
Aimer l’histoire et en faire son métier
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Joël Alazard
France Culture. Le cours de l'histoire.
Xavier Mauduit
Xavier Mauduit.
Laurence Millet
Aimer l'histoire et en faire son métier, qu'il est difficile de faire un choix au moment des vœux d'orientation ou de réorientation et pourquoi pas de reconversion professionnelle. Comment lier sa passion à son métier? Car nous nous en rendons vite compte, nous allons consacrer des heures, des jours, des années à notre métier, alors autant qu'il nous plaise. Et si explorer le passé, c'est ce qui nous motive dans la vie, pourquoi pas? Des études d'histoire, mais pour quel métier?
Fanny Cohen-Moreau
Je sais pas quoi faire. Qu'est-ce que je peux faire?
Audine (Fanny's sister)
Excusez-moi, monsieur. Tout le monde a remarqué que vous étiez très cultivé et que vous êtes absolument incollable sur les buts de Chaumont. Mais en l'occurrence, c'est moi qui mène cette visite. Donc, si ça vous dérange pas, j'aimerais pouvoir poursuivre tranquillement.
Xavier Mauduit
Vous comprenez?
Audine (Fanny's sister)
Le fait que vous parliez en même temps que moi, ça me dérange. Excusez-moi, mais ça me déconcentre.
Laurence Millet
Je comprends très bien.
Fanny Cohen-Moreau
Voilà. La machine à apprendre, elle vient d'Amérique. Alors, qui va commencer?
Laurence Millet
Il y eut l'an 1. et puis l'Empire.
Jérémy Mariat
Bonjour les adolescents, je suis votre nouveau professeur d'histoire car j'ai réussi mon CAPES.
Laurence Millet
Ils sont partis dans les couloirs du temps! Vous avez reconnu les visiteurs, les sous-doués, on connaît la chanson. Aujourd'hui, dans le cours de l'histoire, nous réfléchissons à ces études d'histoire. Où vont-elles nous conduire? Bonjour Joël Alazar.
Joël Alazard
Bonjour Xavier.
Laurence Millet
Vous êtes docteur en histoire médiévale, vous êtes professeur en classe préparatoire et vous présidez l'association des professeurs d'histoire-géographie, l'APAG. Donc avec vous, c'est l'enseignement. Et bonjour Théo Abramovitz.
Théo Abramovitch
Bonjour.
Laurence Millet
Avec vous, ce sont les guides conférenciers, les guides conférencières. Vous êtes président, vice-président de la Fédération nationale des guides, interprètes et conférenciers. Fanny Cohen-Moreau, bonjour.
Fanny Cohen-Moreau
Bonjour Xavier.
Laurence Millet
Alors avec vous, c'est un univers entier qui s'ouvre, c'est celui du journalisme, de la production de podcasts, passion médiéviste notamment. Merci. Et puis Jérémy Maria, bonjour.
Jérémy Mariat
Bonjour Xavier.
Laurence Millet
Le monde des archives, avec vous, vous êtes responsable archives et histoire à la Banque Populaire et président des archives d'entreprise au sein de l'association des archivistes français. Pour commencer, je voudrais savoir déjà individuellement comment vous en êtes arrivé à l'histoire, Joël Alazar, vous, au moment de faire les vœux?
Joël Alazard
Moi déjà, j'ai toujours aimé l'histoire, depuis toute petite. Depuis l'école primaire, c'était une passion. Je trouvais d'ailleurs qu'il n'y avait pas assez de cours d'histoire et de géo toute petite au CM1. Au CM2, j'en demandais plus à mon institutrice. Et puis, en fait, j'ai eu un parcours très rectiligne. J'ai passé un bac littéraire à 1, je viens de me fossiliser. Puis je suis allée en prépa littéraire. À la suite de ça, je suis allée à l'université où j'ai fait un master d'histoire contemporaine. Puis j'ai passé le CAPES et l'agrégation d'histoire parce qu'on pouvait passer les deux à l'époque. Et puis j'ai tout eu en 1999. Donc j'ai commencé à enseigner. à 23 ans, et je me suis dit que j'allais continuer. Donc je me suis inscrite en DEA, c'est l'équivalent d'un M2 aujourd'hui, pour me remettre aussi au latin, prendre le temps, voilà j'ai pris deux ans. Et puis ensuite j'ai soutenu une thèse, tout en étant dans l'enseignement secondaire, une thèse d'histoire médiévale, sur la commande artistique et littéraire de Charles Le Chauve, ce qui m'a permis par la suite d'enseigner en classe préparatoire.
Laurence Millet
Ah oui, on voit vraiment ce parcours qui nous fait commencer dans les petites classes. CM1, CM2, je rêve d'histoire et tout droit, tout droit, tout juste.
Joël Alazard
C'était une passion. J'ai gardé tous mes cahiers, tous mes classeurs d'histoire géographique.
Laurence Millet
Je pense que c'est pareil pour tout le monde ici. Je vois Bramovit, c'est pareil.
Théo Abramovitch
Oui, moi, c'est pareil. J'ai même un souvenir très précis de CM2. Donc, je devais avoir 9-10 ans où la maîtresse nous avait demandé d'écrire sur un papier la matière qu'on attendait le plus quand on serait en sixième. Et j'avais écrit histoire en tellement gros que ça dépassait de la feuille. Voilà. Donc oui, c'est quelque chose que j'aime et que j'adore depuis tout petit, la passion d'essayer de comprendre comment vivaient les gens avant et puisqu'ils les animaient aussi. Ça s'est précisé, évidemment, avec l'âge au fil du temps et un parcours assez linéaire aussi, qui ressemble un peu, puisque j'ai fait au lycée une terminale L. Ensuite, j'ai fait deux ans de prépa en Hippocagne et en Cagne. Ensuite, des études d'histoire à l'université où j'ai fait un master. Et c'est là que nos chemins divergent un peu puisque je me suis arrêté après le master. Il fallait que je travaille et là j'ai complètement bifurqué avant de revenir à l'histoire finalement par mon métier de guide conférencier.
Laurence Millet
C'est quoi la bifurcation?
Théo Abramovitch
C'est que je devais trouver du travail à ce moment-là. J'ai travaillé dans des bureaux, j'ai fait des choses qui n'avaient pas franchement de lien avec l'histoire. Et puis finalement, j'y suis revenu quelques années après.
Laurence Millet
Comme quoi, c'est possible. Fanny Cohen-Moreau, qu'est-ce que vous écriviez, vous, dans les petites fiches de début d'année?
Fanny Cohen-Moreau
Moi, j'ai créé, je voulais faire l'Olympia quand j'avais 4 ans. Bref, c'est autre chose. Mais en fait, moi, par contre, l'histoire, ça ne m'est pas venue tout de suite. Quand j'étais en terminale, je ne savais pas ce que je voulais faire. Vraiment, je ne savais pas. Et comme j'étais un peu bosseuse, on m'a dit d'aller en prépa littéraire. Et j'avais un peu l'histoire et le journalisme, mais c'était lointain. Mais ça m'est venu au fur et à mesure. Ça m'est venu en faisant cette prépa parce que quand on obtient des équivalences de licence, on peut aller au fur et à mesure. Et c'est après ma prépa que j'ai fait à la fois, parce que je n'aime pas m'ennuyer, à la fois une L3 d'histoire, parce qu'on peut Et finalement, dans tout mon parcours ensuite, les deux se sont toujours côtoyés. Donc ça ne m'est pas venu tout de suite, tout de suite. Même si, bien sûr, j'ai eu des profs d'histoire incroyables. Monsieur Touron, si vous m'écoutez, vraiment, je vous embrasse.
Laurence Millet
On sait combien les enseignants et les enseignantes qu'on a pu croiser sont importants pour nous. Avec ce parcours aussi, Jérémy Maria.
Jérémy Mariat
Oui, bien sûr. Alors moi, c'est plus un parcours moins rectiligne et peut-être plus atypique, car j'ai commencé en faisant des études dans la finance et de la comptabilité des entreprises. Donc, j'ai commencé comme ça avant de me réorienter vers des études d'histoire avec une licence et un master d'histoire à Paris-Sorbonne. Tout simplement parce que je pense qu'avant de me lancer dans l'histoire, j'avais peut-être cette méconnaissance, en tout cas du métier d'historien. Et peut-être que si j'avais écouté cette émission et le podcast qui aura lieu ensuite, je me serais dit, c'est possible de faire de l'histoire un métier. Et peut-être en m'écoutant aussi, j'aurais dit, il est super ce métier. C'est archi bizarre dans le populaire, je veux être comme lui, je veux avoir le même parcours, le même humour. Non, je plaisante bien sûr, mais oui c'est sûr qu'il y avait cette méconnaissance en tout cas du métier de l'histoire.
Laurence Millet
Comment vous avez fait pour la bascule? Vous avez commencé vos études dans la finance, c'est à quel moment? Comment ça se passe concrètement?
Jérémy Mariat
Alors, en fait, moi, je voulais avoir un bagage. Je me dis, bon, si j'arrive pas à faire de l'histoire un métier, au moins j'aurai un backup en niveau comptabilité et finances d'entreprise. C'est vrai que c'était comme ça. Mais bon, l'histoire, c'était vraiment une passion pour moi, donc fallait que je me lance là-dedans. Et je pense que j'aurais eu des regrets si je ne m'étais pas lancé dans ce domaine-là.
