
Le sabotage fait partie des nombreux moyens utilisés par la résistance armée contre les intérêts allemands. Parmi les grands saboteurs, il y a le Groupe G, une organisation clandestine créée au sein de l’Université libre de Bruxelles dès le début de l’occupation. L...
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Narrator
La guerre vient d'éclater à nos portes.
Ici, Radio-Belgique.
Paul Douillet
Ici, Radio-Belgique.
Narrator
Ici, Radio-Belgique.
Paul Douillet
Ici, Radio-Belgique.
Hélène Leva
C'était un peu comme une voix qui éclamait dans le désert. On disait, faites attention, l'Allemagne est à nos portes. Les gens ne voulaient pas voir la réalité. Ça, c'était très net.
Paul Douillet
À partir du département, par ici, ça a été une véritable blitzkrieg pour le sabotage. Ça, c'était imaginable.
Narrator
Orso ?
Resistance Member
Sabotage !
Narrator
D'abord, je n'ose pas sauter car le train va trop vite. Et ma mère me dit, sur les derniers mots que j'entends d'elle, en Yiddish, Der zu geht zu schnell.
Resistance Member
Le but des formations que vous serez chargés de créer est de combattre l'ennemi et d'aider à la libération de la Belgique.
Paul Douillet
Quand on est responsable, on n'envoie pas des enfants, parce que c'était des grands-gosses comme moi d'ailleurs. On ne les envoie pas à la tuerie sans aucune formation.
Narrator
À mes yeux, à moi, je le dis franchement... Criminel. 4 années de résistance. Une série réalisée par Eric Clause, Laurent.
Hélène Leva
Nélissen et Antoine Duarts.
Narrator
Épisode 14, le groupe G.
Paul Douillet
Orso !
Resistance Member
Sabotage !
Narrator
Cette expression, entendue de la bouche d'officiers allemands dans des films de guerre, a certainement résonné plus d'une fois, et pour de vrai, dans les commandantures et autres quartiers généraux de la Wehrmacht à cause du groupe G. Le groupe G a fait sauter en Belgique tout ce qui pouvait contribuer à l'effort de guerre allemand. Écluses, ponts, réseaux électriques, lignes de chemin de fer, outils industriels et j'en passe. Mais pas n'importe comment. En agissant sur la base d'un plan détaillé, préparé avec minutie pendant des mois par des jeunes ingénieurs et intellectuels issus de l'ULB, l'Université libre de Bruxelles. En quelque sorte, du sabotage technologique de précision. L'histoire du groupe G débute bien avant la guerre. En 1935, Jean Burgers, jeune homme originaire de Skarbek, s'inscrit à la faculté des sciences appliquées à l'Université libre de Bruxelles pour devenir ingénieur. Il fait aussi partie des étudiants socialistes et fréquente le cercle du libre-examen. Il y rencontre ses futurs compagnons de lutte, ainsi qu'Hélène Leva, qui deviendra plus tard son épouse. Dans les périodiques qu'il publie à l'époque au sein de l'université, Burgers et ses camarades dénoncent la montée du nazisme et du fascisme en Europe. Hélène Leva témoigne de cet engagement de la première heure, survenu bien avant l'éclatement de la guerre.
Hélène Leva
Cette lutte se traduisait déjà à l'université par un journal qui a été créé, qui s'appelait Jeudi, dans lequel on mettait en garde les Belges, en fait toute la population, contre le danger que représentait le nazisme. Il faut bien dire que les gens n'étaient pas très attentifs à cela à ce moment-là. La menace de la guerre leur faisait peur. Et n'oubliez pas que notamment lors de Munich, Tout le monde a applaudi en disant que la guerre était évitée. Et je dois reconnaître que ces jeunes étudiants avaient peut-être plus de perception et plus de sens des réalités que la majorité de la population. C'était un peu comme une voix qui éclamait dans le désert. On disait, faites attention, l'Allemagne est à nos portes. Les gens ne voulaient pas voir la réalité. Ça, c'était très net.
