Ozan Félix-Soubois (30:39)
Il s'agit clairement d'un parallèle possible, mais je pense qu'il faut être assez prudent avec cette comparaison. D'un côté, ce qu'on observe dans le Lux Maxing, c'est effectivement une intensification de pratiques parfois très coûteuses, douloureuses, pénibles. Imaginons sport intensif, régime strict. techniques comme le miwing ou le bone mashing pour développer les mâchoires et parfois même des chirurgies esthétiques, cosmétiques qui sont assez complexes. Effectivement, ça fait écho à ce que la femme vivait depuis très longtemps avec d'un nombre de beauté exigeante, voire violente, etc. D'ailleurs, si je me permets de défier un peu cette dichotomie homme-femme, on peut aussi penser à certaines cultures gays-masculines, par exemple, où il existe également des attentes corporelles assez fortes, avec des esthétiques très codifiées, des portraits travaillés et parfois une pression importante autour de l'apparence. Mais la différence importante, en tout cas, Pour le cas de femmes, ces normes sont historiquement très ancrées, même si chaque époque impose des normes différentes sur la beauté, et largement normalisées dans la société dans son ensemble. Dans le cas de Lux Maxing, on est plutôt face à une appropriation assez récente. Là, on dépasse un peu les définitions ridicules comme l'homme métrosexuel ou les nouvelles masculinités qui prennent soin d'elle, etc. Cette appropriation est souvent vécue comme une contrainte nouvelle, voire comme une sorte d'injustice qui radicalise. Et surtout, dans ces communautés-là, donc les INSEL, Lux Maxer et autres, la douleur ou l'effort physique, comme vous voulez, ne sont pas seulement normalisés ou réclamés dans un sens, ils sont aussi politisés. Donc la souffrance ou la modification physique devient une preuve que quelque chose va pas dans la société. Donc elle est parfois utilisée pour justifier en fait un discours de frustration ou de ressentiment au masque. En fait, c'est que le Lux Maxxing raconte, à mon avis, c'est une transformation assez importante des masculinités d'aujourd'hui. Traditionnellement parlant, la valeur masculine était plutôt liée à des choses comme le statut social, le travail ou même la sexualité elle-même, la puissance, la puissance libidinale, etc. Mais aujourd'hui, on voit un déplacement un peu radical quand même vers quelque chose de beaucoup plus visible, donc le corps masculin. sa manifestation publique et numérique, et donc politique dans un sens, et surtout le visage. Dans ma recherche, j'ai montré que le visage devient une sorte de capital central. Certains l'appellent le capital corporel, certains disent le capital érotique, le capital du genre, etc. C'est quelque chose qui est constamment évalué, comparé, exposé, Donc la masculinité devient beaucoup plus mesurable, si vous voulez, presque quelque chose de quantifiable. Et je trouve que ça s'inscrit dans un contexte un peu plus large, donc celui des réseaux sociaux, où tout devient visible, comparable et parfois même manipulable, que ce soit avec des filtres, avec de l'intelligence artificielle, des retouches ou des mises en scène de soi. Donc, on est vraiment dans des environnements où les corps sont constamment exposer, évaluer, liker, commenter, dévaluer, ou il y a une forme de mise en concurrence, si vous voulez, avec les autres personnes. Et ça concerne pas seulement les influenceurs. Donc ça touche aussi des jeunes hommes très ordinaires qui grandissent avec cette idée que leur valeur sociale peut être mesurée à travers leur apparence. Donc, je pense que c'est aussi pour ça que le look smexing raisonne autant aujourd'hui. Et beaucoup de jeunes hommes transforment dans un contexte où le look prend une place centrale et où les relations humaines, si vous voulez, semblent de plus en plus façonnées comme un marché, avec ses codes, ses hiérarchies, ses logiques de performance. Donc le LuxMaxing propose, à mon avis, une réponse à ça. L'idée qu'on peut reprendre le contrôle en améliorant son corps, en jouant avec le jeu, entre guillemets. Effectivement, les règles du jeu de système qui est en train de changer. même si, effectivement, cette réponse est peut-être radicale de temps en temps, brutale et alarmante. En ce qui concerne les orientations idéologiques et politiques des Lux Maxers, je pense qu'il faut éviter quand même la simplification. où les luxemaxers ne sont pas, disons, racistes ou extrémistes ou autres. Dans la monosphère, il s'agit bien de débats très, très animés, parfois très intersectionnels entre les luxemaxers racisés et les luxemaxers blancs, par exemple, sur les avantages et les inconvénients du luxemaxing comme carrière ou comme un projet corporel. Par exemple, certains hommes d'origine, disons, asiatique est davantage discriminés dans le domaine de la sexualité ou des relations amoureuses que les hommes blancs, par exemple. Ils avancent que le look smexing ne peut pas les transformer entièrement en l'idéal masculin dominant, souvent représenté à l'écran comme blanc, beau, séduisant, etc. Donc, ce qu'on observe, c'est que certains idéaux esthétiques qui véhiculent dans ces espaces là reprennent des codes assez spécifiques. comme hypersymétrie du visage, certains types de mâchoire, certaines couleurs de peau ou de cheveux. Et ces critères peuvent parfois, effectivement, correspondre à des standards historiquement associés à des formes de blanchité ou d'une masculinité dite fasciste. Donc, l'homme idéal ici, c'est ce qu'ils appellent le tchad. Et de manière très caricaturale, un homme de type caucasien ou nordique, blond, au visage carré, aux yeux clairs, très athlétique, grand, avec des jolis cheveux, etc. Et d'ailleurs, ça me fait toujours penser au prince charmant de Disney. Du coup, c'est pas toujours explicite, mais quand même, ça crée des hiérarchies implicites entre les corps. Et dans certains cas, ces hiérarchies sont justifiées avec des arguments pseudo-biologiques ou évolutionnistes. Donc, ce n'est pas que ces communautés sont homogènes idéologiquement, mais il y a clairement quand même des zones de recoupement entre esthétique, hiérarchie sociale et imaginaire politique, surtout ceux de l'extrême droite et ceux de la suprématie masculine ou masculiniste.