Laurence Millet
Pour ma part, c'est vrai que sur les petites fiches de début d'année, quel métier voudriez-vous faire plus tard? J'avais peur de mal écrire enseignant, donc je m'étais prof d'histoire. Pour moi, je ne me trompais pas. Mais c'est une véritable question ça. Et je pense qu'on l'entend souvent, Joël Alazard, les élèves que vous avez au moment de réfléchir à Parcoursup, il y a l'interrogation. Faire des études d'histoire, oui, mais pourquoi?
Joël Alazard
Oui. Alors souvent, ils sont un peu indéterminés et encore. Donc ils s'engagent en histoire sans nécessairement savoir ce qu'ils vont en faire. Et finalement, quand ils passent par une prépa, ils ont deux ans de plus de réflexion, voire trois ans si ils cubent. ou à l'université. Très tôt, on leur propose des parcours, des filières. Donc évidemment, on pense tout de suite à l'enseignement, à la formation, mais il y a aussi toutes les filières de journalisme, les filières de relations internationales aussi. Il y a de nouvelles filières comme l'histoire publique. On a aussi toutes les filières qui préparent au métier de la fonction publique, en fait, aux carrières, aux administrations sociales. Et puis, j'allais oublier une voie de formation essentielle, qui est aussi celle du patrimoine de la culture. Donc, on a un champ extrêmement important, en fait, et on peut s'engager dans des études d'histoire sans être encore déterminé exactement sur son avenir professionnel et progressivement, à partir de la troisième année, à partir du master, en fait, faire des choix.
Laurence Millet
Ça veut dire qu'on peut s'engager dans des études d'histoire en se disant que quand même, on est jeune et on peut se laisser un peu de temps. C'est toujours la même question. Il faut avoir une famille qui nous soutient dans ses études pour tenir quelques années. Mais se dire au moins, je prends les trois ans jusqu'au L de licence, ça va me laisser le temps de réfléchir. On peut le concevoir comme ça.
Théo Abramovitch
Oui, et je pense d'autant plus que souvent, quand on termine le lycée en terminale, on ne sait pas exactement ce que ça va être l'histoire à l'université parce que c'est quand même assez différent. Ce n'est pas la même chose. Vous voyez, moi, par exemple, je suis guide conférencier, donc je travaille l'histoire au quotidien. C'est vraiment mon métier. Je suis dedans toute la journée. Je suis très mauvais pour retenir les dates. très mauvais. Je me gourre tout le temps. Ce n'est pas grave. Ce n'est pas grave. Et en fait, j'ai appris à l'université que ce n'était pas si important que ça. Alors bon, c'est bien quand même de pouvoir situer dans le temps. Mais les dates, ce n'est pas l'essentiel. L'essentiel, c'est vraiment de comprendre l'histoire. Et ça, c'est des choses qu'on voit quand on est à l'université, parce que ce n'est pas exactement la même façon d'approcher l'histoire qu'au lycée. Et donc, c'est vrai que je pense que c'est bien de se dire je vais faire de l'histoire. Et il y a plein de débouchés parce que c'est vrai, il y a plein de débouchés. Donc, je vais faire de l'histoire, je ne sais pas encore exactement ce que je vais faire comme métier, mais par exemple, ça peut déboucher sur, comme moi, après un master, faire une licence professionnelle de guide conférencier. Il y en a dans toutes les régions de France des licences professionnelles qui permettent d'avoir la carte de guide conférencier pour ensuite faire des visites guidées dans les musées, dans les monuments, en extérieur. Et là encore, on peut préparer la carte de guide conférencier sans savoir exactement quel type de guide on voudra être et on peut changer dans sa vie. C'est ça qui est bien aussi.
Laurence Millet
Nicolas Demorand, dans les écoles de journalisme, il n'y a pas besoin de faire d'histoire en tant que telle. Mais ce qu'on peut dire, c'est que la formation avec des études d'histoire permet d'avoir des capacités d'analyse, de confrontation des documents, de hiérarchisation qui sont utiles dans plein de domaines.
Fanny Cohen-Moreau
Et de culture générale aussi, parce que parfois, quand on doit analyser un sujet, si on ne connaît pas bien son histoire et si on n'a pas un peu de recul, c'est compliqué. Mais c'est sûr que le côté... Alors même si, quand je racontais, quand j'avais fait à même temps ma licence d'histoire et mon école de journalisme, c'était très compliqué parce que je devais à la fois, en école de journalisme, faire des articles de 1500 signes, donc un petit paragraphe, mais aussi des dissertations de 8 pages. Donc j'avais cet esprit, mais du coup j'ai appris à faire les deux. J'ai appris à la fois à être synthétique, mais aussi à savoir développer. Donc c'est des compétences qui ne sont pas faciles à avoir comme ça.
Laurence Millet
Oui, parce que c'est un univers qu'on ne connaît pas, bien sûr, quand on est au lycée. Et puis, si on est issu d'une famille qui n'est pas de ce monde-là, c'est très dur de savoir, quand on s'engage dans des études d'histoire, que guide conférencier, c'est possible, qu'archiviste, c'est possible et qu'il y a plein de voies pour être archiviste. Nous pensons à l'école Deschartes. L'école Deschartes, c'est très impressionnant quand on lit le nom, ces archivistes, paléographes, mais il n'y a pas que cette voie-là.
Jérémy Mariat
Non, exactement. L'école Deschartes, l'INP, l'Institut National du Patrimoine, sont vraiment la voie royale pour devenir conservateur du patrimoine en archives. À côté de ça, il y a beaucoup de formations universitaires qui existent au métier de l'archivage. Il y a à peu près une dizaine de masters de licence pro en France. La Fédération Nationale des Banques Populaires est partenaire du master d'archives à Angers. Je vais vous parler de celui-là plus précisément. C'est un master qui va former à la fois de manière très générale, donc il y a des formations en communication, en gestion, mais également qui va former les futurs archivistes vraiment au métier, au métier avec des cours de paléographie, donc la reconnaissance des écritures anciennes et la lecture des écritures anciennes, mais également à des plus contemporains et d'avenir, notamment tout ce qui est lié à l'archivage électronique, comment on peut conserver des archives électroniques aujourd'hui. Il existe vraiment des formations assez généralistes en archives en France.
Laurence Millet
Oui, parce que pour archiver les documents, bien sûr, nous pensons souvent aux documents anciens, à vos chartes médiévales de Joël Alazard. Mais il n'y a pas que ça. Pour une entreprise, il faut archiver ce qui a été produit deux ans auparavant. C'est ce métier-là. Il y a une question, quand on entame des études d'histoire, c'est de se dire jusqu'où je vais aller. C'est LMD, licence, master, doctorat. Jusqu'où faut-il aller?
Jérémy Mariat
Bonjour.
Joël Alazard
Bonjour.
Jérémy Mariat
Bon, je ne vais pas tarder, moi.
Audine (Fanny's sister)
La surdouée de la famille. Oh non, Audi, arrête.
Jérémy Mariat
Mais je plaisante.
Audine (Fanny's sister)
Et puis quoi, c'est un peu vrai, t'es la surdouée de la famille.
Fanny Cohen-Moreau
Je suis très fière de ma petite
Jérémy Mariat
sœur, moi j'ai le droit, non?
Audine (Fanny's sister)
Je t'ai dit qu'elle soutenait sa thèse le 28? Je te l'ai dit, non?
Laurence Millet
Ah bon? Mais Une thèse sur quoi?
Joël Alazard
Sur Sur Ah bah c'est bien, ça
Jérémy Mariat
prend pas beaucoup de temps ça.
Audine (Fanny's sister)
Mais non, c'est les chevaliers de l'an 1000 du lac des paysans. Ah non Audine, c'est pas du tout ça.
Joël Alazard
C'est pas du tout ça?
Audine (Fanny's sister)
Bon bah alors vas-y, c'est quoi? Les chevaliers paysans de l'an 1000 au lac de Paladru.
Joël Alazard
Bah qu'est-ce que j'ai dit?
Audine (Fanny's sister)
J'ai pas dit ça.
Jérémy Mariat
Au lac de?
Audine (Fanny's sister)
Paladru!
Laurence Millet
Mais Excuse-moi mais...
Unidentified teacher character (possibly a fictional or dramatized voice)
Il y a des gens que ça intéresse ce... Non, personne.
Jérémy Mariat
Mais pourquoi t'as choisi ce sujet alors?
Fanny Cohen-Moreau
Pour faire parler les cons.
Machine/Audio guide voice
Bah comme lui.
Laurence Millet
Tu sais, moi je te demanderais ça, c'est plus une formalité qu'autre chose.
Audine (Fanny's sister)
C'est bien ce que j'avais compris.
Laurence Millet
Et puis à part ça, il faut
Unidentified teacher character (possibly a fictional or dramatized voice)
être un peu indulgent avec les cons.
Audine (Fanny's sister)
Je fais ce que je peux.
Laurence Millet
Jean-Pierre Bacry, Agnès Jaoui, Sabine Azéma, on connaît la chanson, le film d'Alain René en 1997 avec le doctorat, la thèse. C'est combien d'années si on cumule tout ça pour arriver à une thèse? Donc il y a les trois ans L, licence, M c'est deux ans, M1, M2 les deux masters et le doctorat dans l'idéal.
