
Brigands, des histoires hors-la-loi : Robin des Bois, sur les traces d’un brigand au grand cœur
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Robin
Robin.
Xavier Mauduit
Desbois, nous partons sur les traces d'un brigand au grand cœur. Un brigand ou plutôt des brigands tant l'image de Robin Desbois est plurielle selon les différentes versions qui en ont été données à travers les siècles des chroniques médiévales aux séries télévisées en passant bien sûr par le dessin animé. Robin Desbois est une bande de brigands à lui tout seul.
Robin
Tu sais, Robin, je me pose une question. Sommes-nous d'honnêtes ou de malhonnêtes gens ? Est-ce que c'est bien de dérober aux riches afin de nourrir les pauvres ? Quoi ? C'est là une expression peu convenable. Nous autres, nous empruntons.
Thomas Beau
À ceux qui ont.
Monseigneur / Advisor
Trop de fortune. Sa capture est un.
Robin
Problème difficile, Monseigneur. Un saxon, vous n'avez.
Monseigneur / Advisor
? C'est un brigand qui fait parler de lui, Médardier. Oui, un impudent coquin, un risque tout qui court la province et qui soulève les saxons contre l'autorité. mais qui a l'insolence de se poser en protecteur du pauvre peuple opprimé. Messire, Robin de Loxley. Par la mort Dieu, son nom commence à m'échauffer les oreilles. Quel est son dernier outrage ? Robin de Loxley, déclaré hors-la-loi et condamné à mort. Barre-trouver Robin au chêne des pendus. Toute personne qui lui prêtera aide ou asile sera pendue. Barre-trouver Robin au chêne des pendus. Robin est.
Fleur
Dans le bois de.
Monseigneur / Advisor
Sherwood. Au chêne des pendus. Robin est dans le bois de Sherwood.
Xavier Mauduit
Robin est.
Monseigneur / Advisor
Aux chaînes dépendues. Merci, Fleur. Jamais là quand.
Robin
Il faut. Aux chaînes dépendues. J'arrive, j'arrive. Je.
Xavier Mauduit
Suis un gai, le roi. Mais où donc est Robin Desbois ? Aux chaînes des pendus, bien sûr, guéluron ! Bonjour à cette bande de brigands aujourd'hui dans le cours de l'histoire, Justine Breton, William Blanc, Jonathan Fruoco, bande de brigands authentiques, avec cet ouvrage, Robin Desbois, de Sherwood à Hollywood, publié chez Libertalia. Moi je voudrais avant tout que vous m'expliquiez ce paradoxe absolu sur le nom même d'un des personnages les plus connus de notre histoire, ce Robin Desbois. qui n'est pas du tout des Bois à l'origine.
Jonathan Fruoco
Qui m'en parle ? Jonathan Friouko, avec plaisir. Romain Desbois, c'est vrai que bon, en anglais, on a Robin Hood. Et pendant très longtemps, même en France, on va avoir Robin Hood qui reste, puisqu'au 19ème siècle, quand on a les romans attribués à Alexandre Dumas.
Xavier Mauduit
Qui paraissent.
Jonathan Fruoco
Ça reste Robin Hood le proscrit. Ashe ? O-O-D. Capuche. La capuche. Robin, la capuche littéralement. Et d'ailleurs, dans les premières représentations un peu iconographiques, on a ce Robin qui n'est pas le Robin à la William Blonde aujourd'hui que vous ne voyez pas avec le chapeau traditionnel. de Robin Desbois, mais c'est vraiment une capuche. Et une des raisons à avancer pour cet changement de nom, finalement, ça a souvent été la grande capacité des français à parler anglais, reconnue de tout temps et par tous. C'est un prof d'anglais qui dit.
Robin
Ça, je vais me faire des amis ce matin. Il faut admettre que la.
Jonathan Fruoco
Proximité entre hood, la capuche, et woods, c'est ça. Et en fait, la graphie a longtemps évolué, c'est-à-dire qu'on a eu des hood écrits W H O D, ou H-O-O-D tout simplement. Rien n'était fixé pendant très longtemps, donc Robin Hood dans les textes médiévaux s'écrit de.
Xavier Mauduit
Différentes façons et se rapprochait souvent de Wood, forêt. Ça veut dire que seulement nous en France, nous avons un Robin des bois, au sens où ailleurs, si l'on a respecté la traduction du Hood, H-O-O-D, on a des Robins à la.
Robin
Capuche un peu partout, c'est comme ça qu'on doit le concevoir ? Oui, mais sachant qu'on a vite aussi associé le personnage à la forêt de Sherwood, donc on va de toute façon avoir tendance à représenter les aventures de Robin et des joyeux compagnons dans la forêt. Donc ça facilite aussi quand on va voir des films traduits en français ou des choses comme ça. Certes, parfois Robin a une capuche.
Xavier Mauduit
Mais il vit aussi dans les bois, donc ça passe. Et parfois il a un chapeau William Blanc, vous êtes historien médiévaliste, spécialiste de la fantaisie des représentations du Moyen-Âge dans les cultures populaires, un sujet sublime à explorer à travers vos ouvrages. En l'occurrence ici c'est Robin Desbois, quel est ce chapeau que.
William Blanc
Vous portez en ce moment sur la tête ? En effet, c'est le chapeau que porte Romain Desbois, mais depuis le XIXe siècle. Le fameux chapeau pointu, vert, avec une plume. C'est un chapeau qu'on lui attribue depuis le XIXe siècle seulement. C'est assez amusant de voir les évolutions de la représentation de Romain, parce que quand on a des gravures au XVIIIe siècle sur Romain Desbois, on le représente plutôt comme un personnage Élisabethan, plutôt type fin XVIe, début XVIIe. Et puis, c'est pareil sur la couleur. Pour continuer sur le chapeau, c'est amusant, mais depuis le début du XXIe siècle, on le représente à nouveau avec une capuche, mais c'est plus une allusion. Ça vient notamment des super-héros, parce que vous avez un super-héros qui est directement inspiré de Romain Desbois, c'est Green Arrow, de DC Comics. Ce qui est assez amusant, c'est que depuis, en gros, les années 2000, on lui remet une capuche parce que c'est une allusion au hoodie, au suite capuche des classes populaires. Et puis aussi, tout bêtement, qu'on a dans les manifs où il y a des émeutes. Et donc avec un côté très revendicatif. Ce qui fait que maintenant, dans beaucoup de versions de romans des boîtes, le dernier film de 2018, par exemple, c'est comme ça. Il est à nouveau représenté avec.
Robin
Une capuche et plus.
William Blanc
Avec ce chapeau pointu, ce chapeau pointu. et pas en vert. Et ça c'est pareil, l'évolution, parce que la couleur verte, elle est associée à lui, ça c'est Jonathan qui pourra en parler mieux que moi, mais elle est associée à lui depuis le Moyen-Âge en fait. Mais ça évolue et là en ce moment c'est plus en effet plutôt, ça tire vers le noir en fait. d'un.
Xavier Mauduit
De plus sombre et qui font une référence aussi aux manifestants. Jonathan Fruoco avec ici cette couleur verte. Vous êtes historien, médiéviste, vous êtes traducteur parce qu'on va avoir besoin d'être au plus près des textes pour essayer de saisir ce Robin Desbois. Avec une image qui s'impose en tête, nous sommes à la radio et bien souvent l'image qui vient, c'est celle issue du dessin animé de Walt Disney ou alors des grands films des années 1930. Et c'est là où on retrouve ce chapeau, William Blanc. C'est ici et c'est formidable parce qu'il y a la technique color, même dans nos cerveaux, à la radio. Donc la couleur verte est attribuée.
Jonathan Fruoco
À Robin des Bois. Ça va bien aussi avec l'idée de forêt ? Ça va très bien avec son idée de forêt, puis il y a un côté très pratique dans le sens où effectivement pour un hors-la-loi vivant en forêt, il y a un côté camouflage évident, mais c'est une couleur aussi qui est associée d'entrée de jeu avec la classe sociale à laquelle appartient Robin dans les premiers textes, à savoir la classe des yeomen qui sont pour résumer, une classe paysanne intermédiaire qui ne sont pas des serfs mais qui sont des petits propriétaires terriens déjà. Et Robin, dans les premiers textes médiévaux et post-médiévaux, est clairement associé à cette classe sociale-là. Et donc le verre de Lincoln, qui est cité comme étant la couleur des vêtements, de la capuche de Robin et des Joyeux Compagnons, est très spécifique. Et pourquoi ce verre finalement ? Outre le fait que ce soit une couleur peu noble, Parce qu'elle a tendance, ça c'est Michel Pastoureau qui expliquait ça, c'est que ça a tendance à se délaver finalement, c'est des mélanges de couleurs. Donc on a tendance à.
