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Céréales, minerais ou pétrole, les ressources naturelles sont au cœur de l’économie. Chaque jour, la chronique des matières premières décrypte les tendances de ces marchés souvent méconnus.

Les prix du tungstène continuent leur ascension. Ils reflètent un décalage entre l’offre et la demande pour ce métal réputé pour sa dureté qui sert à fabriquer aussi bien des munitions que des aciers, des pointes de forage, ou des pièces d’usure des machines industrielles. Les restrictions décrétées par la Chine il y a un an continuent de peser sur les prix. Il y a un an, Pékin officialisait la mise en place d'un système de permis d'exportation qui tient compte des usages que les importateurs veulent faire du tungstène, sous-entendu usage civil ou militaire. Fin décembre, les autorités chinoises ont resserré la vis : elles ont limité à 15 le nombre d'entreprises autorisées à exporter du tungstène, comme elles ont aussi réduit le nombre d'entreprises autorisées à exporter de l'argent et de l'antimoine. Une manière de centraliser le contrôle des activités export et peut-être au final de limiter les volumes expédiés à l'étranger. À lire aussiLes 12 matières premières essentielles au secteur de la défense selon l'Otan Offre minière chinoise en baisse Ce qui n'arrange rien à la situation, c'est que l'offre minière en Chine a aussi diminué. Elle aurait baissé de 10 % en 2025, selon les estimations du cabinet d'étude Project Blue. Plusieurs raisons sont avancées : le vieillissement des mines, la baisse des teneurs des minerais et l'augmentation des coûts de production. Fin 2025, plusieurs mines de petite taille et de taille moyenne ont aussi été suspendues pour ne pas avoir respecté les normes qui leur étaient imposées : sécuritaires et environnementales. Cette tendance à la baisse de l'offre pourrait se poursuivre encore cette année, selon Project Blue, en raison du manque d'investissements dédiés à l'exploration. Prix multipliés par deux Malgré la baisse de sa production minière, la Chine contrôle toujours l'essentiel de l'approvisionnement mondial en tungstène – entre 75 et 80 % selon les sources. Les prix se sont donc logiquement envolés ces derniers mois suite à la mise en place des restrictions à l'exportation. Selon Project Blue, les prix annuels moyens du tungstène ont plus que doublé depuis 2020 et pourraient encore rester à des niveaux élevés cette année. La demande mondiale ne fait que croître. C'est même le cas en Chine où les importations ont augmenté significativement en 2025, selon l'Institut d'études géologiques des États-Unis (USGS). Le tungstène possède le point de fusion le plus élevé de tous les métaux – 3 422°C –, il est donc difficilement remplaçable. Selon certaines estimations, la demande pourrait être exponentielle dans les années à venir dans plusieurs secteurs industriels, dont celui de la défense. Une production limitée, hors de Chine Hors de Chine, les sources alternatives de tungstène sont limitées. Selon les données de l'USGS, la production hors de Chine est concentrée au Vietnam et en Russie. On peut ajouter d'autres producteurs plus petits tels que le Rwanda, qui a commencé à exporter aux États-Unis, la Bolivie, l'Australie, et depuis 2025, le Kazakhstan – dont la production dans la mine de Boguty a débuté. La production européenne est mineure et se concentre en Espagne et au Portugal. Ensemble, ces pays produisent moins de 20 000 tonnes, contre 67 000 tonnes pour la Chine. Ces producteurs ne pourront donc pas combler l'écart entre l'offre et la demande en 2026, résume Project Blue. À lire aussiLa flambée des cours du tungstène pèse sur l'industrie du forage

