
Divination, astrologie, cartomancie, comment lisait-on l’avenir ?
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Bonjour à toutes, bonjour à tous et bienvenue dans le Cours de l'Histoire. Après les actualités, le bonheur serait de connaître le futur. Oui, parce que là, nous sommes encore dans le présent. Eh bien, le Cours de l'Histoire, aujourd'hui, s'intéresse à la cartomancie, à la divination, à l'astrologie.
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Cours de l'Histoire.
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Xavier Mauduit.
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Quelle différence et quel point commun pouvons-nous envisager entre la préparation culinaire et la divination antique? Dans les deux cas, il faut de bons ingrédients et suivre la recette. Ainsi, nous voici devant un magnifique foie de mouton. L'agneau, le veau feront l'affaire. Une belle pièce, bien fraîche, la russe pisse. est le spécialiste de l'art divinatoire. Il lit dans les entrailles des animaux le petit défaut, la forme. Il voit l'avenir, ou plutôt, il valide une décision. Bon sinon, le poêler dans du beurre arrosé de vinaigre, sel, poivre, le tour est joué. Oui, la divination, y croire ou pas, tout cela est une question de foi.
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Nicole
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Bélaïch, bonjour.
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Bonjour et bonne année à tous les auditeurs.
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Meilleur vœu à vous aussi et puis bonne année effectivement, c'est souhaiter un bon futur. Vous êtes directrice d'études et mérites à l'école pratique des hautes études, spécialiste de la religion dans l'antiquité romaine et vous avez publié « Religion et pouvoir dans le monde romain, l'autel et la toge de la deuxième guerre punique à la fin des sévères ». Dites-nous, les romains croyaient-ils à la divination? Croyaient-ils qu'il était possible de
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lire l'avenir? C'est-à-dire que tout dépend de ce qu'on entend par divination. Pour les Romains, et en particulier dans le système religieux public romain, donc dans la religion d'État, la divination est surtout un moyen de s'assurer de la qualité du présent. C'est-à-dire qu'avant toute action publique, que ce soit une rencontre politique, que ce soit évidemment une campagne militaire, que ce soit la construction d'un temple par exemple, on va demander au Dieu s'il donne le rassentiment à l'action qui va être faite. C'est ça, très précisément, la divination à Rome, c'est-à-dire s'assurer que les dieux sont favorables à l'action qui va être faite. Donc, on voit qu'on est dans un futur qui est en fait un présent qui arrive assez rapidement. On n'est pas du tout dans une boule de cristal pour savoir ce qui va se passer à la fin de
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l'année. Pardon. Allez-y, non, non,
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allez-y, allez-y. On a des procédures divinatoires successives à chaque fois qu'on avance dans la mise en route d'une opération de type public. Donc les magistrats vont prendre les auspices, le général en chef évidemment va prendre les auspices, mais il va les prendre quand il part de Rome avec son armée, mais quand il va arriver sur le champ de bataille, il va de nouveau reprendre les auspices. Donc on a un système successif de consultation
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des dieux. Dans la réflexion autour de la divination, de l'utilisation de l'astrologie pour prendre des décisions, bien sûr, nous pouvons nous plonger dans l'Antiquité et nous l'entendons avec vous, Nicole Bélaïch. Il y a la divination pour savoir si l'action est validée par les dieux. Mais dans notre imaginaire, il y a aussi l'astrologue aux côtés du souverain Jean-Patrice Boudet. Vous êtes avec nous
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également. Bonjour. Bonjour, un
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meilleur vœu! De même, merci beaucoup. Vous êtes professeur d'histoire médiévale à l'Université d'Orléans. Vous êtes l'auteur de « Astrologie et politique entre Moyen-Âge et Renaissance ». C'est intéressant de vous avoir l'un et l'autre, spécialiste de l'Antiquité, spécialiste du Moyen-Âge, de la Renaissance, parce qu'il y a toujours cette continuité qui est très intéressante à voir. Pourriez-vous nous dire si la croyance dans une lecture du futur, même du futur très proche, que vous retrouvez à la fin du Moyen-Âge ou sous la Renaissance est la
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même que dans l'Antiquité? Non, ce n'est pas du tout la même pour la bonne raison que la divination à l'époque médiévale, en tout cas dans le cadre du christianisme, est quelque chose qui est normalement interdit. C'est une usurpation de l'honneur divin et de la majesté divine. Donc il y a bien des méthodes divinatoires, comme l'astrologie entre autres, mais elles ne doivent pas s'avouer comme étant divinatoires. Elles doivent s'avouer comme de la prédiction naturelle. Et donc, en tant que telles, elles sont acceptables. Mais sinon, Saint Augustin notamment a rejeté la divination comme une superstition justement typique des croyances de l'Antiquité et des religions de l'Antiquité que le christianisme rejette et donc les astrologues existent bien. Il y a même aussi des devins mais ils ne doivent pas trop s'avouer comme tels. Donc l'astronomie, l'astrologie est quelque chose qui est enseigné mais qui ne doit pas être assimilé à de la divination. Donc si vous voulez finalement ça revient au même, sauf qu'il y a une négation du phénomène divinatoire, même si de nouvelles techniques divinatoires et des anciennes sont réactualisées
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et utilisées au Moyen-Âge. Comment les hommes du passé voyaient-ils leur futur? C'est ce qui nous intéresse toute cette semaine dans le cours de l'Histoire sur France Culture Divination Astrologique, Artemensi. Mais oui, comment lisait-on l'avenir ou comment voulait-on être sûr que notre présence soit conforme à la volonté divine? Eh bien, faisons un petit tour dans l'Antiquité avec une réflexion sur la manière de lire l'avenir. Cicéron, c'est peut-être une boule de cristal, non Cicéron, nous est lu
