
Au temps des notables, le maire au centre du village
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Corinne Marache
Autant
Host / Interviewer
des notables, le maire au centre du village. Il y a eu les échevins, les consuls, les syndics et il y a Monsieur le maire. Monsieur le maire, personnage important dans sa commune. Il représente ses administrés auprès du pouvoir, du préfet, du gouvernement, de l'État et il représente le pouvoir au plus près des gens nommés ou élus. Ça dépend des régimes. Le maire, dans sa commune, est un relais de pouvoir.
Narrator / Actor (reading literary excerpts)
A son aspect, tous les chapeaux se lèvent rapidement. C'est le maire de Verrières, monsieur de Rennal. Il est riche.
Actor (reading dialogue excerpts)
Le camarade maire prie monsieur l'archiprêtre d'honorer de sa présence la cérémonie de caractère social qui se déroulera demain à 10h, place de la liberté.
Narrator / Actor (reading literary excerpts)
Monsieur le maire, cela ne se peut pas. Comment? Ça est malheureux à insulter un bourgeois. Inspecteur Javert, écoutez. Vous êtes un honnête homme. Et je ne fais nulle difficulté de m'expliquer avec vous. Monsieur le maire, permettez... Plus un mot. Pourtant... Sortez.
Corinne Marache
Le cours de l'histoire.
Host / Interviewer
Voilà, il est sorti. Mais nous on est là. Bonjour Corinne Marache.
Corinne Marache
Bonjour.
Host / Interviewer
Vous êtes historienne, professeure d'histoire contemporaine à l'université Bordeaux-Montagne. Avec cette réflexion que nous avons autour de la figure du maire, personnage important disais-je, au XIXe siècle, donc vous êtes la spécialiste, c'est sûr que c'était un personnage incontournable. Il est au plus près des gens, c'est le pouvoir au plus près de la population.
Corinne Marache
Ah oui, clairement, au XIXe siècle, c'est vraiment le maire qui, localement, incarne le pouvoir. Il faut bien avoir en tête que cette population rurale, elle est quand même souvent encore, au moins au début du siècle, très éloignée des choses du pouvoir, très éloignée des grands centres politiques et décisionnaires. Donc, ce maire incarne clairement la représentation du pouvoir au village.
Host / Interviewer
Et puis on a quand même un va-et-vient de population qui fait que les relais sont nombreux entre le pouvoir central, souvent à Paris, avant c'était à Versailles, et puis ce qui se passe dans les populations, nous avons des gens qui se déplacent beaucoup, qui cumulent parfois des fonctions, qui sont dans des réseaux qui leur permettent d'avoir des informations.
Corinne Marache
Oui, ce maire est au plus près lui, en tant qu'interface finalement, de tout un tas de responsables et d'autres représentants de l'État. Les conseillers d'arrondissement, les conseillers généraux, quelques sénateurs parfois, certaines viennent au village, on aura peut-être l'occasion d'en parler ce matin, et le maire les rencontre à moult reprises. Donc effectivement, il est dans ces réseaux, il a toutes ces informations. C'est par exemple lui qui informe ses concitoyens, des changements de régime, etc. Donc c'est un personnage majeur et un personnage qui est en connexion permanente avec d'autres personnages de l'État.
Host / Interviewer
Ben voilà, c'est pour ça qu'il faut lui consacrer une émission à ce moment-là. Avec aujourd'hui pour en parler Gaëlle Chercosset, bonjour.
Gaëlle Charcosset
Bonjour.
Host / Interviewer
Vous êtes historienne, professeure ici d'histoire-géographie avec une thèse, la politique au village, histoire sociale de l'institution municipale. Avec ici, moi je voudrais de votre part une précision. Parce que bien souvent l'idée que le maire naît avec la révolution est avancée. Est-ce qu'on peut le dire? Est-ce qu'il existait des maires avant la révolution?
Gaëlle Charcosset
Alors, au moment de la Révolution, les différents statuts qui existaient dans les villes, paroisses, bourgs, est unifié par un décret le 12 novembre 1789. Donc on met fin à cette diversité des termes qui étaient utilisés. Comme vous l'avez dit en introduction, on trouvait le terme d'échevins, de consuls, de capitules. Et là, ce décret uniformise à la fois l'organisation de l'institution et la dénomination sous le titre de maire.
Host / Interviewer
Voilà, parce qu'au moins il se passe quelque chose sous la Révolution, on le comprend, ça ne veut pas dire qu'auparavant il n'y avait pas d'institutions municipales. Corinne Marache, la longue histoire de ces institutions municipales, on ne va pas la tracer ici, mais il y avait une grande diversité de situations, mais l'existence quand même de décisions au plus près des gens.
Corinne Marache
Oui, la Révolution, en instaurant ce premier niveau, finalement, de l'État qu'est la Commune, uniformise les situations et change complètement la donne. Finalement, c'est une première étape de tout un processus qui va s'opérer au XIXe siècle et dans lequel le maire joue un rôle capital, qui est celui d'une forme d'intégration nationale. Parce que cette uniformisation des institutions, via la mise en place de la Commune et du Conseil municipal et du maire, elle est aussi un des rouages essentiels de cette intégration nationale et finalement de cette inscription de la Commune dans un processus qui va l'amener jusqu'à l'état-nation à la fin du siècle.
Host / Interviewer
Gaëlle Charcosset, vraiment, c'est au niveau de la Commune, à cette échelle-là, que l'on sent que se construit la France. On voit bien dans ce que vous nous dites que la naissance des maires au sens moderne du terme, en décembre 1789, c'est une histoire réellement nationale et locale. C'est très intéressant à voir. Ça se décide peut-être à Paris, mais la réalité, c'est sur le terrain.
Gaëlle Charcosset
Voilà, exactement. On a affaire, par les profils sociaux, à des personnes bien établies, et justement, le pouvoir joue aussi de cette assise sociale pour assurer son audience.
Host / Interviewer
Comment d'ailleurs sont-ils choisis ces maires quand en 1789 on décide d'unifier, alors il y a les communes qui sont créées et puis ce système avec des conseils municipaux et des maires, ils sont choisis comment les maires? Gaëlle Charcosset?
Gaëlle Charcosset
Oui pardon, excusez-moi. Ils sont élus dans un premier temps. L'institution bouge en réalité sur ces années révolutionnaires et il y a d'autres personnels municipaux qui les accompagnent. Il y a aussi un procureur qui est un agent national ensuite sous la terreur qui représente l'État et puis il y a les officiers municipaux par ailleurs. Donc on a des statuts différents sous la révolution.
Host / Interviewer
des statuts différents sous la Révolution et c'est toute cette réflexion que l'on peut avoir sur la manière de choisir les maires entre la nomination et l'élection. Premier temps, élection, on sent bien qu'on revient en arrière, nomination. Ce qu'on peut dire, Corinne Marache, c'est que sur ce temps long, quel que soit le mode de désignation du maire, élection ou nomination, il y a toujours un contrôle du pouvoir.
Corinne Marache
Oui, très clairement. Effectivement, durant une grande partie du XIXe siècle, à l'exception du moment révolutionnaire et de 1848, une petite fenêtre en 1848, pendant une grande partie du siècle, les maires sont nommés. Ils seront de nouveau élus de manière définitive à partir de la Troisième République et de la loi de 1884. Mais effectivement, la constante, c'est que ces maires représentent le pouvoir au village. Ces maires sont finalement sous la tutelle d'abord et puis ensuite aux ordres du préfet et du sous-préfet. Donc, ils administrent leur commune. Il y a des prérogatives qui sont les leurs et on aura l'occasion de reparler de leurs fonctions au village. Mais très clairement, ils sont là pour représenter les lois, pour représenter les décisions de l'État et administrer au nom de l'État ce rouage qu'est le village.