Parmi les nombreuses filières agricoles mises en valeur, au Salon de l'agriculture qui se déroule cette semaine à Paris, il y a celle de la banane française, cultivée en Guadeloupe et en Martinique, essentiellement consommée dans l'Hexagone et qui lutte depuis plusieurs années pour sa survie. La filière française n'a plus l'espoir de revenir à ses niveaux historiques de production des années 2000, une époque où le secteur pesait 300 000 tonnes pour une part de marché de 40 % en France. La libéralisation du marché depuis 15 ans, qui a facilité l'arrivée massive des fruits jaunes d'Amérique latine en Europe, a porté un coup à la profession. Le constat en 2026 est celui d'un secteur qui a perdu des producteurs, et des surfaces, et n'a plus accès aux moyens de traitements aériens utilisés par les autres pays pour lutter contre les maladies, depuis l'interdiction, en 2014, de l'épandage de pesticides par hélicoptères en application d'une directive européenne. Nicolas Marraud des Grottes, président de l'UGPBAN – l'Union des groupements de producteurs de bananes de Guadeloupe et Martinique – résume la situation : « La production est à la peine, mais on espère être là le plus longtemps possible. » Dans les faits, la filière résiste. La production a augmenté l'année dernière de plus de 3 % grâce à de meilleurs rendements – soit 200 000 tonnes – et des conditions climatiques plutôt favorables, sans importante catastrophe météorologique. Les défis des prochaines années Pour les cinq années à venir, la banane française s'est fixée deux défis principaux : augmenter la production et mieux résister face au changement climatique. Des objectifs qui passent par une limitation des pertes liées à la cercosporiose, ce champignon qui attaque les feuilles du bananier. La possibilité d'utiliser des drones est à l'étude depuis quatre ans, mais est toujours suspendue à la publication des textes d'application de la loi votée en France fin avril 2025, autorisant l'usage des drones en agriculture. Aux Antilles, l'investissement a été évalué par la filière à 10 millions d'euros pour déployer les drones nécessaires au traitement des bananeraies et pour payer les 220 personnes nécessaires à leur fonctionnement. L'autre axe de progrès se résume en trois lettres : NGT pour nouvelles techniques génomiques. Il s'agit, pour simplifier, d'une nouvelle génération d'OGM qui permettrait d'augmenter la tolérance à la cercosporiose. Avec le texte signé le 3 décembre 2025, l'Europe a trouvé un accord politique provisoire pour créer une nouvelle règlementation spécifique aux plantes issues des NGT qui étaient jusque-là soumises à la règlementation sur les OGM. Cet accord devrait être adopté d'ici la fin du premier semestre et permettra alors de lancer des essais « sans attendre la retranscription du texte par les États membres », précise l'UGPBAN. L'objectif est de replanter 6 000 ha en Guadeloupe et Martinique, soit 12 millions de plants, au fur et à mesure du renouvellement des bananeraies. Cette banane NGT pourrait permettre d'augmenter la production de 10 à 15 % en volume. Produit de niche Les coûts et le mode de production de la banane française ne lui permettent pas de rivaliser avec les prix bas de la banane d'Amérique latine. « Le mal est fait, la banane dollar prend de plus en plus de place, d'où l'intérêt de proposer un produit rare, un produit de niche », explique Pierre Monteux, directeur de l'UGPBAN. 44 000 tonnes sont aujourd'hui commercialisées enrubannées sous le label « La banane française » et vendues à un prix fixe, qui ne peut pas faire l'objet de promotion. C'est la garantie d'un revenu plus élevé pour les producteurs de Guadeloupe et de Martinique, dont le nombre ne cesse de diminuer. À l'horizon 2027, l'ambition est d'arriver à 50 000 tonnes de fruits jaunes vendus sous cette étiquette.

Une sixième année de déficit se profile sur le marché du caoutchouc naturel : l'offre mondiale peine à suivre le rythme imposé par la demande. Elle devrait cependant augmenter de 2 % cette année, pour atteindre 15,2 millions de tonnes contre 1,4 % de hausse en 2025. Parmi les freins à la production, il y a des prix trop bas pendant des années, qui n'ont pas été incitatifs, des conditions météo défavorables, et des plantations qui peinent à se renouveler, selon l'Association des pays producteurs de caoutchouc naturel (l'ANRPC). Dans plusieurs pays, les rendements ont également baissé de 30 à 35 % en raison d'une épidémie qui touche les feuilles des arbres. Le premier producteur mondial, la Thaïlande, devrait voir son niveau de production se maintenir cette année, mais ça ne sera pas le cas de l'Indonésie, numéro 2 mondial, qui devrait poursuivre son déclin, pour des raisons là aussi de maladies, mais aussi de concurrence très forte du palmier à huile. L'ambition ivoirienne Dans ce contexte d'approvisionnement tendu, un pays africain pèse de plus en plus sur le marché, la Côte d'Ivoire. Au fur