Joël Alazard
Alors en théorie c'est trois ans, mais c'est rarement trois ans d'histoire. Il y a quand même des sources.
Fanny Cohen-Moreau
Plus cinq mois actuellement en histoire, c'est environ cinq ans.
Laurence Millet
Voilà c'est ça, c'est l'idéal des trois ans, mais en réalité parce qu'il faut aller aux archives et c'est très long à lire et puis à déchiffrer. Jusqu'où aller pour ces études d'histoire? Donc on peut dire que si on s'engage dans des études d'histoire, le minimum c'est trois ans? Est-ce qu'on peut dire ça?
Fanny Cohen-Moreau
Oui, pour au moins avoir la licence, je pense que c'est au moins important, parce qu'après, pour ensuite pouvoir faire des masters et tout ça, et même professionnellement, d'avoir une licence, ça pèse un peu plus que juste avoir un ou deux ans de licence.
Laurence Millet
Mais quand on a une licence d'histoire, on a ouverture vers tous les masters ou alors que, en réalité, c'est fermé et on n'est donc que quelques masters d'histoire. Comment ça se passe?
Fanny Cohen-Moreau
Je pense avoir beaucoup de choses.
Joël Alazard
Généralement, en fait, quand l'étudiant est solide, toutes les portes restent ouvertes. Après, il peut y avoir déjà des UV, des cours en troisième année qui permettent de se préparer à des masters qui sont plus sélectifs, qui sont plus demandés généralement. Mais le champ des possibles reste large.
Laurence Millet
Avec la réalité du monde professionnel par la suite, et c'est ça qui est aussi bien difficile à saisir. Dans cette idée des études d'histoire, bien sûr, nous pensons à l'enseignement. C'est comme une évidence, Joëlla Lazar, présidente de l'association des professeurs d'histoire-géographie, c'est quelque chose que vous devez entendre sans arrêt.
Joël Alazard
Oui, moi j'adore parler de mon métier, je le défends parce qu'enseigner l'histoire-géographie, c'est enseigner des contenus très divers, constamment renouvelés, qui nous obligent en fait à lire, à nous documenter toute notre vie professionnelle, à suivre l'actualité. Et ce sont tous les repères qui vont aider les jeunes à comprendre le monde, à l'expliquer, à se constituer aussi une culture solide qui va leur servir durant toutes leurs années et toute leur vie professionnelle. Et puis, évidemment, tous les professeurs forment les citoyens, mais je trouve que l'histoire-géographie a quand même un rôle clé. On enseigne en plus souvent l'enseignement moral et civique, le MC, donc on a vraiment un rôle dans la formation de l'esprit critique du citoyen qui est assez important. Et puis je trouve que c'est un métier passionnant grâce à la richesse de tout ce qu'on peut transmettre. On ne s'ennuie pas, même quand on on instruit plusieurs années de suite les mêmes programmes parce qu'on a des chapitres tellement divers. On commence avec les sociétés du paléolithique, avec la révolution néolithique et on va vers des problématiques très contemporaines. Et puis il y a la géographie aujourd'hui. Alors là, moi je ne l'enseigne plus mais je tiens à la défendre. Elle est très importante et souvent elle passionne aussi beaucoup les étudiants, en fait les élèves, pour les problématiques par exemple environnementales, pour les dynamiques des populations, pour des questions comme celle de la mondialisation. Donc je pense qu'on a un métier très riche. Alors bien sûr il y a des défis dans ce métier et on en parle souvent et d'ailleurs quand les journalistes s'intéressent à nous, professeurs d'histoire-géographie, c'est plus pour nous poser des questions sur les difficultés qu'on peut avoir en classe, sur les défis qu'on peut avoir en classe. Il ne faut pas les taire. La gestion de classe au début, voilà, ça s'apprend. Mais on n'est jamais, quand on passe des concours, on n'est pas lâché d'un seul coup face aux élèves. On est accompagné, on nous donne des trucs, on nous donne des ficelles. Il y a aussi des formateurs qui viennent dans nos salles, des inspecteurs qui sont là et puis chacun finit par trouver en fait sa manière d'être et sa manière de faire cours et une manière de faire cours qui n'est pas nécessairement toujours la même parce qu'en fait il faut constamment attiser la curiosité des élèves. Donc parfois un cours dialogué à partir de documents, parfois plus de récits, parfois des projets pédagogiques, des sorties aussi pédagogiques. Donc c'est un métier qui n'est jamais... qui chaque jour, en fait, varie à la fois par les contenus qu'on transmet, à la fois par le type de classe et toutes les remédiations et toute l'adaptation des cours qu'on a à penser pour nos élèves, et puis par la variété des situations pédagogiques.
Laurence Millet
C'est un métier absolument sensationnel. Enseigner, c'est merveilleux. Transmettre les savoirs et puis voir la compréhension dans les yeux d'un gamin, c'est absolument merveilleux. C'est magique. Mais c'est vrai que c'est une réponse souvent de la part. Peut-être de celles et ceux qui souhaitent faire des études d'histoire mais qui doutent. Ou alors des parents, tu ne vas pas devenir prof. prof ça me convient pas, etc. Cette émission c'est aussi pour dire mais il n'y a pas que ça. On a plein d'exemples autour de cette table. Vous Théo Abramovitch, c'est guide conférencier. Guide conférencier là aussi ce sont des univers qui sont complexes parce qu'on ne voit pas comment on y arrive. Donc vous nous avez dit qu'il y a des formations déjà qui existent. On peut être formé.
Théo Abramovitch
On doit être formé même, oui, parce que guide conférencier, c'est une profession réglementée. Donc, on a une carte professionnelle qui nous autorise à guider dans les monuments historiques, dans les musées, etc. Pour ça, il faut avoir la formation. Donc, c'est une licence professionnelle qu'on fait souvent après avoir fait de l'histoire, de l'histoire de l'art et ou alors par reconversion aussi. On a des profils très divers qui viennent de partout. Guide conférencier, c'est un beau métier aussi. Je voudrais juste, avant de parler de mon métier, je vais en parler, mais juste rendre hommage aussi aux profs, aux profs d'histoire, parce que pour ce qui me concerne, ça a été très, très marquant, mais aux profs en général, je pense qu'on a toutes et tous un prof ou quelques profs qui nous ont vraiment marqué à vie et je veux leur rendre hommage parce que c'est un très, très beau métier qu'ils font et qui n'est pas si souvent valorisé, donc je voulais le dire. Maintenant pour revenir à mon métier quand même, les guides conférenciers ont cette chance de pouvoir faire un peu ce qu'ils veulent. Moi j'ai créé mon entreprise, mon auto-entreprise, donc je travaille complètement en indépendance, ça s'appelle la cachette de Paris, je fais des visites dans Paris, des visites insolites, des visites historiques. et d'autres guides conférenciers vont travailler pour un musée, vont se spécialiser sur un domaine. Ça peut être sur l'archéologie, donc on a des guides qui vont vulgariser des fouilles archéologiques, qui vont se rendre dans une grotte préhistorique pour parler de peinture rupestre, etc. Donc, en fait, il y a vraiment de quoi faire. On a en France un patrimoine phénoménal et on a cette chance d'avoir un réseau de guides conférenciers qui sont là vraiment pour valoriser ce patrimoine, aussi pour le protéger. Et donc, ça permet de vraiment voir ce qu'on aime, ce qu'on apprécie de faire. Si on aime se balader en extérieur ou si on adore les musées ou si on adore les monuments, on est passionné par un château qui nous a plu depuis toujours. Eh bien, on va aller travailler dans ce château là. Et donc, en fait, il y a de la place pour tout le monde. C'est un métier de relations humaines aussi, parce que ce qu'on nous dit souvent, c'est les guides, vous travaillez seul. C'est en partie vrai. Et en même temps, d'abord, on se connaît entre guides, déjà. Et ensuite, on travaille avec beaucoup de monde. On travaille avec des groupes. Et moi, c'est peut-être une des choses qui me plaît le plus dans mon métier, c'est que je rencontre des gens différents tous les jours. Je parle avec eux, des Français, des étrangers. Je découvre beaucoup de choses et je dis souvent aux groupes qu'ils m'apprennent autant de choses que je leur apprends parce que vraiment, c'est un métier de relation humaine. C'est ça qui fait que c'est un métier vraiment formidable.
Laurence Millet
C'est quoi les visites insolites que vous proposez?
Théo Abramovitch
Je fais beaucoup de visites thématiques, soit des thématiques vraiment historiques, soit des visites plus insolites de quartier, par exemple sur les musiciens de Montmartre, sur le cinéma, sur des visites sur... J'ai fait récemment pour la Saint-Valentin une visite sur les histoires d'amour tragiques, donc ça m'a permis de rigoler un petit peu. Sur l'île Saint-Louis, donc j'essaye de trouver des thèmes un peu hors des sentiers battus comme ça.
Laurence Millet
Voilà donc il y a les guides dans les musées, il y a les guides à l'extérieur, les guides sont partout avec des thématiques et pourquoi pas comme thématique on va tenter la perspective.
