
Louis XIV, quand la diplomatie française donne des coups de Soleil
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Narrator
La diplomatie
Interviewer (Thomas Beaux)
de Louis XIV au service de la puissance française avec le roi soleil. N'allons pas imaginer des diplomates en train de se goinfrer de chocolat aux réceptions de l'ambassadeur. Ici, tout est espion, coup bas, secret, réseau de surveillance et pourquoi pas enlèvement, voire emprisonnement. Louis XIV, quand la diplomatie française donne des coups, des coups de soleil bien sûr.
Lucien Bély (Historian)
En mourant, Richelieu a recommandé le cardinal Mazarin à Louis XIII.
Historical Reader / Narrator
La nouvelle régente, Anne d'Autriche, garde à
Lucien Bély (Historian)
son service ce diplomate italien, brillant et rugé.
Historical Reader / Narrator
Cela pourrait commencer comme un conte de fées par la vertu abracadabra. de ce document vieux de trois siècles, le traité des Pyrénées.
Lucien Bély (Historian)
Westphalie, c'est un immense congrès de paix qui va rassembler des représentants de l'ensemble des grandes puissances et des plus petites du temps. Le village de Outkerk, en Flandre française,
Interviewer (Thomas Beaux)
et juste de l'autre côté de la
Lucien Bély (Historian)
frontière, le village de Aringe, en Flandre belge.
Interviewer (Thomas Beaux)
Cette frontière existe donc depuis 1713.
Historical Reader / Narrator
Et à partir de ce moment-là, la paix régna entre les deux royaumes.
Narrator
Le cours de l'histoire.
Interviewer (Thomas Beaux)
Lucien Belli, bonjour.
Lucien Bély (Historian)
Bonjour.
Interviewer (Thomas Beaux)
Vous êtes professeur émérite à Sorbonne Université, membre de l'Institut de France, l'académie des sciences morales et politiques. Avec cette réflexion qu'on doit avoir autour de la diplomatie de Louis XIV, elle me semble brutale. Ai-je raison?
Lucien Bély (Historian)
Indéniablement, c'est une diplomatie au service de la puissance et d'un grand projet politique. C'est une diplomatie qui s'inscrit dans la longue durée et il faut rappeler que Louis XIV vient après Louis XIII et la politique de Richelieu, la politique d'Anne d'Autriche et de Mazarin. Donc c'est une politique qui s'efforce d'avoir eu une certaine cohérence et qui emploie de grandes armées, une marine de guerre qui est qui a besoin aussi d'un dialogue politique. Et la diplomatie, pourrait-on dire, c'est ce dialogue politique avec les autres pays européens.
Interviewer (Thomas Beaux)
Nous utilisons ce mot aujourd'hui, de diplomatie. Est-ce qu'il a un sens au temps de Louis XIV?
Lucien Bély (Historian)
Le mot n'existe pas dans le sens actuel. Diplomatie, diplomate, c'est un mot qui s'imposera à la fin du XVIIIe siècle. Plutôt d'ailleurs, au début, dans un sens péjoratif, mais finalement c'est un mot qui s'imposera dans la plupart des langues européennes. Au temps de Louis XIV, on parlerait de de négociateurs, d'ambassadeurs. Et on voit bien que ce sont déjà deux fonctions importantes, la négociation et puis la représentation s'ajoutent à cela. L'information, ce sont un peu les trois notions sur lesquelles je m'appuie, ce triptyque représentation, information, négociation. Et cette diplomatie accompagne une action d'un état qui est assez cohérent à la monarchie française dans une période de guerre. Il faut bien voir que le XVIIe siècle est une période de guerre, il faut avoir toujours ça en tête, c'est une période de crise. Aujourd'hui on dit que c'est une crise climatique, pourquoi pas, le petit H glaciaire. Donc la guerre s'inscrit dans un contexte plus général et ce n'est pas un hasard André Corvizier disait qu'il y avait eu une seule année sans guerre en Europe au XVIIe siècle. C'est effrayant. Puisqu'il y a la guerre, il faut aussi accompagner la guerre, la préparer. La diplomatie n'est pas forcément quelque chose de doux. Il faut aussi préparer la guerre, trouver des alliances. Il faut accompagner la guerre, puis après il faut trouver des solutions après une guerre. Donc c'est un peu cette action qui porte aujourd'hui le nom de diplomatie. Mais à ce moment-là, on n'avait pas eu vraiment cette conscience d'un domaine spécifique, d'une carrière même spécifique. C'était souvent d'ailleurs des des soldats, des généraux ou des colonels qui eux-mêmes négociaient des maréchaux de France qu'on négociait donc il y avait une sorte de passage naturel de la guerre à la paix et ça faisait partie un peu de de l'image du temps. Quand on voit Louis XIV on l'imagine avec sa perruque et ses tenues et ses dentelles mais il a suivi des campagnes, c'est un état fortement militaire, la cour est composée de grands seigneurs qui ont souvent des fonctions militaires. J'aime à souligner que le roi va à la messe en permanence avec des capitaines des gardes qui sont en même temps des maréchaux de France. C'est-à-dire que les gens qui sont les plus proches de lui, presque en permanence, ce sont des hommes qui ont dirigé de grandes armées, qui ont un langage de soldat, que la chose militaire intéresse. Donc, il y a une réalité militaire que l'on oublie un peu trop, ou que l'on a voulu faire oublier, justement, Versailles, c'est un peu l'aspect doré d'une réalité. Et si on a pu faire Versailles, c'est aussi parce que les Français ont accepté de donner beaucoup d'argent, beaucoup d'argent pour les armées, et à partir de Richelieu, d'Anne d'Autriche, et surtout de Mazarin et de Louis XIV, on a appris à en prendre un gros pourcentage pour la culture, dirions-nous aujourd'hui, c'est-à-dire pour les bâtiments.
Interviewer (Thomas Beaux)
C'est ce rayonnement qu'on évoque souvent en parlant de Louis XIV, avec cette brutalité de la diplomatie qu'on évoquait. Et puis ce lieu Versailles, cette concentration Lucien Belli, puisque vous en parlez, il y a cette proximité à Versailles de tout type d'individus, mais qui parfois, de leur existence même, connaissent différents champs de la société, que ce soit militaire, que ce soit les réseaux familiaux. La diplomatie, ça se fait aussi dans les couloirs, au sens où la diplomatie, c'est de la discussion. Tout le monde est proche et on discute très facilement.
Lucien Bély (Historian)
Je pense qu'en effet, il y a probablement, à partir du XVIe siècle et encore plus au XVIIe siècle, un certain langage de cour et que l'on retrouve un peu dans toute l'Europe. Finalement, qui nomme-t-on pour être ambassadeur? On nomme un duc. Saint-Simon a raconté qu'on avait pensé le nommer à Rome. Et Louis XIV avait pris un almana et avait énuméré les ducs et s'était arrêté à son nom en disant il est jeune mais il est bon. C'est-à-dire qu'il ne le connaissait pas mais il fallait être duc pour être ambassadeur à Rome, il ne l'a pas été finalement. Et d'ailleurs Louis XIV avait dit, les ministres avaient dit, probablement parce qu'on se méfiait de lui, il faut que sa femme soit toujours là. au bout de la table, lorsqu'il rédigera les dépêches. C'est-à-dire qu'on faisait plus confiance à Madame de Saint-Simon qu'à Saint-Simon lui-même. Donc, vous voyez, c'est un peu un choix social. C'est-à-dire qu'il faut une personnalité qui a un peu le ton de la cour. Et finalement on retrouve ce milieu dans la plupart des pays européens, de grandes cours aux petites cours. Petites cours italiennes, petites cours allemandes, et c'est probablement pour la diplomatie assez utile parce que ça permet d'avoir un langage commun, disons. C'est là des gens qui ont un peu les mêmes formations, ce ne sont pas des intellectuels, ce ne sont pas des savants, ce ne sont pas des saints, mais Ils ont une culture nobilière qui le retrouve. Ils vont à la chasse, ils parlent de chasse et puis ils parlent de guerre parce qu'ils ont presque tous fait un peu la guerre. Ils parlent carrosse, ils parlent vêtements et c'est un peu cette culture commune qui a été finalement une sorte de ciment de la diplomatie. Alors on peut en rire ou on peut en... Le déplorer, mais c'est utile d'avoir un langage commun et ça ne cessera de s'approfondir. Ça ne veut pas dire que ce ne soient pas des hommes durs et que finalement ils soient tenus. parler haut et fort. J'aime beaucoup utiliser cette formulation parce que les diplomates de Louis XIV, à mon avis, ont parlé haut et fort. On parle fort parce qu'on a derrière soi des menaces. Une armée, une marine, une présence politique, une cohérence politique et une certaine mobilisation de la population.