Xavier Mauduit
Léviter dans la noblesse. Et elle est.
Michel Pastoureau
Associée à une classe sociale autre. Michel Pastoureau a été cité Michel Pastoureau. C'est une couleur qui a à voir avec le destin, avec la fortune, avec la chance et la malchance, avec le gain et la perte. C'est une couleur qui est pensée comme instable, qui a à voir avec tout ce qui est instable. Ça permet d'en faire la couleur de la jeunesse qui passe, la couleur de l'amour qui passe aussi, la couleur de l'espérance qui est souvent déçue, la couleur du jeu, la couleur du hasard, vraiment la couleur du destin. Et en tant qu'historien, je m'interroge depuis assez longtemps sur pourquoi ce rôle de la couleur verte qui est toujours symbole d'instabilité. Et l'une des réponses que l'on pourrait apporter, c'est que pendant des siècles, l'homme occidental a eu beaucoup de mal à fabriquer des couleurs vertes, tant en peinture qu'en teinture, qui soient stables. Le vert, c'est une couleur chimiquement instable, et je me demande s'il n'y a pas un pont entre ce vert chimiquement instable et le vert symbole de tout ce qui est instable, à commencer par l'espoir, la chance, la jeunesse et l'amour. C'est ça, l'idée de la couleur verte. L'idée symbolique principale, je.
Xavier Mauduit
Crois, fortune et infortune, chance et malchance, destin. C'est la couleur du destin. Michel Pastoureau sur France Culture. En 1993, ça correspond bien à l'image de Robin Desbois. L'instabilité, le destin et puis une forme de joie. Mais là, je m'adresse à vous trois. Ne suis-je pas victime des représentations que l'on m'a imposées à travers le cinéma avec.
Robin
Un Robin Desbois qui sifflote dans la forêt avec ses compagnons ? Justine Breton ? Déjà, on parle de Robin et des joyeux compagnons, donc dans le nom, des merry men en anglais, c'est la même traduction. Donc on a déjà cette idée de vie en communauté très paisible, très harmonieuse, parce que c'est une vie dans les bois, avec ce qu'on va associer aussi aux sociétés pré-industrielles, donc l'idée du Moyen-Âge comme un temps plus simple, plus naïf, où tout fonctionnait beaucoup mieux et où Malgré la difficulté et en l'occurrence les injustices qui expliquent pourquoi Robin et ses compagnons vivent au banc de la société, ils sont malgré tout en fait une bonne bande de copains. On oublie complètement toute l'adversité que ça peut impliquer et on va focaliser sur les aventures bon enfant qu'on servait aussi à transmettre les récits autour de Robin, même à un.
Xavier Mauduit
Jeune public.
William Blanc
Pour montrer que c'est des copains qui jouent dans les bois en fait. William Blanc. Oui, il y a un aspect qui est central, je pense, dans le mythe de Romain Desbois depuis son apparition au Moyen-Âge, c'est l'aspect carnavalesque. Un aspect de fête, de transformation, de déguisement, où au moment où on renverse aussi un peu les valeurs. Donc ça, c'est pareil, Jonathan, pour en parler aussi, il y a aussi, dès le début, ou très rapidement, il y a des fêtes de village qui tournent autour de Romain Desbois, des pièces de théâtre populaires aussi. Donc voilà, ça c'est.
Xavier Mauduit
Quelque chose qui est quand même central. qui est quand même centrale dans cette légende. Jonathan Friouko, on a parlé des sources et de la traduction, mais avant même de pouvoir traduire des choses, il est certain qu'il y a, à l'oral sans.
Jonathan Fruoco
Doute, des histoires autour d'un certain Robin à la capuche, il n'est pas encore Desbois. En fait, c'est toute la beauté de la légende de Robin Desbois, c'est qu'initialement elle se transmet oralement et son arrivée à l'écrit est relativement tardive. C'est vraiment quelque chose, la première référence écrite vraiment littéraire qu'on a de Robin Desbois, c'est William Langland dans Pierre le Laboureur, on est en 1377, et on nous fait référence à ces rimes de Robin Desbois comme étant déjà ancré dans la conscience populaire. Le personnage dit qu'il ne connaît pas son autre père, mais il connaît les rimes de Romain Desbois. Ce qui est assez fort au Moyen-Âge. Et cette idée-là nous montre que Romain Desbois est, quoi qu'il arrive, transmis déjà oralement depuis suffisamment longtemps. pour remplacer.
Xavier Mauduit
Dans la conscience des gens, par moment, les prières qui rythmaient la vie de chacun. Voilà, une sorte de médiévalisme. Déjà au Moyen-Âge, Justine Breton, vous êtes maîtresse de conférences en médiévalisme et en littérature comparée à l'université de Lorraine. Vous êtes habillée de vert aujourd'hui et c'est très élégant, un clin d'œil à Robin Desbois. Et pour définir ce mot de médiévalisme, parce que c'est important pour saisir qui est Robin Desbois.
Robin
Je voudrais que vous me présentiez votre gourde. Qu'est-ce que.
Xavier Mauduit
C'Est ? Qu'est-ce que c'est.
Robin
Que cette gourde ? Je suis ravie d'être la gourde de service. Elle est exceptionnelle cette gourde. Oui, alors j'en profite effectivement. C'est purement du plastique mais qui a la forme d'une corne. Vous ne pouvez pas voir puisque c'est la magie.
Xavier Mauduit
De la radio. Mais c'est la joie d'être médiévaliste jusqu'au bout de mon thé qui m'accompagne partout. On se croirait dans les bandes.
Robin
Dessinées qui présentent les peuples du Nord en train de boire de la bière dans des cornes. C'était ça où les crânes de mes ennemis mais j'essaye de.
Xavier Mauduit
Me calmer donc je bois plutôt dans.
Robin
Une corne en plastique recyclable. Voilà c'est mieux pour l'environnement. C'est quoi ça ce médiévalisme ? Le médiévalisme, en fait, c'est la représentation et l'usage du Moyen-Âge en dehors du Moyen-Âge. Donc comment on met en scène ou comment on fait appel au Moyen-Âge, par exemple à notre époque contemporaine ou depuis le XVIe siècle, globalement. C'est-à-dire qu'on va toujours percevoir la période médiévale avec une certaine déformation au prisme de nos propres envies, nos propres attentes, nos propres peurs aussi. Donc une figure comme Robin Desbois va évoluer au fil des époques en fonction de ce qu'on.
Xavier Mauduit
Va vouloir projeter. sur le Moyen-Âge pour parler à chaque fois de nous. C'est très égocentrique le médiévalisme. Avec.
Robin
Cette question, qui.
William Blanc
Est peut-être la première que j'aurais dû vous poser, Robin Desbois a-t-il existé ? Non. Voilà. Merci d'être venu. A priori on est dans une création, alors c'est toujours compliqué, mais c'est un peu comme le mythe arthurien, on est dans une création littéraire en fait, une création même pas littéraire en l'occurrence, comme.
Jonathan Fruoco
L'A dit Jonathan, c'est une création a priori orale, et puis qui a été couchée par écrit plus tardivement. On a potentiellement quelque chose... En fait, on sait que, historiquement, nos nombreux chroniqueurs à travers les âges ont essayé de situer Robin Desbois pour essayer de vraiment comprendre à quel moment le vrai Robin Desbois a pu agir. Tout ça, c'est très imaginatif. On est au 15e, 16e siècle, etc. Et c'est toujours motivé plus politiquement que par de réelles recherches historiques. Les origines même de Robin Desbois se perdent, finalement, dans cette oralité. Très probable qu'on ait quelque chose à l'origine peut-être, parce qu'on sait que ces histoires servent aussi à un moment donné à transmettre justement une petite histoire locale. C'est un personnage inscrit dans un patrimoine vraiment du nord de l'Angleterre, il est attaché à cette région. Et on se dit qu'il est possible qu'à l'origine on ait eu quelque chose, un brigand, dont les histoires aient pu être ensuite transformées au fur et à mesure. D'ailleurs, on voit différentes figures s'associer à ça. On a différents.
William Blanc
Éléments de folklore liés à la forêt, liés au nord de l'Angleterre, qui vont.
