Le Cours de l’histoire — "Aimer l’histoire et en faire son métier"
Podcast: Le Cours de l’histoire, France Culture
Date: 28 février 2025
Animé par: Xavier Mauduit et Laurence Millet
Invités: Joël Alazard (enseignante, présidente de l’APHG), Théo Abramovitch (guide conférencier), Fanny Cohen-Moreau (journaliste et podcasteuse, "Passion médiéviste"), Jérémy Mariat (archiviste, Banque Populaire et président des archivistes d’entreprise français)
Aperçu général de l’épisode
L’épisode explore le chemin qui mène à faire de l’histoire une vocation professionnelle. Les intervenants partagent leurs parcours, les possibilités offertes par des études d’histoire, les débouchés (enseignement, médiation culturelle, archives, journalisme, podcasting, etc.) et insistent tous sur la dimension passionnelle et citoyenne du métier. L’émission fournit un éventail vivant et réaliste des métiers de l’histoire, aborde les doutes, les choix d’orientation, l’importance des réseaux professionnels et la valeur de la transmission historique à l’heure des nouveaux médias et du numérique.
1. Pourquoi choisir l’histoire ?
Timestamps: [00:08] – [05:58]
-
Choix d’orientation: Laurence Millet pose la question centrale :
« Qu’il est difficile de faire un choix au moment des vœux d’orientation ou de réorientation [...]. Si explorer le passé, c’est ce qui nous motive dans la vie, pourquoi pas ? » [00:08] -
Parcours personnels :
- Joël Alazard raconte un parcours linéaire, marqué par une passion d’enfant, une prépa littéraire, un DEA puis une thèse médiévale. « J’ai gardé tous mes cahiers, tous mes classeurs d’histoire géographique. » [03:46]
- Théo Abramovitch partage l’amour de l’histoire dès l’enfance, mais décrit une bifurcation professionnelle avant de revenir à l’histoire via le métier de guide.
« J’ai écrit “histoire” en tellement gros que ça dépassait de la feuille. » [03:53] - Fanny Cohen-Moreau souligne la montée progressive de sa passion, via la prépa : « Ça ne m’est pas venu tout de suite... Mais les deux se sont toujours côtoyés. » [05:08]
- Jérémy Mariat décrit une reconversion : finance, puis réorientation vers l’histoire.
« J’avais peut-être cette méconnaissance du métier d’historien. » [05:58]
2. Les débouchés des études d’histoire
Timestamps: [07:07] – [10:53]
- Multiples filières:
Joël Alazard évoque : enseignement, journalisme, relations internationales, métiers de la culture et du patrimoine, fonctions publiques, « histoire publique » [07:31]. - Temps de réflexion: possibilité de mûrir son projet durant les études (prépa, licence, master).
- Souplesse des études : Théo Abramovitch insiste sur la richesse des débouchés : guide, musées, entreprises, administration... « Ce n’est pas grave si on ne sait pas encore ce qu’on va faire comme métier, [...] il y a plein de débouchés. » [08:55]
3. Compétences et apports de l’histoire
Timestamps: [10:08] – [12:19]
- Analyse et réflexion critique :
« La formation avec des études d’histoire permet d’avoir des capacités d’analyse, de confrontation des documents, de hiérarchisation [...] » [10:08] - Culture générale :
« Si on ne connaît pas bien son histoire, si on n’a pas de recul, c’est compliqué. [...] J’ai appris à faire les deux : être synthétique, mais aussi savoir développer. » (Fanny Cohen-Moreau, [10:25])
4. Étudier l’histoire, jusqu’où ?
Timestamps: [12:19] – [15:13]
- Parcours LMD: Licence, Master, Doctorat.
« On peut s’engager dans des études d’histoire sans être encore déterminé sur son avenir professionnel [...] progressivement, à partir de la troisième année, faire des choix. » (Joël Alazard, [07:31], [14:53]) - Le minimum recommandé ? Trois ans (licence) pour accéder à la plupart des masters et débouchés.
« Avoir une licence, ça pèse un peu plus que juste avoir un ou deux ans de licence. » (Fanny Cohen-Moreau, [14:31]) - Ouverture des masters:
« Le champ des possibles reste large [...]. Quand l’étudiant est solide, toutes les portes restent ouvertes. » (Joël Alazard, [14:53])
5. Métiers de l’histoire : témoignages concrets
5.1 Enseignant d’histoire-géographie
Timestamps: [15:13] – [18:58]
- Joël Alazard:
- Met en valeur la diversité des contenus, l’actualisation permanente, la formation à l’esprit critique :
« Enseigner l’histoire-géo, c’est enseigner des contenus très divers, constamment renouvelés [...], former l’esprit critique du citoyen. » [15:31] - Reconnaît les défis (gestion de classe), mais l’accompagnement existe.
- L’enseignement « n’est jamais monotone », implique sorties pédagogiques, dialogue, adaptation constante.
- Met en valeur la diversité des contenus, l’actualisation permanente, la formation à l’esprit critique :
5.2 Guide conférencier
Timestamps: [18:58] – [21:56]
- Théo Abramovitch:
- Profession réglementée nécessitant une formation (licence pro, formation continue) [18:58].
- Liberté et diversité : « Les guides conférenciers ont cette chance de pouvoir faire un peu ce qu’ils veulent [...]. C’est un métier de relation humaine. Les groupes m’apprennent autant que je leur apprends. » [19:57]
- Valorisation du patrimoine, transmission à des publics variés, travail en réseau :
_« Si on aime se balader en extérieur ou si on adore les musées ou les monuments, il y a de la place pour tout le monde ». [20:48]
- Visites insolites :
« J’ai fait récemment pour la Saint-Valentin une visite sur les histoires d’amour tragiques [...]. » [21:30]
5.3 Journalisme, podcast
Timestamps: [23:31] – [27:48]
- Fanny Cohen-Moreau sur « Passion médiéviste »:
- Podcast né pour déconstruire les clichés sur le Moyen Âge et mettre en valeur les recherches universitaires récentes.