et à mesure que les plantations d'Asie du Sud-Est (64 % de la production en 2024) montrent des signes d'essoufflement, confirme le rapport Cyclope 2025 sur les matières premières, l'Afrique de l'Ouest monte en puissance. La Côte d'Ivoire est en passe de devenir le troisième producteur mondial à la place du Vietnam. Le secteur est porté par une politique nationale pro-hévéa qui prévoit l'augmentation des surfaces de 500 000 ha dans les dix années à venir. « Si l’État lance un tel projet, c’est parce que la demande mondiale existe. Il faut comprendre que l’hévéa demeure une filière qui nourrit son homme », expliquait fin décembre le président du conseil d'administration de l’Association des producteurs pour la redynamisation de l’hévéaculture en Côte d’Ivoire (APRHE-CI). Les exportations ivoiriennes ont aussi fait un bond considérable ces dernières années, mais elles ne suffisent pas à combler le déficit asiatique. Demande mondiale en hausse en 2026 La production africaine ne suffira pas à répondre à la demande qui s'annonce bonne en 2026. Elle est attendue en hausse de 1,7 %, soit 15,6 millions de tonnes selon l'ANRPC. Le secteur compte sur une augmentation des livraisons de pneumatiques aux États-Unis, sur une hausse des immatriculations de véhicules neufs en Europe, mais aussi en Chine en raison du maintien des incitations gouvernementales à l'achat de voitures électriques. Avec l'Empire du Milieu, l'Inde s'annonce comme un relais de croissance important dans les mois qui viennent, la production locale n'étant pas suffisante pour répondre à la demande. L'accord signé fin janvier entre l'UE et l'Inde pour l'élimination totale des taxes européennes sur les importations de produits en caoutchouc dans les années à venir est un facteur de hausse supplémentaire, à moyen terme. La demande pour le caoutchouc naturel pourrait augmenter de plus de 4 % par an jusqu'en 2030, selon Mordor Intelligence. Depuis janvier, les prix reflètent cette pression sur le marché, ils sont en hausse de près de 5 %.

Le géant du diamant De Beers vient de confirmer ses pertes financières pour 2025. Anglo American, sa maison mère, annonce sans surprise avoir baissé de moitié la valeur comptable de sa filiale. De Beers ne vaut aujourd'hui plus que 2,3 milliards de dollars. Les pertes de De Beers ont été impressionnantes l'année dernière, elles ont atteint 511 millions de dollars – contre 25 millions de dollars en 2024 –, ce qui fait près de 1,5 million de dollars par jour. Ces pertes expliquent cette troisième dépréciation consécutive, qui intervient dans un contexte très particulier : De Beers est à vendre et sa maison mère, Anglo American, espère trouver un acquéreur d'ici la fin de l'année. Cette baisse de la valeur du géant minier joue en faveur des repreneurs et pourrait les inciter à formuler des offres sous la barre des deux milliards de dollars. À ce stade, plusieurs acteurs jugés « très crédibles » sont entrés en négociations avancées aux côtés du Botswana, de l'Angola et de la Namibie, trois États cités par Duncan Wanblad, le directeur général d'Anglo American. À lire aussiPlusieurs États africains intéressés par la reprise du géant du diamant De Beers Une crise qui dure La chute de De Beers est la conséquence d'une crise qui n'arrive pas à se résorber depuis 2023 et qui se répercute sur les finances des groupes miniers. « Tout le monde saigne », résume un industriel, car aux prix actuels, tous ceux qui doivent investir n'arrivent plus à générer de profit. C'est notamment le cas au Botswana, où la mine principale de diamant – Jwaneng – a besoin d'investissements évalués entre 8 et 10 milliards de dollars pour s'agrandir, sous terre. Les résultats de De Beers sont à mettre en lien avec la baisse de 12 % de l'indice moyen des prix en 2025, selon De Beers, et avec l'excédent de diamants bruts disponibles par rapport à la demande. Si le secteur haut de gamme et le marché américain sont toujours porteurs, le commerce des pierres naturelles est toujours sous pression : les ventes de bagues en diamant synthétique représentent désormais environ 60 % des ventes aux États-Unis. L'introduction en 2025 de droits de douane états-uniens sur les importations indiennes a contribué à la déprime du marché, l'Inde étant le pays où sont taillés 90 % des diamants bruts. L'Angola