Les Couilles sur la table, épisode "Politique, la loi des hommes"
Podcast Binge Audio — 17 septembre 2025
Invitée : Mathilde Viau, juriste, militante féministe
Animé par : Victoire Tuaillon
Bref aperçu de l'épisode
Cet épisode inaugural de la nouvelle saison questionne les mécanismes de domination masculine et de virilisme à l’œuvre dans la politique française, principalement à l’Assemblée nationale. À travers le regard incisif de Mathilde Viau, juriste et autrice, il explore comment l’entre-soi masculin reproduit l’exclusion et le sexisme, pourquoi la parité ne suffit pas pour réinventer le politique, et en quoi de nouveaux modes d’organisation, plus inclusifs, plus féministes, sont nécessaires pour penser une démocratie réelle et égalitaire.
Principaux thèmes et points-clés abordés
1. L’Assemblée nationale, vitrine d’un pouvoir viriliste
- L’Assemblée nationale n’est pas seulement un organe législatif mais le théâtre d’une “performance du pouvoir viriliste” (00:08) où une élite masculine, bourgeoise et blanche exerce son autorité selon des codes d'exclusion hérités.
- Citation :
« L’Assemblée nationale est un haut lieu de performance d’un pouvoir viriliste, où seuls les intérêts d’une toute petite partie de la population sont vraiment défendus. »
— Naomi Titi (00:08)
2. Le décorum comme outil de domination
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L’arrivée de Mathilde Viau à l’Assemblée révèle l’effet impressionnant, excluant, du décor (dorures, moquettes épaisses, espaces luxueux), instauré pour signifier le pouvoir, mais qui ne trouble pas les habitués issus des mêmes milieux dominants.
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Citation :
« Il y a des personnes qui sont habituées à ce faste-là […] et il y a d’autres personnes qui […] se sentent pas forcément à l’aise. »
— Mathilde Viau (07:35) -
Le pouvoir politique s'y incarne à travers une posture de “gladiateurs”, valorisant la domination et la violence symbolique au détriment d’un réel débat démocratique (08:00-09:08).
3. Exclusion et “intersectionnalité de la domination”
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Les profils dominants : homme, blanc, bourgeois, hétéro, de culture catholique, de plus de 50 ans.
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Les autres se voient systématiquement renvoyés à leurs différences, leur illégitimité supposée (09:08).
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Effacement symbolique des femmes jusqu’en 2016 : aucun buste féminin (sauf allégories) dans l’Assemblée (11:09).
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Les agents de nettoyage, principalement des femmes racisées travaillant la nuit, incarnent une relégation sociale et raciale peu discutée publiquement (11:56-13:56).
4. Inaccessibilité pour les classes populaires
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70% des députés sont issus de cadres ou professions supérieures, soit quatre fois leur poids démographique.
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Les barrières économiques, sociales et familiales empêchent la diversité sociale réelle : impossibilité pour des salariés ou mères d’accéder à un mandat (14:51-15:20).
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Exemple positif : la Convention Citoyenne pour le Climat (2019-2020), où 150 personnes tirées au sort, socialement diverses, ont démontré la compétence collective possible — “l’illusion de la compétence monopolisée” dans les élites (15:22-16:48).
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Citation :
« On a une illusion de la compétence dans le monde politique.… C’est complètement faux, c’est archi-faux. »
— Mathilde Viau (16:48)
5. Sexisme ordinaire et exclusion dans l’exercice quotidien
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Le sexisme fonctionne par l’humour, la “blague” qui signale l'illégitimité des femmes et entrave leur participation (18:05-19:41).
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L’existence d’un “boys club” : accords politiques discutés entre hommes, au détriment et à l’insu des femmes (21:13).
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Citation :
« Les femmes qui sont dans la politique depuis longtemps se disent que ça fait partie du jeu. Moi, j’ai l’impression que ça a un impact considérable sur la façon avec laquelle elles sont perçues et sur la façon avec laquelle elles peuvent porter des idées. »
— Mathilde Viau (18:34)
6. Codes des débats, efficacité, et “déculturation” du pouvoir
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Les débats parlementaires sont caractérisés par la recherche de la domination verbale, l’absence d’écoute, la répétition stérile, et l’invalidation systématique des propositions de l’opposition (22:16-23:11).
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Comparaison avec les collectifs féministes : efficacité, recherche de consensus réel, absence d’ego ou de “carriérisme” (25:00-26:25).
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Citation :
« Moi, j’ai l’impression qu’on est beaucoup plus efficaces [dans les collectifs féministes]. »
— Mathilde Viau (25:00)
7. Limites de la parité et nécessité de la subversion féministe
- La présence accrue de femmes, non féministes, ne suffit pas à transformer la culture institutionnelle : la norme sociale dominante s’impose à toutes et tous (28:01-30:18).