Robin
Se mêler à ce personnage. Ou voir des brigands qui ont été regroupés entre eux. C'est possible en fait. C'est la difficulté, comme la légende prend vite de l'ampleur de façon orale, on a, on va dire, des vrais brigands qui vont vite se revendiquer de ce nom de Robin des Bois parce.
Xavier Mauduit
Que c'est prestigieux. Donc ça brouille tout de suite les sources pour pouvoir trouver un véritable Robin des Bois. Tout se mêle ici et j'aime beaucoup ce que vous disiez, William Blanc, la comparaison avec la légende arthurienne, le roi Arthur que vous avez étudié également. On a un phénomène pareil. C'est étonnant même de se dire à quel point ce personnage du roi Arthur semble avoir existé. Tout comme Robin des Bois, tellement la légende est forte. On peut dire que c'est un gros.
William Blanc
Succès. Très vite, ces légendes sont vraiment diffusées, sont connues. On en parle comme si on les connaissait réellement. Oui, alors la grande différence, c'est que là, on est dans une légende qui vient de l'oralité, pour le coup, avec le mythe de Romain Desbois, alors que le roi Arthur, on est plutôt dans une légende qui est couchée par écrit très rapidement et qui vient de l'élite, notamment de l'élite ecclésiastique. Et ce qui est assez intéressant, ce que tu disais Jonathan, c'est qu'on a essayé de placer Romain Desbois. Et donc il y a un aspect politique à ça, c'est qu'on essaie de placer... Parce que dans les premiers textes de Romain Desbois, donc au mi-15e siècle, quand on parle d'un roi, le roi n'est pas nommé. On ne sait pas quel roi c'est, c'est un roi générique. Et ce qui est intéressant c'est que les chroniqueurs vont essayer de placer petit à petit la vie de Robin des Bois, donc à l'époque notamment de Richard Coeur de Lion, de la troisième croisade et puis en effet de l'interrègne du prince Jean. Et ça c'est extrêmement intéressant parce que là il y a une transformation majeure de la légende parce que là pour le coup la légende est peu à peu couché par écrit, elle devient aussi adaptée au théâtre. Elle est adaptée au théâtre notamment par Anthony Bondé, en fait un fin 16e siècle qui fait deux grandes pièces et là pour le coup il transforme vraiment des bois de Yeoman en noble. Et son but, ce n'est pas juste de voler, notamment de voler des riches. Ce n'est pas un Yeoman qui vole des riches, voire aussi des ecclésiastiques, comme dans les premières balades. C'est un noble qui se bat pour son roi. Donc, évidemment, le sens de la légende a les transformé radicalement. Pourquoi ? Parce qu'on est au théâtre. Et le théâtre, en fait, c'est aussi des pièces qui sont en direction et qui sont faites. pour la noblesse et qui sont financés notamment par des nobles, voire carrément.
Jonathan Fruoco
Par la cour directement. Donc ça c'est une transformation qui est très importante, qu'on retrouve aujourd'hui dans beaucoup de légendes. Et ce qui est vraiment aussi, pour rebondir sur ce que tu dis William, c'est vrai que tu cites Anthony Munday et donc Munday fait évoluer socialement Robin Desbois et c'est assez symptomatique de toute l'évolution générique de la légende depuis sa première apparition par écrit. On a affaire à un mille-feuille en fait. où l'histoire avec un grand H et la littérature se mêlent couche par couche systématiquement. C'est-à-dire qu'on a une itération narrative à laquelle des chroniqueurs vont essayer de donner sens en le plaçant historiquement. Et de là, on va construire un autre récit. Et quand Munday nous parle de ce.
Robin
Conte de Huntington, il s'appuie sur le travail d'historien plus récent qui avait essayé déjà de faire évoluer le personnage. Et ce qui est intéressant aussi, c'est que ces effets de localisation, à la fois géographiquement et temporellement, ça va permettre de préciser petit à petit la légende et les récits. Et en même temps, ça circonscrit en partie sa diffusion. On parlait de la légende du roi Arthur. qui a une diffusion très vaste à la fois de façon orale et de façon écrite, mais qui va être très vite appropriée à la fois en Angleterre, en France, etc. Alors que les histoires de Robin Desbois, elles circulent beaucoup en Angleterre, on a beaucoup de choses, ensuite ça va s'exporter aux Etats-Unis, en France ça ne revient que tardivement par l'intermédiaire justement de cette appropriation par la culture de masse, par les réécritures... théâtral de jeunesse aussi, mais après beaucoup par le cinéma. Et en fait, Robin.
Xavier Mauduit
Desbois arrive en France assez tard dans notre culture populaire. Donc là, c'est une grosse différence aussi dans cet ancrage. Je reprends l'image du millefeuille, parce que c'est extrêmement parlant. Quand nous mangeons un millefeuille, nous coupons toutes les feuilles d'un coup. Alors ce que nous allons faire aujourd'hui dans le cours de l'histoire, c'est d'essayer de manger le.
Thomas Beau
Millefeuille, feuille par feuille, pour essayer de saisir comment cela se construit. Première feuille qui nous conduit au XVe siècle. Écoutez-moi bien, gentil homme. Vous qui avez du sang d'homme libre, je vais vous parler d'un bon yeoman. Son nom était Robin des Bois. Robin était un fier hors-la-loi, tandis qu'il marchait parmi nous. Nul ne trouva jamais nulle part un hors-la-loi si courtois. Robin se tenait un barnstale, appuyé contre un arbre. À ses côtés se trouvaient petits gens. C'était un bon yeoman. Il y avait aussi ce bon écarlate, Emmutch, le fils du meunier. Il n'était pas plus grand qu'un pouce, mais il valait bien un homme. Robin avait alors une bonne habitude. Quel que soit le lieu où il se trouvait, chaque jour, avant de dîner, il écoutait trois messes. Une première louant le Père, une autre pour le Saint-Esprit, la troisième pour Notre Chère Dame qu'il aimait plus que tout. Robin aimait Notre Chère Dame.
Xavier Mauduit
Par crainte de péché mortel, il ne ferait jamais de mal à une compagnie dans laquelle se trouverait une femme. Thomas Beau qui nous lisait la geste de Robin Desbois, nous sommes au milieu du XVe siècle, c'est une traduction que vous avez réalisée Jonathan Friouko. Quel est le Robin Desbois ici qui est présenté au XVe siècle ? Alors on l'a bien dit, des traditions.
Jonathan Fruoco
Orales, des récits qui sans doute s'entremêlent, qui construisent peu à peu un personnage. Celui qui nous est présenté ici, qui est-il ? C'est ce bon Yeoman, comme on l'entend là, et c'est un personnage qui est replié dans la forêt de Barnsdale, on n'est pas encore à Sherwood, ça viendra beaucoup plus tardivement, c'est la première forêt associée avec Robin, et on est sur un personnage, on l'a entendu là, déjà très ancré dans son époque aussi, très religieux, et... essentiellement louant un culte à la Vierge Marie. C'est quelque chose qui va être.
Robin
Fondamental dans l'évolution de la légende et dans l'apparition d'un certain personnage. Et là, je renvoie la balle discrètement à Justine Breton. Parce que oui, on associe toujours la légende de Robin des Bois au personnage de Marianne, belle Marianne, mais le premier amour de Robin, c'est Marie, la Vierge Marie, puisqu'il va recommander ses hommes à la Vierge, il va la prier régulièrement, et c'est que par la suite qu'on va faire fusionner la légende de Robin qu'on avait d'une part, et d'autre part le personnage de Marion, tel qu'il apparaît par exemple chez Adam de la Halle, dans le jeu de Robin et Marion, il y a déjà un Robin mais c'est pas le même. C'est un simple paysan et dans le jeu de Robin et Marion, on a une jeune bergère qui repousse les avances d'un chevalier pour lui préférer, le gentil paysan Robin. Et en fait, ce personnage-là va, le personnage de Marion, donc Marianne, ça se prononce un peu de la même façon en anglais, c'est le même prénom, Marion et Marianne, c'est deux diminutifs de Marie, ce sont des petites Maries. et on va associer ce personnage printanier qu'on va associer aux fêtes de mai et aux célébrations pastorales. Petit à petit on va fusionner ça avec la légende de Robin qui se développe et qui est déjà associée à la forêt donc on a ce côté pastoral qui est déjà assez présent et Robin va gagner comme ça une Alors un compagnon supplémentaire mais surtout une amante, une maîtresse. Et à partir du moment où au XVIe siècle, Robin devient un lord, on lui associe une lady parce.