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aujourd'hui par Olivier Martineau. Que les prêtres d'ailleurs forment deux classes, l'une qui préside aux cérémonies et aux autres sacrifices, l'autre qui interprète les réponses des devins et des prophètes, que le Sénat et le peuple auront à prouver. Que les interprètes de Jupiter très bon et très grand, augure public, consultent ensuite les signes et les auspices, qu'ils observent les règles. Que les prêtres prennent les augures pour les vignobles, pour les nouveaux plans, pour le salut du peuple, qu'ils fassent d'avance connaître l'auspice à ceux qui traitent des affaires de la guerre ou du peuple, et que l'on s'y conforme, qu'ils présagent le courroux des dieux et qu'on y obéisse, qu'ils partagent le ciel en régions déterminées pour y observer les éclairs, et la ville, et les champs, et les temples, que tout soit ouvert à leur regard et soumis à leur parole, et que les choses que l'Augure aura déclarées irrégulières, néfastes, vicieuses, funestes, soit nul et non avenu, et que la
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désobéissance
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soit crime capital. Non! Non! Ah bah oui, c'est crime capital. Cicéron donc, au premier siècle avant Jésus-Christ, évoque la divination, évoque les prêtres. Nicole Bélaïch, quelle est la place de la divination dans la société romaine? Il faut bien insister là-dessus, c'est quelque chose d'admis, de
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public, de nécessaire même. Absolument, et Cicéron, vous venez de lire ce très bel extrait du livre 2 de son traité sur les lois, qui est une sorte de république idéale, si je puis dire, ou de constitution idéale. Cicéron le dit très bien, on n'engage aucune action, qu'elle soit publique, ou qu'elle soit domestique mais de type économique par exemple. Il a parlé des semences, il a parlé des récoltes, etc. On n'engage absolument aucune action tant qu'on n'est pas certain que les dieux sont favorables à l'action qui va être faite. Et à cet égard, la divination, c'est vraiment partie du système religieux romain et du système politique romain puisque la religion est une religion publique. Et ce que disait Jean-Patrice Boudet tout à l'heure est très important parce qu'il a montré en quoi L'avènement du christianisme comme religion d'État à partir de la fin du IVe siècle a véritablement modifié les choses. Et ce qui est très important c'est que, Cicéron vient de le dire, il y a deux types de prêtres, il y a les augures et puis il y a également ce qu'on appelle les azaruspices. Or la technique aruspiciale est une technique, vous y avez fait allusion dans votre introduction un peu humoristique sur le foie et la foi, La technique aruspiciole est une technique qui lie dans les entrailles, qui suppose donc le sacrifice animal. Or, l'une des ruptures majeures du christianisme par rapport au système religieux romain traditionnel, c'est évidemment le refus du sacrifice. Et donc, en refusant le sacrifice, les chrétiens se mettaient nécessairement, parce que les chrétiens sont penseurs chrétiens, se mettaient nécessairement je dirais, en écart, en opposition par rapport à des techniques divinatoires dont par ailleurs, évidemment, il récusait la nécessité puisque c'est Dieu qui dessine
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les dessins du monde. Et puis, il y a donc quelque chose de très pratique dans ce que vous nous dites, Nicole Bélech, c'est qu'il y a des foies, il y a des entrailles d'animaux. Comment
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se pratique la divination? Tout dépend si vous avez affaire à un augure ou à un aruspice. L'augure est celui qui va vous dire l'état d'esprit des dieux avant d'entrer dans une action. Et il y a pour ça deux méthodes, la méthode traditionnelle qui était une méthode assez lourde puisque l'augure devait, avec son bâton recourbé, ce qu'on appelle le litous, il devait déterminer une zone dans le ciel donc c'était évidemment une zone imaginaire ou virtuelle, et examiner les signes et en particulier le passage des oiseaux dans cette zone qui avait été prédéterminée dans le ciel. C'est très exactement ce qui s'est passé au moment de la fondation de Rome et lors de cette consultation contradictoire entre Romulus et Rémus, vous connaissez évidemment la légende. Mais évidemment, ce mode de consultation est un mode lourd. Donc on est passé assez rapidement de cette consultation par le litous à une consultation plus commode par des poulets, des poulets qui étaient considérés comme des poulets sacrés et dont on examinait l'appétit. Donc si les poulets mangeaient volontiers, on considérait que les dieux étaient favorables à l'action, si en revanche ils présentaient quelques réticences, on s'inquiétait de l'état d'esprit favorable ou défavorable des dieux. Ça c'est une première méthode. Et puis la méthode aruspiciale est une méthode qui elle est utilisée au moment où on fait un sacrifice, de façon à s'assurer que le sacrifice, qui a pour objet évidemment de satisfaire les dieux, donc la méthode aruspiciale a pour objet de vérifier que les dieux agréent le sacrifice. Et donc pour ce faire, une fois que la bête a été tuée, on va ouvrir la bête, il y a un très beau relief au Louvre sur cette phase, et la ruspice va vérifier dans les entrailles, alors il y a le foie que vous avez cité, mais il y a aussi le cœur, les intestins, etc. va vérifier que les dieux agréent parce que le foie se présente d'une certaine manière, que les dieux agréent le sacrifice. Donc il y
