qu'il y a beaucoup de chevraux qui naissent en France et on a arrêté de manger de la viande de chevraux, quasiment. Et en fait, on fait un élevage de femelles, on ne fait pas un élevage de mâles. Et du coup, de réfléchir à comment essayer d'en engraisser peut-être plus à la ferme, mais en même temps, on en envoie quand même à l'engraisseur.
Host (likely Victoire Tuaillon)
Parce que pour être claire, quand les chauvreaux mâles naissent, vous savez qu'il va falloir les tuer à un moment ou à un autre, parce qu'on ne va pas élever des troupeaux de boucs, ça ne sert à rien. Et donc, qu'est-ce qui se passe quand ils naissent ? Vous les laissez vivre un petit peu sous la mer ? Et puis après, il faut les envoyer à l'engraisseur, qu'il va faire quoi ?
Guylaine
L'engraisseur, lui, il s'est spécialisé dans l'engraissage des chevraux, donc il récupère des petits chevraux à une semaine et les engraisse dans des grandes fermes. Et ensuite, ils sont vendus à deux mois, majoritairement en Italie et au Portugal, où là-bas, ils ont gardé une tradition de consommer la viande de chevraux. Et pour moi ça fait partie de mes contradictions parce qu'on externalise en fait une partie du vivant qui arrive sur la ferme, les chevreaux.
Host (likely Victoire Tuaillon)
Et en autre contradiction, ouais.
Marion
Dans les contradictions, je trouve ça hyper compliqué, c'est quel rapport j'ai avec mon troupeau. Parce que dans ma vie en général, j'aime bien dire que je suis pour l'abolition de toutes les formes de domination. Et en fait, qu'est-ce que j'ai comme rapport avec mon troupeau ? C'est quand même moi qui décide si elles vont se reproduire, donc c'est un rapport fort par rapport au corps, lesquelles sont adaptées, rustiques, et du coup ont leur place pour perdurer dans le troupeau, lesquelles me paraissent moins adaptées ou malades et vont devoir être réformées. Et en même temps, c'est pas que ça, c'est aussi un rapport de soins. Des fois dans ma tête je fais un peu parallèle avec quand on éduque des enfants mais il y a quelque chose où on est responsable et du coup on leur doit le soin et tout le bien-être et des fois sur des choses qui nous coûtent physiquement ou en temps on doit quand même donner de ça parce qu'on est responsable d'eux et leur donner du soin.
Fanny
Moi j'ai l'impression que ça me rend hyper triste quand j'entends que c'est impossible d'être féministe et d'avoir des animaux ça me fait de la peine. J'ai l'impression que dans des milieux que j'identifie féministes, je n'ose pas dire ou je suis mal à l'aise de dire que j'élève des bêtes. Pourquoi ?
Host (likely Victoire Tuaillon)
Parce qu'on va vous accuser de... On va vous dire, vous dites que vous aimez les animaux, mais vous les tuez quand même.
Fanny
Oui.
Host (likely Victoire Tuaillon)
Et quand vous faites des brebis à viande.
Fanny
Oui, je fais des brebis... Je pense que je ne le formulerai pas comme ça du coup.
Host (likely Victoire Tuaillon)
Excusez-moi, j'ai cru que vous aviez dit ça au tout début quand vous vous étiez présentée.
Fanny
C'était par opposition. Justement que les gens me disent vous avez des brebis, vous avez l'air sympa, du coup vous faites du fromage et je dis ben non je fais des agneaux. Ils regardent leurs pieds, ils sont trop mal à l'aise et ils font oh mon dieu mais c'est horrible. Et que plutôt oui je fais des agneaux viande déjà et pas des brebis viande. Les brebis c'est mes copines. Les agneaux oui, par contre ça va être de la viande à un moment ou à un autre. Et que j'ai l'impression que du coup ça coupe court à dire, ah c'est mal, c'est pas féministe, c'est pas bien. Du coup, ça court à tout autre imaginaire et toute autre façon de faire de l'élevage et que c'est dommage quand même. J'ai l'impression qu'il y a un de mes déclics, c'est un printemps, il y a Fanny qui est venue faire l'agneulage chez moi. et je t'ai vu caresser la tête à une brebis et lui gratouiller la tête et dire ah celle-là je l'aime bien et après il y a une autre copine qui est venue qui lui a donné un nom c'était Cunégonde on l'appelait après et du coup ça m'a fait un déclic de me dire ah mais on a le droit d'être sympa avec une brebis mais en public en plus j'ai l'impression que plutôt je le faisais un peu en secret c'est un peu le truc honteux de j'aime bien mes brebis je leur donne des petits noms dans ma tête sur le fait.
