
Entre Finlande et Russie, des siècles de tensions frontalières
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Sabine Dulin
Entre
Xavier Mauduit
Finlande et Russie, une frontière qui n'en finit pas, toujours plus loin vers le nord. C'est une ligne entre deux mers, la Baltique et la mer de Barents. Entre deux golfs aussi, celui de Botnie et celui de Finlande. C'est un univers peuplé de lacs innombrables, de forêts immenses et des villes qui se font face, Helsinki et Saint-Pétersbourg, deux pays aussi Quelle importance stratégique revêtent ces frontières finlandaises pour la Russie au fil des siècles, entre Finlande et Russie, des siècles de tensions frontalières?
Narrator
Tous les pays d'Europe ayant une frontière commune avec l'Union soviétique ont un régime de démocratie populaire, sauf un, la Finlande. Malgré ses 2500 kilomètres de frontière commune, la Finlande est restée en dehors de la zone d'influence soviétique en Europe. La Finlande est neutre, mais d'une neutralité qui ne ressemble à aucune autre.
Xavier Mauduit
Nous étions en 1961 avec cette archive. Bonjour Sabine Dulin.
Sabine Dulin
Bonjour.
Xavier Mauduit
Historienne, professeure des universités à Sciences Po, spécialiste de la Russie, c'est peu de le dire, avec ici l'évocation de la neutralité de la Finlande. Mais pour cette histoire finlandaise, il faut toujours contextualiser, nous sommes en 1961. Il y a une particularité de cette frontière pour la Russie, parce qu'on sent bien que ce qui se passe en Finlande, ce n'est pas exactement, et on le sait, ce qui se passe avec les autres frontières qu'on peut découvrir dans les autres émissions du Cours de l'Histoire sur cette série, les histoires des frontières à l'ouest de la Russie, franceculture.fr et l'appli Radio France. Ça a quelque chose de particulier, la Finlande?
Sabine Dulin
Peut-être, peut-être et peut-être pas d'ailleurs, mais ce qu'il y a de particulier c'est évidemment d'abord la longueur de la frontière, vous l'avez dit, c'est effectivement quand même un pays qui est sous sous la menace, d'une certaine manière, de son grand voisin, donc c'est un tout petit pays face à un très grand pays. Mais bon, ça c'est pas ce qui est très spécifique de la Finlande, puisqu'après tout, on a beaucoup de cas comme ça. L'autre élément, c'est quand même qu'il y a une histoire commune, depuis le début du 19ème siècle, qui fait qu'évidemment, si on compare la Finlande aux Pays-Baltes, puisqu'évidemment les Pays-Baltes sont juste au sud de la Finlande. Si on les compare, ce qui est arrivé aux Etats baltes, c'est-à-dire d'être dans l'Empire russe, d'être indépendant dans l'entre-deux-guerres et de redevenir des républiques dans le cadre de l'Union soviétique, donc des républiques socialistes soviétiques à partir de la fin de la Seconde Guerre mondiale, C'est évidemment un sort qui pouvait être celui de la Finlande puisque la Finlande avait été comme les Pays-Baltes dans l'Empire Russe et pouvait y retourner. Et donc là il y a une spécificité du destin de la Finlande qui réussit aussi grâce à ses élites politiques à finalement jouer une carte qui est une carte du compromis à l'égard du grand voisin menaçant. Un compromis qui lui permet de garder son système économique et politique ce qui n'est pas le cas des autres États à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Donc il y a effectivement cette idée qui est évoquée dans ce témoignage de 1961, cette idée de la Finlandisation, quelque chose de spécifique.
Xavier Mauduit
Oui, puis avec une frontière, on l'a dit, qui était très très longue, qui s'étend vers le nord, et des populations qui ici se regardent, mais qui, on le sait bien, les frontières ne sont pas des séparations, ce sont aussi des lieux de contact, mais entre des espaces, pour la Finlande, densément peuplés au sud, et beaucoup moins au nord. Encore, quand je dis densément peuplés au sud, on peut relativiser, mais en tout cas, il y a une grande variété de possibles contacts sur cette frontière.
Sabine Dulin
Alors c'est vrai que ce qui caractérise quand même cette frontière, c'est d'abord le vide, notamment dans la partie nord. Et d'ailleurs avec des populations qui sont des populations nomades d'éleveurs de rennes, les sahamis, qui vivent de part et d'autre de la frontière. Et d'ailleurs, il y aura beaucoup d'accords de voisinage pendant la période soviétique y compris, pour essayer de régler la transhumance et la transfrontalité de ces troupeaux de rennes. Donc ça c'est déjà une particularité. La deuxième c'est quand même que l'isme de Kareli qui est tout à fait au sud de la Finlande et qui donc est l'isme qui sépare le lac Ladoga du golfe de Finlande est en gros l'arrière de Saint-Pétersbourg à l'époque du XXe siècle Leningrad et encore avant donc Pétrograde et Saint-Pétersbourg. qui a parfois été la capitale de la Russie et qui est parfois la deuxième ville de la Russie. Et donc cet isme de Kareli, c'est un petit peu d'ailleurs le lieu où il y a toutes les résidences secondaires des pétersbourgeois, par exemple Mandelstam, un grand écrivain russe, avait sa dacha dans cet isme de Kareli. Et donc là on est dans la banlieue finalement de Saint-Pétersbourg et on est en même temps dans une zone frontière. Ça c'est très important aussi parce que ça va être quelque chose d'essentiel dans la vision russe et soviétique de cette frontière, c'est ce sentiment éventuel d'insécurité si la frontière reste à 30 kilomètres de Saint-Pétersbourg, ce qui était le cas dans l'entre-deux-guerres.
Xavier Mauduit
Parce que là, vous mettez le doigt sur le point géographique important, c'est Saint-Pétersbourg, cette ville créée par Pierre Legrand avec la volonté d'avoir un accès à la mer. Tout au nord, c'est gelé, donc on ne peut pas y aller. Au sud, les accès sont compliqués pour la Russie. Et donc là, par la Baltique, il y a une voie à fondation d'une ville, mais si proche de la frontière si proche de ce voisin. Donc on sent ici combien cette frontière sud de la Finlande est importante. Avec ce questionnement, Sabine Dulin vous l'avez dit, il y a pour la Finlande ce grand voisin russe. Mais dans son histoire et sa longue histoire, il n'y a pas que le grand voisin russe, il y a l'autre grand voisin suédois.