Narrator
Mai 1940, les Allemands envahissent la Belgique. Jean Burgers et Hélène Levas, revenus d'Exode, rassemblent autour d'eux un cercle d'amis qui constitue le premier état-major du groupe G. On y trouve Richard Altenhoff, adjoint immédiat de Burgers, dont la mission est de dénicher du matériel et des explosifs. Il y a également Henri Neumann, jeune économiste, qui se charge, lui, du recrutement. Et aussi Robert Leclerc, le littéraire de la bande, qui s'occupe des activités de renseignement. Ensemble, dans le plus grand secret, ils vont mettre au point, pendant plusieurs mois, un gigantesque plan de sabotage. William Hughes, résistant de la première heure dont nous avons déjà parlé dans cette série, a écrit un livre dans les années 70 sur l'action du groupe G. Il revient sur la réflexion qui a mené à la création de ce mouvement de résistance.
Ce sont donc des jeunes hommes qui sont conscients que la guerre c'est une affaire sérieuse et qu'il ne s'agit pas de s'amuser à couper les ceintures des uniformes des officiellement dans les tramways comme le faisaient un certain nombre de gens, ni de mener des actions même de sabotage qui ne soient pas soigneusement réfléchies et préparées. Il ne sert à rien. de couper un câble téléphonique et d'entraîner des représailles complètement démesurées par rapport aux préjudices causés à l'ennemi. Alors ceux-ci, avec leur professeur, avec Jean-Burgers, ingénieur, et puis avec Robert Leclerc, qui est un littéraire, ils ont monté une affaire sérieuse. Une affaire qui a d'ailleurs, pendant des mois, été un bureau d'études. Un bureau d'études où on s'est demandé quel était le freinage le plus efficace qu'on pouvait apporter à la machine de guerre allemande, et quel était le groupe de mesures qu'il faudrait prendre un jour, à la veille d'un débarquement ou d'une libération, pour que l'outil nécessaire au lendemain de cette libération soit disponible.
Au début de la guerre, pendant les années 1940-1941, le groupe ne porte pas encore de nom et ne lance aucune action sur le terrain. Ses préoccupations sont toutes autres. Il faut étudier, calculer, imaginer ce plan global de sabotage et les conséquences néfastes qu'il peut entraîner pour l'ennemi. Grâce aux nombreux renseignements recueillis auprès d'informateurs qui travaillent dans les sociétés de transport, les réseaux de distribution et de production d'énergie, un plan en quatre phases voit finalement le jour. Ce plan prévoit de s'attaquer d'abord à la distribution et l'approvisionnement d'énergie et plus particulièrement l'électricité. Ensuite, de bloquer les voies hydrauliques par la neutralisation des écluses. Puis, de neutraliser le chemin de fer par la destruction des cabines d'aiguillage, le sabotage du matériel roulant et des voies ferrées. Et enfin, de perturber le réseau téléphonique et télégraphique. Hélène Leva, épouse de Jean Burgers, nous donne quelques détails sur le modus operandi du groupe G.
Hélène Leva
C'est par l'électricité qu'ils ont commencé. D'abord, des actions à droite et à gauche, qui n'entraînaient pas de fortes perturbations, mais qui gênaient les Allemands. Et puis alors, de plus en plus, ça devenait de plus en plus précis. Dans les chemins de fer, on a commencé par faire des petites coupures sur les voies secondaires, parce que les voies principales, ça ne servait pas à grand-chose. Ça alertait inutilement les Allemands, qui alors prenaient des mesures très sévères pour protéger leurs lignes. Il y a une analogie entre l'électricité, les chemins de fer, les canaux. Ce sont tous des moyens qui aidaient les Allemands. Et le principe était toujours le même, c'est-à-dire au fur et à mesure que le déroulement de la guerre avait lieu, on précisait de plus en plus les objectifs. On voulait éviter que les objectifs qu'on envisageait ne soient, au moment voulu, protégés par les Allemands. Pour cela, il fallait donc disperser Parce que quand on faisait un sabotage à Haute-Cyplou, à Thorembel et Béguine, les Allemands ne voyaient pas le plan général, tandis qu'à la fin, là, ils l'ont compris.