William Blanc
Qu'Un lord ne pourrait pas se déplacer sans lady attitrée. Donc à partir de là, elle devient la femme, l'épouse de Robin. En effet, tu parles de célébrations, et célébrations, c'est ce qu'on disait tout à l'heure, qui vont devenir aussi des occasions de faire du théâtre improvisé, du théâtre de rue, voire des fêtes, voire des charibaris. qui peuvent aussi déborder, ça c'est très intéressant, on a des sources judiciaires médiévales, où on a des charivaris, des gens déguisés à Robin des Bois, qui provoquent des émeutes, tout bêtement. Et puis, quand ils sont traînés devant le tribunal, ils disent, non mais en fait c'était un jeu, c'était une blague qu'on jouait à Robin des Bois. C'est intéressant, et aussi il y a un autre aspect qui est très intéressant, c'est que dans ce texte-là, qu'a traduit en effet Jonathan, Évidemment, Robin étant un yeoman, il n'a pas une arme de noble. L'arme de noble, c'est l'épée et la lance. Donc Robin, il a un arc, évidemment, parce que l'arc, c'est notamment chez les yeoman que se recrutait, vous savez, les fameux archers anglais qui ont plusieurs fois vaincu la chevalerie française. Donc ça, c'est aussi cet aspect-là, il est important. Et puis, dans cette chanson-là, C'est ce que dit Robin dans la suite. Il dit, vous ne toucherez pas non plus, quand il parle à petit Jean en fait, vous ne toucherez pas, veuillez à ne jamais nuire à un petit paysan qui laboure sa terre avec sa charrue. Vous ne toucherez pas non plus aux boyaumènes marchant dans les forêts, des vertes forêts, ni aux chevaliers ou à l'écuyer qui se montrera bon compagnon. vous frapperez et ligoterez, ça c'est intéressant, ses évêques et ses archevêques et gardez bien en mémoire le grand shérif de Nottingham. Ce qui fait qu'en fait c'est assez amusant de voir que leur principale cible c'est la hiérarchie ecclésiastique en fait. Et ça on.
Xavier Mauduit
Est dans une époque où l'Angleterre est quand même touchée par un début de proto-réforme avec Wycliffe. Donc ça c'est extrêmement intéressant. Oui parce que chaque œuvre est le produit de son temps, on le voit bien ici. avec, et vous l'avez déjà défini, ces yeomen, qui sont-ils ? On peut rappeler un petit peu qui ils sont parce qu'on utilise aujourd'hui dans le cours de l'histoire ce mot, vous.
William Blanc
L'Utilisez avec beaucoup d'aisance, ce sont... Pas des paysans, ce.
Robin
Ne sont pas des nobles, enfin ils sont paysans plus, plus, plus quoi. C'est des paysans aisés. Ils sont quand même propriétaires terriens. Voilà, donc ils ne sont pas tout en bas de la hiérarchie, qu'ils ne sont pas non plus des nobles bien installés, mais ils ont une certaine possibilité d'évoluer, une certaine.
William Blanc
Latitude aussi dans leurs faits et gestes, ce qui permet à un personnage comme Robin d'évoluer aussi pas mal dans toutes ses aventures. Ce qui montre aussi qu'avec ces textes-là, il y a un développement de conscience de classe sociale de ces yeomen-là. Ils ont une espèce de sentiment d'appartenir à une classe et d'avoir une certaine puissance, un certain pouvoir politique, notamment parce qu'ils servent dans l'armée. Évidemment, ce.
Robin
Sont les principaux responsables, c'est grâce.
William Blanc
À eux notamment que la couronne anglaise peut battre plusieurs fois les armées.
Jonathan Fruoco
Des rois de France. Des épisodes comme Azincourt, c'était beaucoup. Ce que traduisent aussi ces chansons-là, c'est une forme d'expression d'une classe sociale. C'est assez symptomatique aussi parce que le XIXe siècle nous a donné l'habitude de voir tous ces textes médiévaux, notamment la geste de Robin des Bois comme une balade. D'un point de vue littéraire, la balade c'est un genre assez spécifique avec des règles fixes. Et les balades, entre guillemets, de Robin Desbois appartiennent à un genre littéraire, yomen, avec ses règles à elles propres. Et on le voit en fait dans les textes, dans l'oralité même, quand le narrateur s'adresse à un public, il s'adresse à un public de yomen, et on a ce sentiment justement d'une déclamation publique et peut-être d'un menestrel, de quelqu'un dépendant aussi de la générosité de la classe autour de lui pour pouvoir alimenter, pour pouvoir en vivre.
Xavier Mauduit
On a cette conscience de.
Fleur
Classe, comme disait William, qui va s'exprimer de point de vue littéraire. Donc on gagne en prestige aussi. Avec ce millefeuille, nouvelle feuille. Dieu soit ici ! N'est-ce pas la sainte parole pour un frère ? Dieu sauve toute cette compagnie ? Mais ne suis-je pas un joyeux frère ? car je peux tirer à l'arc à toute distance, manier épée et bocle, ainsi que cet assommoir. Si d'aventure je rencontrais quelques gentilhommes ou yeoman, je n'aurais aucunement peur de le fixer du regard, ni de lui parler bravement. S'il m'adressait la parole, il recevrait deux ou trois coups cinglants qui lui cuiraient bien le corps. Mes messires, je vous décrirai comment et pourquoi je suis venu ici et, par ma foi, je ne vous cacherai rien. Je suis venu ici en quête d'un bon yeoman qui, selon les dires des hommes, aurait fait de Barnsdale sa demeure. Son nom est Robin des Bois. Et s'il se révèle être meilleur homme que moi, alors je serai son.
Robin
Serviteur et je le servirai loyalement. Mais si.
Xavier Mauduit
Je me révèle être meilleur que lui, sur mon honneur, il sera mon laquet et mènera ses trois chiens. France Culture, le cours de l'histoire. Xavier Mauduit. Une pièce de théâtre sur Robin Desbois, lue par Raphaël Laloume dans le cours de l'histoire. Ici, nous sommes au milieu du XVIe siècle. C'est un peu le théâtre William Blanc que vous évoquiez. Cette mise sur scène du personnage de.
William Blanc
Robin Desbois, il est déjà partout. Il y a l'oralité, il y a l'écrit, il y a le théâtre maintenant. Quel Robin Desbois est-ce maintenant ? En fait, là, on est face à un roman qui se transforme radicalement parce qu'au XVIe siècle, il y a aussi de nouveaux personnages qui s'ajoutent à la légende. Justine a parlé de Marianne. Bon, là, il y a aussi Frère Toc qui va arriver. Et ça, c'est extrêmement intéressant. C'est exactement comme dans le mythe arthurien. Des personnages se rajoutent. Et vous avez des personnages même qui existaient Au début, le premier extrait que vous avez lu, on parle par exemple de Mutch, le fils du Meunier, ou de ce bon Ecarlate, c'est Will Scarlet, Will l'Ecarlate. Là pour le coup, c'est des personnages qui sont un peu oubliés, qui sont mis en retrait. Parce que vous parlez de mille feuilles, c'est intéressant, pensez bien que chaque auteur ou chaque autrice qui va s'emparer de la légende, ou chaque artiste, va aussi enlever une feuille, ou en rajouter, en fonction de ses envies, et en fonction des attentes du public.
Xavier Mauduit
Aussi. On a des personnages qui ont aussi, littéralement, Alana Dale par exemple. Qui connaît Alana Dale aujourd'hui ? C'est un personnage qui est très important dans la légende. Oui, parce qu'il y a de cela, des personnages qui arrivent, qui s'en vont. C'est l'image d'une société, on l'a bien dit. Est-ce que la lecture de ces aventures de Robin Desbois, quelle que soit la forme, nous renseigne sur la société ? Bien sûr, on le sait. Mais est-ce que c'est pas difficile quand même ? Parce que ce sont des visions très déformées, avec un.
