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Céréales, minerais ou pétrole, les ressources naturelles sont au cœur de l’économie. Chaque jour, la chronique des matières premières décrypte les tendances de ces marchés souvent méconnus.

En Espagne, en Égypte ou encore en France, les prix de l’ail atteignent des records. En cause, des surfaces et des rendements qui ont baissé sous la pression d’une mauvaise météo et de maladies. L’ail chinois représente 80 % de la production mondiale. Et on en trouve bien évidemment partout, y compris sur les étals européens. Mais le ton du marché est donné, en Europe, par l’ail espagnol, explique Geoffrey Aumont de Paris Ail, un producteur et distributeur français. Sur la base de cette référence, l’ail chinois se positionne souvent un euro plus bas, et l’ail français légèrement au-dessus. Mais les tensions actuelles d’approvisionnement réduisent les différences de prix.L’Espagne a vu ses surfaces diminuer d’un quart cette année, selon le site spécialisé FreshPlaza. Les maladies — en particulier le « waxy breakdown » —, une météo défavorable et des coûts d’assurance qui ont augmenté ont découragé les agriculteurs. L’année dernière, certains ont vu leur rendement baisser de 80 %. Des saisons plus courtesEn conséquence, sur le plus grand marché de gros de produits agricoles, celui de Rungis, au sud de Paris, le prix de l’ail espagnol a doublé en 5 ans. Et n’a peut-être pas atteint son sommet. « Tous les 3 ou 4 mois, les prix continuent d’augmenter », explique le dirigeant de Paris Ail. En Égypte, le prix de l’ail a triplé entre le début et la fin de la dernière saison de commercialisation, qui s’est terminée en juin, faute de volumes suffisants pour répondre à la demande. La production a, là aussi, été délaissée par les petits agriculteurs qui ont préféré cultiver des oignons en raison de leur prix sur le marché local l’année d’avant.Les volumes disponibles ont été pris d’assaut par les exportateurs et se sont vite épuisés. Saisons courtes et pénuries mondiales vont devenir la norme, prédit même un exportateur égyptien, Ehab Sami, PDG de Noureen Food, cité par FreshPlaza.Des prix à nouveau incitatifsLes prix actuels pourraient cependant jouer un rôle moteur pour inverser la tendance chez les agriculteurs, après des années difficiles. Il faudra attendre la prochaine campagne en Espagne pour voir si l’effet se fait effectivement sentir, mais en Égypte, c’est déjà le cas.Les surfaces cultivées auraient doublé pour la nouvelle campagne qui se prépare selon l’opérateur Garlico Egypt, ce qui annonce une bonne saison 2025 en termes de volumes, en Égypte, avec des prix qui logiquement devraient alors baisser.À lire aussiLa patate douce égyptienne, une «success story» sur le marché européen

Les pertes agricoles sont immenses dans la région de Valence. Les inondations exceptionnelles de fin octobre ont en particulier affecté la production de kakis, des fruits à la peau lisse et à la couleur orangée très prisés en Asie. La Chine en est le premier producteur, mais l'Espagne en est le principal exportateur, et les prix ont déjà commencé à grimper. 70 à 80 % des kakis espagnols poussent dans la région de Valence. C'est donc l'essentiel de la production qui a été touchée. La récolte avait débuté depuis un mois quand les inondations ont eu lieu. Elle devait se poursuivre jusqu'à mi-décembre environ, pour une commercialisation jusqu'à fin janvier, mais le calendrier habituel sera évidemment bousculé. Sur les volumes qui restaient à récolter, au minimum la moitié a été détruite. Sur certaines parcelles, les pertes se montent même à 70 %, selon l'Association espagnole du kaki, qui réclame des aides directes, des allègements fiscaux et un plan de redressement spécifique pour les producteurs.À lire aussiInondations en Espagne: la ministre des Finances appelle à une adoption rapide du budget 2025 pour lancer la reconstructionFruits détruits ou gorgés d'eauLes fruits qui ont survécu, eux, sont gorgés d'eau. Il sera donc impossible de les conserver en chambre froide trois à quatre semaines pour allonger la campagne, comme c'est traditionnellement le cas. Il sera peut-être par ailleurs difficile de tous les ramasser. Beaucoup de chemins ruraux ont été emportés par les eaux, les accès aux champs sont compliqués, et le resteront encore plusieurs semaines. L'autre frein, c'est tout simplement qu'« il n'y a presque personne aujourd'hui pour récolter », explique le directeur des structures françaises de la coopérative Anecoop, Jean-Luc Angles — qui représente à peu près 50% de la production espagnole —, la priorité étant souvent ailleurs pour les producteurs, eux-mêmes touchés personnellement par la catastrophe.Prix en hausse de 10 à 20% Avant même les inondations, la récolte espagnole s'annonçait plus faible que l'année dernière, elle sera finalement catastrophique. Les prix au producteur n'ont pas tardé à augmenter, ils sont environ 10 à 20 % plus élevés déjà. Les opérations promotionnelles qui avaient été montées dans la grande distribution ont été logiquement déprogrammées. L'Europe devra faire cette année avec moins de kakis, l'Espagne étant le premier exportateur mondial et le premier fournisseur européen. Le deuxième, c'est l'Italie, mais le pays se situe loin derrière, et sera donc incapable de pallier le déficit espagnol.

