Transcript
Victoire Tuaillon (0:03)
Binge audio. Salut, chers auditeuristes. Ici, Victoire Tuaillon. Je suis la journaliste qui a créé les couilles sur la table. Je vous parle depuis mon petit appartement du nord de Paris. Je me sens bien ici. Il y a tous les livres qui comptent pour moi, des plantes, du silence. Et au sol, un grand tapis en laine jaune où je peux m'étirer. C'est aussi là que je travaille, depuis que j'ai pris la décision de quitter Binge Audio, l'entreprise qui me salariait et qui continue de produire et de rester propriétaire de ce podcast. Avant de partir, je veux juste vous dire merci. Merci à vous qui avez passé tant d'heures à écouter ces épisodes. Merci à vous, toutes les personnes qui sont venues partager leurs savoirs à mon micro. Merci à vous qui les avez écoutés et qui allez continuer de le faire. Les couilles sur la table, depuis sept ans, c'est plus d'une centaine d'heures de conversations féministes avec des intellectuels, des artistes ou des militantes. En tout cas, des personnes expertes des violences machistes, des hommes et de la masculinité. C'est parce que ces questions m'obsèdent depuis l'enfance que j'ai fait ce travail. Révoltée par l'injustice, je reste pleine de rage et de pitié parce que le patriarcat, c'est une prison pour tout le monde, même pour ceux qui pensent en profiter. Je me souviens du tout premier épisode. C'était en septembre 2017, quelques semaines avant que n'explose le mouvement MeToo. Toutes les deux en avaient rigolé de ce titre un peu vulgaire, les couilles sur la table. J'avais trouvé ça par provocation, bien sûr, mais aussi parce que ça me semblait parfaitement résumer le projet. Cette table sur laquelle il est paraît-il courageux de poser ses couilles, j'avais envie de la transformer en table d'examen de la masculinité, voire en table de dissection. Et épisode après épisode, mes invités sont venus nous raconter leurs recherches. Et souvent, ça nous a retourné la tête. Quand le slogan féministe d'Indiana Zadi... Donc.
Male Interviewee (2:10)
La taille, ça revient systématiquement, ça revient souvent.
Victoire Tuaillon (2:14)
Je pense qu'évidemment, il y a de l'autocensure, mais je pense qu'il y a beaucoup de femmes cinéastes qui ont énormément d'ambition. Ils nous ont emmenées avec les gars du coin à la campagne à l'est de la France, en Iran avec le mouvement Femmes Vives Libertés, au Pérou avec les séducteurs professionnels de touristes. Ils nous ont parlé d'urbanisme, de contraception, de cinéma, de porno ou d'informatique. Et soudain, ce qui paraissait normal, neutre, immuable, ne l'était plus.
Male Interviewee 2 (2:39)
Donc parler de genre, comme l'ont fait les féministes à partir des années 70, de manière critique, c'est-à-dire pas simplement pour dire qu'il faut se conformer à des normes de genre, mais au contraire. En fait, je ne suis pas sûr d'être toujours à la frontière.
