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Du lundi au vendredi, un reportage pour mieux connaître la société française et comprendre ses débats.

La France connaît actuellement son troisième épisode de canicule depuis la fin mai. Particulièrement touché, l’ouest de l’hexagone, où le thermomètre a encore tutoyé les 40 degrés cette semaine, à Bordeaux, Agen ou encore Angoulême. Ce nouvel épisode caniculaire s’accompagne d’une absence de pluie. Des températures qui mettent les corps à rude épreuve, mais aussi les cultures. Les agriculteurs souffrent et réclament des mesures d’urgence pour sauver les récoltes, notamment des dérogations dans l’accès à l’eau. « Voici des plants de maïs semés début avril, qui arrivent péniblement à un stade de floraison. Certains sont déjà en train de dépérir. Une récolte sans doute quasi nulle, je pense. » Bertrand Feugnet se désespère. Pas une goutte de pluie à l’horizon en France depuis des semaines. Des températures supérieures de plus de 10 degrés aux normales dans la région. « On a un déficit hydrique qui est colossal. Je pense que la culture du maïs va devenir très compliquée. Il faudrait arriver à développer l'irrigation par des stockages d'eau. On n'a pas d'autres solutions. Cela veut dire stocker l'eau en hiver et pouvoir l'épandre l'été », détaille-t-il. La question du stockage de l’eau revient avec insistance dans la bouche de cet éleveur, viticulteur et céréalier à la tête d’une exploitation familiale. Affilié à la FNSEA, le principal syndicat agricole français, il ne comprend pas certaines réticences au nom de la protection de l’environnement : « On dit qu'il n'y a pas d'autres solutions. C'est ce qu'ils ont fait dans les pays du Sud, en Espagne, au Portugal, au Maroc. Pour nourrir les animaux, nourrir les gens, il nous faut de l'eau. On ne peut pas faire autrement. Coïncidence ? Vous avez en face de vous une réserve d'eau collinaire qui a été créée dans les années 2000. C'était un pionnier à l'époque. Elle s'est remplie tout doucement l'hiver et il a son eau pour l'été. Il arrive à cultiver du maïs. On les aperçoit au loin, là-bas. » Actuellement en discussion au Parlement, le projet de loi d’urgence agricole vise à répondre à la colère du secteur. Un volet prévoit de faciliter la construction d'ouvrages de stockage, y compris en zones humides, zones clés pour la biodiversité. Une perspective qui inquiète Jean-Pierre Georges, référent eau pour la Nouvelle-Aquitaine chez France Nature Environnement. Il appelle à faire des choix et à entamer une véritable transition agricole : « Ce stockage d'eau doit répondre à des priorités. Le maraîchage, l'élevage, l'agriculture biologique. Il faut que l'on arrive à se passer des grandes cultures, à un moment donné, parce qu'on n'aura pas assez d'eau pour répondre à ces besoins. Il y a de nouvelles cultures qu'il faut envisager aussi. Il faut réfléchir. On a fait disparaître les haies en disant que c'était de la contrainte en plus. Mais c'est ce qui permet de maintenir une certaine qualité du sol. Actuellement, le sol est drainé pour que l'eau parte le plus rapidement possible et l'été, on voudrait refaire venir l'eau. Le mieux serait de la conserver dès le départ. » Conserver l’eau, la ramener en terre, c’est le pari qu’a fait Éric Germond il y a 30 ans. Paysan bio et éleveur de vaches limousines dans le nord-est de la Charente, il a abandonné le modèle intensif, arrêté le maïs et recréé un écosystème riche en eau sur son exploitation. « Aujourd'hui, on sait très bien que s'il n'y a plus d'arbres, demain, il n'y a plus d'humanité. J'ai commencé à planter mes arbres les premiers. Ils ont 30 ans. Ils font de l'ombre et stockent de l'eau. Par contre, les zones où il n'y a plus de bocages, demain ce seront des déserts. Dans nos modèles, on retient l'eau dans le sol. Après, la quantité d'eau suffisante n'est pas là, donc il y aura sûrement d'autres adaptations à prévoir. Je ne sais pas lesquelles, mais l'agroforesterie en fait partie », estime-t-il. Selon l'Office français de la biodiversité, depuis 1950, 70 % des haies ont disparu des bocages français au profit de la céréaliculture intensive. Plus que jamais, la question du partage des ressources en eau se heurte à la question centrale du modèle agricole et de son adaptation pour faire face au réchauffement climatique. À lire aussiL'aquaculture est-elle une solution durable?