Host / Interviewer
Pour que ce soit bien clair, si le maire est nommé ou si le maire est élu, on voit bien la distinction, mais le pouvoir est toujours là, sous contrôle. Le conseil municipal, lui, est élu?
Corinne Marache
Le conseil municipal est élu. Et notamment à partir de cette loi de 1831, qui le fait élu au suffrage censitaire avec une assise électorale bien plus large que les autres élections. Premier pas vers la démocratie. Et puis à partir de 1848, il est élu au suffrage universel.
Host / Interviewer
Avec Gaël Charcossais, ce moment napoléonien, on l'imagine souvent qu'il se réduit à l'Empire lui-même, mais on sait bien que ce qui se passe avant est déjà là en germe sous le directoire. Il y a à la toute fin du XVIIIe siècle, alors que la révolution est en train de se terminer, une mise en ordre de cette politique municipale. Les maires sont de plus en plus sous la coupe. J'ai envie de dire que le moment révolutionnaire avec des maires élus et pourquoi pas un peu de pouvoir s'estompe très vite.
Gaëlle Charcosset
Oui, tout à fait. Dès l'an 8, le 17 février 1800, une loi vient mettre à plat la division du territoire de la République et l'administration et à ce moment-là, en fixant les circonscriptions en même temps, la commune se voit représentée par un maire, il y a un adjoint, il y a un conseil municipal, ils sont tous nommés à partir de cette date-là. Alors avec un processus qui repose parfois sur une double proposition qui permet au préfet ou au sous-préfet de choisir.
Host / Interviewer
Mais parce que c'est ça, c'est cette hiérarchie administrative que le monde nous envie, disons-le! Non mais extrêmement pyramidale, et dans cette hiérarchie administrative, on a ici le maire, alors dire qu'il est en base, ça voudrait être un peu péjoratif, ça pourrait paraître péjoratif, mais pas du tout, mais il est, lui, à la base, et là c'est beaucoup plus solide.
Corinne Marache
Oui, effectivement, il est vraiment au plus près des citoyens. Alors, attention quand même, ça ne veut pas forcément dire qu'il fait d'unanimité. Cette solidité, dans la mesure où il est au plus près des concitoyens, n'est pas si simple. Et notamment pendant la période où il est nommé, en fait. Parce qu'effectivement, il est le représentant du pouvoir, bien évidemment. Même si ce n'est pas toujours le cas, le pouvoir a quand même plutôt tendance à nommer quelqu'un qui est favorable à ses idées, qui les représente localement. Mais il peut être contesté. Je pense qu'on aura l'occasion d'en parler ce matin.
Host / Interviewer
Ah bah oui, parce que les maires ont du pouvoir sans doute, mais ils sont sous la coupe du pouvoir aussi, qu'ils représentent parfois. Dès lors, ils peuvent être contestés. Il est certain que dans l'image que nous avons de la figure du maire au 19e siècle, nous sommes face à un notable.
Narrator / Actor (reading literary excerpts)
A son aspect, tous les chapeaux se lèvent rapidement. C'est le maire de Verrière, monsieur de Rennal. Il est riche, très riche, chevalier de plusieurs ordres. Ses cheveux sont grisonnants, il a un grand front, un nez aquilin et au total sa figure ne manque pas d'une certaine régularité. On trouve même au premier aspect qu'elle réunit à la dignité du maire de village cette sorte d'agrément qui peut encore se rencontrer avec 48 ou 50 ans. Mais bientôt, le voyageur parisien est choqué d'un certain air de contentement de soi et de suffisance, mêlé à je ne sais quoi de borné et de peu inventif. Au bras de monsieur de Reynald, son époux. une femme grande, bien faite, de la jeunesse dans la démarche, une grâce naïve, pleine d'innocence et de vivacité, qui n'irait pas sans appeler des idées de douce volupté. Si elle eut appris ce genre de succès, Madame de Reynald en eût été bien honteuse. Elle n'a de sa vie éprouvé ni vu rien qui ressembla le moins du monde.
Host / Interviewer
Un extrait du Roger du Noir, le Roger du Noir de Stendhal, bien sûr, une lecture de Patrice Galbault. La scène se passe en 1830, nous avons cette figure du maire. Corinne Marach, il est possible de dresser un portrait type du maire au XIXe siècle? Vous allez me dire non, parce qu'il y a tellement de variétés de situations géographiques, de tailles, de communes, les petits villages, les bourgs, etc. qu'il n'y a pas un portrait type? Une tendance quand même?
Corinne Marache
L'avantage effectivement, et on le voit très bien ce matin avec les pastilles que vous nous avez déjà proposées, la littérature s'est beaucoup emparée de la personne du maire parce que c'est vraiment quelqu'un qui incarne véritablement une figure au sens littéral et littéraire du terme. Et de fait, cette image du maire a beaucoup été véhiculée par cette littérature. Un homme dans bon point, d'un certain âge, plutôt la quarantaine, la cinquantaine, quelqu'un qui effectivement incarne la notabilité au village, de par son aspect vestimentaire, souvent costume de type bourgeois, sa maîtrise du verbe et de l'écrit, qui est quand même pas si répandue au village, au moins en tout cas au cours des années 30 que nous présente cet extrait. Bien souvent un homme que l'on raille volontiers, que l'on méprise aussi ou que la paysannerie en tout cas méprise un tant soit peu en même temps qu'il les fascine. Donc un portrait finalement en demi-teinte. Et l'avantage, et l'objectif des historiens, c'est quand même d'essayer de réinterroger tout ça. Et effectivement, depuis une quarantaine, une cinquantaine d'années, un certain nombre d'historiens se sont emparés de la figure du maire, même si ça reste encore un champ d'études qui mériterait d'être très largement travaillé. Il reste encore beaucoup à faire et les travaux de Gaëlle Charcosset ont permis de faire véritablement avancer les choses. Et on voit bien que ce n'est pas si simple que tous les maires ne sont pas forcément de grands notables, qu'il y a un certain nombre aussi d'agriculteurs qui commencent petit à petit à faire leur place à partir du milieu du siècle. Donc oui, une image bourgeoise, une certaine tenue et bonne tenue de ce maire qui n'hésite pas quand même malgré tout lorsqu'il le faut, et ça moi je l'ai très très bien vu dans un certain nombre de sources que j'ai pu manipuler, qui n'hésite pas quand même à a laissé de côté un petit peu ce côté finalement d'homme censé être lettré pour se rapprocher de ces paysans. Et là je mets des guillemets autour du mot « ces », on est dans les années 30-40 ici effectivement, qui n'hésitent pas à employer les langues vernaculaires, les patois pour bien se faire comprendre des paysans. et le cas échéant à manier la charrue ou à essayer d'adopter des gestes qui peuvent finalement l'aider à se rapprocher de ses concitoyens. Un portrait type peut-être véhiculé par toutes ces sources-là, mais un portrait qu'il faudrait véritablement apprendre un petit peu à mieux comprendre dans toutes
Host / Interviewer
ces nuances. Grunemarach, vous êtes l'autrice d'un ouvrage intitulé Les petites villes et le monde agricole en France au XIXe siècle. C'est publié aux prêts universitaires de Rennes et on voit bien qu'entre le portrait type véhiculé dans la littérature et puis le portrait que l'historienne peut essayer de créer à partir des sources, il y a un écart.