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a des méthodes diverses. Des méthodes diverses et des réactions diverses. Il y a une phrase qui est souvent rapportée, celle de Caton, qui dit que deux aruspices ne peuvent pas se regarder sans exploser de rire. Dites-nous, Nicole Bélaïch, les Romains y croyaient-ils? La question est très complexe. Nous savons bien que la croyance est quelque chose de difficile à mesurer. Il y a une posture sociale. Alors, si l'on veut écarter un peu la croyance, je peux vous poser la question. Les Romains pratiquaient cela au quotidien. En tout cas, c'est quelque chose qui est extrêmement concret de tous
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les jours, la divination. Absolument, c'est tout à fait concret. Et cette fameuse formule que vous venez de signaler, qui est souvent utilisée en dehors de son contexte, pour la comprendre, il faut bien voir qu'à partir du moment où ce sont les hommes qui lisent les signes qui sont censés être envoyés par les dieux. Donc évidemment, la manipulation, si je puis parler ainsi, la manipulation des signes est toujours une possibilité, puisque le discours qu'on tire des signes est en fait un discours humain. Et donc si le consultant Ou plus exactement, non pas le technicien qui consulte. La ruspice, lui, il a une technique et il va vous donner des informations techniques. Le foie se présente comme si, il a telle couleur, il manque la tête, au contraire il y a deux têtes, etc. Donc la ruspice, lui, va donner des signes techniques. Ces signes techniques vont ensuite être interprétés par les magistrats, par le système politique, si vous voulez. Et c'est évidemment au moment de l'interprétation que vous pouvez orienter une lecture de signes de façon à empêcher, par exemple, qu'il y ait une réunion politique qui empêchera l'élection de tel ou tel consul, par exemple, parce que vos Vos soutiens n'ont pas eu le temps d'arriver à Rome de façon à voter. Donc c'est dans ce contexte-là que des augures peuvent rire les uns des autres. Mais il faut bien voir qu'on est là dans un discours de type polémique. par rapport à une sorte de rationalité qui se voudrait totalement détacher des intérêts ambitieux des
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uns ou des autres. Et puis, il y a un enjeu politique évident, sachant que la fondation de Rome avec Rémus et Romulus est déjà basée, vous nous l'avez dit Nicole
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Bélaïch, sur la divination. Le destin du vivant est écrit dans ses entrailles. Deux êtres... unis... comme s'ils ne faisaient qu'un. Tels les deux faces d'une même feuille. Deux frères. Deux frères dont l'un... est un roi. Il fondera un nouvel empire comme le monde n'en a jamais connu et ne connaîtra jamais plus l'après. Nombreux sont ceux qui le rejoindront pour se soumettre à son commandement. Dans une alliance où ils se protégeront les uns les autres, après avoir
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longtemps
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vécu... en esclaves. Seulement... Elle va lire le
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cadran lié aux Enfers.
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Parle. Ne t'arrête pas. Le dessein des
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dieux ne m'effraie pas. Il
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n'en restera qu'une seule. Les deux faces de
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la feuille se sépareront. Mon frère est
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en train de guérir. L'un des deux
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tuera son frère, car ce n'est que de ce sang que le roi pourra. La divination dans la série Rémus et Romulus sur OCS, une série de Matteo Rovere de 2020, toute récente, avec, avant de démonter sans doute la construction de cette divination à la Fondation de Rome, la nécessité, Nicole Bélaïche, peut-être de rappeler en quoi la divination intervient à
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la Fondation de Rome. Vous vous souvenez que la ville est fondée par les deux frères et Rome ne peut avoir qu'un seul gouvernant, donc il faut que les dieux choisissent entre les deux. Alors évidemment, la scène que vous venez de présenter, C'est probablement déroulé de façon bien moins théâtrale ou dramatique que ce que nous en dit cette série. Le choix entre Romulus et Romulus va se faire par une prise d'auspice. C'est-à-dire que chacun va monter sur l'une des collines de Rome. C'est évidemment la tradition qui le rapporte. chacun va monter sur l'une des collines de Rome, regarder le ciel, je vous ai parlé de cette consultation par une zone délimitée dans le ciel, et c'est Romulus qui va voir le plus d'oiseaux venant de la bonne direction, c'est-à-dire c'est lui qui va avoir le maximum de signes positifs envoyés par les dieux par rapport à son frère Rémus, et on sait très bien que Rémus va refuser la vie des dieux et donc il va violer les remparts, il va violer la limite que Romulus a déjà tracée et c'est ainsi que le frère Romulus va tuer Énus. Donc ce qui est important dans cette affaire c'est de voir que on a demandé l'avis des dieux pour la fondation de Rome. Et ça, ça devient le modèle de base pour toute l'action publique romaine. On demande toujours l'avis des dieux avant
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de faire quelque chose. Voilà, l'oiseau de mauvaise augure trouve ses origines ici. Nicole Bélaïch, il y a... Avec cette divination, un aspect qui dépasse simplement, vous nous l'avez bien dit, la volonté de lire le futur, c'est presque plus pour le présent et le futur proche, avec un système qui est beaucoup plus global, qui est culturel bien sûr, mais politique voire économique. Il y a toute une économie autour de la divination, cette construction du mythe Rémus, Romulus et la divination, l'oiseau, etc. est quelque chose de plus tardif. Et l'on sent bien ici qu'il y a la volonté de mettre en place, toujours pour l'Empire romain, quelque chose qui va unir l'ensemble de cet empire extrêmement divers. La divination fait-elle partie de cette politique générale pour tenir l'Empire, pour que tout le monde soit soudé quel que soit ses origines, sa
