Les Couilles sur la Table — Épisode 23 : Victoire répond à vos questions
Date: 12 juillet 2018
Podcast: Les Couilles sur la table (Binge Audio)
Animé par : Victoire Tuaillon
Format: Épisode spécial questions/réponses enregistré lors du Binge Audio Summer Festival, en public à Paris.
Aperçu général
Pour clore la première saison du podcast, Victoire Tuaillon consacre cet épisode à répondre, seule ou avec l’aide d’intervenants, aux questions envoyées par les auditeur·ices sur les masculinités. Les sujets abordés vont de la différence inné/acquis aux vécus féministes dans le couple, en passant par le sexisme au travail, les représentations de la sexualité masculine, et les réflexions autour des hommes et du genre. L’épisode est riche en conseils pratiques, références culturelles et réflexions nuancées, témoignant de la complexité des questions liées aux masculinités aujourd’hui.
Principaux thèmes abordés & Timestamps
1. La question de l’inné et de l’acquis (01:27)
- Question de Mélissa : Comment répondre à l’argument selon lequel les différences hommes-femmes seraient surtout naturelles et non construites socialement ? (01:27)
- Réponse de Victoire :
- Expose les limites des arguments biologiques fréquemment mobilisés (testostérone, cerveau « naturellement masculin », etc.)
- Met en avant la plasticité du cerveau, la subjectivité de la recherche scientifique et le manque de fondements pour beaucoup d’affirmations populaires sur la biologie des genres.
- Conseille d’orienter les discussions vers la construction sociale des genres et donne des ressources :
- Article de la Cité des Sciences sur la testostérone.
- Article de Titiou Lecoq sur Slate : « Ces études à la con qui nous prennent pour des connes ».
- Citation-clé :
« On ne peut pas dire que, d’un point de vue neurologique, les femmes et les hommes soient radicalement différents par nature. » (04:53)
2. Masculinités et régression dans les comportements (05:36)
- Question de Laura : Pourquoi son petit frère, jadis non sexiste, s’est-il mis à adopter des attitudes sexistes depuis le mouvement MeToo ? Comment peut-elle l’aider à changer ? (05:46)
- Réponse de Victoire :
- Le patriarcat est un système, impossible de totalement s’en extraire ; les « retours en arrière » ou blocages sont normaux, parfois liés à la construction de soi contre sa famille.
- Inutile d’essayer de « changer » quelqu’un à tout prix : préserver son énergie, privilégier le dialogue sans jugement, et montrer l’exemple.
- Citation-clé :
« Personnellement, je ne pense pas qu’on puisse changer qui que ce soit et certainement pas les membres de sa famille. [...] Plus tu lui diras qu’il est sexiste, moins tu vas le convaincre de changer. » (07:44)
- Conseil principal : Relâcher la pression, accepter une part d’ambivalence, garder l’ouverture au dialogue.
3. Sexisme au travail — que faire ? (08:18)
- Question de Coralie : Comment s’imposer et être prise au sérieux dans un environnement professionnel très masculin, malgré un diplôme supérieur et de l’expérience ? (08:18)
- Réponse de Victoire :
- Reconnaître que le sexisme ordinaire et insidieux est très courant et n’a rien à voir avec les compétences personnelles.
- Focaliser son énergie sur sa propre estime de soi, bien identifier les comportements sexistes afin de ne plus les « intégrer » comme un problème personnel.
- Trouver des alliés (autres femmes, collègues bienveillants hommes, mentors) et ne pas hésiter à chercher du soutien, y compris en ligne.
- Livre conseillé : Jessica Bennett, « Feminist Fight Club » (« Le Fight Club féministe »).
- Citation-clé :
« C’est du pur sexisme. Évidemment que tu veux être traitée d’égal à égal. C’est normal, c’est ton droit. Et en plus, c’est le futur. » (09:36)
4. Les « coûts » de la domination masculine (12:21)
- Question de François-Xavier (par écrit) : Comment intégrer les statistiques avancées par les « masculinistes » (suicides, garde d’enfants) dans la réflexion sur le genre sans leur donner un sens antiféministe ? (12:55)
- Réponse de Victoire :
- Les études de genre reconnaissent ces réalités mais les abordent sous l’angle « des coûts de la domination masculine ».
- Ne pas mettre sur le même plan la violence subie par les femmes et les souffrances masculines issues des injonctions à la virilité.
- Conseille la lecture du recueil « Boys don't cry — Les coûts de la domination masculine » (Presses universitaires de Rennes, issu d’un colloque en 2012).
5. Genre et transidentité : l’existence trans serait-elle évitable ? (13:43)
- Question de Pauline : Si notre société ne construisait plus d’identités genrées, la transidentité existerait-elle toujours ?
- Réponse de Victoire et Viken (invité précédemment sur le podcast) :
- Impossibilité de prédire, mais il est plausible que les parcours trans existeraient malgré une société « post-genre ».