Sabine Dulin
Oui bien sûr et d'ailleurs c'était donc la Finlande faisait partie de la Suède qui était une des plus grandes puissances militaires d'ailleurs de l'Europe au temps de Pierre Legrand. Donc la Suède est vraiment la puissance de cette zone du nord de l'Europe. Et ce qui va caractériser la période de Père Le Grand c'est donc la Grande Guerre du Nord qui est une guerre qui va repousser finalement petit à petit la Suède et faire gagner à la Russie ce littoral baltique qu'elle n'avait pas jusque là. Donc la première étape ce sera 1721 lorsque On a un traité avec la Suède, à la suite d'une victoire russe, qui fait que la Russie récupère finalement ce qu'est aujourd'hui l'Estonie. et une partie du golfe de Finlande. Et puis ensuite, il y aura une deuxième étape au milieu du XVIIIe siècle. Et enfin, la dernière étape, ce sera l'étape d'Alexandre Ier, lorsque dans le contexte de l'empire napoléonien, et dans le contexte donc de l'alliance des puissances contre Napoléon, eh bien la Russie va profiter de tout cela pour faire une énième guerre à la Suède qui s'effondre. Donc la Suède a perdu un petit peu sa grande puissance à ce moment-là et ça va être la possibilité donc pour Alexandre de récupérer toute la Finlande qui va rentrer du coup dans la Russie en tant que grand-duché. Ce qui fait que effectivement le motif principal pour la Russie c'est d'avoir accès le plus libre possible à la mer baltique par le biais de ce golfe de Finlande qu'ils avaient déjà... qu'ils contrôlaient déjà par l'Estonie au sud et qu'ils vont réussir dorénavant à contrôler grâce à cette intégration de la Finlande qui se termine au début du 19ème siècle.
Xavier Mauduit
En tout cas, ce moment-là que vous évoquez, ce temps napoléonien, c'est aussi un temps important pour les Russes avec Alexandre. C'est Alexandre le Tsar?
Sabine Dulin
Oui.
Xavier Mauduit
Alexandre Ier?
Sabine Dulin
Tout à fait.
Xavier Mauduit
C'est lui qui signe l'acte.
Léopoldine HH
Nous, Alexandre Ier, empereur et autocrate de toutes les Russies, grand-duc de Finlande, etc. savoir-faisons. La volonté du Très-Haut, nous ayant fait entrer en possession du Grand-Duché de Finlande, nous avons voulu, par les présentes, confirmer et sanctionner la religion et les lois fondamentales du pays, ainsi que les droits et privilèges dont chaque ordre en particulier, dont le dit Grand-Duché et tous ses habitants en général, tant grands que petits, ont joui jusqu'à présent en vertu des constitutions. Nous promettons de maintenir tous ses avantages et lois en pleine vigueur, sans altération ou changement. En foi de quoi, nous avons signé le présent acte de garantie de notre propre main. Donnée à Porvaux, le 27 mars 1809.
Xavier Mauduit
C'est Léopoldine HH dans le cours de l'Histoire qui nous lisait cet acte de garantie d'Alexandre Ier, le tsar de toutes les Russies. On l'a entendu, il se présente comme tsar de toutes les Russies et grand-duc de Finlande. Nous sommes en 1809. C'est intéressant de voir ici que la Finlande conserve malgré tout une identité à l'intérieur d'un ensemble plus vaste qu'est l'Empire russe.
Sabine Dulin
Oui, c'est plus qu'une identité, c'est véritablement une autonomie politique. Alors il faut bien se rappeler qu'à l'époque, je veux dire, les monarchies, en fait, s'étendent, les dynasties s'étendent par adjunction de royaumes, de duchés, de... de principauté et si on lit les titulatures aussi bien des tsars que des empires austro-hongrois, des empereurs austro-hongrois, on a une liste comme ça, on est prince, grand-duc, roi, etc. Donc là c'est le principe même des vieilles dynasties d'avoir ce ce principe-là d'agrégation. Et c'est pour ça que les empires, jusqu'au moment où ils ont voulu devenir des empires nationalisés, en fait, jusque-là, les empires gouvernent des différences politiques très importantes. Donc la Finlande rentre en tant qu'entité autonome, le Grand-Duché, dans le cadre de l'Empire russe. C'est une sorte d'union personnelle. entre la Russie et le Grand-Duché de Finlande, qui est donc enterriné dans cet acte-là. Et ça signifie que la Finlande garde sa diète, son système politique bien moins absolutiste que celui de la Russie, qu'il y a une armée finlandaise à part, et qu'on a une frontière douanière qui reste entre l'Empire russe et la Finlande. Donc il y a véritablement une autonomie politique, économique, militaire qui d'ailleurs est intéressante dans la longue durée puisqu'on voit bien que c'est quelque chose qui va finalement perdurer. Alors le seul moment où il va y avoir un début de tentative de russification de la Finlande, c'est beaucoup plus tard, c'est à la fin du XIXe siècle, lorsque les Tsars veulent justement nationaliser l'Empire, c'est-à-dire en faire des sortes d'Empire-Nation, un peu sur le modèle de ce qui existe en Europe occidentale, et donc on va vouloir russifier ces confins qui jusque-là, le Grand-Duché de Finlande avait fourni énormément de sujets loyaux aux Tsars, c'est-à-dire que c'était pas du tout La Finlande, derrière son autonomie, était plutôt un collaborateur loyal du tsar et il y avait énormément de conseillers du tsar qui étaient d'origine chinoise. Alors ça commence à déraper à la fin du siècle, au moment où en 1899, justement, le tsar commence à vouloir revenir sur cette autonomie. notamment, donc à l'époque c'est Alexandre III, et il veut revenir notamment sur cette idée d'une autonomie de l'armée finlandaise, d'incorporer l'armée à l'armée russe, et puis aussi une volonté de russifier les universités finlandaises, etc. Et ça va déboucher du coup sur une vraie montée d'un nationalisme finlandais anti-russe, Au point que le gouverneur de Helsinki à l'époque, Bobrikov, se fait assassiner par un jeune étudiant nationaliste finlandais en 1904. Donc il y a le début d'une tension forte qui est liée à cette volonté de Russification. Et on en a un exemple magnifique. le tableau d'un peintre finlandais qui s'appelle Isto, qui s'appelle « L'attaque de la Finlande », qui a été peint en 1899. Et qu'est-ce qu'on voit sur ce tableau? On voit une jeune fille, qui est la Finlande, en robe blanche, qui tient sa loi, donc sa constitution, face à un aigle, évidemment l'aigle impérial russe, qui essaye d'attraper le livre, qui essaye de récupérer le livre. Donc, ce tableau, il était fondamental pour tous les Finlandais, et d'ailleurs, la plupart des Finlandais l'avaient en reproduction dans leurs maisons. Au début du XXème siècle, Mandelstam le raconte dans ses souvenirs que lorsqu'il allait dans les maisons finlandaises, il y avait toujours ce tableau qui montrait donc la Finlande qui défend son autonomie politique face à
Xavier Mauduit