Host (likely Victoire Tuaillon)
De les aimer à la fois, de voir naître leurs petits, d'être soulagée qu'elles aillent bien et tout, et de se dire mais bon je vais le manger à un moment, enfin on va... Il va falloir le tuer et quelqu'un va le manger.
Fanny
Moi clairement ce qui m'interroge c'est le système industriel et du coup c'est quelle mort on donne, dans quelles conditions. Moi les moments où je suis dégoûtée c'est... C'est d'emmener des mères à l'abattoir qui ont fait toute la carrière chez moi et de me dire qu'elles vont être saignées par quelqu'un qu'elles connaissent pas, dans un endroit qu'elles connaissent pas, ça je trouve ça hyper trash. Par des gens qui ont des conditions de travail dégueulasses, qui font de la mort à la chaîne où ça peut juste que être horrible en fait. C'est un peu banal, y'a pas de bons abattoirs en vrai. Et ça, ça me rend hyper triste. J'ai l'impression qu'effectivement, il y a des différences et que tout mettre dans le même panier, ça ne marche pas. Que les brebis que je tue moi dans des bonnes conditions, qu'elles ne s'y attendent pas vraiment, qu'elles sont juste un matin dans le pré, on les attrape comme on les attrape plein d'autres matins et qu'on prend le temps de faire les choses comme il faut, qu'elles ne souffrent pas. Et que derrière, je mange la viande aussi. J'ai l'impression que ça change complètement le rapport. à la mort et à comment je fais les choses. Je suis comme assez fière, pour le coup, des pratiques que j'ai sur plein de choses, parce qu'ils sont tout le temps sous les mers, ils têtent tout le lait des mers. En fait, c'est les agneaux qui têtent leur lait. Quand on les enlève des mers, ils ont déjà huit ou neuf mois. Du coup, les mers, elles ne sont pas tristes de les voir partir. Elles font aller. En tout cas, elles ne bêlent pas pendant des jours et des jours. Elles ne les cherchent pas plus que ça. Et quand ils partent en vente directe, que je vois les clients, qu'ils sont contents de manger la viande que je fais, qu'ils savent d'où viennent les agneaux, que c'est des agneaux qui vont passer tout l'été à la montagne avec leur mère à courir dehors, j'ai l'impression que je suis hyper contente de ça. Et qu'il y a une partie des agneaux que, par contre, j'arrive pas à vendre en vente directe et qu'ils partent dans une coopérative. Et je sais que potentiellement, ils vont juste finir dans des grands tunnels à se gaver de grains comme des obèses et à devenir complètement débiles et à finir... Je sais pas où, en fait, aussi, quoi. J'ai l'impression que ça, c'est des agneaux, ça me fait de la peine, pour le coup, quoi. Et que ça rentre vraiment dans un système industriel, où ils ont une étiquette, personne ne saura quelle vie ils ont eue, quelle tête ils avaient, ça, ça me fait de la peine, quand même.
Guylaine
Mais oui !
Host (likely Victoire Tuaillon)
C'est une question de Solange Moulin.
Maud Bénézy
Là, vous parlez d'une approche féministe dans vos pratiques, mais comment c'est réceptionné de.
Guylaine
La part de vos confrères ?
Maud Bénézy
Est-ce qu'ils vous entendent ? Est-ce qu'il y a des choses qu'ils reproduisent dans leurs exploitations ?