Les violences sexistes et sexuelles pendant les compétitions de football n'arrivent pas que dans les bars. Durant ces périodes de compétitions sportives, les violences conjugales grimpent aussi en flèche. Une étude publiée en 2014 par l'université de Lancaster, qui s'était penchée sur les signalements collectés dans le nord-ouest de l'Angleterre lors des Coupes du monde de 2002, 2006 et 2010, montrait une hausse des violences conjugales les soirs de match de la sélection anglaise : de 38% en cas de défaite et de 26 % en cas de victoire ou de match nul. Plusieurs campagnes de prévention ont été mises en place cette année pour sensibiliser à ce phénomène. À lire aussiCoupe du monde: dans les bars, des dispositifs pour protéger les supportrices [1/2]

La Coupe du monde de football bat son plein et les matchs s'enchaînent. Si les premiers matchs de la France ont attiré plus de 4 millions de téléspectateurs, ils ont aussi augmenté les chiffres d'affaires des bars et brasseries de 20%, signe d'une forte affluence. Pour limiter les violences sexistes et sexuelles lors de ces évènements, l'association « Her Game Too » (« son match à elle aussi ») propose aux bars des dispositifs de signalement et de prévention des agressions. En France, 43 établissements sont partenaires de l'association dans une douzaine de villes. Il y en a à Paris comme au Supercoin, dans le nord de la capitale où la terrasse du bar était plutôt mixte lors de la rencontre France-Suède. À lire aussiLa question des violences sexuelles, «une problématique dont toute la société doit s'emparer, les hommes aussi»

À Paris et dans d'autres grandes villes de France, des dizaines de milliers de manifestants ont appelé le week-end dernier à l'adoption d'une loi globale contre les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes et aux enfants. Depuis quelques semaines, ces violences sont au cœur de l'actualité française, dans le sillage de l'affaire Lyhanna – cette collégienne de 11 ans violée et assassinée fin mai – et des nombreux scandales pédocriminels au sein du périscolaire parisien. En France, des dispositifs existent pourtant pour alerter les autorités sur des enfants en danger, comme le numéro d'urgence 119. Un open space, dix professionnels équipés d'un micro-casque et deux pré-écoutants. C'est ici qu'arrivent les 700 appels quotidiens passés au 119 dans toute la France. « Si vous appelez pour un mineur en danger, vous pouvez parler à un professionnel de la protection de l'enfance. Si vous ne parlez pas, je vais devoir raccrocher, au revoir. » À la pré-écoute, Landry filtre les appels : il évite les appels « muets » comme celui-ci. Il vérifie aussi la pertinence des appels. S'ils concernent plutôt des violences conjugales, il réoriente vers le 39 19, si l'enfant est en danger grave vers la police ou le Samu. « Je comprends, madame, l’objet de votre appel. Alors, vous êtes actuellement à l'accueil du 119, je vais devoir vous mettre en relation avec un de nos professionnels de l'enfance pour que vous puissiez expliquer votre situation. Alors actuellement, il y a de l'attente, il faudrait que vous nous rappeliez d'ici 16h, 16h30. » Environ 80 appels sont traités chaque jour, les centaines d'autres sont invités à rappeler sauf si l'appel est passé par un mineur, là, il est directement envoyé vers les professionnels, comme Jean-Pierre : « Salut Landry, ça va ? Okay, une dame, pas de problème, c'est bon, j'ai le numéro, merci beaucoup. » Jean-Pierre a fait des études d'éducateur spécialisé en Angleterre, il travaillait pour l'équivalent britannique du 119. « Allô, oui, bonjour, vous m'entendez ? Du coup, vous avez des inquiétudes concernant la sécurité d'un enfant, c'est ça ? » Un quart des appels pris en charge proviennent de mineurs. Le reste est passé par des adultes : parents, voisins, professeurs qui s'inquiètent pour un enfant. C'était le cas, ici, Jean-Pierre discutait avec une mère inquiète face à son enfant un peu turbulent : « En soi, c'est un appel assez léger, plutôt simple à gérer, dans le sens où ça ne relève pas de la protection de l'enfance, c'est une situation, on va dire, qui peut se gérer en interne par la famille. » À