la Russie. Avec ici cette question des frontières entre la Finlande et la Russie, on l'entend bien, Sabine Dulin, les frontières sud, c'est-à-dire autour de la mer Baltique, sont des frontières définies de manière claire? Est-ce qu'on peut dire que dans le même temps, au nord, il y a des frontières définies de manière claire? Mais vu qu'elles ne sont pas aussi traversées ou occupées, elles sont moins visibles. Enfin, une frontière n'est jamais visible, mais les peuples qui habitent dans le nord, des nomades, traversent la frontière. Cette notion de frontière entre la Finlande et la Russie, ça vaut surtout pour la
Sabine Dulin
partie sud. Oui, alors après, là, ça dépend des moments. C'est-à-dire que pendant la période où la Finlande est intégrée à l'Empire russe, jusqu'à la Révolution russe, jusqu'à l'indépendance de la Finlande en 1920, L'indépendance de la Finlande commence en 1918, mais il y a un traité de paix qui entérine la frontière en 1920. Donc c'est seulement en 1920 que la frontière de la Finlande devient une
Xavier Mauduit
frontière internationale. C'est-à-dire qu'avant, c'était une
Sabine Dulin
frontière intérieure. Juste que là, c'est une frontière administrative. Certes, la Finlande est autonome, mais elle fait partie de l'Empire russe. Donc, la frontière qui est entre l'Empire russe et la Finlande est une frontière administrative interne, qui est surtout une frontière douanière, en fait. Et donc, évidemment, ça pose pas encore les questions qui vont arriver avec la mise en place d'une frontière internationale en 1920, puisque là, à partir de 1920, se pose la question de la sécurité de la frontière et la question des usages communs du territoire. Parce qu'en fait, effectivement, comme vous le disiez, on a énormément de population qui fonctionne entre le duché de Finlande et la Russie, et bien évidemment que la mise en place de la nouvelle frontière après la révolution russe, qui devient une frontière beaucoup plus dure, puisque c'est une frontière aussi politique, puisque les Les finlandais, en fait, après la révolution russe, ont pris leur indépendance. Et il va y avoir une grosse guerre civile sur le sol finlandais entre les rouges et les blancs. Donc ceux qui sont pour les bolcheviques et ceux qui sont contre. Et donc la Finlande va s'ériger à partir de 1920 comme quand même un pays très anti-russe, anti-bolchevique, anti-communiste. Donc c'est une frontière assez dure à partir de 1920. Et pourtant, il y a besoin de beaucoup d'échanges entre les deux pays, notamment la pêche, tous les usages économiques de la région. Donc c'est ça qui va devenir très compliqué à partir
Xavier Mauduit
de 1920. Depuis 1809, le grand duché de Finlande fait partie de cet ensemble qu'est l'Empire russe. Et on entend bien qu'en 1917, il y a une rupture au moment des révolutions en Russie où la Finlande obtient
Narrator
son indépendance. Le 6 décembre 1917, une proclamation d'indépendance donnait naissance à la Finlande actuelle. Longtemps disputée au cours des siècles et des guerres par la Suède et la Russie, la nouvelle nation allait être reconnue par les Alliés en novembre 1918. Elle venait de mettre fin à des combats politiques entre Blancs et Rouges. La République de Finlande s'installait. Elle allait s'orienter vers une démocratie
Xavier Mauduit
à l'occidentale. l'indépendance de la Finlande évoquée en 1967, donc pour les 50 ans de cette indépendance en 1917. Comment ça se passe Sabine Dulin? Donc révolution en Russie, des territoires, on parle de la Finlande mais il y en a beaucoup d'autres, qui prennent leur indépendance. Cette indépendance-là est compliquée, au sens où à l'intérieur même de la Finlande, il y a des divisions quant au choix politique
Sabine Dulin
pour l'avenir. Alors, c'est vrai que la révolution russe et notamment la révolution d'octobre, lorsque les bolcheviks prennent le pouvoir, donc à l'époque Pétrograde, donc Saint-Pétersbourg qui avait été débaptisé pendant la première guerre mondiale pour russifier le nom, donc les bolcheviks en fait reconnaissent très vite l'indépendance de deux pays, la Pologne et la Finlande, qui leur apparaissent comme, voilà, historiquement déjà constitués. Donc c'est les deux pays pour lesquels la reconnaissance de l'indépendance est la plus évidente, d'une certaine manière. Sauf que dans la suite de cela, effectivement, il va y avoir un vrai combat entre communistes et anticommunistes sur le sol de la Finlande qui va tourner à l'avantage ce qu'on appelle les blancs à l'époque, c'est-à-dire les finlandais qui ne veulent pas devenir communistes et qui sont soutenus d'ailleurs à l'extérieur, à la fois par les allemands, par les généraux tsaristes et aussi par les alliés. Évidemment que l'Angleterre notamment, qui a toujours eu des intérêts commerciaux très importants en Scandinavie, ne veut surtout pas voir la Finlande tomber dans l'escarcelle de la Russie bolchevique. Donc la Finlande va s'ériger en... Elle fait partie de ce qu'on appelle dans les années 20 du point de vue... de ce conflit entre l'Europe et le communisme, elle va faire partie du cordon sanitaire. Donc tous ces états à l'ouest de la Russie, qui aujourd'hui évidemment ça a un sens de parler de ce cordon sanitaire, puisqu'on a de nouveau une sorte de cordon sanitaire contre la Russie de Poutine. Donc de la Finlande en passant par la Pologne et en allant jusqu'à la Roumanie, on a comme ça un cordon sanitaire qui est une sorte de barrière entre l'Europe d'un côté et le régime communiste de l'autre. Donc la Finlande fait partie de
Xavier Mauduit
cet ensemble. À la suite des révolutions russes, donc la révolution de février et puis la révolution bolchévique, on a ici, vous nous le disiez Sabine Dulin, la reconnaissance de la Finlande et de la Pologne. Juste entre les deux, il y a les pays baltes. C'est intéressant toujours de comparer pour voir les destins parce que ça permet de saisir les choix politiques qui sont faits dans un autre pays. La Finlande observe évidemment ce qui se passe dans les
Sabine Dulin
pays baltes. Oui, alors les Pays-Baltes vont aussi acquérir leur indépendance et il y aura des traités de paix qui définissent les frontières de la Finlande comme des Pays-Baltes en 1920. Le traité avec la Pologne sera un peu plus tardif, puisqu'il y a eu une guerre entre la Russie et la Pologne. Mais les Pays-Baltes, simplement, ont eu plus de mal à faire reconnaître leur existence, aussi bien d'ailleurs du point de vue aussi bien à l'égard des alliés, à l'égard de la France, de l'Angleterre que de la Russie, parce que les États baltes n'avaient jamais existé en tant qu'État auparavant, voilà. Mais effectivement, dans le cordon sanitaire que j'évoquais, on a la Finlande et les trois États baltes, donc Estonie, Lettonie, Lituanie, puis la Pologne et la Roumanie. Donc on a vraiment cette écharpe qui sépare finalement l'Europe de