contribue à faire baisser les prix Un pays n'aide pas à faire remonter les prix du diamant, il s'agit de l'Angola, le troisième producteur. La production angolaise ne cesse d'augmenter. Après une année record l'année dernière – production de 14 millions de carats –, le pays annonce un objectif de plus de 17 millions de carats d'ici l'année prochaine, un niveau qui se rapproche de plus en plus de la production de De Beers – 21 millions de carats en 2025. L'Angola a des mines à ciel ouvert qui demandent moins d'investissements que les mines souterraines, ce qui autorise le pays à produire plus et à vendre à des prix extrêmement bas. Ces prix angolais ont créé un climat baissier et ont indirectement aussi fait chuter la valeur de De Beers. Ce qui pourrait, en retour, profiter à l'Angola, un des candidats déclarés au rachat de De Beers. À lire aussiLe secteur du diamant s'unit pour redorer l'image des pierres naturelles

À l'heure des négociations commerciales pour fixer les prix de la banane en 2024 dans les grandes surfaces européennes, les producteurs d'Amérique latine dénoncent le double discours de certains distributeurs qui refusent de payer plus malgré leur soutien affiché à une production durable. Une illustration des défis auxquels doit répondre la filière toute entière et qui concernent aussi bien la banane d'Équateur, de Martinique que de Côte d'Ivoire. Dans plusieurs pays européens, c'est ce vendredi 22 novembre que sont discutés les prix de la banane qui seront en vigueur en 2025 dans les supermarchés. Un bras de fer annuel particulièrement difficile, car on parle du fruit qui sert de produit d'appel dans la grande distribution, celui qui fait venir les consommateurs. Toucher à son étiquette est presque tabou.En face, on demande toujours plus à la banane pour qu'elle diminue son empreinte carbone et qu'elle utilise moins d'intrants de synthèse. Les attentes environnementales et sociétales se sont multipliées ces quinze dernières années. « Des exigences qui ne sont aujourd'hui plus vraiment optionnelles », relève un expert de la filière, mais qui sont de moins en moins compatibles avec les prix offerts au producteur. C'est précisément ce que dénoncent cette semaine les pays d'Amérique latine qui représentent environ 60 % du marché — Colombie, Costa Rica, Équateur, Guatemala, Pérou et République dominicaine. À lire aussiLa banane africaine entre concurrence latino-américaine et exigences salarialesUne responsabilité partagéeDans un texte commun, les producteurs de ce qu'on appelle la banane dollar pointent du doigt les détaillants qui imposent des obligations aux fournisseurs sans vouloir prendre leur part de responsabilité. Les grands discours sur la durabilité ne sont en fait que « des déclarations creuses », écrivent-ils. Dans leur viseur en particulier le distributeur allemand Edeka qui aurait clairement fait part de son intention de négocier les prix à la baisse.De l'avis des experts de la filière, le débat n'est plus de savoir si l'action doit être collective, c'est devenu une nécessité. Dans une déclaration de presse ce jeudi 21 novembre, l'Association interprofessionnelle de la banane (AIB) — qui représente, en France, tous les maillons de la filière, du producteur au distributeur en passant par le grossiste et le mûrisseur — confirme la nécessité d'une responsabilité partagée : aux attentes en matière de durabilité s'ajoutent des risques agricoles et logistiques de plus en plus importants, relève l'AIB, des risques qui entraînent une addition de coûts.Un cadre qui se durcitÀ titre d'exemple, la météo affecte la production de bananes, en Afrique comme en Amérique latine, mais aussi le niveau d'eau du canal de Panama utilisé pour l'expédition des bananes d'Équateur, premier fournisseur de l'Europe. Les tensions sur le canal de Suez pèsent sur la disponibilité mondiale des conteneurs, alors que la guerre en Ukraine a fait grimper les prix des intrants, qui ne sont pas tous revenus au prix d'avant-guerre.Ces contraintes commencent à « faire mal » à la filière et sont de moins en moins supportables pour les producteurs des 20 millions de bananes exportées chaque année dans le monde — sur une production mondiale de 80 millions. À lire aussiLa banane française en difficulté