Interviewer (Thomas Beaux)
Et puis un roi qui est derrière ces diplomates au sens ou pour parler haut et fort, il faut avoir la certitude que le souverain est bien d'accord pour qu'on le fasse.
Lucien Bély (Historian)
Il y a indéniablement, avec Louis XIV, une présence aux choses. Il est capable de suivre les dossiers. Je ne dis pas qu'il connaisse tout, ce n'est pas du tout, là encore, un superman de la diplomatie, mais il a eu une attention à ces choses-là tout au long d'une très longue vie. Il est capable de suivre les affaires internationales. Lui-même s'appuie et délègue en grande partie. Il y a un secrétaire d'État qui qui a la charge de la correspondance avec les différents ambassadeurs, il y a des comiques qui réfléchissent, qui écrivent des textes. Donc c'est aussi tout un travail d'élaboration de la décision, mais à un moment c'est lui qui tranche. On lui propose de faire une guerre contre la Hollande, c'est bien lui qui l'a décidé à la fin des fins. C'était pas si évident, il n'y avait pas de frontière avec la Hollande, il n'y avait pas de contentieux direct avec la Hollande. on s'est lancé dans une grande guerre contre la Hollande, qui a été difficile en réalité. Donc, on voit bien que dans ce domaine-là, comme aujourd'hui dans la République, c'est vraiment une prérogative de la tête de l'État, en quelque sorte. Et il a eu le soin de suivre ses affaires. Et pensons qu'il a été formé par un diplomate. Nous entendions tout à l'heure l'évocation de Mazarin. Mazarin, qui est-il? C'est un italien qui a mené une carrière diplomatique, qui a eu la capacité de régler deux grandes paix, ce qui n'est pas si évident, deux grandes paix européennes, la paix de Westphalie, la paix des Pyrénées. Et il a été formé dans ce langage politique. nous disons diplomate, mais c'est un langage politique, c'est de dire la France veut parler au nom de la France, avoir une conduite de la France dans un contexte européen complexe et faire des choix et ça indéniablement il a su le faire. Je suis très frappé, moi j'ai plutôt étudié la fin du règne, de voir combien ce roi qui était âgé, qui n'était pas forcément en bonne santé, qui avait la larme facile, et bien à la fin du règne il a quand même imposer une ligne politique. Les ministres, on connaît bien les débats, les ministres étaient plutôt favorables à des négociations à tout prix, vous voyez, céder, on aurait cédé beaucoup de choses, peut-être Strasbourg, finalement, pour le salut d'un pays, pour éviter l'invasion, on était prêt à tout. D'une certaine manière, il a renaclé, il a résisté, il n'a pas abandonné son petit-fils. Vous voyez, c'est ça aussi la personnalité politique.
Interviewer (Thomas Beaux)
Oui, parce que Louis XIV ne sait de rien dès qu'il s'agit du rayonnement de la France.
Narrator / Historical Context Voice
Pascal dans la philosophie, Saint-Simon dans l'histoire, c'est aussi Poussin, Le Lorrain, Lebrun, Le Nôtre, Perrault, Mansart dans les arts. Commémorer Louis XIV, c'est aussi commémorer la trinité puissante et bienfaisante de Colbert, Louvois et Vauban. C'est célébrer enfin le prestige et le rayonnement de la France, s'étendant sur le monde entier, tels les rayons ardents du soleil.
Interviewer (Thomas Beaux)
Évocation de Louis XIV en 1938, à l'occasion du tricentenaire de la naissance de Louis XIV, avec Lucien Bély, tout ce qui a été évoqué ici et qui va de pair. La culture, c'est une chose, ce rayonnement-là, la puissance, c'en est une autre, avec les armées et la diplomatie aussi. On ne peut pas séparer tous ces éléments et vous l'avez dit avec justesse, la diplomatie ne se comprend qu'en lien avec la guerre au XVIIe siècle, mais aujourd'hui encore.
Lucien Bély (Historian)
Oui, et la diplomatie est multiforme. Ce sont des hommes qui se trouvent à l'étranger, qui parlent au nom de la France, et indéniablement, leur tâche est souvent variée. Au début du règne, Louis XIV, quand il prend le pouvoir, comme on dit en 1661, à la mort de Mazarin, est dans une situation de paix, et on le soulignera, c'est assez exceptionnel, et il a écrit, ou on lui a fait dire dans les mémoires qui ont été rédigées en son nom, qu'il... qu'il pouvait montrer sa puissance, qu'il pouvait se révéler en quelque sorte. Tout dépendait de lui. Or, quand on regarde les choses, il a un peu attendu avant de faire la guerre. C'est-à-dire qu'on a préparé la France à la guerre. En particulier, Colbert, que l'on évoquait, a mis en place une marine de guerre, ce qui n'était pas évident. Ça coûte cher un bateau, on sait bien. Parce qu'écoute, aujourd'hui, un porte-avions, imaginez, sans bateau de guerre, c'était un gros effort de la France. Et c'était un pari, c'est-à-dire que la France avait été capable de desserrer un peu l'étreinte de la maison d'Autriche, de repousser les frontières au nord avec l'Artois, au sud avec le Roussillon, donc la France était capable d'avoir des armées qui avait remporté de grands succès. Sur Mer, c'était un défi beaucoup plus grand. Et on voit bien qu'il y avait là-derrière aussi probablement un dessin économique, de présence dans le monde, avec la compagnie des Indes, imité un peu l'Angleterre et la Hollande, qui avaient réussi à créer des compagnies puissantes, faire du commerce, en Asie en particulier. Il fallait appuyer cet effort. La France n'avait pas l'Amérique. L'Espagne avait l'Amérique. La France n'avait pas l'Amérique. Elle s'installait à peine au Canada. Et le Canada, il n'y avait pas d'argent qui arrivait. Donc il y a eu certainement cette idée d'une grande expansion, d'un développement. Encore dans un contexte de crise, il s'agissait de trouver de nouvelles... de nouvelles ressources pour que les gens ne meurent pas de faim. Et il y a vraiment, je pense, dans ces perspectives politiques, diplomatiques, il faut toujours avoir en tête les conditions sociales d'une société. Et indéniablement, La guerre, c'est aussi un moyen de stimuler la production. Quand on pense que l'on va créer ces grands arsenaux à Toulon, à Brest, au Rochefort, une armée ça coûte très cher, mais également ça consomme beaucoup. Il faut l'alimenter, il faut faire des canons, il faut faire des fusils. On a créé aussi le port de l'Orient pour la... pour la Compagnie des Indes et progressivement, à mesure qu'il y aura des conquêtes, on va lancer de grands travaux de réaménagement des forteresses. Ce sont des chantiers considérables. Ça emploie des ouvriers, des fabricants de briques, des architectes. Vauban va mettre en place ce grand réaménagement du territoire. Et indéniablement, c'est une façon aussi de donner une certaine force à l'économie française. Pensez également qu'il faut occuper la noblesse. Je disais allusion tout à l'heure. Cette noblesse, elle... on l'a vu grâce aux travaux récents, elle paye pour faire la guerre, contrairement à ce qu'on peut penser. Elle avance de l'argent. Il faut aussi qu'elle