Audine (Fanny's sister)
Ce bâtiment n'a non seulement aucune perspective interne mais ne s'inscrit à l'extérieur dans aucune perspective d'un autre bâtiment. Il ne prolonge aucune avenue, aucun parc public et ne paraît dans aucun plan de la ville distribué aux touristes. Ce bâtiment surgit soudain dans l'espace urbain. Ce bâtiment est une surprise pour le promeneur qui le découvre tout à coup devant lui dans ses vraies dimensions et non pas minuscules comme il aurait pu l'apercevoir au loin s'il avait été construit à l'extrémité d'un boulevard ou d'une avenue. Laissant peut-être espérer au passant qu'il s'agissait d'un hôpital. Hôpital où il pourrait faire soigner sa mère et donc accabler en arrivant à bout de souffle et découvrant qu'il s'agissait d'un musée. Les effets de la perspective ayant probablement d'ici là tué sa mère à qui des soins urgents devaient être donnés dans un hôpital et non dans un musée. Et surtout, fixant dans l'esprit de cet homme une image définitivement négative du musée, de celui-là, mais aussi de tous les musées dans lesquels il se refusera à jamais d'entrer. Lui autant ainsi toute possibilité d'un réconfort immense par le côtoiement de gens beaucoup plus malheureux que lui, qui se sont sortis de leur merde en créant des œuvres d'art exposées aujourd'hui dans ces musées, où justement il ne veut plus entrer à cause de la mort de sa mère. La perspective est nuisible à l'homme. The perspective is bad for human being. La perspective est très mauvaise pour les hommes.
Laurence Millet
Alors, guide conférencière originale dans le film Musée au Musée Bas de Jean-Michel Ribes en 2007. Bon, c'est pas toujours comme ça.
Théo Abramovitch
Non, ça se passe pas toujours comme ça.
Laurence Millet
Avec ici l'idée de la transmission. C'est vraiment ça en fait. Fanny Cohen-Moreau, quel que soit le support choisi, l'histoire demeure la même, que ce soit de l'enseignement, que ce soit par les guides. C'est la même chose, que ce soit par le journalisme, que ce soit par les podcasts.
Fanny Cohen-Moreau
On a toujours quelque chose à raconter. L'histoire, c'est raconter quelque chose. Les professeurs, c'est vraiment la transmission. On transmet l'histoire en une sorte d'introduction. Ce qui est bien en podcast, c'est qu'on peut choisir plein de sujets différents. Quand j'ai créé Passion médiéviste, je me disais qu'il y a déjà plein de choses qui existent. Il y a déjà plein d'émissions formidables qui existent pour parler d'histoire. Qu'est-ce que je pouvais apporter? Quand j'ai créé Passion médiéviste, je me suis dit que le Moyen-Âge, c'est la période historique qui a le plus de clichés négatifs. avec peut-être la Révolution Française. Donc je me suis dit, ok, là il y a un enjeu à transmettre plus de choses sur le Moyen-Âge qu'on croit connaître, que par l'école malheureusement parfois il nous reste certains clichés, donc il y a des choses à faire. Et je me disais aussi, je voulais transmettre les gens qui étudient l'histoire. On en a parlé juste avant, des gens qui font des masters ou des thèses. Quels sont les sujets qui sont étudiés aujourd'hui à l'université? On connaît pas mal de sujets, mais il y a encore des choses qui sont étudiées aujourd'hui. Donc quels sont les sujets qui se sont renouvelés aussi? Donc là je me disais, il y a quelque chose à faire aussi. Donc c'est comme ça que j'ai fait Passion médiéviste, avec l'idée vraiment d'avoir quelqu'un qui parle de son sujet, mais aussi de sa personne, de qu'est-ce que c'est de faire de la recherche. On parlait des difficultés, des bonheurs, des joies de faire de la recherche. Et donc c'est pour ça que je voulais faire avec ce podcast. Et j'ai fait ça donc aussi avec Passion antiquité, et même avec Passion moderniste, parce que toutes les périodes veulent avoir ça. Donc non, il n'y aura pas Passion contemporanéiste, j'ai pas assez de temps. J'ai juste pas le temps.
Laurence Millet
Oui, parce que c'est chronophage, il faut travailler, il faut lire beaucoup. Comment ça se passe pour faire un podcast? A quel moment on décide de faire un podcast? On est seule chez soi, on se dit je vais acheter du matériel, j'ai un ordinateur?
Fanny Cohen-Moreau
C'était grâce à une révélation, parce que j'ai eu une sorte d'épiphanie. C'est que quelqu'un un jour sur internet disait « mais c'est trop dur d'être un médiéviste, il faudrait une émission « Vie ma vie de médiéviste ». Et vraiment, c'est le cliché, j'ai eu un ting dans ma tête de « mais oui, Je veux faire ça. C'était vraiment peut-être le rassemblement de mes compétences. J'ai fait une école de journalisme où j'avais fait une spécialisation radio. J'ai travaillé ici dans ces murs, pas très loin d'ici. Donc j'avais un peu ces compétences techniques. Et j'avais commencé, parce que je ne voulais pas m'ennuyer, un master d'histoire médiévale. vraiment c'était formidable et en fait vraiment ça a été la réunion aussi je me disais quand on fait notamment un master bah c'est pas très mis en valeur quand on fait une thèse on peut avoir une façon de propager, de parler de ses recherches mais en master c'est un peu plus difficile donc depuis il y a pas mal de choses qui ont été créées mais je me disais bah là voilà c'est le moment et aussi pourquoi en audio parce qu'on m'a dit mais pourquoi tu fais pas des vidéos sur youtube ou de l'écrit bah moi l'audio était un peu ma spécialité Mais aussi parce qu'on peut se concentrer sur la voix de la personne. Parce qu'en vidéo, ça aurait été juste filmer quelqu'un ou mettre plein d'images d'illustration. Je ne voyais pas trop ce que ça apportait. Et à l'écrit, c'était un peu moins personnel. L'audio pouvait vraiment avoir la voix de la personne, avoir ses émotions racontées. Donc c'est ce qui m'a
Laurence Millet
plu pour faire ça. Mais il n'y a pas besoin de faire des études d'histoire pour s'abourer de l'histoire. C'est cela qui est complexe avec cette notion d'histoire. On n'est pas obligé d'écouter des émissions d'histoire après avoir fait un master d'histoire. Au contraire même. Donc l'histoire c'est ça. Vous voyez dans le public de votre podcast Passions médiévistes, les
Fanny Cohen-Moreau
gens viennent de partout. Il y a de tout. C'est vraiment... J'ai de 14, parce que j'ai une auditrice qui avait 14 ans, mais jusqu'à ma grand-mère, 92 ans. Donc j'ai de tout. Et on me dit souvent, ah bah toi c'est un podcast pour les étudiants d'histoire. Alors pas du tout. J'avais fait un sondage il y a quelques années, il n'y a que un quart des gens qui m'écoutent, selon les 1500 personnes qui avaient répondu, sur pas mal de plus, mais il n'y avait que un quart des gens qui disaient avoir fait des études d'histoire. Donc finalement, je vois bien que les trois quarts des gens qui m'écoutent ne sont pas du tout des étudiants en histoire. Et ça veut dire que voilà, mon podcast est fait pour les gens qui n'ont pas fait d'études d'histoire. Pour que tout le monde
Joël Alazard
puisse apprendre des choses. Je voulais juste remercier publiquement Fanny pour la passion qu'elle permet parfois à des lycéens de développer pour l'histoire et l'histoire médiévale. Parce que moi, tous les ans, j'ai des étudiants qui m'expliquent qu'ils sont venus aussi à l'histoire par ton podcast. Et cette année, en option histoire, Ulm, j'ai deux étudiants, dont un que tu connais puisqu'il t'avait invité au lycée à enregistrer un podcast, qui sont venus à l'histoire médiévale comme ça,
Fanny Cohen-Moreau
en t'écoutant. Donc merci. Même j'ai des gens qui m'ont dit avoir fait des reconversions. Quelqu'un qui m'a dit qu'arrivée à la retraite, je lui ai dit qu'il voulait se relancer dans l'histoire parce que c'est toujours un
Laurence Millet
rêve qu'elle avait eu. C'est magnifique, on voit bien toutes ces mains tendues pour le goût de l'histoire tout simplement. Et on connaît le succès de ces vidéos, pas sur Mediéviste bien sûr, c'est le podcast, mais quant aux vidéos, Benjamin Briot, Nota Bene connaît un succès sensationnel et surtout avec une démarche extrêmement saine de faire appel aux spécialistes des sujets pour travailler
Théo Abramovitch
les textes. Théo Abramovitz. Oui, et je voudrais ajouter là-dessus qu'en fait, tout ça, c'est un écosystème. C'est un écosystème. On vit tous ensemble, on travaille ensemble et on a besoin les uns des autres. C'est-à-dire que moi, guide conférencier, j'ai besoin de me tenir au courant de l'actualité de la recherche parce que je ne peux pas continuer de donner des informations que j'ai eues il y a dix ans. Sinon, je suis daté et je ne sers plus à rien. Donc, il faut que je me tienne au courant. Et pour ça, heureusement qu'il y a des archivistes. Heureusement qu'il y a des podcasts. Moi, j'écoute Passions médiévistes tout le temps, à chaque nouvel épisode. En plus, on a travaillé ensemble avec Fanny sur un podcast de guide conférencier. Bon, c'est une autre histoire, mais on a lancé un podcast qui s'appelle Olympia de guide conférencier. Elle nous a aidés là-dessus. Évidemment, les profs d'histoire sont essentiels pour nous, non seulement pour notre formation, mais on continue en général de côtoyer des profs d'histoire et on se tient au courant ensemble des actualités de la recherche. Donc, les séjours aux archives, les séjours dans les bibliothèques, on a besoin de tout ça. Donc, c'est vraiment un
Laurence Millet
écosystème qui fonctionne ensemble. C'est le goût du passé, le goût de l'histoire,
Xavier Mauduit
le goût de l'archive. Je travaille en fait uniquement sur des sources manuscrites du XVIIIe siècle qui sont des sources judiciaires, qui sont conservées dans les manuscrits des archives nationales et qui sont des procès verbaux, des rapports de police ou des interrogatoires. Et en fait, si j'ai choisi de travailler sur ces sources-là, c'est parce que d'une part, justement, on ne pouvait pas retrouver la parole de ceux qui ne savaient pas écrire. ni lire, et donc il n'y avait qu'un seul moyen de les retrouver, c'était de passer par les archives judiciaires. Alors bien sûr, ça biaise un regard, je retrouve que des gens qui sont passés par la police, mais en même temps je travaille sur des tout petits incidents minuscules, c'est-à-dire des faits divers de la rue, comme un peu si je travaillais sur les rapports à l'heure actuelle tenus par des commissaires de police dans chaque commissariat, c'est-à-dire, ça peut être un chat perdu, un accident, une petite bagarre dans la rue. pour essayer de retrouver toutes les formes de sociabilité et surtout les modes, non seulement les modes d'exister, mais les façons de penser des gens du XVIIIe qui ont fait l'histoire, mais sur lequel on savait très