Gaëlle Charcosset
Gaëlle Charcosset. Oui, tout à fait. Il faut revenir aussi aux raisons pour lesquelles c'est une nomination. Le maire est nommé parce qu'il est un agent de l'État. En tant que tel, il est considéré comme fonctionnaire, mais il n'a pas de rétribution. Donc on le choisit aussi pour son aisance, parce qu'il doit pouvoir subvenir aux besoins de sa famille par ailleurs. Et au-delà de la fidélité au souverain, il doit être dans une situation économique, sociale et même morale, la moralité revient souvent, en capacité de représenter l'État et de ne pas nuire à l'image de l'État. Et de ce fait-là, le choix est fait au sein de la population, ce qui est un choix fait en France mais qui n'est pas le même dans des pays voisins. Et la figure du notable s'impose de ce fait-là et parfois elle s'impose même à l'administration. C'est-à-dire que le notable c'est aussi une personne qui, par sa surface sociale, maîtrise un territoire. Il s'impose à la population et parfois l'administration prend conscience que si ce n'est pas cette personne-là qui va exercer les fonctions, et bien le dépositaire de l'autorité pourrait rencontrer son opposition. Donc cette figure du notable, parfois, va jusqu'à s'imposer et on a affaire, comme le disait Corinne Marache, à de grands propriétaires, à des personnes qui portent l'habit bourgeois, parfois des personnes légitimistes, y compris sous l'empire napoléonien, parce que justement, ils ont cette assise sociale qui
Corinne Marache
les impose. Oui, dans cet extrait-là que vous nous avez proposé, il est question de l'épouse du maire. Évidemment, les femmes sont écartées de la vie politique tout au long du XIXe siècle, mais effectivement, cette personne qui est l'épouse du maire est, elle aussi, une personne extrêmement importante au village. Gaëlle évoquait tout à l'heure l'importance de la morale du maire. Elle est tout aussi, évidemment, encore plus importante de la part de son épouse. Mais finalement, cette épouse du maire a, elle aussi, des fonctions au village, entre guillemets, notamment religieuses. Et elle incarne également, à sa manière, le pouvoir de l'État en, finalement, assurant cette moralité de son époux et en se rapprochant, elle aussi, des administrés. Elle parvient parfois à aider son époux à démêler un certain nombre
Host / Interviewer
d'intrigues au village, etc. Gaëlle Chercosset, vous les avez croisées, vous avez particulièrement travaillé sur l'arrondissement de Villefranche dans le Rhône. Vous les croisez, ces premières dames
Gaëlle Charcosset
au village? Oui tout à fait, on les retrouve parfois dans des conflits. Un seul exemple pour être plus parlant, on a un maire qui s'absente, sa femme est chez elle, l'adjoint qui est en conflit avec le maire vient réclamer le sceau municipal et sa femme s'y oppose en disant que le sceau est sacré et qu'il n'a pas à sortir du domicile du maire. C'est elle qui mène l'opposition quand le mari n'est
Host / Interviewer
pas là. C'est très intéressant à entendre, ces explications sont très claires. Sans rétribution, pour exercer sa fonction, il faut avoir des revenus, des rentes, c'est mieux. En tout cas, il ne faut pas avoir besoin d'aller au champ sans cesse pour travailler et nourrir sa famille. C'est pour ça que les mères sont aussi dénotables. On le voit bien, il y a la nécessité de maîtriser l'écrit, le parlé. Et puis j'imagine Corinne Marache que tout cela s'inscrit dans des réseaux, des alliances, des parentés. Il doit être possible mais difficile, de resserrer un petit peu tous ces liens pour comprendre comment quelqu'un peut être nommé maire, parce qu'ils ne sont pas
Corinne Marache
encore élus. Oui, alors effectivement on choisit parmi les notables, effectivement parce qu'on a besoin que ce soit des gens bien assis économiquement, financièrement, donc les préfets, les sous-préfets vont choisir dans ce qu'on appelle ce réseau notabilière. Réseau notabilière qui, évidemment on est en milieu rural, se constituent de personnes qui possèdent la terre. Ce sont les possédants. Il faut évidemment posséder la terre pour avoir le droit de vote. N'oublions pas qu'on est en situation de suffrage censitaire jusqu'en 1848. Donc tout ce réseau de grands propriétaires fonciers se connaît. interagit bien souvent dans les campagnes au sein de structures qui ne sont pas encore associatives mais de structures du type ce qu'on appelle les sociétés d'agriculture qui sont souvent des sociétés d'agriculture, sciences et arts. On se retrouve au chef-lieu du département pour discuter d'agriculture, pour discuter de chasse, pour discuter de littérature. Et on a également à partir des années 1820, 1830, 1840, encore plus sous le Second Empire, de petites structures satellites que l'on appelle les comices agricoles qui réunissent au niveau du canton ou de l'arrondissement, cela dépend des départements, toute cette notabilité foncière. Et donc dans ces structures et dans d'autres, je pense par exemple un petit peu plus tard au Cercle qu'a pu étudier Maurice Agullon dans le sud-est de la France. Eh bien, toute cette notabilité discute, échange, se connaît. Elle est bien souvent liée aussi par des alliances matrimoniales. Et c'est comme ça que se font ces réseaux. C'est comme ça que se font ces réseaux électifs aussi. Et c'est dans ce vivier que les préfets et les sous-préfets puissent pioche pour choisir les personnes qui vont assurer cette fonction de
Host / Interviewer
dédile villageois. C'est selon la taille, en fait, de la commune, le préfet ou
Corinne Marache
le sous-préfet? Préfet pour les plus grandes communes et les sous-préfets pour les petites communes, avec des seuils qui évoluent tout au long
Host / Interviewer
du siècle.
Gaëlle Charcosset
Gaëlle Charcosset. Une petite précision, c'est le préfet qui le fait pour l'arrondissement chef-lieu du département, mais un sous-préfet dans les autres. En revanche, pour les chefs-lieux et pour les plus grosses communes, c'est le ministère de l'Intérieur qui réserve la nomination. On peut dire aussi que ces profils sont un peu plus variés, parce qu'effectivement dès qu'on quitte les grosses communes, il n'y a pas forcément des notables qui s'imposent. On a des profils d'agriculteurs dans l'artoi, les grands fermiers que Jean-Pierre Gessen a étudiés sont des fermiers, ils n'ont pas de la propriété terre ou vraiment à la marge pour compléter leur exploitation, mais ils sont considérés comme vraiment très importants et donc en réalité l'importance et donc le choix du maire est conditionné par rapport aux structures sociales. Ça c'est la première chose. Et puis dans d'autres communes où la propriété est importante, on peut trouver des propriétaires cultivateurs qui sont au seuil de l'aisance, dans lesquels les maires sont aussi choisis. Ce sont parfois des maires qui, par la pluriactivité, ont réussi à se constituer une aisance et donc de ce fait-là, à s'affirmer aussi au sein de la
Host / Interviewer
communauté villageoise.