Narrator
Nous sommes alors en 1942. Le groupe G dispose d'un plan d'action et son effectif grandit rapidement. Il lui manque pourtant deux choses indispensables à la réussite de son entreprise, du matériel et de l'argent. Si le groupe G veut frapper fort comme il l'entend, il lui faudra des moyens à la hauteur de ses ambitions. Les bricolages et les explosifs artisanaux fabriqués avec des produits achetés au marché noir ne suffiront pas. Un homme providentiel va apporter au groupe G ce dont il a besoin. Cet homme, c'est André Wendelon. Il connaît bien Jean Burgers et ses compagnons, ils se sont fréquentés à l'ULB avant la guerre. Wendelon travaille désormais pour les Alliés et arrive directement de Londres en 1942. Il propose d'aider concrètement Jean Burgers à structurer son réseau partout en Belgique et à le pourvoir de moyens conséquents.
Hélène Leva
Wendelon est arrivé en Belgique avec d'ailleurs l'idée de trouver sur place des gens qui étaient disposés et qui déjà faisaient certaines choses.
Narrator
Hélène Levas.
Hélène Leva
Wendelin arrive, prend contact avec mon mari, rentre à Londres avec un plan, un plan de mon mari, qui a été adopté, et ça je crois que c'est important de le dire immédiatement. Ils ont trouvé que ce plan était formidable, il a été adopté par les Anglais, ils ont dit vous pouvez marcher. Et nous avons commencé alors à chercher les gens qui pouvaient nous aider pour cela. Nous en avions déjà quelques-uns parce que, de part et d'autre, toutes les bonnes volontés, ayant appris par Pierre, Paul et Jacques, nous cherchions. Il y avait des chimistes, il y avait des ingénieurs, il y avait toutes sortes de corps de métier qui pouvaient nous être utiles par leur fonction même. Avant 1942, nous avons fait nous-mêmes des explosifs. Je pense à Altenhoff notamment, qui faisait ça dans une cuisine, dans une casserole, je le vois toujours, occupé à tourner avec une cuillère en bois. Je lui disais, tu es sûr de ne pas tout faire saucer ? Non, non, je connais mes proportions. Je crois que tous les groupes ont passé par ce stade-là, vous savez, on se passait des recettes de l'un à l'autre, si tu veux faire ceci, il faut ça.
Narrator
Dès l'adoption du plan de Jamburgers par Londres, le matériel commence à arriver. Les largages par avion se multiplient, même s'ils sont inférieurs aux attentes. De lourds containers sont parachutés avec du TNT, de la dynamite plastique, des détonateurs, des cordons, mais aussi des armes, telles que des pistolets, des mitraillettes et des grenades. Entre septembre 1943 et août 1944, neuf nuits de parachutage amènent au sol 130 containers. Au total, le groupe G reçoit environ 15 tonnes de matériel, parmi lesquelles on compte 2500 kilos d'explosifs. Pendant cette période, le groupe G prend de l'ampleur. Les actions se multiplient dans le pays, en Flandre et en Wallonie. Dans l'ENO, qui compte de nombreuses installations industrielles et un nœud ferroviaire important, le groupe G va se montrer particulièrement actif sous l'appellation « war office ». La zone à couvrir est tellement riche, si je puis dire, qu'elle est divisée en plusieurs secteurs et sous-secteurs. Dans le secteur de Thuyn-en-Derlus, la section du War Office fait sauter ponts, écluses, installations électriques et neutralise usines, charbonnages et voies ferrées. Écoutez le témoignage de Paul Douillet, qui a participé à la plupart des actions de sabotage dans sa région en tant que responsable de secteur.