Laurence Millet
très peu de choses. le goût de l'archive par l'historienne Arlette Farge en 1991. Jérémie Mariat, ce goût de l'archive, il faut l'avoir bien sûr. Et dès qu'on aime l'histoire, on aime l'archive, on aime les traces du passé. Au moment de faire de son métier l'histoire, il y a cette voie-là vers les archives, avec dans votre cas, et moi je trouve ça absolument passionnant, le monde du privé. Parce que souvent, les archives, nous pensons aux archives nationales, départementales, qui se déclinent jusqu'aux municipales. Mais non, il y
Jérémy Mariat
a le privé aussi. Exactement, le privé, les archives privées qui sont souvent assez méconnues, mais qui sont aussi importantes. Donc là, dans l'extrait, on parlait des sources très traditionnelles qui sont les sources judiciaires, les papiers. Il faut savoir qu'à la mission Archives d'Histoire Banque Populaire, nous, on a tous types de typologies documentaires qui sont conservées. Donc on a bien sûr des objets papiers, mais on peut aussi avoir tout ce qui est objets pubs. Ça, c'est des choses qu'on conserve. J'ai récupéré récemment, par exemple, une planche de surf. qui est
Laurence Millet
une archive
Jérémy Mariat
Banque Populaire. Mais pourquoi? Parce que c'était dans une campagne pub Banque Populaire. Une fois la campagne pub passée, forcément, on verse ses archives, donc on verse sa planche de surf. C'est un document un peu inédit. Après, c'est sûr qu'en termes d'archives, il y a aussi le côté communication, le côté valorisation. Et là, il faut répondre aux enjeux de la marque Banque Populaire. Donc des enjeux qui sont différents, qui s'intéressent à une cible interne, les collaborateurs, ou à une cible plus externe, le grand public. Mais toujours un peu autour de nos marqueurs identitaires de la marque Banque Populaire, qui sont nos racines entrepreneuriales, nos racines coopératives, la proximité. Et pour ça, c'est bien aussi d'avoir l'histoire et l'archive, notamment pour valoriser On prend un exemple concret, mais le mythe fondateur, pourquoi Banque Populaire est aujourd'hui la première banque des PME, la première banque des entreprises? Parce que dans son histoire, à sa création, la Banque Populaire a été créée par des petits entrepreneurs, des petits artisans, petits commerçants qui n'avaient pas accès au chemin traditionnel du crédit et qui ont mis en commun leur épargne pour financer les projets de chacun. Donc c'est aussi pour ça que l'histoire est importante en entreprise, pour capitaliser
Laurence Millet
tout ça en fait. En 1878, la création de la Banque
Jérémy Mariat
Populaire, c'est bien ça? La Banque Populaire a plus de 145 ans et est
Laurence Millet
coopérative depuis sa création. Il y a beaucoup d'entreprises désormais qui portent une grande attention à la valorisation des archives. Ce n'est pas tout de conserver les archives, il faut les valoriser. C'est la transmission et vous nous le dites bien, Jérémy Mariat, il y a en interne pour créer une identité d'entreprise et puis vers l'externe, il y a ce jeu constant. C'est-à-dire que vous, l'archiviste, vous n'êtes pas le type qu'on voit passer à la cantine en se disant c'est le type des archives, nous on va continuer à compter et à gagner de l'argent. C'est pas comme ça
Jérémy Mariat
que ça se passe. Non, pas du tout. Mon positionnement, je suis à la Fédération Nationale des Banques Populaires, donc je suis situé à Paris. Il faut savoir que mon réseau est national. J'ai plus de 30 000 collaborateurs banques populaires répartis dans toute la France. Je suis le seul archiviste historique du réseau Banque Populaire, donc il y a toutes ces personnes à sensibiliser sur un périmètre très très large, donc c'est une mission qui est très intéressante par rapport à ces sujets-là. Mais c'est vrai qu'au niveau histoire, au niveau valorisation, en termes d'archives d'entreprise, A la Banque Populaire, mais aussi à l'Association des Archivistes Français, il y a des missions de valorisation qui sont un peu différentes et plus larges. Je pense par exemple à l'événementiel, où on fait vraiment des événements liés à l'histoire. Il y a également d'autres dispositifs, tels par exemple les scénettes théâtrales, qui fonctionnent bien en ce moment. où on a des troupes de théâtre qui viennent jouer l'histoire des entreprises. Ça, ça fonctionne bien pour valoriser l'histoire. Et nous, à la Banque Populaire, il y a aussi quelque chose qui fonctionne bien, c'est la BD. On a créé une BD qui fonctionne bien et qui, justement, va valoriser les grandes étapes du développement Banque Populaire
Fanny Cohen-Moreau
à travers la BD. Il manque un
Jérémy Mariat
podcast, alors, du coup. Il manque un
Laurence Millet
podcast, c'est vrai, donc je ne sais pas si... avec, dans cette histoire-là, des associations, des regroupements. Alors, vous Joël Alazard, l'association des professeurs d'histoire-géographie, l'APHG, c'est toujours important de voir que ce sont des métiers. C'est pas simplement une passion par laquelle on essaye de gagner sa vie, de trouver... C'est pas comme ça que ça se passe. C'est un métier aussi. C'est-à-dire que cette histoire dont nous parlons, c'est cette passion, l'histoire au sens du plaisir d'explorer le passé, et puis c'est une discipline scientifique, un métier. L'association, elle est là aussi pour soutenir. Une fois qu'on est lancé dedans, on va toujours trouver
Joël Alazard
des gens comme référent. Oui, en fait, on joue un rôle essentiel à la fois dans la formation continue des enseignants, parce qu'on organise énormément d'événements, de journées d'études, de conférences, il y a le café virtuel le soir, voilà. Et moi, je suis très admirative de tous nos collègues qui viennent le samedi se former dans un amphi alors qu'il n'y a pas d'ordre de mission et qui prennent sur leur temps, qui prennent parfois sur leurs vacances pour venir avec nous pour faire des visites, pour les agora qui sont des séries de visites que l'on organise en fait tous les trois ans dans une ville. Les prochaines sont en 2026 à Montpellier. Et puis il y a toute la structure entre aides, solidarité entre nous aussi parce que quand on commence dans le métier par exemple on peut être remplaçant TZR et donc on peut avoir du jour au lendemain des classes qu'on n'a pas encore eues, donc on échange énormément de choses aussi et puis parfois d'entraide face à des situations qui nous semblent un petit peu plus complexes. C'est une structure de solidarité, en fait. Et on a à la fois une association nationale, mais aussi des associations régionales, en fait, comme des matrioshkas. Et c'est très important pour se connaître, pour créer de la convivialité, de
Laurence Millet
la solidarité entre nous. Théo Abramovitch, pareil pour les guides conférenciers et les guides conférencières, il
Théo Abramovitch
y a une fédération. Tout pareil, on a une fédération qui s'appelle la FNJIC, Fédération Nationale des Guides Interprètes et Conférenciers, qui est une fédération qui a un maillage territorial avec des associations régionales partout en France aussi, que ce soit en France hexagonale ou en Outre-mer d'ailleurs. Et l'idée est le même, c'est que vous n'êtes pas seul, c'est un métier, c'est un métier qui nécessite de la rigueur, c'est sûr, il faut s'organiser, il faut savoir à la fois s'organiser dans ses recherches en histoire ou en histoire de l'art, mais il faut aussi savoir organiser une visite, gérer un groupe, gérer un timing, etc. Ça c'est des choses, on est formé dans la licence professionnelle, on est formé à ça, mais on a besoin de continuer de se former en continu. découvrir de nouveaux endroits aussi, découvrir comment travaillent les autres guides aussi, et puis échanger entre nous, et puis même, pour des raisons très très pratiques, est-ce que la porte C du musée d'Orsay va être ouverte mercredi? Donc ça, on a besoin de le savoir, et donc on se partage les informations, la fédération elle sert à ça. Et c'est vraiment important de le dire que c'est des métiers où on peut parfois avoir l'impression comme les profs, on pourrait imaginer qu'ils sont seuls dans leur classe face à leurs élèves, mais en fait non, on n'est pas seuls, on est un métier, on s'entraide, on partage beaucoup. On a fait récemment, la fédération, on a organisé un petit apéro formation pour dire comment gérer quand il y a un client pénible dans le groupe. C'est des choses qui peuvent arriver. Vous avez passé un extrait tout à l'heure de « On connaît la chanson » où Agnès Jaoui s'énerve. Bon, on essaye d'éviter de s'énerver comme ça et puis on apprend
Laurence Millet
des techniques pour gérer, par exemple. Oui, c'est très important ces idées d'association de soutien professionnel, l'association des archivistes français. Jérémy Mariat, c'est un peu la même chose. Et c'est ça, vraiment, parce qu'on pense toujours aux évolutions de carrière qui est intéressant à mettre en place. C'est de réfléchir qu'une fois qu'on s'est lancé dans des études, que nous trouvons une voie, un métier, il y a encore
Jérémy Mariat
des possibles et des changements après. Oui, exactement. Nous, il n'y a pas encore d'apéro, mais j'ai peut-être soufflé l'idée à mes collègues de l'AF. Mais oui, bien sûr, en fait, on parlait tout à l'heure de l'entrée dans le métier, mais il y a aussi la formation quotidienne qui est hyper importante. Nous, on a la chance, en archives, d'avoir l'association des archivistes français qui a plus de 120 ans d'histoire. qui est très ancienne et qui propose notamment des formations en continu pour les archivistes. Au niveau statistique, je crois qu'il y a plus de 12 000 stagiaires depuis la création et cette association regroupe près de 3 000 archivistes de métier et pour nous c'est très important parce que c'est un lieu d'échange. Pour ma part, en tout cas, moi je travaille tout seul dans le métier et c'est vrai que ça fait du bien aussi de retrouver d'autres corps de métier, d'autres archivistes pour
Laurence Millet
échanger ensemble et c'est très important. C'est important d'échanger, de voir les évolutions de carrière possibles dans cette histoire-là. Pour les enseignants, les enseignantes, il y a toujours ce moment où l'on se retrouve. Il y a la salle d'épreuve, bien sûr, mais ce moment un
Unidentified teacher character (possibly a fictional or dramatized voice)
peu solennel du conseil de classe. Buret Joël, 9,63
Jérémy Mariat
de moyenne. Bon, alors, de niveau?
