
Un coq dans son village, portrait d’un laboureur au Grand Siècle
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Narrator/Singer
Un
Jean-Marc Morisseau
coq dans son village, portrait d'un laboureur au grand siècle. Imaginez un historien spécialiste de l'histoire rurale qui, en 1992, sous la direction du professeur Jean Jacquard, soutient une thèse sur les fermiers de l'île de France, ascension d'un groupe social, 1400-1750, la famille de la cour qui est déjà présente. Imaginez que cet historien devienne Un spécialiste de la paysannerie sous l'ancien régime avec toujours la famille de la cour. Une véritable dynastie imaginée enfin qu'au détour de recherches généalogiques, cet historien découvre qu'il a pour ancêtre Nicolas de la Cour, le patriarche, le parrain, le coq du village, imaginé.
Reader/Actor
Voici le fait.
Travailler, prenez de la peine, c'est le fond qui manque le moins.
Le cours
Historian/Expert
de l'histoire.
Jean-Marc Morisseau
Jean-Marc Morisseau, bonjour. Bonjour. Professeur émérite d'histoire moderne à l'université de Caen, président de l'association d'histoire des sociétés rurales et auteur de Nicolas Delacour, Le pouvoir au village au cœur du XVIIe siècle, c'est publié chez Talendier. Comment l'avez-vous rencontré ce Nicolas Delacour?
Historian/Expert
C'était une histoire rocambolesque. Effectivement, la première fois que je rencontre le nom de Lacour, c'est à travers le premier document historique que la Sorbonne m'est donnée de consulter. C'est-à-dire en arrivant au cours de Pierre Goubert, et je trouve son assistant qui s'appelait Marcel Lachiver, et qui donne à tous ses étudiants, dont je faisais partie, un rôle d'impôt, un rôle de taille. Ce rôle d'impôt portait sur une communauté rurale du vexin français, actuellement le valdoise, qui s'appelait Livilliers. On était en 1707, à la fin du règne de Louis XIV, et donc à une période très difficile, c'est l'époque où Vauban écrit la Dîme royale. Et dans ce rôle de taille, il y avait Trois-de-la-Cour et un certain Alexis Subtil qui était le gendre de ces Trois-de-la-Cour. Alors les Trois-de-la-Cour, il y avait le receveur de la seigneurie de Livilliers, il y avait le greffier des rôles de taille de l'ensemble de l'élection de Pontoise et il y avait maître Robert de la Cour, le prêtre curé de la paroisse qui avait donné 40 livres bénévolement puisque les curés n'étaient pas évidemment assujettis à l'impôt. Alors j'avais bien travaillé, je pensais avoir rendu une très bonne copie, sauf que je ne m'étais pas du tout aperçu que ces Delacour allait me poursuivre bien après. En faisant une thèse ensuite, Marcel Lachiver lui-même et puis Jacques Dupaquier qui habitaient le Vexin. Alors le Vexin, pour nos auditeurs, c'est la partie de l'île de France au nord-ouest qui se trouve sur la rive droite de l'Oise, entre la Normandie et l'île de France. et la Seine. Et dans le Vexin, il y avait des Delacour, ils les connaissaient bien. Et ils me disent tous les deux, mais Morisot, vous devriez ajouter aux familles que vous étudiez les Delacour. Et je leur réponds, mais j'ai déjà 95 noms de famille, que je suis depuis le 15e siècle jusqu'au 19e siècle. Ça fait 7 à 8 années que je suis sur cette thèse. Je voudrais la terminer dans 3 ans et pas rajouter encore au-delà de l'Oise des familles nouvelles. Donc, j'avais repoussé les Delacour. Simplement, ils voisinaient, ils cousinaient avec les familles que j'étudiais, et dans les fièmes d'Île-de-France, dans la thèse et dans la version publiée ensuite, ils sont bien là. Et je pensais m'en tirer d'affaire avec eux. Sauf que, trente ans après, à la faveur d'une recherche généalogique, je m'aperçois que je descends directement de ces deux lacours, Et qu'en plus, en remontant ma généalogie, l'ancêtre de ces Delacour du Vexin habitait la plaine de France, le précarré dans lequel j'avais installé ma thèse. Je n'avais plus aucune excuse, il fallait que j'étudie ce Nicolas Delacour qui m'apparaît, à Maflier, petit village près de l'Île-Adam, à l'époque de Louis XIII et de Richelieu.
Jean-Marc Morisseau
Qui est-il ce Nicolas Delacour?
Historian/Expert
Alors ce Nicolas Delacour est un personnage un peu obscur au début. Il appartient à une famille installée depuis trois générations, depuis François 1er, dans ce village de Maflier. Sa mère, elle, provient de famille de bergers qui rayonnaient à travers les fermes de l'île de France avec les troupeaux de bergers, les troupeaux de moutons qui appartenaient aux fermiers, bien entendu. Mais il a fait un... Très beau mariage avec une Anne Ferry qui descendait de famille dont on peut suivre l'histoire depuis le XVe siècle. L'ancêtre des Ferry signait. C'est une découverte que j'ai faite en travaillant sur mon personnage. L'ancêtre Jean Ferry, laboureur à Aizenville, près des coins, dessinait un chariot avec des gerbes et signait J. Ferry. dans des actes de la fin du XVe siècle, sous Charles VIII comme sous Louis XII. Et les descendants féris cousinaient avec de nombreuses familles de fermiers, dont celles que j'avais étudiées au tout début avant même ma thèse, les Chartiers, du Plessis-Gasso et de Belleau en France, si bien que Nicolas de Lacour était l'un de leurs beaux frères. Et donc Nicolas, par ce bon mariage, ensuite par l'héritage de ses propres parents, il était fils unique également, par également son avidité, son intelligence, a réussi à monter l'un après l'autre les degrés de la hiérarchie, de la gestion des seigneuries. Car vous avez sans doute vu hier Écoutez, les honorables médiévistes qui étaient présents vous parlaient notamment des ministériaux et des agents d'affaires des grandes abbayes carolingiennes. Il faut bien voir que Maflier est dans l'orbite de Saint-Denis depuis Charles-le-Chauve, donc nous sommes dans le vieux pays capétien. et que ces intermédiaires-là, que l'on saisit fugitivement au Moyen-Âge, on peut véritablement les étudier avec beaucoup de précision à partir du XVIe siècle et surtout du XVIIe siècle. Et Nicolas de Lacour s'est insinué dans l'appareil seigneurial. D'abord, il a loué une partie des fermes, puis la totalité de la grande ferme seigneuriale, puis les droits seigneuriaux, notamment les dîmes et les champars qui appartenaient au seigneur, puis également les banalités qui appartenaient au seigneur. Nous sommes en pays de seigneurie banale, où la seigneurie exercée par le baron de Maflier est extrêmement importante et puissante. Et il a réussi à devenir un intermédiaire obligé entre des seigneurs d'ailleurs très divisés familialement qui habitaient Paris, on y reviendra peut-être, et l'ensemble des paysans extrêmement diversifiés également, de mafliers. Donc de 1614 à 1635, il franchit toutes les marches, l'une après l'autre, jusqu'à ajouter également les droits sur les vins par exemple, ce qui n'ajoutait pas beaucoup à sa popularité certainement à l'égard des villageois, et il devient l'homme fort du village. Il réussit à obtenir les leviers de puissance essentiels qui se situent à l'intérieur de l'appareil seigneurial et pas du tout derrière les mandats électifs qui existaient déjà.
Jean-Marc Morisseau
Avec ce personnage que vous nous présentez, ce village maflié, du temps de Nicolas Delacour au début du XVIIe siècle, à quoi ça ressemble ce village?