Robin
Regard particulier. Ça nous apprend quand même de cette société britannique. Et je le rappelle, parce que comme vous le disiez, Justine Breton, l'arrivée en France notamment, c'est beaucoup plus tardif. Mais c'est vrai qu'on peut interpréter, mais c'est jamais des reflets directs. Il faut toujours percevoir un petit peu cette déformation qu'il y a par la fiction, notamment. Et le personnage de frère Tuck est assez intéressant justement parce qu'on l'ajoute petit à petit. Il va devenir un personnage de plus en plus récurrent dans les aventures, jusqu'à faire partie vraiment intégrante de ses joyeux compagnons. Mais William Blanc l'a bien dit tout à l'heure, on a une tendance à montrer Robin dans les premiers temps comme une figure anticléricale ou en tout cas qui va chercher à kidnapper parfois des évêques ou des personnages religieux qui seraient puissants. Mais on va avoir petit à petit l'intégration de ce personnage de frère Tuck qui est certes un religieux, mais j'ai envie de dire un religieux qui ne respecte pas toujours ses voeux et qui a une vision de la religion qui est un peu au cas par cas. Parce qu'on a des aventures où il va voler avec Robin, où il va piller aussi, où il va utiliser aussi des armes. Alors lui, il ne fait pas couler le sang, il a tendance à utiliser une massue. C'est une interprétation aussi des textes qui est assez intéressante. Mais on rajoute quand même le personnage, ce qui montre que Robin a quand même une figure spirituelle avec lui. Il a un personnage qui va être.
Monseigneur / Advisor
Une espèce de guide aussi, mais.
Xavier Mauduit
Qui.
Monseigneur / Advisor
N'Est pas un ecclésiastique très puissant. C'est plus un moine, on va dire, de basse hiérarchie, qui fait de lui aussi un bon vivant. Voleur, scélérat ! Rends-moi mon gigot immédiatement ! Si tu es un voleur, tu n'as rien à espérer de moi. Je ne suis qu'un humble moine et j'ai fait vœu de pauvreté. Eh bien, si c'est ça ta pauvreté, je veux bien partager avec toi. Il me semble que c'est ce que tu fais. Vas-tu me rendre mon gigot de mouton? Pas si près, mon pesant ami.
Jonathan Fruoco
J'ai deux mots.
Monseigneur / Advisor
À te dire. Lesquels? J'habite la forêt avec un certain nombre de compagnons qui ont tout ce qu'il leur faut excepté un guide spirituel. Et qui n'ont qu'un titre d'honneur. Et quel est-il? Nous sommes des hors-la-loi. Et comme nous sommes tous nouveaux venus dans la forêt, nous cherchons quelqu'un pour.
Xavier Mauduit
Prier à notre place. Et c'est toi que nous avons choisi. Non, mon gaillard. Ils sont probablement tous aussi voleurs que toi. Oui, naturellement. Mais tu les aimeras bien, tu verras. Mon frère. C'est la rencontre avec Firetuck dans le film de 1938 de Michael Curtis et de William Kegley avec ici un frère... Alors, nous l'appelons comment ? Parce que moi je prends ce nom français, on dit que c'est lui mais non il s'appelle comment ? Estock en anglais ? Il y a un.
Robin
Autre nom ? Parce qu'il y a tout ce problème de la traduction des noms, de l'adaptation. Ce sont des personnages qui apparaissent, d'autres qui disparaissent et qui sont adaptés en plus. C'est dur de s'y retrouver. Oui et non ! On a plein de versions, d'autant qu'on a parfois des personnages avec le même nom mais qui vont avoir des caractères différents. On pense aux personnages de Petit Jean par exemple, on en fait un fidèle serviteur de Robin, son bras droit, etc. Généralement une montagne de muscles, un petit peu. On a des versions où Petit Jean, il garde généralement ce physique, mais où il s'oppose peut-être un peu plus à Robin, et pas que dans leurs premières rencontres, mais où parfois il va montrer aussi à Robin qu'il dépasse les bornes et qu'il n'est plus ce chef bienveillant. Donc on a plein de versions aussi, il n'y a pas que les noms qui changent, il y a aussi leur caractère. Tout l'intérêt de ces réécritures, c'est que chaque auteur va mettre derrière chaque personnage un peu ce qu'il a envie pour servir son histoire. Et nous, on essaye d'arriver après ça et d'essayer de trouver.
Xavier Mauduit
Une cohérence.
Jonathan Fruoco
Dans l'ensemble des personnages, ce qui est un peu futile et un peu compliqué, mais qui montre aussi comment on a transformé pas que Robin et son contexte, mais l'ensemble des personnages qui gravitent autour aussi. Jonathan Froco. Oui, sur justement Petit Jean, c'est intéressant parce que dans ces textes que mentionne Justine, on a cette impression que Robin Desbois par moments passe au second plan. On a des phases vraiment où c'est Petit Jean qui est mis en avant, ce n'est pas le serviteur, c'est vraiment une force de la nature et une force décidante. Il s'oppose complètement effectivement à Robin, ce qui a longtemps mené à penser que Petit Jean pouvait exister.
William Blanc
En amont dans un cycle narratif qui lui était propre et qu'encore une fois il s'est greffé comme les autres personnages, comme Tuck, comme tous les autres, à cette histoire-là et qui là finit par s'associer à Robin. Oui d'ailleurs c'est exactement ce qui arrive par exemple à Merlin dans le mythe arthurien en fait. Merlin c'est un personnage qui est indépendant et qui est collé au mythe arthurien au XIIe siècle en fait. Donc ça c'est intéressant et moi je pense que même en termes de personnages justement pour rebondir sur l'histoire de Merlin, vous avez dans une série anglaise des années 80 qui est une série qui est très connue dans le monde anglophone mais qui n'est pas trop connue en France. qui a fait un carton à l'époque, on a rajouté en plus par exemple un autre personnage qui est une figure un peu merlinesque. Et en plus dans cette série, il y a des éléments de magie. Pourquoi ? Tout bêtement parce qu'on est à une époque où la fantaisie commence à être de plus en plus populaire. il y a des références aux jeux de rôles, des choses comme ça et tout, et donc voilà, on invente en plus un nouveau personnage qui est une figure, voilà, en plus Merlin un peu druide, un peu druidique et tout, donc un peu néo-païenne, enfin voilà, donc c'est assez déroutant, mais en fin de compte, c'est pas scandaleux parce que, encore une fois, ça apprend. sur l'époque où a été créée cette série, évidemment. Ça c'est un truc très important, je pense que dans toutes les oeuvres médiévalistes, ça.
Robin
C'Est une phrase que j'aime bien répéter, c'est une espèce de mantra, mais une oeuvre médiévaliste vous apprendra toujours plus sur l'époque où elle a été faite que sur l'époque qu'elle est censée représenter, ça c'est sûr et certain. et on a déjà cette association avec la forêt, et on a de plus en plus tendance, à mesure qu'on avance et donc qu'on se rapproche de nous, à voir le Moyen-Âge un peu comme une période figée, comme 1000 ans, c'est un gros sac d'histoire, ce qui fait que ça va faciliter aussi les transitions entre Robin, Merlin, le roi Arthur, etc. Tout ça, c'est des gens du Moyen-Âge qui vivent dans la forêt ou qui ont.
William Blanc
Des aventures dans la forêt, donc on va pouvoir... White fait des croisements aussi, enfin voilà, on va avoir différentes réécritures qui associent tout ça et qui montrent aussi ce Moyen-Âge à chaque fois de façon un peu uniforme. Où les gens étaient proches de la nature, en plus il y a cette idée-là qui se développe dès le XIXe siècle où le Moyen-Âge était l'époque où les gens étaient.
Xavier Mauduit
Proches de la nature, alors que.
Robin
Nous, nous sommes dans une époque industrielle et tout, et donc évidemment, Là, le Merlin dont je parlais, l'espèce de pseudo-Merlin, c'est vraiment un peu une espèce de proto-hippie. Enfin, c'est assez marrant. Justine Breton, White, que vous évoquiez. Oui, pardon. Terrence Andrei White, il signe T.H. White. C'est l'auteur de The Once And Future King. C'est la quête du roi Arthur. C'est une réécriture de la légende arthurienne depuis l'enfance d'Arthur jusqu'à sa disparition. Et on connaît généralement au moins la partie sur l'enfance parce que ça a été adapté par Disney dans Merlin l'Enchanteur. en 1963. Et en fait, dans cette éducation du jeune Arthur par Merlin, dans le texte, ça n'a pas été regardé par Disney, mais dans le texte, on a un épisode où il va suivre Robin des Bois et Belle Marianne, et il se dit d'ailleurs que Belle Marianne, c'est quand même une femme un peu exceptionnelle, parce qu'elle n'est pas comme les autres, et elle se comporte en fait comme un garçon manqué.
Xavier Mauduit
Et donc il va suivre des aventures comme ça. On va retrouver un parallèle quand même, au sens où c'est le même réalisateur qui va faire Merlin.
