Transcript
Naomi Titi (0:04)
Ces
Pauline Chanut (0:15)
hommes sont tellement conscients que c'est une stratégie extrêmement efficace qu'ils vont dissuader les victimes d'aller porter plainte ou d'aller dénoncer ces violences. C'est-à-dire que, très souvent, ils disent «mais tu sais, si tu parles, en fait, personne ne t'écoutera, t'es complètement folle». Ça montre de manière très évidente la fonction de l'hystérisation des victimes.
Naomi Titi (0:32)
Je me suis toujours méfiée des mecs qui racontent que leur ex est folle. Déjà parce que souvent, je n'ai aucun moyen de vérifier ce qu'ils disent, mais aussi parce que ce poncif leur sert à quelque chose. Réaffirmer l'un des clichés les plus tenaces du patriarcat. L'idée qu'au fond, toutes les femmes seraient un peu cinglées, un peu pétées du ciboulot, hystériques quoi. Ce que j'entends, moi, quand on me dit ça, c'est que ces femmes-là auraient bien besoin de quelqu'un, de préférence un homme ou plusieurs, pour les recadrer un peu. Et là, vous vous dites peut-être que j'exagère, que ces temps sont bien loin derrière nous. Et pourtant, détrompez-vous. Le fantôme de l'hystérie continue de nous hanter. D'où vient ce mythe de la femme folle et quelle forme ça prend aujourd'hui? À quoi ça sert? Comment c'est mis en place? Quels effets ça provoque? Dans cet épisode, avec mes deux invités, on est parti de ces questions pour aller au-delà de ce pseudo-diagnostic et toucher du doigt l'un des outils les plus insaisissables et méconnus des violences patriarcales qui continuent de prospérer, entre autres, dans le couple et la famille. Cet outil, c'est ce qu'on appelle le gaslighting. Une forme de manipulation psychologique très subtile qu'utilisent les hommes violents pour garder leur proie sous leur coupe, les faire douter de leur propre perception, de la réalité même des violences qu'elles subissent, et les faire passer pour des hystériques. Après avoir passé des siècles à pointer du doigt ces femmes soi-disant folles, il est temps de retourner la caméra pour parler de leurs bourreaux et de leurs méthodes. Ces hommes-là, mon invité Pauline Chanu, les appelle des hystériseurs. C'est d'eux et du rapport qu'ils entretiennent à leurs victimes dont on va parler dans cette conversation. Pauline Chanut est ma première invitée. Elle a écrit plusieurs documentaires sonores dans la série Les fantômes de l'hystérie, diffusée en 2023 pour l'émission LSD sur France Culture. Et à partir de là, elle a poursuivi les recherches entamées dans cette série pour écrire un livre passionnant et très documenté intitulé Sortir de la maison hantée, comment l'hystérie continue d'enfermer les femmes. Il est paru en 2025 chez les éditions La Découverte. Ma seconde invitée s'appelle Anaïs Defos. Elle est avocate au Barreau de Paris, engagée auprès des victimes de violences sexistes et sexuelles. Elle dispense régulièrement des formations sur le sujet auprès de ses confrères et consoeurs. Et au fil de sa pratique, elle a appris à détisser la toile gluante des hommes violents hystériseurs. Dans cet épisode, elle va nous raconter comment. Et après ça, je vous le garantis, vous ne verrez plus jamais les hommes et leurs prétendus ex-folles de la même manière. Je m'appelle Naomi Titi. Bienvenue dans Les Couilles sur la table, le podcast où on explore les masculinités créées par Victoire Tuaillon.