Le mois dernier, juste avant l’élection américaine, la Chine a importé deux fois plus de soja américain que l’année dernière à la même époque. Des achats qui ressemblent à une course à l’approvisionnement, avant le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. Retour qui pourrait être synonyme de nouvelles tensions commerciales entre les deux pays. Impossible de dire si la Chine avait anticipé un retour de Donald Trump au pouvoir, mais l’augmentation des volumes de soja qu’elle a importé des États-Unis, au fil de ces derniers mois, pourrait le laisser penser. Comme si le pays avait voulu se couvrir au maximum, avant le mois de janvier et l’installation du nouveau président.Les acheteurs chinois, mais aussi les fermiers américains, ont en mémoire la guerre commerciale du premier mandat de Donald Trump. Les droits de douane imposés par les États-Unis ont causé entre mi-2018 et fin 2019 plus de 27 milliards de dollars de pertes aux exportations agricoles américaines, selon le ministère américain de l’Agriculture (USDA).Les États-Unis ont perdu des parts de marché Dans le cadre de cette guerre commerciale, 71 % des pertes commerciales concernaient le soja. Les parts de marché perdues par les États-Unis n’ont pas été récupérées malgré la mise en place d’une trêve commerciale en 2020.Selon les douanes chinoises, seulement 18 % du soja importé cette année est américain, contre 40 % en 2016. La Chine a diversifié ses fournisseurs et regarde de plus en plus vers le Brésil, le nouveau géant agricole mondial : les importations chinoises de soja brésilien ont augmenté de plus de 13 % de janvier à octobre. Le Brésil est aussi devenu le premier fournisseur de la Chine en maïs.Les prix du soja restent basLes ventes exceptionnelles de soja américain vers la Chine ces dernières semaines ne se sont pas traduites sur les cours : les prix restent bas, en raison de la perspective de concurrence avec les origines sud-américaines, et de la récolte américaine, explique Gautier le Molgat, directeur général de la société de conseil Argus Media France.Les prix sont aussi le reflet des craintes de voir l'activité export remise en cause en cas de nouvelle guerre commerciale. Craintes auxquelles il faut ajouter celles de voir la politique énergétique de Donald Trump faire baisser les volumes de soja transformés en biocarburant. Cela annoncerait une offre plus importante de grains sur le marché, et n'aiderait pas à faire remonter les prix. Une politique encore incertaineL'avenir des exports américains de soja vers la Chine reste pour l'heure encore très incertain. Un rapport publié le mois dernier par la National Corn Growers Association assure que soja et le maïs seront à nouveau « cibles principales des droits de douane » dans un éventuel conflit commercial. Avec un risque de voir, selon le rapport, les exportations américaines de soja baisser drastiquement, et l'excédent agricole national augmenter.Le président de United Soybean Board, Steve Reinhard, veut croire au contraire que le retour de l'administration Trump signifiera de nouveaux efforts pour augmenter les achats agricoles de Pékin, comme il l’a confié il y a quelques jours lors de la septième foire internationale de l’importation de Shangaï (CIIE).

Trafigura, un des plus importants négociants de matières premières et de pétrole une nouvelle fois victime de fraude ! Après une gigantesque fraude au nickel découverte il y a deux ans, une autre fraude, cette fois-ci au carburant, aurait eu lieu en Mongolie. Montant évoqué : 1,1 milliard de dollars. Des fraudes de quelques millions ou quelques dizaines de millions de dollars, cela ne surprend pas, ou presque pas, dans le milieu du négoce. Mais plus d'un milliard de pertes, c'est énorme et surprenant, confie un trader en pétrole. Dans un communiqué diffusé le 30 octobre, Trafigura parle de « manquements graves » pour qualifier les faits.Les mauvaises pratiques se seraient déroulées pendant cinq ans et auraient été découvertes fin 2023, selon l'agence Bloomberg, à la suite d'un contrôle interne doublé d'une enquête externe. En Mongolie, où la fraude a eu lieu, Trafigura est l'un des principaux fournisseurs de carburant. En raison de la règlementation locale, Trafigura ne peut livrer que jusqu'à la frontière. Ce sont ensuite des distributeurs locaux qui s'occupent de la commercialisation au niveau national.Trafigura vendait à crédit à ses partenaires locaux et attendait qu'ils aient eux-mêmes été payés pour être remboursé. Mais ces partenaires locaux n'auraient pas honoré leurs échéances en temps et en heure et accumulé pendant cinq ans une énorme dette à l'égard de Trafigura, dette découverte officiellement beaucoup plus tard. Peut-être parce qu'elle avait été masquée en interne ? Trafigura n'a pas détaillé les mécanismes en jeu, l'enquête est toujours en cours, mais on sait déjà que plusieurs employés du groupe à Oulan-Bator ont été suspendus.