
"La bourse ou la vie", bandes et contrebande organisée
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Xavier Mauduit
Transculture, le cours de l'histoire. Xavier Mauduit.
Host/Interviewer
La bourse ou la vie, des histoires de bandes et de contrebandes organisées, qui sont ces brigands du siècle des Lumières qui nous conduisent jusqu'à la révolution? La simple évocation de leur nom a pu provoquer l'effroi et la fascination. Mandrins, cartouches, ennemis pour les uns, héros pour les autres. Mais ce sont aussi les terribles chauffeurs d'orgères. Aujourd'hui, à nos risques et périls, nous empruntons les grands chemins.
Xavier Mauduit
Xavier Mauduit.
Narrator/Reader
« Vous me voulez comme chef? » « Oui! » « Vous allez m'avoir! » Chacun reçoit un uniforme, cinq armes à feu,
Xavier Mauduit
un bon cheval, et voilà la bande à
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mandrin qui déferle sur la France. Et les gens du peuple sont ceux qui souffrent le plus de
Xavier Mauduit
ce brigandin. « Quelles sont ces fariboles? » « Les
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fariboles? Mais si
Xavier Mauduit
je vous disais qu'ils
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me plaisent. » « Pardon? » « Rien, laissez-moi. » Le cours de
Xavier Mauduit
l'histoire. Il y
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avait un petit bisou pour terminer, on l'a entendu. Bonjour Elisandriess. Bonjour Xavier Mauduit. Vous êtes directrice de recherche en littérature française au CNRS. On vient d'évoquer plein de noms de brigands. Avant d'explorer ces brigands du 18e siècle, on pourrait quand même préciser ce que l'on met sous ce terme
Xavier Mauduit
de brigand. C'est un terme très vaste. Qu'est-ce qu'il faut pour être un brigand? Si on se réfère au dictionnaire de l'époque, brigand vient de briga, terme italien, qui veut dire la troupe. De même que bandi vient de bande, enfin il y a une autre étymologie qui est probablement juste aussi, qui vient de banni, c'est un terme qu'on trouve dans un dictionnaire du 18e siècle, mais que ce soit la bande, qui donne bandit, ou la brigade, enfin la troupe qui donne brigand, on est toujours dans un phénomène de bande, comme aujourd'hui quand on parle de gangsters et de gangs. Et c'est peut-être là-dessus que j'aimerais insister dans un premier temps. Qu'on parle de cartouche ou qu'on parle de mandrin, on n'a pas affaire à un seul homme, même si c'est un individu qui entre dans la légende. On a affaire à tout
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un groupe et à une forme de charisme chez le chef de ce groupe. Avec l'idée
Xavier Mauduit
de bander. On l'entend bien. En premier, ce sont
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des groupes d'individus plutôt masculins. C'est
Xavier Mauduit
un monde d'hommes essentiellement et un monde brutal.
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Il faut de la violence aussi. Souvent, souvent. Ce sont souvent des bandes armées. Aujourd'hui pour réfléchir à cette
Valérie Sotokassa
notion
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de brigands au siècle des Lumières et jusqu'à la Révolution, Valérie Sotokassa, bonjour. Bonjour. Vous êtes professeure d'histoire moderne à l'université de Toulouse-Jean Jaurès. déjà commencé à délimiter cette notion de brigands. Nous avons la bande, nous avons de la violence. Si l'on parle un peu de géographie aussi, où sommes-nous avec les brigands? On parle
Valérie Sotokassa
souvent des brigands de grand chemin, ce qui évoque d'être hors de la ville. Oui, tout à fait. En fait, je pense qu'on peut aussi définir les brigands par rapport à leur répression. Et cette répression est confiée, à partir du milieu du XVe siècle, à la marée-chaussée. Et la marée-chaussée doit veiller à l'ordre dans les campagnes. Et tout au long de la période moderne, que ce soit sous François 1er avec une ordonnance de 1535 ou l'ordonnance criminelle de 1670, tout le monde insiste sur ces crimes dans les campagnes. Parce que les villes, en fait, sont dotées de gais, plus ou moins efficaces, mais qui sont censés maintenir l'ordre, alors que les campagnes semblent beaucoup plus dépourvues de moyens de défense. Et donc, oui, les campagnes. Et puis, j'aimerais aussi insister sur un autre sens du terme brigands qui se rattache à un habit militaire et qui fait que la marée-chaussée était à la fois destinée à régler la justice au sein des soldats et aussi des bandes de brigands, pour lutter contre les bandes de brigands. Il y a donc un rapprochement entre le
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fait militaire, notamment entre les périodes de guerre, les soldats débandés et le brigandage. Oui, moi je suis tout à fait d'accord. Simplement peut-être qu'on peut donner un sens un peu plus large à cette définition du brigand ou du bandit parce que finalement les deux mots se ressemblent en ce qui concerne les exactions sur les grands chemins. parce que là aussi je me réfère au dictionnaire du temps. Le dictionnaire de Furtière, par exemple, à la fin du XVIIe siècle parle, je le cite, de voleurs de grands chemins et à main armée, de soldats indisciplinés. Et on reviendra certainement sur cette idée de soldats qui, à la fin des guerres, se retrouvent privés de soldes et vont effectivement dans les campagnes jouer un rôle de brigands. Mais on parle aussi dans ce dictionnaire de Furtière, et je le cite à nouveau, de brigands qui effectuent, je cite, « toute autre sorte de volerie » – de volerie, c'est le mot qui est employé – « dans les villes ». Donc, bien sûr, brigands de Grand Chemin, c'est peut-être la
Narrator/Reader
première chose à laquelle on pense, mais des bandes dans les villes, et à Paris en particulier, ça existe aussi. D'ordinaire, la rumeur qui s'échappe de Paris le jour, c'est la ville qui parle. La nuit, c'est la ville qui respire. Ici, c'est la ville qui chante. Prêtez donc une oreille à ce tuti des clochers, répandez sur l'ensemble le murmure d'un demi-million d'hommes, la plainte éternelle du fleuve, les souffles infinis du vent, le quatuor grave et lointain des quatre forêts disposées sur les collines de l'horizon comme d'immenses buffets d'orgues. Éteignez-y, ainsi que dans une demi-teinte, tout ce que le carillon central aurait de trop rauque et de trop aiguë, et dites, si vous connaissez au monde quelque chose de plus riche, de plus joyeux, de plus doré, de plus éblouissant, que ce tumulte de cloches et de sonneries, que cette fournaise de musique, que ces dix mille voix d'airain chantant à la fois dans des flûtes de pierres hautes de
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trois cents pieds, que cette cité qui n'est plus qu'un orchestre, que cette symphonie qui fait le bruit d'une tempête. Qu'est-ce que c'est joliment écrit? Mais c'est normal, c'est Victor Hugo, lu ici par Roger Monteux. C'est Notre-Dame de Paris, avec Notre-Dame de Paris, le roman de Victor Hugo. Nous sommes sur un récit écrit au 19e siècle, dans les années 1830, sur des événements que Victor Hugo situe au 15e siècle et à Paris, dans Notre-Dame de Paris. Et il y a la Cour
Xavier Mauduit