écouter aussiLe 119 Allô, enfance en danger La Crip, relais de la protection de l’enfance Une partie du travail des écoutants consiste à soutenir, conseiller, écouter et rediriger vers des professionnels. Mais quatre fois sur cinq, ils doivent aussi contacter la Crip : « C'est la Cellule de recueil des informations préoccupantes, il y en a une par département. » Joséphine vient tout juste d'envoyer un nouveau rapport à la cellule : « On alerte quand on a évalué des risques de danger ou des dangers pour des mineurs : ça peut être des négligences, des violences psychologiques, des violences physiques, des comportements de mise en danger pour les mineurs. Par là, on entend des fugues, ça peut être aussi des mineurs qui expriment des idées suicidaires, qui ne vont pas bien, qui expriment leur mal-être, qui se scarifient… Voilà, ça va être tous ces dangers-là que l'on va évaluer, que l'on va rechercher aussi, et puis il y en a beaucoup d'autres, ce n’est pas que ça, c'est les grandes lignes. » En France, entre 10 % et 15 % des informations préoccupantes sont remontées par le 119 : « Donc, on leur transmet, on les informe de la situation. Et, en fait, la Crip, elle va évaluer notre écrit, notre évaluation, et prendre une décision : soit il n'y a pas de suite à donner, soit il faut une enquête sociale, ils rencontrent les familles, soit ils estiment que c'est de l'ordre des compétences judiciaires et ils font un signalement. » Le chat, une porte d’entrée discrète pour les jeunes Le 119 a également mis en place un « chat ». Chaque jour, deux écoutants répondent aux jeunes de moins de 21 ans. Julie travaille au 119 depuis presque 20 ans, c'est elle qui s'occupe du chat aujourd'hui : « Dès 15 heures, on est sollicité et on a plusieurs chats en même temps. » Pendant le Covid-19, les appels ont bondi. Enfermés avec leurs proches, beaucoup de jeunes se sont retrouvés en danger : « Le chat a été pensé et créé au moment du confinement pour permettre aux mineurs de nous solliciter sans se faire prendre par leurs parents, notamment dans des logements exigus. Ça permet aussi de nous solliciter quand on n’a pas de tel, on peut chatter à partir de l’ordinateur ou de la tablette de l'école. » De nouveaux écoutants devraient renforcer les équipes du 119, moins d'une dizaine de temps pleins en plus, pas assez pour répondre aux besoins intarissables.

Ce lundi 6 juillet, l'Assemblée nationale française se penche sur le projet de loi Ripost, l'un des deux textes en débat en ce moment au Parlement, qui pourrait renforcer la pénalisation des free parties. Les événements de ce mouvement techno clandestin rassemblent parfois des milliers de personnes illégalement. C'est un gage de liberté, scandent les organisateurs ; c'est une source de nuisance et de dégradation, dénoncent les détracteurs. À lire aussiFrance: le ministère de l'Intérieur sévit face aux dérives du Teknival de Bourges

En cette veille de Tour de France, qui se déroule traditionnellement en juillet, une question se pose : face au dérèglement climatique, cette compétition sera-t-elle condamnée par la multiplication des vagues de chaleur ? En mars dernier, un programme européen d’études des points de bascule climatiques soulignait que les activités physiques intenses pratiquées l’été allaient devenir risquées dans les années à venir, au point de faire annuler des épreuves sportives comme le Tour de France, pour éviter de mettre en danger la santé des coureurs mais aussi des spectateurs. Le réchauffement climatique fait déjà partie du quotidien des cyclistes, professionnels comme amateurs. Plusieurs générations de coureurs, membres du Paris cycliste olympique, témoignent. Le rapport du programme européen d’études des points de bascule climatiques est à découvrir ici. À lire aussiCanicule: l’Europe se réchauffe plus vite que le reste du monde, en Italie, des récoltes déjà menacées