« Chaine complexe de transactions »Selon l'agence Reuters, le principal partenaire local, Lex Oil, aurait reconnu qu'il devait à l'entreprise plus de la moitié des 1,1 milliard de dollars de préjudice évalué par Trafigura. Mais le manque à gagner se situerait aussi ailleurs : le géant suisse dit en effet avoir payé des factures gonflées sur la base de faux documents. Une fraude à deux niveaux en quelque sorte. Trafigura évoque pour sa part une « chaine complexe de transactions avec un petit nombre de partenaires locaux ». Une fraude qui pourrait lui coûter 1,1 milliard de dollars, montant déjà provisionné par la maison de trading.Ce nouveau scandale est rendu public quelques semaines avant la prise de poste du nouveau patron de Trafigura, en janvier. Cela alors même que, dans quelques jours, le négociant suisse et plusieurs de ses ex-responsables sont appelés à comparaître devant un tribunal suisse pour des soupçons de corruption en Angola.À lire aussiPoutine en Mongolie: «Il y a une dépendance des autorités mongoles aux importations de carburant russe»

Les exportations de miel d'Ukraine n'ont pas faibli depuis le début de la guerre, au contraire. Elles se sont maintenues et suscitent même des préoccupations chez les producteurs européens. Car l'Ukraine est un fournisseur majeur de miel pour l'Union européenne. L'Union européenne (UE) importe en moyenne 49 000 tonnes de miel ukrainien par an. Le pays est un fournisseur majeur de l'Europe : son miel de tournesol est particulièrement recherché pour fabriquer les miels « toutes fleurs » ainsi que la plupart des miels crémeux. Au début de la guerre, la question s'est donc très vite posée : comment faire sans ce miel si les exportations s'arrêtent. Mais très vite, la réponse est arrivée : la guerre n'a pas affecté les volumes vendus en Europe. « Il rentre toujours autant de miel d'Ukraine » confirme un expert de la filière.À tel point que certains commencent à douter et se demandent s'il ne s'agit pas de miel « ukrainisé » : autrement dit de miel asiatique, et en particulier chinois, qui transiterait par l'Ukraine pour changer d'étiquette, celle de miel ukrainien ayant bien meilleure réputation en Europe. En termes de volumes, ce serait possible : l'Empire du milieu est le plus gros producteur de miel au monde.Frein d'urgence activé pour le miel ukrainien L'inquiétude sur l'origine, mais aussi sur les volumes, est telle, que les acteurs de la filière ont demandé la mise en place d'un frein d'urgence. Comme cela est aussi le cas pour six autres matières premières exportées d'Ukraine : les œufs, la volaille, la sucre, l'avoine, le maïs et le gruau. Sur ces produits, les droits de douane européens sont suspendus, mais rétablis au-delà d'un certain volume.Pour 2024 le volume exempté de droits a été fixé, pour le miel, à un peu plus de 44 417 tonnes et il a été atteint depuis le mois d'août, preuve du dynamisme des exportations. Le miel ukrainien est donc de nouveau taxé jusqu'à la fin de l'année. Production française en baisse d'un quart ?La préoccupation s'exprime particulièrement en France où les récoltes des deux dernières années ont été plutôt bonnes, explique Eric Lelong, président de l'interprofession, l'InterApi et président de la commission apicole de la FNSEA. Les apiculteurs se sont retrouvés fin 2023 avec des invendus et des prix en baisse.Cet automne, la tendance s'est inversée : les prix sont remontés en raison d'une diminution de la production en France, comme en Finlande et en Slovénie selon la revue Abeilles et Fleurs d'octobre 2024. Les dernières estimations transmises par InterApi font état d'une production qui pourrait baisser de 27 % cette année, dans l'Hexagone, soit moins que les 40 % annoncés début octobre par le syndicat d'apiculteurs Unaf.