des Miracles. Alors, comment se conçoit cette Cour des Miracles? Est-ce que l'on peut dire qu'elle est peuplée de brigands? Alors, des cours de miracle, il en a existé. On n'est pas uniquement dans le romanesque, on n'est pas uniquement dans le médiévalisme du XIXe siècle. On a la présence de cours de miracle dans des plans de Paris du XVIIe siècle et jusqu'au début du XVIIIe siècle. Et on a même des descriptions dans des guides de Paris pour des voyageurs. Alors ces cours des miracles, aujourd'hui on appellerait ça plutôt des... Comment est-ce qu'on pourrait appeler ça? C'est un peu comme des favelles. Il faut se dire des lieux très pauvres, des maisons qui tiennent à peine. Il faut quand même imaginer Paris et les grandes villes de l'époque comme des lieux où la misère est très présente. Et le banditisme se nourrit aussi de cette misère. Ces cours des miracles, on sait que la principale d'entre elles se trouvait à la lisière de Paris et de la campagne, c'est-à-dire du côté de l'actuelle porte Saint-Denis qui existait déjà à l'époque. Et quand on regarde les plans de la ville qui montrent les cours de miracles qui sont appelés comme tels, c'est toujours dans les endroits les plus sales. Et à côté de cette grande cour des miracles près de la porte de Saint-Denis, il y avait le grand égout à ciel ouvert qui descendait de Ménilmontant et qui arrivait jusqu'à l'actuelle place de l'Alma. C'était évidemment dans les endroits les plus sales de la capitale que se trouvaient ces maisons les plus misérables. Est-ce qu'elles étaient peuplées de brigands? Je n'en sais rien. Elles étaient peuplées de ceux que la ville avait placés à la marge. Les mendiants, les estropiés, des
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brigands sans
Valérie Sotokassa
doute aussi. Mais c'était surtout le lieu où l'on accueillait les plus misérables des habitants de la ville. Valéry Sotokassa. Alors dans les campagnes, le système est un
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petit
Valérie Sotokassa
peu différent. Et la peur de la société, c'est en fait que les sociétés de brigance constituent des contre-sociétés. Voilà. Donc on a moins de pauvreté, moins de misère, sans doute des
Host/Interviewer
milieux qui sont moins pauvres, mais qui peuvent constituer une contre-société. Et c'est ça qui en fait inquiète les sociétés. Avec Valérie Sotokassa, ce que vous nous dites là, c'est comme à la campagne ou comme en ville, toujours des espaces qui échappent à l'autorité. Vous avez parlé de la maréchaussée, l'ancêtre de la gendarmerie. Nous avons des espaces qui échappent à l'autorité, plus ou moins de misère. Et puis, nous parlons de géographie. Y a-t-il une géographie qui peut être réalisée du brigandage
Valérie Sotokassa
en France? Pour le dire autrement, est-ce qu'il y a des régions qui sont plus propices au brigandage que d'autres? Alors oui, si on parle en particulier de contrebandes ou de brigandages liés au pillage sur les grandes routes, et bien les lieux où il y a des status fiscaux différents, entre Grande-Gabelle et Petite-Gabelle par exemple, il y a du brigandage. Ou bien le long des voies de communication, ce que l'on a pu remarquer tant en langue doc qu'en Bretagne, où on voit que les grands axes de communication, dans la vallée du Rhône par exemple aussi, sont des lieux propices au brigandage. Donc les bandes se cachent dans des forêts et
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puis ensuite lorsqu'arrive un transport de passagers par exemple, elles font un traquenard et puis là elles pillent les voyageurs. avec cet impôt sur le sel, la gabelle, sachant qu'il n'est pas le même partout. En Bretagne, il n'y a pas de gabelle, il faut dire que la mer est juste à côté, mais si on ne va pas très loin,
Xavier Mauduit
il y a de la gabelle et là, il faut payer l'impôt, c'est sûr que ça incite à la contrebande. Alors, tout à fait d'accord avec ce que vient de dire Valéry Sotokassa. Si on parle des villes maintenant et de Paris, que j'ai particulièrement étudié, on a évidemment aussi des lieux qui se prêtent plus que d'autres au brigandage. On a les rues assassines. Il faut aussi se dire que Paris, jusque dans les années 1740, avait peu d'éclairage. Les premiers réverbères ont été installés, je crois, en 1744, si ma mémoire est bonne. Il y avait bien sûr un petit peu de lumière, mais pas beaucoup. Donc il faut imaginer que Paris, le soir, était une ville très peu sûre, malgré une présence militaire et policière forte. Parce que là, on parle de 6 à 8 000 hommes à Paris au XVIIIe siècle, qui surveillaient la ville, ce qui fait beaucoup de monde, qui doit correspondre Pas tout à fait au nombre de policiers aujourd'hui, mais pour une ville qui était quand même plus petite, qui contenait à peu près 500 000
Host/Interviewer
habitants. Imaginez les rues de Paris le soir, totalement privées de lumière. C'était évidemment des moments propices pour le brigandage. Voilà, et puis c'est propice aussi à se ramasser un pot de chambre jeté par la fenêtre au même moment, sachant qu'il n'y a pas d'égout, on n'a pas envie d'y être. Faut faire attention en tout cas. Valérie Stocasa, au moment de réfléchir au brigand, on l'a bien dit, il y a de la violence, des armes, et puis cette notion de bande, avec l'idée que ce n'est pas un métier, au sens où la personne n'est pas brigands, tout le temps, en permanence, sur l'ensemble de l'année. Il y a des moments où on est brigands, on peut quitter la bande, on peut
Valérie Sotokassa
être petit voleur tout seul, revenir, c'est en cela aussi qu'il est difficile peut-être de cerner qui sont ces brigands. Il est difficile de cerner qui sont ces brigands, d'abord parce qu'ils agissent dans la clandestinité, ils ne laissent pas de traces. On les trouve lorsqu'ils ont échoué. Parfois, quelques procédures, mais très exceptionnelles, sont fondées sur des confessions de brigands, des brigands repentis qui dénoncent leur comparse. Et là, on peut essayer de faire une étude, disons, sociale des brigands. Mais pour répondre à votre question précisément, effectivement, on se rend compte qu'il y a sans doute souvent un noyau dur, constitué souvent parfois d'une famille, par exemple, et qui ensuite agrège des individus en fonction du type d'action. C'est-à-dire qu'il y a des individus qui vont être recrutés pour une action spécifique, puis qui ensuite vont quitter la bande, et puis d'autres individus. Et donc, en fait, on a des bandes qui sont assez mouvantes du point de vue de leur composition, effectivement. Et j'aimerais, si c'est possible, revenir un petit peu sur la question de la nuit, parce que le brigandage en ville se fait peut-être la nuit. Mais ce que j'ai constaté, moi, avec un comptage assez précis des actes de brigands, C'est que dans les campagnes, les brigands n'agissent pas la nuit. Les campagnes sont plongées dans le noir le plus total. Et il est aussi difficile pour des brigands
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d'agir la nuit que pour des gens tout à fait normaux. Et donc les brigandages ont principalement lieu le jour. Avec, quand vous étudiez Valéry Sotokassa, ces cas de brigandage, des différences avec les nuits sans lune et les nuits avec un très beau clair de lune où on peut y voir. Moi, j'imagine, je suis dans la ferme en pleine nuit, mais c'est une nuit avec une très
Valérie Sotokassa
belle pleine lune. On y voit quelque chose. J'ai un peu plus peur. Je me dis là, il risque d'attaquer. En fait, dans les campagnes, les brigands souvent se font passer pour des voyageurs. Et dans les campagnes, surtout dans les campagnes pauvres de Bretagne, du Midi, il y avait des campagnes très très pauvres, l'hospitalité était la règle. Donc très très souvent, on a des brigands qui frappent à la porte tout naturellement et
Host/Interviewer
puis qui se font héberger. Et puis ensuite, ils se tournent contre les propriétaires pour les voler et les piller. Et puis là on se fait avoir et c'est une véritable catastrophe avec dans ces figures de brigands qui
Narrator/Reader
nous intéressent, l'une d'elles qui a marqué
Host/Interviewer
les
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esprits des contemporains bien sûr et par la postérité ensuite, c'est Cartouche. Et maintenant mon or, où est-il? J'attends. Normal. Il s'appelle Cartouche. Qui est notre chef? Vous me voulez comme chef? Vous allez m'avoir. Vous me suivrez jusqu'à la corde. Pas la peine de dire oui, je l'ai dit pour vous. J'oublie dans le passé. Et voici mes lois. Pas de meurtre. On ne s'attaque qu'aux grands. On ne voit pas pourquoi seuls les grands ont le droit de porter des plumes et des dentelles. et seul le droit de tirer le lièvre dans des carrosses à pompons. Ça nous revient aussi. À nous autres, donc, les dentelles,
