Transcript
Naomi Titi (0:04)
Produit par Binge Audio.
Benoît Cocard (0:08)
Chers.
Naomi Titi (0:13)
Auditeuristes, à quel âge êtes-vous partis de chez vos parents ? Je m'appelle Naomi Titi et moi j'ai grandi dans une banlieue populaire du 92 près de Paris. Donc j'ai attendu d'avoir un emploi stable pour partir vivre dans une autre ville et m'installer seule. Si vous avez grandi en ruralité, il y a de grandes chances pour que vous soyez partis bien plus tôt. Selon une étude de l'INSEE de septembre 2025, la moitié des jeunes des communes rurales ont quitté leur foyer parental avant 19 ans, le plus souvent pour aller au lycée ou poursuivre des études supérieures. Si c'est votre cas et que vous êtes en bon terme avec votre famille, peut-être y êtes-vous retourné ces jours-ci pour les fêtes. Et peut-être qu'au supermarché, au café ou à la boulangerie, vous êtes retombé sur les gars du coin. Le sociologue Benoît Cocard a grandi dans une commune rurale de la région du Grand Est, et après être parti pour ses études, il est revenu y mener une thèse pour enquêter sur ces gars du coin. De ce travail, il a tiré un essai, paru en 2019 aux éditions La Découverte, sous ce magnifique titre, « Ceux qui restent ». Victoire Tuaillon l'avait reçue à ce micro en novembre 2018, un classique des couilles sur la table. C'est cet épisode que je vous propose de redécouvrir.
Victoire Tuaillon (1:32)
Maintenant. Bonne écoute. Dans cet épisode, on va s'intéresser à la masculinité populaire rurale, c'est-à-dire aux valeurs, aux pratiques, aux façons d'être des hommes quand on est ouvrier, artisan, employé et qu'on ne vit pas en ville. Je vous propose donc de passer un moment à la campagne, dans les cantons du Grand Est de la France, dans le genre de coins qu'on dit paumés, des coins pas très touristiques. Et c'est vous, Benoît Cocard, qui allez nous.
Benoît Cocard (2:06)
Y.
Victoire Tuaillon (2:06)
Emmener. Bonjour. Bonjour. Vous êtes chercheur en sociologie à l'INRA, l'Institut National de la Recherche Agronomique. Vous enseignez à l'Université de Dijon et vous venez de soutenir votre thèse en sociologie intitulée « Sauver l'honneur, appartenance et respectabilité en milieu populaire rural ». Et vous allez.
Benoît Cocard (2:23)
Sûrement en faire.
Victoire Tuaillon (2:24)
Un livre. Sûrement, oui. J'espère. Vous avez passé deux ans et demi en immersion dans ce village, en Haute-Marne, à fréquenter un groupe d'une vingtaine de personnes, pour la plupart des hommes, qui ont entre 18 et 40 ans, surnommée la Bande à Boris. Et à partir de ce que vous avez observé dans ce groupe particulier, vous montrez ce que peut être cette forme de masculinité populaire rurale. Alors, il faut préciser d'emblée que c'est un milieu que vous connaissez très bien, puisque vous y avez grandi, et vous y êtes revenu comme sociologue. Ça vous a mis dans une drôle de position.