La filière lin bat des records en Europe. Les surfaces cultivées n'ont jamais été aussi importantes, et les rendements ont augmenté d'un tiers en un an. L'Europe tire toujours son épingle du jeu dans un marché où les débouchés se situent principalement en Chine L'on compte 180 000 hectares de surface de lin cultivée dans les trois principaux pays producteurs en Europe en 2024 : du jamais vu. C'est le cas en France en particulier : avec 160 000 hectares, principalement en Normandie et dans les Hauts-de-France, le pays est toujours le premier exportateur mondial. Mais aussi en Belgique et aux Pays-Bas, on n'avait jamais vu un engouement pareil des agriculteurs.Modèle économique favorableLe modèle économique est très favorable avec un prix qui reste élevé - autour de 8 à 8,5 euros le kilo - et un bon rendement, autour de 6 à 6,5 tonnes par hectare, selon l'Alliance du lin et du chanvre européen. Celle-ci a mis en place une certification en 2012 (l'european flax). Le lin séduit aussi les consommateurs en recherche d'une fibre naturelle, végétale, localisable, européenne et qui bénéficie d'une production écoresponsable. Le marché reste lui confidentiel : le lin représente 0,5 % de la production mondiale de fibres textiles contre une grosse part du lion que se taille la fibre synthétique à 70 % de l'offre mondiale.Une production qui s'étend Les débouchés, eux, sont à 80 % principalement en Chine, où se situent la plupart des usines de filature. Et les autres pays producteurs se comptent sur les doigts d'une main : Égypte, Biélorussie, Russie, Ukraine, mais aussi un nouveau venu, le Royaume-Uni. Pour pouvoir répondre à la demande grandissante, d'autres régions ont décidé de développer cette filière très rentable, comme, côté français, la Bretagne, le Grand Est ou le Centre-Val de Loire. Le lin étant minoritaire sur les exploitations agricoles, c'est une manière de se diversifier et d'obtenir des revenus complémentaires. Encore faut-il que les conditions soient adaptées. Car le lin demande un sol riche, profond et un climat tempéré et humide, alterné avec des périodes de soleil. Un ensemble qui n'est pas facile à trouver dans la plupart des régions du monde.

L'antimoine, un métal utilisé dans les retardateurs de flamme, atteint des prix historiques. Cette hausse spectaculaire est portée depuis deux mois par les restrictions imposées par la Chine sur l'exportation des produits à base d'antimoine. Cela fait deux mois que la Chine contrôle drastiquement ses exportations d'antimoine, deux mois pendant lesquels les prix spot du métal ont bondi de plus d'un tiers. De 25 000 $/tonne, mi-septembre, ils ont dépassé les 37 000 $/tonne cette semaine, pour une livraison au port de Rotterdam, selon des données d'Argus Media qui pointe des stocks très bas dans les entrepôts. L'application des restrictions chinoises, qui pourraient encore durer plusieurs mois, selon un expert de la filière, a joué un rôle de catalyseur de prix dans un marché déjà tiré vers le haut depuis le début de l'année, et plus largement depuis 2020, comme le rappelle une étude de Mineralinfo, le site d'information du ministère français de la Transition écologique et du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM). L'antimoine est résistant au feu et c'est ce qui lui vaut d'être prisé aussi bien pour la fabrication de plaquettes de frein que de munitions. Grâce à ses autres propriétés, il est utilisé pour la construction de batteries électriques et de cellules photovoltaïques. Cette dernière application sera peut-être le moteur de la consommation de demain : selon le cabinet de conseil Project Blue, plus d'un tiers de la demande mondiale d'antimoine d'ici à 2050 sera tirée par le secteur photovoltaïque.À lire aussiLa Chine va limiter ses exportations d'antimoine, un métal rare et stratégiqueUn métal critique pour l'Union européenneDepuis 2011, l'Union européenne a compris que le métal gris-blanc était stratégique et l'a inscrit sur la liste des métaux critiques. À cette époque, les prix avaient bondi après une baisse de la production chinoise. Le stress de manquer avait entrainé des évolutions technologiques et accéléré le recyclage de batteries en fin de vie. Mais cela n'a pas permis d'éviter un déficit évalué au printemps à 10 000 tonnes environ, selon Project Blue, car face à la multiplication des usages, l'offre ne suit pas. Un approvisionnement dépendant de la Chine et de la RussieLe renouvellement des réserves est trop lent, la teneur en antimoine est en baisse dans les mines historiques, en particulier celles de Chine. Le pays a vu sa production baisser ces dernières années — soit 37,5 % de la production mondiale en 2023 selon le BRGM — mais domine toujours le marché avec la Russie et le Tadjikistan. Cette concentration rend l'approvisionnement particulièrement vulnérable aux tensions géopolitiques.Les prix records actuels pourraient pousser des investisseurs à s'intéresser plus à l'antimoine, ou encourager le recyclage. Mais le déficit est parti pour durer jusqu'en 2026, de l'avis des experts de Project Blue.À lire aussiLa Chine renforce son emprise sur le commerce mondial d'antimoine