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les plumes, les lièvres, les carrosses et les pompons. Col comptable, tu feras des parts égales. Et avec quel égards? Il l'a dit. Jean-Paul Belmondo est cartouche dans le film de Philippe de Broca en 1962 avec ici ce personnage qui nous fascine, cartouche, et qui correspond à ce que vient de nous dire Léry Sotokassa, c'est-à-dire on a un personnage central, sans doute quelques lieutenants autour de lui, et puis après,
Narrator/Reader
la bande où
Xavier Mauduit
s'agrègent des gens, alors on continue ou pas, on continue à un moment ou à un autre. Qui est cartouche? Carthus est né en 1693 à Paris. Son vrai nom est Garthausen. C'est le fils d'un mercenaire allemand qui est devenu tonnelier à Paris. C'est vrai que dans le noyau de cette bande, il y a des membres de sa famille, puisqu'il a deux frères qui vont exercer le métier de brigand, si on peut dire, avec lui. Et c'est vrai aussi, ce que vous évoquiez tout à l'heure, ce métier qui n'en est pas un, ce métier qui peut être enfin provisoire ou qui peut être sur une plus longue régularité. C'est vrai parce que quand on étudie la bande de cartouches, il y a eu quand même plus de 300 arrestations en 1720, jusqu'en 23, 24. Lui a été exécuté en novembre 1721, mais il y a eu des procès tout au long de ces années-là. Quand on voit la composition de la bande de cartouches, on voit des soldats, des petits artisans, on voit des domestiques, des cuisinières qui n'ont pas de patron, qui cherchent du travail. C'est le petit peuple parisien qui est présent dans la bande de cartouches. Et on peut imaginer sans difficulté que certains font partie du noyau dur, mais que d'autres pratique le brigandage comme un brigandage d'occasion. Je donnerai un autre exemple qui est celui d'une autre bande, mais qui est beaucoup moins célèbre, qui est la bande de Raffia. Raffia, R-A-2-F-I-A-T. L'orthographe varie quelquefois. Raffia est écrieur de billets de loterie. c'était souvent des tout petits métiers. Et dans sa bande, à lui, il y avait ce qu'on appelait des gagne-deniers, c'est-à-dire des hommes qui étaient des portefeuilles, qui se louaient à la journée. Donc on a affaire aux petits peuples parisiens et, en effet, à des individus qui, par moment, quand ils ont un bon coup à faire, y participent et qui ensuite se fondent complètement dans leur quartier et dans leur métier. Ce qu'on pourrait ajouter aussi, c'est que tous ces brigands, et parmi eux les plus célèbres, sont jeunes. Non seulement c'est un monde d'hommes avec quelques femmes, mais elles sont peu présentes et ce sont souvent des compagnes. Ce sont rarement des femmes qui sont au premier plan dans les actes de violence et de banditisme, mais ce sont des hommes qui sont jeunes. On meurt jeune quand on est brigand. Cartouche va
Host/Interviewer
mourir à 28 ans, Mandrin à 30 ans. C'est quand même quelque chose qui est une constante dans ce milieu-là. On dresse le
Valérie Sotokassa
portrait, ça y est, on a un jeune homme pour être brigand. Valérie Sotokassa, cette question des femmes est présente. Oui, cette question des femmes est importante, même si elle est très, très mal connue. On a quand même des études qui essayent de comprendre la position des femmes. Donc, on a quelques rares femmes chefs de bande. Donc, on en a trouvé en Bretagne. Alors, je cite la Bretagne parce qu'on a des études, mais il y en a peut-être ailleurs qu'on ne connaît pas. Là, il y a des études à faire. Et donc, on a, par exemple, Marion Dufaouette, qui a été à la tête d'une bande entre 1740 et 1755. et c'était une bande de voleurs. Et elle était réputée pour son autorité et on disait qu'elle avait un sifflet et que, sans coup de sifflet, tous ses hommes se rangeaient derrière elle pour aller voler, pour aller effectuer des actions armées, des actions même violentes. Et il y en a une autre, toujours en Bretagne, dans les environs de Guingamp, une certaine Marie L'Escalier qui a désolé le pays pendant assez longtemps, de 1730 à 1757. Donc on a des femmes chefs de bandes, mais effectivement, comme le disait Lise Andriès tout à l'heure, les femmes sont souvent des compagnes. Il y a des structures familiales dans les bandes. Et puis les femmes sont plutôt des victimes. Là, c'est vrai que lorsque des bandes de voleurs, des bandes de pilleurs s'attaquent à une ferme, Il s'attaque aux femmes pour faire céder, c'est un moyen de pression, pour faire céder les hommes et leur faire avouer où sont cachés
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leurs argents. Et aussi, il les chauffe, il les brûle. Il leur brûle les pieds. Ça, c'est plutôt plus connu. Avec Lysandriès, c'est vrai, un monde extrêmement violent. On parle de
Xavier Mauduit
fascination, on parle de tout ce que cela a pu générer, mais c'est la violence en premier dans cette histoire. C'est-à-dire que tout dépend des textes sur lesquels on s'appuie. Je viens de la littérature par mes études, donc j'ai commencé à travailler sur cette question des brigands dans les romans, dans les biographies criminelles, parce que les grands brigands ont donné lieu à toute une littérature, à des poèmes, à des chansons, à des complaintes, et aussi à des biographies criminelles. Souvent, ils apparaissent comme extrêmement séduisants. Mais quand on lit les archives et les archives judiciaires, on a un tout autre portrait. Et pour en revenir aux femmes, je suis d'accord, elles sont souvent victimes. Ce qui est surtout frappant, c'est qu'on trouve évidemment dans les archives des femmes criminelles, mais au sens très large du terme, ce sont plutôt des voleuses. Ce sont rarement des femmes qui pratiquent des actes de violence. La violence, elle est quand même dans ce monde-là du côté masculin. Et elles sont voleuses, elles sont souvent ce qu'on appelle enquilleuses, c'est le terme qui était utilisé à l'époque, Et alors, qu'est-ce que c'est que l'enquillage ou le fait d'être enquilleuse? Vous savez, les femmes portaient des robes longues et sous la robe, elles avaient une grande poche. Tout le monde, enfin pas seulement les voleuses, elles avaient une grande poche qui était cachée sous la robe et à laquelle on accédait par une sorte de poche, enfin de petites poches sur le côté. Et ces poches étaient comme des sacs. Et les enquilleuses, c'était le vol à l'étalage. Elles volaient souvent des tissus un petit peu précieux, des mousselines, de la
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soie, et elles cachaient sous leurs robes ce qu'elles avaient volé, et c'est ça l'enquillage. C'était un métier de femme. Un métier de femme avec, on le voit bien
Xavier Mauduit
dans ce monde des malfrats, des voleurs, des spécialisations, et ce mot brigand qu'il y a, un féminin, c'est brigande. Un archer nous rapporta la manière dont cette coquine s'y prenait pour détrousser les passants, et souvent pour les tuer. Elle est à pied et vêtue proprement. Elle porte une boîte moins pesante qu'incommode par sa grandeur. Lorsqu'elle aperçoit un cavalier qui passe dans ce chemin, elle se laisse apercevoir. Peu d'hommes, voyant une femme d'un certain air au milieu d'une forêt, ne se laissent tenter à la curiosité de s'approcher d'elle et de lui demander ce qu'elle y fait. Elle répond et, se plaignant de sa lassitude, donne occasion au passant de lui offrir la croupe de son cheval. Elle l'accepte, et pour se préparer plus de facilité à faire son coup, elle prie le cavalier de prendre devant lui sa boîte afin qu'il ait les mains occupées. Alors, elle
