Podcast Summary: Les Couilles sur la table — « Y a-t-il un instinct paternel ? »
Host: Tal Madesta
Guest: Alexandra Ternan, co-scénariste du documentaire « Paternité, une métamorphose décryptée »
Date: 8 janvier 2026
Podcast: Les Couilles sur la table (Binge Audio)
Aperçu général
Cet épisode explore la question de « l’instinct paternel », interrogant les dimensions biologiques, sociales, psychologiques et culturelles de l’engagement des pères auprès de leurs enfants. À travers l’éclairage d’études de neurosciences, d’endocrinologie et d’anthropologie, l’échange déconstruit les idées reçues sur les capacités innées des hommes à s’occuper des bébés, souvent opposées à l’idée d’instinct maternel. Alexandra Ternan partage les conclusions de son documentaire, s’appuyant notamment sur les travaux de Sarah Blaffer Hrdy et d'autres chercheur·euses, pour montrer que le lien du père au bébé trouve une origine non pas dans l’instinct pur, mais dans un potentiel activé par l’expérience et l’environnement social.
Points clés & Thèmes abordés
1. Déconstruction de l’instinct maternel et paternel
- Mythe de l’instinct maternel :
- L’instinct maternel, souvent présenté comme biologique, est largement une construction sociale justifiant la moindre implication des pères dans les soins aux enfants.
« En réalité, cet instinct n’existe pas vraiment. C’est en grande partie une construction sociale… » — Naomi Titi [00:15]
- L’instinct maternel, souvent présenté comme biologique, est largement une construction sociale justifiant la moindre implication des pères dans les soins aux enfants.
- Conséquence sur les pères :
- Par effet miroir, on suppose que les hommes seraient « moins prédisposés » à s’occuper des enfants, alors que rien, biologiquement, ne l’impose.
« Typiquement, vraiment cette idée de l’instinct maternel… Ce qui implique par effet miroir que les pères soient moins prédisposés à ce travail d’éducation, etc. » — Alexandra Ternan [05:03]
- Par effet miroir, on suppose que les hommes seraient « moins prédisposés » à s’occuper des enfants, alors que rien, biologiquement, ne l’impose.
2. La paternité à l’épreuve du vivant : exemples animaliers
- Comparaison avec d’autres espèces :
- Les études sur le comportement parental des oiseaux (biparentalité très répandue) puis du hamster de Sibérie ou des durucoulis (primates très investis) ont ouvert la voie à la recherche sur la paternité humaine.
- « Chez les oiseaux, c’est 90% des espèces qui sont… biparentales… Chez les mammifères, c’est l’inverse. » — Alexandra Ternan [05:53]
- Facteurs écologiques et certitude de paternité :
- L’environnement conditionne l’investissement du mâle dans les soins, notamment là où la survie exige la présence des deux parents.
3. Transformations biologiques de la paternité chez l'humain
- Changements hormonaux :
- À la naissance, chez le père : pic de cortisol (stress), puis ocytocine (attachement) et chute de la testostérone (corrélée au temps passé avec le bébé).
« Leur corps est bouleversé par d’importants changements hormonaux, neuronaux et cognitifs. » — Tal Madesta [03:48],
« On s’intéresse au moment de la naissance… un possible pic de cortisol, puis pic d’ocytocine… » — Alexandra Ternan [11:43] - Prolactine également en hausse chez le père impliqué, traditionnellement associée à l’allaitement maternel.
- À la naissance, chez le père : pic de cortisol (stress), puis ocytocine (attachement) et chute de la testostérone (corrélée au temps passé avec le bébé).
- Lien comportement/biologie :
- Plus le père passe de temps auprès de l’enfant, plus la testostérone baisse.
« Les pères les plus investis… ont les taux de testostérone les plus faibles. » — Alexandra Ternan [14:44]
- Les changements se déclenchent aussi chez des figures non-biologiques proches, dès lors qu’il y a contact et engagement.
- Plus le père passe de temps auprès de l’enfant, plus la testostérone baisse.
4. Réactions au pleur du bébé et mythes neurobiologiques
- Aptitude à reconnaître les pleurs :
- Les hommes et les femmes, parents ou non, développent la même capacité à reconnaître les pleurs de leur bébé après quelques expositions.
« Il n’y a pas de différence entre hommes et femmes dans la capacité à reconnaître leur bébé parmi des pleurs d’autres bébés. » — Alexandra Ternan [19:32] « Le facteur le plus important, c’est le temps, c’est l’expérience avec le bébé. » [19:38]
- Les hommes et les femmes, parents ou non, développent la même capacité à reconnaître les pleurs de leur bébé après quelques expositions.
- Explications sociales vs biologiques :
- Si les mères se réveillent plus que les pères la nuit, ce n’est pas dû à un avantage biologique, mais à des habitudes et représentations sociales.
5. Différences de fonctionnement cérébral : la vigilance et la mentalisation
- Étude de Ruth Feldman :
- L’amygdale (centre de la vigilance) est 4x plus active chez les mères primary caretakers que chez les pères hétérosexuels, mais aussi active chez les pères homosexuels primary caretakers.
« Ce qui est surprenant, c’est que l’amidale des pères homosexuels est 4 fois plus active que celle des pères hétérosexuels et aussi active que celle des mères. » — [23:36]
- Les pères activent davantage le sillon temporal supérieur (mentalisation, interprétation du comportement de l’enfant) que les mères.