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langue, voire sa religion? Oui, c'est un système qui a pour objet de, je dirais, de rassurer l'État. Mais on peut dire que tout système divinatoire est de toute façon un système qui a pour objet de rassurer les hommes et de légitimer leur action. À partir du moment où les dieux sont de votre côté, et pour les Romains, les dieux gouvernent tout, donc si les dieux gouvernent tout, il faut bien que les hommes est un lieu de liberté pour leur action, sinon ils sont totalement pieds et poings liés. Et donc on peut dire aussi que le système divinatoire à la fois vise à s'assurer que les dieux sont favorables à l'action des hommes, mais par l'intermédiaire du système divinatoire c'est également un moyen de libérer l'action des hommes. Puisque à partir du moment où vous avez dit le dieu est favorable à l'action, votre liberté est totale pour mener l'action. Et à partir du moment où, à chaque étape de l'action, vous vous assurez que les dieux sont favorables, il n'y a pas de limite à votre action. Donc c'est à la fois un système contraignant si l'on peut dire, puisqu'on part du principe que les hommes ne sont pas entièrement maîtres de leur destin, mais en même temps c'est un système qui leur permet de récupérer la
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mainmise sur leur destin. Mais cela est valable quand il y a des dieux. Et Jean-Patrice Boudet, vous savez bien, vous nous l'avez dit, Médievis, que ces dieux sont contestés. Et dès lors, il n'y a qu'un dieu. Et pourtant, la volonté de jouer de la divination, de toucher à l'astrologie ne disparaît pas. Comment se construit le rapport à la divination sans qu'il y
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ait ce soutien divin? Alors, le rapport à la divination, en tout cas aux pratiques relatives à la prédiction de l'avenir, de l'avenir du... D'ailleurs, la divination, ça ne se rapporte pas uniquement au futur, ça se rapporte aussi au passé, au présent, à tout ce qui est de l'ordre du cachet. Et ce système que Nicole Baleij vient de... d'écrire, est détruit effectivement très largement au Moyen-Âge, mais il est réintroduit en partie sous une autre... d'une autre façon à partir du XIIe siècle, XIIIe siècle, à partir
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des
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traductions de l'arabe, à partir de tout un système d'interprétation du monde incluant toute une série de méthodes divinatoires, à commencer par l'astrologie, par le biais de ces traductions. Nicole Bélaïch et tout à l'heure vous avez parlé de la fondation de Rome. Dans le monde arabo-musulman, comme vous le savez, la divination au Gural est autorisée, elle est permise par Dieu. Et par exemple, la fondation de Bagdad en 762, a été validé par un horoscope de fondation qui nous est conservé, qui sans doute n'était pas un horoscope aussi idéal qu'il a l'air de l'être, fondé en partie sur un système d'interprétation d'origine antique, mais avec aussi peut-être quelques petites manipulations. Il y a par exemple une position un petit peu bizarre de Saturne, planète maléfique, qui est censée, dans cet horoscope, être en rétrogradation par rapport au système de Ptolémée, c'est-à-dire suivre un mouvement inverse par rapport au mouvement régulier de la planète. qui est suspect dans la mesure où il ne correspond à aucun des systèmes astronomiques qui existaient à cette époque. Donc si vous voulez, on a l'impression que dans le cas de la fondation de Bagdad, il y a eu effectivement une tentative de choisir le meilleur moment pour fonder la ville, pour donc asseoir et légitimer le pouvoir des abbassides, en l'occurrence de la toute nouvelle dynastie des abbassides, et que ça a été un petit peu renforcé par des approximations tenant compte sans doute aussi du contexte politique de l'époque. Donc si vous voulez, là encore, il y a un élément de continuité par rapport à l'Antiquité qui est très grand, à savoir qu'il y a un déterminisme naturel fondé sur l'influence des planètes et du ciel d'une manière générale que autorise très bien Dieu lui-même et il y a le choix des hommes d'entreprendre telle ou telle action à tel ou tel moment qui fait qu'ils ont une certaine marge de manœuvre et que même vis-à-vis du christianisme, ils peuvent dire, les astrologues peuvent dire qu'ils respectent la doctrine du libre arbitre individuel voire la doctrine de la toute-puissance du Dieu unique. Donc finalement ils arrivent assez bien à contourner l'interdit de la divination par ce moyen, par ce slogan qui est attribué à Ptolémée mais qui n'est pas de lui, à savoir que l'homme
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sage domine les astres. Très pertinent, Jean-Patrice Boudet, de nous emmener à Bagdad, car quand il est question de l'histoire de la divination, évidemment, toutes les civilisations sont concernées. C'est une histoire qui s'écrit sur le temps long de l'antiquité mésopotamienne, grecque, romaine, égyptienne, évidemment, sur le temps long jusqu'au Moyen-Âge, avec ses textes antiques traduits. Vous avez
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cité Ptolémée, le voici. Il me semble le plus convenable et plus naturel de prendre les quatre commencements pour juger des événements de l'année, observant les six ichis du soleil et de la lune, à la nouvelle et à la pleine lune, qui les ont prochainement précédés, et principalement la conjonction en qui l'un ou l'autre des luminaires s'est éclipsé. Et ainsi l'on pourra donner son jugement de l'état du printemps par le commencement du bélier, de l'été par celui du cancer, de l'automne par celui de la balance, et de l'hiver par celui du capricorne. En effet, le Soleil engendre véritablement ces mêmes constitutions universelles des temps et enseigne ces moyens d'où même ceux qui sont tout à fait ignorants de l'astrologie prévoient les choses futures. Ptolémée, Tétrabible, Livre
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II Une lecture d'Olivier Martineau dans le cours de l'Histoire sur France Culture, Ptolémée, qui est lue évidemment au Moyen-Âge. Encore, quelle est l'importance, Jean-Patrice Boudet, de l'astrologie, de cette croyance en l'influence des astres sur
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le destin des humains? Elle est très grande et ne fait que s'accroître pendant l'ensemble du Moyen-Âge et encore peut-être à la Renaissance, qui peut être une sorte d'apogée de l'influence des astrologues dans la vie et dans la politique en Europe en tout cas. Alors, au départ, pendant le haut Moyen-Âge, c'est surtout une astrologie lunaire assez primaire, qui n'est pas fondée sur la position effective des astres, si ce n'est le Soleil et la Lune, et qui ne prend pas en compte le mouvement de l'ensemble des planètes et la rotation quotidienne de la voûte céleste. À partir du XIIe siècle, il en va tout autrement avec les traductions de l'arabe et du grec et les traités théoriques de Ptolémée sont traduits. D'autres qui lui sont attribués sont traduits aussi en latin et ils sont très abondamment commentés, souvent avec des commentaires qui viennent du monde arabe et qui sont réactualisés. et ce qui fait que l'astrologie, à la fin du Moyen-Âge, considérée comme faisant partie de la science naturelle, entre à l'université, notamment dans les universités italiennes, comme faisant partie de la philosophie naturelle, en fait. Et en revanche, les choses sont un peu différentes en France, dans le royaume très chrétien qui est plus réticent vis-à-vis de l'astrologie et qui ne reconnaît le pouvoir des astrologues que d'une façon beaucoup plus progressive et essentiellement à partir du milieu du 15e siècle où apparaissent des astrologues de cours reconnus en tant que tels et non plus sous le label de médecins parce que au Moyen-Âge être astrologue c'est très rarement un métier C'est surtout une activité annexe utilisée par des médecins qui d'ailleurs peuvent utiliser l'astrologie à l'effet médical. L'astrologie est une une science auxiliaire de la médecine, une science auxiliaire de la politique et aussi, accessoirement, une science auxiliaire de l'histoire. On aura
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peut-être l'occasion d'y revenir. L'astrologie, science auxiliaire de la politique et l'astrologue aux côtés des puissants. Écoutez, nous sommes au XIVe siècle. La lecture d'un dialogue entre Pierre de Castille
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et son astrologue juif. L'an 1369. S'étant retiré seul avec lui, le roi lui dit, « Don Abraham, bien vous savez que vous et les autres astrologues de mon royaume, vous m'avez toujours dit que vous trouviez par votre astrologie que ma naissance fut en telle constellation que je devais être le plus grand roi qu'il y eût jamais en Castille de mon lignage, et que je devais conquérir sur les morts jusqu'à gagner la sainte maison de Jérusalem, et bien d'autres choses encore de victoire que je devais avoir. Et maintenant, il me paraît que tout est le contraire, car chaque jour, je vois que mes affaires vont à la destruction de mal en pie, sans aucun remède. Pour cela, je dis que vous, les astrologues, qui m'avez dit tout cela, vous me l'avez dit pour me flatter, sachant bien que c'était le contraire. Alors, Don Abraham lui dit, Seigneur, s'il arrive qu'un jour, où il fasse grand froid, glacial même, un homme entre dans une étuve surchauffée, transpirera-t-il? Le roi lui dit « Oui, bien sûr! » Et alors don Abraham lui dit « Seigneur, cette sudation se fait contre la constellation du temps, car ce temps ne comportait pas de transpirer, mais au contraire d'avoir froid. Et Seigneur, telle est votre constellation. vos péchés et ceux de votre royaume. Vos actions ont été telles qu'elles sont parvenues à forcer la constellation de la planète de votre naissance, tout ainsi comme la chaleur de l'étuve force le grand froid du temps. Et c'est Abraham Abenzarsal qui lui dit cela. C'était le père de Don Mossé Abenzarsal qui est présentement
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médecin de notre seigneur le roi Henri III. Un extrait lu dans les Lundis de l'Histoire en 1984, un dialogue entre Pierre de Castille, dit le cruel, et son astrologue, juif Jean-Patrice Boudet. Quand, en tant qu'historien, vous vous saisissez d'un tel texte qui, bien sûr, nous paraît extrêmement daté, nous avons réellement du mal à le comprendre, quel regard portez-vous sur l'astrologie? Il y a quelque
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chose qui paraît extrêmement cohérent dans ce dialogue? Oui, ce qui est cohérent, c'est en fait l'idée que Pierre de Castille, qui a ensuite eu le nom de Pierre le Cruel, s'est comporté d'une façon abominable et s'est comporté d'une façon contraire à ce que pouvait éventuellement indiquer son horoscope de naissance. Autrement dit que l'homme sage gouverne les astres, mais l'homme qui n'est pas sage, lui, il gouverne aussi les astres et il peut très bien faire des choses qui sont absolument contraires à ce à quoi il était déterminé au départ. Et là, en l'occurrence, il est effectivement, ce Pierre le Cruel, un ami des musulmans, puisque Abraham Ibn Sarsal, son astrologue, a d'abord été attaché à Mohamed V. Il n'a pas continué la croisade, il n'a pas continué la Reconquista, donc c'est un roi de Castille qui est légitimement problématique de ce point de vue-là. Et donc nous avons ici non pas une sorte de scénographie d'un dialogue authentique, mais plutôt ce qu'on appellerait au Moyen-Âge un exemplum, une histoire exemplaire visant à démontrer que quand on est un homme foncièrement mauvais, on peut très bien avoir une attitude contraire au déterminisme astral qui renverse totalement les prédictions des astrologues. Et donc c'est une sorte d'exemplum à la fois anti- et pro-astrologique, d'une certaine façon, qui illustre l'idée, encore une fois, que les astres inclinent mais ne nécessitent pas, ce qui est une phrase là aussi attribuée à Ptolémée ou à Thomas d'Aquin, sans qu'elle soit vraiment totalement authentique, et donc il y a une marge de liberté qui va dans le bon sens, mais qui peut aller tout à fait dans le mauvais
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sens, dans le cas de Pierre de Crouet. – Nicole Bélaïch, nous entendons en fait dans ces propos de Jean-Patrice Boudet qui nous conduisent au Moyen-Âge, que vous nous disiez sur l'Antiquité, avec malgré tout une place à accorder à l'astrologie. L'astrologie était-elle très présente
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dans l'Antiquité, à côté de l'auscultation des foies d'animaux? Absolument, absolument. La seule différence c'est que l'astrologie n'appartient pas à la divination d'État telle que je l'ai présentée très rapidement tout à l'heure. En revanche tous les empereurs ont leur astrologue. On connaît des familles, on connaît les Balbili par exemple au premier siècle de notre ère, qui sont astrologues de père en fils. Donc tous les empereurs ont leurs astrologues à leur côté et les astrologues, comme Jean-Patrice vient de le rappeler, font des thèmes de naissance, font des prédictions, alors là pour le coup sur l'avenir, du pouvoir de tel ou tel empereur. Et il était très intéressant de voir que cette astrologie de pouvoir, cette astrologie de cour, pour parler comme le médiéviste, va être victime, si je puis dire, de l'évolution du pouvoir impérial. Le pouvoir impérial, on le sait, à partir du IIIe siècle, devient un pouvoir de plus en plus personnel, de plus en plus absolutiste, Et dans ces conditions, les ambitieux qui souhaitent la pourpre vont utiliser les services des astrologues pour s'encourager dans leur volonté d'usurper le pouvoir. Et donc l'astrologie, à partir du IIIe siècle, auprès des empereurs qui sont sur le trône, va commencer à avoir une connotation subversive, c'est-à-dire que les empereurs craignent l'utilisation que pourraient faire des compétiteurs de l'astrologie. Et donc il y a une répression qui va être organisée par les empereurs contre les pratiques astrologiques, comme étant vue comme une sorte d'atteinte à la sûreté de l'État. Et il y a des procès absolument célèbres, en particulier au milieu du IVe siècle de notre ère, qui justement vont essayer de supprimer toutes ces élites qui sont censées
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ou sont supposées vouloir prendre le pouvoir de l'Empereur. J'allais demander à Jean-Patrice Boudet justement que cette réflexion-là s'applique également au temps de la Renaissance avec cette image un petit peu clichée là aussi de la reine Catherine de Médicis entourée de ses astrologues et voici qu'apparaît Nostradamus. Nostradamus aussi contesté, il y a une guerre de pouvoir autour de l'astrologie. L'astrologie est présente autour des
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souverains mais cela ne se fait pas sans mal. Oui, tout à fait, et d'autant plus que Nicole a parlé de la répression contre les astrologues à partir du 3e, 4e siècle. Il faut savoir que dans le droit romain, qui lui aussi est traduit et diffusé abondamment au Moyen-Âge, eh bien, toute pratique divinatoire, y compris astrologique, qui est susceptible de porter atteinte à la sûreté du roi ou de l'empereur, ou de l'empereur en soi royaume qui est le roi de France, ou que prétend être le roi de France à partir du XIVe siècle, du XIIIe, XIVe siècle, est potentiellement passible de mort. Ceci dit, je vous rassure, les astrologues qui ont été condamnés à mort à la fin du Moyen-Âge, il y en a extrêmement peu et les rares astrologues qui ont été brûlés, comme Cecco d'Ascoli en 1327, ce sont des astrologues qui pratiquaient une sorte d'astrologie magique fondée sur le contact avec les esprits et avec les démons, donc une astrologie particulièrement subversive. Ceci dit, c'est vrai qu'il n'y a pas eu d'officialisation du pouvoir des astrologues auprès des rois de France au Moyen-Âge, si ce n'est dans une période qui est une sorte de parenthèse durant la seconde moitié du XVe siècle. Et quand vous parlez de Nostradamus, Nostradamus était l'astrologue le plus célèbre de son temps en France, mais il n'était pas l'astrologue officiel de Catherine de Médicis ou du roi de France. Il était consulté dans l'Europe entière, on a conservé sa correspondance qui est absolument passionnante, Mais il avait un rôle simplement, si j'ose dire, on dirait de nos jours, de consultant, de consultant de très haut niveau, de très haut niveau médiatique, mais pas d'ailleurs de très haut niveau technique, les deux choses étant souvent incompatibles, c'est-à-dire que L'astrologie c'est bien mignon mais c'est extrêmement technique et lui faisait largement l'économie sinon des calculs du moins des choses les plus compliquées et c'était donc une astrologie assez simplifiée
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qu'il pratiquait. mais qu'il pratiquait avec un brio formidable. Voilà, et qui lui a valu le succès. Et Jean-Patrice Boudet, vous évoquiez le fait qu'il y a peu d'astrologues qui ont été tués. Et justement, c'est qu'ils étaient mauvais parce que sinon, ils auraient su qu'ils allaient être tués. Donc, cela n'était pas des bons astrologues auprès des empereurs et auprès des rois. Il y a des astrologues et sans doute aussi
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auprès des rois maudits. Écoutons Maurice Druon sur l'astrologie. Ma croyance en l'astrologie, n'est-ce pas? Ce n'est pas une histoire de bonne aventure. Qu'est-ce que tout cela signifie? Qu'il y a, aux yeux des anciens, d'immenses chaînes de correspondance dans l'univers. Que nous correspondons au rythme des étoiles, au rythme des planètes, et cette longue chaîne de correspondance passe à travers les espèces. Nous vivons dans un univers entièrement en relation. De la galaxie à l'atome, il y a des relations. L'astrologie est un des systèmes que les anciens avaient de déterminer ses relations, ses correspondances entre des choses qui apparemment n'en ont pas. Et encore une fois, si les rois de l'Antiquité et du Moyen-Âge avaient des astrologues, je ne vois pas pourquoi nous nous considérerions plus malin qu'eux et plus forts. parce que nous avons le recours à une science rationnelle. qui condamne tout ce qui n'est pas rationnel. Mais en condamnant tout
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ce qui n'est pas rationnel, on condamne la voyance. Et oui, voilà Maurice Druon sur l'astrologie en 1977. À quel moment, Jean-Patrice Boudet, l'astrologie disparaît des usages? Dès le XVIIe siècle, déjà, il n'y a plus d'astrologues aussi présents? Ou alors
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il reste un petit peu influent d'une manière différente? Il reste influent d'une manière différente. C'est-à-dire que l'astrologie au Moyen-Âge n'est pas du tout un système irrationnel, n'est pas du tout une science occulte. C'est une science en bonne partie pignon sur rue. Pour la bonne raison que l'astrologie s'inscrit assez logiquement dans le système d'interprétation du monde qui est le système géocentrique avec la Terre au milieu du monde, les astres qui sont tout autour, qui tournent autour du centre du monde. qu'est la Terre, le monde a été créé par Dieu mais pour l'homme, et dans cette configuration précopérnicienne, l'astrologie est totalement rationnelle, contrairement à ce qu'elle est devenue par la suite. Alors, le processus d'occultation ou de dérationalisation de l'astrologie, c'est un phénomène de longue durée. Copernic lui-même était intéressé par l'astrologie. Galilée aussi. Kepler voulait réformer l'astrologie au début du XVIIe siècle, mais était profondément croyant et s'y livrait à toute une série de calculs et de prédictions fort intéressantes. Je crois que ce qui a brisé le socle épistémologique, le fondement scientifique de l'astrologie, c'est Newton. À la fin du XVIIe siècle, la découverte de la loi de l'attraction universelle, n'a pas immédiatement transformé l'astrologie en sens occulte, mais a quand même brisé la théorie de l'influence céleste telle qu'elle pouvait exister
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dans le monde antérieur, qu'il soit pré- ou post-copernicien. Et bien justement, nous sentons qu'il y a une transformation de l'astrologie qui se distingue en fait de l'astronomie au XVIIe siècle. Mais pour les croyances antiques, Nicole Bélaïch, là il y a transformation des pratiques. Malgré tout, il reste encore aujourd'hui cette volonté, cette démarche de repérer des signes. Il ne nous reste pas beaucoup de temps, il nous reste deux minutes vingt, mais enfin deux vingt pour
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terminer une émission sur la divination, c'est très bien. Oui, je pense que ce qui est vraiment très important, c'est d'insister sur la rationalité. Et je pense qu'il est impossible de faire une émission sur la divination dans l'Antiquité et le Moyen-Âge sans citer cet ouvrage tout à fait majeur co-édité par Jean-Pierre Vernon sur divination et rationalité justement. Donc l'importance de la rationalité dans l'approche astrologique est tout à fait majeure, et on le voit également dans des documents qui viennent d'Égypte, qui sont gardés sur papyrus, ce qu'on appelle les papyrus magiques grecs, parce qu'ils sont écrits en grec, et où on voit comment le magicien, alors on appelle magicien un petit peu tout et n'importe quoi, c'est un praticien rituel, mais un praticien rituel privé, comment ce praticien rituel utilise précisément ces systèmes de correspondance dont Druon parlait tout à l'heure, pour construire des rituels qui sont censés avoir une action sur le monde. Et ce sont des constructions qui sont parfaitement rationnelles. Je pense qu'il est important de noter que pour l'Antiquité, La divination n'est pas du tout une pratique de Madame Irma. La divination est un moyen de gouverner le monde, de maîtriser le monde, de se rassurer avec le monde, et c'est une manière de gérer le risque. L'avenir, c'est un risque, et on travaille beaucoup sur les théories du risque actuellement. La divination faisait partie de la façon dont on
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pouvait gérer le risque. en tout cas dans l'antiquité. Et puis merci à vous également Jean-Patrice Boudet. Astrologie et politique entre Moyen-Âge et Renaissance. Voilà de quoi faire un long panorama de l'histoire, de la réflexion sur l'avenir, le pourquoi, le pourquoi pas, de l'Antiquité jusqu'à la Renaissance. Merci beaucoup à vous deux. Et l'avenir maintenant nous conduit jusqu'à Anna
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Eskien et son journal de l'histoire. Bonjour
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Anaïs Kien. Bonjour Xavier, bonjour à toutes et tous. Aujourd'hui dans
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le journal de l'histoire, le droit à la montagne. Avec l'interdiction de skier et la fermeture des pentes du Népal pendant les vacances de fin d'année, un droit naturel à la montagne s'est formulé parmi ceux qui déjouaient les frontières pour se livrer quoi qu'il en coûte aux joies de ce sport en voie de disparition. Ce goût des auteurs s'exprime dès le Moyen-Âge dans le témoignage de Pétrarch qui décrit les péripéties de son ascension du Mont Ventoux et son expérience introspective à cette occasion en 1336. L'extase des sommets était devenu un objet onirique et leur ascension se voyait anoblie par le poète. Grimper vers le ciel permettait de se livrer à une salutaire quête de soi-même. Le plaisir de la glisse n'est pas encore là, d'ailleurs Saussure, qui parvient au sommet du Mont Blanc en 1786, se livre à cet exploit sous des prétextes de recherche scientifique. La date inaugurale de l'invention de l'alpinisme ne se présente ni comme un sport ni comme un loisir, mais constitue malgré tout un exploit dont on peut s'enorgueillir sans modération. On pourrait facilement réduire l'alpinisme et ses sports apparentés à un divertissement bourgeois et occidental, mais on se tromperait. Le goût des sommets froids fait rapidement l'unanimité à l'échelle du monde. Delphine Froment, doctorante en histoire, raconte comment la haute montagne devient le terrain de jeu de l'Europe bourgeoise. Les savants, amateurs de sensations fortes, partent en expédition aux quatre coins du monde, bardés de leurs instruments de mesure, et avides de s'inscrire au registre des premières fois, embarquant avec eux les cultures autochtones de la montagne. L'alpinisme européen, importé et enrichi, est adapté par chaque population qui la côtoie. Mais avant l'épidémie qui nous cloître, les ébats humains sur les cimes étaient déjà menacés. Les hivers enneigés se faisant rares, une lutte acharnée pour saupoudrer de manière artificielle les paysages de cette denrée rare a commencé à notre époque pour lutter
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la disparition des sports d'hiver, goinfres en poudreuse. Parce que l'alpinisme était devenu mondial au XIXe siècle, on ne pouvait pas y renoncer sans lutter contre un changement climatique qui annonçait sa fin. Dès le début du XXe siècle, on monte toujours plus haut pour implanter des stations de ski dédiées au tourisme avec comme seule limite le ciel et bientôt la puissance des canons à neige. Si l'enneigement grippe la machine touristique de la Haute-Montagne dès les années 60, la lutte continue depuis pour convoquer la neige malgré elle. Mais tous les experts de l'enneigement artificiel n'avaient pas prévu la fermeture sanitaire des remontes-pentes pour éviter les traditionnels queues de skieurs et de skieuses en doudounes qui se pressent devant leurs portes automatiques dans un joyeux mélange d'haleines embuées. La montagne n'est cependant pas pour autant interdite. Si l'on peut mettre les tire-fesses à l'arrêt, difficile de désarmer
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les chaussures de randonnée pour égayer les hivers incertains. C'était le cours de l'histoire sur France Culture, une émission réalisée par Milena Elig avec aujourd'hui à la technique Ludovic Ogier. Une émission préparée par Valentin Lovrins, Odile Jouesel, Antoscan Vudes et Marion Dupont. La programmation est assurée par Maïwenn Guizhou. Cette émission et toutes les précédentes à écouter ou à podcaster sur notre site franceculture.fr et sur l'application Radio France. Demain, nous poursuivons notre réflexion. Comment les hommes du passé voyaient-ils leur propre futur? Oui, demain, gratte-ciel
France Culture – 5 janvier 2021
Host: Xavier Mauduit
Guests:
Cet épisode explore la façon dont les sociétés antiques et médiévales percevaient leur avenir à travers la divination, l’astrologie, et la cartomancie. Il met en lumière les pratiques, le rôle social et politique de ces arts, la transition de la divination païenne vers les mondes chrétiens et islamiques, et le statut de l’astrologie de l’Antiquité à la Renaissance.
« Avant toute action publique... on va demander au Dieu s’il donne le rassentiment à l’action qui va être faite... » (Nicole Bélaïch, 01:47)
« La divination à l’époque médiévale... est une usurpation de l’honneur divin... » (Jean-Patrice Boudet, 04:24)
« On n’engage aucune action tant qu’on n’est pas certain que les dieux sont favorables... C’est vraiment partie du système religieux romain et du système politique romain... » (Nicole Bélaïch, 07:52)
« C’est à la fois un système contraignant... mais en même temps c’est un système qui leur permet de récupérer la mainmise sur leur destin. » (Nicole Bélaïch, 20:28)
« La manipulation des signes est toujours une possibilité, puisque le discours qu’on tire des signes est en fait un discours humain. » (Nicole Bélaïch, 13:40)
« Il était consulté dans l’Europe entière... mais il avait un rôle simplement, si j’ose dire, de consultant, de très haut niveau médiatique... » (Jean-Patrice Boudet, 38:23)
Basculer dans l’irrationnel
L’astrologie commence à perdre son statut « scientifique » après la révolution scientifique du XVIIe siècle (Newton, Copernic), mais elle reste pratiquée sous d’autres formes (42:45).
Astrologie et réseaux de correspondances universelles
Cité de Maurice Druon (41:11) sur la vision de l’astrologie comme système de correspondance entre tous les éléments de l’univers.
« L’astrologie est un des systèmes que les anciens avaient de déterminer ses relations, ses correspondances entre des choses qui apparemment n’en ont pas… » (Maurice Druon, 41:11)
Gestion rationnelle du risque
La divination n’était pas irrationnelle : dans le monde antique et médiéval, elle représentait une manière rationnelle de gérer le risque et d’agir dans l’incertitude (45:13).
« L’avenir, c’est un risque, et on travaille beaucoup sur les théories du risque actuellement. La divination faisait partie de la façon dont on pouvait gérer le risque. » (Nicole Bélaïch, 47:01)
(01:47) Nicole Bélaïch :
« La divination à Rome, c’est surtout un moyen de s’assurer de la qualité du présent. »
(04:24) Jean-Patrice Boudet :
« À l’époque médiévale, la divination… est normalement interdite. »
(13:40) Nicole Bélaïch :
« La manipulation des signes est toujours une possibilité, puisque le discours qu’on tire des signes est un discours humain. »
(20:28) Nicole Bélaïch :
« On peut dire que tout système divinatoire est de toute façon un système qui a pour objet de rassurer les hommes et de légitimer leur action. »
(26:25) Jean-Patrice Boudet :
« L’homme sage domine les astres. »
(35:23) Nicole Bélaïch :
« Tous les empereurs ont leurs astrologues à leur côté. »
(38:23) Jean-Patrice Boudet :
« Nostradamus était... consultant de très haut niveau médiatique, mais pas d’ailleurs de très haut niveau technique, les deux choses étant souvent incompatibles. »
(41:11) Maurice Druon :
« L’astrologie est un des systèmes que les anciens avaient de déterminer ses relations, ses correspondances entre des choses qui apparemment n’en ont pas. »
(47:01) Nicole Bélaïch :
« La divination est un moyen de gouverner le monde, de maîtriser le monde, de se rassurer avec le monde, et c’est une manière de gérer le risque. »
L’épisode montre que la divination, loin d’être une superstition irrationnelle, constituait un système cohérent et pragmatique d’aide à la décision et de gestion du risque dans l’Antiquité et le Moyen-Âge. Décrite comme un outil de validation, de prise de décision, de légitimation du pouvoir et d’organisation sociale, elle évolue en s’adaptant aux changements religieux et culturels, notamment en s’intégrant aux savoirs « rationnels » jusqu’à sa marginalisation progressive à l’âge classique.
Pour aller plus loin :
Ouvrages cités :