Host/Interviewer
prend son temps pour lui enfoncer par derrière ou dans le côté un large poignard dont elle est toujours pourvue. Musique Portrait d'une brigande, mais là c'est la littérature, mémoire et aventure d'un homme de qualité de l'abbé Prévost, lu dans le cours de l'histoire par Oriane Delacroix. Il y a de la violence un peu valériste. Autre que ça, on l'entend bien, c'est ça qui est très délicat. Toujours en étudiant les brigands, c'est ce biais des sources par la littérature qui en font des personnages de héros. Et on voit
Valérie Sotokassa
bien ici que l'abbé Prévost est classique fasciné aussi par la personne qu'il décrit qui, malgré tout, manie le couteau. Alors oui, et je voulais revenir sur cette question de violence parce que malgré tout, en dehors de la littérature, si le terme brigand est utilisé parfois, on y reviendra peut-être, pour désigner des gens qui ne sont pas vraiment des brigands au sens commun, c'est pour faire peur. Et donc c'est que le brigand fait peur. Et cette violence, elle est réelle. Toutefois, si par exemple on prend la bande de Mandrin, je l'ai suivie notamment dans l'Aveyron, Eh bien, il est très très sévère vis-à-vis de ces hommes parce qu'il interdit le meurtre. On entendait tout à l'heure Cartouche et par Jean-Paul Belmondo. Donc ce n'est pas tout à fait de la légende. Mandrin voulait éviter le meurtre, notamment le meurtre de gens de la population et notamment aussi les crimes contre les femmes. Et en Aveyron, il y a eu des violences perpétrées contre les femmes de la population. Et Mandrin a sévèrement puni ces hommes qui s'étaient rendus coupables de telles violences. Pour les bandes de la Révolution, dont on parlera peut-être plus tard, moi j'ai bien pu prendre conscience de cette différence de l'usage de
Xavier Mauduit
la violence avec des brigands qui maîtrisent une violence différenciée selon leurs victimes et le message qu'ils veulent faire passer. Oui, pour en revenir au texte qui vient d'être lu. « Mémoires et aventures d'un homme de qualité », 1728-1731, ce texte. Je voulais juste dire que... L'abbé Prévost, dans ce texte mais dans d'autres textes aussi, est fasciné par la violence féminine et il donne des exemples de femmes brigandes ou de femmes tout simplement violentes qui sont assez éloignées de la réalité que nous on peut connaître par ailleurs. Cette femme dans la forêt de Sanlis, c'est une pure invention. Je n'ai pas trouvé d'exemple qui correspondait à cette femme chef de brigand qui parvenait à poignarder dans le dos les galants cavaliers qui la prenaient en croupes. On pourrait penser du côté littéraire, là encore, pas du côté des archives, à un autre personnage qui a fasciné à l'époque, qui est le personnage de Milady. Parce que nous, on connaît Milady par les Trois Mousquetaires d'Alexandre Dumas, mais l'histoire est plus ancienne, puisqu'on a les mémoires de D'Artagnan, qui datent du tout début du XVIIIe siècle, par Courtil de Sandras, avec déjà un personnage de femme un peu diabolique
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et très violente, et parfois meurtrière. Donc il est probable que l'abbé Prévost ait été aussi fasciné par ce personnage de Milady. Avec cette fascination des brigands, j'aimerais bien la comprendre parce que dans ce qui a été dit, on entend bien qu'il n'y a pas la volonté systématique de tuer ou de torturer ou de massacrer. Est-ce que ces brigands peuvent être comparés, et on le fait souvent, à des robins des bois, des brigands qui sont là pour redistribuer? Parce que c'est quelque chose qui apparaît souvent, ce brigandage social. Est-ce que l'on peut dire que ces brigands du XVIIIe siècle, tel cartouche,
Xavier Mauduit
tel mandrin, sont des brigands sociaux? Je vais vous demander à l'une et à l'autre ce que vous en pensez, Lise Andriess. Moi, je pense que les deux personnages sont très différents. Et Cartouche, c'est le brigand des villes, même s'il avait évidemment des réseaux sur les grands chemins tout autour de Paris, ça on le sait. Il a bénéficié d'une certaine sympathie parce que quand il était dans sa prison au Châtelet, tous les personnages qui avaient un peu d'entre-genre allaient le rencontrer. Il y a même eu une pièce de théâtre qui a été écrite par un écrivain qui travaillait pour la comédie française, une pièce de théâtre qui s'appelait « Cartouche ou les voleurs ». Il est allé rencontrer Cartouche, il a interviewé Cartouche si on peut dire, et Cartouche semble-t-il, mais ça c'est dans les journaux du temps, je ne vous raconte pas des choses écrites de façon apocryphe, les journaux, les journalistes du temps disaient que Legrand, ce personnage qui a écrit « Cartouche ou les voleurs », Elle est interviewée Cartouche pour apprendre de lui des mots d'argot, parce que l'argot était la langue des voleurs. Et en lisant en effet la pièce, Cartouche ou les voleurs, on a des mots d'argot. Retrouvons-nous sur le grand chemin, mais c'est pas le grand chemin, c'est le grand trimar, etc. Est-ce que c'est Cartouche qui a donné ces noms-là? J'en sais rien. Pour ce qui est de Mandrin, Valéry parlait de la manière dont il se comportait avec ses hommes en les obligeant à ne pas tuer. C'est sûr que Mandrin a bénéficié non seulement de cette fascination pour le grand brugand qu'a eu Cartouche, mais d'un capital de sympathie immense. Parce que non seulement il vendait à bas prix les marchandises qui étaient lourdement taxées à cause de la ferme générale, en France, mais il donnait le sentiment, lui, non pas d'être un robin des bois, mais de prendre aux riches pour distribuer aux pauvres. Chose qu'on ne voit pas du tout ailleurs. Et quelqu'un comme Voltaire, par exemple, dans sa correspondance, on est au début, on est en janvier 1755, dit ceci de Mandrin, le peuple aime ce Mandrin
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à la fureur il s'intéresse à celui qui mange les mangeurs de gens. Les mangeurs de gens, ce sont ceux qui les taxent avec des impôts. Avec ici une chronologie à rappeler, la mort de Cartouche c'est 1721, où il est exécuté, quant à Mandrin c'est
Valérie Sotokassa
1755. Ce qui veut dire que Mandrin connaît très bien les histoires de Cartouche, il est passé après. Qu'en pensez-vous Valérie Sotokassa de ce brigandage social? La figure du brigand social a été beaucoup étudiée par Hobsbawm, qui a fait un livre magistral qu'il a réédité à plusieurs reprises. Alors, est-ce que ce bandit social a existé? C'est vrai que dans les sources, on retrouve effectivement autour de Mandrin quelque chose qui peut ressembler à un bandit social parce que Mandrin, effectivement, il vole de la marchandise ou il a de la marchandise de contrebande et ensuite, il ne la distribue pas mais il la revend. en enlevant les taxes. Et il se livre à une véritable guerre contre la Ferme Générale. La Ferme Générale, c'est la fiscalité indirecte qui pèse sur les marchandises, le sel, le tabac, les indiennes, ce sont ces tissus de coton imprimés. Et donc ça, vraiment, on peut effectivement le retrouver. Mais je le retrouve ailleurs également. Dans les années 1780, dans le vivaret, il y a une bande que l'on appelle les masques armés et qui ont été caractérisés de brigands et qui s'élèvent aussi contre les taxes. En Provence, il y a un brigand qui est resté célèbre et qui s'appelle Gaspard de Besse et qui est lui aussi pourchassé pour s'être attaqué à l'autorité. Alors lui, c'est plutôt l'autorité. Et puis pour terminer, la mémoire de Mandrin fait de Mandrin un véritable bandit social, brigand social. Son testament, qui est un testament apocryphe, a été écrit par un certain Ange Goudart. Et ce testament commence par une phrase en disant « Je ne suis pas un héros, je pourrais
Host/Interviewer
l'être, les gens me pensent comme un héros ».
