
1834. Massacre de la rue Transnonain, une répression impitoyable
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Narrator
Transculture, le cours de l'histoire.
Maïté Bouyssy
Xavier Mauduit.
Host
bien déjà une gravure, celle d'Honoré Daumier.
Narrator
« Ces lithographies qui font sourire n'en sont pas moins des actes journaliers d'opposition au régime. Il en est d'autres plus sanglants. En 1834, des émeutes éclatent à Lyon, puis à Paris, violemment réprimées. C'est le massacre de la rue Transnonna, une lithographie féroce et bouleversante, accueillie avec émotion par les opposants au
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régime. » Maïté-Bouissy, bonjour! Vous êtes maîtresse de conférences honoraires d'histoire contemporaine à l'Université Paris, un panthéon s'orbonne. Vous êtes l'autrice de la rue Transnonin, 14 avril 1834, un massacre à la française dont le son que nous venons d'entendre d'une archive, il est évoqué, une gravure, une image, demeurée, célèbre et associée à cet événement, celle d'Honoré Daumier. Elle
Maïté Bouyssy
représente quoi? Un peu la synthèse, mais surtout certains y voient le début du réalisme, en le sens où on y traite de petites jambes, mais ça ne se comprend qu'à travers un long mécanisme de décryptage de la rhétorique de l'époque. Un jour de demi-émeute, il y a eu une bavure, ce que l'on appellerait aujourd'hui une bavure sinistre, au numéro 12 de la rue Transnonin, où il y avait un petit théâtre, comme vous l'avez dit précédemment, dit de Doyen. Doyen était mort, peu importe, il était mort en 1931, mais ce groupe avait gardé ce nom et ces gens étaient passés pour malpensants, une atmosphère sulfureuse les accompagnait. C'était le théâtre de l'émancipation qui avait fonctionné depuis le directoire. Donc 40 ans d'activité en termes de théâtre bourgeois qui ne rend compte de rien à personne. Conséquence indirecte des lois répressives de 1806 ou du moins de l'ordonnancement des théâtres à Paris par Napoléon. faisait que si on n'avait pas de caisse à l'entrée, on n'était pas passible d'un contrôle. Donc ça devenait le lieu de toutes les suspicions, d'autant plus que c'était un entre-soi qui fonctionnait, où le clin d'œil, le roulement de tambour, que sais-je, servait d'accompagnement et pouvait rendre un texte apparemment anodin, beaucoup plus sulfureux, selon les meilleures méthodes du boulevard du Temple qu'à cette époque, Balzac, Gauthier et à la suite de Naudier étaient en train de découvrir. Mais c'est une histoire d'abord de rhétorique complexe à expliquer, il faut le mettre en parallèle avec le Drurlin. Deuxièmement, inscrite dans un quartier, autre affaire, Troisièmement, un jour d'insurrection. Troisième ou quatrième
Host
affaire décryptée. Voilà, c'est ça. C'est une affaire complexe. Et c'est pour ça que de partir par une image, un dessin, celui d'Honoré de Mieki, et vraiment rester dans les mémoires et avec nous aujourd'hui pour évoquer l'affaire de la rue Transnonin. Je reprends le titre de votre ouvrage, Jérôme Chantreau. Bonjour. Vous avez, vous aussi, pris cette affaire-là comme l'élément majeur d'un roman. Et c'est très intéressant d'avoir le regard de l'historienne, le regard du romancier, à travers Une affaire qui a fait couler beaucoup d'encre. Faut le dire, au XIXe siècle, on en a énormément parlé. La rue Transnonin, c'est pas quelque chose d'inconnu. Et pour kiffer de l'histoire, notamment du XIXe siècle, on croise régulièrement ce nom Transnonin. Depuis, elle est oubliée. Mais il reste cette image de Daumier. On y voit, et c'est ça qui est très intéressant, dans cette rue, on imagine une rue, des immeubles dépassant, pas du tout. Daumier, lui, il choisit de représenter comment
Jérôme Chantreau
ce massacre. Oui, il choisit la chambre, la chambre à coucher, le lit. J'en fais une description dans mon roman. On peut tout à fait imaginer au départ, en voyant cette image, que c'est une personne qui dort. C'est fondu, bien sûr, par la gravure dans les grilles et puis en se rapprochant. On voit cette tâche de sang. Et puis, tout autour, les ombres qui sortent du noir d'une famille. Donc il y a, semble-t-il, un vieillard, une femme aussi sur le côté. Et puis, chose encore plus atroce, puisqu'il y a évidemment une mise en scène de l'atrocité par Daumier. Maïté Bouissi parlait de rhétorique, on est en plein dedans. Il y a ce bébé qui est mort. Donc effectivement, c'est une image qui est là pour frapper. Mais Thiboussy qui a parlé de réalisme, Baudelaire dira de cette image, ce n'est pas de la caricature puisque Daumier était un caricaturiste, il essayait de faire rire avec notamment la politique. Là c'est la réalité, la triste et
Host
sanglante réalité. C'est un homme en chemise de nuit avec son bonnet de nuit d'ailleurs. Il n'est pas exactement dans le lit, il est quand même au pied du lit. On voit qu'il s'est passé quelque chose et donc c'est un cadavre en fait. Il représente un cadavre. Et on voit bien que cet homme n'a pas cherché à se battre ou à se défendre parce que, comme on le dit, il est en chemise de nuit. On va essayer de comprendre ce qui s'est passé avec ce massacre de la rue Transdonin. Déjà, on peut peut-être présenter le cadre. On est à Paris, nous sommes en 1834. C'est quoi cette rue Transdonin à Paris en 1834? Maïté-Bouissy, c'est quoi ce Paris-là? C'est un Paris qui a connu, les années passées, déjà
Maïté Bouyssy
beaucoup d'agitation. D'abord c'est un pari actif, c'est un pari qui s'accroît en population énormément à cette période parce que les activités politiques et de course sont recentrées sur Paris depuis la révolution. Ce Paris du Centre est un Paris qui n'est pas un Paris pauvre, ce sont des gens actifs. On appelle ça le peuple, mais le peuple c'est toute personne qui n'est pas allée aux écoles. Donc ces gens qui passent pour du peuple sont des parfaits petits bourgeois et même des petits bourgeois aisés, éclairés. Évidemment, ce ne sont pas les grandes fortunes des financiers, mais enfin, le peuple n'est pas nécessairement miséreux. Deuxièmement, ces gens ont des traditions culturelles et politiques derrière eux. C'est un immeuble anticonformiste. Je crois que je n'ai repéré que deux couples légaux. Il y a une indifférence totale au principe de la bourgeoisie du XIXe siècle, un peu sulpicienne, telle qu'on la connaîtra par la suite, car il faut bien se rendre compte, et Balzac nous l'explique, que tout le siècle n'a jamais été que la mise en ordre à la suite des ébranlements révolutionnaires. D'autre part, Baudelaire note que c'est une chambre toute simple, mais bien sûr, quand on habite l'hôtel de Lausanne, tout devient très simple et très pauvre. Donc attention au texte de Baudelaire, il