Xavier Mauduit
la Russie. Dans cette présentation des frontières et des états, on a un aspect politique, géopolitique évident, mais il n'y a pas que ça. Il y a toute cette construction sociale, cette
Johanna Kukinen
construction d'identification. Rien ne peut m'empêcher de m'amuser. J'ai l'intention d'étudier, d'étudier et d'étudier. J'ai l'intention d'étudier, d'étudier et d'étudier. J'ai l'intention d'étudier, d'étudier et d'étudier. J'ai l'intention d'étudier, d'étudier et d'étudier. J'ai l'intention d'étudier, d'étudier et d'étudier. J'ai l'intention d'étudier, d'étudier et d'étudier. J'ai l'intention ... d'étudier, d'étudier ... et d'étudier. ... ... ... ... ... Cassez-vous le cahier, n'ayez pas d'objet, c'est le prix de l'arbre, mon garçon. Cassez-vous le cahier, n'ayez pas d'objet, c'est le prix de l'arbre, mon garçon. J'ai demandé, j'ai demandé, j'ai demandé,
Xavier Mauduit
j'ai demandé, j'ai demandé, j'ai demandé, j'ai demandé... C'est beau comme tout! Samy
Sabine Dulin
Ndula, vous avez compris ce qui a
Xavier Mauduit
été dit? Non, je ne parle pas le finlandais. Moi non plus, il est usé. Il s'appelle Johanna Kukinen qui chantait cette petite chanson musique traditionnelle de la Finlande. C'est intéressant pour évoquer cette identité aussi finlandaise qui se construit peu à peu avec des changements d'échelle obligatoires parce que nous parlons beaucoup de pays de la Finlande sous domination suédoise longtemps, puis le grand duché de Finlande qui entre dans le giron de l'empire russe. Mais dans cette histoire-là, il y a des territoires plus petits, et quand on évoque la Kareli, c'est peut-être moins un nom qui est prononcé aujourd'hui, sachant que par les siècles passés, dire Kareli, ça évoquait beaucoup de choses, parce qu'on
Sabine Dulin
parlait beaucoup de la Kareli. C'est quoi cette région? Alors la Carélie c'est effectivement fondamental, donc c'est une région qui est aujourd'hui divisée entre la Russie et la Finlande. Carélie orientale, Carélie occidentale. Et donc c'est une région de forêts et de lacs qui est justement exactement entre au nord Murmansk d'un côté et le nord de la Finlande de l'autre. Et au sud, l'isthme de Kareli, le lac Ladoga, le golfe de Finlande. C'est un immense pays de forêts et de lacs, très peu peuplé. Mais qui est, du point de vue de la Finlande, le berceau national de l'identité finlandaise. Et d'ailleurs, l'épopée... Au XIXe siècle, toutes les nations ont recherché un petit peu leurs racines et ont cherché des épopées orales qui pouvaient raconter leur histoire ancienne. Et donc on a le Kalevala qui est vraiment l'épopée finlandaise mise en... mise par écrit au XIXe siècle et qui est fondamentale pour les carelliens. Cette Carelli, elle va être absolument au centre, d'ailleurs, de la tension frontalière entre la Russie et la Finlande au début des années 1920. beaucoup de paysans caréliens d'un certain nombre de villages le long de cette frontière vont essayer de se faire rattacher à la Finlande. Donc il y a un irrédentisme dans la partie qui était restée du côté russe, vont essayer de faire bouger en fait cette frontière administrative qui était celle du Grand-Duché de Finlande pour être du côté finlandais. Et donc il va y avoir vraiment des tensions fortes à ce moment-là, et c'est d'ailleurs beaucoup autour de cette question de l'isme de Carélie et de la Carélie qu'on aura ensuite les tensions autour de la Seconde Guerre mondiale. Mais l'identité finlandaise c'est aussi autre chose que ce berceau carélien. Donc il y a une langue, alors avec la question du carélien qui est Ce qui n'est pas simple, il faut bien voir qu'à l'époque des années 1920, les bolcheviks qui essayaient d'utiliser aussi la question nationale pour agrandir le territoire de la révolution avaient créé une république autonome de Kareli à l'intérieur. de la Russie, le long de la frontière. Et d'ailleurs, à la direction de cette République Autonome de Kareli, comme président de la République Autonome de Kareli, vous aviez des communistes finlandais qui avaient fui la Finlande, qui était anticommuniste et qui réprimait ceux qui étaient communistes, et donc ils avaient fui en Carelie dans l'Union soviétique. Et donc c'est Edouard Guillin, qui est le leader de la République autonome de Caralie, qui est un Finlandais, et du coup, à ce moment-là, la langue en République autonome de Caralie, à l'intérieur de l'Union soviétique, est la langue finnoise. C'est la langue finlandaise. Donc c'est l'idée un petit peu de créer un piémont pour éventuellement réussir à étendre la Révolution vers la Finlande. Donc cette république, elle existe dans l'entre-deux-guerres et elle va d'ailleurs acquérir un rôle
Xavier Mauduit
très important au moment de la guerre en 1939. Ici, dans ce que vous évoquez, Samy Dulin, il y a un élément qui nous permet de comprendre ce processus. Quand en 1809, le grand duché de Finlande est sous la coupe du Tsar, vous nous avez dit qu'à la fin du siècle, vous avez de la part des Finlandais la volonté de rejeter, en tout cas d'une partie des Finlandais, la volonté de rejeter cette domination russe. Qu'est-ce qui s'est passé entre les deux? Et on voit bien que cette naissance de l'identité, de l'identification finlandaise permet de saisir la mise en place, comme dans tous les pays d'Europe, d'une langue, d'une histoire commune. Et c'est ça aussi qui va permettre de définir ce qu'est une frontière. Parce que pour qu'il y ait frontière, il faut qu'il y ait deux éléments séparés. Et plus on renforce les différences entre les deux, plus la frontière prend de sens. Et c'est vraiment ce processus-là qu'on entend au 19e siècle avec ces écrits que vous avez évoqués. Moi, je vous en propose un. Il est de Johan Ludwig Runenberg. C'est un des grands noms
Johan Ludwig Runeberg
de cette mise à l'écrit de la poésie finlandaise. Patrie, patrie, terre natale. Retentissez bien eau non sacrée. Nulle montagne est lancée vers les cieux, nulle creuse vallée, nul rivage baigné par les eaux n'est plus chéri que notre pays du Nord, la contrée de nos pères. Elle est pauvre notre patrie, elle le sera toujours pour qui recherche l'or. L'étranger passe avec dédain devant elle et s'éloigne Mais nous, nous l'aimons Avec ses bruyères, ses montagnes et ses
Narrator
rocs
Johan Ludwig Runeberg
Cette terre-là est pour nous la terre d'or Nous aimons ses torrents rugissants et le doux bruit de ses ruisseaux Nous aimons le grave murmure de nos sombres forêts Nos longues nuits étoilées, nos étés sans ténèbres Ici, tout ce qui frappe nos yeux et nos oreilles émeute à la fois notre cœur. Ici a été combattu le combat de nos pères, par la pensée, par l'épée, par la charrue. Que le ciel fût orageux ou pur, le sort rude ou clément, c'est ici que le cœur du