en retire des honneurs, des pensions, des titres. Et sinon, elle fera de la politique. Elle montrera des cabales, des conspirations. Elle ne sera pas contente. Et on voit bien qu'il y a... L'ordre social se nourrit aussi de la guerre. Et il y a un dernier aspect qui est plus difficile à mesurer. C'est une forme de, entre guillemets, de patriotisme. Alors, bien sûr, les gens ont payé depuis le temps de Richelieu. Ils se sont beaucoup révoltés au temps de Richelieu. Ça n'a pas débouché sur une révolte sociale générale. Et ils ont appris, finalement, à payer beaucoup d'argent. Et puis, on va ajouter quelques impôts, progressivement étendre, finalement, le champ de l'impôt. Et c'est aussi faire accepter par la population, 20 millions de français doivent accepter la guerre. Alors c'est une question qui a été un peu évacuée. Ils l'ont accepté et on voit bien les grands opposants à Louis XIV, des réformés, des français Huguenots réfugiés à l'étranger, se moquent, disent ces paysans français qui se réjouissent des victoires du roi. Ils sont bons pour la tyrannie finalement. Ils ne méritent que ce qu'ils sont. Donc il y a eu finalement, me semble-t-il, un appui relatif. Les révoltes ont existé, mais elles ont certainement étaient ponctuelles, moins notables que dans la première partie du XVIIe siècle. Donc il faut bien considérer que les populations non seulement acceptent de payer, mais probablement se réjouissent de ces victoires et sont enveloppées dans un discours de propagande. Il suffit de se promener à Versailles. Je me souviens avoir visité Versailles avec un groupe Erasmus il y a longtemps et une de mes collègues énumérait finalement toutes ces peintures de la Galerie des Glaces. Pour ce que moi on a entendu une voix avec un peu de léger accent allemand dire mais c'est insupportable. C'est vrai que c'est un discours de propagande, de surenchère, la France est grande, le roi est grand, il est parfait, il a la vigilance, il est mieux que les empereurs romains et il gouverne en plus ce pays. Donc c'est une sorte de surenchère de mots et indéniablement ça a servi à à appuyer, à stimuler cet appui des populations, car on a besoin d'elles.
Interviewer (Thomas Beaux)
Et puis avec, dans la diplomatie, un grand souci porté aussi, je reprends votre mot, une sorte de patriotisme en tout cas, sur la place de la France. Et ça, les tensions nous révèlent ici combien Louis XIV est soucieux de la place de ses diplomates Hors de France, il faut les respecter.
Lucien Bély (Historian)
Oui, alors c'est intéressant, justement, cette période qui précède les grandes guerres offensives. Pour bien montrer que la France était toujours là, même si on était en temps de paix, on a utilisé ce que l'on appelle des incidents diplomatiques. C'est-à-dire qu'on prend un accident, en réalité, et on le, parfois même il est préparé, et on en fait un événement politique. Et à deux reprises, pour un incident à Londres et un incident à Rome. Louis XIV va demander des excuses solennelles. L'ambassadeur d'Espagne va présenter ses excuses. Le pape va envoyer un légat qui sera reçu à Fontainebleau. Nous avons une magnifique tapisserie représentant Cette lecture, le légard, qui est le neveu du pape, lit une lettre d'excuse. C'est à la fois une humiliation, il y a ce discours de l'humiliation qui va marquer le temps de Louis XIV. Et il continuera, lorsque Gênes sera bombardé, on obligera le doge de Gênes, qui normalement n'a pas le droit, donc le chef de l'état gênois, qui n'a pas le droit de quitter son territoire, on l'obligera à venir en France. Et là encore, nous avons une très belle représentation de la Galerie des Glaces avec le mobilier d'argent et le Doge et la délégation s'inclinent devant Louis XIV. C'est vraiment une politique d'humiliation, blessure symbolique d'un État voisin. Ce n'est pas la guerre, mais c'est une façon de marquer la différence par des symboles. On peut retrouver ça dans la longue histoire, dans la longue durée. C'est un langage qui parle. Alors, qui connaissait ça? Jusqu'où les populations étaient-elles au courant? Mais néanmoins, indéniablement, cela jouait un rôle important dans l'affirmation diplomatique française. Et parallèlement, on bombardait aussi assez volontiers des villes, non pas forcément pour les prendre, Mais pour rappeler que la puissance française pouvait être dangereuse, et on le voit bien, j'ai souvent circulé dans les pays voisins, et la plupart des pays voisins ont des lieux de mémoire qui ne sont pas agréables pour les Français. Les Français ne s'imaginent pas cela quand ils parlent de Louis XIV, mais sur la grande place de Bruxelles, on dit que tout ça a été détruit par Louis XIV. Nous avons reconstruit cela après. A Liège, on vous dit que c'était très bien, mais c'est détruit. Et à Heidelberg, on laisse une grande tour ruinée pour bien rappeler ce qu'a été la sauvragerie des Français. Donc, là encore, on ne tuait pas forcément des gens, mais on tuait des bâtiments, on détruisait des bâtiments pour bien marquer la puissance française. Et finalement, un ambassadeur qui arrive avec ses carrosses, avec sa suite, C'est aussi une forme d'intimidation qui surveille, qu'on lui rende bien tous les honneurs. C'est une forme d'intimidation, pas toujours, mais c'est un rappel que le roi de France a des moyens et que ses sujets ambassadeurs ont aussi une sorte de panache qu'il ne faut pas oublier.
Interviewer (Thomas Beaux)
Oui, parce que Lucien Belly, quand on regarde problème de protocole dans une autre ville européenne, que ce soit à Rome ou à Londres, un problème de protocole. C'est le carrosse de l'un qui est passé devant le carrosse de l'ambassadeur de France et que ça oblige à présenter des excuses. Ce n'est pas de la diplomatie ici, j'ai envie de dire, pour apaiser. C'est vraiment de la diplomatie pour taper sur les doigts.
Lucien Bély (Historian)
D'ailleurs, on utilisait le mot incidenté qui a disparu de la langue française. C'est intéressant, c'est la volonté de créer des incidents. Et indéniablement, c'est une façon de marquer la puissance sans utiliser tout de suite la guerre, rappeler un peu l'ordre des choses, l'ordre des puissances, et de frapper les imaginations. Alors, quand on dit que ce sont des incidents... J'ajoute une petite note, c'est que souvent, malheureusement, il y avait quand même des morts. Il y avait parfois quelques domestiques qui perdaient la vie à cette occasion-là. Donc ça, c'était un peu considéré comme des pertes peu importantes, mais néanmoins, il y avait une violence, une violence qui n'était pas la violence de la guerre, mais qui était une violence symbolique importante.
Interviewer (Thomas Beaux)
Voilà, des domestiques et des chevaux aussi quand on est au-dessus des chevaux du cortège de l'Omissaire d'or de France avec ici Lucien Belli, la parole laissée au roi lui-même. Enfin, est-ce vraiment le roi?