Paul Douillet
Pour décider d'un sabotage, on se réunissait à trois ou quatre, dont le chef d'action, bien sûr, le responsable du groupe et le responsable de la région. On essayait de faire le moins de dégâts possibles, surtout en ce qui ne concernait pas le sabotage en lui-même. Par exemple, saboter une écluse, vous aviez la maison de l'éclusier qui se trouvait tout près, on faisait tout son possible pour que la maison ne soit pas abîmée, Mais malgré tout, on avait trouvé l'église, on lui a demandé de sortir de sa maison, d'ouvrir toutes les fenêtres pour qu'il n'y ait pas trop de dégâts. Quant à attaquer des sentinelles qui se trouvaient sur le lieu de sabotage, jamais nous n'avons attaqué une sentinelle. Nous sommes toujours retournés, deux fois, trois fois ou quatre fois, pour éviter de tuer un soldat allemand qui n'aurait servi à rien du tout. Toutefois, quand nous étions sur un sabotage, à ce moment-là, c'était la loi du premier occupant. Il ne fallait pas qu'on vienne nous déranger, parce qu'alors nous réagissions, et on réagissait fermement. À l'aube, au pont de la planchette, il y avait deux sentinelles là. Ces deux sentinelles-là, nous les avons ficelées comme des saucissons, nous les avons mises à un bout du pont, on a saboté le pont tout à son nez, et puis on a libéré les gars et on leur a dit, voilà, vous avez dix secondes pour retraverser le pont parce qu'il va sauter. Et c'est ce qui s'est passé. Mais nous n'avons jamais, jamais tué une sentinelle. Ça ne servait à rien.
Narrator
Du côté de Hatt et de Leuze, toujours dans le Hainaut, c'est Roger Lanvin, alias Carlos, qui est à la manœuvre. Il organise et dirige personnellement 84 opérations de sabotage.
Roger Lanvin
L'avantage de faire partie du groupe G, c'est que nous avions à ce moment-là de la dynamite.
Narrator
Roger Lanvin, résistant, membre du groupe G.
Roger Lanvin
Nous avions des produits, ce qui nous permettait de faire un beau travail. Vous aviez combien de personnes sous vos ordres ?
Hélène Leva
800.
Roger Lanvin
Bruxelles décidait d'essayer des actions à accomplir. mais nous laissait quand même assez de liberté pour savoir comment le faire. Et nous étions des exécutants. À ce moment-là, nous avions toutes les instructions venant de l'état-major national du groupe G. Alors quels ont été, à partir de ce moment-là, les grands sabotages ? Les grands sabotages, il y avait les cimenteries dans le Hénau. Nous avions la cimenterie de Gorin-Ramecroix, CCB. Nous avions la cimenterie d'Antoine. les avioncelles de Bruyel. Arrêter la production de ciment, c'était empêcher les allemands de continuer à construire. Mais il y avait des règles, je pense. Par exemple, ne jamais détruire durablement une entreprise. Exactement. Il fallait qu'après la libération, parce que tout ça se passait en 1944, ne pas détruire, par exemple, une usine à vie. Il fallait que quelques semaines ou plus après, que l'usine se remette en mouvement. Il fallait aussi, je suppose, éviter la déportation de la main-d'œuvre. Exactement. Parce que quand nous avons dynamité la cimenterie-bataille à Gorin, Eh bien, il y avait quand même pas mal d'ouvriers qui auraient pu aller au chômage et être déportés en Allemagne.
Narrator
Avec la multiplication des actions, le groupe G s'expose davantage et prend de plus en plus de risques. Certains de ses membres sont identifiés par les Allemands ou dénoncés par des traîtres. En 1943, l'ennemi frappe durement le groupe G. Sept leaders sont interceptés. En tant que terroristes, ils sont condamnés à mort et fusillés au tir national à Bruxelles. En juillet, Richard Altenhoff, membre fondateur et responsable du matériel au sein du groupe G, est arrêté à son tour. Il subit de nombreuses séances de torture au fort de Brendonck sans donner la moindre information. On perd ensuite sa trace. Reste de lui deux lettres datées des 29 et 30 mars 1944, écrites à sa mère avant son exécution. Nous avons choisi de vous lire l'une d'entre elles, qui témoigne de la bravoure et de la dignité de cet homme de 30 ans devant la mort.
Hélène Leva
Bruxelles.
