Transcript
Naomi Titi (0:04)
On peut plus rien dire.
Victoire Tuaillon (0:07)
De toute façon, franchement, là, c'est une blague.
Nelly Kemener (0:09)
Ça va, on peut quand même un peu plaisanter. Ça va, il n'y a pas mort d'homme. Cette.
Victoire Tuaillon (0:21)
Expression, vous l'avez sans doute déjà entendue dans la bouche d'un proche, ou peut-être que vous l'avez formulée vous-même. Dans les couilles sur la table, ça fait maintenant huit saisons qu'on analyse, qu'on décortique, qu'on ausculte les masculinités contemporaines sous toute leur couture à travers un point de vue féministe. Et depuis 2017, cette expression, on n'arrête pas de l'entendre. Derrière ça, il y a l'idée que le féminisme et toutes les luttes politiques pour l'égalité auraient tué le fun, tué le second degré, que l'art de l'humour à la française serait derrière nous. Bon, en réalité, c'est un peu plus complexe que ça, et c'est ce qu'on va explorer dans l'épisode du jour.
Nelly Kemener (1:02)
Nous sommes façonnés par des imaginaires qui viennent d'un pays qui a été colonialiste, d'un pays qui s'est structuré aussi sur des rapports de genre et qui a minorisé les femmes. Donc bien entendu que le rire et la blague, elle est facile à cet endroit-là.
Victoire Tuaillon (1:20)
Alors, l'humour et les masculinités, l'humour et le sexisme, tout ça c'est un sujet très très vaste. Je m'en suis rendue compte quand j'ai commencé à préparer cette émission. En gros, il y a deux grandes manières d'aborder ce sujet en sciences sociales. D'un côté, il y a la question du rire dans nos relations interpersonnelles, et de l'autre, l'humour comme pratique professionnelle. C'est ce deuxième volet qu'on va aborder aujourd'hui. On va revenir sur notre héritage comique en France, éclairer les dynamiques de pouvoir de ce monde-là, et analyser pourquoi, encore aujourd'hui, la scène de l'humour est encore très largement masculine. Et bien sûr, on va se demander pourquoi l'humour sexiste, ou plus largement l'humour oppressif, reste encore bien vivant dans ce monde. Et comment faire pour bousculer tout ça ? Je m'appelle Naomi Titi, et vous écoutez l'épisode 127 des Couilles sur la table, un podcast créé par Victoire Tuaillon. Pour en parler, j'ai reçu deux invités lors d'une émission enregistrée en public, au Mazette à Paris, à l'occasion du festival des 10 ans de Binge Audio en octobre 2025. Je vous présente mes invités. D'abord Nelly Kemener. Elle est professeure en sciences de l'information et de la communication au Celsa Sorbonne Université, En plus de ses cours, elle mène des recherches en sciences sociales depuis une quinzaine d'années, et l'un de ses terrains d'expertise, c'est les Cultural Studies, un courant anglo-saxon qui analyse les ressorts culturels du changement social. Nelly Kemener est aussi autrice de plusieurs livres, dont Le Pouvoir de l'humour, paru en 2014 aux éditions Armand Colin, Et je dois préciser que je la connais bien puisque je suis une de ses anciennes élèves. Elle a même été ma directrice de mémoire quand je faisais mes premiers pas à Binge en 2020. Ensuite, ma deuxième invitée, c'est Sophie Marie Laroui. Elle est comédienne, humoriste, autrice et productrice. Elle incarne des podcasts drôles comme le Tiroir caisse qui porte sur la parentalité et surtout son plus connu A bientôt de te revoir, un podcast de conversations décalées avec des personnalités de tous horizons qui est souvent enregistré en public. C'est un podcast qu'on a longtemps produit ici à Binge avant qu'elle le reprenne en autoproduction. Et Sophie Marie, je la connais bien elle aussi puisqu'on a été collègue pendant un temps. J'ai fait partie de l'équipe de prod d'A bientôt te revoir. J'ai été cette personne qui partait en mission à la supérette acheter des piles, des fruits secs ou des bouteilles d'eau pour les loges 15 minutes avant d'être en live. Alors voilà, pour commencer, on va remonter le fil de l'histoire récente du monde de l'humour en France. Déjà, il faut rappeler que c'est un monde très vaste. Depuis une vingtaine d'années, c'est le stand-up qui a explosé, mais il y a aussi les comédies au cinéma ou dans les séries, les spectacles de seuls en scène, les sketchs à la télévision, les billets d'humeur à la radio et d'autres formes plus anciennes, comme les spectacles des cafés-théâtres ou encore le théâtre de boulevard, que Nelly Kemener connaît bien puisqu'elle est en train de finaliser l'écriture d'un livre sur le sujet. Le placard du boulevard apparaître aux éditions de l'INA. Dans ce livre, elle revient sur l'émission « Au théâtre ce soir » qui a existé des années 60 aux années 80. C'était le grand divertissement télévisé d'humour de cette époque et ça a énormément influencé les comédies populaires d'aujourd'hui. En particulier dans la mise en scène des personnages masculins et de leur rapport aux femmes et aux minorités. Alors, pour ma première question, je lui ai demandé de nous expliquer quel style de masculinité était raconté dans l'humour à cette époque-là ? Quels hommes on voyait sur scène ?