Narrator
Ce succès se peut sans doute appeler heureux puisque j'ai obtenu ce que mes prédécesseurs n'avaient même pas espéré. Obligeant les Espagnols non seulement à ne plus prétendre à la concurrence mais même à déclarer si solennellement et par un acte si authentique qu'il ne le prétendrait plus. Et je ne sais si depuis le commencement de la monarchie, il ne s'est rien passé de plus glorieux pour elle. Car les rois et les souverains que nos ancêtres ont vus quelquefois à leurs pieds, tous leur rendre hommage, n'y étaient pas comme souverains et comme rois, mais comme seigneurs de quelque principauté moindre, qu'ils tenaient en fief et à laquelle ils pouvaient renoncer. Ici, c'est une espèce d'hommage véritablement d'une autre sorte, mais de roi à roi, de couronne à couronne, qui ne laisse plus douter à nos ennemis même que la nôtre ne soit la première de toute la chrétienté.
Interviewer (Thomas Beaux)
Mémoire de Louis XIV pour l'instruction du Dauphin, une lecture de Raphaël Laloume dans le cours de l'Histoire sur France Culture avec Lucien Belly, l'auteur de ces mémoires, Louis XIV lui-même.
Lucien Bély (Historian)
C'est très douteux, mais indéniablement, c'est des hommes de son entourage qui, en plusieurs étapes, ont rédigé ce texte très beau, indéniablement, qui a de l'allure, et qui est parfois assez intime. Donc je pense qu'au moins Louis XIV a laissé parler ses secrétaires. Ce qui est étonnant, c'est qu'il a voulu le détruire à la fin de sa vie. Quand on voit l'exemplaire à la Bibliothèque nationale, il y a sur la page intérieure, une note. Le roi a voulu brûler ses papiers et c'est le neveu de Madame de Maintenon qui a demandé qu'on sauve ce texte. Et bien sûr, il s'en est targué. C'est le maréchal duc de Norail et c'est un document très étonnant. Et on voit bien d'ailleurs ce langage qui est un langage C'est un peu l'ami de Racine, c'est un peu le langage de Racine. Les pièces de Racine, ce sont des affaires de prince, ce sont tous des rois ou des empereurs. Donc on voit bien que c'est un peu un langage net. de grandeur. C'est-à-dire qu'on ne sait de rien. Et en même temps, c'est un texte qui révèle bien le système qu'on appelle Westphalien de roi à roi. C'est-à-dire qu'on est arrivé à un monde où il n'y a pas d'autorité supérieure. Il y a un empereur, mais c'est plutôt dans la zone allemande. Le pape n'impose pas son autorité au monde chrétien, puisqu'il y a tout un ensemble de pays protestants. Une grande partie de l'Europe est sous la coupe des Turcs musulmans. Donc là, c'est un monde de l'Ouest et du centre de l'Europe où l'on est arrivé à un groupe, une grappe de rois qui ont tous la même souveraineté, qui sont indépendants, qui ne reçoivent d'ordre de personne sinon de Dieu. Et en même temps, donc c'est un peu le système actuel, le système qu'on appelle Westphalien, c'est-à-dire des États souverains. Et ils ne sont pas tous égaux en force. Le roi de Portugal n'est pas forcément Un roi avec une grande puissance, pourtant il est bien présent, le roi de Danemark. Mais en même temps, il y a une gradation. C'est-à-dire que c'est une hiérarchie, parce que c'est un monde hiérarchisé. Comme le ciel, comme l'univers céleste est hiérarchisé, tout le monde... société, je parlais de société des princes, cette société hiérarchisée. Et on voit bien une sorte de concurrence, une sorte d'émulation. Et l'Europe vit en particulier de ces conflits entre Espagne et France depuis le XVIe siècle. Et là, dans les années 60, Louis XIV, à tort, considère qu'il est passé au premier rang des rois, mais derrière l'empereur. L'empereur a quand même une précédence. Et puis il y a aussi les empereurs du monde entier. On oublie, on donne l'impression parfois que l'Europe domine le monde, mais ce n'est pas le cas. Les grands empires, ils sont ailleurs. C'est l'empire de Chine, c'est le grand moghol en Inde, c'est le roi de Perse, c'est le chat de Perse. Donc, dans l'Europe, il y a une hiérarchie et le plus grand roi du monde, finalement, C'est Louis XIV, le reste sont des empereurs bien lointains. Et il y a bien eu ce moment étonnant d'affirmation. Alors, ce n'est pas le roi du monde. On s'est trompé en disant le roi du monde parce qu'il n'a pas cette prétention-là. Mais c'est le plus grand. Il est le meilleur de la classe. Il a le prix d'excellence dans la petite classe des princes. Et c'est une satisfaction que son immodestie, enfin c'est un texte très immodeste, qui montre bien qu'il y a une affirmation de puissance et qui a eu des aspects très différents finalement au cours du règne. Cette affirmation des années 60 aboutit à ces guerres offensives finalement, les deux premières guerres qui ont des buts très précis finalement de repousser la frontière du Nord et ça sera relativement un succès, de sanctuariser le territoire français, ce qui sera relativement un succès, puisqu'au XVIIIe siècle, il n'y aura plus d'incursions étrangères en terre française. Ce n'est pas rien. On a connu encore au XXe siècle la présence de forces voisine, dans une grande partie du territoire. Donc, c'est un relatif succès, mais qui va aboutir, en réalité, à une fin de règne assez terrible, puisque cette affirmation de la France va mobiliser l'Europe. Et, d'une certaine manière, il y a encore, vis-à-vis de Louis XIV, tout un autre discours que celui que je tiens aujourd'hui. Si l'on faisait l'émission en Angleterre, ça ne serait pas le même discours. Il y aura un ton différent, d'une certaine manière, Heureusement que les anglais étaient là pour résister à cette monarchie qui voulait dominer le continent et qui n'était pas très libérale ni très ouverte aux idées religieuses et qui ne laissait pas forcément les gens s'exprimaient facilement, donc il y aurait toute une autre vision à défendre, que ce soit en Hollande ou aujourd'hui, vous voyez, à La Haye ou à Londres, je ne pourrais pas dire ce que je dis là, parce qu'eux, au contraire, diraient que nous avons réussi par des coalitions importantes et par des guerres très longues à contenir ce flot. et finalement a marqué des bornes à cette puissance.
Interviewer (Thomas Beaux)
Avec ici ce regard différent, porté selon la manière de raconter l'histoire, pas tellement l'histoire mais selon le vécu des différentes nations, et puis la manière différente, Lucien Bély, mais vous le faites de manière automatique, selon les différents moments du règne. 72 ans pour Louis XIV, 72 ans c'est non, on ne règne pas de la même manière. Quand on parle de ce système Westphalien, c'est en écho au traité de Westphalie, celui de 1648, Louis XIV a 10 ans. C'est un gamin.