Robin
L'Enchanteur et le Robin des Bois.
Xavier Mauduit
De Disney, la boucle est bouclée. Avec ces noms que l'on traduit de l'anglais au français, donc avec ce white, j'avais pas peur du tout, mais j'imaginais que c'était William Blanc, mais non. Il est partout, mais passe-moi là. C'est pas ça, avec ce personnage extrêmement.
Raphaël Laloume
Malléable qu'est Romain Desbois, qui peut prendre des formes très bizarres, vous l'avez dit avec beaucoup de justesse, c'est chaque auteur, autrice qui le saisit et qui en fait un peu ce qu'il veut, presque parfois comme une évocation. Je perds le chevalier blanc Je vais et je vole au secours d'innocents Dans la campagne réseau de la foudre Je vais et je vole plus vite que la foudre Mon effet est prêt à sévir L'ennemi n'a qu'à se tenir Déjà que je suis respecté Du paysan au chevalier On m'appelle le chevalier blanc Je vais et je vole au secours d'innocents Dans la campagne réseau de la foule Je vais et je vole plus vite que la foule Mon effet est prêt à sévir L'ennemi n'a qu'à se tenir Déjà que je suis respecté Du paysan au chevalier On m'appelle le chevalier blanc Je vais et je vaux au secours innocent Sans toi ma tête finira pris Jamais personne ne m'a pris Mais cela ne me faut pas peur.
Xavier Mauduit
J'ai pour moi la force et l'honneur La justice qui revendra Jamais rien ne l'arrêtera La la la la la la la La la la la la la la La la la la la la la la On m'appelle Gérard Lanvin, dans le film vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine en 1977, un film de Coluche, Vladimir Kosma pour la musique du film, ici c'est la musique de Serge Gainsbourg, les paroles sont de Coluche, le chevalier blanc, pourquoi.
William Blanc
Pas, parce que pour évoquer Robin Desbois, il y avait Georges Guettari, immanquable, il y avait Henri Salvador, Robin Desbois a été beaucoup chanté, mais dans cette déformation d'un Robin Desbois.
Robin
Complètement fou, le chevalier blanc trouve sa place.
William Blanc
C'est intéressant parce que moi ça me fait penser à une oeuvre aussi très célèbre qui parle de Romain Desbois, c'est Walter Scott en fait, Ivanhoe. Parce que Ivanhoe en fait... L'enchaînement Coluche-Walter Scott, je ne l'avais pas vu. Je prends ! Voilà donc, Coluche est un peu notre Walter Scott à nous. C'est dit sur France Culture. Non mais sincèrement le truc c'est intéressant parce que avec Walter Scott qui publie Ivanhoe en 1819, qui est un roman médiévaliste, qui est un des romans qui a établi le médiévalisme, beaucoup de canons du médiévalisme, Que fait Walter Scott ? C'est un conservateur. Et dans cette histoire-là, qui va sauver le roi Richard Cardolion ? C'est pas Romain Desbois. Romain Desbois, il apparaît dans ce roman-là, mais il apparaît pendant un petit chapitre, c'est très court. Celui qui va sauver Richard Cardolion, c'est le chevalier Ivanhoe. Et donc là, Walter Scott, qui est un conservateur, en fait, tout.
Xavier Mauduit
Bêtement, il transforme la légende pour mettre en avant le bon chevalier, alors que l'homme du peuple, lui, reste derrière. Ça, c'est très important. Et donc, en fin de compte, oui, on va coller sur un chevalier des éléments de Romain Desbois. Jonathan Friouk, au moment de réfléchir au cheminement qu'ont pu prendre ces différentes narrations, ces différentes légendes, pour construire peu à peu le personnage, J'ai l'impression que c'est presque 20 comme exercice, au sens où on peut remonter les textes, trouver les origines, mais c'est tellement complexe, c'est tellement adapté par chaque personne qui se saisit de Robin.
Jonathan Fruoco
Desbois que ce n'est pas une accumulation. On parlait du millefeuille, mais c'est bien ça, c'est un millefeuille dans lequel on enlève des feuilles, on rajoute des feuilles, ça nous donne une sorte de gloubi-boulga mais très intéressant en soi. C'est ça. C'est un peu la particularité de ce récit finalement. Et tout à l'heure, on parlait de l'ajout, par exemple, de personnages et de l'évolution. William parlait justement d'Ivanhoe et du fait que c'est le chevalier qui reprend le dessus sur le personnage populaire. Ça va à contre-courant du fait du conservatisme de Scott, de ce qui avait pu se faire jusque-là, à savoir qu'avec l'arrivée de l'alphabétisation massive, notamment en Angleterre, chez une classe sociale particulière, chez les bourgeois, les artisans, etc. On va avoir de plus en plus de textes qui vont être publiés, on a l'imprimerie qui arrive aussi en Angleterre et qui va faciliter la diffusion de textes, on appelle ça les broadsides, qui sont en fait des balades publiées sur une feuille de papier peu chère et diffusées largement chez une nouvelle classe. Et c'est pour ça qu'on va avoir plein de textes, notamment ça va être Robin El Potier, Robin El Boucher, Robin El Pêcheur, on va avoir Robin qui va se retrouver sur un bateau C'est Martine à la plage. C'est Martine qui se retrouve face à tout le monde. Et à chaque fois c'est la même chose, c'est-à-dire qu'on a la même structure narrative. On va avoir un affrontement avec quelqu'un issu d'une classe d'artisans, de commerçants. Il se tape dessus à coups de bâton parce que c'est très... C'est une arme très plébéenne. Personne ne tue personne. Et au final, à la fin, ils deviennent amis et l'autre rejoint les.
William Blanc
Joyeux Compagnons d'une manière ou d'une autre. Donc on a systématiquement, on voit ces nouvelles classes, pareil, qui prennent conscience et qui savent lire. Et donc on a ces récits qui vont les mettre en valeur et les associer aux Joyeux Compagnons. Il y a aussi un élément qui est intéressant, je reviens sur Scott, c'est vrai ce que tu dis, c'est tout à fait vrai, Jonathan, mais en plus, il y a un autre aspect, c'est qu'il y a un usage, là, parce qu'on parle depuis le début de sources littéraires, mais il y a beaucoup de sources politiques, de tous les jours, des jugements. Par exemple, très tôt, dès le XVIIe siècle, quand vous avez des insurgés, les classes dominantes les appellent pour les disqualifier des robins des bois. Vous avez au XVIIIe siècle, à l'époque des Lumières, qui touche aussi l'Angleterre, vous avez des Robin Hood Society, donc des sociétés de Robin Hood, Romain Desbois en fait, pour traduire ça littéralement, qui sont des sociétés de débats. Et des sociétés de débats populaires en fait, qui rassemblent en effet des bourgeois, des petits bourgeois, des petits commerçants en fait, dans les villes, notamment à Londres. Et qui sont moqués en fait, par les gens, par les plus puissants. Et c'est pareil, le plus grand éditeur de balades de Romain Desbois, c'est Joseph Ritson, qui publie les balades en 1795. Et en fait, lui, c'est un partisan de.
Jonathan Fruoco
La Révolution française. Et donc, il publie ces balades-là pour dire, en gros, le peuple peut se révolter. Donc, vous voyez, Scott, il arrive au bout de tout ça. Et donc, en fait, il essaye, quelque part, de minimiser l'effet Romain Desbois. On va avoir un contre-mouvement révolutionnaire finalement en Angleterre à ce moment-là. C'est vrai que Richson passe du temps en France au moment de la révolution française, il revient en Angleterre, il se met à appeler tout le monde citoyen. Dans un pays qui a déjà connu la décapitation d'un roi, ça passe assez mal et du coup il calme un peu ses ardeurs. ouvertement, mais c'est vrai que son édition des textes de Robin Desbois, c'est ça, il nous dit clairement, regardez, Robin est révolutionnaire. Et.
Xavier Mauduit
Ça s'inscrit politiquement dans le contexte de l'époque, mais en Angleterre, le conservatisme qui veut aller à l'encontre de ça, qui veut finalement défendre le monarchisme contre cet esprit révolutionnaire, va nous ramener.