- L’exigence médicale/sociale de transition vient souvent du besoin d’être reconnu et respecté dans son identité, non d’un rejet du corps en soi.
- Notable quote (Viken, 17:05):
« On parle souvent de dysphorie de genre, mais moi… je n’ai jamais eu de problème avec ces signes secondaires. C’est juste tout ce que ça représentait qui me posait problème. »
- Les difficultés viennent du regard social, de la transphobie et du manque d’acceptation, plus que du vécu corporel pur.
6. Scripts sexuels masculins et alternatives (18:29)
- Message de Christophe (lue par Victoire) : Être un homme moins « dominant » dans sa sexualité reste tabou, même si la masculinité dominante est remise en cause ailleurs.
- Réponse de Victoire :
- Les scripts sexuels sont culturels et pauvres, centrés sur la domination et la performance pénienne.
- Beaucoup d’hommes ne s’intéressent à la sexualité que comme validation de leur pouvoir sur les femmes (« Je pénètre, donc j’ai le pouvoir. »)
- Encouragement à explorer de nouveaux scripts, à mettre le plaisir, la sensualité et la réciprocité au centre.
- Lecture conseillée : Chroniques de Maya Mazorette (notamment « Hétéros, cisgenre et monogame, qui rêvent encore d’être normales ? »)
- Passage inspirant sur la redéfinition de la sexualité, l’abandon des automatismes de domination.
- Citation-clé (lue de Maya Mazorette, 21:20):
« Il accepte qu’on puisse être en situation de réceptivité sans être en position de passivité, qu’on puisse pénétrer en étant dominé. Il sait que les hommes sont pénétrables par la bouche, par l’anus…»
7. Le vécu féministe et la fatigue dans le couple hétéro (22:39)
- Message de Marie (audio) : Son compagnon, pourtant sensibilisé à la question des violences sexuelles, ne supporte plus d’en parler, se sent agressé ou mis en accusation, refuse tout dialogue féministe ; Marie se sent seule, épuisée de devoir être pédagogue.
- Réponse de Victoire :
- Situation très fréquente : femme féministe avec compagnon qui se ferme au dialogue.
- Réflexion sur ce « blocage » masculin : la difficulté à accepter la remise en cause de ses privilèges, la peur de changer, la réaction épidermique face à l’évocation de la domination masculine.
- Rejette l’idée d’« overdose » du sujet, car la gravité des inégalités sexistes justifie qu’on en parle sans cesse, comme on le fait pour d’autres sujets majeurs (politique, économie).
- Constate la difficulté de « continuer à aimer et être en couple avec quelqu’un dont les valeurs sont en contradiction profonde avec les nôtres. »
- Citation-clé (Victoire, 28:27):
« Moi, je trouve qu’un sujet aussi grave que les inégalités entre les hommes et les femmes et les violences sexuelles, en fait, on devrait en parler tout le temps. Tout le temps. »
- Encourage Marie à continuer à exprimer sa demande de soutien et sa quête de compréhension, à espérer que le dialogue pourra s’ouvrir.
Sélection de ressources et moments marquants
- Livres et articles conseillés :
- « Ces études à la con qui nous prennent pour des connes », Titiou Lecoq (Slate)
- « Feminist Fight Club », Jessica Bennett
- « Boys don’t cry, Les coûts de la domination masculine »
- Chroniques et futur essai de Maya Mazorette
- Moments forts :
- Le témoignage personnel, poignant, de Marie sur la difficulté de militer dans son couple (22:39–27:46)
- La lecture par Victoire d’un passage de Maya Mazorette, repensant profondément la sexualité hétérosexuelle (21:20)
- L’analyse de Viken sur la transidentité et la pression sociale du genre (15:21–18:29)
- Les encouragements répétés de Victoire à lâcher prise face à la difficulté de changer autrui, à se concentrer sur soi-même et à s’entourer de réseaux de soutien.
Conclusion de l’épisode & ambiances
Victoire conclut sur un ton affectueux et solidaire, remerciant l’équipe et les auditeur·rices, partageant des recommandations de lectures, de musiques (« Les Hommes » d’Henri Tachan), et en appelant à profiter de l’été pour continuer à explorer et élargir ces questions autour des masculinités, des genres et des relations humaines.
TL;DR
Cet épisode, à travers des témoignages personnels et des réflexions argumentées, montre combien les questions de genre, de masculinité et de féminisme traversent intimement le quotidien : familles, couples, travail, sexualité, militantisme… Victoire Tuaillon prône l’écoute, la patience, la recherche de soutien et la multiplication des perspectives, tout en rappelant que les changements systémiques sont l’affaire de tou·tes et qu’il n’existe pas de réponse simple ni de baguette magique à la question des masculinités contemporaines.