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Et ensuite, tout le texte explique pourquoi Mandrin, à la tête d'une bande armée, a tenu tête à l'État. Voilà, les faux pas lui collent à la peau. Il ne tiendrait qu'à moi de m'ériger en héros. Le public est déjà lui-même en avance des premiers frais de cette réputation à ma faveur. On se prévient toujours pour un particulier, qui franchissant les bornes d'un rang obscur, fait beaucoup de bruit dans le monde. Dans les révolutions que j'ai excitées, je n'ai envisagé que le bien du public. J'ai empêché que les richesses de plusieurs provinces ne s'écoulassent avec cette précipitation qui jusque-là avait fait tout leur malheur. J'ai déchargé le peuple d'une partie des impôts dont le poids l'accablait. Mais c'est en vain que je voudrais prendre le titre pompeux de protecteur du peuple. Qu'est-ce que c'est que ce
Xavier Mauduit
criminel dont toute la France parle? Qu'un chacun
Host/Interviewer
plaint, que tout le monde regrette, à qui une infinité de gens voudraient racheter la vie de leur propre sang. France Culture, le cours de l'histoire. Xavier Mauduit. Le testament de Mandrin, lu par Raphaël Laloume avec un imparfait du subjonctif, ça fait toujours du bien à
Xavier Mauduit
l'oreille ici. Testament apocryphe, on l'a bien dit, un mandrin a été exécuté en 1755. Lysandriès, c'est intéressant à entendre cela parce que c'est presque un message politique. C'est totalement un message politique. C'est un message politique écrit l'année même de la mort de Mandrin. C'est un texte qui date de 1755, qui a été attribué à Ange Goudard On n'en est pas sûr, mais c'est très probable. Alors cet ange Goudard, c'était une sorte d'aventurier, un peu espion, pamphlétaire. Et le livre a été évidemment interdit. Il circulait, mais il a été mis au pilon sur ordre du lieutenant général de police. C'était évidemment un texte contre le système des impôts au XVIIIe siècle, pas un texte contre le roi lui-même, mais contre les fermiers généraux qui étaient détestés de la population. Il y a aussi une autre phrase dans ce testament politique de Louis Mandrin, Généralissime des contrebandiers, c'est la fin du titre. Il y a cette phrase tout à fait intéressante, il me semble. Quand on la lit aujourd'hui, je la lis, quand le
Host/Interviewer
peuple commence une fois d'aller, il ne sait jamais lui-même où il ira. Alors on n'est pas à la veille de la Révolution française, mais on s'en rapproche. C'est dans l'ère du temps, bien sûr. Valérie Sotokassa, on entend bien ici qu'il y a un aspect politique qui est là. Alors, il ne faudrait pas faire de téléologie, de lecture, sachant que la révolution va arriver. Mais quand même, il y a quelque chose de l'ère du temps. Et puis, il y a
Valérie Sotokassa
un peu une histoire économique, on l'entend bien. C'est-à-dire que ces brigands-là, Mandrin particulièrement avec la contrebande, proposent un système économique parallèle à celui imposé par la monarchie. Oui, tout à fait. Le testament de Mandrin, sans doute dû à Anjou Goudard, mais c'est vrai qu'à l'époque on publiait de manière anonyme et que ce texte a été censuré. Il est repris en 1789 par le même Anjou Goudard, qui l'adresse cette fois-ci, il l'intitule « Analyse du testament politique de Mandrin » et qu'il l'adresse aux députés des États généraux. dans lequel il reprend l'image du héros, qui défend la cause du peuple, il retourne
Host/Interviewer
le terme de brigandage contre les fermiers généraux, et il appelle les députés à réformer le système fiscal, sinon, dit-il, de nombreux mandrins pourraient se lever et faire la révolution. Oui, c'est ça. On a ici une figure qui marque les esprits, Mandrin, ce héros populaire tel qu'on le présente bien
Narrator/Reader
souvent dans la littérature. On le voit bien ici au plus près des sources. Il y a quelque chose qui interpelle et nous comprenons dès lors la complainte de Mandrin. Nous étions vingt ou trente brigades dans une bande, tous habillés blancs, à la mode des roumantantes. Tous habillés de blanc à la mode des marchands. La première venderie que je fis dans ma ville, C'est d'avoir goupillé la bourse d'un coup mandandais. C'est d'avoir goupillé la bourse d'un cul. dans sa chambre. Mon Dieu, qu'elle était grande! J'y trouve une hibicus, je m'y amène, vous m'entendez-ce? J'y trouve une hibicus, je m'y amène dessus. J'entraîne dans une autre. Mon Dieu, qu'elle était raude! De robes et de manteaux, J'en charge étroué, Vous m'entendez-ce? De robes et de manteaux, J'en
Host/Interviewer
charge étroué, chariots. Je l'ai porté pour vendre, Pas la fouet en Hollande. Je l'ai vendu au marché, Il m'avait rien, Vous m'entendez-ce? Je l'ai vendu au marché, Il m'avait rien, La complainte de Mandrin par l'ensemble, le poème harmonique, et c'est magnifique à écouter cette prononciation du français du XVIIIe siècle, on dit « des écus » et tout est ici dans cette complainte de Mandrin. Lysandriez, je parlais de fascination, comment
Xavier Mauduit
le peuple pouvait être touché par Mandrin et puis dans le même temps, il avait peur parce qu'il risquait de se faire attaquer. Ce n'était pas que les riches qui étaient attaqués. Alors, Mandrin bénéficie de ce capital de sympathie qu'on évoquait tout à l'heure à juste titre, à mon avis, parce qu'il s'attaquait essentiellement à ceux qu'on appelait les employés de la ferme et il est allé même Il a même obligé l'intendant de Bourgogne à lui payer d'avance ses marchandises. Parce qu'il n'était pas seul, il était quand même le chef d'une troupe de 200 à 300 hommes armés. C'était quelqu'un dont le charisme, dont l'autorité a été soulignée par les contemporains. Et c'est aussi quelqu'un qui, quand il arrivait dans une ville, comme à Bourg-en-Bresse par exemple, faisait ouvrir les prisons et libérait les contrebandiers emprisonnés. Donc il agissait quand même, peut-être pas comme un bienfaiteur, mais comme quelqu'un qui choisissait ses victimes. Et ces victimes, c'était vraiment ceux qui travaillaient pour les fermiers généraux. Il n'y a pas tellement d'exemples autres que ceux-là en ce qui concerne la bande de Mandrin. Pour les autres, c'est une autre affaire. Et on évoquait tout à l'heure les bandes dans les campagnes qui arrivaient à quelques-uns pour profiter de l'hospitalité coutumière des habitants de la campagne. On va peut-être évoquer une terrible bande qui s'appelait la bande des chauffeurs d'Orger, on en a déjà parlé d'ailleurs. Il faut aussi parler de ces bandes qui écumaient les campagnes et qui elles s'adressaient à des pauvres plus pauvres qu'eux. Et là on est très loin de Robin Desbois, là ce sont des pauvres qui volent d'autres pauvres et qui éventuellement les tue, parce que là, on a affaire à des bandes... Bon, il y a eu la bande des Hulins, aussi, dans la Beauce, juste avant la Révolution française.