Laurence Millet
Il mérite C, il est
Théo Abramovitch
sérieux. Oui, il
Unidentified teacher character (possibly a fictional or dramatized voice)
travaille très bien. Je suis d'accord. Vous n'êtes pas difficile. Moi, je dis que 6e en maths avec
Laurence Millet
4,25, c'est une classe de débiles.
Unidentified teacher character (possibly a fictional or dramatized voice)
Avec moi, ils sont pas
Laurence Millet
débiles. C'est vraiment pas une
Audine (Fanny's sister)
référence. Qu'est-ce que ça veut dire? Alors,
Unidentified teacher character (possibly a fictional or dramatized voice)
s'il vous plaît, et en histoire-géographie? Bon, il croit que Hong Kong est un gorille géant, mais à part ça, ça peut aller. Nous ne saurons rien en physique-chimie, le professeur étant toujours
Joël Alazard
cristallisé. Bon, alors, qu'est-ce qu'on
Unidentified teacher character (possibly a fictional or dramatized voice)
met? Niveau C avec un moins. Alors lui, géant martial, 6'40 de moyenne, niveau E. Tout le monde est d'accord. Un géant martial.
Laurence Millet
Il devrait plutôt s'appeler Néant Total. Mais
Unidentified teacher character (possibly a fictional or dramatized voice)
c'est vrai qu'il a des difficultés. En anglais? Et en histoire? Il connaît deux dates. Marignan 1515 et la Révolution française, en mai 68. Entre les deux, y'a rien. C'est pas grave. Bon, qu'est-ce qu'on peut faire pour celui-là? Qu'est-ce que je mets aux parents? Oh, pour celui-là, plus rien à faire. Il n'y a qu'à dire
Laurence Millet
aux parents d'en faire un autre. Parce que c'est vire, c'est le film Prof en 1985. Joël Alazard, qu'est-ce que vous répondez à quelqu'un qui vous dit « Mais maintenant, le métier d'enseignant, c'est plus comme avant. Le respect, c'est compliqué, ça a changé. Est-ce qu'il y a ces craintes-là qui apparaissent? On ne va pas pouvoir
Joël Alazard
tenir une classe? » La jeunesse est dure. En fait, quand on s'intéresse un peu à l'histoire de l'éducation, quand on lit des archives, on voit que des problèmes de gestion de classe, il y en a toujours eu, en fait. Et voilà, les élèves s'expriment peut-être plus spontanément, mais ce n'est pas nouveau dans notre métier. Et je pense qu'il faut justement ne pas disons ne pas s'attarder sans arrêt sur les problèmes qu'on peut avoir très ponctuellement finalement qui ne reflètent pas forcément notre quotidien. Notre relation en fait quand on enseigne avec les élèves c'est une relation vraiment il y a une dimension humaine très forte dans nos cours et on voit nos élèves évoluer, on voit nos élèves progresser, donc il arrive qu'on ait des soucis avec quelques élèves en début d'année et finalement on arrive à les faire rentrer tout à fait dans le rang parce que justement, en étant bienveillants, en étant exigeants aussi avec eux, bien sûr, en leur faisant suivre
Laurence Millet
les règles, on arrive à surmonter les difficultés. En écho à ce que vient de dire Joël Alazar, il y a la volonté de transmettre l'histoire. Mais enseigner l'histoire, c'est aussi enseigner une manière d'être en cours et une certaine rigueur et peut-être une forme d'ennui parfois, accepter d'écouter des choses qui nous ennuient. Il y a d'autres démarches qui ne sont pas du tout les mêmes, via le journalisme, via les podcasts, via toutes ces vidéos que l'on peut voir. C'est aussi de la transmission de l'histoire. En fait, ce qui est l'union ici, c'est le sérieux derrière. C'est-à-dire que le fond doit être solidé et à
Fanny Cohen-Moreau
partir de là, toutes les formes deviennent possibles. Mais c'est exactement ça, je vois dans Passion Médieviste, j'ai un de mes formats qui s'appelle Superjoute Royale. Alors, attention, oreille chaste et tout ça, c'est très iconoclaste ce format. J'ai mes épisodes où j'intervoue des médiévistes. Dans ce format Superjoute Royale, on s'est amusé à classer les rois de France siècle par siècle. du plus utile au plus boulé d'entre eux, mais avec une mauvaise foi assumée, mais avec des vrais arguments historiographiques. Et en fait, c'est un podcast en vrai en fait d'historiographie. Sans que les gens s'en aperçoivent parce qu'on a ce côté un petit peu, oui rigolo, on a été très méchant avec Saint-Louis par exemple et tout ça. Mais en fait, les gens adorent ce format, c'est le format qui est le plus écouté en passion médiéviste. Mais parce que voilà, bon, on a parlé d'hémérovingiens, c'est roi, non, c'est pas grand chose, parfois, et tout ça, avec humour, mais les gens ont vraiment retenu des choses. Et c'est ça en fait, là, choisir ce ton, mais avec ce vrai sérieux, c'est-à-dire qu'on ne fait pas que du Wikipédia, par exemple, même si Wikipédia, ça peut être une bonne source pour commencer. Mais mes invités, voilà, on déconstruit certaines images et là, on transmet quelque chose
Joël Alazard
que les gens n'ont peut-être pas l'habitude d'entendre. Quand on parle avec les élèves, le cours d'histoire-géographie, c'est généralement l'un des cours qui plaît le plus en fait, où on s'ennuie le moins, à la fois parce que les contenus sont passionnants, parce qu'il y a une grande variété dans la manière de transmettre, une grande inventivité aussi des collègues, mais nous, par rapport à un collègue de maths, qui a face à lui des élèves qui ont des difficultés importantes. On arrive toujours à les attraper, on change régulièrement de chapitres, de thématiques. C'est vrai qu'il faut avoir aussi des qualités rédactionnelles. Le français compte, la maîtrise de la langue compte, mais elle est moins importante quand même qu'en français. Donc généralement, nos cours sont plutôt appréciés. Je
Laurence Millet
crois que ce n'est pas l'ennui qui domine. Non, ça ne domine pas et loin de là. Mais c'est vrai que l'enseignement demande de la rigueur et demande que les élèves apprennent. C'est ça. Et que l'apprentissage, parfois, passe par des difficultés. Et c'est l'enseignant qui a ça. Je le dis, Joël, parce que bien souvent, les échos, les retours que je peux avoir, c'est j'aurais aimé avoir un prof d'histoire comme vous. Et ma réponse est, mais quand j'étais prof d'histoire, je ne suis pas sûr que vous auriez aimé m'avoir. Parce que nous, dans le show que nous faisons, et ça demeure un divertissement, c'est vrai qu'on a plus de facilité que l'enseignant qui est contraint par
Joël Alazard
un programme et puis par des passages obligés. C'est à nous de montrer en fait l'intérêt vraiment de chaque chapitre, ce que ça va apporter et la manière dont ça va consolider la culture des élèves, dont on va accroître aussi leurs
Laurence Millet
compétences. Voilà, c'est avec nous aussi qu'ils grandissent. Vraiment, et puis comme on le disait, à partir du moment où l'élève comprend qu'il a appris quelque chose, c'est déjà gagné. Pareil, guide conférencier, mais c'est ça. Il y a cette forme de spectacle, pareil pour les profs, à partir du moment où on est sur scène avec un
Théo Abramovitch
public, quelque part il y a du spectacle. Oui, totalement. Alors d'abord, moi, j'ai les mêmes échos. Parfois, j'accompagne des sorties scolaires et je vois qu'il y a toujours l'élève qui se colle à moi, qui écoute tout, qui prend des notes. Puis il y a ceux qui sont un peu en représentation entre eux, les collégiens qui sont dehors, etc. Et en fait, dès qu'on arrive à les faire rentrer dans l'esprit de ce qui s'est passé, avant de comment pensaient les gens il y a 100 ans, 200 ans, 300 ans, qu'on leur donne des choses un peu concrètes. En fait, même les plus dissipés sont passionnés. Enfin, voilà, ça fait partie des choses. Et puis, j'ai parfois des visites où il y a des jeunes qui viennent me dire j'aurais aimé avoir un prof d'histoire comme vous, par exemple. Et en fait, je leur dis toujours, moi, j'ai la position très facile, c'est-à-dire que je choisis de quoi je parle. Je suis en extérieur. Donc déjà, vous passez un bon moment. Vous êtes dehors en train de vous balader et je vous note pas, je vous juge pas. Je ne suis pas là pour déterminer votre niveau, je ne vous demande rien, donc évidemment. Mais si je vous avais en classe, je ne suis pas sûr