Gaëlle Charcosset
Allez-y, allez-y. Oui, pardon, je voulais juste compléter. En fait, l'administration fait preuve de beaucoup de pragmatisme dans le choix de ses maires parce qu'il tient compte des rapports sociaux, il tient compte des rapports de force à l'échelle communale et parfois il fait des choix qui sont contraires à ses critères de désignation. Tout à l'heure, Corinne Marache indiquait la fidélité au souverain qui est d'ailleurs matérialisée par la prestation de serment à l'installation. mais parfois il transige et fait le choix d'une personne qui, à défaut de soutenir le régime, ne s'y opposera pas de
Host / Interviewer
manière frontale. Parce qu'il y a le soutien du régime et on sait combien ce soutien populaire partout en France est important pour contrer ce qui est fantasmé alors comme le risque parisien. Et donc on a ce balancier. Mais moi j'ai une question qui me vient ici. Pourquoi on veut être maire? Parce qu'il n'y a pas de rémunération. C'est
Corinne Marache
le prestige. Le prestige est effectivement quelque chose d'important. Et là Gaëlle pourra aussi certainement compléter parce que toutes les études, la prosopographie qu'elle a faite à l'échelle du territoire qu'elle a pu étudier l'a bien montré. Il y a des traditions, on a, et les historiens l'ont beaucoup montré, on a des dynasties de mères, des familles qui sont des familles qui assurent le pouvoir. qui possède des maires, des conseillers, d'arrondissement. Le poste de maire peut aussi constituer un tremplin pour une fonction élective effectivement plus prestigieuse encore. Et localement, au village, même si la rétribution n'est pas là, mais bien souvent, on vient de le dire, on n'en a pas forcément besoin, et bien être maire, c'est quand même l'assurance de posséder une aura au village et d'en faire aussi profiter sa famille, d'en faire aussi profiter sa parentèle, d'en faire aussi profiter ses descendants. Donc, il faut quand même bien se mettre en tête que le village au XIXe siècle, c'est un lieu de l'interconnaissance à l'échelle du village et des communes voisines. Et cette fonction élective assure effectivement à la famille qui la possède une place qui n'est pas une place mineure. Bien au contraire, cette place, elle est très très importante et c'est pour cette raison que devenir mère fait effectivement beaucoup d'envieux et qu'on a parfois des personnes qui parviennent justement par ces réseaux que l'on évoquait tout à l'heure à faire tomber des dynasties de mère et à finalement pouvoir s'installer dans cette fonction alors même qu'il n'y avait pas de personnes de cette famille-là qui
Host / Interviewer
l'assumaient auparavant.
Gaëlle Charcosset
Gaëlle Charcosset? Oui, on a aussi affaire à des personnes qui, par leur rôle de notable, assument la fonction. Parfois ils la trouvent très lourde, parfois ils la refusent, parce qu'elle est très lourde justement. Parfois leurs activités économiques, leurs déplacements en ville ne leur permet pas forcément, ou en tout cas ils n'ont pas l'intention de l'assurer aussi. Donc l'administration se heurte parfois à des refus ou à des démissions qui sont assez rapides. Et ce rôle est aussi endossé parce que ces notables se positionnent comme des protecteurs de la communauté villageoise. Parfois, ils interviennent aussi en tant que bienfaiteurs et donc font des dons, des laits à la commune. Et pour eux, l'exercice de cette fonction est complémentaire et elle s'inscrit dans cette logique du rôle du notable et parfois même du rôle du noble qui cherche à se
Corinne Marache
faire accepter. En complément, Gaëlle disait à fort juste titre que cette fonction est très lourde, c'est ce qui fait que certains refusent. Il faut quand même aussi avoir en tête que beaucoup de ces notables ont bien souvent une double résidence. Tous ne vivent pas en permanence au village, notamment les plus aisés. Beaucoup ont une double résidence, vivent soit dans une ville proche, le chef lieu de département par exemple, mais ça peut être au-delà. Et dans ces cas-là, bien souvent, leurs adjoints jouent un rôle important et ils peuvent aussi se reposer sur des personnes de confiance, par exemple le régisseur de leur propriété et qui peut se retrouver à assumer finalement le rôle du maire, par exemple en tant que médiateur. Évidemment, il ne va pas signer les actes, etc. à sa place, mais il peut le seconder pendant l'absence du maire. Donc, ça facilite aussi le fait d'accepter cette fonction dès lors que l'on peut se reposer sur tout un tas de personnes, officiellement
Host / Interviewer
ou officieusement. Bah oui, se reposer sur des gens pour faire ce que nous disait Gaëlle Charcosset, le bien de
Narrator / Actor (reading historical excerpts)
la commune. Après avoir constitué des revenus à la commune, je les employais sans opposition à bâtir une mairie dans laquelle je mis une école gratuite et le logement d'un instituteur primaire. J'ai choisi pour remplir cette importante fonction un pauvre prêtre assermenté rejeté par tout le département et qui a trouvé parmi nous un asile pour ces vieux jours. La maîtresse d'école est une digne femme ruinée qui ne savait où donner de la tête et à laquelle nous avons arrangé une petite fortune. Elle vient de fonder un pensionnat de jeunes personnes où les riches fermiers des environs commencent à envoyer leurs filles. Pour vous résumer, notre situation part des chiffres plus significatifs que mes discours. La commune possède aujourd'hui 200 arpents de bois et 160 arpents de prairie. Dans 15 ans d'ici, elle aura pour 100 000 francs de bois à abattre et pourra payer ses contributions sans qu'il en coûte un denier aux habitants. Elle sera certes l'une des plus riches communes
Corinne Marache
de France. France Culture, le cours de l'histoire.
