Transcript
Victoire Tuaillon (0:00)
Les couilles sur la table, épisode 23. Je suis au Binge Audio Summer Festival dans le 11ème arrondissement à Paris. Il fait 28 degrés, tout le monde transpire car cette émission est enregistrée en public. Tout le monde est très joyeux, c'est un festival qu'on fait avec tous les copains et les copines de Binge Audio qui font des podcasts puisque Binge Audio produit Les Couilles sur la Table et plein d'autres programmes super, des documentaires et des émissions qui parlent de sport, de hip-hop, de cuisine, d'actualité et de plein de trucs. Vous pouvez tous les retrouver et les binger, comme on dit, c'est-à-dire tout écouter d'un coup, sur toutes vos applications de podcast et sur le site binge.audio. Dans ce tout dernier épisode de la saison des couilles sur la table, vous allez avoir la parole, chères auditrices et chers auditeurs. On va parler de testostérone, de sexualité, d'inné, d'acquis, d'hommes plus ou moins féministes. On va passer un coup de fil, piocher dans des essais, tenter de donner des conseils. Il y a quelques semaines, je vous ai demandé de m'envoyer vos questions par message audio pour qu'on termine l'année avec un épisode un peu différent. J'ai reçu plein plein de messages et c'est toujours un bonheur de vous lire. C'est super parce que souvent ce sont aussi des questions que je me pose. Vous allez voir, il n'y a que des femmes qui m'ont envoyé des fichiers audio, il y a des hommes qui m'ont écrit et je vais aussi lire leurs messages. On commence tout de suite avec un gros morceau, c'est le message de Mélissa.
Mélissa (1:27)
Bonjour Victoire et bonjour les couilles sur la table. Merci pour ce podcast, c'est vraiment chouette. Du coup j'avais une question, c'était comment je pourrais expliquer à ma mère qu'il y a des différences hommes-femmes, certes, mais que c'est essentiellement des constructions sociales parce que je crois que c'est ce que je crois mais à chaque fois son argument c'est de parler des animaux ou des enfants quand ils sont tout petits et de ces espèces d'instincts naturels qui sont censés être différents entre les garçons et les filles et c'est souvent un argument qui revient donc il y a pas mal de constructions sociales que j'arrive à donner comme exemple simple pour expliquer ça mais la notion de l'acquis et de l'inné, et dans quelle mesure on est quelque chose de neutre, une espèce de matière souple, dès notre arrivée sur Terre. Ça, je ne sais pas si quelqu'un au monde c'est quel est le pourcentage d'innés et d'acquis et que ce sera probablement une question à laquelle on ne pourra jamais répondre. Mais si tu as des éléments de réponse face à cet argument qui revient perpétuellement et qui me fatigue pour justifier malheureusement bien trop d'inégalités encore. Voilà, c'était ma question. Merci beaucoup.
Victoire Tuaillon (2:54)
À cette vieille question de l'inné et de l'acquis, franchement Mélissa je compatis, moi aussi j'arrête pas d'avoir cette conversation en boucle avec mes proches, avec des inconnus dans les bars et dans les repas de famille et avec ma belle-sœur qui trouve que c'est normal si son mari range pas parce que tu comprends c'est l'évolution, il a pas exactement le même champ de vision, il voit plus loin parce qu'ils sont habitués à chasser des animaux dans la savane, enfin... Je comprends. Et vraiment, je ne sais pas quoi faire de ces arguments biologiques, de ces histoires d'hommes préhistoriques, de singes et de comportements qui seraient ancrés dans nos gènes, mais ils me paraissent assez peu fondés scientifiquement. Ce qui est sûr, c'est que dans l'idéologie populaire, la masculinité est considérée comme une conséquence naturelle de la biologie masculine. Par exemple, classique, la testostérone. Dans l'imaginaire collectif, la testostérone est responsable des comportements agressifs risqués aux égoïstes des hommes. Dans les années 90, aux Etats-Unis, des criminels se sont mis à plaider la rage induite par une bouffée de testostérone pour expliquer leur passage à l'acte. il y aurait plein d'études scientifiques pour corroborer cette idée. Mais le truc, c'est qu'il n'y a pas de science objective, c'est-à-dire que les scientifiques sont aussi des humains, donc ils sont aussi soumis et influencés par des biais de genre, et parfois, à force de vouloir trouver quelque chose, on finit par le trouver, et même par construire des études qui sont faites quasiment exprès pour démontrer le résultat qu'on avait en tête à la base, pour valider nos préjugés. Je te renvoie à un super article de la Cité des Sciences que je vais mettre sur le site, qui raconte les différentes expériences qu'on a faites pour essayer de trouver quels étaient les effets réels de la testostérone sur le comportement. Et en fait déjà la plupart ont été faites sur des rats et pas sur des humains, donc on ne fonctionne pas exactement comme les rats. Je te conseille aussi de lire et de faire lire peut-être à ta mère un super article de Titio Lecoq sur Slate qui s'appelle « Ces études à la con qui nous prennent pour des connes ». On entend aussi beaucoup d'arguments sur le cerveau qui serait différent chez les hommes et chez les femmes. Là, je peux te donner un argument. En fait, on sait qu'on a tous et toutes un cerveau différent, y compris les jumeaux. Notre cerveau est plastique, c'est-à-dire qu'il se modifie en permanence en fonction des activités, des expériences de vie. Et donc, le cerveau d'un homme est aussi différent de celui d'une femme qu'il l'est de celui d'un autre homme. En fait, on ne peut pas dire que d'un point de vue neurologique, les femmes et les hommes soient radicalement différents par nature. Voilà, ça c'est quelques éléments de réponse. Mais en fait, je suis désolée, j'ai pas d'arguments massus. Je comprends qu'il y a quelque chose de rassurant de se comparer aux animaux et donc de se dire qu'on peut pas changer nos comportements puisqu'ils seraient ancrés dans nos gènes. Mais oui, moi aussi, je pense que c'est en grande partie des fantasmes. Franchement, ça mérite des épisodes entiers. Et justement, c'est ce à quoi on va s'attaquer dès le mois de septembre, dans la prochaine saison des Couilles sur la Table, aux liens entre la biologie et le genre.