Historian/Expert
Alors ce village, il faut bien voir que c'est un village d'à peu près 120 habitants. J'ai réussi à en reconstituer le dénombrement, chef de famille par chef de famille, avec les signatures, les qualités socio-professionnelles, le nom des conjoints et des principaux enfants. Donc 120 feux qui fument. et qui allument leur cheminée avec le bois des forêts qui sont tout à côté, légalement ou illégalement d'ailleurs, on y reviendra peut-être. Dans ces 120 familles, on a une vingtaine de laboureurs, c'est très important, qui sont en concurrence en général, sont très diversifiés. Il y a également une trentaine de journaliers et de manouvriers qui sont essentiellement au service de l'agriculture, et on a donc la moitié du village qui vit directement de la terre. Mais il y a également beaucoup de marchands, à commencer par les marchands fruitiers puisque les fruits deviennent un article de plus en plus prisé par les parisiens qui apprécient les confitures mais également les fruits frais comme les prunes, les pommes et les poires. et il y a une véritable spéculation sur les jardins fruitiers. Il y a aussi des marchands merciers qui assurent une sorte de galerie Lafayette, en quelque sorte au village, avec un étal d'aliments, mais également de vêtements et d'articles qui défient, je dirais, l'imagination. On n'imagine pas aujourd'hui qu'elle pouvait être à... On est à 25, 26 kilomètres de Paris, il est vrai, mais l'éventail de... la consommation dans ce village-là, il y a les marchands bouchers, il y a bien d'autres types de marchands, il y a les cabartiers qui jouent un rôle fondamental dans la question du pouvoir au village, et puis en dehors d'eux, il y a également tous les services administratifs qui dépendent de la seigneurie, qui dépendent de la paroisse, et puis au sommet, évidemment, il y a la hiérarchie liée aux grands propriétaires, le plus important étant le baron de Maflier qui n'est autre qu'un serviteur fidèle d'Henri III puis d'Henri IV et dont le patrimoine ensuite est dévolu à des grands parlementaires parisiens et notamment à un prévôt des marchands de Paris, Macel Boulanger, qui joue un rôle important sur lequel peut-être on reviendra.
Jean-Marc Morisseau
Jean-Marc Morisseau, vous nous avez présenté vite fait le personnage Nicolas Delacour, le lieu aussi m'a flié. Faut peut-être présenter la période, mais ça, c'est pas vous qui allez vous en charger. C'est Pierre Goubert.
Pierre Goubert
Il y a deux points à souligner. Le premier, c'est qu'il y avait malgré tout dans le monde paysan des gens qui étaient plutôt favorisés et des régions qui étaient plus riches que d'autres. En second lieu, il y a ce fait que toutes les années et toutes les périodes ne se ressemblent pas, que le XVIIe siècle est un siècle assez malchanceux où il y a, si vous voulez, plus d'épidémies, Il y a encore la peste tout de même. Et plus de disettes prononcées qu'il y en aura au XVIIIe siècle. La dernière grande disette, c'est le grand hiver de 1709. Après, il y aura quelques ennuis, mais ça sera terminé. Donc ce XVIIe siècle, en quelque sorte, n'a pas eu de chance. Mais tout de même, il faut le mencer. C'est la pauvreté, la gêne, la difficulté d'ensemble, avec, en quelque sorte, une grosse traîne de misère. qui s'accusent par moment. Et puis une partie supérieure de la classe paysanne, qui n'est certes pas malheureuse, quand on a 6 chevaux, 200 moutons et qu'on exploite une centaine d'hectares, on ne peut pas être taxé de pauvreté.
Jean-Marc Morisseau
L'historien Pierre Goubert sur France Culture en 1982. Pierre Goubert, grand nom de l'histoire de l'Ancien Régime, de l'histoire des mondes ruraux, de la démographie historique aussi, avec une présentation du XVIIe siècle, siècle plutôt difficile.
Historian/Expert
Tout à fait. Alors évidemment, j'ai eu plaisir à réentendre un de mes maîtres qui avait la parole fleurie et un langage châtié propre au grand siècle et qui faisait évidemment ressortir les caractéristiques fondamentales de cette société ambivalente entre l'immense richesse d'une poignée de la société et puis la médiocrité et la misère de la majorité. Nous sommes dans un siècle évidemment difficile. Il faut bien le voir, nous ne sommes pas au XVIIIe siècle. La consommation n'est pas la même, la vulnérabilité à l'égard de la nature, les dépendances à l'égard également de l'économie ne sont pas du tout les mêmes. Il faut garder le tempo de l'histoire. Nous sommes au XVIIe siècle, à l'époque des cardidoministres, à l'époque donc de Richelieu et de Mazarin. Les pestes effectivement sévissent également autour de Maflier. Et Nicolas Delacour perd l'un de ses beaux-frères, Michel Gallerand, qui était laboureur à Franconville-la-Garenne, dans la vallée de Montmorency. Il perd sa belle-sœur, Féry, puis le neveu, le petit Gallerand, en 1638. Ça ne le dérange pas trop d'ailleurs, parce qu'avec les frères et sœurs subsistants, lui-même va récupérer 1 000 livres de cette succession collatérale. Et en tout cas, il n'est pas touché par la peste. Anne Ferry, avec laquelle il est pendant 41 ans, ils sont donc des époux qui ont fêté leur noce de fer. Il y a une longévité matrimoniale extraordinaire, lui a donné sept enfants qui ont survécu au-delà de 25 ans et qui se sont mariés. Et ces 7 enfants ont donné 58 petits-enfants à Nicolas Delacour et à Anne Ferry, et puis plus de 150 arrière-petits-enfants. Et aujourd'hui, la maison de la radio ne suffirait pas pour abriter les milliers de descendants de Nicolas Delacour et d'Anne Ferry. Donc, ce sont les fondateurs d'un humble GC, en quelque sorte. Mais... Il faut bien voir que c'était un homme qui avait une grosse résistance. Il est mort octogénaire. Trois ont réussi ce pari à Maflier quand même. Lui le premier, il est né à la fin du règne d'Henri III, qui a été assassiné à Saint-Cloud, à peine 30 kilomètres de Maflier. Il est mort alors que Louis XIV avait construit déjà le premier Versailles pour Louis de la Vallière et menait la guerre de Dévolution. Donc il a connu quand même Henri IV, il a connu Marie de Médicis, il a connu Conchini, il a connu le règne de Louis XIII, Richelieu, Anne d'Autriche, Mazarin, le règne personnel de Louis XIV, de Conchini à Colbert. Beaucoup d'eau a coulé et Nicolas Delacour était toujours là et surtout pendant 50 ans. Il a été grouillé, c'est-à-dire responsable des bois et forêts et des offres et forêts d'ailleurs de Maflier et pendant 25 ans principal receveur de la Seigneurie de la Baronnie de Maflier. et c'était le personnage principal au village. D'ailleurs, de toute façon, je ne vois pas l'appeler Nicolas Delacour, mais je dois évidemment baisser mon chapeau et parler à Maître Nicolas Delacour. C'est ainsi que dans tous les documents au village, on le désigne.
Jean-Marc Morisseau
Nicolas Delacour, le pouvoir au village au cœur du XVIIe siècle. Jean-Marc Morisseau, c'est le titre de l'ouvrage mais ce n'est pas une biographie de Nicolas Delacour ou pour le dire autrement ce n'est pas seulement une biographie de Nicolas Delacour parce que c'est tout un univers que vous nous offrez par ce travail-là. C'est l'univers des campagnes du début du XVIIe siècle. Alors bien sûr la France c'est un grand territoire et puis ces notions de frontières n'ont pas vraiment de sens quand on parle d'histoire rurale. C'est l'île de France, c'est un monde très particulier au plus près du pouvoir. de Paris et puis de Versailles. Et vous avez ici travaillé pour construire quelque chose d'absolument gigantesque parce qu'il a fallu aller fouiller au plus près des gens dans les archives les moins faciles d'accès. Les archives notariales.