Lucien Bély (Historian)
C'est une première étape. Alors, bien sûr, c'est un enfant. Il est incapable de suivre cela. C'est le cardinal Mazarin qui a poursuivi la politique de Richelieu pour finalement arriver à une sorte de stabilisation de l'Europe. L'Europe vivait dans un Dans une grande confrontation depuis le XVIe siècle, la France s'était bien tirée de la guerre de Cent Ans, avait eu déjà des volontés de conquête en Italie et progressivement s'est construit cet ensemble autour de la maison d'Autriche, c'est-à-dire d'un côté la monarchie espagnole qui était présente en Espagne, qui avait également l'Amérique, donc elle s'appuyait sur toutes les arrivées d'argent de l'Amérique, donc c'était une puissance forte grâce à ce métal précieux, et qui avait pu s'étendre sur l'Italie, en Franche-Comté, puis bien sûr au nord, l'actuel Belgique, le Luxembourg, Donc la France était contenue déjà par cette monarchie. Cette monarchie espagnole s'appuyait sur l'autre branche des Habsbourg à Vienne, c'est-à-dire l'Autriche, une partie de la Hongrie, la Bohème, c'est-à-dire la Tchéquie, et en plus elle avait ce titre d'empereur qui permettait d'avoir une autorité sur l'Allemagne actuelle, une partie de l'Italie du Nord. Et puis, il y avait la partie turque, il faut bien le dire, une grande partie de l'Europe était sous la domination des turcs, donc ils étaient considérés comme l'ennemi commun de la chrétienté, mais ils étaient bien présents et on faisait des affaires avec eux aussi, il n'y avait quand même pas une guerre permanente avec les turcs. Donc finalement, il y avait trois grands massifs. Le feu a pris au début du XVIIe siècle et a embrasé tout ce monde-là. Ça a été très dur, c'est la guerre de 30 ans, dite de 30 ans. Et finalement, 1618-1648, c'est une première stabilisation. Disons, pour la partie médiane, la maison d'Autriche n'a pas réussi à transformer l'Allemagne en un État nationale, en quelque sorte, en une monarchie. Henry Kissinger, le secrétaire américain, a écrit un beau livre qui s'appelle Diplomatie, qui est un livre très intéressant. Le seul français dont il parle, c'est Richelieu. Et il dit Richelieu a retardé de deux siècles l'unité de l'Allemagne. C'est brutal comme affirmation, mais c'est pas si faux. Et donc, c'est-à-dire que cet ensemble compliqué du centre de l'Europe a survécu avec des princes importants, la Bavière par exemple, mais également des princes tout à fait mineurs, peu puissants, des abbesses même, il y avait des abbayes qui avaient des petits états. Donc, il y a un monde compliqué. Et finalement, la France en a profité, c'est-à-dire qu'elle n'a pas eu face à elle une Allemagne puissante. On sait bien que les relations franco-allemandes ont dominé à partir du XIXe siècle. Donc la France bénéficie de cette paix de Westphalie. Mais en même temps, vous le voyez, c'est aussi une stabilisation. C'est-à-dire que ces petits princes restent des acteurs et c'est pour cela qu'on parle de modèle westphalien. C'est-à-dire que quelle que soit la taille de l'État, ces princes peuvent avoir une politique étrangère. La Bavière peut avoir sa politique étrangère. Ce qu'on lui demande, c'est de ne pas faire la guerre à l'empereur. Encore, ce n'est pas toujours le cas. Donc, c'est limité. C'est un peu cette idée qui est forte dans laquelle nous vivons. C'est-à-dire qu'un État est reconnu par les autres. Ce n'est pas une hiérarchie, c'est une sorte d'égalité, un modèle horizontal qui a survécu jusqu'à nos jours. internationale reconnaît, ce sont les pays représentés à l'ONU d'une certaine manière aujourd'hui. Les unités du Saint-Empire étaient innombrables, on dit qu'il y en avait jusqu'à mille, donc on voit que c'était compliqué. Donc ça c'était la première stabilisation. Mais la guerre a continué entre la France et l'Espagne, et là on peut dire que, c'est le traité des Pyrénées, La France écarte un petit peu cette menace, puisque Arras devient française, Perpignan devient français, donc... Et en plus, Mazarin a cette idée, enfin c'est un projet très ancien, je veux dire, dès que les enfants sont nés, puisqu'ils sont nés la même année, Louis XIV et Marie-Thérèse d'Espagne, on a déjà, dès le début, on a pensé que ça ferait un mariage possible, mais un mariage dangereux. Parce que ça donne des droits, encore plus de droits, à la maison de France pour revendiquer la monarchie espagnole. Donc on a une sorte de grand renversement. Je fais un peu de géopolitique. Vous voyez, finalement, au XVIe siècle, il y a eu un moment où peut-être l'Europe aurait pu devenir une agrégation d'États sous la domination de la maison d'Autriche. Et ça faillit au moment des guerres de religion. Songez que les... On a proposé, Philippe II a proposé sa fille qui était la petite fille de Catherine de Bélicis, qui était une très proche parente des derniers rois valois, beaucoup plus proche parente qu'Henri IV. Vous voyez donc, si les français avaient accepté, là, il y aurait eu une unité européenne au XVIe siècle. Et j'ai entendu des savants, il y a quelques années, dire que pourquoi on n'avait pas saisi cette occasion de créer une Europe chrétienne, une Europe catholique? Ça ne s'est pas fait. Et finalement, parce que la France avait déjà une histoire, une histoire assez cohérente. Que dire? Ce n'est pas le roman national. Identité, j'en sais rien. En tout cas, elle avait une histoire commune. Et elle a résisté. Et finalement, c'est tout le paradoxe de la politique du XVIIe siècle. c'est que cet état catholique, dirigé par des cardinaux, avec des rois particulièrement pieux, eh bien on va inventer un système d'alliance pour permettre à cet état de survivre. La France a des alliés protestants. c'est-à-dire les provinces unies, les hollandais, longtemps, les hollandais ont été nos amis, les princes protestants d'Allemagne, la Suède, puis en plus elles nouent secrètement, doucement, des accords avec l'ennemi commun de la chrétienté, l'empire ottoman, l'ennemi de mon ennemi et mon ami. Donc c'est une politique scandaleuse. Et c'est ça la force de Richelieu et de Mazarin, ils ont fait avaler aux français une politique très difficile à accepter pour des catholiques zélés. Et ils l'ont accepté finalement. On voit bien qu'il y a là une sorte de primauté de l'intérêt politique sur la cohérence idéologique, en particulier religieuse.
Interviewer (Thomas Beaux)
À la mort de Mazarin en 1661 commence le règne personnel de Louis XIV. une période de guerre, mais ils ne rompent pas avec ce système-là. C'est compliqué Louis XIV, parce qu'il est héritier de tout ce que vous nous avez raconté Lucien Belli, mais enfin il y met du sien. Cette fois-ci, la guerre reprend. Qu'est-ce qu'il cherche Louis XIV? Ce n'est pas simplement agrandir le territoire.