Après deux canicules exceptionnelles par leur intensité et leur précocité, les prévisionnistes météo annoncent à nouveau des températures très élevées dans les jours qui viennent en Europe de l'Ouest. Et la chaleur est encore plus intenable dans les villes bétonnées et bitumées. Pour se protéger, des solutions existent, notamment planter des arbres. En plein centre-ville de Nantes, à l'ouest de la France, un vaste chantier est en cours, place Gloriette Petite Hollande. « Ici, à la base, c'était un grand parking. Quatre hectares vont être débitumés. Au milieu, on voit les premières plantations qui ont été faites », déclare Delphine Bonamy, vice-présidente en charge de la biodiversité à la métropole de Nantes. À terme, 650 arbres doivent être plantés, dit-elle. Il y a deux ans, la métropole a signé une « charte des arbres », qui s'inspire de la règle d'urbanisme du 3-30-300. Delphine Bonamy Bonamy explique ce que cela signifie : « Voir trois arbres de sa fenêtre, vivre dans un quartier où il y a 30 % de surface arborée, et se trouver à 300 mètres d'un espace vert ». Les bienfaits de cette règle sont prouvés scientifiquement. Quand elle est mise en place, la santé des habitants est améliorée. Les arbres apaisent, réduisent le stress, dépolluent l'air et le sol. Et ils ont aussi la capacité de rafraîchir l'air ambiant. Cela alors que Météo France estime que les vagues de chaleur pourraient durer jusqu’à deux mois en continu dans le pays, d'ici quelques dizaines d'années. En pleine canicule, Thomas Brail, fondateur du Groupe national de surveillance des arbres, le démontre avec un simple thermomètre : « On va faire une prise de température sur le bitume qui a pris le soleil toute la journée. On est à 56,6°C. Vous voyez, on ne peut même pas y rester. Le rayonnement solaire est tellement fort ! » À quelques mètres à peine, dans un parc, il fait deux fois moins chaud. « On est à 26,8°C au pied d'un arbre. Ça n'a pas été débroussaillé dessous, si on met le thermomètre ici, on se retrouve avec une température très basse », poursuit le militant, qui alerte sans relâche les responsables politiques. « On a besoin des arbres, ce sont des climatiseurs naturels. Le moindre mètre carré que l'on peut utiliser pour planter du végétal, il faut le faire ! », affirme-t-il. Car les arbres ne font pas seulement de l'ombre, ils transpirent. Un chêne peut ainsi dégager 1 000 litres d'eau par jour : c'est de cette humidité que vient leur effet climatisant. L'ennui, c'est qu'ils souffrent aussi des canicules. En cas de fortes chaleurs, le sol s'assèche. Les arbres n'arrivent alors plus à puiser assez d'eau, ils risquent de mourir, et leur pouvoir rafraîchissant s'arrête. Il faut donc choisir avec attention les arbres à planter, explique Manuel Nicolas, en charge du suivi à long terme des arbres à l'Office national des forêts : « Il y a des espèces qui sont très bien adaptées pour supporter des grandes chaleurs, et des sécheresses importantes, notamment des espèces méditerranéennes. Et d'autres qui le sont moins ». Il est également important de diversifier les espèces en prévision du climat futur. « Il y a encore des arbres qui pourront supporter 50 °C avec suffisamment d'eau, mais on n'est pas à l'abri non plus que certains arbres commencent à avoir d'autres problèmes physiologiques, liés à la chaleur elle-même, qu'on ne connait pas forcément d'emblée. Parce qu'on entre dans des conditions climatiques qui sont inédites. On a des records de températures qui sont battus au fur et à mesure et on ne connaît pas forcément les capacités des arbres à supporter des extrêmes qu'on n'a jamais vus par le passé. Il faut plutôt privilégier un mélange d'essences, différentes espèces, dans l'idée que de cette diversité, on ait une chance que certains choix, certaines options s'en tirent correctement, jusque dans 100 ans. Pour le dire trivialement, ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier », préconise Manuel Nicolas. Les arbres restent de précieux alliés face aux canicules. Pourtant, malgré quelques politiques de végétalisation dans plusieurs villes de France, comme à Nantes, Paris ou Toulouse, ils sont encore trop souvent perçus comme des obstacles en ville. Ils gênent la construction de nouveaux bâtiments et de routes. En France, 25 000 hectares sont ainsi bétonnés chaque année. À lire aussiForêts: la France est-elle en train de sacrifier son principal allié contre le réchauffement climatique?

Le congé de naissance d'une durée de deux mois maximum par parent entre en vigueur mercredi 1er juillet en France, offrant le prolongement du congé maternité, paternité ou adoption. Sont éligibles les parents dont l'enfant est né à partir du 1er janvier 2026. Mais cette avancée est encore très loin du niveau d'autres pays européens : ce nouveau droit est rémunéré à hauteur de 70 % du salaire net le premier mois et 60 % le second. Les associations féministes dénoncent une réforme minimaliste. Les associations féministes contestent le faible montant de l'indemnisation prévu par ce nouveau droit : dans un couple, cela reviendra sans doute à la personne au plus faible revenu de prendre le congé, soit la femme, dans la plupart des cas. Malgré tout, certains attendaient cette avancée, beaucoup la prévoient surtout pour pallier le manque de mode de garde ou pour pallier le stress de l'organisation à l'arrivée d'un nouveau-né. À lire aussiAllongement du congé paternité: ce qu'en disent les familles « Est-ce que ça devrait s'appeler congé ? » Héloïse, maman d'une première fille, Cléa, qui a trois ans, vient de lui donner un frère. Nino est né le 20 mars dernier. « C'est mon deuxième enfant. Pour ma part, la crèche prend l'enfant à partir de ses cinq mois au moins. Donc je n'ai vraiment pas le choix. Et il n'y avait qu'une place qu'en septembre et, je vais pouvoir prendre ce congé de naissance de début juillet à début septembre. Ce qui me permet même de pouvoir faire la première semaine d'adaptation à la crèche. Donc pour moi, ce congé de naissance est parfait. » Cependant, cette maman devra faire des sacrifices pour jouir de ce droit. « Ce qui est un peu dur, mais en fait, j'ai déjà l'expérience de l'aîné où j'ai compris qu'avoir un enfant, de toute façon, c'était renoncer à une bonne partie de son salaire et avoir une perte de revenus. Donc ça, je l'ai compris et c'est ce qui va se passer encore. Parce que ce congé de naissance, avec le deuxième mois, surtout à 60 %, je pense que ça va nous permettre de rentrer dans les charges. Donc, je me suis préparée, j'ai fait des économies, nous confie-t-elle. C'est ça qui me permet de pouvoir le prendre sereinement. Mais c'est compliqué », reconnaît Héloïse. Son conjoint va peut-être prendre un mois de congé de naissance aussi au mois d'août. « Cela va permettre qu'on soit tous les deux en garde et cela va m'alléger un petit peu le quotidien. Je pense que c'est vraiment important que les hommes aient vraiment un temps, si possible même seuls, à garder l'enfant. C'est vraiment là qu'on comprend tout le travail que c'est et toute la charge que c'est. Et ça permet d'être vraiment plus équilibré après. Moi j'en ai fait l'expérience avec mon aîné, quand mon compagnon l'a gardée un petit peu seule. La répartition des tâches était bien mieux après. Est-ce que ça devrait s'appeler congé ? Je sais même pas parce que c'est vraiment du travail parfois entre juste le changement de couches, donner le biberon et les pleurs, on n'a vraiment aucun temps pour soi dans une journée. » À lire aussiCongé de paternité de 28 jours: «un investissement pour des progrès de développement de l'enfant et pour la stabilité du couple » « 60 % du salaire sur des salaires de niveau intermédiaire, ça reste difficile à gérer » À 39 ans, Étienne va devenir père de famille en septembre prochain. « Sur l'idée de prendre un congé de manière générale, il n'y avait pas trop trop de débat à avoir. Moi, je pense que c'était important de prendre ma part du travail, de participer à tout ce changement de vie, ce changement de rythme qui accompagne une naissance inévitablement. Alors si on parle du nouveau congé qui rentre en place en juillet, la réponse est plutôt non. Pour une raison assez simple : 60 % du salaire sur des salaires de niveau intermédiaire, ça reste quand même difficile à gérer. Il faut anticiper un certain nombre de dépenses aussi. Quand on devient parent, c'est vraiment difficile. Et les gens hésitent parce que financièrement, en termes d'organisation, c'est pas l'idéal », analyse-t-il. À lire aussi«Deux semaines, c'est ridicule»: au Royaume-Uni, les hommes demandent un congé paternité plus long

En France, les violences sexuelles sont au cœur de l'actualité, notamment judiciaire, avec l'affaire Bruel, Lyhanna et autres, les voix réclamant un changement de système. Des grandes marches citoyennes sont régulièrement organisées pour promouvoir la proposition de loi intégrale pour protéger les victimes et les enfants de violences sexuelles. Le texte ne prévoit pas de supprimer la prescription en matière de crimes et délits sexuels : pourtant de nombreuses victimes, ainsi que le collectif La voix des survivant(e)s, réclame la levée de cette limite temporelle. « Ni prescription, ni exception », tel est le slogan du jeune collectif La Voix des survivant(e)s. Sophie Tissier en fait partie. Elle n'a que 16 ans lorsqu'elle subit son premier viol. Premier, car il y en aura quatre autres ensuite. « Je me suis retrouvée en perdition. En fait, je me suis perdue moi-même. Je ne me suis jamais retrouvée moi-même telle que j'étais avant d'être victime. » Un état qui l'empêche encore aujourd'hui de porter plainte. Elle n'est pas sûre d'y parvenir à temps. En France, la prescription pour une victime mineure est de 30 ans après sa majorité. « Logiquement, j'ai encore quelques six mois pour porter plainte puisque quand j'aurai 48 ans, les faits seront prescrits », rappelle-t-elle. À lire aussiViolences sexuelles: manifestations à Paris et devant plusieurs tribunaux pour une «loi intégrale» « Je n'étais absolument pas en état psychique de pouvoir porter plainte à l'époque » Au sein du collectif, qui regroupe des victimes d'hommes influents, Sophie Tissier vient dénoncer Eric Coquerel, président de la commission des finances à l'Assemblée nationale, qu'elle accuse d'agression sexuelle lors d'une soirée de 2014. Un délit prescrit au bout de six ans. « Je n'étais absolument pas en état psychique de pouvoir porter plainte à l'époque des faits et dans les délais des six ans », explique-t-elle. Lui nie les faits mais Sophie Tissier veut un procès. « Et tant que la justice ne sera pas rendue, je ne pourrai pas tourner la page, je ne pourrai pas me reconstruire ». Elle partage ce sentiment avec Thysia Huisman. La Néerlandaise est une des premières victimes à avoir déposé plainte dans le volet français de la tentaculaire affaire Epstein. Elle accuse Jean-Luc Brunel, ami du milliardaire, de l'avoir droguée et violée en 1991. La mannequin était majeure au moment des faits, elle n'avait que 20 ans pour déposer plainte. « J'ai déposé plainte contre Jean-Luc Brunel en 2019. C'était 28 ans après les faits. J'avais 18 ans quand j'ai été violée, donc c'était trop tard. La difficulté avec les violences sexuelles, c'est que pendant des années, j'ai essayé de laisser ça derrière moi. J'ai fait des dépressions, eu beaucoup d'addictions. » Ce déni total ou partiel a un nom : l'amnésie traumatique. Cela concerne 40 % des victimes, selon plusieurs études scientifiques. C'est un mécanisme d'autodéfense du cerveau qui occulte tout ou partie d'un traumatisme. « Il m'a fallu du temps pour être assez forte pour porter plainte. Et là on m'a dit "désolé, c'est trop tard". C'est très frustrant, ça doit changer », insiste Thysia Huisman. À lire aussiFrance: une loi intégrale peut-elle changer la donne face aux violences sexuelles? Face à l'accord au sein de l'UE, la loi française devra s'adapter « Comment on peut sérieusement laisser un délai de prescription alors même que la victime n'a plus conscience de ce qu'elle a subi ? » Me Lejeune est avocate et accompagne des victimes de violences sexuelles. Elle milite elle aussi pour la fin de la prescription. « Quand vous voyez que dans votre cabinet, vous recevez presque autant de victimes prescrites que non prescrites, c'est qu'il y a une difficulté, c'est que notre législation aujourd'hui ne correspond plus à la réalité sociétale », soulève-t-elle. Une proposition de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles doit être déposée à la rentrée. Elle prévoit notamment de créer des unités de police et des tribunaux spécialisés. Mais l'avocate regrette que l'imprescriptibilité ait été écartée du texte : « Je pense que la victime, à tout moment, a le droit aussi à réparation, a droit aussi d'être entendue quand elle décide de verbaliser les faits subis. » La loi française devra de toute façon s'adapter. Les États membres de l'Union européenne ont trouvé un accord le 22 juin dernier imposant aux 27 un délai de prescription de 32 ans après la majorité pour les crimes sexuels sur mineurs, qui pourrait également être étendu jusqu'à 15 ans pour les autres infractions sexuelles. À lire aussiLa justice face aux violences sexuelles: «826 procédures à traiter en trois semaines, c'est très court»