Host/Interviewer
Ils arrivaient avec des socs de charrues, ils cassaient tout avec les socs de charrues. Ils tuaient, ils volaient. Ils étaient misérables, mais ils s'attaquaient parfois à de plus misérables que eux. Avant d'aller... nous faire chauffer les pieds aux côtés des chauffeurs, ceux d'Orger et d'ailleurs Valéry Sotokassa. Je voudrais bien comprendre aussi comment on peut expliquer que deux noms apparaissent de manière magistrale, Cartouche et Mandrin, en rapport au nombre de bandes qu'il pouvait y avoir
Valérie Sotokassa
en même moment en France. On voit bien qu'ici, on a peut-être des particularités avec Cartouche, avec Mandrin particulièrement. Là, on sent qu'il n'est pas comme toutes ces autres bandes de voleurs. Alors oui, je crois que le XVIIIe siècle, en tout cas au moins la seconde moitié du XVIIIe siècle, entretient un rapport ambivalent avec le brigandage. Et c'est peut-être aussi dû, mais ça lise Sauré mieux que moi, au début de l'émergence du mouvement romantique. Par exemple, en 1781, il y a un auteur allemand, von Schiller, qui écrit une pièce, Les Brigands, dans lequel son personnage principal, Karl, qui est mal aimé par son père, décide de voler les riches. Et donc là, on a bien le personnage du brigand social. Et ce qui est intéressant, c'est que cette pièce est reprise en France au moment de la Révolution pour délivrer un message à la fois social et politique. Et donc si Mandrin a un tel écho au début de la Révolution, c'est aussi parce qu'il y a ce jeu à la fois de répulsion et d'attirance sur des brigands qui seraient des brigands sociaux et politiques, et des brigands qui eux seraient de purs délinquants et qu'il faudrait simplement réprimer. Effectivement, la bande d'Orgère, mais aussi dans le Var, il y a une bande à Pourrières, il y a d'autres bandes qui relèvent de ce brigandage, disons, économique, ce brigandage de pauvres qui fait peur. Et si je peux glisser un petit mot sur la grande peur, la grande peur, elle est vraiment un moment où s'exprime cette ambivalence, étant donné que, dans un premier temps, la France a peur, d'un ensemble de brigands qui seraient plutôt des soldats envoyés par les frères du roi qui se sont émigrés et qui rallieraient des soldats contre la révolution. Mais ensuite, ces bandes de paysans armés contre ces brigands peuvent parfois devenir eux-mêmes
Host/Interviewer
des brigands, ou en tout cas être appelés comme
Narrator/Reader
tels, lorsqu'ils s'attaquent au château. Et donc on a bien là cette ambivalence qui est reprise tout au long de la période révolutionnaire. Ambiance révolutionnaire, ambiance rejégiquelle aussi, la France a peur. On en parle beaucoup, ils existent. Un Français sur dix, pratiquement, en 1789, vit dans une sorte de mondicité ou dans un état de très grande pauvreté. Peut-être qu'en temps de crise, la proportion passe à un sur cinq. Et effectivement, la délinquance rurale, le vagabondage, le brigandage se sont extrêmement répandus, alors même qu'ils étaient déjà un phénomène structurel, dans la France de la deuxième moitié du XVIIIe siècle, qui n'est pas seulement une France en progrès économique, mais qui est aussi une France en déséquilibre social. Il y a des bandes de brigands qui tiennent les campagnes langues dossiennes, qui tiennent la campagne parisienne, rien n'est sûr, très près de Paris. Et les gens du peuple sont ceux qui souffrent le plus de ce brigandage, même si parfois ils sympathisent avec lui parce qu'ils n'aiment pas plus que lui la marée chaussée. Il y a donc une réalité On a peur de ces gens qui peuvent menacer les récoltes, qui peuvent porter atteinte aux biens, aux propriétés, aux personnes. Et cela va
Host/Interviewer
nourrir, en quelque sorte, donner un aliment à ce mythe puissant de la peur permanente qui est au cœur de l'ancienne société et que la crise politique de 1789 va faire revivre. Jacques Solé, historien de la Révolution française en 1988 sur France Culture. Valérie Sotrekassa, on peut peut-être rappeler d'ailleurs ce que c'est que cette grande peur. Nous sommes ici au début de la Révolution, vous êtes l'autrice de cet ouvrage
Valérie Sotokassa
intitulé Les Brigands et la Révolution, violence politique et criminalité dans le midi. Puis vous êtes autrice aussi d'un autre ouvrage, Les Brigands, criminalité et protestation politique. Qu'est-ce que cette grande peur? Alors la grande peur, c'est un mouvement qui éclate au milieu du mois de juillet 1789. Il est déclenché par la nouvelle du renvoi de Necker et de la prise de la Bastille. Et effectivement, pour reprendre cette expression, la France a peur. Elle a peur de différentes choses, elle a peur de la contre-révolution, elle a peur de la réaction. Elle a peur des bandes de scieurs de blé, également qui hantent les campagnes parce que ces gens coupaient le blé en corvaires pour pouvoir le vendre, alors que la précédente récolte avait été très insuffisante et donc il y a de multiples peurs. En même temps, la peur est politique parce qu'au lendemain de la prise de la Bastille, le frère du roi, le comte d'Artois, est parti en émigration à Turin avec le prince de Condée et d'autres grands et il a explicitement dit qu'il reviendrait à la tête de troupes militaires pour écraser la révolution. Donc, quand on apprend tout ça, dans ce climat de peur,
Host/Interviewer
les paysans s'arment dans l'attente de ces brigands, surtout lorsque l'on voit de la poussière, lorsqu'il y a des rumeurs qui annoncent des bandes, on s'arme pour se préparer à la confrontation. Et puis une fois que les armes sont entre les mains, maintenant il faut voir ce qu'on va en faire. Tiens, il y a le château juste à côté. Lise Andriès, vous êtes l'autrice de « Bandit, Pirate et Hors-la-Loi » au « Temps des Lumières » publié chez Classique Garnier, ou encore, vous avez dirigé ce travail, sur Cartouche, Mandrin et les autres brigands du XVIIIe siècle. On a ce moment de la Révolution française avec un contexte très particulier, on l'entend ici à l'été 1789, la Grande Peur. Ces brigands de la Révolution
Xavier Mauduit
française sont dans la continuité des brigands auparavant? C'est pas parce qu'il y a un changement politique que les phénomènes changent radicalement? Ou est-ce que le contexte de la Révolution va modifier le phénomène, voire l'amplifier? Je pense que le phénomène va être amplifié. Il est amplifié en particulier à partir du moment où la France est en guerre contre l'ensemble de l'Europe parce qu'il n'y a plus de frontières. On a évoqué tout à l'heure Mandrin, la contrebande. Les zones frontalières sont les zones où la contrebande s'exerce le mieux. Mais là, je parle avant la Révolution. Il faut imaginer la France révolutionnaire après 1792 comme une France dont les frontières n'existent plus vraiment, avec des troupes qui vont d'un lieu à un autre. avec un système judiciaire qui lui
Host/Interviewer
aussi est complètement transformé. Donc oui, bien sûr, le brigandage va profiter, va s'installer et s'amplifier à cause de ce désordre, de ce désordre géographique et de ce désordre aussi dans ce qui concernait l'ancienne répression. Oui, parce qu'il y a de ça. Il faut de la répression pour éviter qu'il y ait du brigandage, même si on sent bien que le pouvoir royal avait du mal à contraindre ces brigands.