- L’amygdale (centre de la vigilance) est 4x plus active chez les mères primary caretakers que chez les pères hétérosexuels, mais aussi active chez les pères homosexuels primary caretakers.
6. Synchronie cerveau-parent-bébé
- La synchronie cérébrale entre parent et bébé n’est pas identique selon la figure parentale.
- La mère synchronise sur le rythme « Theta » (confort du bébé), le père sur le rythme « Alpha » (stimulation cognitive), dans des interactions complémentaires.
« Moi, j’y vois plutôt deux types d’interactions différentes et complémentaires. » — Alexandra Ternan [27:33]
- Les pères utilisent plus volontiers un objet extérieur lors de l’intéraction directe.
- La mère synchronise sur le rythme « Theta » (confort du bébé), le père sur le rythme « Alpha » (stimulation cognitive), dans des interactions complémentaires.
7. Potentiel paternel et influences sociales
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Critique de la notion d’instinct :
- On préfère le terme de « potentiel paternel » à celui d’« instinct paternel », qui suppose une programmation automatique.
« Nous, on parle plutôt d’un potentiel paternel, c’est-à-dire un certain nombre d’attributs… qui peuvent être convoqués dans ces moments d’échange intime… » — Alexandra Ternan [30:05]
- On préfère le terme de « potentiel paternel » à celui d’« instinct paternel », qui suppose une programmation automatique.
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Poids des facteurs sociaux et économiques :
- L’investissement du père dépend du temps disponible — souvent limité par l’organisation du travail et le modèle capitaliste.
- Les congés paternité longs, obligatoires et pris à un autre moment que la mère favorisent l’engagement.
« Si on veut que les hommes passent du temps avec l’enfant, il leur faut du temps. » — [39:26]
8. Autour du bébé : le rôle fondamental des « alloparents »
- L’éducation de l’enfant s’est toujours faite dans l’entraide, au sein de cercles élargis (alloparents), ce qui fait partie de notre héritage évolutif.
« Il faut un village entier pour élever un enfant… nos fondamentaux sont basés sur la coopération et que le père, il a une place… hyper importante. » — [34:55]
9. Effets d’un père investi sur l’enfant
- La synchronie et les pics d’ocytocine précoces chez le bébé corrèlent avec l’attachement et l’équilibre social, des années plus tard.
« Lorsque la synchronie est élevée dans les premiers mois… quatre ans plus tard… l’enfant a aussi des taux d’ocytocine assez élevés. » — [36:32]
10. Lactation et charge parentale
- La lactation peut théoriquement être induite chez n’importe quel être humain (y compris les hommes) avec stimulation et traitements hormonaux… mais la capacité à nourrir un bébé de manière suffisante reste très incertaine, et la question du désir des pères de franchir ce pas demeure.
« Il n’y a pas de frein biologique au fait que la lactation existe chez l’homme… » — Alexandra Ternan [44:51]
Citations marquantes & Moments mémorables
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Sur la chute de testostérone :
- « J'ai constaté que mon taux de testostérone rejoignait littéralement celui de mon épouse. » — Rapporté par Alexandra Ternan sur Lee Gettler [14:55]
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Sur la reconnaissance des pleurs :
- « Il n’y a pas de différence entre les hommes et les femmes dans la capacité à reconnaître leur bébé… » — [19:32]
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Sur la complémentarité des rôles :
- « J’y vois plutôt deux types d’interactions différentes et complémentaires. » — [27:33]
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Sociologie de la parentalité :
- « C’est une image très caricaturale qui date probablement de la révolution industrielle, mais qui conserve des traces peut-être encore aujourd’hui… » — Alexandra Ternan [36:57]
Timestamps des segments clefs
- [05:03] Déconstruction des idées reçues sur l’instinct maternel/paternel
- [07:55] Exemples animaux de paternité engagée
- [11:43] Effets hormonaux de la paternité chez l’homme
- [14:44] Corrélation entre implication et taux de testostérone
- [19:32] Reconnaissance des pleurs du bébé, rôle de l’expérience
- [23:36] Différences d’activation cérébrale chez mères, pères hétéros/gays
- [25:50] Synchronie cérébrale parent-bébé
- [29:58] Distinction : instinct vs potentiel paternel
- [34:15] Alloparentalité, héritage évolutif et soutien social
- [36:32] Effets sur le développement de l’enfant de l’engagement paternel
- [39:52] Congé paternité, enjeux économiques et solutions nationales
- [44:19] Possibilité biologique de la lactation chez l’homme
Recommandations & ressources
- Ouvrage : Le Temps des Pères de Sarah Blaffer Hrdy (La Découverte, 2025)
- Documentaire : « Paternité, une métamorphose décryptée » (Arte)
- Film (évoqué avec humour) : Trois hommes et un couffin de Coline Serrault (1985)
- Pour aller plus loin : Épisode « Congé paternité, le miracle ? » avec Hélène Périvier (Les Couilles sur la table, 2020)
Conclusion & ton général
L’épisode propose une synthèse vivante, rigoureuse et nuancée des recherches récentes sur la paternité, révélant l’immense influence de l’environnement, du temps et de l’investissement affectif sur l’engagement des pères. Rien n’est programmé d’avance : les pères ont tout un potentiel à activer, qui ne demande qu’à être soutenu socialement et structurellement. Avec pédagogie, anecdotes et clins d’œil à la pop culture, le ton reste accessible, stimulant et sans tabou—fidèle à l’esprit du podcast.