Valérie Hanin
peuple finlandais a palpité. Ici s'est accompli son
Xavier Mauduit
destin. France Culture, le cours de l'histoire. Xavier Mauduit. Léopoldine H.H. qui lisait ce poème de Rudenberg. Nous sommes en 1846, donc ce moment où se mettent en place ces identités nationales. Cette identification liée à la Finlande avec Sabine Dulin. Plein d'éléments en fait. Quand je disais la frontière doit séparer deux entités. Et plus les différences sont fortes, plus la frontière prend de sens. Et on assiste à ça au XIXe siècle. Alors là, on entend par la langue, par la poésie. Mais il n'y a pas que ça. Il y a tous ces
Sabine Dulin
éléments liés à l'histoire qui font cette spécificité finlandaise. Oui, en fait, c'est vraiment une entité très à part dans l'Empire russe. C'est moins la frontière qui est assez administrative qu'une manière d'être très différente. D'abord, sur le plan politique quand même, c'est l'endroit le plus démocratique de l'Empire russe. Et il faut bien voir qu'en 1906, c'est-à-dire dans le cadre encore de l'Empire russe, il va y avoir une réforme constitutionnelle en Finlande qui introduit un parlement unique avec un suffrage universel pour les hommes et les femmes. Donc vous imaginez un truc pareil. En 1906, dans l'empire russe totalement absolutiste, alors certes il y avait eu 1905 la révolution, mais globalement on n'avait pas eu beaucoup de changements politiques en Russie, on a le duché de Finlande dans
Xavier Mauduit
lequel on a le suffrage universel, y
Sabine Dulin
compris féminin. Donc c'est une démocratie à l'intérieur de l'Empire russe, ça c'est quand même étonnant. Et la deuxième caractéristique, alors là que les Finlandais partagent avec les pays baltes d'ailleurs, avec l'espace baltique dans l'Empire russe, c'est un niveau d'éducation. Ce sont des endroits où il y a essentiellement une population rurale. Donc les Finlandais, les Baltes sont des ruraux. Et il y a un niveau d'éducation à l'échelle du village, des hommes et des femmes, qui est absolument impressionnant. Et donc, mon fils dit toujours que la Finlande est le meilleur pays pour l'éducation supérieure aujourd'hui. Je pense qu'il y a une longue histoire
Xavier Mauduit
de cette qualité de l'éducation dans cette zone baltique. On comprend pourquoi les villages de Kareli dont vous nous parliez, Sabine Dulin, qui étaient du côté russe, ont juste envie de faire bouger la frontière pour être du côté finlandais. Parce que c'est vrai que ça change le quotidien. Longtemps, en Russie, il y avait le servage, jusqu'en 1861, ce sont des fractures très nettes dans le quotidien des gens, et puis après vous l'avez évoqué sur l'éducation. Cette frontière-là, au cours des années 1920-1930, est clairement définie. C'est une frontière entre deux pays, mais la Finlande demeure toujours en lien avec la
Sabine Dulin
Russie. Comment ça se passe, la Russie devenue RSS? La frontière est très mal délimitée. Pendant toute l'entrée de guerre, il y a des commissions de démarcation de la frontière qui ne terminent pas véritablement leur travail. C'est un petit peu volontaire du côté des Russes pour laisser les choses un peu floues. du côté des soviétiques. Alors évidemment, au nord, je veux dire, c'est juste des lignes. Ce sont des lignes, voilà, des méridiens, en fait, qui sont pris. Là, on se préoccupe même pas d'aller borner véritablement le territoire. Et au sud, sur l'isthme de Kareli, c'est un vrai problème, la délimitation de la frontière. Donc c'est quelque chose qui n'est pas véritablement résolu avant la guerre de 1939. Le deuxième aspect, c'est la bataille permanente sur les eaux territoriales, puisqu'on est quand même dans une mer fermée, enfin dans une mer presque fermée. Il y a la sortie du golfe de Finlande, c'est Anko, qui d'ailleurs sera réclamé par les soviétiques. Anko qui est une sorte de Gibraltar de la mer Baltique. Donc c'est un golfe dans lequel on a donc une frontière avec les eaux territoriales finlandaises et et soviétiques, et évidemment constamment des conflits entre gardes frontières, des arraisonnements de bateaux de pêche qui seraient du mauvais côté. Donc là, il y a de manière permanente des problèmes dans l'entre-deux-guerres. Et d'ailleurs, les Finlandais, qui ont un certain sens de l'humour, avaient à un moment donné proposé aux soviétiques de prendre
Xavier Mauduit
à bail les eaux territoriales soviétiques pour
Sabine Dulin
leur pêche. Voilà, comme ça, au moins, c'est réglé. Et l'autre question qui pose problème, c'est, en fait, toute la question économique et des usages du territoire. Par exemple, le lac Ladoga, donc vous avez l'Isme de Kareli, le golfe de Finlande à l'ouest et le lac Ladoga à l'est. Et entre, vous avez la Neva pour aller du golfe de Finlande au lac Ladoga. La Neva c'est en Union Soviétique. Le nord du lac Ladoga appartient à la Finlande. Le seul accès pour aller dans le nord du lac Ladoga c'est la Neva. Ce qui signifie qu'il va falloir signer au début des années 1920 entre l'URSS et la Finlande, des accords de voisinage pour permettre aux pêcheurs finlandais de naviguer sur la Neva pour aller dans leur partie du lac Ladoga. Et ça, ça donne des maux de tête à tous les gardes-frontières soviétiques qui veulent préserver la sécurité du territoire. On est à 30 kilomètres de, dorénavant, Leningrad. Et pour les gardes-frontières, c'est un non-sens que de laisser passer des Finlandais qui sont supposés être des contre-révolutionnaires qui veulent espionner les installations militaires soviétiques et les laisser comme ça circuler librement entre le golfe de Finlande et le lac Ladoga. Et il y a plein d'exemples comme ça d'usages du territoire qui rendent très difficile la fermeture complète de la frontière Ce qui est évidemment le rêve des gardes-frontières soviétiques. Alors ça c'est une
Xavier Mauduit
histoire que j'ai beaucoup racontée dans La Frontière Épaisse. Oui parce que c'est vraiment cela, La Frontière Épaisse, aux origines des politiques soviétiques 1920-1940. Sabine Dulin, c'est un ouvrage que vous avez publié avec ces regards que vous portez sur l'Empire Russe. On pourrait citer d'autres ouvrages, L'Ironie du Destin, Une Histoire des Russes et de leur Empire. Merci beaucoup de faire cette approche presque de l'histoire du quotidien pour ces pêcheurs. Parce que la question de la frontière, c'est cela aussi. On regarde souvent les changements de frontières, mais sur le temps long où elles ne bougent pas, elle existe quand même cette frontière, mais il est
Narrator
certain qu'on en parle beaucoup au moment des guerres. Il en est des pays comme des hommes. Leur réputation se décide en un moment précis de leur existence. Depuis la guerre de 1939, le nom de Finlande évoque le courage. Parce que la disproportion entre les forces de celui qui attaquait et celle de celui qui faisait front était criante, cette guerre d'hiver, menée par des froids de moins 40, classait la Finlande parmi les pays dont
Xavier Mauduit
l'histoire récente peut encore revêtir la forme d'image d'épinards. La guerre d'hiver, avec ce moment particulier, cette guerre en 1939, le début en tout cas. Qu'est-ce qui se passe ici Sabine Dulin? Pourquoi l'URSS, ou
Sabine Dulin
Staline pour le dire simplement, décide d'attaquer la Finlande? Alors là c'est évidemment une histoire compliquée qui nécessite de reparler du pacte germano-soviétique et des protocoles secrets qui avaient été signés en août puis en septembre 1939 entre Hitler et Staline, ou Ribbentrop et Molotov, et qui divisaient donc l'Europe orientale entre l'Allemagne et l'Union soviétique en zone d'influence. Dans ce contexte, ceux qui vont être du côté finalement de la zone soviétique, ce sont les pays baltes. Donc, dès septembre-octobre 1939, après l'entrée de l'armée rouge en Pologne orientale, puisqu'il y a aussi la division de la Pologne. Donc on va avoir un petit peu des signatures sous la contrainte de pacte d'assistance mutuelle avec chacun des pays baltes. C'est-à-dire que les soviétiques exigent des garanties de sécurité et des bases militaires sur le sol des trois états baltes. parce qu'ils considèrent que les états baltes peuvent être des places d'armes pour l'Allemagne nazie ou pour l'Angleterre et donc veulent prendre leur garantie de sécurité jusqu'au littoral baltique. Donc il va y avoir une pression faite sur les trois états baltes qui vont être obligés en fait de signer des pactes d'assistance mutuelle et d'accueillir des bases militaires soviétiques sur leur sur leur littoral et ça débouchera quelques mois plus tard d'ailleurs sur finalement l'annexion des trois États baltes à l'Union soviétique. La Finlande regarde tout ça, et en fait, pour les soviétiques, il faudrait que ce soit la même chose qui se passe avec la Finlande. Donc, on propose à la Finlande un pacte d'assistance mutuelle, et la prise, comme base militaire, des îles du Golfe de Finlande, la récupération justement de cette presqu'île, de ce Gibraltar du Golfe de Finlande, Anko, Et en échange, on propose à la Finlande de récupérer justement ces fameuses communes le long de la frontière de Kareli. Donc on leur propose en fait un bout de la Kareli orientale forestière, en échange de toutes ces garanties de sécurité au niveau du golfe de Finlande. La Finlande refuse. La Finlande refuse. Et évidemment, c'était pas dans les calculs de l'Union soviétique. Et c'est pour ça qu'à un moment donné, ça débouche sur donc une volonté de prendre ces gages de sécurité par la guerre à partir de novembre 1939. Alors pour ça, on invente tout un scénario très typique de l'Union soviétique et aujourd'hui d'ailleurs de la Russie de Poutine, c'est de dire qu'on est invité à intervenir. Alors, on est invité à intervenir parce qu'il y a un incident frontalier. Donc déjà, incident frontalier, soi-disant, du point de vue soviétique, qui fait tomber tous les accords de non-agression entre la Finlande et la Russie. Donc on a le droit d'intervenir. Et puis, on va créer un gouvernement de toute pièce. justement dans la République de Kareli, qui serait le gouvernement légitime de la Finlande, un gouvernement révolutionnaire. Et donc on va signer un pacte d'assistance mutuelle avec ce gouvernement révolutionnaire qui est totalement fictif. Et ça va permettre, ça va légitimer l'entrée de l'armée rouge sur le sol finlandais. Bon, ça ne trompe personne. D'ailleurs, la Société des Nations va exclure l'Union soviétique à la suite de la protestation des Finlandais qui parlent d'agression, bien sûr. Et puis, par ailleurs, les soviétiques qui pensaient avaler la Finlande en trois jours, un petit peu comme on l'a imaginé pour l'Ukraine, en février 2022, se retrouvent face à un mur. D'abord, il y a la ligne Mannerheim, qui est une ligne Maginot qui est sur l'isme de Kareli et qui est fortifiée et qui rend difficile donc l'accès au territoire finlandais. Et puis, l'armée finlandaise s'avère particulièrement coriace, particulièrement inventive face à une armée rouge qui montre énormément de dysfonctionnements. Donc on aura quand même, pendant les trois mois de guerre, cinq fois
Narrator
plus de morts et de blessés du côté soviétique. Entre les lacs Onéga et Ladoga, brise de la ville de Pétroskoï, capitale de la Carélie-Orientale. Après avoir vaincu la résistance aux piniâtres des troupes soviétiques, les divisions finlandaises dirigent leur offensive vers Pétroskoï. Les escadrilles bolcheviques attaquent. Les troupes finnoises ont fait leur entrée dans Pétroskoï. La capitale a repris son ancien nom finlandais, Heniklina. Les noctas, membres du corps auxiliaire féminin, assurent l'approvisionnement et donnent leur soin aux troupes du maréchal Mannerheim. Leur héroïsme, leur aide inlassable, leur avalue le surnom de mère de l'armée finlandaise. Le général Heinrich, chef de l'armée de Kareli, remet des décorations finnoises aux officiers et soldats allemands qui se sont
Xavier Mauduit
particulièrement distingués au cours de la prise de Petroskoï. Les actualités mondiales en 1941, donc archives de propagande évidemment, avec ici des éléments quand même qu'il faut nous expliquer, Sabine Dulin, parce que dans cette guerre qui oppose la Finlande à l'URSS ou à la Russie de Staline,
Sabine Dulin
on a quand même des alliances qui se créent. Oui, alors là, on est dans la deuxième guerre, en fait. Donc, il y a eu cette première guerre d'hiver qui se termine en mars 40 par une défaite finlandaise quand même, même s'ils se sont très, très bien battus et qui a entraîné, donc, le changement de la frontière, là, cette fois-ci, puisque les Soviétiques avaient récupéré, donc, en mars 1940, l'isthme de Kareli, notamment. Et donc, c'est une frontière qui qui sera celle d'après la Seconde Guerre mondiale. D'ailleurs, ça va rester la même à l'exception de quelques changements. Là, on est dans la Deuxième Guerre, c'est-à-dire la revanche de la Finlande sur cette guerre d'hiver. Et évidemment, la revanche de la Finlande, c'est ce qu'on appelle la guerre de continuation. Donc voilà, on continue le combat contre les Russes, mais elle se fait dans un autre contexte, qui est le contexte de l'invasion par l'Allemagne nazie du sol soviétique, donc à la suite de l'opération Barbarossa en juin 1941. Et à partir de là, les Finlandais vont s'allier. aux allemands pour reprendre les territoires perdus. Donc c'est la guerre de continuation à l'intérieur même de cette grande guerre patriotique du côté soviétique contre l'Allemagne nazie. Donc c'est une deuxième phase et ça va entraîner d'ailleurs chez les russes malgré tout une énorme animosité à l'égard des finlandais qui se sont alliés aux nazis. et qui vont faire le blocus de Leningrad avec les Allemands. C'est-à-dire que la ville de Leningrad, qui sera donc bloquée presque trois ans pendant le conflit de la Seconde Guerre mondiale, et dans lequel il y aura un nombre de morts épouvantable, puisque les morts du blocus de Leningrad, c'est l'équivalent de tous
Xavier Mauduit
les
Sabine Dulin
morts des États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale. Incroyable. Et ce blocus de Leningrad, bien sûr que l'essentiel de ce blocus est fait par les armées allemandes, mais il y a l'armée finlandaise qui bloque justement du côté de la Doga, etc. Donc les Finlandais ont participé à cela. Ce sont donc des alliés des Allemands pour leur propre stratégie à eux. Et leur stratégie à eux, c'est récupérer le territoire notamment de la Carelie. Donc cette alliance qui se termine en 1944, au moment du début de la défaite allemande, Et là, les Finlandais vont donc changer de... vont s'associer en fait aux Soviétiques pour libérer leur territoire. Mais ce sera quand même, la Finlande fera partie des vaincus de la Seconde Guerre Mondiale, devra payer des réparations à l'Union Soviétique, signera un traité de paix comme la Hongrie et les autres États alliés d'Hitler. Mais, n'aura pas d'occupation sur son sol de l'armée rouge, ce
Xavier Mauduit
qui est fondamental pour comprendre la suite de l'histoire. Oui, parce que cette suite de l'histoire, c'est la guerre froide et la Finlande a un rôle très particulier dans la guerre froide. Désormais, la frontière, on la voit bien, est établie au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Qu'est-ce qui se passe pour la Finlande pendant la guerre froide? Cette longue frontière entre la Russie et l'URSS et la Finlande, c'est une frontière particulière
Sabine Dulin
parce qu'on n'est ni à l'ouest, ni à l'est. Oui, oui, alors là, il y a vraiment une spécificité finlandaise dans la guerre froide, c'est-à-dire que les Finlandais réussissent à éviter ce qui se passe pour tout le reste des États à la frontière de l'URSS à l'Ouest, c'est-à-dire la satellisation de leur pays, la soviétisation de leur pays, c'est-à-dire la mise en place d'un système communiste dans les autres États. La Finlande réussit à garder son indépendance économique et politique, à garder son système, mais en échange d'un alignement géopolitique, diplomatique et militaire sur les demandes soviétiques. Une des raisons aussi qui maintient l'indépendance de la Finlande, c'est l'intérêt des soviétiques d'avoir une Suède neutre. Parce qu'il ne faut pas oublier que la Finlande, c'est... Voilà, après on a le golfe de Botnie. Et puis c'est le début de l'Europe scandinave, on va dire. Et au temps où le Danemark va rentrer dans l'OTAN, la Suède est neutre. Depuis la Seconde Guerre mondiale, enfin pendant la Seconde Guerre mondiale, la Suède a été neutre. Et c'est très important pour les soviétiques que la Suède reste neutre. Si la satellisation de la Finlande avait lieu, sans aucun doute la Suède rentrait dans l'OTAN. Donc il y a aussi, et évidemment que les Finlandais ont très bien compris cette carte, et la jouent. Donc Paasi Kivi, qui est le leader finlandais à la sortie de la seconde guerre mondiale, joue très bien sa carte, et il signe un pacte d'assistance mutuelle à la suite du traité de paix en 1948, juste au moment où les Tchécoslovaques subissent le coup de Prague. Donc on a Bénège d'un côté, Paasi Kivi de l'autre, Du côté de Prague, c'est l'échec, c'est-à-dire que la tentative d'être une sorte d'État entre l'Est et l'Ouest n'a pas fonctionné. Et ça va être la satellisation de la Tchécoslovaquie. Du côté de la Finlande, Paasikivi réussit, en fait, à montrer qu'il est plus intéressant pour les soviétiques de garder une Finlande démocratique et non-alignée sur le plan politique et économique, du moment que la Finlande, donc dans le cadre de ce qu'on a appelé ensuite la Finlandisation, ne votent
Xavier Mauduit
jamais contre la diplomatie et la stratégie militaire soviétique. Avec des grands moments dans cette période de guerre froide, les Jeux Olympiques d'Helsinki en 1952, ça fait de la Finlande. Un pays particulier qui peut accueillir tout le monde avec Sabine Dulin. Cette histoire, on le voit bien pendant les guerres froides, qui fige la situation, qui fige les frontières. L'étape suivante, c'est l'effondrement de l'URSS. Nous sommes au début des années 1990. La frontière, elle est là, il n'y a pas de problème. Les étapes vraiment importantes dans cette histoire-là, c'est l'entrée dans l'Union européenne. et l'OTAN. Parce qu'ici on voit cette évolution et c'est vraiment intéressant à voir sur ce temps
Sabine Dulin
long ce que représente la Finlande pour la Russie. Oui, ce qui est incroyable, c'est de se dire qu'en 2022, juste après le début de la guerre en Ukraine, la Finlande va demander son entrée dans l'OTAN. Elle était déjà rentrée dans l'Union Européenne en 1995. Et ça, c'est vraiment un changement complet. C'est-à-dire que la Finlande, qui avait toujours été neutre, enfin neutre, d'une neutralité disons bienveillante à l'égard de la Russie, se retrouve dorénavant dans l'OTAN. C'est donc véritablement, et la Suède de même, donc on a véritablement un changement complet du dispositif qui était celui de ces Etats depuis longtemps à la frontière de la Russie. Evidemment, ça les met davantage sous la menace, puisqu'il n'y a plus cette possibilité d'être effectivement une sorte de lieu de médiation tel que ça l'avait été avec la conférence d'Helsinki, etc. L'autre aspect, c'est bien sûr que les Finlandais ont aussi... Alors, la frontière est restée la même en 91. La seule chose qui avait changé après la seconde guerre mondiale, c'était l'annexion de Petsamo tout à fait au nord, à la frontière de la Norvège, parce qu'il y avait des mines de nickel qui intéressaient les soviétiques. Donc Petsamo, et puis c'était aussi une possibilité d'accès aussi à la mer. Donc c'était le seul changement sur la frontière. Bien évidemment que Les finlandais sont restés nostalgiques de cette Carelie qu'ils n'ont pas récupérée à la suite de la seconde guerre mondiale puisqu'ils avaient été vaincus. Et c'est très intéressant de voir pendant la guerre froide la construction le long de la frontière entre la Finlande et la Russie de petites maisons careliennes, une sorte de tour touristique qu'on pouvait faire le long de la frontière. comme une sorte de Carrelly importé en Finlande dans laquelle on pouvait se promener. Et dès que la frontière se ré-ouvre en 1991, on a énormément de Finlandais qui voudraient racheter des dachas en Carrelly, qui voudraient avoir une maison en Carrelly, un territoire, une terre ou un... ou quelque chose autour de Viborg, qui est la grande ville de Kareli. Et d'ailleurs, les Russes, à partir de là, vont interdire l'achat de terres par les Finlandais pour éviter un retour, en fait, une