Host / Interviewer
Xavier Mauduit. Très honoré, monsieur le maire, le maire chez Balzac, le médecin de campagne, avec ici en 1833, l'évocation de toutes ces activités de maire. Gaëlle Charcosset, on l'entend ici, a cette préoccupation pour le bien de
Gaëlle Charcosset
la population. Oui tout à fait, il est agent de l'État, il exécute donc des ordres qu'il peut recevoir, il a des pouvoirs de police, il a aussi des pouvoirs de justice qu'il remplit de moins en moins d'ailleurs. Mais il est aussi représentant de la Commune et donc il la représente devant la justice, il la représente dans les actes administratifs ou dans les actes notariés. Il accompagne les jeunes au conseil de révision et puis il peut aussi avoir un rôle justement de réflexion et d'accompagnement du conseil municipal sur la gestion des biens communaux. Et là il y a des décisions à prendre et ces décisions ne sont pas forcément d'ailleurs prises uniquement par le maire. Parfois le conseil municipal les lui impose et donc on a tout un jeu de pouvoir qui se réalise
Host / Interviewer
au village. Avec dans ce jeu de pouvoir, on l'a entendu dans l'extrait de Balzac, lu par Raphaël Laloum, Chlorine Marache, l'évocation de l'école. Nous étions en 1833 avec le médecin de campagne de Balzac, ce sont les lois Guizot. Par exemple, voilà, une responsabilité avec ces lois scolaires qui incombe Homère, ce sont
Corinne Marache
des écoles. Oui, c'est une responsabilité nouvelle et qui ne va cesser de croître durant le siècle. Mais effectivement, à partir de la loi Guizot, les communes de plus de 500 habitants sont obligées d'ouvrir une maison d'école. Alors cette école, il ne faut pas forcément imaginer celle de la Troisième République, dont nous reparlerons certainement. C'est bien souvent un espace sordide dans les petites communes, un espace loué. qui n'est pas du tout adaptée à la fonction qui est la sienne. L'instituteur ou l'institutrice vivent souvent dans le même espace que celui où ils font la classe. Mais le maire a pour responsabilité de trouver cette école et d'en assurer l'existence. Dans l'extrait, ce qui est important aussi de souligner, c'est effectivement toute la gestion des communaux lorsqu'il y en a. Les communaux sont des terres très importantes pour les personnes les plus précaires du village. C'est là que l'on va faire paître les troupeaux lorsqu'on ne possède pas de terre pour le faire. Et la gestion de ces communaux est extrêmement complexe et une source de tensions et de conflits, notamment à partir du Code forestier de 1827. Et là, il y a un autre personnage que l'on doit mentionner ici, qui est très très important au quotidien pour la bonne gestion de la mairie, par le maire et ses conseillers municipaux, c'est celui du garde Champêtre. qui est un personnage majeur sur lequel s'appuie le maire pour administrer sa commune et notamment donc ces espaces que sont les forêts, les communaux, la lande, etc. Et ces forêts sont bien souvent source de conflits. On a par exemple, au milieu du siècle, sous l'Empire, l'exemple en tête d'un maire en Corse, alors j'avais noté son nom pour ne pas l'oublier, Folatchi Valère, dans la commune de Bastélica, qui est fort embêtée parce que des administrés ont planté des châtaigniers sur les communaux, ils n'en avaient normalement pas le droit, et donc ils se retrouvent obligés de compter le nombre d'arbres qui ont été plantés et puis de les faire soit abattre, soit de diviser les revenus de ces arbres entre ceux qui les ont plantés, qui en sont à moitié propriétaires, et la commune et ou la fabrique qui doivent aussi profiter de ces revenus puisque ces arbres ont été plantés sur les communaux. Donc on le voit avec ces exemples très concrets, cette administration communale est assez complexe et en la matière le garde champêtre est un personnage majeur qui est un autre personnage marquant auquel on pourrait même consacrer toute une émission. Et puis, il y a aussi la question dans cet extrait des frais. Il y a aussi la question de la gestion finalement financière de la commune. Les budgets de la commune sont essentiellement engouffrés par la maison d'école. On aura l'occasion d'en reparler. La construction des routes et des chemins et cette bonne gestion des budgets de la commune est une affaire essentielle. Et plus la commune est propriétaire, et on le voit très très bien dans l'extrait ici, plus la commune possède de biens fonciers, plus elle est riche. Et effectivement, plus elle a la possibilité de mener une politique ambitieuse en termes d'aménagements, de bâtiments, et ça c'est essentiel
Host / Interviewer
à retenir. C'est vraiment toute la question de s'occuper des routes, de s'occuper des problèmes et puis l'école qui s'ajoute à cela. Gaëlle Charcosset, dans votre étude réalisée sur le politique au village, c'est l'arrondissement de Villefranche dans le Rhône. Corinne Marache nous a dit que vous avez fait un peu de prosopographie, donc vous avez pris plein de destins, de mères, de vies. que vous avez croisé pour en tirer des conclusions, souvent statistiques, mais qui sont extrêmement éclairantes. Combien de personnes vous avez
Gaëlle Charcosset
pu étudier? On est de l'ordre de 10 000 personnes à
Host / Interviewer
peu près. Ça rigole pas.
Gaëlle Charcosset
C'est conséquent. C'est la longue durée qui
Host / Interviewer
l'explique effectivement. Oui, la longue durée parce que votre étude s'étend de 1800 à 1940. Et cette question, il faut toujours se méfier de l'effet loupe. Aujourd'hui, dans le cours de l'histoire sur France Culture, nous parlons des maires, mais il n'y a pas que le maire. Et on l'entend bien, il y a le garde champêtre, il y a le conseil municipal. Est-ce que le maire détient réellement le pouvoir
Gaëlle Charcosset
au village? Alors tout dépend les communes. En fait on a des communes dans lesquelles les maires s'imposent. Vraiment, ils sont des notables et parfois ils ont une assise sociale territoriale considérable et donc le maire exerce seul. C'est le cas dans certaines communes où les notables sont particulièrement importants. Parfois c'est l'ancien seigneur qui exerce les fonctions de maire. Et puis on en a d'autres au contraire où on a un exercice beaucoup plus collégial du pouvoir et même le maire est sommé de rendre des comptes au conseil municipal. Et en réalité, les communes au cours du 19e siècle et au début du 20e siècle oscillent entre ces deux modèles. Il n'y a pas une continuité forcément en fonction de qui exerce les missions. Et surtout, cette oscillation, elle se produit aussi en fonction d'événements, de ruptures chronologiques induites par le national. Donc on a affaire à des fonctionnements très très différents. On peut avoir par exemple, je vais vous parler du garde champêtre, pour la nomination du garde champêtre, dans une commune le maire propose la destitution et le maire doit, selon son habitude, procéder à la nomination du garde avec l'assentiment du conseil, c'est ce qui est indiqué dans la loi. il s'y livre et en fait le conseil municipal procède à une élection en fonction des différentes candidatures tandis que dans une autre commune à moins de 20 kilomètres là le maire désigne la personne et le conseil municipal dans la délibération marque Monsieur le Marquis de Montaigu voudra bien nous désigner le sujet qu'il croira le plus capable de remplir la mission. Donc on a affaire à des fonctionnements très différents. Et si on suit ces deux communes sur la longue durée, on s'aperçoit qu'il y a un cheminement qui reste relativement stable pour chacune d'entre elles, tandis que dans d'autres communes, on a une oscillation en fonction de l'assise sociale du
Host / Interviewer
maire notamment. Et puis, il y a le tempérament du maire, la personnalité. Gaël Charcossais, c'est beaucoup plus difficile à appréhender dans les sources. Mais on entend bien qu'il y a de fortes personnalités. Corinne Marache nous disait que pour certaines personnes, elles venaient rarement au village. Elles habitaient loin et puis elles se faisaient représenter. Ça joue
Gaëlle Charcosset