Resistance Member
Le 29 mars 1944. La destinée a voulu que je ne te revoie plus. Cela m'est bien pénible, il y a neuf mois que j'étais vu pour la dernière fois. Maintenant, c'en est fait. Je suis battu, mais nullement abattu. Sois tranquille, ils n'auront pas la satisfaction de me voir trembler. Je croyais que l'approche de la mort devait être une chose terrible, effrayante. L'expérience me prouve qu'il n'en est rien. Je suis serein. Mais une chose me pèse. C'est la pensée de la peine que je vous occasionne. Maman, des centaines de milliers de soldats sont morts dans cette guerre. Je suis l'un d'eux. Je supporte allègrement ces heures-ci. Parce que je sais que vous êtes courageux et que votre morale restera ferme. et je veux que le jour de la victoire, vous vous réjouissiez de tout cœur. Sache que je ne regrette pas ce que j'ai fait, je regrette seulement de m'être laissé prendre. Maman chérie, je t'embrasse bien fort, encore plus fort que je ne l'ai jamais fait, et je te charge d'embrasser toute la famille de ma part. Richard.
Narrator
Malgré les difficultés et l'adversité, le groupe G poursuit ses opérations sans faiblir. En janvier 1944, il va signer un coup de maître, un des plus grands exploits de la résistance sur le continent, la Grande Coupure. Après des mois de préparation à Bruxelles par le bureau d'études du groupe G, Jean Burgers et les siens donnent le signal à toutes leurs troupes de faire sauter, au même moment, une série bien déterminée de pylônes porteurs de câbles à haute tension. La plupart des pylônes sélectionnés se trouvent en Wallonie, le long du Sion sans brémeuse. Les autres se situent en Flandre, à court trait, à l'Ost et Thermonde. Le 15 janvier 1944, entre 20h et 23h, le groupe G passe à l'action. 20 pylônes sont détruits, 8 autres gravement endommagés, sans faire la moindre victime.
Paul Douillet
Après la Grande Coupée, nous avons reçu un ordre de Bruxelles de bien vouloir saboter les pylônes dans la nuit du 15 janvier. en 44.
Narrator
Paul Douillet.
Paul Douillet
Mais surtout, prendre des lignes qui allaient de sous-station en sous-station. Par exemple, ici, nous avons pris la ligne Monceau-Monceau-Ville-sur-Inde et Ville-sur-Inde-Gouy-les-Piétons. Et nous avons saboté ici 12 pylônes.
Narrator
L'opération est une réussite complète. En Belgique, l'industrie et les charbonnages, qui contribuent massivement à l'effort de guerre allemand, sont lourdement impactés par ce sabotage synchronisé. Pour l'Allemagne, qui puise une partie de son électricité chez nous, Cette rupture de courant a des conséquences néfastes. Il est toutefois difficile de déterminer les dégâts avec précision, tant les nazis ont occulté les faits et ses répercussions.
D'un bout à l'autre du pays, les lignes à haute tension se couchent à la même heure, dans un grand feu d'artifice d'étincelles de toutes espèces.
William Hugeux, résistant.
S'Arrêtent les usines, s'arrêtent les labos, s'arrêtent les transports, s'arrêtent les communications, s'éteignent toute une série d'éclairages indispensables. Deux choses sont certaines. La première, c'est que les conséquences de cette opération se sont portées jusqu'au fond de la roue à cause des interconnections électriques. et que la roue retournait en large mesure sur les centrales belges. Cela a dû être une régression considérable dans la production à 5 mois du débarquement. Au moment où les états-majors d'Hitler peuvent penser qu'ils vont encore gagner la guerre parce qu'ils sont sur le point de réussir les V1 et bientôt les V2. Si cette bombe volante était entrée en action 4 ou 5 mois plus tôt, la face de la guerre aurait peut-être changé. C'est un coup parmi les plus importants de ce que la résistance européenne a mené à bien.