Lucien Bély (Historian)
C'est assez complexe. C'est vrai qu'il y a, je crois, plusieurs perspectives. L'une des perspectives essentielles, et je reprends ce que disait il y a en 1933, et la date n'est pas neutre, Gaston Zeller, finalement les trois siècles de l'Ancien Régime ont Une perspective cohérente qui est de repousser la frontière du Nord. Essayer de garantir Paris qui est une ville menacée. Elle l'est d'autant plus au temps de Louis XIV où l'on va détruire ses remparts. Donc il faut créer un territoire qui serve de rempart à la capitale. Parce que c'est pas que Paris ait une importance... La France peut vivre sans Paris. Mais à Paris, il y a le roi. Donc si le roi est pris, tout le système s'écroule. Donc il faut faire un territoire qui soit un sanctuaire. Il y a ce que j'ai appelé déjà tout à l'heure la sanctuarisation du territoire. Et c'est ce que va réaliser la politique de Louis XIV. C'est-à-dire qu'on repousse les frontières et on construit la ceinture de fer. C'est-à-dire qu'il y a un gain permanent de place. Alors quand vous dites, ce n'est pas l'extension du territoire, mais c'est énorme! La France est changée après Louis XIV. Il y a Lille, Douai, Valenciennes, Cambrai, Strasbourg, Besançon, Perpignan, c'est un pays qui a changé. Toutes ces cultures différentes qui sont agrégées à l'ensemble. Donc on voit bien que derrière ces grandes entreprises qui sont coûteuses, qui sont difficiles. Il ne faut pas imaginer que ce sont des guerres faciles. La France a besoin d'alliances. Pendant la guerre de Hollande, qui est représentée avec autant de glorieux, autant de gloire à la galerie des glaces, sur les plafonds de la galerie des glaces, c'est une guerre difficile. L'armée française a failli être bloquée en Hollande. Il a fallu... Elle s'est beaucoup avancée. La première année a été très facile, enfin très... très commode. Les Hollandais, néanmoins, ont résisté, ont inondé leur pays. Et puis, comme il y a eu une entrée en guerre des autres pays, l'armée française a été à un moment bloquée. Il a fallu toute la subtilité du maréchal de Luxembourg pour la ramener en France. Vous imaginez, l'armée française prisonnière, c'était comme Napoléon III. C'était un pays à genoux. Donc, on voit bien que ce ne sont pas des guerres. Derrière le discours que l'on a, c'est commode, on a l'impression que tout ça... est facile. Ce sont des guerres très difficiles avec des règles. Et ça, je crois que vous disiez tout à l'heure, c'est-à-dire qu'il y a des règles qui s'imposent, c'est-à-dire qu'on ne va pas détruire les pays. On ne détruit pas non plus les différentes maisons souveraines. Le duc de Lorraine, on envahit son pays, mais Il reviendra un jour. Le Duc de Lorraine, c'est le Duc de Lorraine. Il vient, il fait partie, je dirais, de ce monde. Donc, il y a une certaine prudence. Alors, il ne faut pas encore parler de droit international, mais il y a un droit des gens. Et en particulier, je pense, vous voyez, c'est très difficile à avancer par rapport à la guerre de 30 ans. Il y a eu, je pense, quelques avancées, c'est-à-dire que les populations civiles ne doivent pas trop souffrir de la guerre. Je ne dis pas qu'elle n'en souffre pas, mais c'est une guerre de professionnels. On s'arrange pour payer ce que l'on prend. Il y a des marchés, il y a des grandes compagnies financières qui appuient l'approvisionnement. On ne pille pas. Sauf si vraiment il y a une sorte de colère de la soldatesque. Et on voit bien qu'il y a quelques moments qui sont ressassés contre Louis XIV. Deux villages de Hollande ont été détruits. Cela donne une propagande énorme. Il y a une magnifique gravure de Romain de Hoog. On voit les soldats français empaler un petit garçon, un enfant, un bébé. Donc on voit bien que ça, immédiatement, toute l'Europe a été choquée. Il y a en Franche-Comté, un village où, qu'on compare aussi à Roi-de-sur-Glane, où les soldats, en colère parce qu'on avait tiré sur eux alors qu'ils étaient en train de discuter, ont mis la population dans l'église, ont mis le feu. Donc, il y a des massacres. Mais vous voyez, puisqu'on en parle tant, puisque ça sert tellement la propagande des coalitions ennemies de Louis XIV, ça prouve que, désormais, c'est inadmissible. Et qu'il y a progressivement une... une civilisation de la guerre, une limite de la guerre, des échanges de prisonniers. Et ça peut aller très loin. J'ai étudié une affaire amusante dans la guerre de succession d'Espagne, par exemple, le marquis d'Allègre a été prisonnier, on lui permet de venir en France. pour régler ses affaires pendant... Et puis il les promet de rentrer. Et c'est ce qui s'est passé. Alors, comme il rentre en France, on lui dit vous pourriez peut-être faire un peu de négociation. On va vous dire quels sont un peu les termes de la négociation que nous vous proposons. Il a négocié. Il est retourné dans l'état-major de la coalition. Il a même proposé de l'argent à Marlboro. John Churchill, des sommes folles, Marlboro a écouté, mais n'a pas suivi. Donc il est chargé aussi de corrompre l'un des chefs de la coalition, puis il est allé en Angleterre vivre sa prison, son emprisonnement. Vous voyez, il y a des règles qui s'établissent. Alors, je ne veux pas enjoliver la situation, mais c'est une guerre assez différente de celle que l'on peut voir au XXe siècle, où là, on a mobilisé des nations entières et c'est très différent. Quand le sentiment national est exacerbé, lorsque l'on a la sensation de lutter pour sa survie, pour la survie de sa famille, c'est très différent. Là, ce sont des hommes de guerre qui coûtent cher, qui ont une expérience, qui ne veulent pas mourir. Louis XIV par exemple a beaucoup privilégié la guerre de siège avec Vauban parce que justement c'est une forme savante moins aléatoire. Vous voyez, c'est aussi une certaine philosophie. Le prince de Condé, qui était un très grand général, qui aimait bien les batailles parce qu'il avait l'œil de la bataille, mais en même temps n'était pas très économe du sang de ses soldats. Le gouvernement français était, lui, beaucoup plus économe et donc la guerre de siège, plus à vente, était aussi une façon de mener les combats.
Interviewer (Thomas Beaux)
La guerre était différente, l'art de négocier tout autant.
François de Callière (Historical Figure, quoted)
Quels que élevés que soient les princes, ils sont des hommes comme nous, c'est-à-dire des sujets aux mêmes passions. Mais outre celles qui leur sont communes avec les autres hommes, l'opinion qu'ils ont de leur grandeur et le pouvoir effectif qui est attaché à leur rang leur donnent des idées différentes de celles du commun des hommes. Il faut donc qu'un bon négociateur agisse avec eux par rapport à leurs idées, s'il ne veut pas se tromper. Il faut donc aussi qu'il se dépouille en quelque sorte de ses propres sentiments, pour se mettre en la place du prince avec qui il traite, qu'il se transforme, pour ainsi dire en lui, qu'il entre dans ses opinions et dans ses inclinaisons. Il faut enfin qu'il se dise à lui-même, après l'avoir connu tel qu'il est, si j'étais en la place de ce prince et avec le même pouvoir, les mêmes passions, les mêmes préjugés, quels effets produiraient en moi les choses que j'ai eues à lui représenter.
Narrator
France Culture, le cours de l'histoire. Xavier Mauduit.
Interviewer (Thomas Beaux)
De la manière de négocier avec les souverains, de l'utilité des négociations, du choix des ambassadeurs et des envoyés, et des qualités nécessaires pour réussir dans ses emplois. C'est un ouvrage de François de Cagliere publié en 1716, donc on est un an après la mort de Louis XIV, une lecture de Thomas Beaux dans le cours de l'histoire, Lucien Belli. Dites-nous, elle est théorisée, cette diplomatie Louis XIVienne? Parce qu'à vous écouter, ce côté un peu brutal, on voit bien que ça dépend du contexte, du moment avec qui l'on parle. Et ici, quand on a avec François de Callière la mise par écrit de l'art de négocier, on sent qu'on est peut-être dans un registre un peu différent de la manière dont Louis XIV concevait la diplomatie.