aussi cela. Oui, tout à fait. La gestion à distance est bien étudiée, c'est-à-dire que le maire peut confier les missions au quotidien à son adjoint. Parfois, au début d'ailleurs de la période, il n'est pas rare de croiser un adjoint qui soit le régisseur du maire. et donc on a la transmission à la fois de la gestion quotidienne de la propriété et de la commune. Dans ce cas-là, c'est l'adjoint qui peut tenir l'état civil. C'est à l'adjoint que l'on vient faire part des récriminations entre voisins. Et c'est lui qui va gérer au quotidien, qui va en tenir compte, qui va en avertir le maire dans sa correspondance avec lui. Et puis au fil du siècle, il y a d'autres moyens qui vont apparaître. On a une fluidité plus importante par la correspondance. Et puis des secrétaires de mairie qui parfois vont même se substituer à l'adjoint dans ce suivi au quotidien. Et le maire va signer les documents quand il va revenir. Le secrétaire va tenir toute la correspondance en attendant son retour. Et au XXe siècle, avec l'usage du téléphone, avec l'automobile, les déplacements sont beaucoup plus rapides et la gestion directe par le maire peut être
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plus précise. et la fanfare qui s'en
Narrator / Actor (reading poem or song)
occupe. Quand la fanfare municipale Défile dans la rue principale Tout le monde est là pour lui crier bravo Tout en agitant les petits drapeaux Dans le frémissement des cuivres Qui nous transportait, nous enivre On oublie tous les soucis quotidiens Et l'on nage dans un bonheur sans fin Fier comarde d'abord, ainsi le chef qui vient devant Qu'il est beau dans son costume neuf, tout blanc Pour ouvrir la marche, il fait voltiger son bateau On est tous remplis d'admiration Quand la fanfare municipale Défile dans la rue principale C'est la gaieté qui règne dans les cœurs Mon village éclate de bonheur On n'a pas boisé toutes les maisons, on a perdu les balcons. Sous la caresse du vent, on va lancer des lampions. C'est le sous-préfet qui vient d'arriver dans ce superbe hôtel. On lui joue la parcellienne, et l'on
Corinne Marache
repart
Narrator / Actor (reading poem or song)
aussitôt. Devant la mairie, on voit flotter les trois couleurs C'est ici qu'on va servir le vin d'honneur Après les discours et le mousseux, c'est pas fini On refait tout le tour du pays Dans la foire municipale Des filles dans la rue principale Les viates doules prennent du bon temps Ce jour-là, tout le
Corinne Marache
monde a
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20 ans La fanfare municipale, c'est celle de Raoul de Godvarsveld en 1968. Bah oui, la fanfare, il nous fallait bien ça. Avec beaucoup de cérémonies. Corinne Marache, le maire aussi. Et ça, c'est la visibilité de sa fonction. Sein d'une écharpe, représente le pouvoir. Et là, lors des cérémonies, si le sous-préfet passe au village, il faut qu'il se passe
Corinne Marache
quelque chose. Très clairement. Le village, au fur et à mesure que l'on avance dans le siècle, évidemment, a fortiori à partir de la Troisième République, période à laquelle on va voir les villages se parer de mairies beaucoup plus monumentales, toutes proportions gardées, bien évidemment, puisque A partir de 1884, la loi d'organisation municipale, entre autres choses, au-delà du fait, et ce n'est pas une moindre chose, de faire en sorte que le maire soit désormais élu par le conseil municipal, mais cette loi impose aussi aux communes de posséder une mairie. Parce que jusque-là, le conseil pouvait aussi se réunir à la maison du maire, bien souvent. Donc, cette mairie prend forme et dans la mesure où elle prend forme et où elle devient un bâtiment important, elle incarne la République au village. Donc, c'est une incarnation architecturale, bâtimentaire, mais pas uniquement. C'est aussi une incarnation qui passe par tout le décorum. Un décorum permanent, le buste de Marianne, par exemple, que l'on va trouver dans la salle du conseil municipal, le fronton de la mairie sur lequel on trouve effectivement liberté, égalité, fraternité, et puis l'incarnation par le maire, qui, lors d'événements importants, la cérémonie du 14 juillet par exemple, ou des jours de foire, ou lors du commis agricole, jour où le préfet ou le sous-préfet peuvent effectivement, comme vous le dites, venir au village, Ce maire se doit d'être effectivement sous son meilleur jour, de porter son écharpe. Et bien évidemment, c'est à ce moment-là que la fanfare joue un rôle majeur. Ces fanfares, elles se multiplient dans les campagnes, notamment après les années 1870. On trouve aussi des sociétés de gymnastique, des sociétés de tir. Il ne faut pas oublier qu'on est après la défaite contre la Prusse et qu'il s'agit effectivement de... resserrer toute la population, y compris dans les campagnes, ce qui n'est pas si simple au début de la Troisième République, autour de cette nation, de faire nation pour fabriquer, entre guillemets, ce citoyen revanchard qui doit se tenir prêt, le cas échéant, si un jour l'occasion est donnée au pays de prendre sa revanche. Et donc ces fanfares municipales, ces fêtes républicaines au village sont des moments très forts d'expression de la patrie, d'expression de la République qui sont incarnés par le maire et qui, on le disait tout à l'heure, mais c'est très très vrai dans ces moments-là, le maire est vraiment le passeur de République. C'est vraiment celui qui met en scène, qui orchestre, toute cette mise en musique de la République au village à partir de 1870. C'était déjà vrai avant, mais ça prend une dimension complètement nouvelle au lendemain de la défaite contre
Host / Interviewer
la Prusse. Oui parce qu'on a ici ces différentes temporalités qui existent dans l'histoire de municipalité avec Gaël Charcosset, ces grands mouvements nationaux qui se répercutent au niveau le plus local mais de manière différente. Simplement évoquer les maires qui demeurent en place même s'il y a un changement de régime et puis d'autres qui sont renversés. Est-ce que c'est la même temporalité? Est-ce que quand le régime change, on change tous
Gaëlle Charcosset
les maires? Non, loin de là. Loin de là parce qu'en réalité il y a une volonté de pragmatisme et ce pragmatisme parfois il s'impose à contre-coup, c'est-à-dire que parfois le régime cherche à changer très rapidement, à nommer d'autres personnes et revient sur ses décisions. Parce que les personnes ne sont pas aussi solides qu'espérées pour défendre le régime, parfois parce que le régime se durcit. Par exemple, le moment où la transition est la plus forte, c'est au moment de 1830, où là on a un jeu très important de nominations, de révocations de nominations qui ont lieu, et parfois il y a un retour en arrière sur cette décision. De même, il y a la courte expérience des 100 jours pendant lesquels les maires sont élus par la population directement, Et parmi ces maires, dans un arrondissement comme celui de Villefranche où les opinions libérales s'expriment, on retrouve un certain nombre de maires qui vont être rechoisis un peu plus tard ou qui vont devenir adjoints, alors qu'il ne fait aucun doute pour le régime qui sont libéraux. Et dans ce cas-là, le préfet en appelle au loyalisme plutôt qu'à la fidélité au souverain. Donc on a ce jeu qui opère. Et puis on a d'autres formes de pragmatisme qui s'affirment. L'administration tient compte aussi des oppositions au sein du village et parfois fait le choix d'une personne qui ne représente pas forcément son opinion parce que c'est la personne qui s'impose localement. la population parvient à faire comprendre son souhait et parfois l'administration s'y plie. Je pourrais prendre un exemple, vous avez dans la commune de Chamlet par exemple, en 1845, un maire qui est accusé de mal gérer la commune, il donne sa démission, aussitôt les conseillers municipaux proposent un autre nom, le sous-préfet refuse sa démission mais en 1846 il n'est pas élu ou il ne s'est pas représenté et donc aussitôt la candidature de cette même personne est reproposée. Le sous-préfet propose deux autres personnes, deux autres personnes qui refusent et au final c'est le choix de la population qui s'impose à l'administration et qui fait le choix de