Il y a cinq ans, en France, l'Assemblée nationale adoptait définitivement une loi relative à la bioéthique. Un texte qui a consacré plusieurs avancées sociétales majeures, dont l'ouverture à la procréation médicalement assistée aux femmes seules et aux couples de femmes. Il a permis par la même occasion la reconnaissance de la deuxième mère comme parent à part entière dès la naissance. Depuis 2021, la demande de PMA en France a été multipliée par huit et plus de 12 000 femmes seules ou en couple lesbien en ont déjà bénéficié. Un grand pas pour les femmes concernées, même si les délais d'accès à ce dispositif restent conséquents. Assise sur les genoux de sa maman, Romane, six mois, gazouille, ravie. Aurore est gaga, ça fait longtemps qu'elle attendait d'avoir ce bébé : « Je ne croyais pas trop à l'arrivée du Prince charmant pour fonder une famille. Du coup je me suis dit que si j'avais envie d'un enfant, je pouvais très bien lancer la démarche toute seule », raconte Aurore. Pour avoir sa fille, Aurore a eu recours à la procréation médicalement assistée (PMA). Cinq ans plus tôt, elle n'aurait pas pu entamer cette procédure sans conjoint. Elle est considérée comme « mère isolée » ou « maman solo », un très mauvais surnom pour la trentenaire qui se sent plus qu'entourée. Aurore considère qu'elle n'éduque pas seule sa fille : « Pour moi, l'idée, ce n’est pas d'élever ma fille seule, c'est d'élever ma fille en communauté avec mes amis, avec ma famille. Je prends plein de conseils de mes amis et c'est hyper précieux parce qu'on a l'avis de plein de personnes différentes. Avec une amie très proche, on parle beaucoup d'éducation positive, de comment on élève nos enfants et je me rends compte qu'elle me parle d'exemples concrets qui se passent avec sa fille et on en discute en mode "Bah, comment tu as réagi ?" Je demanderai bien sûr aussi conseil à ma mère, à d'autres amis qui ont des enfants pour aussi gérer la situation ». La loi bioéthique de 2021 ne portait pas que sur la PMA. Elle comportait aussi une clause qui ne sert pas à Aurore mais a bien aidé Jeanne, sa compagne, lorsqu'elles ont eu leur enfant. « La loi bioéthique était très symbolique, mais elle était aussi pratique. On a pu faire une reconnaissance anticipée de parentalité chez le notaire, explique Jeanne. Donc, éviter les un an de délai de vide où le parent n'est pas parent officiellement puisqu'il faut adopter au bout d'un an l'enfant, et moi j'étais maman dès que mon enfant est né, j'étais maman de cette petite fille. » Leur petite fille a quatre ans, c'est un des premiers bébés français à avoir officiellement eu deux mères dès sa naissance. Jeanne décrit comment s'est passée la reconnaissance : « À l'hôpital, les dossiers étaient prêts, on a été les premières mamans dans la maternité à qui on a dit : "On est prêts, vous êtes nos premières, on va vous déclarer mamans toutes les deux. Comment s'appelle la petite fille ?" On a rempli nos cases, elles étaient prêtes ces cases. À la mairie, c’était pareil, on nous a clairement dit : "Bougez pas, je vais quand même vérifier avec la direction, mais on est prêts pour ce genre de couples." J'ai reconnu ma fille à la mairie et c'est comme si on était accueillies enfin administrativement et légalement. » Des délais allant jusqu'à cinq ans d'attente Le docteur Cohen est gynécologue depuis 2019, il était prêt lui aussi en 2021 : « On a enfin pu s'occuper des couples de femmes et des femmes seules. Moi, dans ma pratique en tout cas, j'ai eu plus de femmes seules qui ont bénéficié du don de sperme en France que de couples de femmes. J'ai eu des couples de femmes bien sûr, mais elles avaient toutes choisi, malgré la loi française, de faire leur suivi à l'étranger, au Danemark, en Espagne, en Belgique, pour des questions de rapidité. » Quand en France les délais d'attente peuvent aller de quelques mois à cinq ans, à l'étranger il ne suffit parfois que de 4 à 8 semaines. Surtout qu'en France les dons de gamètes se font par région et certaines sont moins bien loties que d'autres. Arya et sa compagne sont passées par un parcours illégal, elles habitent à côté de Marseille en Provence-Alpes-Côte d'Azur (Paca) : « Nous, on habite en Paca, c'est une région où il y a beaucoup de demandes et beaucoup, beaucoup d'attente. En général, il y a un an et demi d'attente, voire deux, jusqu'au premier essai. Et on te dit que t'en as pour deux ou trois essais pour que ça marche. Ce n’était pas possible pour nous. » Mais partir dans d'autres pays ou recourir à des parcours illégaux coûte cher. La PMA française est, elle, complètement remboursée par la sécurité sociale.