est à la fois magnifique, mais comme on dit, il dit vrai avec des mots faux. Toutes les notions qu'il sort sont erronées. Et d'autre part, enfin, cette image qui n'a pas été vue à l'époque parce qu'elle a été saisie. Donc c'est l'action concomitante de Le Drurollin qui fait une contre-enquête qui, elle, a été diffusée par brochure, qui devait sortir le même jour que la gravure. c'est-à-dire l'action politique mise en place, qui devait démarrer le 28 juillet, mais enfin la gravure en plus est sortie beaucoup plus tard, la litto, enfin quelques mois plus tard. Donc on est là en termes de résultats avec Daumier, de Memoria, d'une Axio qui a été prévue par les deux concomitamment, le Drurolin et la bande à Philippon du passage Verro d'Oda. Daumier a habité le quartier, ses parents au sud du quartier, lui au nord-ouest. Enfin, on est dans un monde d'intercommunications Et au départ, il y a l'invention d'un sujet. Oui, on a tué ces gens. Deuxièmement, qui étaient de familles très différentes, il y a eu plusieurs moments de tuerie à l'intérieur de l'immeuble. Deuxièmement, La disposition de cette affaire, c'est expliquer que c'est parfaitement anti-constitutionnel en sortant les règles depuis le directoire. Et le développement, c'est évidemment cette façon concomitante de faire un gros mémoire, le Dru Rollin, qui a été largement réédité au fil
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du siècle. Nous avons une heure pour discuter de cette affaire, n'allons pas trop vite. Nous sommes en 1834, une rue transdonnant. Vous nous le dites Maïté Bouissier, nous avons des petits bourgeois. Nous sommes dans le centre de Paris. Le régime en place c'est la monarchie de Juillet. En 1830, le roi Charles X a été renversé. C'est le roi Louis-Philippe qui est en place. La bourgeoisie au pouvoir, dit-on souvent. C'est un immeuble, quand vous l'étudiez, Jérôme Chantereau, pour écrire votre roman, on le voit bien, c'est un immeuble parisien, il est un peu rebelle, parce que, comme le disait Maïté, vous ici, tout le monde n'est pas vraiment marié dans cet immeuble-là, et puis on y fait du théâtre alors que c'est pas tout à fait autorisé. Qui sont ces gens qui habitent
Maïté Bouyssy
cet
Jérôme Chantreau
immeuble? Oui, Maïté Boussi l'a dit, c'est retrouver la structure familiale, les liens d'interconnexion entre les étages, c'est extrêmement complexe. Moi, dans ma position de romancier, forcément, je dois simplifier tout ça pour le bien du lecteur, pour ne pas le perdre. En essayant de faire une chose, c'est de rester fidèle à l'esprit de ces gens-là, des personnes qui sont mortes, quand même, et essayer de leur rendre hommage. Voilà, donc simplifier, mais sans infidélité et sans trop se tromper. Pour moi, ce qui est intéressant, c'est qu'il se passe ici un crime d'État, plus qu'une bavure. Alors ça, on va pouvoir en discuter certainement. Et que ce ne sont pas des insurgés qu'on tue. Ce ne sont pas, Maïté Bouissi l'a dit, ce ne sont pas des gens misérables. Ce ne sont pas non plus des fous furieux, enragés, prêts à mourir pour la République et la liberté, pas du tout. Ce sont des gens vraiment, comme vous et moi, toutes petites bourgeoisies, petits patrons, avec quand même autour des apprentis, voilà. Quand on essaie de décrypter ça, cette lumière, on se dit que ce que l'État va tuer Dans son lit, sous la table de la cuisine, ce sont d'abord de parfaits et innocents. Et puis aussi, ce sont des gens, c'est le centre du peuple français, c'est-à-dire tout
Host
le monde. C'est vraiment ça qu'il va falloir essayer de décrypter avec ce massacre de la rue Transnonin à Paris, le 14 avril 1834. Qu'est-ce qu'il s'est passé ici? Ça y est, on a le panorama, on voit ce Paris. C'est un peu le Paris des misérables de Victor Hugo. Ça se passe deux ans plus tôt, donc on a l'ambiance en tête, on a un peu l'idée de cet immeuble-là, rue Transdenun. Que se passe-t-il en avril, le 14 avril? Alors, là, les narrations sont plurielles. Disons que pour une narration très simple, ce qu'on va lire dans la presse au lendemain des événements, qu'est-ce qu'on raconte? Alors, je ne sais pas, Maïté Bouissi, Jérôme Chantreau, qui veut
Jérôme Chantreau
se lancer? Alors, juste avant, vous
Host
voulez dire? Ah non, non, dans la presse. Qu'est-ce qu'on raconte le 15 avril pour raconter ce qui s'est passé, ce massacre? Comment on le raconte,
Jérôme Chantreau
ce massacre? Moi, je peux commencer par faire une synthèse rapide. Peu de temps avant, il y a la deuxième révolte des canuts à Lyon. Donc le feu de l'insurrection, en tout cas du combat entre les ouvriers soyeux et l'État part de Lyon, se répand en province, Lunéville, Grenoble, Marseille, et puis arrive jusqu'à Paris. Et effectivement, à Paris, Pendant deux, trois jours, finalement rien ne se passe. Il y a 40 000 hommes de troupes qui sont cantonnés à l'extérieur des murs et les barricades sont montées. Et là aussi on pourra discuter, est-ce qu'il y a une volonté derrière tout ça? Bon, bref. Arrive la nuit du dimanche au lundi, donc du 13 au 14 juin, la troupe... d'abord les gardes nationaux, puis la troupe charge, entre dans notamment ce quartier qui est un quartier à la fois petit bourgeois, mais aussi très insurrectionnel. Et en bas de cette rue, il y a une barricade. Un coup de feu à 4 heures du matin est parti. J'allais dire serait, mais on est à peu près certain qu'un ou même deux coups de feu sont partis. Moi, je ne suis pas historien, mais j'essaye de réfléchir et j'ai étudié. Il est 4h du matin, on est en pleine insurrection, c'est-à-dire une scène de guerre. Des balles perdues qui fusent de partout et il fait nuit. Un coup de feu part. Et ce qu'on va trouver, moi quand j'ai commencé, vous trouverez ça sur n'importe quelle fiche Wikipédia ou autre source comme ça de première main, ce qu'on trouve c'est qu'un jeune homme, Louis Bréfort, 20 ans à l'époque, aurait tiré depuis sa chambre mansardée du cinquième étage sur un capitaine et la troupe aurait réagi par revanche, par colère serait entré le 35ème de ligne des tueurs, on pourra revenir aussi là-dessus, c'est la Légion étrangère qui rentre chez vous et qui massacre tout le monde donc par esprit
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de revanche. C'est exactement ça ce qu'on peut lire dans la presse le lendemain, c'est-à-dire dans un contexte des meutes à Paris, la troupe est là, un coup de feu tiré d'une fenêtre, la troupe rentre dans l'immeuble et tue tout le monde parce que ce sont des sédicieux. Voilà un peu la présentation des événements qui est faite au lendemain dans
Maïté Bouyssy
la presse. Or, il s'avère, et ça vous le démontrez très bien, que depuis le prétendu étage et les prétendues fenêtres d'où le coup de feu aurait été tiré, il n'y a aucun angle de tir possible. D'autre part, le fameux capitaine Ray, aimé de la troupe, a été tué par un tir venant d'un soupirail, c'est-à-dire par un tir montant. Donc ça ne peut pas être un tir descendant. Mais il y aura d'énormes enquêtes judiciaires, ce qu'on a appelé le procès-monstre derrière, qui implique Lyon et Paris, 2000 prévenus, etc. Ce qu'on a appelé le procès-monstre est destiné à enterrer l'affaire et à ne pas en parler. Et tout le monde sait que tout le monde ment dans cette affaire. Tout le monde se couvre, parce que de toute façon, si quelqu'un de l'immeuble avait participé aux émeutes, les familles étant solidairement responsables, c'était la catastrophe pour un ensemble de personnes. Donc on comprend très bien. que le frère de ce jeune homme ait appelé le Dru Rollin pour essayer de faire une contre-enquête. Ça c'est un premier point. Le deuxième point, c'est que les meutes étaient en train de s'effondrer parce que les émeutiers attendaient qu'une partie de l'armée se rallie à eux, ce qui n'a pas eu lieu. Et ensuite, l'histoire des troupes massées autour de Paris, ça veut dire que le gouvernement entendait agir avec violence pour qu'il n'y ait pas de solidarité mutuelliste entre Lyon et Paris. Et depuis janvier, il y avait la montée de la terreur en puissance, je dirais, et une série d'incidents absolument voulus et contrôlés par le pouvoir qui voulait terroriser avant les élections d'avril, de fin avril, début mai. qui devait élire une nouvelle chambre, puisqu'on était encore sous la chambre de Charles X, puisque Charles X est tombé après une dissolution, on ne pouvait pas redissoudre derrière cette dissolution. Donc le régime de Louis-Philippe, pendant encore 4 ans, fonctionnait avec les anciens élus. Et faire une élection en système censitaire, ça veut dire acheter un petit nombre d'électeurs, c'est ce que les préfets savaient très bien faire et d'autre part terroriser un peu de façon à rassembler toutes les forces du parti de l'ordre. Ça c'est une chose et donc ce n'est pas la bavure où ce meurtre qui est un crime d'Etat, qui a été en soi prévu, mais c'est le dispositif qui était là, et Ruminier, c'est-à-dire le chef du cabinet militaire de Louis-Philippe, sur ordre de Louis-Philippe et avec le consensus de Louis-Philippe, a tout le temps été à la manœuvre pour tout et dans le détail depuis janvier, enfin ne serait-ce que l'histoire d'un duel de Bugeaud en exigeant d'être témoin, en exigeant que ça soit à l'arme à feu et non au premier sang pour liquider et terroriser les républicains puisque c'était une réparation d'honneur par rapport à une boutade d'un gamin, le fils de Dupont-de-Leur qui avait demandé à Bugeaud la fidélité au gouvernement, aller jusqu'à s'en faire geôlier à ce qui visait évidemment son attitude en 1832. Il contrôlait à blaï l'accouchement, si je puis dire, de la Duchesse de Béry pour la discréditer en raison de son mariage morganatique et de ce fait mettre en veille les légitimistes. on est dans un système de répression un peu délégitimiste et beaucoup de tout ce qui est socialiste et mutueliste. Et le grand but de tous ces gens, c'était d'écraser les socialistes et les gens liés à un libéralisme avancé. Liberté de la presse, oui, mais encore beaucoup plus violemment tout ce qui était de
Host
type social. Aujourd'hui, dans le cours de l'histoire sur France Culture, nous essayons de comprendre ce massacre de la rue Transtonin, le 14 avril 1834. Nous l'avons dit, un coup de feu tiré depuis une fenêtre, voilà ce qui est annoncé, qui justifierait pour les autorités l'intervention de la troupe avec ce massacre d'hommes, de femmes, d'enfants, chez eux, dans leur lit. Et pour comprendre tout ça, on avance, pas à pas, donc on a ce panorama, cette volonté de répression de tout ce qui fait peur, et notamment ce monde socialiste. Jérôme Chantreau, dans tout ce que nous sommes en train de dresser là, on voit peu à peu les éléments se mettre en place. C'est très simple de lecture, un coup de feu, la troupe répond, l'analyse est beaucoup
Jérôme Chantreau
plus complexe. Oui, il me semble que c'est Lautreau-Rolin qui parle de guet-apens de police. Effectivement, ce qui est à mon avis fascinant, en tout cas intéressant, c'est de comprendre comment ce guet-apens peut se mettre en place. Est-ce que tout est calculé, tout est joué d'avance? Certainement pas. Il y a trop d'événements, les uns après les autres, dans une attaque comme ça, dans une insurrection, trop de faits qui vont se succéder de hasard. Pour autant, et je pense que Maïté Bouyssy le montre très bien dans son livre, il y a des techniques qu'on connaît, des techniques de maintien de l'ordre, et qui permettent de faire monter l'impression, un peu dans le système d'une coquette minute dans les rues de Paris, et d'aboutir à des débordements de la part des insurgés, lesquels débordements vont pouvoir être réprimés à bon droit par les forces de l'ordre. Et voilà comment on organise ce qui ne passe pas pour une bavure mais pour un maintien
Host
de l'ordre. Une temporalité qu'il y a à prendre en compte. En 1830, on l'a dit, c'est la révolution qui chasse Charles X et qui met en place la monarchie de Juillet avec Louis-Philippe. Révolution, ce qui signifie mouvement populaire. Il y a les émeutes de juin 1832. Celles-là, elles nous sont connues d'une autre manière bien souvent parce que c'est la toile de fond du roman Les Misérables de
Victor Hugo (voice actor)
Victor Hugo. Oh oh! À quoi bon aller à l'émeute, mes frères? Voilà l'émeute qui vient à nous! Tibala! Mon ami, l'émeute a un visage d'ami. Ne me dis pas que je vois double l'aigle de Mont. Je vois sextuple, je vois décuple. Voici l'émeute Gorgone à ti-tête. Et chacune est une tête d'ami. Allez, cours, Ferrac! On gelera! Au merci! Ouais, grand aigle! L'aigle! Où allez-vous? On gelera! Et ben ici, la place est bonne. Fais-la ici, Tabarica. Fais-la rue de la Chambrerie. Tu as raison, Grand R. Va pour la rue de la Chambrerie. Et qu'on ne me dise plus que Grand R ne s'est pas choisi. C'est Grand R, R majuscule, qui aujourd'hui, Angeleras, choisit un dessin majuscule. Avalons
Host
les fils! Les misérables adaptations radiophoniques en 1963. 1963, nous sommes un siècle après l'apparution du livre de Victor Hugo. Maïté Bouyssy, ce massacre de la rue Transnonin, le 14 avril 1834, on l'a dit dès le début de l'émission, il nous est connu par ce dessin, ce domi. Les émeutes de juin 1832, on les connaît. pas rugots même si la relation n'est pas évidemment faite. Mais il y en a d'autres massacres. C'est ça aussi qu'on découvre quand on étudie ici le massacre de la rue Transnonin, c'est qu'il se passe d'autres choses similaires presque au même moment mais complètement invisibilisées dans l'histoire. Je pense qu'il se passe à
Maïté Bouyssy
Lyon notamment. Oui, et à Lyon, enfin ça se discute. Invisibiliser, non. Il y a une grande tradition des écrasements des canuts. Et à Lyon, on s'est vraiment battus. À Paris, il y avait une différence entre la société d'action, Kersosy, qui était décidée à se battre, et qui avait quitté de ce fait la société pour la liberté de la presse autour d'Armamara, qui était dans une opposition beaucoup plus modérée, Ce qui me paraît intéressant, c'est de voir qu'il y a une contradiction politique inhérente à la monarchie de Juillet, où tous les politiciens majeurs se disent centristes et ralliés à Louis-Philippe, qui a garanti les libertés, la charte et les libertés, mais on rogne, puis on interdit chaque liberté, ou du moins la possibilité de l'exercer, et c'est à partir de ce moment-là que la tension monte et tout est en place dans ce printemps, hiver-printemps, 34, alors que généralement on dit que c'est après 35, après l'attentat de Fieschi, que ça aurait été une réplique du gouvernement. Mais non, c'est notre tendance à aller vers l'illibéralisme, comme diront Zanvallon. et tous les hommes de sciences politiques qui ont travaillé sur ces périodes savent très bien qu'il y a une tendance inéluctable des centres affilés vers la droite et l'extrême droite, ou du moins des droites très répressives, très violentes. Et là, on assiste à un cas d'école Et dans la montée des répressions, il y a eu l'interdiction, juste avant même celle du mutualisme qu'il faut préciser, des crieurs publics. Or le crieur public était celui qui donnait le contenu d'un journal en donnant ce qui était la une, qui ne se manifestait pas par de gros caractères, mais au moins qui était colportée dans les rues. Et ensuite ça invitait les gens des ateliers, par exemple, à acheter le journal qui ensuite était lu collectivement dans les phases non bruyantes du travail. Et l'interdiction du mutualisme, c'est mettre à mal toute possibilité de mutualité. On interdit des associations de plus de 20 personnes. Si vous n'êtes que 20, vous serez dans une proximité réelle à être tous au chômage en même temps, dans le même métier, à la même saison, pour la morte de saison. Et ça, c'est terrible comme mesure. Et la haine du socialiste, de ceux qu'ils appelaient déjà les socialistes, est extrêmement marquée. C'est ça le but de la transnoninade. Et c'est le mot vient de Philippon qui avait fait assez vite un commentaire, mais Stendhal, dans Lucien Levenne,
Host
le reprend. C'est un mot qu'on retrouve souvent, je le disais, transnonin, c'est quelque chose qui devient courant à partir de ce massacre
Jérôme Chantreau
d'avril 1834. Oui, sur les événements similaires et dont Transnana peut être considérée peut-être comme une réplique, il y a la rue projetée
Host
à Lyon. Oui, je pensais à ce massacre d'un immeuble d'une
Jérôme Chantreau
maison particulière. Voilà, donc dans cette deuxième révolte des canuts, donc on est au début du mois d'avril. Comme l'a dit Maïté Boussi, là on se bat vraiment. C'est pas 15-20 morts, c'est par dizaines les canuts contre la troupe. Et à Vez, Maintenant, on considérait ça comme la banlieue de Lyon. À Vez, la troupe entre dans une maison et massacre tout le monde. Et ce qui m'interpelle là-dedans, c'est qu'est-ce qui fait la différence dans le traitement, finalement, médiatique et aussi peut-être le traitement politique entre Vez et transnonins? Peut-être que... Mettez-vous ici, il y a des
Maïté Bouyssy
lumières là-dessus. À Paris, on est dans un monde de l'entre-soi intellectuel déjà. C'est une troupe de théâtre. Hippolyte Castille est rattachée à cette dynastie de gens qui ont fait démarrer plein de gens, y compris des boulangères et des charcutières. On s'en manquait beaucoup évidemment. du quartier qui avait envie de faire du théâtre parce que la grande passion sous la restauration c'était le théâtre. Et donc un lieu d'expression de soi que beaucoup de couches plus populaires découvraient. Et donc il y a un terreau intellectuel qui permet ensuite ce qui de toute façon a été une appropriation politique républicaine très marquée d'autant plus que c'est... et qui fonctionne, parce que ces gens ont à peu près 30 ans, et donc ils seront les premiers républicains de 70-15, et on retrouve, y compris Thiers, comme écraseur de la Commune, toujours dans le même rôle. Il n'y a que Bugeaud qui a disparu parce qu'il était un peu plus vieux et mort du choléra en 1949, ce qui permet évidemment un toast en l'honneur du choléra par un banquet de coiffeurs de la rue des Prouverbes, ce que je trouve assez extraordinaire et sympathique. Et ces gens qui n'étaient pas dans une action politique violente, les groupes professionnels arrivaient très bien à exprimer ce qu'ils voulaient à travers les banquets, à travers des chansons, parfois même non chantées, mais juste en sourdine. Et ça, c'est ce que notre collègue Vincent Robert a très
Host
bien expliqué. À travers les
Chorus Singer 1
chansons, oui. L'ombre s'émapore, et déjà l'aurore De ses rayons d'or les toit d'alentour. Les lampes ballissent, les maisons blanchissent, Les marchés s'emplissent, on a vu
Chorus Singer 2
le jour. De l'âme, il mette dans sa jarrette Suson bourrette ses fleurs sur le quai, Et de vin, c'est de courbière, ramène
Chorus Singer 1
ses fruits. Déjà l'épicière Déjà la fruitière Déjà les caillères Sautent au bas du lit L'ouvrier travaille L'écrivain rimaille Le feuilleux
Chorus Singer 2
emboille Et le savant lit J'entends J'arrote Gordon Savote crier Carotte, panne et chauffeur Tels sont les grêles Son cri se mêle À l'arbre frais
Chorus Singer 1
du vin La bourse vide, rentrant, fulminant, Et sur son passage, l'ivrogne plus sage, Rêvant son breuvage,
Chorus Singer 2
ronflant, fredonnant. Dans chaque rue, plein d'empereurs, La foule a créé un gros site ou un tombeau, Dans la bataille, vieillards
Chorus Singer 1
marmais, Au choix de canailles, à fond de barbeaux, Quelle cohue! Ma tête est perdue, Moulue et fendue! Où donc me cacher? Jamais mon oreille N'eût
Host
frayeur pareille! Les lunésiens qui chantaient Tableau de Paris à 5h du matin. Une chanson de 1802 de Marc-Antoine Desogier. C'est un peu l'équivalent de Il est 5h, Paris s'éveille, mais version 1802. En 1802, on est à peu près dans la même ambiance des rues parisiennes qu'en 1834 avec ce massacre de la rue Transtonin le 14 avril 1834. On a bien saisi ce qui se passe. La troupe qui entre dans un immeuble qui massacre tout le monde. Cela peut être mis en lien avec d'autres manifestations du même moment, par exemple les canuts de Lyon, mais il y a une spécificité ici, il y a quelque chose autour de ce massacre. Jérôme Chantreau, quand vous vous saisissez de l'affaire de la rue Transdona, qui est le titre de votre roman, vous disposez de sources considérables, parce qu'il y a le procès Fleuve, vous avez déjà les personnages, on va dire que vous avez tous les éléments en main. Le livre de Maïté Bouissi sur la rue Transit de Nain n'était pas encore paru, je crois, quand
Jérôme Chantreau
vous l'écriviez. Non, il est apparu en mars 2024 et j'avais donc écrit depuis deux ans le manuscrit. Il m'a été très utile pour vérifier les choses, vérifier aussi les libertés que je prenais en tant que romancier avec l'histoire. Et puis après, nous sommes rentrés en contact et c'est vrai qu'il permet d'aller très en profondeur et de comprendre
Host
les enjeux. Qu'est-ce que vous, en tant qu'auteur, en tant qu'écrivain, comme romancier, vous apportez dans cette affaire de la rue Transdona? Vous avez des sources, vous avez des personnages, vous avez tout. À quel moment ici la
Jérôme Chantreau
fiction arrive? Il y a un exemple très simple. Au départ, je faisais des recherches pour un autre livre, je tombe sur l'écran de mon ordinateur sur ce mot bizarre, transnonin, qu'on a du mal à prononcer, qui semble un peu désuet. Donc j'entre là-dedans, je vois, je ne vais pas le redire, cette histoire qui ressemble quand même à, effectivement, un guet-apens et une injustice. Comment ce jeune homme, Louis Bréfort, peut-il être accusé d'être le responsable d'un massacre? 20 ans. Ça c'est la première des choses. Donc on l'imagine dans cette chambre qui est peut-être celle que représente Daumier. Jeune homme, artiste, peintre. Et c'est là que le roman commence, en tout cas que le romancier commence son enquête. Dans le lit de l'Oubréfort, on trouve les barres de soie enroulées sur eux-mêmes
Host
d'une femme. Ça, c'est le rapport
Jérôme Chantreau
de police? Oui, ça, c'est tout à fait attesté. Et donc, il y avait une femme. Elle a disparu. Et on sait que cette femme s'appelait Annette Vaché. On se doute qu'elle était une prostituée, puisque dans les dépositions, la concierge, madame Pajot, dit que c'est une fille. On la sent un peu irritée. Et évidemment, j'imagine que l'historien s'arrête là, puisqu'il n'y a pas d'autre. Alors si, elle va répondre aux questions de le Drurlin un peu plus tard. Et puis elle disparaît complètement. Donc voilà, l'historien s'arrête là, le romancier évidemment commence. Qui était-elle? Où est-elle passée? Que sait-elle? L'a-t-on recherchée? Sans doute assez mollement. Pourquoi ça? Voilà, c'est toutes les questions qui amènent à la naissance finalement
Host
du livre. C'est très intéressant de voir cette approche des sources et puis après ce que peut en faire le romancier. Et puis vous, historienne, Maïté Boussi, ce que vous en faites. Parce que ces sources sont nombreuses. Après, il faut les décrypter. Ce n'est pas tout de connaître un individu. Il faut réussir à savoir les enjeux. On parle de ce Louis Bréfort. Et vous nous l'avez évoqué. L'enjeu de montrer son innocence pour sa famille parce que lui a été tué, c'est aussi un enjeu financier. Ça, on n'y pense pas tout de suite. Mais ils ont besoin de montrer qu'il
Maïté Bouyssy
est innocent. Moi, j'avais commencé à travailler et faire des articles scientifiques, comme on dit, dans des revues, déjà depuis 20 ans, à la fois dans les hommages à Dolf Löhr en Allemagne, qui était un grand comparatiste qui a travaillé sur 48, dans les hommages à Alain Corbin. Enfin, donc j'avais déjà au moins posé la question du théâtre dans cet endroit il y a bien longtemps. Après, j'ai repris ce dossier parce que ce qui m'a intéressé c'est la rhétorisation. Comment on ne peut envisager une action politique de contre-pouvoir que dans le cadre de l'ensemble de la culture d'un temps et des modes de publicité et de compréhension des choses d'une époque, y compris quand on est dans un cadre militant. D'autre part, moi j'ai habité le quartier 50 ans, J'ai été quand même très impliquée dans les luttes contre les expropriations au moment de Beaubourg. J'ai connu quand même, cage d'escalier par cage d'escalier, les restes de ce quartier 19e siècle avant qu'il ne soit éradiqué. Donc ça m'intéressait. Et d'autre part, j'avais inventé, au sens strict, le manuscrit de la guerre des rues et des maisons. C'est-à-dire, alors qu'il n'était non-holographe, première publication en 1995, j'avais bien compris qu'il s'agissait de Bugeaud. Donc j'avais un ensemble de faits convergents qui me poussaient à reprendre le dossier, la question. Et c'est ainsi que je me suis mise à creuser la question du fameux 35e de ligne. Et donc, ce qui m'intéresse beaucoup, c'est de voir comment il y a focalisation sur un régiment, qui est un régiment, un des plus durs de l'époque, le plus dur et le plus aux ordres du gouvernement. Nous, on en aurait parlé il y a quelques temps encore, du premier régiment d'infanterie marine. C'est un peu à peu près ça, celui qu'on envoie sur tous les fronts chauds, Et ça, c'est ce que les républicains ne voulaient pas. Et c'est comme ça qu'il y a affrontement, parce qu'on sait ce que ce régiment a fait à Blida. Massacre épouvantable en Algérie. Ce qu'il a fait de retour à Grenoble, et Grenoble était en semi-insurrection. en provoquant ces soldats, de façon à ce qu'il y ait règlement de compte le lendemain matin sur le prêt, et la population, comme on dit, le peuple de Grenoble, encore une fois, avec tous les niveaux sociaux que ça implique, venait en découdre, enfin du moins entourer les gens qui affrontaient en duel ces soldats, qu'on appelait des baillards, enfin puis finalement, et qui ont dû quitter la ville, puis ont dû revenir, enfin c'est une histoire... Il y a toute une histoire de Grenoble à la clef, et une fois encore, qui connaît bien tout ça? Stendhal! C'est pour ça que ça traverse Lucien Levenne à plusieurs reprises, et c'est tout ce monde où l'information et la formation politique circulent de façon évidente, même si elle est souterraine, et même si on est en dehors de cadres institués de partis qui n'existeront qu'à la fin
Host
du siècle. Avec des personnages qu'il faut présenter ici. Bujo, c'est quand même un grand nom des armées françaises. Le général Bujo, je parle au 19ème siècle, il est incontournable. C'est l'Algérie et c'est une violence inouïe en Algérie avec des massacres de civils. Bujo, il est en lien avec cette
Maïté Bouyssy
histoire-là. Pourquoi? Parce qu'il est à l'hôtel de ville et c'est le bras armé de Thiers ce jour-là. Mais c'est Thiers qui est aux commandes. Bugeaud à ce moment-là est hostile d'abord à la colonisation et ce n'est pas du tout Bugeaud qui a prévu un plan en souricière.
Host
Ce jour-là. Mais Bugeaud, c'est quand même la grande figure de la colonisation
Maïté Bouyssy
de l'Algérie. Oui, mais parce qu'il s'est rallié tardivement. On l'a envoyé au gouverneur général, qui dégage un peu des bureaux de Paris, parce qu'il n'avait qu'une ambition, c'est d'être officier, d'entrer à l'état-major. On le faisait passer pour tacticien. parce qu'il n'avait fait aucune des écoles étant de petite et authentique vieille noblesse périgourdine. Il s'est trouvé à l'âge du collège dans le moment où la France n'avait plus de collège. Les anciennes institutions étaient fermées et les nouvelles, les écoles centrales n'étaient pas en place. Donc c'est une sorte d'autodidacte qui a dû se former paradoxalement. sur le champ d'honneur, caporal à Austerlitz, etc. Quand il a été blessé en Pologne, il voulait abandonner l'armée. Ses soeurs ont dit, on n'a pas d'autres moyens de vivre, tu repars. Et il a donc fait la guerre sans prestige d'Espagne, celle qui n'implique pas de grandes batailles sous l'œil des empereurs. et donc il a toujours été marginalisé à l'intérieur de sa propre institution. Et c'est ça qui explique le fait qu'on l'ait littéralement balancé en Algérie. Et là, il a tout couvert, parce qu'évidemment, un gouverneur général couvre les troupes. Et ce sont des histoires extrêmement complexes, outre que lui avait un franc parlé, par exemple quand il voulait publier pour 48, pour les élections plutôt, de 49 à la législative, sa guerre des rues et des maisons, évidemment, ce qu'on appelait les bourgraves, le parti de l'ordre, ont fait disparaître le manuscrit, celui que j'ai retrouvé par des biais un peu imprévus, et les bourgraphes qui avaient un vrai sens politique, c'est-à-dire les anciens premiers ministres, Guizot, Molé, Thiers, ne voulaient surtout pas que ce genre de textes apparaissent, alors que pour Bugeaud, là, éradiquer les socialistes, tuer des socialistes, oui, mais en France, était la grande ambition de sa
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pensée politique. Mais pourquoi il avait le sens du bon mot là? Vous avez dit, non? Vous avez dit il avait le sens de la parole, c'est ça Bugeaud? Mais c'est pas que des paroles, ce sont des actes aussi. Non, il couvre des actes. Voilà, il couvre des actes. Mais enfin bon, la responsabilité là aussi est autre
Maïté Bouyssy
grande figure. Elle est toujours politique
Host
la responsabilité. Bah justement, parlons des politiques
Maïté Bouyssy
avec Thiers. M. Lucas Dubuitton, vous tout sautiez tout à l'heure, je ne sais pas si c'est l'effet d'un hasard ou si vous n'étiez pas tout à fait
Lucas Dubreton
d'accord avec ce que disait Charles Pommaret. J'allais dire que le tiers que nous présente M. Pommaret est un tiers de la dernière manière, c'est un tiers d'apothéo, c'est celui que nous sommes habitués à voir sur les places publiques. Mais il y a eu d'autres tiers et ces tiers-là ne sont pas toujours aussi avantageux. Nous avons vu le jeune tiers arriver au pouvoir par des moyens qui n'étaient pas toujours excellents. Il a servi de modèle au Rastignac de Balzac et je crois même que Rastignac avait plus
Host
de race. Ben voilà, tout simplement, nous étions en 1948, c'est Jean-Luc Dubreton qui s'exprimait dans la tribune de Paris. C'est très juste ce qu'il dit. La figure de Thiers est une figure compliquée, une figure très sombre pour la répression de la Commune de Paris en 1871. Mais déjà, là, en 1834, nous n'avons pas un personnage fort sympathique. Jérôme Chantreau, ce personnage de Thiers dans
Jérôme Chantreau
cette histoire-là. Pour un romancier, c'est un personnage absolument merveilleux. Le personnage de Thiers, c'est une grosse boule d'ambition qui roule à travers
Maïté Bouyssy
le siècle. C'est une citation que j'avais sélectionnée. Traçant un chemin rectiligne depuis Marseille jusqu'à Paris, bousculant les rois, les empereurs, les gouvernements,
Host
le peuple. Voilà. Voilà, ça
Jérôme Chantreau
c'est tiers. C'est tiers. On pourrait même, si on avait deux heures d'émission, parler de son père qui est un aventurier complètement fou, sa mère ruinée. Il n'est pas dans la misère, mais quand même pas loin. Et puis, il parvient à Paris, il monte grâce à son talent. Pas oratoire, il n'est pas un grand orateur, mais une intelligence, une rapidité. et il va comme ça gravir les échelons du pouvoir. C'est vraiment l'incarnation de l'homme de pouvoir qui est prêt à toutes les compromissions, tous les retournements. d'une grande complexité quand même. Il fait deux fois tirer sur le peuple, une fois rue Transnonin, une autre fois avec la Commune. C'est aussi lui qui, on peut le voir comme ça, sauve la République à la fin de sa vie et en devenant président. Donc voilà, quand on touche à Thiers, on touche vraiment à l'incarnation même de cet homme de pouvoir et comment le pouvoir finalement vous brinque-balle de la droite à la gauche du peuple jusqu'à son hôtel parisien qui était une sorte
Host
de palais. Avec Thierre qui est surtout de la droite à
Maïté Bouyssy
la droite. C'est plutôt de la gauche à
Host
la droite. De la gauche à la droite. les personnages, le décor, le massacre, le mystère aussi, au sens où y a-t-il eu un coup de feu, n'y a-t-il pas eu un coup de feu? Maïté, vous aussi, dans votre démarche, quand vous travaillez sur cette affaire, le dossier de la rue Transnonin, l'idée c'est pas de refaire le procès, c'est pas du tout ça, on va pas essayer de savoir ce qui est vrai, ce qui est faux, comment ça s'est construit, ça va beaucoup plus loin dans la démarche, c'est saisir, vous évoquiez ce mot de rhétorique, C'est comment se construit un discours autour d'un massacre, une bavure, un crime d'Etat. Crime d'Etat ou pas crime d'Etat? On est
Maïté Bouyssy