Narrator/Reader
Enfin bon, Cartouche a été exécuté, Mandrin a été exécuté, mais sous la Révolution, il y a là aussi la même chose. C'est la fascination, l'horreur aussi, quand il s'agit des chauffeurs, particulièrement les chauffeurs d'Orger. Ils assassinaient, ils violaient, ils incendiaient, ils volaient, mais on y chauffait peu. C'était une méthode qui avait déjà été employée dans le Nord ou dans le Dauphiné. Et la bande des chauffeurs de notre région, qu'on appellera les chauffeurs d'Orger à cause de mon aïeul, n'a commis en fait que cinq affaires de chauffe. Une bonne chauffe, ça se faisait en trois temps. C'est une véritable recette culinaire. Vous prenez le gâteau, vous le ficelez. et vous lui passez sous les pieds, sous les jambes, sous les mollets, sous les cuisses, même sous la barbe, des brandons de paille enflammés. Alors, ça a un avantage. Ça grille les poils, ça fait gonfler les chairs, ça met en condition, ça permet d'entamer une conversation intéressante, d'avoir des réponses à des questions qu'on pose, qui sont toujours les mêmes, d'ailleurs, c'est où ce qu'est le pognon. Et alors, il est recommandé, de piquer
Host/Interviewer
avec une fourchette ou la pointe d'un couteau, et d'arroser avec un bon alcool. Alors ici, ça se passait à l'eau de Viteprune, c'est l'agneau du pays. Et alors, à ce moment-là, c'est la bonne chauve. A la toute fin du 18ème siècle, en pleine révolution, nous avons un nouveau juge de paix, Armand-François Fougeron, qui est confronté à cette histoire des chauffeurs qui chauffent donc les pieds des paysans. Et nous venons d'entendre son descendant, son arrière-arrière-petit-fils, Pierre Fougeron, en 1992, qui expliquait ce qu'avait fait
Valérie Sotokassa
son aïeul. C'est Chauffeur d'Orger, Valéry Sotokassa. On a là un phénomène des années 1790, 1795 particulièrement, qui a beaucoup marqué les esprits. Mais rien que de raconter ce qu'il faisait, ces gens-là, ça fait peur. Oui, effectivement. Toutefois, je nuancerais un petit peu l'idée que le brigandage explose au moment de la Révolution française parce que dans les sources que j'ai étudiées et puis j'ai compté, en fait, j'ai fait une base de données pour compter. Ce n'est pas ce que j'ai vu. Ce qui explose au moment de la Révolution, ce sont les violences politiques. Et ces violences politiques l'emportent très nettement, notamment dans les premières années de la Révolution. Et apparaît des formes de brigandage qui n'existaient pas et qui ne sont pas directement liées avec le brigandage social tel qu'on en a parlé tout à l'heure autour de Mandrin. mais qui a un brigandage véritablement politique. Par exemple, des paysans qui, au cours de l'hiver 90-91, se mobilisent à la fois pour protester contre la hausse des prix et pour demander que les droits féodaux soient totalement interdits. Ces paysans sont caractérisés de brigands, mais leur lutte est politique. Dans la région d'Avignon, il y a une bande de patriotes, donc ce sont des républicains radicaux, qui prennent les armes et qui pillent les maisons de ceux qu'ils estiment trop modérés et qui vont même se livrer à un massacre épouvantable dans le palais des papes d'Avignon. Et ils sont donc caractérisés de brigands. Eux-mêmes s'appellent les braves brigands de l'armée du Vaucluse. Et au lendemain de la terreur, on a d'autres bandes qui prennent le relais et qui sont là aussi des bandes plutôt politiques royalistes cette fois-ci et qui développent ce qu'on appelle la terreur blanche. Ils
Host/Interviewer
sont appelés brigands. Les lois du directoire qui veulent les réprimer sont des lois qui s'appellent des lois contre le brigandage. Et donc là, on a une assimilation des contestations, des violences politiques avec le brigandage. Oui, parce que c'est la difficulté de la définition du mot. Lisandrieff, c'est vrai que sous l'Ancien Régime, le brigand est identifié tel que vous nous l'avez défini tout à l'heure.
Narrator/Reader
C'est la bande, c'est
Xavier Mauduit
la violence, en ville, mais aussi à la campagne. Il n'y a pas de problème, ils sont partout. C'est vrai que sous la Révolution, le mot brigand, l'étiquette brigand est attachée à beaucoup plus de groupes. Oui. Alors, déjà, juste un point à propos des bandes pendant la Révolution. Je ne suis pas tout à fait d'accord avec Valérie parce qu'au nord de la France, il y a une énorme bande qui était la bande de Moneuse pendant la Révolution qui a fait pas mal d'exactions. A l'est, c'était la bande de Schindler-Hannes. On a des exemples quand même importants de bandes qui déferlent le long des frontières pendant toute cette période de désordre politique. Là où, en effet, il y a un phénomène, alors là c'est une autre chose, c'est un autre point, là où il y a un phénomène qui est propre à la Révolution française, c'est que le brigandage, qu'il soit politique ou qu'il soit de droit commun, comme on dirait aujourd'hui, est souvent accolé à des termes politiques. Par exemple, moi j'ai trouvé dans des feuilles volantes des expressions du style royaliste de grand chemin. parce qu'on ne pouvait pas ne pas accoler un nom politique à ce
Host/Interviewer
genre de choses. Une boulangerie attaquée par des gens qui crevaient de faim
Xavier Mauduit
pendant la Révolution, et
Host/Interviewer
bien c'était de bons patriotes. Donc tout ce qui est lié
Narrator/Reader
au brigandage pendant la Révolution est politisé systématiquement. Et c'est le cas aussi des mouvements contre-révolutionnaires. Les Chouans, ils sont contre-révolutionnaires? Ce sont des bandits! Ce sont des bandits royalistes! C'est vous qui dites les intrigasses! Originaire de Saint-Berthevin, à quelques kilomètres de Laval, on appelait les Cotero les Chouans. Surnom donné à leur père, taciturne personnage, comme semble l'être le Chat-Huant. Et Chat-Huant devint Chouan. Le plus célèbre des fils Cotereau, c'est certainement Jean, qui fut le chef de l'un des premiers groupes de combattants contre-révolutionnaires de 1792 à 1794. Jean Cotreau, dit Jean Chouan, exploitait avec les siens la closerie des poiriers, construction paysanne comprenant outre l'habitation de la famille, les tables, le four à pain et la grange. La closerie ne pouvait pas faire vivre toute la famille, d'où l'obligation pour les deux fils, François et Jean, de travailler ailleurs. Eh bien, il devint recouvreur. En réalité, François et Jean Cotreau-Chouan avaient une autre occupation beaucoup plus fructueuse que la couverture des maisons. Ils faisaient la contrebande du sel, comme beaucoup de ceux qui, comme eux, vivaient à proximité de la limite frontière entre la Bretagne et le Maine. En Bretagne, Le ballot de sel se vendait entre 2 et 3 livres, alors que dans le Maine, par suite du système de la
Host/Interviewer