Xavier Mauduit
sorte de colonisation finlandaise dans la Kareli, actuellement russe. Oui, on voit bien que tous ces enjeux historiques sont les explications de ce qui se passe aujourd'hui. Merci vivement Sabine Dulin, évidemment, je renvoie à vos ouvrages « L'ironie du destin, une histoire des Russes et de leur empire » et puis cette frontière épaisse aux origines des politiques soviétiques. Merci de nous avoir éclairé sur cette frontière qui nous conduit tout là-bas au nord alors qu'on le sent bien très très chaud. Merci beaucoup à vous. Cette série sur les frontières est à retrouver sur France Culture et l'application Radio France avec la Pologne, avec l'Ukraine, avec le
Sabine Dulin
Caucase et
Narrator
donc évidemment avec la Finlande. Merci beaucoup à vous. Merci beaucoup. Tout cela pourrait être si beau. Une contrée paisible et calme. Un petit village endormi dans la vallée. Des hommes qui ont foi dans l'avenir. Tout cela pourrait être si beau. Mais un ordre du Kremlin a fait de cette frontière une zone de silence. Ici, la méfiance et la
Xavier Mauduit
crainte montent la garde. Mais que gardent-ils en réalité, ces soldats? Nous, nous baissons la garde et nous avons besoin de garder personne, pas
Valérie Hanin
de soldats,
Xavier Mauduit
parce que Valérie Hanin est avec nous. Bonjour Valérie. Bonjour Thavier. Rédactrice en chef du
Valérie Hanin
magazine L'Histoire avec, ce mois-ci dans l'Histoire, Le Liban à l'honneur. Le Liban, le pays déchiré, le Liban qui nous est si proche et si cher, on va dire pourquoi, une fois de plus plongé dans la guerre et voyant resurgir le spectre hideux de la guerre civile qu'on dirait interminable. Simplement, c'était il y a 50 ans, presque tout juste, le 13 avril 1975, le mitraillage d'un bus palestinien par des milices chrétiennes qui déclenchait une guerre civile de 15 ans, qui allait faire 150 000 morts. La guerre des communautés est souvent alléguée mais elle n'explique pas tout. Voilà quand même près d'un demi-siècle que le petit pays, 6 millions d'habitants, deux départements français en surface, est le refuge de centaines de milliers de réfugiés, les palestiniens, les réfugiés de la Syrie pendant la guerre, et qui est livré aussi aux appétits et aux ingérences de très puissants voisins, la Syrie bien sûr, Israël, l'Iran ô combien. Et ce petit pays est la caisse de résonance de tous les conflits de la région. Fragile, oui, on le serait à moins. Et ce qu'on essaie de montrer dans ce numéro, c'est l'histoire longue d'une nation qui, avec ses légendes sans doute et avec ses mythes, remonte quand même à une très forte identité culturelle et une nation dans l'histoire de laquelle la France a joué un rôle sans doute décisif. Le roman national, selon l'expression de Bernard Héberger, remonte loin, dans le refuge du Mont-Liban, chez les maronnites, les brebis égarées de l'église qui sont rentrées dans le giron de l'église catholique au temps des croisades. et qui a noué avec la France des liens très forts dès le XVIIe siècle. À ce moment-là, ce sont les émirs du Mont-Liban qui protègent les missionnaires français. Évidemment, tout se renverse au XIXe siècle, puisque la France va se faire le protecteur des maronnites du Mont-Liban, l'héritage romantique, la prétendue lettre de Saint Louis, disant que les Maronites sont des Français du Proche-Orient. Tout ça est très opportunément retrouvé au XIXe siècle qui ne répugne pas parfois à fabriquer des faux. Ça se précise encore, la France est assez logiquement le pays qui a un mandat sur le Liban et la Syrie en 1920 dans le démantèlement de l'Empire Ottoman. Et le 1er janvier 1920, Au nom de la France, le général Gourault proclame la naissance du Grand Liban, c'est-à-dire non seulement le Mont Liban, mais aussi la plaine de l'Abeka, la grande plaine céréalière, et puis le littoral, Beyrouth et Tripoli. La Syrie ne s'y est jamais vraiment résignée, mais enfin le pays va devenir, vraiment indépendant en 1943, le pays le plus moderne du monde arabe, un des plus riches aussi, alors qu'il n'a pas de pétrole, et le point commun avec la Finlande, un pays aux élites très bien formées et fortement mondialisées. Les liens ont continué avec la France depuis longtemps. Aujourd'hui, ce n'est plus du tout sur une base confessionnale, ce n'est plus un problème religieux, même si on parle encore quelques fois de la lettre de Saint-Louis. Le petit Liban est devenu le point d'appui de la politique de la France au Proche-Orient. Et la France l'a payé parfois très cher, assassinats d'ambassadeurs, otages. Les liens culturels restent forts, la francophonie, jusqu'à Macron qui a été le premier chef d'état à se rendre à Beyrouth lors de l'explosion. du bord de Beyrouth en 2020 et en disant pourquoi la
Xavier Mauduit
France? Parce que c'est la France, parce que c'est le Liban. Très belle conclusion Valérie pour présenter ce dossier Liban le pays déchiré du massacre des chrétiens en 1860 à ce qui se passe aujourd'hui. C'est dans le magazine L'Histoire dont vous dirigez la rédaction. Merci vivement Valérie Hanin d'être venue nous présenter ce magazine. C'était Le Cours de l'Histoire sur France Culture, une émission réalisée par Thomas Beau avec aujourd'hui la technique Alex Deng. Émission préparée par Jeanne Delecroix, Jeanne Coppert, Raphaël Lalou, Maël Vincent Randonnier et Maiwen Guizhou. Le Cours de
Podcast de France Culture, animé par Xavier Mauduit, avec Sabine Dulin (historienne, Sciences Po)
Date: 27 mars 2025
Cet épisode clôt la série sur les frontières occidentales de la Russie en s’intéressant à la longue et singulière histoire de la frontière russo-finlandaise. Il explore comment, de l’époque impériale à l’adhésion de la Finlande à l’OTAN, ce tracé incarne la tension, l’adaptation constante et la singularité finlandaise sur la carte de l’Europe, entre menaces, compromis et affirmation d’une identité nationale.
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Résumé vivant et précis qui invite à (re)découvrir cette frontière du nord de l’Europe, tantôt objéct de rivalités impériales, tantôt zone de compromis, toujours territoire de mémoire et de projection géopolitique.