Historian/Expert
Et le pire étant les archives judiciaires, les registres d'audience, de justice qui sont écrits très rapidement avec des abréviations et une plume accélérée qui est très difficile souvent à déchiffrer. Le notaire de Maflier, Claude Cagnet, Et maintenant un de mes amis, je n'ignore rien de ce qu'il a fait, il avait une écriture relativement correcte, mais les notaires de Bonbons-sur-Oise, tout à côté, parce que j'ai dépouillé également les fonds notariés voisins, étaient d'une écriture épouvantable également. Il a fallu que je revienne à plusieurs reprises dessus. Alors pourquoi j'ai voulu faire cela? Parce que j'ai découvert d'abord sa signature. La signature de Nicolas Delacour, qui est une signature à la trois mousquetaires, c'est une sorte de bottes de nevers, avec une graphie monumentale qui s'étale pleinement sur une page. En général, Nicolas Delacour, au plein pays, appose sa signature en haut, à gauche, le premier. ne passent devant lui que vénérables et discrètes personnes, Messire Pierre de Vauconcin, le curé de la paroisse, docteur en théologie, et à Paris évidemment les grands propriétaires. Mais sinon c'est lui qui est le premier là. Donc sa signature pour moi, a été une sorte de badge autoroutier qui me permettait d'aller à travers les minutes notariales et à travers les archives judiciaires, épouvantables comme je vous l'ai dit. Et j'ai retrouvé pour ce personnage inconnu dont il n'y avait pas d'acte de naissance, pas d'acte de décès, pas d'acte de mariage, une sorte de pinago au XVIIe siècle, j'ai retrouvé 289 fois sa signature qui a jalonné finalement une aventure au terme de laquelle j'ai voulu doté, Nicolas Delacour, quatre siècles après sa mort, d'un livre de raison, c'est-à-dire d'un récapitulatif, année après année, mois après mois, jour après jour, de tous les actes qui le concernaient, directement ou indirectement, à savoir évidemment les actes familiaux, cela va de soi à partir de l'état civil, notamment, ou des actes notariés, mais également les actes économiques qui portaient sur l'exploitation du sol, sur l'évolution de la grande culture, mais aussi des actes concernant la propriété, les partages, les ventes, les crédits, les hypothèques, et enfin les documents qui concernaient le contexte général, politique, social, culturel et économique de la région. Donc je l'ai fait d'une part pour toute sa vie, mais également en amont depuis le XVe siècle, en aval jusqu'au XIXe siècle. Et dans cette immense entreprise, c'est une base de données en fait, mais sous forme de livre de raison, dans cette base de données, j'ai centré mon propos sur cette année. que j'ai dépouillé intégralement. C'est-à-dire, tout ce que les notaires de maflier, tout ce que les juges de maflier avaient livré d'actes, donc c'était des milliers de documents, de 1637 à 1643, donc à la fin du règne de Louis XIII, je l'ai dépouillé. Parce que j'ai voulu derrière Nicolas Delacour ouvrir la chape de plomb qui cachait les voix de toute une population rurale. D'abord les voix des 120 familles de Maflier, mais également des quelques centaines de familles voisines qui travaillaient dans le cadre de la baronnie de Maflier, afin de voir d'une part ces éclats de voix, mais également ces accords, ces dissonances, et toutes ces relations sociales qui existaient, afin que la stratigraphie sociale des campagnes ne soit pas réduite à des exemples analytiques, ne soit pas limitée à des points de vue impressionnistes, mais puisse s'immerger dans une société qui parle, qui discute, qui joue, qui se combat, qui se réconcilie également. Et c'était important pour moi de dessiner finalement, bref, le scénario d'un film, un véritable script qui permette en quelque sorte aux acteurs de ressusciter et avec eux de retrouver ce que j'avais jamais réussi à faire jusqu'à présent, les traits de caractère, les comportements. les clans également, ces facteurs en quelque sorte qui expliquent les itinéraires, les choix des uns et des autres dans une société beaucoup plus divisée, beaucoup plus foisonnante de vies, d'une vitalité collective qu'on n'imaginait pas, qui était celle finalement d'un village serré, enserré dans les filets que Nicolas Delacour avait établis. A cet égard, Maflier, ce n'est pas la montagne magique de Thomas Mann, avec en quelque sorte des personnages retenus dans un sanatorium des Alpes suisses pendant sept ans, mais c'est la campagne magique. La campagne magique derrière les raies d'un autocrate avisé qui enserre pendant plus de 50 ans durant les relations sociales au village que l'on voit se décrypter les unes par rapport aux autres avec évidemment la position individuelle, économique et culturelle de chacun.
Jean-Marc Morisseau
Ce qui est magique, mais je dis magique c'est pour couvrir un travail gigantesque, c'est que vous les avez entendues ces voix.
Historian/Expert
Oui, puisque les notaires et les juges, il faut bien voir que le notaire, il est, il instrumente tous les jours de la semaine, quasiment. que le juge, il le vient une fois tous les 15 jours. Quand le juge vient, il y a 20 à 30 familles, entendez, le quart ou le tiers de la population du village qui comparaît. Quand ces acteurs comparaissent, il y a les enfants et les femmes également, pas uniquement les adultes. Et donc, il y a les propos que les uns et les autres se sont livrés, souvent des propos désobligeants. On voit évidemment les scènes de violence et les injures qui apparaissent et qui sont reproduites comme pièces à conviction. Mais à l'inverse, il y a les réconciliations car toute cette population-là arrive après à réparer les injures qu'elle a proférées finalement les uns contre les autres et il y a le sentiment de l'honneur qui intervient au titre de la réputation de ces paysans. Donc on a à la fois l'ordre et le désordre, la police des corps et la police des âmes. On a tous ces éléments qui interfèrent en même temps et je n'ai jamais vu à ce point le nombre de réconciliations et de réparations d'honneur intervenir puisque j'aurais dû en voir une quinzaine en l'espace de deux ou trois années à la fin du règne de Louis XIII autour de 1640.
Jean-Marc Morisseau
Nous sommes dans un monde de plaideurs.
Reader/Actor
Voici le fait. Depuis quinze ou vingt ans en ça, au travers d'un lien près, certains anons passent ça. Si Vautrat nous en fait un notable dommage, donc je formais ma plainte au juge du village. Je fais saisir l'anon, un expert nommé, à deux bottes de foin, le dégât estimé. Enfin, au bout d'un an, sentence par laquelle nous sommes renvoyés hors de cour. J'en appelle. Pendant qu'à l'audience on poursuit un arrêt, remarquez bien ceci madame, s'il vous plaît, notre ami Droulichon, qui n'est pas une bête, obtient pour quelque argent un arrêt sur requête. Et je gagne ma cause. À cela, que fait-on? Mon chicaneur s'oppose à l'exécution. Autre incident. Tandis qu'au procès, on travaille, ma partie, en mon prix, laisse aller sa volaille, ordonnée qu'il sera fait rappeur à la cour du foin que peut manger une poule en un jour. Le tout joint au procès. Enfin, toutes choses demeurent en état. On appointe la cause le 5e ou 6e avril 56. Mais vous, comme je vois vous plaider,
Jean-Marc Morisseau
Louis de Funès qui lit les plaideurs de Jean Racine. Avec Jean Racine, nous sommes un peu après l'existence de Nicolas Delacour. Nous sommes en 1668.