gabelle, le même ballot de sel trouvait acheteur à plus de 50 livres. Ce fructueux trafic noir du sel s'appelait faux saunage. On voit alors l'agriculteur abandonner sa terre ingrate pour se livrer au trafic interdit. Frédéric Pocher, la voix des chroniques judiciaires, la radiophonique avec cette évocation ici de contrebandiers, avec aussi Valéry Sotokassa, l'occasion de rappeler combien le pouvoir, depuis Paris, ne maîtrise pas le territoire de la
Valérie Sotokassa
France au moment de la Révolution et du début de l'Empire. On parle beaucoup des campagnes, des coalitions européennes qui attaquent la France, de nos victoires. On oublie souvent que le territoire n'est pas encore contrôlé. Oui, le territoire est difficilement contrôlé, comme sous l'Ancien Régime. L'explosion du brigandage traduit cette faiblesse du contrôle du territoire. Cette faiblesse va être compensée par l'intervention croissante de l'armée. De toute façon, l'armée joue un rôle de plus en plus important dans le processus révolutionnaire lui-même. Et j'aimerais revenir rapidement sur cette distinction entre bandes de brigands, disons, délinquants ou de droit commun et bandes de brigands politiques. Dans le Midi, un certain nombre de bandes que j'ai étudiées donnent des discours pour bien dire qu'ils sont du côté des royalistes et pas du côté des brigands de droit commun. Par exemple, lorsqu'ils attaquent une diligence, ils ne prennent que ce qui appartient à la République. Lorsqu'ils attaquent une ferme, ils ne prennent que ce qui appartient à un patriote. Et ils le disent. Et c'est à partir de ces discours que j'ai
Host/Interviewer
pu construire cette distinction entre droit commun et royaliste. Toutefois, comme les royalistes ont besoin d'argent, ils ont besoin d'armes, ils se livrent également à des pillages et c'est là où la frontière est plus poreuse. Une frontière très poreuse. Un lise Andriess, on va dire que, peut-être pour rassurer désormais la population qui va pouvoir reprendre les grands chemins sans risquer d'être attaquée, ces grandes bandes, on les retrouve encore
Xavier Mauduit
au XIXe siècle, mais on sent qu'à la fin du XVIIIe siècle et le début de l'épisode napoléonien, avec notamment la gendarmerie, ça arrive un petit peu à stopper ce mouvement du brigandage. Vive les gendarmes! C'est-à-dire que, en ce qui concerne la ville de Paris, je disais que les rues étaient très peu sûres, jusque dans les années 1740. Mais ensuite, avec les lieutenants généraux de police comme Lenoir, grand serviteur de l'État, la ville est beaucoup plus sûre. Et le même phénomène va se passer dans les campagnes au XIXe siècle, avec effectivement une transformation de la gendarmerie, une réorganisation de la gendarmerie. La marée chaussée jusqu'alors était peu nombreuse et peu efficace, mais au cours du XIXe siècle, les choses vont changer. Ce qui est quand même important à dire, et je voudrais quand même revenir là-dessus, c'est sur le fait qu'on a parlé de la bande d'Orgère.
Host/Interviewer
La bande d'Orgère qui a été très étudiée, il faut voir le nom, les surnoms, les pseudonymes. Sans ortho, gueule brûlée, c'était quand même, encore une fois, un monde de misère qui déferlait sur les campagnes. Et c'est vrai que c'est important à rappeler que c'est la misère ici et c'est la violence quand même à côté de cette fascination. Merci vivement à vous Lise Andriess, merci également Valérie Sotokas à nous avoir présenté ces brigands. On retrouve vos ouvrages cités sur le site du
Xavier Mauduit
cours de l'histoire franceculture.fr. Merci vraiment à
Narrator/Reader
toutes les deux. Prochain épisode
Xavier Mauduit
dans le cours de l'histoire, nous partons
Narrator/Reader
à la rencontre d'une figure qui a
Valérie Sotokassa
inquiété et fasciné le
Host/Interviewer
19e siècle, c'est le brigand italien. Les trois bandits de Napoli, tout doucement ils descendent de la montagne. Allez-ho ravitaillement, car pas d'iho au bout d'un moment, mais qu'à la fin elles vous tenaillent les entrailles. Lili Fayol et les trois bandits de Napoli dans le cours de l'histoire sur France Culture, une émission réalisée par Thomas Boye et qu'aujourd'hui à La Technique, Noé Chaban. Merci à Thomas Boyer,
Podcast: Le Cours de l’histoire
Episode: Brigands, des histoires hors-la-loi : "La bourse ou la vie", bandes et contrebande organisée
Date: March 12, 2025
Host: Xavier Mauduit (France Culture)
Guests:
This episode examines the world of brigands in France from the Enlightenment into the Revolution, exploring the social, economic, and political dimensions of organized banditry. Through historical analysis, literary references, and notable examples—such as Cartouche and Mandrin—the discussion uncovers how these outlaws navigated between the margins and the center of society, and the ambiguous legacy they left: feared, romanticized, sometimes even seen as heroes or rebelling against injustice.
On collective banditry:
“Qu’on parle de cartouche ou de mandrin, on n’a pas affaire à un seul homme… On a affaire à tout un groupe.” — Lise Andriès (02:17)
On the ambiguity of urban poverty and crime:
“Est-ce qu’elles étaient peuplées de brigands? Je n’en sais rien. Elles étaient peuplées de ceux que la ville avait placés à la marge.” — Lise Andriès (07:47)
On the enchantment of the city at night versus its danger:
“Prêtez donc une oreille à ce tuti des clochers… que cette symphonie qui fait le bruit d’une tempête.” — Victor Hugo, read by Roger Monteux (06:13)
On the code of Mandrin’s band:
“Pas de meurtre. On ne s’attaque qu’aux grands.” — Cartouche (as depicted in the 1962 film, 15:25)
On Mandrin’s myth and social capital:
“Le peuple aime ce Mandrin à la fureur… il s’intéresse à celui qui mange les mangeurs de gens.” — Voltaire (29:35)
On the “testament” of Mandrin:
“Je ne suis pas un héros… J’ai déchargé le peuple d’une partie des impôts dont le poids l’accablait. Mais c’est en vain que je voudrais prendre le titre pompeux de protecteur du peuple.” — (31:33)
On revolutionary political violence and the extension of the “brigand” label:
“Les lois du directoire qui veulent les réprimer sont des lois qui s’appellent des lois contre le brigandage. Et donc là, on a une assimilation des contestations, des violences politiques avec le brigandage.” — Valérie Sotokassa (50:47)
On suppression and the transformation of public safety:
“…avec notamment la gendarmerie, ça arrive un petit peu à stopper ce mouvement du brigandage. Vive les gendarmes!” — Xavier Mauduit (56:25)
The episode provides a nuanced picture of brigandage as both a symptom and a catalyst of broader social tensions in France from the Enlightenment to the Revolution. While a few names like Cartouche and Mandrin loom large due to their exceptional charisma, violence, or myth-making, the phenomenon is revealed as varied: sometimes protest, sometimes predation, sometimes both, always reflecting the underlying realities of economic hardship, political change, and popular fascination with the “hors-la-loi.”
Further Reading: