Christian Grataloup (29:04)
Oui, je suis d'ailleurs assez... J'ai parlé du côté rigide tout à l'heure des disciplines scolaires françaises. Je ne suis pas très fan. J'aime bien quand on glisse d'une point de vue à un autre et ça m'a toujours frappé que l'on ait la biologie, la physique, mais pas l'étude des sociétés au singulier. Alors que ce que fait un sociologue, un économiste, un anthropologue, un historien ou un géographe, c'est quand même étudier le même objet, le social. Et qu'on le fait chacun avec notre propre métier. C'est vrai que le travail de l'archive, le travail du cartographe, le travail de statisticien ou de l'enquête qualitative, c'est des métiers. Mais inversement, ce n'est pas forcément une bonne chose que ce soit des disciplines à durée, entre autres, par rapport à de jeunes enfants qui sont plongés dans des questions économiques ou des questions anthropologiques parce que dès leur plus jeune âge, ils ont affaire à la famille et à l'argent, par exemple. Donc, oui, c'est un travail qui est nécessairement, on dirait pluridisciplinaire, mais je n'aime pas trop le mot discipline, de fait. On a cet élément et prendre un point de vue pour faire un parcours historique d'économiste, c'est assez classique. Moi j'ai essayé de le faire d'un point de vue de géographe dans Géohistoire justement, le bouquin de 23. C'est quelque chose qui nous donne une vision tout à fait différente du processus historique global parce qu'il faut constamment se poser la question où. et de se demander comment sont les sociétés, non seulement par rapport à leur environnement biologique et physique, de température ou de relief, que j'évoquais précédemment, mais surtout entre sociétés. Ce que j'aime bien dire, c'est pratiquement, je le dois le dire au début du bouquin, je me souviens, on a pour partie toujours l'histoire de ses voisins. C'est vrai dans nos immeubles. Mais c'est vrai aussi pour toute société. Toute société a des relations avec d'autres sociétés. Alors, elles sont plus ou moins fortes, plus ou moins ténues, et elles ont plus ou moins de voisins. Ces voisins sont plus ou moins importants, etc. Mais plus on a de voisins, plus les processus historiques sont dynamiques, complexes, parce qu'il y a des innovations, il y a des apparitions de virus, il y a des apparitions de religions, il y a des apparitions d'inventions techniques. Il y a des augmentations démographiques chez les voisins, qui n'est pas forcément dans la société d'à côté. Et tout cela a des conséquences. Et donc, c'est réfléchir au voisinage, réfléchir aux continuités et aux discontinuités. C'est quelque chose qui change complètement. Et j'évoquais tout à l'heure le Japon et le Moyen-Orient. Le Moyen-Orient, c'est historiquement un carrefour sur des millénaires. Un carrefour, c'est là où il y a le maximum de voisinage. Donc il se passe le maximum d'innovation très tôt. C'est vrai que c'est C'est là qu'apparaissent les premières formes d'agriculture, les premières rencontres entre Sapiens et Neanderthal, si on veut remonter plus loin. C'est là où apparaissent également ensuite les premières cités, les premières écritures, enfin bon, les religions du livre. Mais le Japon, ça apparaît très tard. Il se passe des choses... Bon, l'écriture, la réserve, c'est 6e, 7e siècle de notre ère, c'est pas... Mais ensuite, c'est assez préservé. Aujourd'hui, où se développe un racisme virulent au Japon, parce que c'est une société très homogène, on est dans une histoire qui est tout à fait différente. L'archipel, évidemment, renforce les choses, mais on est... Même l'histoire de l'Ouest de l'Europe, ça n'apparaît en tant qu'Europe qu'au Moyen-Âge. Et c'est une histoire qui est beaucoup plus récente que ce qui se passe au carrefour du Moyen-Orient. Donc les localisations sont absolument essentielles. Et on ne comprend rien, globalement, à l'histoire des humains jusqu'au XVe siècle si on ne se dit pas que de la Méditerranée au maire de Chine, on a, et d'ailleurs ça représente à peu près 75% de l'humanité, il y a 2000 ans, comme aujourd'hui, on a des sociétés qui sont toutes connectées, qui sont toutes reliées les unes aux autres, qui sont toutes en interaction. C'est là où la peste noire, par exemple, va se saisir. Celle de juste il y a un an, mais c'est très net, on voit la carte de la peste noire, elle est dans les atlas. Cette carte de la peste noire est une carte de cette taxe de circulation. Et en même temps, ailleurs, il y a d'autres sociétés qui ont d'autres aventures, qui ont d'autres expériences qui sont très différentes, qu'on oublie un peu, d'ailleurs, et qui pourraient être intéressantes, non seulement intellectuellement, pour voir les sociétés de manière anthropologique, mais également aujourd'hui, comme expérience, comme horizon d'expérience que l'on a derrière soi, et qui nous permet de penser le rapport à la Terre, au globe terrestre, par exemple. Aujourd'hui, ce n'est peut-être pas une mauvaise question.