Guylaine
Est-ce qu'ils vous comprennent ? Est-ce qu'il y a une sensibilité, en.
Maud Bénézy
Fait, à ce regard que vous proposez ?
Céline
J'ai un exemple qui n'est pas directement sur l'apiculture, mais ce n'est peut-être pas évidemment féministe. Je ne l'ai pas nommée comme ça, en l'occurrence mon père était apiculteur de métier, et je lui ai dit assez vite, je ne vais pas faire comme toi. alors qu'il avait très envie de tout me transmettre, comme il avait fait d'avoir toutes les... Enfin, c'était super, il avait très envie que je refasse pareil. Et en fait, je lui ai dit, il y a des choses, ça ne me parle pas. Et en fait, la BD, quand même, a aussi aidé à des moments à faire comprendre ce point de vue féministe remise en question de plein plein de choses, a permis la discussion avec lui, mais par contre sur l'apiculture, ça a été assez chouette, je l'ai vu se remettre en question, aussi dans ce truc de remise en question plus globale du système, de dire, comme on disait tout à l'heure, l'agriculture féministe, elle vient aussi remettre en question les pratiques agricoles plus généralement, Et j'ai l'impression que lui, ça l'a fait aussi se remettre en question. Par exemple, il disait pourquoi je les ai emmenés partout dans une logique de produire, produire, produire ? Est-ce que je n'aurais pas mieux fait d'en avoir moins et de mieux m'en occuper et de les suivre ? En fait, je l'ai vu en fin de carrière, en étant à la retraite et donc en n'ayant plus la contrainte économique très forte comme il avait aussi pendant toute sa vie. pouvoir se permettre de dire, ok, je referai plus pareil. Aussi, on n'est plus dans les mêmes logiques actuellement. Il y a vraiment des scissions entre les modes d'agriculture industrielle et les modes paysans. Ce n'est plus la même chose. Mais en tout cas, oui, je l'ai vu. se dire, ah ouais, je comprends les endroits où on est plus logique, enfin où on est plus cohérent avec nous-mêmes et avec les trucs qu'on défendait. Et j'avoue que c'était assez touchant pour moi de voir le père se remettre en question.
Guylaine
Moi, j'ai toujours besoin de passer aussi par des espèces de savoir-froid hyper scientifique pour expliquer à mes homologues masculins. Si tu tires, après elle ne montera pas bien en lactation, tu vas perdre de l'argent. Si tu mets les agraves, tu risques d'avoir beaucoup de casse à la mise bas, tu vas devoir réformer tes chèvres. Si tu ne fais pas venir l'ostéo, après une mise bas difficile, elle va avoir du mal à marcher, tu vas devoir la réformer. Parce qu'en fait, tout ça, tout ce dont on parle autour de l'empathie et du bien-être animal, dans le fond, on pourrait aussi le convertir en sous. si c'est un argument assez viril qui parle quoi.
Host (likely Victoire Tuaillon)
Une question de Diane Mileli.
Guylaine
Oui, moi, j'ai un peu une question.
Host (likely Victoire Tuaillon)
À vous poser, peut-être à votre voût.
Céline
Du passé, mais que vous ayez été du coup citadine ou que vous ayez grandi dans la paysannerie. Est-ce que votre position de femme a.
Fanny
Pu vous bloquer en tant que future.
Céline
Paysanne ou pas du tout, au contraire ? Ou est-ce que ça vous a motivé ?
Host (likely Victoire Tuaillon)
Enfin, à quel point, en fait, ça.
Maud Bénézy
Vous a empêché ou non de vous.
Céline
Projeter dans ce milieu-là ?