Robin
Vers quelque chose de plus conservateur, vers Walter Scott. Avec un Robin Desbois des premiers temps très populaire qui s'aristocratise, si j'ose ce néologisme, les siècles suivants et puis qui redevient populaire tardivement mais ça passe mal auprès des conservateurs, Justine Breton. Oui et c'est vrai que c'est lié à chaque fois au public auquel on va chercher à s'adresser dans les différentes œuvres et à l'évolution aussi des modalités de diffusion. Parce qu'on voit qu'à partir du 18e et surtout au 19e siècle, on a ces rééditions constantes de Ritson et ensuite on va avoir d'autres textes comme Howard Pyle qui va fin 19e siècle, en 1883, il va faire sa propre réécriture en fonction de ses souvenirs d'enfance mais qui va en plus illustrer. Et là on est au moment où l'imprimerie a vraiment explosé et où on a la possibilité, suite au broadside, suite au chapstick, enfin tous ces textes imprimés de façon très rapide, qui coûtent peu cher à produire et qui coûtent peu cher à acheter, on va avoir une diffusion massive qui petit à petit va élargir aussi le public parce qu'on va avoir un public de plus en plus populaire, de moins en moins de moins en moins capables de lire aussi des grands textes qui va se mettre à découvrir les aventures de Robin. Donc on va avoir plein.
Xavier Mauduit
De versions différentes avec aussi des textes qui vont être.
Eric Osbaum
Adaptés pour un public populaire, pour des enfants. Et de fait, comme on s'adresse à un autre public, on va altérer petit à petit les valeurs que transmettent Robin et ses compagnons. C'est une histoire sociale, cette histoire du banditisme. Eric Osbaum. Je me suis occupé d'abord d'un phénomène foncièrement rural, c'est-à-dire le banditisme social. D'ailleurs, je crois que c'est moi qui ai lancé la phrase qui a été beaucoup reprise depuis. Il existe maintenant une énorme historiographie du banditisme qui, en général, n'accepte pas mes conclusions, mes passants. Ça commence avec mes études. Et ce qui m'avait tenté là, c'était évidemment l'uniformité des croyances qui s'accumulent autour de la figure du brigand au grand cœur. Partout, de la Chine au Pérou, de l'Espagne aux États-Unis, on se raconte les.
Xavier Mauduit
Mêmes anecdotes, les mêmes mythes. C'est toujours le type qui prend en riches pour les détruire aux pauvres, qui ne tue qu'pour des causes justes, etc. Je ne dis pas que ce soit des croyances réalistes, mais voilà, ils sont quasi universels. L'historien Eric Hobsbawm qui.
William Blanc
A étudié les Brigands. Là, il s'est exprimé sur France Culture en 1992, mais c'est Brigands à lui, son étude, c'est la fin des années 1960 et parue en France un tout petit peu plus tard dans les années 1970. William Blanc. Alors, bon, évidemment, là, c'est une étude, en fait. Donc, je crois que son livre Bandit, en fait, c'est 69. Donc, voilà, on est encore une fois... Mais le contexte, il est important, même en histoire, en fait, même en production. de source historique. C'est pour ça qu'on fait de l'historiographie, c'est que le contexte est important. On est à la fin des années 60, on a une époque de révolte. Et Obsbawm, qui est un marxiste, un grand historien évidemment, je pense qu'en écoutant ça, il a tendance à systématiser quelque chose. Il dit que tous les peuples ont des bandits sociaux, en tout cas ça on le retrouve partout. Et à un moment, il emploie le terme d'uniformisation ou d'uniformité, en fait. Et c'est là, en fait, où je pense qu'une étude plus précise, au cas par cas, par exemple, de la figure de Robin Desbois, montre que c'est beaucoup plus complexe. Parce qu'on a parlé un petit peu... Tu as parlé de Pyle, en fait, qui est un auteur américain, qui publie son Robin Desbois en 1883, si je me souviens bien. En fait, au même moment, aux Etats-Unis, vous avez un personnage réel, un bandit réel, Jesse James, qui est comparé à Robin des Bois. Mais Jesse James, c'est un ancien sudiste. C'est un partisan de l'esclavagisme. Il est lié au Ku Klux Klan. Et en fait, quand on dit... Les gens qui le comparent à Robin des Bois, c'est généralement des partisans de la ségrégation et qui disent en gros, ils résistent notamment à l'industrialisation qui vient du Nord, à l'état fédéral du Nord en fait. Donc vous voyez en fait, vous avez au même moment, et ça c'est... on parlait de mille feuilles faites voilà, mais c'est au même moment où vous pouvez avoir des interprétations contradictoires de la figure d'en Romain Desbois.
Robin
Et ça, ça dure encore aujourd'hui, vous avez des interprétations en fait conservatrices de la légende, vous avez aussi des interprétations très progressistes, voire révolutionnaires de la légende, ça pose strict... au même moment, en même temps, ça se pose aucun souci. C'est le caractère vraiment malléable d'une légende comme celle de Robin des Bois. On en a plein, on parlait du roi Arthur tout à l'heure. Mais c'est l'idée d'un personnage sur lequel on peut projeter un petit peu tout ce qu'on veut. Il y a cette idée que c'est un bon personnage, il est positif, Robin. On a gardé cette image-là alors qu'effectivement... On a des textes du Moyen-Âge où c'est pas forcément le mec qu'on a envie de croiser en forêt, mais on a gardé cette image. Ce qui fait qu'aujourd'hui, quand on compare quelqu'un à Robin Desbois, on peut mettre plein de choses derrière, mais il y aura cette idée positive. C'est exactement ce qui se passe avec Jesse James et en fait avec d'autres figures comme ça. On a eu Mérine, on a eu des bandits réels en France et un peu partout. il y a l'idée de vol, mais il y a l'idée de pour quelles raisons on vole. Donc on va mettre une interrogation morale, une question de justice derrière des délits, derrière des crimes, mais en fait chacun, et en fait chaque époque et presque chaque auteur, chaque interprétation est libre de mettre les valeurs qu'ils veulent. Donc c'est à la fois une.
Xavier Mauduit
Figure très pratique, parce qu'on peut lui faire dire ce qu'on veut, et en.
Michel Pastoureau
Même temps qui peut être très, alors dangereuse, je vais mettre des gros.
Robin
Guillemets, mais très.
Monseigneur / Advisor
Ambivalente, parce que justement on peut.
Robin
Lui faire dire ce qu'on veut. Il y a l'idée de taxe mais aussi faut-il savoir pourquoi on taxe ? Voilà qui annonce encore un jour de quête pour les pauvres, un vaillant compère. Oui, merveilleuse charité. Les taxes, les taxes, magnifiques taxes. Si, vous avez un merveilleux don pour inciter les pauvres.
Monseigneur / Advisor
À donner leur argent. En termes choisis.
Robin
Mon cher conseiller, je dérobe aux pauvres afin de nourrir les riches. C'est petit, hein ? Dis-moi, quelle est donc notre.
Monseigneur / Advisor
Prochaine étape, Percifleur ? Oh, un instant, j'étais... Oh ! Eh bien, notre prochaine.
Robin
Étape est Nottingham, Majesté. Oh, c'est une étape.
Xavier Mauduit
Qui rapporte Nottingham. Oh, parfait, majesté. Cela vous va ravir. Comme la couronne du roi Richard sied à votre noble front. Oui, elle sied. Ah, le roi Richard ! Je t'ai interdit de mentionner le nom de mon frère. C'est ma langue qui a fourché, gracieuse majesté. Le Robin des Bois de Walt Disney en 1973 avec Jean Santerre. Juste, Jonathan Fruoco, à quel.
Jonathan Fruoco
Moment donc se fixe cette histoire au sens où le contexte est très précis, Richard Coeur de Lion est parti en croisade, son frère Jean Santerre prend son trône en fait, et ça se passe mal avec un Robin des Bois qui devient un peu politique.
Xavier Mauduit
Ici. Je pense qu'on doit à.
Jonathan Fruoco
Peu près ça à John Major qui est un chroniqueur historien écossais mais qui contrairement aux autres chroniqueurs écossais lui a beaucoup voyagé et a notamment été en poste à Paris et ce qui lui vaut d'être cité par Rabelais notamment. Donc un homme du 16e siècle. Un homme du 16e siècle et c'est au 16e siècle qu'on a vraiment John Major qui va situé mais au passage vraiment en une phrase en disant je crois que c'est à l'époque de Richard Coeur de.
Xavier Mauduit
Lyon que se situe Robin Desbois. C'est vraiment juste comme ça et ça va être la pierre angulaire un peu de cette association historique et ça marche assez bien finalement entre ce que représente Robin et tout le potentiel.