Aujourd'hui, on estime que cette action retentissante du groupe G a fait perdre l'équivalent de 20 millions d'heures de travail à l'occupant. Malgré la réussite de ce coup magistral, les réjouissances sont de courte durée. Le groupe G est décapité au mois de mars 1944. Le chef du réseau, Jean Burgers, et son garde du corps tombent dans un piège et sont arrêtés par la police allemande. Après un passage par Brendonck, où il subit torture et autres mauvais traitements, Burgers est déporté au camp de concentration de Buchenwald, où il est pendu en septembre 1944.
Au camp de concentration de Buchenwald, il y avait un groupe de Belges qui avaient organisé une sorte de SOS pour hommes importants, gros résistants, condamnés à être pendus. ou exécuté d'une autre manière. Et cela consistait à les admettre aux lazarettes à l'hôpital. Lorsque quelqu'un mourait, on changeait les papiers d'identité et on introduisait dans le lazarette le résistant qu'on devait sauver. Jean Burgers était apparemment à quelques heures d'y entrée. quand les Allemands l'ont pendu, on ne sait pas trop pourquoi. Et cela se situe au jour où on libère Bruxelles.
L'arrestation et la déportation de Jean Burgers ne signifient pas pour autant la fin du groupe G. L'épouse de Burgers, Hélène Levas, prend immédiatement le relais. Elle confie ensuite la direction des opérations à Robert Leclerc, membre fondateur de l'organisation.
Paul Douillet
6.
Narrator
Juin 1944, les Alliés débarquent en Normandie. L'événement, porteur d'espoir, donne un véritable coup de fouet aux membres du groupe G. Dans le Hainaut plus particulièrement, les actions se multiplient à un rythme effréné, presque insensé, jusqu'au 4 septembre, jour de la Libération.
Paul Douillet
J'ai appris le débarquement de Normandie par la radio anglaise.
Narrator
Parce que je devais écouter la radio.
Paul Douillet
Anglaise constamment pour savoir s'il n'y avait pas un parachutage, pour savoir si des documents étaient arrivés à Londres, et pour tâcher de comprendre les messages qu'ils donnaient pour nous, pour notre région. Et c'est comme ça que j'ai appris le débarquement. Et je m'oublie de croire qu'à partir du débarquement par ici, ça a été une véritable blitzkrieg pour le sabotage. Ça, si je vous montre ce qu'on a fait après juin, c'est inimaginable. C'est inimaginable. D'ailleurs, il était un moment donné que je ne savais plus aller travailler. J'arrivais au bureau, je sommaillais. J'ai dû aller chez un docteur et lui demander qu'il me fasse un certificat. Le groupe.
Narrator
G est dissous à la Libération. Un peu plus de 3 000 personnes en Belgique, dont la moitié uniquement dans le Hénau, ont pris part à ces activités. Reste un mystère. Pourquoi le groupe G s'appelle-t-il ainsi ? Que signifie cette appellation ? Plusieurs théories s'opposent. Voici sans doute la réponse la plus proche de la vérité, et elle ne manque pas d'originalité.
Hélène Leva
En fait, le G, c'est stupide. J'étais toujours accompagnée dans toutes mes pérégrinations. Quelqu'un m'avait donné un petit chien, un petit caniche comme ça, qui sont des petits chiens d'ailleurs très intelligents. Et ce petit chien, à tout hasard, moi je l'avais appelé Gaby.
Narrator
Hélène Levas, résistante, épouse de Jean Burgers.
Hélène Leva
Au moment où, de l'approche de la libération, il fallait qu'on ait un nom. Pour Londres, ça n'a pas d'importance, mais pour les gens d'ici, ils voulaient savoir de quoi ils faisaient partie. Alors on a dit, ben écoute, on va dire le groupe G. On a pris les initiales de Gaby, c'est tout. C'est longtemps après l'arrestation de Jean, Jean ne sait même pas que son groupe s'appelait le groupe G. Parce qu'on a dit que c'est parce qu'il s'appelait Fernand Gérard, mais c'est de la blague. C'est pas reluisant, c'est pas tout ce que vous voulez, mais c'est vrai.