d'accord là-dessus? C'est absolument un crime d'Etat. Mais c'est l'ensemble de la répression de ce jour-là, avec quatre colonnes convergentes vers le cœur de l'émeute. qui est inadmissible. C'est non conforme à tout ce qui est... C'est pour ça d'ailleurs une autre souricière beaucoup plus légère, entre guillemets, qui avait écrasé, qui cherchait à écraser des jeunes gens insolents face au préfet Duval à Grenoble, préfet qui voulait faire de l'autorité qui avait déclenché toutes les émeutes de Grenoble. Depuis quand même la Révolution française et les lois mises en place un peu tardivement sous le directoire, la souricière est un interdit absolu. Et ça, tout le monde en a conscience. Des gens qui étaient politisés par tradition familiale, par militantisme personnel, par option, par camaraderie d'atelier, par tout ce que vous voulez, était absolument féroce sur ce plan. On n'accepte pas la souricière où que ce soit. Or, quand on construit un plan avec une souricière, on sait qu'il y aura bavure et pire. Et donc ça, c'est l'inacceptable absolu. Donc là, il y a une responsabilité majeure du pouvoir politique. Aujourd'hui, on parle un peu de disproportion de la riposte. Voilà. Et ça, ce sont des choses qu'il faut garder en tête. parce qu'il n'y a pas de pensée humaniste possible, il n'y a pas de république, même sous la monarchie, de choses en commun si on se permet de faire des souricières, d'écraser des gens sans qu'il ait possibilité de s'échapper ou à terme
Jérôme Chantreau
de riposter. Oui, mais c'est ce que transnonin nous apprend à notre époque. Et c'est vrai que quand on voit un grand mouvement, alors pas insurrectionnel, on n'emploie pas ce terme-là aujourd'hui, mais de révolte aux zadistes, etc. On peut projeter le plan d'action des forces de l'ordre de transnonin et regarder si, par exemple, la souricière existe. La souricière, je ne sais pas... Très simplement, c'est ce que je disais tout à l'heure, la cocotte minute. C'est-à-dire qu'on bloque toutes les issues. Si on bloque toutes les issues, forcément, les insurgés ou les manifestants à l'intérieur vont, à un moment, devoir sortir par quelque part. Et évidemment, ce sera par la dernière voie qui leur reste, c'est-à-dire la confrontation avec les forces de l'ordre. Et donc, on provoque cette confrontation par la colère qui monte chez les manifestants. Voilà, Transnonin, en tout cas, moi, m'a vraiment appris à regarder différemment les rapports entre les manifestants, le peuple et
Maïté Bouyssy
le pouvoir. Tandis que pour moi, c'est l'inverse. C'est une expérience qui m'a permis de m'intéresser à Transnordia. Mais je veux dire, la bavure pouvait ne pas être aussi... Parce qu'il y a tout à fait à côté, rue Michel-le-Comte, un immeuble où on a vraiment retrouvé des armes. Et on a juste arrêté tous les... Alors là, pour le coup, c'était... des insurgés, ils avaient les dents noires, les mains noires, ils avaient touché la poudre et tout. On les a mis en prison, on les a jugés, parfois en les laissant s'échapper. La bavure non plus n'est pas sans acteur direct. Voilà,
Host
c'est tout. Les dents noires parce que pour la poudre, pour des cachetures, on utilise
Maïté Bouyssy
ses dents. Les cartouches s'ouvraient avec
Host
les dents. Avec les dents, c'est pour ça qu'il y avait les
Maïté Bouyssy
dents noires. Et pour les victimes de l'immeuble, la première chose qu'a fait un frère hue quand il est arrivé à la demande d'un commissaire parce qu'on avait dit que son frère était mort, etc. Il arrivait de la rive gauche, ça a été de faire constater par le commissaire qu'aucun des morts n'avait les mains ni les
Host
dents noircies. Avec, nous l'avons dit ici, un immense procès. Et pour la famille de Louis Belfort qui est décédée, qui est accusée d'avoir tiré le coup de feu, c'est important de montrer son innocence, on le disait, pour des raisons financières parce que c'est la famille qui est co-responsable des dégâts. Donc s'il est innocent, il n'y aura pas d'argent à payer. Un avocat dans cette histoire et pas n'importe lequel, le
Narrator
Dru Rollin. Plus de trois mois se sont écoulés depuis les tristes journées des 13 et 14 avril. Et il n'est aucun de nous, quelle que soit sa nuance politique, qui ne conserve encore vive et profonde l'impression d'horreur dont il a été saisi à cette triste nouvelle. Dans une seule maison de la rue Transnonin, douze cadavres gisent affreusement mutilés. Quatre personnes ont été dangereusement blessées. Femmes, enfants, vieillards n'ont pas trouvé grâce. Au récit de cette scène sanglante, l'âme s'ouvrait à deux sentiments différents, l'un de pitié pour les morts, l'autre tout d'égoïsme et de personnalité. On mesurait de la pensée l'espace qui vous séparait de ce théâtre lugubre, et en frissonnant, on remerciait Dieu d'être sorti du sommeil autrement que par
Host
la mort. Raphaël Lalloum qui nous lisait cet extrait d'un mémoire sur les événements de la rue Transnonin par le Drew Rollin. Nous sommes en juillet 1834. C'est important cette figure de le Drew Rollin parce qu'on sent ici que ça devient un combat politique. Il y a un combat à récupérer et c'est en cela que la mémoire de la rue Transnonin est
Maïté Bouyssy
si complexe. Moi ce qui m'avait frappé quand j'étais au lycée en Provence, c'est qu'il y avait, alors je ne comprenais pas pourquoi dans le Malais Isaac où il n'y avait aucune illustration, il y avait un détail de cette lithographie. Et je me disais on nous embête, on était encore en guerre d'Algérie, je savais très bien qu'il y avait des choses gravissimes en Algérie et je me disais mais qu'est-ce qu'on nous embête avec cette petite histoire parisienne. C'est parce qu'il y a eu un effet immédiat d'événementialisation et donc de mémorialisation. Et c'est ça qui est intéressant. Et pour comprendre les faits, il faut partir à rebours du succès de mémoire vers autre chose. Et tout à l'heure, on parlait de Victor Hugo. Eh bien, pour moi, c'est plutôt Gensu qui a sacralisé le quartier. Et je ne sais pas si vous avez remarqué, moi, je n'ai pas réussi à le faire entendre à l'époque à mon
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propre centre. Eugène Suss sont les mystères
Maïté Bouyssy
de Paris. Le 17 rue du Temple, étant donné que les premiers numéros étaient rue Sainte-Avoie, c'est exactement l'arrière du 12 rue Transnonin. Donc même dans l'immeuble central des mystères de Paris, Eugène Su, bien avant Hugo, sacralise, si je puis dire, le quartier, l'affaire. Et moi, je pense qu'Eugène Su, dans ses développements que vous devez apprécier, parce que c'est quand même le modèle d'écriture très scénarisé, avec une montée aux extrêmes des sentiments en permanence, Et donc, je pense que Eugène Su est un élément indirect de cette mémoire,
Host
mais majeur. Avec ici une rue qui a disparu, la rue Transtonin, c'est aujourd'hui la rue Beaubourg. Et d'ailleurs, Moïté Bouissy, on a beaucoup d'illustrations dans votre ouvrage, c'est très intéressant de voir les documents du temps passé en lien avec cette évolution de l'urbanisme à Paris. Quant à vous Jérôme Chantreau, dans l'affaire de la rue Transnonin, et c'est en cela que le roman est merveilleux, c'est que vous partez d'un personnage bien sûr, il y a le massacre, et puis il y a le après, il y a l'existence, et ce qui vous permet de croiser ces grands mouvements de pensée du 19ème siècle. On a évoqué le socialisme, on a évoqué cette construction autour des droits de l'homme, la société des droits humains, la société des droits de l'homme, tout ça c'est là. Et puis il y a le
Jérôme Chantreau
féminisme aussi. Oui, le féminisme qui vient de ma rencontre avec le Saint-Simonisme au départ. s'étendre trop sur le Saint-Simonisme, mais les Saint-Simoniens sont des gens absolument... fabuleux. Victor Hugo, dans Chosevue, dit d'eux, des Saint-Simoniens, qu'ils ont raison sur à peu près tous les constats et tort sur toutes les solutions. Voilà, ce sont des... Alors, pour Prosper Enfanta, par exemple, un ancien élève de l'école polytechnique, on trouve des ingénieurs des mines, des ponts et chaussées, des docteurs, des avocats. Et tout ce beau monde est emporté par ce qu'on appelle une utopie socialiste, à l'époque, qui va très très loin, alors qu'il y a quelquefois des détours étonnants. On va les retrouver dans une maison de ménime montant, tout nu, vivant, dans une sorte de flower power de l'époque. A l'intérieur, alors je ne veux pas développer toutes les idées du Saint-Simonisme, mais à l'intérieur de ça, il y a l'idée qu'on attend un messie, que ce messie est une femme, et le féminisme des Saint-Simoniens est, alors pour le coup, d'une modernité absolue. Et dans ce féminisme, bien sûr, il y a des femmes. qui vont d'ailleurs se prendre leur distance avec les Saint-Simoniens parce que les choses ne sont pas aussi simples, mais elle crée un journal. Ce journal, ça s'appelle à l'époque La Femme Lime, puis La Tribune des Femmes, et ça c'est absolument... éblouissant
Host
avec ici votre personnage Annette Vaché qui elle poursuit son existence après le massacre et c'est ce qui permet, c'est toujours très intéressant par le roman, de croiser l'ère du temps et puis ces différents mouvements de pensée. Merci vivement à tous
Maïté Bouyssy
les deux. Annette Vaché je l'aurais vu comme laurette et comme comédienne plutôt que sur la trajectoire qui est la vôtre et qui est
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votre droit. Mais voilà, c'est ça, elle, elle devient une sorte de militante féministe et
Jérôme Chantreau
elle écrit. Et elle écrit, c'est
Host
très important. Mettez-vous ici, rue Transnonin, 14 avril 1834, un massacre à la française. Et quant à vous, Jérôme Chantreau, l'affaire de la rue Transnonin, c'est votre roman. Voilà, de manière de visiter l'événement, la période, et puis peut-être de réfléchir au présent, on sait maintenant ce qu'est une souricière. Pour terminer, on laisse la parole, non pas à la souricière, mais au barricade, avec un petit clin d'œil
Gavroche (voice actor)
à Gavroche. Je suis tombé par terre, c'est la faute à Voltaire Le nid dans le ruisseau c'est la faute à Rousseau Les gamins de Paname ont pas l'temps d'a-daignar Nous on va au pétard et si ça vous ébatte Relisez donc
Host
l'histoire de David et Goliath Et oui, évidemment, Gavroche dans le cours de l'histoire sur France Culture, une émission réalisée par Laurence Milet avec aujourd'hui la technique Marie-Claire Oumabadi. Émission préparée par Jeanne Delecroix, Jeanne Coper, Raphaël Lalou, Maëlle Vincent-Randonnier et Maïwenn Guizziou. Le cours de l'histoire à écouter à podcaster sur franceculture.fr et l'appli
Podcast: Le Cours de l’histoire (France Culture)
Date: March 21, 2025
Host: Xavier Mauduit
Guests:
This episode explores the massacre of the rue Transnonain (April 14, 1834) in Paris—an infamous episode of state violence during the July Monarchy. Through historical research and literary reconstruction, the discussion analyzes how this atrocity became a symbol of the ruthless repression of burgeoning social and political movements in 19th-century France. The dialogue weaves together perspectives from academic history and fiction, reflecting on the memory of the massacre and its resonance with issues of state violence, rhetoric, and social justice.
This episode provides a rich, multidimensional look at the rue Transnonain massacre, blending rigorous historical research with fictional interrogation. Through discussion of images, urban history, politics, social movements, and literary echoes, the speakers reveal how one event became a lasting symbol of state repression—and how its interpretation continues to shape contemporary understandings of history, justice, and public memory.