Laurence Millet
que je serais un très bon prof d'histoire. Les gens qui s'inscrivent, qui font les visites, globalement, on peut se dire qu'ils ont une appétence pour l'histoire. En tout cas, la volonté de découvrir. Jérémy Maria, vous, vous touchez aussi un public qui, normalement, pourrait passer complètement à côté de l'histoire. Il y a ça, cette idée de pouvoir atteindre des gens qui peuvent découvrir en se disant, tiens, je ne savais pas
Jérémy Mariat
ça. Vous, vous avez cette main tendue là. Exactement. Je vais prendre la cible interne, donc la cible des collaborateurs. Nous, on fait beaucoup de formations en histoire pour les nouveaux arrivants à la Banque Populaire, ceux qui sont déjà là aussi. En tout cas, il y a des études qui ont été démontrées qu'avec des formations en histoire, Ce fait de fédérer autour de l'histoire commune permet, par exemple, de diminuer un turnover en entreprise. Donc ça, c'est vraiment des données qui sont importantes. À côté de ça, on a aussi une cible de chercheurs, doctorants en histoire. À la Banque Populaire, en tout cas, c'est très important. On est sur une caserne de chercheurs, doctorants et historiens qui viennent travailler sur notre fonds d'archives tous les ans. Je parle des historiens parce qu'on est ici sur France Culture dans l'émission Le cours de l'histoire mais on a aussi d'autres cibles de chercheurs et de doctorants notamment en histoire de l'économie, en économie, en développement durable et des thèmes aussi plus spécifiques notamment liés à l'architecture mais chaque année on a une quinzaine de chercheurs qui viennent valoriser l'histoire banque populaire pas à travers des opérations de communication comme je vous ai parlé, mais à travers notamment des écrits universitaires et une vraie valeur
Laurence Millet
en tout cas ajoutée pour la banque populaire. Avec le danger aussi pour ces métiers de savoir ce que ça va donner dans l'avenir. Est-ce que ce sont des métiers d'avenir ou pas? Est-ce qu'il y a le risque d'être remplacé par un audio guide, par l'intelligence artificielle pour des podcasts? Et quant
Machine/Audio guide voice
aux enseignants, tout simplement, évidemment par une machine. Asseyez-vous. Asseyez-vous. Attention, une phrase va défiler sur cet écran. Répétez-la.
Laurence Millet
ONU, Organisation des Nations Unies, fondée
Machine/Audio guide voice
en 1942. L'ONU
Laurence Millet
a été fondée en 1942. En quelle année? en 1942. Répétez
Machine/Audio guide voice
plus vite. L'ONU a
Laurence Millet
été fondée en 1942.
Machine/Audio guide voice
Répétez 42 plusieurs fois. 42, 42, 42, 42. Attention, nouvelle question.
Laurence Millet
La guerre d'Espagne a commencé en 1936.
Machine/Audio guide voice
Répétez. La guerre
Laurence Millet
d'Espagne a
Machine/Audio guide voice
commencé
Laurence Millet
en 36. En
Machine/Audio guide voice
quelle année? En
Fanny Cohen-Moreau
36. Quoi?
Machine/Audio guide voice
La
Laurence Millet
guerre d'Espagne. En
Machine/Audio guide voice
quelle année? En
Jérémy Mariat
36. Quoi?
Machine/Audio guide voice
La guerre d'Espagne.
Laurence Millet
En quelle année? En 36. Terminée en
Machine/Audio guide voice
36? Non, non, elle a commencé en
Laurence Millet
36. Bravo, vous avez mérité une petite récompense. C'est le moment de la sucette à Daniel Otteuil dans le film Les Soudous et de Claude Zidi en 1980. Dans cette scène, j'ai toujours eu quelque chose qui m'a gêné parce que l'ONU est fondée en 1945, c'est la déclaration des Nations Unies en 1942. C'est là où on voit les limites de la machine. Je pense que dans le scénario, ils avaient voulu montrer ça de manière subliminale pour montrer que la machine n'était faillible. Théo Abramowitz, le risque des audio guides, le développement des podcasts aussi pour visiter les sites, pour visiter les musées,
Théo Abramovitch
c'est quelque chose qui peut menacer le métier? Honnêtement, non, je ne crois pas. Pas les audioguides, pas les podcasts. Je ne crois pas parce que c'est des choses différentes. Il y a des audioguides dans les musées depuis très longtemps. Ça fait des décennies qu'il y a des audioguides dans les musées et je crois que ce n'est pas le même public. Parfois, on veut visiter avec un audioguide parce que, pour X raisons, on n'a pas le temps, on n'a pas envie d'approfondir, on veut aller à son rythme, etc. Et puis, parfois, on a envie vraiment de pouvoir avoir quelqu'un qui répondra aux questions ou qui va vous présenter les choses de façon différente, qui ne va pas vous montrer uniquement les incontournables du musée, etc. Quand on va au Louvre, la première fois, on veut voir la Joconde. Et puis, les fois d'après, peut-être qu'on va s'intéresser aux autres oeuvres qui sont autour. Donc, pour moi, les audio guides et les podcasts ne sont vraiment pas des concurrences. Pour moi, ça va ensemble. Tout ça fait partie du même système. Par contre, il y a des concurrences qui peuvent se développer, qui sont des ce qu'on appelle nous les faux guides, c'est-à-dire des gens qui ne sont pas formés, n'ont pas la qualification pour être guide et vont s'improviser comme ça. Alors, on peut imaginer que c'est sympathique, un étudiant qui, pour arrondir ses fins de mois, va guider dans les rues de sa ville. En vérité, souvent, c'est des grosses entreprises multinationales qui sont derrière ça et qui rémunèrent très, très mal les étudiants pour faire ça. Des étudiants qui se retrouvent à faire un métier pour lequel ils ne sont pas formés, c'est terrible pour eux aussi. Donc, c'est plutôt ça, en fait, le problème. Les faux guides que les audio guides, qui, à mon avis, n'empêchent pas et peuvent
Laurence Millet
même donner envie d'approfondir après avec un guide. Voilà. Et
Fanny Cohen-Moreau
ou d'aller écouter un podcast de Fanny Cohen-Morin. Mais ça ne remplacera jamais l'humain. Là, vraiment, quand on a une question, là, on peut
Laurence Millet
la poser directement à un guide. C'est important. Ça change tout, cette relation, cet aspect humain. Joël, à l'hasard, nous le voyons bien dans la société française, quand il se passe quelque chose de dramatique lié à l'histoire. Alors, ça peut se décliner de plein de manières, mais quand l'histoire est attaquée, c'est l'ensemble de la société qui est blessée et on le ressent vraiment. Et c'est peut-être aussi ça qu'il faut mettre en avant pour dire que ces études d'histoire, c'est pas simplement se dire je vais faire ça parce que j'aime bien l'histoire. et puis on verra ce que ça va donner. On sent qu'il y
Joël Alazard
a aussi un engagement citoyen dans cette démarche-là. Effectivement, et c'est récurrent. Et d'ailleurs, les professeurs d'histoire-géographie sont très souvent sur la ligne de front à l'école. Dès qu'il y a le début d'une guerre, on l'a vu par exemple il y a trois ans avec la guerre en Ukraine, c'est vers nous que se tournent les élèves pour avoir un certain nombre de réponses. Et nous, à la PSG, on essaie aussi de produire dans ce cas-là des ressources assez rapidement qu'on met en ligne. Et on voit qu'elles sont consultées très largement, beaucoup plus largement en fait que par les seuls professeurs et par les seuls étudiants. Donc oui, on a des défis qui sont quasiment quotidiens. Et puis là, je pense qu'avec l'actualité qu'on vit, l'histoire-géographie est plus nécessaire que jamais. Parce que pour comprendre, par exemple, le basculement de la démocratie américaine, il faut connaître l'histoire des États-Unis depuis l'indépendance, l'histoire de la construction du modèle américain, l'histoire aussi des relations internationales, des liens qui se sont tissés avec l'Europe. Sans quoi on ne comprend pas du tout la bascule. Donc là on va
Laurence Millet
avoir aussi de très nombreuses questions des élèves. Oui et puis l'association des professeurs d'histoire-géographie, l'APAG, porte le prix Samuel Paty. On est obligé d'avoir une pensée pour Samuel Paty et Dominique Bernard ici. C'est très important de le dire parce que c'est ce que vous venez d'évoquer Joël. C'est l'idée que cette compréhension du