Host / Interviewer
ce maire. Restons dans l'arrondissement
H
de Villefranche. L'installation, qui a eu lieu le 25 octobre, de M. Billet comme nouveau maire de Chamelet, a été accompagnée de démonstrations populaires d'un genre assez original. Une salve de six coups de boîte d'artillerie villageoise avait annoncé à la population que la municipalité était constituée. On vit alors un nombreux concours d'habitants, au milieu desquels figurait la majorité du conseil municipal, escorté en grande pompe, le transport d'un arbre d'une longueur de 30 mètres, façonné à l'avance, et destiné à être planté devant le domicile du nouveau maire, dans sa propriété de chalocet. Cet arbre était peint aux trois couleurs nationales et surmonté aussi d'un drapeau tricolore. Après l'exaltation de cet arbre allégorique, le magistère du lieu, secrétaire de la mairie, harangue le nouveau magistrat et
Narrator / Actor (reading historical excerpts)
dit « Vos concitoyens enorgueillis de vous avoir pour maire viennent de planter l'arbre qui sera désormais le signe de la dignité à laquelle vous avez été élevé. Ils espèrent trouver en vous un père, un défenseur, un bienfaiteur et un ami. Mais aussi ils s'empresseront de marcher sur vos traces et reconnaîtront en toutes
Host / Interviewer
circonstances votre autorité. Chloé Rouillon, Raphaël Lalloum qui nous lisait, le journal de Villefranche, feuilles, commerciales, industrielles, littéraires, agricoles et d'annonces judiciaires du 1er novembre 1846, Gaël Charcosset, c'est riche de
Gaëlle Charcosset
symboles tout cela. Justement, c'est le maire qui a été choisi par la population, puisque je vous parlais de 1845-1846, c'est justement ce maire-là qui est honoré par cette plantation de ce qu'on appelle un arbre de mai, qui s'appuie sur les traditions locales, dont on retrouve encore des origines. On la retrouve en Dordogne à la fin du XIXe siècle, il y a toute une étude ethnographique qui avait été menée. Elle est plutôt présente quand le maire est élu, ces périodes d'élection. Mais là vous voyez que c'est une nomination, la population a obtenu gain de cause au final. Il y a cette démonstration de joie qui est faite. Alors démonstration de joie qu'il faut nuancer. Le notable se met aussi en scène par ce moyen-là. Normalement un arbre de mai, il est planté et en retour le maire doit offrir à boire à la
Host / Interviewer
population qui l'honore. Voilà, un petit coup pour tout le monde, c'est la tournée du maire. Corinne Barach, on a quand même une difficulté, on le voit bien au moment de la Troisième République, pour asseoir la République sur l'ensemble du territoire, d'être face à des maires qui ne sont pas tellement républicains. Après le long épisode du Second Empire, il reste encore une monarchie très forte dans l'esprit de
Corinne Marache
beaucoup de maires. Oui, entre les désirs du pouvoir et la réalité de son application dans les territoires, effectivement, il y a parfois un fossé assez important. Et beaucoup de maires demeurent effectivement conservateurs avec une idéologie républicaine plus que douteuse. Et ça se voit dans les faits, notamment à partir des lois Ferry, où il s'agit effectivement de laïciser l'école. Et là, on voit bien qu'il y a des moments de tension très, très forts. on tarde, les maires traînent du pied à faciliter, certains maires en tout cas, traînent du pied à faciliter cette installation de l'école laïque sur leur commune. Donc ça peut être un moment de tension. Ce moment de tension se retrouve à l'inverse, en miroir si j'ose dire, à partir du moment où la laïcisation du pouvoir s'affirme et où là, en revanche, ce sont des maires républicains proposent une véritable ferveur républicaine dans leur commune et les desservants, les prêtres, en paient bien souvent les frais. Et ce qui est intéressant, on parlait tout à l'heure de la construction de la mairie, c'est que cette construction de la mairie, selon que l'on a un maire, effectivement, fermement républicain ou pas du tout, elle peut se faire spatialement dans le village, dans des endroits stratégiques. soit pour essayer d'affronter le pouvoir religieux. On va placer la mairie véritablement sur la même place en face de l'église et on a ces deux symboles architecturaux de la religion d'un côté et de la république de l'autre qui se font face. Et si en plus on a une auberge tout près de la mairie et que cette auberge fait le plein le jour de la messe, évidemment le maire républicain a gagné la partie. On a aussi une autre possibilité. On fait parfois le choix de construire la mairie dans un quartier complètement différent de celui de l'église pour déplacer finalement la vie du village dans un espace qui n'est pas celui de l'espace de l'église qui jusque-là réunissait les citoyens évidemment de manière séculaire depuis très longtemps. Donc selon que l'on a un maire républicain ou conservateur, la manière d'administrer la commune est différente, mais la manière même de construire la commune, d'aménager la commune
Host / Interviewer
peut être différente. Dans la volonté d'illustrer votre propos et dans une démarche scientifique, essayons un
Actor (reading dialogue excerpts)
peu d'histoire comparée. Le camarade maire prie monsieur l'archiprêtre d'honorer de sa présence la cérémonie de caractère social qui se déroulera demain à 10h, place de
Narrator / Actor (reading literary excerpts)
la liberté.
Actor (reading dialogue excerpts)
Voilà. Quelle cérémonie? Ça ne s'est
Narrator / Actor (reading literary excerpts)
pas plus long. J'irai pas. Va dire aux camarades maires que je ne veux pas entendre une fois de plus ces sornettes sur la réaction et le capitalisme. Je les
Actor (reading dialogue excerpts)
connais par cœur. Il n'y aura pas de politique, c'est seulement du patriotisme et de l'action sociale. Si vous ne venez pas, c'est que vous ne connaissez rien
Corinne Marache
à la
Narrator / Actor (reading literary excerpts)
démocratie. Ah bon? Dans
Actor (reading dialogue excerpts)
ces conditions, j'irai. Ah, le chef a dit que vous veniez en uniforme et
Narrator / Actor (reading literary excerpts)
avec vos
Actor (reading dialogue excerpts)
outils. Mes outils? Oui, le seau et le goupillard. Il y aura des
Narrator / Actor (reading literary excerpts)
trucs à bénir. La cérémonie
Host / Interviewer
de caractère social. On retrouve la fanfare avec Don Camillo dans le film de Julien Duvivier en 1952 avec Fernand Lévi-Damont. Bien sûr, c'est l'Italie, bien sûr, c'est la guerre froide, mais l'évocation ici de l'opposition entre un curé et un maire fait réfléchir à la notion même de pouvoir au village. Parce que depuis le début de l'émission, Corinne Marache, nous parlons de ses maires. Très bien, nous avons étendu à la figure de l'épouse. du maire à la figure du garde champêtre et la fanfare en passant. Mais il y a d'autres pouvoirs au
Corinne Marache
village. Le curé? Oui, effectivement. Le prêtre est une incarnation du pouvoir parmi d'autres au village. Et la tension monte à la fin du XIXe siècle. Évidemment, c'est à mettre en lien avec la politique nationale. Et là, on est dans ce jeu de la grande et de la petite patrie, qui est quelque chose d'essentiel pour bien comprendre la fonction du maire au village. Et très clairement, en France, on a tout un tas d'exemples, comme ça, à la fin du XIXe et au tout début du XXe siècle, au moment de la loi de la séparation des Églises et de l'État, qui montrent combien ces tensions sont très fortes. Et on a un certain nombre d'anecdotes, je ne résisterai pas Effectivement, aux anecdotes, tu avais bien montré à l'incorbin à l'époque, dans les cloches de la terre, concernant la maîtrise par le maire du droit à sonner les cloches. Et on a un certain nombre de villages comme ça, notamment dans le sud-est, on a quelques exemples dans la commune de Montagnac, dans les basses Alpes, le maire n'autorise le prêtre à sonner les cloches pour les offices religieux que durant 30 secondes. Donc effectivement, c'est très court. On a plein d'exemples comme ça qui montrent comment, via la sonnerie des cloches et plein d'autres exemples, ces deux pouvoirs que sont le pouvoir religieux et le pouvoir de la République