- Les femmes sont parfois mises en avant dans des situations désespérées (concept de la “falaise de verre”) où l’échec est probable et leur est ensuite imputé (30:38-31:21).
8. Lutter contre les violences sexistes : des collectifs à l’action institutionnelle
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Création et rôles des collectifs Chères Collaboratrices et Observatoire des violences sexistes et sexuelles : recueil des témoignages, pression médiatique, dénonciation de l’impunité dans les partis (31:56-41:01).
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Citation :
« Ce ne sont pas les personnes qui se comportent mal et les hommes qui se comportent mal qui créent des problèmes, c’est les dénonciatrices des problèmes. »
— Mathilde Viau (36:13)
9. Structure viriliste de la Ve République
- La fonction présidentielle surpuissante est structurée comme une figure paternelle (“le PR”, “le père”), dépossédant la nation de son pouvoir collectif (41:40-42:59).
- Appel à d’autres formes constitutionnelles, avec des assemblées plus représentatives, basées sur le tirage au sort, le temps long, pour re-politiser la société et sortir du culte du chef (43:03-44:52).
10. Conclusion émancipatrice et militante
- Appel à l’engagement de personnes n’ayant pas vocation à faire carrière mais à transformer le politique (45:31-47:25).
- Jugement sur l’urgence écologique, sociale et politique pour faire basculer les institutions :
« Je ne suis pas éco-anxieuse, je suis capitalisto-anxieuse. » (46:57)
Citations et moments marquants (avec timestamps)
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Sur le décorum
« Le parcours à l’Assemblée nationale est vraiment jonché de bustes de sombres inconnus... il y a un effacement total […] de la vie politique de la majorité de la population. » (11:26)
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Sur l’humour sexiste
« Cette forme d’humour-là a une fonction très précise, qui est de dire aux femmes “ta place n’est pas là”. » (19:15)
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Sur la mécanique des débats
« Le problème… c’est qu’on fait tout dans une sorte de galvanisation… d’écraser l’autre, on n’écoute pas les bonnes idées qui peuvent venir de partout. » (23:11)
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Sur les effets du collectif
« Faut être plusieurs, faut avoir une idée de ce qu’on veut faire… on se fait souvent, on imagine souvent les choses beaucoup plus dures qu’elles ne le sont. » (37:54)
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Sur la critique systémique
« La structure de la Ve République donne un pouvoir accru au président de la République… il y a une volonté aussi d’avoir une réelle captation du pouvoir au détriment de la population. » (41:46-42:59)
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Sur le futur possible
« Moi j’ai l’impression que les seules personnes qui peuvent réellement faire correctement de la politique c’est les personnes qui n’ont pas envie de faire carrière. » (45:31)
Timestamps — Segments Importants
- 00:08-03:43 – Introduction de l’épisode, enjeux politiques et questions posées
- 04:39-06:50 – La puissance symbolique et réelle de l’Assemblée nationale
- 07:35-13:56 – Décryptage du décor, des hiérarchies implicites, des exclusions
- 14:51-16:48 – Mécanismes d’accès socialement filtrés, exemple des conventions citoyennes
- 18:05-21:49 – Sexisme quotidien, “humour” excluant, entre-soi masculin
- 22:16-24:41 – Dysfonctionnements des débats, absence de vrais échanges
- 25:00-26:25 – Culture du collectif féministe vs. culture politique institutionnelle
- 28:01-31:21 – Faiblesses de la parité, effet “falaise de verre”
- 32:47-41:01 – Confessions militantes, stratégies et résistances dans la lutte contre les violences
- 41:40-44:52 – La Constitution, le “père”, l’alternative à la personnalisation du pouvoir
- 45:31-47:25 – Profil des personnes aptes à transformer la politique
- 47:29-49:53 – Appel à l’action, logique de survie, recommandations culturelles
Œuvres et recommandations
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Mathilde Viau recommande :
“Où la chèvre est attachée, il faut qu’elle broute”, une pièce de Rebecca Chaillon (49:08)
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Victoire Tuaillon suggère :
“L’abolition des privilèges” de Bertrand Guillaume, sur la nuit du 4 août 1789 (49:53)
Ton et langage de l’épisode
Le ton du podcast est à la fois engagé, franc et pédagogique, teinté d'ironie parfois ("composter tout ça !"), mais aussi d’espoir militant. Mathilde Viau et Victoire Tuaillon allient réflexions critiques, témoignages personnels et propositions concrètes, dans une logique de déconstruction des évidences et d’empowerment collectif.
Ce résumé fournit la structure et les moments-clefs pour comprendre la portée critique et politique de cet épisode, tout en rendant hommage à ses analyses fines, ses exemples concrets et son énergie émancipatrice.