Joël Alazard
monde que permettent les professeurs d'histoire-géographie gêne aussi. Oui, bien sûr, on le sent. On le sent notamment dans la remise en cause, en fait, de l'utilisation des documents. On a de plus en plus de professeurs qui sont interrogés par des parents qui, pour des raisons religieuses ou politiques, nous reprochent d'utiliser, par exemple, un tableau avec de la nudité. Bon, ça arrivait à une collègue de lettres qui avait utilisé Un tableau du cavalier d'arpins, Diane et Actéon, dans une classe de sixième. Donc il faut tenir bon, il faut expliquer que nous sommes les ingénieurs de nos propres disciplines, qu'on ne va pas demander au boulanger comment il a fait son pain. Donc nous, quand on utilise un document, quand on utilise aussi une caricature, quelle qu'elle soit, on ne la montre pas. On ne fait pas que la montrer, c'est ce que je voulais dire. On sait pourquoi on l'introduit dans un cours, on sait comment on va l'expliquer, on sait comment on va la travailler avec les élèves, comment on va travailler les documents, pour transmettre justement des éléments du programme et asseoir une culture, et asseoir des repères. Donc ça c'est très important. Et le prix Samuel Paty, c'est un prix qu'on a fondé très peu de temps après l'assassinat de notre collègue. pour valoriser les projets de classe en EMC, avec un thème annuel en fait. Et c'est un prix qui est ouvert à la fois aux collégiens, aux lycéens, mais
Laurence Millet
aussi aux classes de primaire depuis deux ans. Avec ces réactions, elles sont importantes et il y a les réseaux sociaux désormais qui jouent un rôle dans cette histoire-là. Pour la prise de parole, je ne veux pas parler de transmission ici. Fanny Cohen-Moreau, vous rencontrez ça sans arrêt, les gens qui affirment leur vérité
Fanny Cohen-Moreau
contre la vérité scientifique, contre la démarche scientifique. Ça oui, quand on évoque certains sujets, par exemple le puits du Fou, ça peut un peu crisper. Mais en fait, quand on documente, on apporte la documentation, c'est ça qu'on apprend aussi avec les études d'histoire. Et c'est important de dire, mais regardez, là, il n'y a pas une question d'avoir un avis politique. En fait, si on regarde juste les faits, si on analyse les faits, qu'est-ce qu'on peut en dire? Et ça c'est assez important, c'est que dès que je fais un épisode qui parle d'islam, dès que je fais un épisode qui parle d'histoire des femmes, je vais toujours avoir un ou deux qui va critiquer, mais en fait c'est juste de l'histoire, c'est de l'histoire documentée, donc c'est important pour ça d'avoir de la formation et de pouvoir le transmettre comme ça aussi. Et je voudrais aussi rebondir, c'est qu'on parlait de formation d'histoire, il y a plein de formations d'histoire à avoir après une licence, qu'est-ce qu'on peut faire, et notamment pour devenir peut-être podcasteur ou podcasteuse, il y a des gens qui nous écoutent, Il y a aussi d'autres masters liés à l'histoire et je voudrais parler du master d'histoire publique. Il y en a plusieurs en France maintenant aujourd'hui, on en a à Nantes et à Albi. Je salue parce que je donne des cours là-bas à mes étudiants d'Albi et c'est vraiment des masters géniaux. C'est des gens qui nous écoutent qui ont des enfants qui là peut-être... Qu'est-ce qu'on peut faire après la licence d'histoire? Ces masters-là, c'est vraiment, en gros, comment parler d'histoire au grand public de plein de façons différentes. Ils ont des cours de vidéos, de podcasts, de musées, même de management pour savoir comment gérer une équipe culturelle. Vraiment, quand j'ai vu ce master, je voulais le faire moi, alors qu'on me demandait d'être prof là-bas. Donc ça existe, il y en a un à Paris, Nantes, Albi.
Laurence Millet
Allez voir, c'est vraiment passionnant ce qu'ils font. Bon, pour conclure, nous sommes tous d'accord, on peut s'engager dans des études d'Histoire sur trois ans pour aller jusqu'à
Joël Alazard
la licence et voir après. C'est
Laurence Millet
possible, hein? Oui, plus il y a affinité. Et plus il y a affinité. Merci vivement à tous les quatre d'être venus dans le cours de l'Histoire. Très important de rappeler tous ces métiers, sachant que tous n'ont pas été évoqués ici. On a envie d'aller creuser avec des archéologues, on a envie de parler de relations internationales, de diplomatie. Il y a tant et tant de voix. Donc merci beaucoup Joël Alazar, Théo Abramovitch, Fanny Cohen-Moreau et Jérémy Mariat. Ça donne envie, mais temps
Joël Alazard
et temps d'explorer, de faire
Théo Abramovitch
l'histoire. Merci beaucoup. Comme
Laurence Millet
le cours de l'histoire.
Fanny Cohen-Moreau
Merci pour cette émission. Merci beaucoup à vous. Nous sommes arrivés au temps moderne que nos grands-parents ont connu et nos parents aussi
Audine (Fanny's sister)
et que nous connaissons, nous, en ce
Fanny Cohen-Moreau
moment. Mais alors, il n'y a plus d'histoire? Mais oui, l'histoire continue et nous vivons en pleine histoire. J'espère que vous vous souvenez parfaitement
Théo Abramovitch
de tout ce
Laurence Millet
que nous venons de voir. Oui, très bien. Mais oui, on se souvient très bien, c'est Pierrette Bruno qui était pour terminer dans le cours de l'Histoire ici, pour faire un petit clin d'œil à cette passion d'Histoire. Le cours de l'Histoire, une émission réalisée par Laurence Millet avec aujourd'hui à la technique Noé Chaban. Émission préparée par Jeanne Delecroix, Jeanne Coppert, Raphaël Laloume, Maël-Vincent Randonnier, Tom Umdenstock et Maïwenn Giziou. Le cours de l'Histoire est à écouter, à podcaster
Podcast: Le Cours de l’histoire, France Culture
Date: 28 février 2025
Animé par: Xavier Mauduit et Laurence Millet
Invités: Joël Alazard (enseignante, présidente de l’APHG), Théo Abramovitch (guide conférencier), Fanny Cohen-Moreau (journaliste et podcasteuse, "Passion médiéviste"), Jérémy Mariat (archiviste, Banque Populaire et président des archivistes d’entreprise français)
L’épisode explore le chemin qui mène à faire de l’histoire une vocation professionnelle. Les intervenants partagent leurs parcours, les possibilités offertes par des études d’histoire, les débouchés (enseignement, médiation culturelle, archives, journalisme, podcasting, etc.) et insistent tous sur la dimension passionnelle et citoyenne du métier. L’émission fournit un éventail vivant et réaliste des métiers de l’histoire, aborde les doutes, les choix d’orientation, l’importance des réseaux professionnels et la valeur de la transmission historique à l’heure des nouveaux médias et du numérique.
Timestamps: [00:08] – [05:58]
Choix d’orientation: Laurence Millet pose la question centrale :
« Qu’il est difficile de faire un choix au moment des vœux d’orientation ou de réorientation [...]. Si explorer le passé, c’est ce qui nous motive dans la vie, pourquoi pas ? » [00:08]
Parcours personnels :
Timestamps: [07:07] – [10:53]
Timestamps: [10:08] – [12:19]
Timestamps: [12:19] – [15:13]
Timestamps: [15:13] – [18:58]
Timestamps: [18:58] – [21:56]
Timestamps: [23:31] – [27:48]
Timestamps: [30:58] – [34:33]
Timestamps: [34:33] – [39:22]
Timestamps: [40:00] – [45:41]
Stéréotypes sur l’enseignement:
« Le métier d’enseignant, c’est plus comme avant ? Le respect, c’est compliqué? » [41:06]
Joël Alazard relativise :
« Quand on lit des archives, on voit que des problèmes de gestion de classe, il y en a toujours eu. »
La transmission peut prendre des formes ludiques — importance du sérieux sur le fond : « On a été très méchant avec Saint-Louis par exemple, mais les gens ont vraiment retenu des choses. » (Fanny Cohen-Moreau, [42:49])
Timestamps: [51:41] – [56:51]
Timestamps: [48:14] – [51:41]
Timestamps: [56:51] – fin
En résumé : Un épisode foisonnant qui montre la passion et la diversité des parcours dans et autour de l’histoire, démontrant que s’engager dans ces études ouvre de nombreuses portes et constitue un choix de société autant qu’un choix professionnel. Le message est clair : que l’on soit jeune ou en reconversion, l’histoire est un métier et une passion, toujours actuelle et essentielle.