Lucien Bély (Historian)
C'est très juste et j'ai peut-être donné une vue, une vision un peu rude de la diplomatie de Louis XIV parce qu'au fond, aujourd'hui, ce qui intéresse beaucoup les historiens, et à juste titre, C'est une diplomatie culturelle. C'est une diplomatie qui utilise les fêtes, les spectacles, qui utilise les objets d'art. C'est une dimension de cette diplomatie. Mais je veux aussi rappeler que c'est un instrument de la puissance. Mais indéniablement, on voit bien dans le texte admirable de François de Calière, qu'il y a aussi une préoccupation intellectuelle. Il n'est pas le premier à écrire, c'est toute une filiation. En France, au début du XVIIe siècle, il y a eu l'ouvrage de François Hautement, en 1603, de l'ambassadeur. C'est toute une tradition européenne de réfléchir sur l'ambassadeur, ses qualités, sa formation, son origine sociale. Quel est le meilleur négociateur? Et on voit bien, François de Calière a un profil très particulier. C'est un homme de la petite noblesse, ce n'est pas un grand seigneur. Il ne peut pas être ambassadeur justement. D'abord probablement parce qu'il n'a pas l'argent pour se payer toute une série de carrosses dorées ou s'endetter pour payer des carrosses. Il n'a pas de château. Donc il ne peut pas mener une grande ambassade. Mais en revanche, c'est un homme de lettre. C'est-à-dire qu'il maîtrise la plume. Or la diplomatie c'est écrire toujours. Je me souviens d'un ministre des affaires étrangères qui avait été ambassadeur qui disait j'ai passé ma vie à écrire, je ne savais pas pour qui, je ne savais pas pourquoi, mais j'écrivais et mes papiers partaient. Et il était arrivé, il était devenu lui-même ministre des affaires étrangères. Et je crois que c'est vraiment cette tâche d'écrire, c'est pas si facile d'écrire au nom d'un pays, d'une communauté. Il faut avoir une certaine audace. On écrit pour soi, pour ses proches, mais parler au nom d'une communauté tout entière. Quand on dit le roi, mon maître, c'est bien sûr, c'est Louis XIV. Enfin, Louis XIV, il n'a pas forcément une opinion sur les relations avec le Württemberg ou avec la Hesse-Kassel. C'est aussi un langage pour un ensemble d'hommes et de femmes. Calière représente bien cela. C'est un homme d'honnête. Il a fait partie de l'Académie française. Il a beaucoup écrit des ouvrages très intéressants sur les mots à la mode. Et il a été employé dans une négociation très difficile à la fin de la Ligue d'Augsbourg. comme on avait d'abord employé un collectionnaire, un peintre, Roger Depil, mais il s'était un peu compromis, on l'avait mis en prison parce qu'il s'était révélé en quelque sorte, donc on avait été obligé de... les Hollandais l'avaient mis en prison, donc on a... Callière est devenu ambassadeur, enfin, est devenu négociateur secret, puis public, il a participé au congrès avec d'autres, il a fait partie de la délégation et à côté des, je dirais, de son... des dépêches officielles sur la négociation. Il avait mené une correspondance privée avec une dame du Grand Monde qui tenait un salon. Et c'était un peu ses impressions. Il se regardait vivre en quelque sorte. Qu'est-ce que c'est que négocier? Alors il n'y avait pas de secret d'État, rien. qu'est-ce que c'est? Les pratiques, les postures, comme on dit aujourd'hui, la façon d'être, la façon de réagir. Et à partir de cela, il a réfléchi finalement à un art, un art de négocier. Et alors il ne l'a pas publié tout de suite, je ne sais pas s'il l'a écrit tout de suite, mais en tout cas, Il est devenu secrétaire de Louis XIV, c'est-à-dire que Louis XIV avait une sorte de cabinet de secrétaire qui rédigeait des lettres pour lui. Et en particulier, il a eu ce qu'on appelait la plume, c'est-à-dire qu'il imitait l'écriture de Louis XIV parce qu'il y avait certaines lettres qui devaient être écrites par Louis XIV. En particulier, les lettres de condoléances ou les lettres de félicitations à des souverains, ça devait être de la main de Louis XIV, c'était de rigueur, de protocole. Donc là, il fallait imiter l'écriture de Louis XIV et Callière l'imitait très mal, enfin assez mal. Il y avait eu pendant 40 ans Toussaint Rose qui imitait admirablement l'écriture de Louis XIV. Et là, je crois que Callière l'écritait assez mal. Mais vous voyez, c'est quand même une fonction de confiance. Et par discrétion, probablement, il n'a pas voulu publier son livre à ce moment-là. Il l'a publié après. Et c'est très étonnant. Moi, j'ai utilisé... D'abord, très longtemps, il n'y a pas eu d'édition en France récente. Il y avait un exemplaire à la Bibliothèque Nationale qu'on ne pouvait pas voir parce qu'il était trop fragile. Et il y avait une traduction en anglais. C'est intéressant. C'était un livre connu et utilisé par les Américains en particulier pour les études de négociation. Parce que c'est un livre, comme vous venez de le voir, très subtil, très profond, pour savoir ce que c'est que négocier. Et aujourd'hui, il y a beaucoup d'éditions. J'ai moi-même travaillé avec des des étudiants de master dans des pays lointains. Et ça reste un texte fascinant, parce que c'est allé très profondément dans la psychologie de la négociation. Jusqu'où on peut aller? Et il n'y a rien de scandaleux, il n'y a rien de machiavélien. Au contraire, c'est plutôt une bonne volonté, une approche positive de cet art de réparer. C'est la grande réparation des blessures politiques internationales.
Interviewer (Thomas Beaux)
À l'inverse de Louis XIV donc, qui lui est capable de blessures et d'humiliation dans sa diplomatie.
Lucien Bély (Historian)
C'est une réparation. C'est un peu le médecin des blessures politiques. Et indéniablement, l'œuvre de Calière marque un moment où finalement on cherche à organiser tout cela. Colbert de Torsier, qui est le ministre en même temps, qui est le neveu de Colbert, celui que nous connaissons bien. Colbert de Torsier a eu une très belle action politique. C'était un homme modeste, mais il a réfléchi, il a perfectionné les archives. Il y a toute une idée de documentation. Nos archives diplomatiques sont toujours indépendantes et se trouvent maintenant à la Courneuve. Donc, il y a eu l'idée de créer une mémoire de l'État que aucun papier d'État ne devait échapper. Il ne fallait pas que ça circule dans le public. Donc tous les papiers d'ambassadeurs doivent être rapatriés vers ce centre précieux. C'est un peu un trésor. On doit réfléchir, on doit travailler dessus. Et ça a été tout un travail, tout un effort du 18e siècle autour de ces archives. Et Colbert de Torcy... Colbert de Torcy, puisque son père avait lancé ses archives, Colbert de Torcy lui-même a eu l'idée d'une école, d'une académie politique où l'on formerait non pas encore des ambassadeurs, pas véritablement, parce que encore une fois un ambassadeur ça doit être un grand seigneur, mais plutôt des secrets d'ambassade, des spécialistes de la négociation, capables d'écrire, capables de réfléchir, capables de de rédiger des textes cohérents présentant les intérêts de la France dans un contexte international donné.
Interviewer (Thomas Beaux)
Et puis à côté de ce secret, et là on évoque le grand chiffre, la manière de coder les lettres, enfin cette diplomatie un peu secrète, il y a la diplomatie qui se voit, et elle se voit drôlement, ce serait une erreur dans une émission consacrée à Louis XIV et à la diplomatie de ne pas faire un petit tour à Brest.
Narrator / Historical Context Voice
L'arrivée de l'ambassade siamoise, le 18 juin 1606 à Brest, constitue un événement considérable. Des deux vaisseaux, l'Oiseau et la Maligne, débarquent trois émissaires du roi du Siam, accompagnés de mandarins, d'interprètes et d'une foule de serviteurs chargés de riches présents pour le roi de France, Louis XIV. Ce long cortège bigarré exotique se rend dans la rue principale de Brest, la rue Saint-Pierre. Les Brestois n'en croient pas leurs yeux. Étonnement, puis enthousiasme. L'événement fut d'une telle importance, laissa un tel souvenir dans l'esprit de la population que l'on prit l'habitude dès 1686 de dire la rue de Siam au lieu de la rue Saint-Pierre.
Interviewer (Thomas Beaux)
C'est en 1986 qu'était évoquée cette rue de Siam sur FR3. Rennes, soir évidemment. Lucien Belly, pour terminer cette émission, il y a dans la diplomatie de Louis XIV beaucoup de nouveautés dans le sens où il y a une manière de faire de la diplomatie qui le distingue de ses prédécesseurs. Parce que l'histoire de la diplomatie elle est très longue avec des ambassadeurs, avec des réceptions, mais ici Louis XIV, on sent qu'il y a cette volonté de mettre en avant la puissance française.