- L’audio permet de transmettre « la voix, les émotions racontées » [25:19].
- Public très large :
« Sur 1500 personnes interrogées, seulement un quart avait fait des études d’histoire. » [26:46] - Impact à long terme : témoignages de reconversion, d’étudiants touchés, de vocations déclenchées :
« Même des gens m’ont dit avoir fait des reconversions [...], parce que c’est toujours un rêve qu’elle avait. » [27:48]
5.4 Archiviste
Timestamps: [30:58] – [34:33]
- Jérémy Mariat, archiviste chez Banque Populaire :
- Métier peu connu, diversité de supports (papiers, supports publicitaires, objets), valorisation de l’histoire d’entreprise, rôle interne d’adhésion identitaire [31:28].
- Diversité des missions : formation en histoire pour les collaborateurs, valorisation grâce à l’événementiel, la BD, bientôt peut-être un podcast [34:28].
- Importance des archives privées pour comprendre la culture d’entreprise et l’histoire économique [32:40].
6. Réseaux et associations professionnelles
Timestamps: [34:33] – [39:22]
- Joël Alazard, APHG (Association des professeurs d’histoire-géographie) :
- Rôle de formation continue, organisation d’événements, entraide et solidarité.
- Théo Abramovitch, FNJIC (Fédération nationale des guides interprètes et conférenciers) :
- Maillage territorial, mutualisation, transmission de « tuyaux », formation continue—
_« On n’est pas seuls, c’est un métier, on s’entraide ». [36:35]
- Maillage territorial, mutualisation, transmission de « tuyaux », formation continue—
- Jérémy Mariat, Association des archivistes français :
- Formations continues, lieu d’échange pour un corps de métier souvent isolé, traditions anciennes.
- « C’est très important parce que c’est un lieu d’échange. »
7. Les défis et difficultés, la transmission aujourd’hui
Timestamps: [40:00] – [45:41]
-
Stéréotypes sur l’enseignement:
« Le métier d’enseignant, c’est plus comme avant ? Le respect, c’est compliqué? » [41:06] -
Joël Alazard relativise :
« Quand on lit des archives, on voit que des problèmes de gestion de classe, il y en a toujours eu. » -
La transmission peut prendre des formes ludiques — importance du sérieux sur le fond : « On a été très méchant avec Saint-Louis par exemple, mais les gens ont vraiment retenu des choses. » (Fanny Cohen-Moreau, [42:49])
- Les formats grand public doivent maintenir la rigueur scientifique.
8. Dimension citoyenne de l’histoire
Timestamps: [51:41] – [56:51]
- Joël Alazard insiste sur l’importance de l’engagement citoyen du métier : « Les professeurs d’histoire-géographie sont très souvent sur la ligne de front à l’école. Dès qu’il y a un événement, les élèves viennent nous poser des questions... » [52:11]
- Discussion sur la défense du métier face aux remises en cause, l’importance de la méthode scientifique.
- Le prix Samuel Paty pour valoriser la formation citoyenne, l’engagement de terrain.
9. Nouvelles formes et nouveaux risques : audio, IA, faux guides
Timestamps: [48:14] – [51:41]
- Audio guides, podcasts et IA: Pas considérés comme un danger pour les métiers de la transmission vivante, mais attention à la concurrence des « faux guides » non qualifiés.
- Fanny Cohen-Moreau :
« Ça ne remplacera jamais l’humain. Quand on a une question, on peut la poser directement à un guide. » [51:34]
10. La diversité des voies après l’histoire et l’appel à la curiosité
Timestamps: [56:51] – fin
- Ouverture à d'autres métiers (archéologie, relations internationales, diplomatie, etc.).
- Appel à explorer, à transmettre, à partager l’histoire sous toutes ses formes et via tous les canaux.
- Clôture sur une note d’enthousiasme collective : « L’histoire continue et nous vivons en pleine histoire. » (Fanny Cohen-Moreau & Audine, [57:41])
Moments marquants & citations
- L’importance des enseignants :
« On a toutes et tous un prof ou quelques profs qui nous ont vraiment marqué à vie et je veux leur rendre hommage parce que c’est un très, très beau métier. » (Théo Abramovitch, [19:18]) - La diversité des métiers :
« L’histoire, c’est raconter quelque chose. » (Fanny Cohen-Moreau, [23:31]) - Sur l’engagement :
« L’histoire-géographie est plus nécessaire que jamais. » (Joël Alazard, [52:11]) - Dimension collective :
« Tout ça, c’est un écosystème. On vit tous ensemble, on travaille ensemble et on a besoin les uns des autres. » (Théo Abramovitch, [28:21])
Pour aller plus loin
- Masters d’Histoire publique à Nantes, Paris, Albi, valorisés par Fanny Cohen-Moreau [55:23].
- Solidarité professionnelle (associations d’enseignants, de guides, d’archivistes) et formation continue.
- Transmission et citoyenneté : l’histoire, un métier mais aussi un engagement pour la société.
En résumé : Un épisode foisonnant qui montre la passion et la diversité des parcours dans et autour de l’histoire, démontrant que s’engager dans ces études ouvre de nombreuses portes et constitue un choix de société autant qu’un choix professionnel. Le message est clair : que l’on soit jeune ou en reconversion, l’histoire est un métier et une passion, toujours actuelle et essentielle.