Narrator
Comme beaucoup d'autres réseaux de résistance, le groupe G a presque disparu des mémoires alors que son action a été déterminante en Belgique pendant la Seconde Guerre mondiale. L'ULB, l'université libre de Bruxelles qui a vu naître le groupe G et qui en a été le berceau, entretient aujourd'hui encore le souvenir puisqu'un square porte le nom du groupe G au cœur du campus du Solboch, près de l'avenue Franklin Roosevelt.
Courage, on les aura les poches.
Podcast Host
Vous avez écouté la troisième partie de la série 4 années de résistance. Un podcast, la première de la collection Sombre Belgique, réalisé par Eric Lawes et Laurent Nellysen, avec la participation d'Antoine Duhartz. En partenariat avec le CGSOMA, le Centre d'études, guerres et sociétés contemporaines. Avec les voix de Patrick Brühl et Marie Michiels. Musique originale Christophe Goffaut. Les archives sonores sont issues des collections de l'INR, de la RTB, de la RTBF et de la Sonuma. Les nombreuses interviews des résistantes et résistants entendues dans cette série sont extraites des émissions radio et TV de « Jours de guerre » réalisées entre 1989 et 1995. L'interview de M. Simon Gronowski a été enregistrée en 2007 par Martine Cornille pour l'émission radio « Tout le monde a une histoire ». Production Valérie Brassine pour la thématique culture, musique et patrimoine. A bientôt pour la suite.
Date: 10 décembre 2024
Podcast de: RTBF
Résumé détaillé par section, avec citations et timestamps
Cet épisode met en lumière le parcours du Groupe G, l'un des principaux réseaux de résistance belge durant la Seconde Guerre mondiale. Fondé par de jeunes intellectuels, le groupe s'est distingué par ses actes de sabotage précis et coordonnés, visant à enrayer la machine de guerre allemande tout en limitant les représailles et préservant la viabilité du pays pour l’après-guerre. L'épisode explore sa création, sa stratégie, ses actions majeures et la destinée tragique de plusieurs de ses membres.
Contexte universitaire et intellectuel (1935-1940) :
Formation du groupe :
Pragmatisme et planification :
Ciblage stratégique :
Soutien allié crucial (1942) :
Approvisionnement et expansion :
Rigueur des opérations :
Sabotages d’infrastructures industrielles :
La “Grande Coupure” (janvier 1944) :
Impact chiffré :
Arrestations, tortures, sacrifices :
Fin tragique de Jean Burgers :
Poursuite de la Résistance :
Accélération après le Débarquement (juin-septembre 1944) :
Dissolution et héritage :
Sur la perception du danger nazi :
« Ces jeunes étudiants avaient peut-être plus de perception et plus de sens des réalités que la majorité de la population. » (Hélène Leva, 03:04)
Sur la philosophie d’action :
« Il ne fallait jamais détruire durablement une entreprise [...] Il fallait penser à l’après. » (Roger Lanvin, 14:50)
Lettre d’adieu de Richard Altenhoff : « Je croyais que l’approche de la mort devait être une chose terrible, effrayante. L’expérience me prouve qu’il n’en est rien. Je suis serein. [...] Je ne regrette pas ce que j’ai fait, je regrette seulement de m’être laissé prendre. » (17:10-18:49)
Sur l’ampleur des sabotages finaux :
« Après juin, c’est inimaginable. Je n’arrivais même plus à travailler. » (Paul Douillet, 24:51)
Cet épisode rend justice à l’impact du Groupe G, dont la stratégie et la discipline furent déterminantes dans la désorganisation de la machine de guerre allemande tout en illustrant la complexité humaine des réseaux de résistance. À travers des récits poignants et des témoignages directs, le podcast souligne le courage, les sacrifices, mais aussi l’ingéniosité et l’humour discrets qui ont animé ces femmes et hommes de l’ombre.
Pour aller plus loin : L’histoire du Groupe G demeure vivante à l’ULB. Un square au campus du Solbosch porte aujourd’hui le nom du groupe. Leurs actions, longtemps méconnues, se révèlent essentielles pour comprendre la résilience et la libération de la Belgique.