Lucien Bély (Historian)
En effet, et l'idée c'est que cette puissance est connue dans le monde. Avec étonnement, des missionnaires, souvent ce sont des religieux, ont lancé des... des liaisons, des liens, ont tenté de créer des liens avec des rois lointains. Et c'est le cas du roi de Siam, c'est l'idée que la France a maintenant une marine, pourrait l'aider face à la Hollande et face aux Anglais. Et Louis XIV se lance dans cette opération. On a envoyé une flotte, on a envoyé un corps expéditionnaire à Bangkok, et ça a été un fiasco bien sûr. Mais puisque la France n'est pas installée en Thaïlande, le Siam c'est la Thaïlande d'aujourd'hui. Néanmoins, le souvenir qu'on en a eu, c'est finalement le choc des cultures. Et l'almanach montre Louis XIV tendant la main au roi de Siam. Là encore, on a une sorte de dialogue de roi à roi. des rois qui ne se connaissent pas, qui sont séparés par des mères, et indéniablement, ça a été un grand moment de curiosité, de découverte de l'autre, et les Siamois ont joué un rôle intéressant, puisqu'ils ont plu. à la Cour de France, il y avait aussi des cours lointaines, et c'était un nouveau défi pour la France.
Interviewer (Thomas Beaux)
Merci vivement Lucien Belli, parce que parler de la diplomatie de Louis XIV, comme ça, synthétisée, mais aussi pertinente pour nous casser nos représentations, d'un roi diplomate avec la diplomatie telle que nous la concevons aujourd'hui. Ça donne au règne de Louis XIV un aspect beaucoup plus acide. D'ailleurs, votre livre « Espions et Ambassadeurs » au temps de Louis XIV commence par « Espions » et non pas par « Ambassadeurs ». Et puis, je rappelle qu'on lira avec grand intérêt Louis XIV, « Le fantôme et le maréchal Ferrand », un livre dont le titre seul donne envie
Lucien Bély (Historian)
de se
Interviewer (Thomas Beaux)
précipiter dessus. Merci vivement, Lucien Béni. Merci d'autant. Prochain épisode dans le cours de l'histoire. Cette fois-ci, ce sera « Paix,
Historical Reader / Narrator
gloire et beauté, les diplomates à la botte de Napoléon ». Je créerai des institutions qui donneront de la force à mon système, à la machine que j'ai organisée. On ne peut prévoir les sacrifices que je ferai, même avec plaisir, à un ordre de choses européen qui assurerait une longue tranquillité à tous les peuples et à la France ainsi qu'à l'Allemagne. Une prospérité intérieure égale à celle de
Interviewer (Thomas Beaux)
l'Angleterre. Il y a bien des manières d'arranger les choses. C'était Le Cours de l'Histoire sur France Culture, une émission réalisée par Thomas Beau avec à la technique Élise Le. Émission préparée par Jeanne de Lecroix, Jeanne Coper, Raphaël Lalloum, Clémentine Ducasse, Maël-Vincent Randonnier et Mayouen Guizou. Le Cours de l'Histoire est à écouter à
Louis XIV, quand la diplomatie française donne des coups de Soleil
France Culture – 5 mai 2025
Host: Thomas Beaux
Guest: Lucien Bély, historien
Cet épisode ouvre une série sur la diplomatie française en explorant la période de Louis XIV ("le Roi Soleil"). Thomas Beaux interroge l’historien Lucien Bély sur la nature violente, stratégiquement calculée et symboliquement rayonnante de la diplomatie sous Louis XIV. L'émission mêle analyse des pratiques de pouvoir, réflexions sur le rôle structurant de la diplomatie dans la construction étatique et extraits de textes mémorables issus du Grand Siècle.
(00:10 – 02:19)
« C'est une diplomatie qui s'inscrit dans la longue durée […] qui emploie de grandes armées, une marine de guerre […] la diplomatie, c'est ce dialogue politique avec les autres pays européens. »
— Lucien Bély (01:36)
(05:38 – 08:35)
« Il faut une personnalité qui a un peu le ton de la cour […] ils ont une culture nobilière qui le retrouve. […] C'est un peu cette culture commune qui a été finalement une sorte de ciment de la diplomatie. »
— Lucien Bély (06:09)
(08:35 – 12:20)
« Il est capable de suivre les dossiers. […] À la fin du règne il a quand même imposé une ligne politique. »
— Lucien Bély (08:45, 10:55)
(12:20 – 19:08)
« L’ordre social se nourrit aussi de la guerre. [...] Il y a eu finalement, me semble-t-il, un appui relatif. Les révoltes ont existé, mais elles ont certainement étaient ponctuelles, moins notables que dans la première partie du XVIIe siècle. »
— Lucien Bély (17:00)
(19:25 – 23:43)
« C'est vraiment une politique d’humiliation, blessure symbolique d’un État voisin. Ce n’est pas la guerre, mais c’est une façon de marquer la différence par des symboles. »
— Lucien Bély (19:25)
(25:11 – 38:21)
« On est arrivé à un monde où il n’y a pas d’autorité supérieure […]. Une grappe de rois qui ont tous la même souveraineté, qui sont indépendants, qui ne reçoivent d’ordre de personne sinon de Dieu. »
— Lucien Bély (25:11)
(38:41 – 45:36)
« Il y a ce que j’ai appelé la sanctuarisation du territoire. Et c’est ce que va réaliser la politique de Louis XIV. »
— Lucien Bély (38:41)
(45:42 – 54:41)
« Il faut donc qu'un bon négociateur agisse avec eux par rapport à leurs idées […] qu'il entre dans ses opinions et dans ses inclinations »
— François de Callière, cité par Thomas Beaux (45:42)
(54:41 – 57:37)
« L’idée c’est que cette puissance est connue dans le monde. [...] Les Siamois ont joué un rôle intéressant, puisqu'ils ont plu à la Cour de France »
— Lucien Bély (56:12)
Sur la brutalité de la diplomatie louis-quatorzienne
« La diplomatie n'est pas forcément quelque chose de doux. Il faut aussi préparer la guerre, trouver des alliances. »
Lucien Bély (02:19)
Politique d’humiliation
« C’est une forme d’intimidation […] un rappel que le roi de France a des moyens et que ses sujets ambassadeurs ont aussi une sorte de panache qu’il ne faut pas oublier. »
Lucien Bély (21:50)
Sur la perception européenne de Louis XIV
« Si l’on faisait l’émission en Angleterre, ça ne serait pas le même discours. Il y aurait un ton différent… Heureusement que les anglais étaient là pour résister à cette monarchie qui voulait dominer le continent »
Lucien Bély (29:58)
Mémoire de Louis XIV (lues, mais apocryphes)
« Ce succès se peut sans doute appeler heureux puisque j'ai obtenu ce que mes prédécesseurs n'avaient même pas espéré [...] c'est une espèce d'hommage véritablement d'une autre sorte, mais de roi à roi, de couronne à couronne »
Mémoire de Louis XIV (23:55)
L’éthique de la négociation selon Callière
« Il n’y a rien de scandaleux, il n’y a rien de machiavélien. Au contraire, c’est plutôt une bonne volonté, une approche positive de cet art de réparer. C’est la grande réparation des blessures politiques internationales. »
Lucien Bély (52:36)
L’émission déconstruit le mythe d’une diplomatie "douce" à Versailles pour révéler une méthode fondée sur le rapport de force, la propagande, la symbolique de l’État et l’invention de la diplomatie moderne, tant dans ses principes que dans son administration (archives, formation, théorisation).
Lucien Bély conclut sur la nouveauté – pour l’époque – de cette diplomatie mondiale, culturelle et structurée, tout en soulignant la brutalité assumée des pratiques de Louis XIV.
À suivre :
Le prochain épisode portera sur "Paix, gloire et beauté, les diplomates à la botte de Napoléon".