Gaëlle Charcosset
au village s'affrontent. Oui, c'est un conflit qui existe dès les années 1830 et parfois même auparavant, qui se focalise effectivement sur les cloches, le clocher. Parfois on a la nomination de deux sonneurs, un sonneur payé par le conseil de fabrique et l'autre par le conseil municipal. On essaye d'obtenir une place gratuite pour l'horloger communal dans l'église pour affirmer la présence municipale. L'incorbin avait utilisé l'expression d'ascension d'une conscience municipale parce que justement cette opposition entre le desservant et le maire permet d'asseoir le pouvoir civil, l'autorité civile que représente le maire. Et de ce fait-là, les conflits sont assez incessants. Ça peut être, comme on vient de le dire, les sonneries, les cloches, le clocher, mais aussi l'église, le presbytère, les réparations à faire à l'un et à l'autre. voire le jardin, la terre qui est laissée à la disposition du desservant, mais c'est aussi la gestion du cimetière de son éventuel déplacement. Donc tout cela joue en permanence dans le rôle de chacun et dans l'affirmation de l'un et de l'autre au village, avec parfois deux clans, deux réseaux qui se constituent en opposition
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l'un à l'autre. Avec beaucoup de temporalité, il y a le temps très court de la décision parce qu'il faut régler un problème précisément à ce moment-là. Et puis il y a ce temps long à El Sarkozy. Est-ce que vous voyez ici ces continuités où le seigneur du village demeure seigneur du village mais devient aussi maire. Et puis il y a ces transmissions de père en fils sur des temps très longs qui échappent un peu aux grands
Gaëlle Charcosset
mouvements politiques nationaux. Oui, tout à fait. On a des mandats de très longue durée. On a effectivement, au début de la période, d'anciens seigneurs ou leurs enfants qui exercent les fonctions municipales. Néanmoins, la place de la noblesse se faiblit très rapidement. Dès la monarchie de juillet, on est aux alentours de 5%. Après, ça va rester relativement stable jusqu'à la Première Guerre mondiale. Donc il y a cet effacement-là, cet effacement qui est à la fois de la volonté de l'administration parfois de faire appel à d'autres personnes, mais aussi du refus ou de la déclinaison faite par les personnes qui peuvent être sollicitées dans ce type de fonction. Donc on a cette longévité qui se présente dans certaines communes jusqu'au milieu du XXe siècle. On peut trouver un maire issu de l'ancienne famille sénuriale. Ça me nuise beaucoup, notamment dans les années 1880, comme le disait Corinne Marache. tout à l'heure. Il y a à ce moment-là un va-et-vient et une tentative pour la République de s'imposer. Il y a encore des efforts qui sont faits par ces notables traditionnels de s'imposer. Les élections de 1881 sont particulièrement contestées. Dans l'arrondissement de Villefranche, on a à peu près un quart des opérations électorales qui vont au conseil de préfecture du fait de cette volonté de se maintenir en tant que notable traditionnelle. Et puis, les mandats de très longue durée sont très souvent exagérés. On a effectivement des figures qui s'imposent sur la très longue durée. C'est plutôt un phénomène ponctuel qui masque les autres situations. Notamment sous la Troisième République, quand les fonctions sont pourvues par des personnes élues. Les fonctions sont rarement exercées de manière continue. Il peut y avoir des césures, il peut y avoir des élections qui sont défavorables. Donc le maire ne retrouve pas son poste au conseil municipal et donc ne peut pas continuer comme maire. Et puis parfois, au sein du conseil municipal, des changements dans les réseaux. et donc des changements qui peuvent se produire. Donc on a des alternances qui se produisent et qui sont très souvent masquées par ces très très longues
Host / Interviewer
durées de quelques-uns. Et puis pour conclure, Corinne Barrage, il faut rappeler à côté de tout ce que nous évoquons sur le lien avec le pouvoir, le sous-préfet, le préfet et pourquoi pas le ministre, c'est l'importance de ce maire pour le quotidien des gens, pour leur vécu. C'est le premier représentant du pouvoir, celui qui habite juste à côté, qu'on va voir quand il y
Corinne Marache
a un problème. Oui, ce pouvoir au village effectivement s'incarne quand même à l'égard des concitoyens. Dans les quelques minutes qui nous restent, il faudrait essayer de décliner tout ça parce que c'est extrêmement important et ce sont des choses que l'on vit encore actuellement dans ces communes rurales. ce maire joue bien souvent le rôle de médiateur. Quand il y a des tensions infrafamiliales ou entre citoyens du village, eh bien on va bien souvent trouver le maire pour jouer un rôle de médiateur, d'arbitre. Alors, il seconde le juge de paix lorsque ces affaires vont plus loin, mais grâce à lui, beaucoup, beaucoup d'affaires, d'adultères, de viols, de... querelles liées à des problèmes de bornes et de voisinage ne vont pas en justice et sont réglées par le maire. Et puis, bien évidemment, il joue un rôle majeur dans l'arrivée au village de tout un tas de services de communication et de télécommunication qui changent complètement le
Host / Interviewer
quotidien des villageois. à l'arrivée de
Corinne Marache
l'électricité par exemple. De l'électricité, du bureau de poste, du champ de foire qui est remplacé par le cimetière. C'est par exemple à Saint-Michel-de-Double, dans la région que j'ai étudiée en thèse, le maire qui au milieu du siècle donne un terrain qui lui appartient pour déplacer le cimetière à l'extérieur
Host / Interviewer
de la commune. avec du décès au mariage, le maire toujours présent et là aussi pour les naissances. Merci vivement Corinne Marache, Miguel Charcosset. Prochain épisode dans le cours de l'histoire de la commune au communalisme, l'histoire
Narrator / Actor (reading literary excerpts)
d'un projet politique. La foule s'amasse devant
Narrator / Actor (reading poem or song)
l'hôtel de ville. Pour la première fois, la commune
Narrator / Actor (reading literary excerpts)
est dans l'air. La commune est réclamée. Mot prestigieux hérité de la tradition des communes insurrectionnelles de la Grande Révolution. Cette nuit-là, l'affrontement n'a pas lieu et les protagonistes quittent ensemble l'hôtel de ville. Il est convenu qu'il n'y aura aucune poursuite de
Host / Interviewer
part et d'autre. C'était le cours de l'histoire sur France Culture, une émission réalisée par Thomas Boueck, aujourd'hui la technique Noé Chabat, une émission préparée par Raphaël Lalloum, Jeanne Delecroix, Jeanne Copé, Chloé Rouillon, Maël Vincent Randonnier et Maiwen Guiziu. Cette émission et toutes les précédentes sont à écouter à podcaster sur franceculture.fr et
Podcast: Le Cours de l'histoire
Episode: Au village, une histoire politique 3/4 : Au temps des notables, le maire au centre du village
Date: April 16, 2025
Host: France Culture (Xavier Mauduit)
Guests: Corinne Marache (historienne, professeure à l’université Bordeaux-Montagne), Gaëlle Charcosset (historienne, spécialiste de la politique au village)
This episode delves into the pivotal figure of the "maire" (mayor) in 19th-century rural France, exploring his role as both a representative of the State and of local interests, the evolution of his selection process, and the intertwined political, social, and symbolic territories he inhabits. Through historical analysis and literary examples, the show examines the mayor's power, notability, relationship with other authorities (like the priest), and his enduring presence at the heart of village life.
"Un homme dans bon point, d'un certain âge... quelqu'un qui incarne la notabilité au village."
(11:30, Corinne Marache)
This comprehensive episode demystifies the multi-layered role of the village mayor, offering a nuanced and sometimes surprising portrait of local governance, power, and community in modern French history.