Historian/Expert
Non, on est la dernière année de vie de Nicolas Delacour.
Jean-Marc Morisseau
Voilà, exactement. C'est la fin de son existence.
Historian/Expert
Il faut bien voir. Et Nicolas Delacour aurait assuré en quelque sorte un prototype à Chicano. Il aurait donné à Racine sans doute des éléments complémentaires, à mon avis. Parce que l'une des clés de la réussite de notre personnage, c'est d'être un fin connaisseur du droit. et d'être toujours présent en justice, bien entendu, ou chez le notaire, pour pouvoir exciper de tel et tel élément de procédure qui va à son avantage. Il tenait une sorte de fichier général sur toute la population du village. il avait accumulé des actes de constitution de rente, des prêts hypothécaires qu'il donnait évidemment aux petits et aux médiocres, moyennant évidemment quelquefois une hypothèque sur des jardins fruitiers, sur des parcelles de terre, sur une maison qu'il pouvait relouer d'ailleurs à ses débiteurs s'ils acceptaient, s'ils réussissaient à lui accorder un loyer ou qu'il revendait, sinon qu'il relouait à d'autres personnages. Il accumulait tous les arriérés également d'impôts. Il était collecteur d'impôts, mais surtout, il a été receveur seigneurial. Et à ce titre, il faut bien voir que les charrettes de Nicolas Delacour passaient au mois de juillet, au mois d'août, en bout de champ, pour aller récolter notamment le champard. Or, ce champard, il était à trois taux différents, assez lourds, 10%, 12% et 16%, c'est des taux énormes. Par parenthèse, à l'égard de l'émission d'hier sur le Moyen-Âge, la cartographie des parcelles qui se sont champartées à Maflier, sous l'icône de la Cour, permet de voir les îlots de colonisation du XIe et du XIIe siècle. Il faut bien voir qu'il y a un va-et-vient important et que l'appareil seigneurial qu'on a vu se dessiner au Moyen-Âge, il est en place effectivement au XVIIe siècle et qu'un gestionnaire comme Nicolas de Lacour l'exerce avec talent et avec également beaucoup d'opiniatreté. Et avec ses fils et ses serviteurs, il vérifie donc que les gerbes soient bien là pour la dîme.
Jean-Marc Morisseau
Le champard c'est ce que l'on doit au seigneur, propriétaire de la terre, la dîme, ça c'est plutôt du côté de l'église.
Historian/Expert
Oui mais le seigneur avait confisqué la dîme puisqu'il avait été en principe habilité à reconstruire l'église du village au XVIe siècle. Si bien que nous sommes dans un pays de seigneurie forte, j'ai cru lire que la seigneurie en Ile-de-France, y compris parmi mes maîtres d'ailleurs, était relativement faible. Or, je dois avouer qu'ici, en voyant Nicolas Delacour exploiter les ressorts de la seigneurie, elle est extrêmement forte, à tout point de vue. Que ce soit les banalités, les impôts à partir du bout là, évidemment, mais également les lots et ventes, et Nicolas Delacour est un expert des lots et ventes. C'est-à-dire que quelqu'un qui n'arrive pas à payer ses droits de mutation, qu'on payait quand on achetait de la terre dans la seigneurie. Quelqu'un n'arrive pas à payer tout, il laisse tomber pendant quelques semaines, quelques mois, puis après il le fait signer une obligation, et puis ensuite une reconnaissance de dette, etc. Et puis quelques années après, Eh bien cet expert du recouvrement seigneurial fait main basse sur des jardins, sur des terrains, sur des maisons également. Et pour le champard, il vérifie vraiment que les gerbes soient toutes là, qu'elles soient de la bonne nature, parce que le champard c'est un prélèvement en nature, c'est une partie de la récote. La dîme c'est pareil. Or le seigneur il a la fois la dîme et le champard. Et donc Nicolas de Lacour il perçoit les deux. Alors une demi-dîme, Certes, parce que c'est impossible avec un champard de 10 à 16% d'ajouter une même quantité de dime. La dime est à 6%. Mais voyez quand même l'importance du prélèvement brut quand il faut réserver peut-être 15 à 20% du produit pour la semence et quand il faut payer le propriétaire. Donc les charrettes de Nicolas Delacour étaient redoutables quand elles arrivaient en bout du champ. Et lui n'était pas évidemment extrêmement estimé, mais il savait tout. Il avait confisqué d'ailleurs les cahiers de redevance des seigneurs précédents pour pouvoir bien s'y reconnaître à travers un parcellaire de plus d'un millier de parcelles qui payait l'ADIM et de 250 à 300 qui payait le champard à trois taux différents. Donc il connaissait son village sur le bout des doigts. Et donc quiconque était en retard était évidemment assigné en justice. Et donc tous les éléments de la procédure qu'évoque Racine avec Chicano, Nicolas Delacour en était l'expert et les avait pratiqués régulièrement. Et le plus étonnant, c'est qu'à la fin de sa vie, après sa mort, on a retrouvé une collection de papiers, de titres, absolument inouï, c'est-à-dire qu'il avait réussi à séquestrer pendant ses 50 ans la plupart des documents importants de la seigneurie, mais également de la paroisse, de la communauté rurale, l'ensemble des acquisitions qu'il avait faites, évidemment les documents familiaux et tous les prêts qui étaient les siens, si bien que quand le notaire a ouvert le sac d'un setier 120 kg où avait été remisé pendant plusieurs mois l'ensemble de ses titres et papiers, Il a mis des semaines et des semaines à inventorier. En principe, on prend l'alphabet pour inventorier de A à Z, sauf quelques lettres qui sont réunies comme le I et le J par exemple. Et puis si vraiment on a beaucoup de documents, on double l'alphabet, donc on fait de A à Z puis de AA à ZZ. Mais lui, il a fallu aller jusqu'à la lettre BBBBBB, c'est-à-dire prendre 7 fois l'alphabet pour retrouver 152 cotes qui rassemblaient 400 liasses et encore on n'avait pas tout terminé.
Jean-Marc Morisseau
Mais il connaît mieux le territoire que le Seigneur lui-même.
Historian/Expert
Bien sûr et à cet égard Nicolas Delacour est l'artisan d'une réaction seigneuriale à l'époque de Richelieu, dont on a un peu trop rapidement considéré qu'elle n'était que le préalable de la Révolution française, car quand on voit la manière avec laquelle il s'est administré les revenus seigneuriaux pendant des décennies, les titres qu'il s'est gardés, l'ardeur procédurière qui est la sienne. C'est non seulement le prototype, en quelque sorte, du Chicano, mais c'est le prototype du Rigaud, Balzac également, qui, au XIXe siècle, montre toute cette puissance économique de ces usuriers de campagne qui sont à l'action. Il a, en quelque sorte, toutes les armes à son action. Simplement, ce qui est étonnant, c'est que la réaction féodale ou seigneuriale, elle est faite dans le dos des seigneurs, par leur propre agent sur place.
Jean-Marc Morisseau
Honoré de Balzac.
Reader/Actor
Rigoux n'avait pas fait une seule maladie en 30 ans, et rien ne paraissait devoir atteindre cette santé vraiment insolente. Grand, sec, les yeux bordés d'un cercle brun, les paupières presque noires, quand le matin il laissait voir son cou ridé, rouge et grenu, Boulussi d'autant mieux comparé à un condor que son nez très long, pincé du bout, aidé encore à cette ressemblance par une coloration sanguinolente. Sa tête quasi chauve eut effrayé les connaisseurs par un oxypute en dodane, indice d'une volonté despotique.
Jean-Marc Morisseau
Honoré de Balzac, Les Paysans, 1844, avec une présentation d'un personnage qui pourrait nous faire penser beaucoup à Nicolas Delacour.
Historian/Expert
Alors oui, on ne savait pas s'il avait un coup de condor. En revanche, il est sûr que c'était un personnage extrêmement avide, opiniâtre, qui portait son chapeau, qui portait une épée, parce que la société est quand même très violente et très dangereuse. On a souvent des armes, les poignards, les épées, les pistolets servent régulièrement. On fait attention quand même, on blesse les gens, on les tue pas, sauf exception. Mais Nicolas Lacour, il avait d'ailleurs beaucoup d'ennemis, il avait intérêt à se protéger. Il montait à cheval. Il les montait à cheval jusqu'à la veille de sa mort, à 80 ans. Il allait régulièrement à Paris, mais il allait aussi à Pontoise, il allait à Saint-Lys, ce qui était les tribunaux dont dépendait ma filiée. Et je pense qu'il a passé plus de temps à cheval en dehors de son village que dans son village lui-même, où son emploi du temps était quand même extrêmement serré, également. Et ce personnage a été un chef de tribu, un chef de clan, de toute façon, qui, de main de maître, a été à l'origine d'une véritable dynastie qui faisait la loi sur Maflier et qui démontait les concurrents. et des concurrents il y en avait, soit des petits et moyens laboureurs qui remontaient à Charles VII ou à Louis XI et qui vivotaient encore avec 25, 20 ou 25 hectares encore à l'époque de Louis XIII, soit des concurrents parce que, sans trop noircir l'image de Nicolas Delacour, il avait à côté de lui d'autres laboureurs qui étaient également de fin limier, qui étaient extrêmement aproguins, comme par exemple Martin Lefort, qui était procureur syndique, ou Nicolas Buquet. Ces deux personnages ne sont pas beaucoup plus sympathiques que Nicolas Delacour. Eux aussi ils prêtent, eux aussi ils raflent des jardins, eux aussi ils exploitent la misère du monde. Simplement, il y a une concurrence acharnée entre trois ou quatre familles, il y a des clans. qui transparaissent jusque chez le notaire et à l'égard du fisc. Par exemple, scène étonnante, vers 1640, chez le notaire Cagnet arrivent les deux asséeurs-collecteurs de la taille. L'un, qui est Michel Lefort, qui est donc le procureur fiscal, j'ai dit Martin, c'est Michel en fait, il a voulu abaisser la cote de taille de son cousin et de son neveu. et la sienne en même temps. Il s'est acoquiné avec l'autre asseyeur-collecteur. Évidemment la taille, il faut bien voir que si on abaisse la cote d'un contribuable, on remonte évidemment celle des autres. Donc il a voulu avantager son parti. Et devant le notaire, l'autre asseyeur lui dit « je suis d'accord, je ne dirai rien, simplement si jamais Cette affaire s'évente et qu'on vient à demander une action en justice, eh bien c'est toi qui paiera tous les frais, etc. Et le notaire enregistre tout. C'est tout à fait stupéfiant. Une fraude fiscale organisée chez le notaire. On a l'impression que l'historien a posé ses micros chez le notaire de maflier en 1740. Il est vrai que chez le notaire on voit beaucoup de choses qu'on n'imagine pas aujourd'hui. qui montre une société, avec ses animaux notamment, qui est en perpétuelle évolution, transformation, d'une très grande vitalité, et surtout en conflit
Jean-Marc Morisseau
permanent. Et c'est ça, c'est un monde violent, un monde de conflits, un monde de pinailleurs aussi, et puis un monde dans lequel nous trouvons Nicolas Delacour, le pouvoir au village au cœur du XVIIe siècle. Nicolas Delacour, c'est le patriarche, on peut le parler quand même, et le coq du
Narrator/Singer
village. Grand-papa l'aboureur ne sait qu'une chanson plus vieille que sa maison Aussi jeune que son coeur qu'il chante en l'amourant au fils de son garçon Qu'est un malin petit drôle Et quand le dernier sillon a fumé sous les bœufs dans le grand champ près du petit bois Grand-papa l'aboureur et le fils de son garçon entendent à qui mieux mieux sur le chemin de la maison Comme mon grand papa mourra, j'aurai sa vieille culotte. Comme mon grand papa mourra, j'aurai sa culotte de drap. Oui, j'aurai sa veste et sa casquette. Oui, j'aurai sa dépouille complète. Comme mon grand papa mourra, j'aurai, j'aurai sa culotte. Comme mon grand papa mourra, j'aurai sa culotte de drap. Et quand il va aux prés Cueillir des branches de saule Le malin petit drôle Rêve au bouton doré Avec dessiné dessus Des têtes de sanglier Rêve à la veste en velours De grand-père laboureur Quand il pose des lacets Dans le petit bois près du grand champ Et le fils du garçon De grand-père laboureur Entraîne pour lui tout seul Sur le chemin de la maison Quand, quand, quand, quand mon grand-papa mourra, j'aurai sa vieille culotte. Quand mon grand-papa mourra, j'aurai sa culotte. Oui, j'aurai sa veste et sa casquette. Oui, j'aurai sa dépouille complète. Quand mon grand-papa mourra, j'aurai, j'aurai sa culotte. Quand mon grand-papa mourra, j'aurai sa
Historian/Expert
culotte.
Narrator/Singer
Grand-papa, la bourreuse, est mort au petit matin dans la remise au foin. Alors le père du petit, avec les oripeaux du grand-père, mort trop tôt, fit un épouvantail pour faire peur aux corbeaux qui déterrent les semailles dans le grand champ près du petit bois. Et sa besogne achevée, sans savoir ce qu'il a fait, il s'est mis à siffler sur le chemin de la maison.
Historian/Expert
France Culture, le cours de
Narrator/Singer
l'histoire. Xavier
Jean-Marc Morisseau
Mauduit. Catherine Sauvage, grand-papa, laboureur dans le cours de l'histoire sur France Culture, une émission réalisée par Thomas Beau, avec aujourd'hui à la technique François Saint-Jour et aujourd'hui Jean-Marc Morisseau. Vous nous présentez Nicolas Delacour. et de manière plus large cette société du début du XVIIe siècle. Cette société paysanne, je dis le début en fait, c'est cette grande partie du XVIIe siècle, sachant que ces sociétés paysannes sont en mouvement constant. Et c'est absolument fascinant de voir comment tout cela se construit. Je propose, après avoir écouté Catherine Sauvage, malgré tout de donner une place aux femmes dans ces sociétés paysannes. Vous nous avez parlé d'Anne, Anne Ferry, l'épouse de Nicolas Delacour. Ces femmes sont très présentes dans ces sociétés
Historian/Expert
paysannes. Alors, elles sont très présentes. Il faut voir que l'historien qui veut les chercher, les trouve dans les archives. Évidemment, s'il ne veut pas les chercher, il ne les trouvera pas. Parce qu'elles n'apparaissent pas au premier plan. On dira que c'est la femme de Nicolas Delacour, c'est la fille de Nicolas Delacour, que c'est tel manouvrier ou tel tisserand qui va aller chercher du bois avec sa femme et ses enfants. Mais on les voit très présentes en justice. D'abord, au niveau des laboureurs, il y a une laboureuse qui est une veuve qui est en charge d'exploitation avec son neveu. Perrette Perrault, qui donne du fil à retordre d'ailleurs à Nicolas Delacour parce qu'elle ne paie pas toujours ses lois et ventes et ses droits seigneuriaux. Il y a également une autre veuve, Catherine Brunard, qui est, elle, la belle-mère de l'un des fils de Nicolas Delacour, Antoine, qui joue un rôle important. Elle a également prêté de l'argent à des personne du village, et elle prend des gages, et on voit tous ces gages, c'est-à-dire les robes, la vaisselle, les meubles, qui sont toujours en quelque sorte remisés, au cas où le débiteur ne réglerait pas sa dette. Et puis, il y a deux types de femmes qui m'intéressent beaucoup. Les femmes des des pauvres, les femmes qui vont aller chercher du glan en forêt avec leurs enfants, ou qui vont aller chercher du bois, vif ou mort, pour faire fumer leur cheminée. Et il y a, à cet égard, à maflier ce que Balzac appelait des feux de veuve, c'est-à-dire des feux qui sont misérables, dont les cheminées finalement emmagasinent que peu de bois, et beaucoup de bois vert en particulier, parce qu'elles n'ont pas les moyens d'avoir des grosses bûches, évidemment, qui permettent d'avoir une cheminée ardente. Il y en a. Et dans les procès-verbaux que les sergents de la seigneurie effectuent dans les forêts de Maflier, pour le compte de Nicolas Delacour, il y a beaucoup de femmes. Et puis il y a la femme de Nicolas Delacour. Alors là j'aurais aimé consacrer un chapitre entier à cette Anne Ferry, épousée en 1610, morte en 1653. J'ai réussi à lui accorder douze pages. Et pourtant j'y ai passé beaucoup de temps. Mais ces douze pages me paraissent évidemment très importantes. Car cette Anne Ferry, d'abord, elle ouvre à Nicolas Delacour des réseaux familiaux, en le dotant immédiatement de quatre beaux-frères, les Chartiers, les Galerans, les Maignans, qui jouent un rôle très important dans les fermes depuis très longtemps, à trente kilomètres à la ronde. donc des réseaux d'alliances de crédit, etc. Mais aussi, elle est gestionnaire et elle aide son mari. Et là, qu'elle n'a pas été ma bonne surprise que de découvrir, dans les rôles de justice en particulier, qu'elle allait apporter de l'étoffe, de l'étoupe à des tisserands pour assurer le tissage avec l'une de ses filles. que de voir qu'elle avait des démêlés avec le berger pour compter les toisons qui avaient été effectivement effectuées après la tombe des moutons, qu'elle allait au marché de Pontoise également. Donc toutes ces petits travaux et ces menus opérations commerciales qui sont quand même importantes, on les voit à travers la justice. Et puis il y a plus gros, Il y a le fait que pour les engagements principaux d'un fermier, c'est-à-dire les beaux à fermes, les contrats de fermage auprès des grands propriétaires parisiens, Anne Delacour est toujours là. Soit elle est directement avec son mari, soit elle revient à Paris plusieurs mois après pour contre-signer les arts. Car les propriétaires parisiens entendent bien faire peser sur le patrimoine d'Anne Ferry également une hypothèque pour asseoir la solidité des contrats. Donc elle joue un rôle important. Et peut-être ma plus belle surprise a été de voir un jour dans le trousseau de mariage de l'un des fils de Nicolas et d'Anne, Nicolas de Lacour-Lejeune, la description de l'ensemble des devantiers, des tabliers, du linge, du mobilier qui était accordé en 1642, donc on a la fin du règne de Louis XIII toujours, est en tête d'une manière manuscrite par le premier notaire indiquant qu'Anne Delacour avait présidé avec une autre de ses belles-filles et puis la mère évidemment de la mariée à l'estimation de l'ensemble de ce trousseau. Ce document aurait dû disparaître car les notaires ne conservent qu'une version définitive des contrats mais il y avait Ici, la liste d'origine où Anne Delacour était en tête. Alors c'est rare parce que souvent, elle est dans l'ombre du mari. Et enfin, il faut bien voir qu'elle a joué un rôle temporisateur extrêmement important à l'égard de ce personnage qui est comme Rigoux de Balzac, qui est aproguin et qui a été un autocrate au sein de sa famille. Il fallait faire régner un peu la paix au ménage entre les générations, avec les enfants, etc. Et je ne peux que saluer rétrospectivement la place de cette femme, de toute façon, de même que bien d'autres. Je pense, pour terminer sur les femmes, à la femme d'une journalière, à la femme d'un manouvrier. qui s'appelait Denise de Moiselet. Alors, quand on parle de manouvriers, c'est les gens qui n'ont que leurs bras, leurs mains pour travailler, qui sont des ouvriers agricoles, au service des fermiers. Elle, Denise de Moiselet, elle habitait dans une toute petite maison de maflier, avec ses deux fils d'ailleurs tout à côté, et quand elle meurt, qu'elle n'a pas été ma surprise de voir qu'au château, elle avait remisé ses atours, ses habits de mariage, et puis d'autres beaux habits, avec des robes, des tabliers, avec un peu de velours, qui ont attiré l'intérêt des coquettes du village, y compris les femmes de Laboureur qui, après sa mort, ont racheté ses habits. Ces habits avaient été mis au château parce que le château, et je reviens à l'émission d'hier également, sert de refuge de tous les meubles en cas de péril. Ce n'est plus l'église. Depuis les guerres de religion, l'église n'est plus, en quelque sorte, un sanctuaire véritable. C'est le château de Maflier qui reçoit, pendant la guerre de 30 ans, pendant l'affronte également, les biens meubles et les coffres qui protègent une partie des richesses du
Jean-Marc Morisseau
village. C'est comme un coffre-fort, c'est une sorte de banque. D'ailleurs Nicolas Delacour et son épouse Anne Ferry ne vivent pas seuls, on l'imagine bien. La famille est nombreuse et puis autour de la famille il y a la domesticité, puis tous les ouvriers, les ouvrières agricoles. Vous avez une idée Jean-Marc Morisseau du lieu où ils habitaient? Est-ce qu'on peut se représenter un peu à quoi ressemblait la
Historian/Expert
ferme? Oui, j'ai pu reconstituer le village et même le cartographier par une étude régressive depuis le XVIIIe siècle où on a un plan terrier et puis avec les documents notariés. Pour faire simple, Nicolas de Lacour et Anne Ferry emménagent en 1638 dans une maison qui est au carrefour principal du village, qu'on appelle le carrefour du Paty, qu'ils agrandissent d'ailleurs peu à peu, et qui est un emplacement stratégique, puisqu'elle donne d'un côté sur le château, d'un autre côté avec une rue vers l'église, d'un troisième côté vers la ferme seigneuriale, qu'ils ont gérée pendant très longtemps, et cette belle construction, remaniée par leur petit-fils à l'époque de Louis XIV, existe toujours et constitue un véritable décor de film, de toute façon, de même que les maisons du village, parce que Mafflier à conserver la quasi-intégralité de ces maisons du XVIIe et XVIIIe siècle. Donc on voudrait jouer, genre d'une pièce de théâtre, ou monter un film sur un village au XVIIe siècle, que le décor serait tout
Jean-Marc Morisseau
trouvé. Et puis ils étaient nombreux dans ces fermes-là, avec tous ces éléments que nous évoquons ici, Jean-Marc Morisseau. On l'entend bien, l'histoire d'un village ne se résume pas aux personnages importants. Nicolas Delacour, pourquoi pas, le coq du village, et puis on y ajoute le seigneur, le baron, la baronne, et puis on y ajoute M. le curé. Mais non, vous, vous avez été beaucoup plus
Historian/Expert
loin. Bien sûr, alors même... Restons du côté de M. le curé. Il faut bien voir que l'Église, au XVIIe siècle, joue un rôle très important de pacification des mœurs, bien entendu. Et le curé est surtout son vicaire, joue le rôle d'artisan de paix. Mais l'Église est également le théâtre d'une sociabilité festive de la part du village, qui se réunit notamment le jeudi saint pour faire un grand banquet aux grandes dames de l'évêque de Beauvais, l'évêque Potier, qui est un évêque janséniste, et cette église, elle est divisée. Il y a en effet deux types de conduites religieuses au XVIIe siècle. Une conduite traditionnelle, qui respecte un peu les rythmes anciens, qui est liée au Seigneur. On l'a vu encore hier, le Seigneur a un chaplain. et puis l'église tridentine qui veut réformer les mœurs après le concile de Trent. Or, il faut bien voir qu'à Maflier, les cloches sonnent toujours deux fois. parce que le chaplain du seigneur a pris la mauvaise habitude, ou la bonne habitude, de faire sonner sa messe en même temps que la messe du village. Alors ça crée véritablement une anarchie, puisqu'on a la messe à la carte, en quelque sorte, et les libertins, comme dit le curé du village, vont à la messe du chaplain, alors que les bons pratiquants vont à la messe dans l'église. Et quand le chaplain vient dans l'église, il ne se met pas toujours à la même heure. à la même place, ils ne portent pas toujours tous les habits ecclésiastiques, etc. Ça établit du désordre. Et enfin, dans cette époque de ferveur religieuse, eh bien on va à la confession à la carte, également. Puisqu'il y a des confesseurs qui sont les pénitents de Franconville qui viennent, qui sont très libéraux, eux, et qui apprécient beaucoup les gens de Maffilliers, comme d'autres confesseurs de la région, au détriment du curé et de son vicaire. Donc il faut bien voir que la société est très animée parce que les ferments de la réforme catholique existent. À ma fliée même, grande était ma surprise de découvrir dans un petit prioré Jean Acary qui était le prieur, qui est artisan de paix lui également. C'est le fils de madame Acary. qui a introduit le Carmel en France. On a donc un lien avec toutes les grandes figures de la réforme catholique, et le curé comme Akkari sont liés à Bérulle, à Bourdoise, à Vincent
Jean-Marc Morisseau
de Paul, etc. Oui, parce que dans cette histoire-là, bien sûr, nous sommes dans un village, Mafliguier, mais nous sommes en lien avec une histoire beaucoup plus large. Vous venez d'évoquer ces grandes transformations religieuses. On pourrait parler d'une autre histoire qui, elle, est plus politique. C'est la guerre de 30 ans. Ce sont les révoltes paysannes. Ce sont les Nupiers en Normandie. Ce sont les croquants. Et puis, en 1668, octogénaire, Nicolas Delacour faiblit un peu. La mort est
Narrator/Singer
proche. la
Reader/Actor
frontière. Travaillez, prenez de la peine, c'est le fond qui manque le moins. Un riche laboureur, sentant sa mort prochaine, fit venir ses enfants. L'or parla sans témoin. Gardez-vous, leur dit-il, de vendre l'héritage que nous ont laissé nos parents. Un trésor est caché dedans. Je ne sais pas l'endroit, mais un peu de courage vous le fera trouver. Vous en viendrez à bout. Remuez votre champ dès qu'on aura fait l'août. Creusez, fouillez, bêchez, ne laissez nulle place où la main ne passe et repasse. Le Père mort, les fils vous retournent le champ de ça, de là, partout, si bien qu'au bout de l'an, il en rapporta davantage d'argent. point de cacher. Mais le père fut sage de leur montrer, avant sa mort, que le travail est un
Jean-Marc Morisseau
trésor. Jean de La Fontaine, Le laboureur et ses enfants, édité pour la première fois en 1668, là, né de la mort de Nicolas Delacour. C'est pas possible, La Fontaine évoquait Nicolas Delacour. C'est beau, cet héritage-là. C'est ça aussi, c'est qu'il y a une dynastie, il y a une grande famille, il y a toute cette histoire de transmission par le mariage, on l'a dit, avec Anne Ferry, puis vers les
Historian/Expert
enfants. Tout à fait. Alors les enfants ont été dotés d'ailleurs de manières très inégales. Le temps nous interdit de développer tout cela, mais Nicolas Delacour s'est comporté véritablement comme un patriarche méridional. On pense à l'affaire Gaston Dominici, on pense à ces grands laboureurs et ménagers du Midi qui cherchent choisissent leurs héritiers. Ils donnent 2200 livres à ses deux premiers fils, ils donnent 5500 livres à sa première fille, parce qu'elle épouse un homme d'affaires de l'époque de Louis XIII, qui va jouer un rôle important. Ils ne donnent plus que 2800 livres au quatrième fils. Et puis, les deux dernières d'hôtes, c'est 2200 et 4000 livres. Enfin, ce n'est pas rien. Il a fallu quand même mobiliser 15000 livres Mais pour revenir à la fontaine, le trésor de Nicolas Delacour, il est dans ces papiers. Et pour l'historien, c'est une bénédiction. Ces papiers, c'était une malédiction pour les paysans de l'époque. Mais creuser, fouiller, bêcher, ne laisser nulle place où la main ne passe et repasse, eh bien regardez, le trésor qu'a laissé Nicolas Delacour, c'est ces 400 documents. qui ont été inventoriés après sa
Jean-Marc Morisseau
mort. Avec ici cette histoire d'un laboureur au grand siècle. Le laboureur c'est pas rien d'être laboureur, il a sa charrue, alors une au moins. Et puis dans cette histoire-là, il y a ce panorama gigantesque que vous dressez Jean-Marc Morisseau. Et pour l'évoquer mais de manière beaucoup plus contemporaine à travers les générations, Quentin est avec nous. Bonjour
Narrator/Singer
Quentin.
Jean-Marc Morisseau
Bonjour. Tu as quel
Narrator/Singer
âge? 12
Jean-Marc Morisseau
ans. Quel est le lien avec Jean-Marc
Historian/Expert
Morisseau? Jean-Marc Morisseau étant mon grand-père, du côté de ma
Jean-Marc Morisseau
mère. Avec cet arbre généalogique que je vois, c'est quoi cet arbre
Narrator/Singer
gigantesque? Cet arbre généalogique est l'arbre généalogique
Historian/Expert
de ma famille du côté de mon
Narrator/Singer
grand-père, remontant jusqu'à Nicolas Delacour, voire même un siècle
Jean-Marc Morisseau
au-dessus. Et t'es où toi
Narrator/Singer
là-dessus? Je suis tout en
Jean-Marc Morisseau
bas. Alors comment ça se passe les repas en famille? Il en parle beaucoup de cette
Narrator/Singer
histoire-là? Oui, souvent. Ça intéresse quand même pas mal
Historian/Expert
de gens dans la
Jean-Marc Morisseau
famille. J'imagine, c'est quelque chose d'absolument sensationnel parce que Jean-Marc Morisseau, moi je vais vous le dire, votre livre je l'ai lu par l'intérêt de la démarche de l'historien que vous êtes avec cette recherche des archives et puis aussi par tout ce qu'on apprend autour de Nicolas Delacour, mais comme cette toile de fond de ce travail généalogique qui nous passionne, tout ce qui nous intéresse, nous avons des noms. Nous avons une date de naissance, une date de décès, au mieux parfois un mariage, et c'est tout. Et vous, vous dressez en fait tout ce qu'il y a
Historian/Expert
derrière. Ce qui est important, c'est de faire revivre les gens, même pour l'historien, en dehors de la généalogie. Collectionner des inventaires ou bien des exemples impressionnistes avec uniquement un nom, un prénom et puis quelques lignes ou quelques pages me semble très insuffisant. Je voulais ressusciter vraiment la vie, les paroles, les comportements et les relations sociales, pour permettre de tout comprendre, y compris la véritable guerre sociale qui a existé à Maflier dans une trentaine de villages, en réaction à l'égard de Nicolas Delacour et de bien d'autres personnages, qui montre qu'au début de la guerre de 30 ans, il n'y a pas que les croquants, il n'y a pas que les nupiés, mais en Ile-de-France également, il y a des conflits sociaux extrêmement importants qui montrent qu'on passe progressivement du Moyen-Âge à l'époque moderne. Il y a vraiment une sorte de grande fissure qui apparaît où le capitalisme s'engouffre et où la société
Jean-Marc Morisseau
s'effrite. Avec ici ce lieu, Quentin, vous y avez été en famille à Mafliguier pour faire une
Narrator/Singer
sortie? Non, pas encore, mais je pense que papy aimerait
Jean-Marc Morisseau
vraiment. Jean-Marc, il va falloir organiser ça, emmener toute la famille. Est-ce qu'il est possible, parce que Delacour c'est un nom en Ile-de-France courant, et au-delà de l'Ile-de-France parce que les gens se déplacent, d'imaginer une réunion Combien de descendants vous en avez
Historian/Expert
contacté? Il y en a des milliers.? Le livre a fait l'objet d'un lancement sur Mafly et la commune voisine de Monceau. Il y avait une trentaine de mes cousins, entre guillemets mes cousins, parce que mon itinéraire d'historien est tout à fait étonnant. Je me suis retrouvé cousin de dizaines de personnes que j'avais fréquentées depuis 30 ou 40 ans dans le cadre de mes recherches, puisque la plupart des descendants des agriculteurs du bassin parisien peuvent avoir une ascendance liée à Nicolas
Jean-Marc Morisseau
Delacour. Donc vous avez mis les arbres généalogiques qui ne sont pas complets parce que ce n'est pas possible de mettre un arbre généalogique complet. Il y a les arbres généalogiques qui nous aident à parcourir Nicolas Delacour, votre ouvrage. Mais sinon, on n'en finit pas avec les
Historian/Expert
fratries. Bien sûr, mais ce qui est important, j'ai voulu singulariser par l'index et trois tableaux généalogiques simplement les relations sociales au village et comment Nicolas Delacour était arrivé dans ses positions de domination, comment il l'avait conservé également. et je l'ai suivi pendant une ou deux générations, encore après lui. Avec des destins fabuleux, dans tous les sens, jusque au conte de Perrault, puisque la noirceur du personnage est restée auprès d'une de ses filles, qui a été véritablement terrible à l'égard de sa propre belle-fille. J'ai l'impression de voir Cendrillon, qui est là, avec sa belle-mère, au sein des deux
Jean-Marc Morisseau
lacours. Voilà, alors qu'il y a des grands-pères qui lisent les contes de Perrault à leurs petits-enfants. Quentin, ton grand-père te lit ton histoire familiale. Voilà, à toi maintenant de prendre la relève, historien du monde rural, pourquoi pas en tout cas. Merci beaucoup d'être venu aujourd'hui dans le Cours de l'Histoire. Et Jean-Marc Morisseau, merci vivement. Nicolas Delacour, Le Pouvoir au village au cœur du XVIIe siècle, c'est publié chez Talendier. Merci
Historian/Expert
beaucoup.
Jean-Marc Morisseau
Merci. Et dans le Cours de l'Histoire, prochain épisode, au temps des notables, le maire au centre du village, et au cœur de nos
Reader/Actor
vies. Qu'est-ce qui a fait le chat? Elle ne fait pas le chat, monsieur le
maire. C'est son
nom. Consentez-vous à faire miaou, à prendre miaou pour épouse? Je ne discuterai pas monsieur. Les conditions y est accoutumées dans lesquelles nous nous
Jean-Marc Morisseau
trouvons. Voulez-vous répondre oui ou
Historian/Expert
non? Je réponds oui, bien
Narrator/Singer
entendu. Si vous voulez bien signer, monsieur, madame et les
Jean-Marc Morisseau
témoins. Ils étaient neuf célibataires le film de Sacha Kytri pour terminer le cours de l'histoire sur France Culture. Cette émission préparée par Maël Vincent Randonnier, Jeanne Delucroix, Jeanne Copert, Raphaël Laloume et Maïwenn Gizou ainsi que Chloé Rouillon. Cette émission et toutes les précédentes sont à écouter à podcaster sur notre site franceculture.fr et l'appli Radio
L’épisode plonge dans la vie de Nicolas Delacour, "coq du village", laboureur et gestionnaire rural dans l’Île-de-France durant le XVIIe siècle, pour dévoiler la complexité sociale, économique et politique d’une communauté villageoise, bien au-delà de la simple biographie. À travers Delacour, Jean-Marc Morisseau livre une fresque animée et documentée de la société paysanne à l’Ancien Régime – ses solidarités, ses conflits, ses transmissions intergénérationnelles et la place du pouvoir local.
"Trente ans après, à la faveur d'une recherche généalogique, je m'aperçois que je descends directement de ces deux Lacour..."
– Historien/Expert [03:45]
"Il réussit à obtenir les leviers de puissance essentiels qui se situent à l'intérieur de l'appareil seigneurial et pas du tout derrière les mandats électifs..."
– Historien/Expert [06:38]
"Il y a une véritable spéculation sur les jardins fruitiers"
– Historien/Expert [08:15]
"Le XVIIe siècle est un siècle assez malchanceux où il y a… plus d'épidémies… plus de disettes prononcées…"
– Pierre Goubert [10:07]
"J'ai voulu derrière Nicolas Delacour ouvrir la chape de plomb qui cachait les voix de toute une population rurale..."
– Historien/Expert [17:00]
"L'une des clés de la réussite... c'est d'être un fin connaisseur du droit et d'être toujours présent en justice..."
– Historien/Expert [24:20]
"Ce monde, c’est un monde violent, de conflits permanents..."
– Jean-Marc Morisseau [35:26]
"Je ne peux que saluer rétrospectivement la place de cette femme, de toute façon, de même que bien d'autres..."
– Historien/Expert [44:24]
"Le trésor de Nicolas Delacour, il est dans ces papiers. Et pour l'historien, c'est une bénédiction. Ces papiers, c'était une malédiction pour les paysans de l'époque."
– Historien/Expert [52:20]
Sur le pouvoir local :
"C’est la campagne magique… derrière les raies d’un autocrate avisé qui enserre pendant plus de 50 ans durant les relations sociales au village."
– Historien/Expert [20:18]
Sur l’importance de ressusciter la vie sociale :
"Faire revivre les gens, même pour l’historien, en dehors de la généalogie... Je voulais ressusciter vraiment la vie, les paroles, les comportements et les relations sociales."
– Historien/Expert [54:31]
Sur la vitalité et la conflictualité du rural :
"Il y a vraiment une sorte de grande fissure qui apparaît où le capitalisme s’engouffre et où la société s’effrite."
– Historien/Expert [55:20]
L’émission révèle la richesse d’approche d’une histoire rurale qui est à la fois micro-histoire et observation des dynamiques économiques, sociales, religieuses et psychologiques. Nicolas Delacour incarne à la fois l’autocrate de village, le gestionnaire redoutable et l’ancêtre prolifique d’une dynastie paysanne, illustrant la vitalité et les fractures d’un monde rural en pleine mutation.
"Avec Nicolas Delacour, c’est tout le village que l’on fait revivre, dans ses contradictions, ses ambitions, ses transmissions – et sa mémoire encore vivante dans l’arbre généalogique de l’historien."
– Synthèse générale