Robin
De cette époque pleine de révolte et d'usurpation. Puis Richard Coeur de Lion, ça évoque son frère aussi, mais Alienor d'Aquitaine, ça évoque tout un univers. Justine Breton, dans cette évolution du personnage, ce Robin des Bois du XXe siècle, celui du dessin animé de Disney, qui est-il ? Déjà celui du dessin animé de Disney, à l'origine, c'est pas Robin des Bois. C'est toujours intéressant, c'est que Disney, à l'origine, voulait adapter le roman de Renard, un autre ensemble de textes du Moyen-Âge, d'où le fait que ce Robin ait une apparence de renard et qu'on ait des animaux partout, jusqu'à ce qu'il se rende compte que le roman de Renard, c'est très très chouette, mais c'est très peu adapté aux enfants. On a quand même beaucoup de textes qu'il faudrait énormément édulcorer pour que ce soit adaptable. Donc l'équipe de Disney fait un peu vol de face, mais garde les dessins, garde les premiers travaux préparatoires qui avaient été faits. Donc on va associer ensuite Robin à un renard, ce qui marche plutôt bien, parce qu'avec cette idée de vol et de ruse qu'on va maintenir autour du personnage, donc ça marche plutôt bien. Et à partir de là, quand on a ces réécritures, surtout à partir du 19e siècle et au 20e siècle, qui vont beaucoup se destiner à un public familial et à un public d'enfants, à partir de là, Robin c'est certes un voleur, mais on ne peut pas mettre un voleur comme modèle pour la jeunesse. En France, on a littéralement une loi qui pose problème pour ça, la loi de juillet 1949, sur les publications destinées à la jeunesse, il ne faut pas valoriser le crime. Il faut que donc les méchants soient punis et que les gentils gagnent à la fin. Ce qui fait qu'on va certes reprendre Robin, mais on va réécrire le personnage pour montrer que s'il vole, c'est pour lutter contre l'injustice. Et que lui, il est forcément du côté du bien, alors que le méchant, ça va être celui qui représente.
Xavier Mauduit
Le pouvoir en place, qui est en l'occurrence un pouvoir conçu comme usurper qu'est le pouvoir de Jean Santerre. Donc on va réécrire, réinterpréter et associer des valeurs morales au personnage pour montrer que bon.
William Blanc
Certes il vole mais en fait il rétablit une justice qui était perdue. On va si loin à William Blanc que j'ai l'impression parfois on ne reconnaît même plus Robin Desbois quand on voit les évolutions dans les séries télévisées. Le personnage échappe même à sa propre légende. Oui alors en plus le film de 73 de Disney il est très intéressant parce que on est C'est quasiment une réaction au film de 1938. Le film de 1938, c'était un film clairement social, très politique, anti-nazi, réalisé notamment par la Warner, avec préposition contre le Troisième Reich. Un film qui a été fait dans le contexte du New Deal. On insiste beaucoup sur la question sociale dans ce film-là. Là, si vous écoutez bien le film de Disney, que j'aime beaucoup évidemment, mais si on écoute le film de Disney, on se rend compte que l'oppresseur c'est celui qui prend des impôts. Et dans un contexte américain, on est en 73, Disney est une entreprise qui est connue à l'époque pour ses positions très conservatrices. Le gouverneur de la Californie où se situe Disney c'est Ronald Reagan. Donc on est au début en fait.
Jonathan Fruoco
De ce qu'on va appeler aujourd'hui ce qu'on peut appeler le libertarianisme en fait, l'école libertarienne. Et donc ce qui fait qu'il y a vraiment cette idée qu'en gros celui le méchant c'est celui qui prend les impôts. Donc il y a une transformation qui est intéressante là. Et c'est ce qui est intéressant vraiment, cette association de Robin Desbois avec la jeunesse, comme a pu l'écrire Justine et comme tu le disais William, c'est qu'en dépit de tout ce que peut dire le film de 73, en dépit de ce message-là secondaire, ce qui reste c'est l'essence de Robin Desbois. Et il y a des générations et des générations d'enfants qui ont grandi avec cette image de Robin Desbois. Ce que nous dit Robin, c'est qu'on a une possibilité de révolte face à l'injustice. Et c'est ce que... En fait.
Xavier Mauduit
Il y a une phrase de Jean-Paul Sartre que j'aimais beaucoup qui disait, méfiez-vous des enfants sages, ce sont eux.
Robin
Qui font les révolutionnaires les plus terribles. Et je trouve que ça marche parfaitement bien, cette idée que... Quoi qu'il arrive, Romain nous donne le potentiel de révolte. Et avec très peu de femmes dans cette histoire-là, on l'a dit Marianne, mais c'est à peu près la seule. Une, voilà, globalement. On.
Xavier Mauduit
A maintenant, depuis le début du XXIe siècle, quelques réécritures où on ajoute une fille, une sœur, etc. Mais globalement, on est un peu sur le principe de la schtroumpfette, c'est-à-dire qu'on a un personnage féminin qui représente la femme et plein de personnages masculins qui gravissent autour. Combien de feuilles avons-nous évoquées autour de Robin Desbois ? Seulement quelques-unes. Les autres feuilles, ce sont celles qui composent votre ouvrage à tous les trois. Robin Desbois, de Sherwood à Hollywood, publié chez Libertalia, William Blanc, Justine Breton, Jonathan Friouko. On retrouve sur le site franceculture.fr vos différents ouvrages parce que là.
Robin
Aussi c'est passionnant pour explorer tant d'autres univers en parallèle avec Robin Desbois. Merci vivement d'être venu dans le cours de l'histoire. prochain épisode dans le cours de l'histoire, dans.
Xavier Mauduit
La série plaisir de littérature, les mystères du roman feuilleton avec évidemment les mystères de Paris, ceux de Gensu. Dix heures sonnaient dans le lointain à l'horloge du palais de justice. Des femmes, embusquées sous des porches voûtées comme des cavernes, chantaient à mi-voix quelques refrains populaires. SAUVE-TOI !
Le Cours de l'histoire – France Culture
Episode: Brigands, des histoires hors-la-loi : Robin des Bois, sur les traces d’un brigand au grand cœur
Date: 29 décembre 2025
Host: Xavier Mauduit
Guests: Justine Breton (médiéviste, maîtresse de conférences), William Blanc (historien médiévaliste), Jonathan Fruoco (médiéviste, traducteur)
Cet épisode passionnant du Cours de l’histoire explore la figure mythique de Robin des Bois à travers son évolution, ses représentations et ses enjeux historiques, sociaux, et idéologiques. À partir du personnage légendaire, les intervenants interrogent la construction du mythe, la diversité de ses versions, et comment chaque époque y projette ses valeurs ou ses peurs, faisant ainsi de Robin un miroir changeant de la société et de ses rapports à la justice, à l’autorité et à la révolte.
XVe siècle : un certain Robin le Yeoman
XVIe siècle et le théâtre : la légende s’enrichit
Modernité et diffusion
| Horodatage | Sujet/Quote | |------------|-----------------------------------------------| | 02:06 | Origine du nom "Robin Hood"/"Robin des Bois" | | 05:27 | Représentation du chapeau/capuche | | 07:30 | Symbolique instable du vert (Michel Pastoureau)| | 09:16 | Robin et la camaraderie des Merry Men | | 13:22 | "Robin des Bois a-t-il existé ?" | | 20:19 | Lecture de la geste du XVe siècle (portrait du Robin originel) | | 22:49 | Fusion avec le personnage de Marianne | | 28:17 | Ajout de Frère Tuck et évolution au théâtre | | 35:20 | "Une oeuvre médiévaliste en dit plus sur son époque"| | 42:45 | Récupérations sociales et politiques de la légende| | 47:09 | Eric Hobsbawm : le "brigand social" universel | | 49:16 | Ambivalence et malléabilité du mythe | | 52:58 | Disney : d’un projet Renart à un Robin renard| | 54:46 | Adaptation du récit pour la jeunesse et la loi de 1949| | 55:56 | Robin conservateur chez Disney (anti-impôts) | | 56:44 | "Robin donne le potentiel de révolte" |
L’épisode propose un formidable décryptage du mythe de Robin des Bois, révélant une légende en perpétuelle transformation. À la fois miroir, outil de contestation ou d’ordre, Robin s’adapte aux besoins du moment : héros des opprimés, figure de justice ou outil conservateur, il est l’archétype du « brigand au grand cœur ». Sa légende, fruit d’un millefeuille où chaque époque ajoute ou retire une couche, inspire toujours la culture populaire et le débat politique — et nous fait nous interroger sur notre propre rapport à la justice, à la loi, et à l’histoire.