Guylaine
Moi, clairement. Mes parents étaient ouvriers, mais ils avaient une petite ferme à côté. Et je suis jamais montée sur le tracteur, j'ai jamais tué les lapins. Et mon père, il avait cette espèce de glorification de faire des études. Et du coup, j'ai appris à repasser. Je repasse jamais aujourd'hui. Ça ne me sert à rien. et clairement je suis sûre que ma peur du tracteur c'est vraiment lié à ça et je me rappelle avoir... et en fait j'ai pris conscience de ça assez récemment de ce machisme paternaliste quoi. Je me rappelle avoir pleuré auprès de ma mère en mode mais je peux jamais monter sur le tracteur et du coup ma mère elle banalisait ça aussi en disant bah ça sert à rien tu vas te secouer les boyaux, ça sent l'essence, ça sent le fuel et... Mais je n'étais pas inclue dans le clan des mecs, quoi. C'était vraiment mon père et mon frère. Et en fait, j'ai réalisé ça assez récemment, que je n'ai rien appris de mon père. Ce n'est pas avec lui que j'ai appris les gestes paysans, alors qu'il savait tout faire. Et c'est dommage, en fait. Et je ne sais pas, je ne lui ai jamais dit. Il n'a jamais eu la béné non plus. et je pense pas qu'il écoutera le podcast. Et tant pis, c'est pas grave, maintenant je suis passée à autre chose et j'ai appris autrement. Mais c'est dommage en fait. Par contre j'ai appris à cuisiner et à repasser les mouchoirs.
Maud Bénézy
Sauf qu'en fait ce que vous vouliez.
Host (likely Victoire Tuaillon)
Faire c'était ça en fait, être paysanne ?
Guylaine
Je le savais pas trop mais par contre j'avais vraiment envie. J'ai toujours beaucoup beaucoup aimé les animaux. Et du coup, j'avais envie d'être au plus proche des gestes, en fait. Par exemple, il avait des ruches. Moi, je faisais juste la mise en peau. Alors que mon frère, il a quand même eu un accident avec l'extracteur de miel. Il était vraiment au plus proche de l'action, quoi. J'ai réussi une fois à utiliser le soufflet pour calmer les abeilles. Désolée, c'est pas les bons termes techniques. Mais c'est tout. Et en fait, j'ai été vraiment exclue de ça. Et après, ça nous imprègne très fortement. Et du coup, ça nous brasse profondément. Enfin, ma mère, elle a peur de conduire et c'est fou comme ça imprègne les enfants. Et je vois à un moment, on voulait se lancer dans un petit truc avec mon frangin. Je dis mais tu penses qu'on va y arriver ? Il dit bah, il y en a d'autres qui arrivent. Il n'y a pas de raison qu'on n'y arrive pas. Je me dis pourquoi on ne se dit pas ça nous ? Plus souvent, quoi. Maintenant, on se le dit quand on voit d'autres paysannes.
Marion
Ça me fait un peu peur mon cheminement, je me dis que je viens de super loin. Je ne viens pas du milieu agricole. Quand j'ai commencé à découvrir le monde agricole, ça m'a fascinée. J'ai eu un intérêt très fort pour ça. mais dans ce que je voyais c'était quand même principalement des gars et le rôle des femmes c'était quand même beaucoup d'être la copine d'eux, facilitatrice, ou de faire des petits trucs mignons comme des plantes aromatiques. Alors c'est pas du tout pour dénigrer les plantes aromatiques, c'est une super production mais... on nous encourage beaucoup à ça et du coup moi dans mon esprit les premières choses qui me sont venues c'est ça m'intéresse trop le monde agricole mais du coup il faudrait que je sois conseillère agricole par exemple ou de me trouver un mec éleveur parce que quand même j'adore les animaux et comme ça j'aurais le droit d'aller les voir et ça a pris quand même beaucoup de temps de me dire peut-être que je pourrais le faire moi Et avec du recul, je me dis, waouh, quand même, ça craint d'être passée par tout ça. Et en fait, moi, ce qui m'a trop manqué, du coup, c'était le manque de représentation de modèles féminins auquel je pouvais m'identifier. C'était un manque flagrant. Et c'est aussi l'idée de cette BD, c'est de combler ce manque avec des paysannes qui font leur métier, qui sont heureuses de le faire, qui ne sont pas des superwomen. Parce que les quelques modèles féminins qu'on me proposait, c'était tellement des guerrières battantes que ça me paraissait inaccessible. Et en fait, la plupart d'entre nous, on n'est pas ça. Mais en fait, même sans être ça, on a vachement de force et de courage et de ressources et on est déjà génial. Et cette représentativité dans la complexité avec les forces et les faiblesses, mais aussi le fait de se dire nos forces et nos faiblesses, c'est une super force. C'est vraiment pour moi un des gros nœuds de ce qui manquait.
Fanny
J'avais l'impression que le plus gros obstacle, c'était cette représentation du truc en couple. J'avais l'impression qu'en dehors du couple, il n'existait pas d'agriculture et que c'était impossible de faire autrement.
Host (likely Victoire Tuaillon)
Il fallait d'abord trouver un gars, après faire une ferme.
Fanny
Oui, il fallait trouver le mari pour conduire le tracteur et qu'après on pouvait avoir des brebis. J'avais du mal à sortir de cet imaginaire. Et après, du coup, je peux revenir sur un autre sujet. J'ai l'impression qu'il y a un sujet qu'on n'a pas trop évoqué, c'est l'arrivée des enfants aussi dans un couple de paysans. J'ai l'impression que ça a tendance aussi à refaçonner les choses, à renvoyer vachement chacun à son genre. Et j'ai l'impression que ça pose beaucoup de questions.
Guylaine
Petit chiffre sur le congé maternité des paysannes. Donc en France le congé maternité a apparu en 1909, il était de deux mois je crois, et pour les paysannes il a apparu en 1976 et était de deux semaines. Ça fait que depuis 2019 que les paysannes qui ont un statut ont droit à un congé maternité comme les autres femmes, donc de quatre mois pour un premier enfant sans pathologie.
Host (likely Victoire Tuaillon)
Mais je crois que la particularité, si j'ai bien lu sur ce congé maternité des paysannes, c'est que non seulement elles ont des indemnités, mais surtout elles ont des sous pour pouvoir embaucher quelqu'un pour faire le travail dans la ferme.
Guylaine
En fait, maintenant, elle gère elle-même leurs sous. Avant, c'était effectivement quelqu'un du service remplacement qui pouvait venir pour travailler sur la ferme. Mais en fait, dans les faits, on constatait que monsieur prenait la personne du service remplacement pour faire encore plus de boulot difficile. Et madame continuait de faire ses travaux en étant enceinte. On a une copine qui a notre âge, à 8 mois, elle était sur le toit, à réparer son toit, à 8 mois de grossesse, elle n'a pas pris de congé maternité. Et dans les faits aussi, il y a quand même encore 40% des paysannes qui ne prennent pas le congé maternité auquel elles auraient droit, parce que c'est impossible. Mais effectivement, maintenant, c'est de l'argent qu'elles peuvent gérer et c'est quand même plus souple pour elles.
Host (likely Victoire Tuaillon)
Juste un mot sur la façon dont c'est construite, écrite, dessinée, cette bande dessinée, sur le processus d'écriture qui a été très collectif.
Maud Bénézy
Déjà, l'idée du projet est venue des Paysans Polaires. La première idée de faire une BD, c'était en 2014. C'est un projet qui a qui est né il y a longtemps, mais qui a mis du temps à se concrétiser parce que chacune était dans ses installations. Le groupe s'est un peu formé au fur et à mesure des rencontres dans des milieux militants, les milieux paysans, etc. Et en fait, quand ça s'est de votre côté concrétisé, on a vraiment une fin de BD sur nos vies de paysannes et ce qu'on avait vécu pendant notre installation. et bien il s'avère qu'on s'est croisé avec Céline, on se connaissait un peu de vue et on s'est croisé pile au moment où moi j'avais arrêté ce que je faisais en me disant en fait je vais faire de la BD mais je savais pas trop ce que j'allais faire donc c'était vraiment à deux mois près de je crée mon statut d'artiste auteur et et je cherche un projet et Céline me parle de ce projet de BD qu'elle a envie de faire. Et donc du coup, à partir de là, on s'est retrouvés à se voir en fonction des emplois du temps, des fermes de chacune. Moi, je vivais à Paris à ce moment-là, donc il fallait aussi faire les trajets, se retrouver. Mais je pense qu'on arrivait à peu près tous les deux mois, en fonction des pics de saison, etc. à se voir sur un week-end. pour se dire qu'est-ce qu'on fait de tout ça ? Est-ce qu'on fait une fiction ? Est-ce qu'on fait des chroniques où chaque page, c'est un personnage différent ? Et toutes les six, totalement, à part l'ectrice de BD, il n'y avait pas beaucoup de formation de scénario, il n'y avait rien. Donc c'était lire plein de BD, essayer de comprendre en lisant une BD comment ça a été fabriqué, etc. Et donc c'est pour ça que finalement, je n'ai vraiment pas été ce qu'il y a des... Certains médias qui comprennent pas que déjà que le projet vient pas de moi, que je suis pas allée chercher des paysannes pour faire une BD là-dessus et qu'à l'inverse, j'ai pas juste finalement, par notre processus de création, j'ai pas juste été votre plume de je mets en dessin des choses déjà pensées jusqu'au bout parce qu'en fait, vu qu'on était... Six novices, ça s'est fait assez naturellement qu'on a vraiment tout écrit ensemble à six.
Host (likely Victoire Tuaillon)
Ce qui donne une forme très originale à la bande dessinée d'ailleurs, parce qu'en fait c'est plus de travail que juste de raconter des anecdotes. Vous avez créé des personnages types qui sont des espèces de mélanges de vous toutes, c'est ça ?
Maud Bénézy
Oui, parce qu'on s'est rendu compte assez vite que beaucoup de choses que vous viviez étaient liées à vos animaux, à quelle production vous faisiez. Donc on était obligés de créer plusieurs personnages parce qu'on ne pouvait pas créer une superwoman qui était à la fois qui faisait du fromage d'échelle, plus des abeilles, etc. Donc il a fallu en créer plusieurs. Et trois, je pense qu'il y a beaucoup de choses qui, pour moi, ont été un peu du fait du hasard et qu'en fait, on a aussi un peu découvert à la fin que ça marchait bien et que c'était chouette. Mais ça a été beaucoup de patchwork, de post-it, qu'on a bougé dans tous les sens, qu'on a attribué les scènes réelles à nos personnages en disant, tiens, en fait, finalement, ça, il faut que ce soit vécu par une telle. En fait, c'est un truc qui se passe vraiment en hiver. Donc finalement, à la fin de la BD, ça a été beaucoup de trucs comme ça. Et du coup, trois personnages, c'était un peu le max pour se dire, finalement, on arrive quand même à les suivre. On voulait vraiment que ce soit trois personnages principales et qu'elles soient au même niveau dans l'histoire. Mais ce qui fait qu'on n'a effectivement pas mis de maréchage, on n'a pas mis de brubis. comme ce que fait Guylaine. Mais du coup, ça a été effectivement le compromis qui s'est fait assez naturellement et ça permettait aussi de pouvoir mettre ce qui était cher pour nous, de pouvoir mettre une diversité de corps aussi, de physique et de situation amoureuse et de pouvoir représenter tous ces autres témoignages qu'on nous a confiés. Et donc, il fallait tout valider à 6, donc ça a été très long comme processus. Mais du coup, avec effectivement une forme assez... qu'on a voulu expliquer à la fin de la BD, mais peut-être assez... Ce qui fait que c'était parfois pas compréhensible de savoir qui avait fait le scénario, qu'on a parfois été un peu mélangés de moi ne présenter que comme dessinatrice, alors que moi, je ne me sentais pas que dessinatrice sur cette BD, etc. Mais ce qui fait qu'on s'est quand même toutes essayées à l'art de la BD, de prendre un truc que tu as envie de raconter et tu le séquences, où ça devient de l'écriture dessinée ou de l'image séquencée. Donc on a aussi toutes fait du dessin selon moi, mais avec chacune son style.
Marion
Moi, ce qui me plaît beaucoup dans le résultat de la BD, c'est qu'il n'y a aucun élément où on peut dire ça, c'est Machine qui l'a fait. C'est tellement le fruit de la réflexion de tout le monde, des anecdotes du vécu de tout le monde qui a été proposé par une personne, puis retravaillé par une autre, puis retravaillé par une autre. Et en fait, je trouve ça beau, l'idée que ça se détache des gens. Ça devient quelque chose de collectif. Avant de faire cette BD, je crois qu'on était vraiment agacés du fait que tout ce qui sortait sur les paysannes, c'était jamais les paysannes qui parlaient en leur nom propre. C'était souvent des journalistes ou d'autres formes de personnes qui avaient un statut d'expertise et qui parlaient comme si on ne pouvait pas parler par nous-mêmes, qu'il fallait traduire. Et en plus souvent avec une posture d'explorateur, aventurier, très agaçante, de venir dans la paysannerie et du coup de surjouer un peu ces côtés-là. Et en fait on avait vraiment le besoin de se dire non mais en fait on peut parler.
Guylaine
Du coup, le féminisme dans la paysannerie, c'est pas seulement la BD, c'est aussi toutes nos luttes politiques qu'on essaye de faire collectivement pour faire avancer les choses, notamment par rapport aux acquis des droits sociaux des paysannes. On a parlé du congé maternité, mais aussi d'instaurer la parité dans nos syndicats agricoles pour avoir plus de représentation, le fait de faire en sorte que nos syndicats soient moins sexistes, avec des kits d'alerte pour déceler le langage macho dans les réunions, pour permettre aux femmes de prendre plus de place aussi. On aimerait du coup aussi monter une brigade d'action féministes paysannes, la BAF paysanne, pour aider les paysannes qui vivent des violences dans leurs fermes. L'écriture inclusive, ça fait partie de nos combats. Des choses aussi dans la place publique, quoi. Pour que ce soit pas juste au sein des foyers, en fait.
Host (likely Victoire Tuaillon)
Pour terminer la discussion, est-ce qu'il y a une ou plusieurs œuvres d'art que, collectivement, les paysans d'Empolaire vous aimeraient recommander ?
Céline
On avait dit, c'est pas très original, mais elle est partout dans la BD. Anne Sylvestre, évidemment, mais... En particulier Bergère qui termine notre ouvrage, mais il y en a plein.
Host (likely Victoire Tuaillon)
Bon, des chansons d'Anne Sylvestre alors.
Marion
Et dans les ressources carnées de Bergère aussi.
Host (likely Victoire Tuaillon)
J'adore ce livre. Extraordinaire.
Marion
Il y a Christine Delphi qui a fait tout son boulot sur évaluer le travail et la transmission du capital dans les fermes. Il y a le bouquin qui est sorti il n'y a pas très longtemps sur le genre du capital.
Host (likely Victoire Tuaillon)
C'est Nicolas et Céline Bessières.
Marion
Ouais, en fait, les enjeux de capitaux et de transition de capitaux, c'est central dans nos vies, quoi. Et ces références-là, elles sont importantes pour penser...
Host (likely Victoire Tuaillon)
Comment les femmes peuvent s'établir et non pas continuer de s'appauvrir.
Marion
Au revoir.
Guylaine
Au revoir. Merci de nous avoir rencontrées.
Maud Bénézy
Ils nous regardent genre ça.
Guylaine
C'est pas la suite.
Host (likely Victoire Tuaillon)
C'est la fin de cet épisode des Couilles sur la Table. Merci beaucoup beaucoup aux paysannes en polaire pour leur accueil, pour leur générosité, pour ce délicieux déjeuner que nous avons fait tout ensemble. Nous sommes toujours très curieux, curieuses de vos retours alors n'hésitez pas à nous écrire via les réseaux sociaux de l'émission sur Instagram, Twitter ou Facebook ou bien à l'adresse lescouillessurlatable.com A vous qui rêvez de quitter la ville, de vous former pour devenir paysannes et paysans, et bien lisez cette formidable bande dessinée « Il est où le patron ? » chronique de paysannes parue chez Marabout, signée par Maude Bénézy et les paysannes en polaire, à retrouver chez vos libraires. A la prise de son, c'était Solain Moulin. Diane Millelli nous a conduit d'un endroit à l'autre. Une fois rentrée à Paris, c'est Paul Berthiault qui a réalisé cet épisode. Naomi Titi qui l'a édité et produit. Et puis, je vous rappelle que Les Couilles sur la Table, c'est un podcast de Binge Audio. Toutes les informations, chiffres et statistiques sont, comme d'habitude, dans l'article qui accompagne cet épisode sur le site de Binge Audio, binge.audio.
Guylaine
On a du mal à partir.
Marion
Ouais.
Maud Bénézy
Bon, allez.
Host (likely Victoire Tuaillon)
Il faut voir s'il y a de.
Guylaine
L'Air à vos côtés.
Date: 26 janvier 2023
Podcast: Les Couilles sur la table (Binge Audio)
Animé par Victoire Tuaillon, avec Naomi Titi et Tal Madesta
Invitées : Guylaine, Marion, Fanny, Céline, Florie (paysannes), Maud Bénézy (dessinatrice)
Cet épisode poursuit l’exploration du vécu des femmes paysannes et féministes dans le monde agricole français, mettant en lumière comment elles s’émancipent, résistent aux stéréotypes sexistes, construisent leurs propres pratiques et références dans un univers historiquement pensé par et pour les hommes. L’épisode aborde aussi la création de la bande dessinée collective « Il est où le patron ? Chroniques de paysannes », qui vise à donner la parole aux premières concernées.
« C'est souvent que les nanas, c'est les moments qu'on préfère, c'est les semis. » — Céline [00:33]
« Si je laissais dépasser de moi des bribes de questionnements, ça allait me faire perdre toute ma crédibilité. » — Marion [03:33]
« On est toujours dans l'activité, et le fait de se dire “eh ben là, je me suis assis, loin, pour pas la stresser, et j’ai regardé de loin, juste pour être sûre”… c’est un rythme vraiment dur à casser. » — Marion [05:48]
« On a besoin d'être en mixité entre éleveuses féministes pour pouvoir en parler, pour pas se sentir jugée. » — Guylaine [08:25]
« J’aime bien dire que je suis pour l’abolition de toutes les formes de domination. Et en fait, qu’est-ce que j’ai comme rapport avec mon troupeau ? » — Marion [10:30]
« Dans des milieux que j’identifie féministes, je n’ose pas dire ou je suis mal à l’aise de dire que j’élève des bêtes… » — Fanny [11:27]
« Moi, les moments où je suis dégoûtée, c'est d'emmener des mères à l'abattoir… Ça, je trouve ça hyper trash. Par des gens qui ont des conditions de travail dégueulasses, qui font de la mort à la chaîne… Y’a pas de bons abattoirs en vrai. » — Fanny [13:20]
« J'avais l'impression qu'en dehors du couple, il n'existait pas d'agriculture et que c'était impossible de faire autrement. » — Fanny [23:18]
“Avant… monsieur prenait la personne du service remplacement pour faire encore plus de boulot difficile. Et madame continuait de faire ses travaux en étant enceinte.” — Guylaine [24:29]
“On avait vraiment le besoin de se dire non mais en fait on peut parler.” — Marion [29:55]
L’épisode alterne entre anecdotes concrètes, réflexion politique et échanges chaleureux empreints de complicité, d’humour et de lucidité.
Ce second volet donne une voix puissante, sensible et profondément incarnée aux paysannes féministes qui, entre contradictions, luttes et réinvention des pratiques agricoles, tracent de nouveaux chemins d’émancipation dans le monde rural. Un épisode nourrissant pour toutes celles et tous ceux qui rêvent de quitter la ville, d’interroger la place du genre à la campagne, ou de réinventer l’agriculture.