Depuis des décennies, le marché nord-américain du bois est dominé par la production canadienne. Un ascendant qui pourrait bien prendre fin, puisque les États-Unis semblent bien partis pour détrôner leur voisin, une première en 54 ans. C'est une querelle qui remonte aux années 1980. Depuis cette date, la filière américaine du bois accuse le Canada de dumping en la matière. Selon elle, Ottawa subventionne ses producteurs de bois, qui inondent ensuite le marché de son voisin. La demande aux États-Unis est particulièrement forte tant c'est un matériau utilisé dans la construction.Depuis plusieurs années maintenant, Washington agite la menace de droits de douane. Lors de son premier mandat, Donald Trump les avait augmentés dans le cadre de sa politique protectionniste. Des taxes rehaussées en août dernier par le département américain du Commerce. Elles sont passées de 8% à plus de 14%. Une décision qui n'a pas plu à l'Association américaine des constructeurs d'habitations, pour laquelle cela signifie une augmentation significative des coûts. Pas du goût non plus du gouvernement canadien, qui dénonce une mesure qui va « porter préjudice aux consommateurs et aux producteurs des deux côtés de la frontière ».Des conséquences « dévastatrices » côté canadienAutre conséquence de la hausse des tarifs douaniers : d'après l'institut Fastmarkets, la production américaine de bois va surpasser celle de son voisin pour la première fois depuis 1970. Car en parallèle des sanctions douanières, le sud des États-Unis n'a jamais produit autant de bois. En cause, une expansion sans précédent des forêts privées. Selon le président de la société de conseil Forisk Consulting, cité par Bloomberg, elles ont fait de la région « la plus grande réserve de bois du continent ».Forcément, côté canadien, on s'inquiète, d'autant qu'avec le retour de Donald Trump dans le bureau ovale, les droits de douane pourraient augmenter. Kurt Niquidet, économiste pour le Conseil de l'industrie forestière de Colombie-Britannique, prévient : une nouvelle hausse pourrait être « dévastatrice pour le secteur » canadien du bois, qui pèse plus de 7 milliards de dollars.

Écouler un surplus de 15 millions de kilos de thé, c'est le défi qui se pose au Kenya qui voit les stocks s'accumuler. Un défi colossal, car l'augmentation de la production de thé dans le pays s'est faite au détriment de la qualité. Les stocks de thé ont atteint au mois d'octobre de quoi préparer plus de sept milliards de tasses, selon les calculs de l'agence Bloomberg. Un défi pour le Kenya qui se doit de commercialiser ces feuilles au plus vite faute de voir leur qualité baisser et leur valeur avec. Depuis trois ans, la vente de thé kényan a ralenti en raison du prix plancher instauré par les autorités – 2,34 dollars le kilo exporté. Un prix qui a valorisé même les qualités les plus basses, qui n'ont du coup pas trouvé preneur. En 2023, selon la Tea Board of Kenya, 40% du thé proposé aux enchères de Mombasa est ainsi resté invendu. Lors d'une vente en juillet dernier, ce taux d'invendu est même monté à 60%.Une surproduction qui pèse sur les prixAujourd'hui l'obstacle du prix est levé : les autorités ont finalement cédé début octobre pour tenter de résorber l'excédent. Cela veut dire que les qualités dont les prix avaient été artificiellement gonflés vont retrouver une valeur plus réaliste aux yeux des acheteurs qui avaient boudé ces derniers mois. L'objectif fixé est de liquider le trop-plein, mais la mesure ne sera pas synonyme de prix à la hausse au contraire. Le vice-président du négoce chez Universal Commodities Trading, cité par l'agence Bloomberg, estime que l'augmentation de la production kényane a déjà fait chuter les prix à l'échelle mondiale de 10 à 30%. Les pays qui vendent leur thé aux enchères de Mombasa peuvent en témoigner. C'est le cas de l'Ouganda qui a vendu l'essentiel de sa production à moitié prix ces deux dernières années. Ce qui a conduit au moins 10 des 37 usines du pays à fermer.Le thé kényan de meilleure qualité demain ? De l'avis des experts, la remontée des prix ne passera que par la maitrise de la production chez le plus grand exportateur de thé au monde, car la croissance des volumes n'est pas suivie par celle de la demande qui augmente plus lentement. Le Kenya ne fera pas non plus l'économie d'un travail sur la qualité de ses feuilles s'il veut mieux vendre son thé et mieux le valoriser en dehors des groupes industriels qui sont ses principaux clients. Un souhait exprimé par le président kényan lui-même.