
Paix, gloire et bottés, les diplomates de Napoléon
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Narrator
France Culture.
Aurélien Lignereux
Le cours de l'histoire.
Xavier Mauduit
Xavier Mauduit.
Jean Tulard
Napoléon diplomate. Pour cela, prenez un moule à charlotte que vous allez beurrer, vous préchauffez le four. Cette histoire s'écrit avec quelques fruits confits et puis quelque chose, un tantinet rassi, du pain, une viennoiserie. Et comme il se doit, n'oubliez pas la crème anglaise, évidemment. Et vous obtenez un gâteau, un diplomate, cousin de l'ambassadeur, succulent entremets, dont l'histoire est associée au Congrès de Vienne et à Talleyrand. Paix, gloire et beauté, les diplomates à la botte de Napoléon.
Narrator/Voiceover
Le loup et l'agneau.
Historian or Culinary Expert (possibly François Caron or similar)
La raison du plus fort est toujours
Actor or Narrator (Napoleon's voice)
la meilleure, nous l'allons montrer tout à l'heure.
Narrator
Vous devriez savoir qu'on ne gagne rien à lutter contre ma puissance!
Actor or Narrator (Napoleon's voice)
Faut-il voir, mon Napoléon, l'ogre corps? C'est un homme à facettes, et aucune facette, aucune de ses facettes ne ressemble à la précédente.
Actor or Narrator (Fouché's voice)
Si vous le voulez bien, nous partirons de là. Pour aller où? Où que nous allions, je crois que nous cheminerons ensemble. Auriez-vous besoin de mon bras? Oui, comme vous avez besoin de ma tête. Si je peux le dire.
Jean Tulard
Fouché, tolérant, dans le film Le Soupé. Jean Tullard, bonjour.
Historian or Culinary Expert (possibly François Caron or similar)
Bonjour.
Jean Tulard
Membre de l'Institut, l'Académie des Sciences Morales et Politiques, professeur émérite à Sorbonne Université, avec vous et avec Aurélien Lignereux, bonjour.
Aurélien Lignereux
Bonjour.
Jean Tulard
Nous allons parler de Napoléon Diplomate, Aurélien Lignereux, professeur des universités à Sciences Po au Grenoble, et Charles-Éloi Vial, bonjour.
Charles-Éloi Vial
Bonjour.
Jean Tulard
Conservateur au département des manuscrits de la Bibliothèque Nationale de France, Talleyrand, personnage incontournable de notre histoire, ne cache-t-il pas la réalité diplomatique du Premier Rempiant? On parle de Talleyrand, Talleyrand, c'est bien Talleyrand, mais il y a du monde, Jean Tullard, autour de Napoléon pour réfléchir à la diplomatie.
Historian or Culinary Expert (possibly François Caron or similar)
La diplomatie, telle qu'on la conçoit, c'est tolérant. C'est lui qui la définit. Sa diplomatie est très simple. Il y a quatre puissances en Europe. Il y a l'Angleterre, qui est anglicane. Il y a la Russie, qui est orthodoxe. Il y a la Prusse, qui est protestante. Et il y a l'Autriche, qui est catholique. On doit donc s'entendre avec l'Autriche, qui est catholique. Et la France doit rester dans les limites de sa frontière naturelle, de ses frontières naturelles, ce que déjà Richelieu avait défini, que dont on reprend. Bref, la diplomatie est très simple. On s'entend avec l'Autriche pour contenir la Russie du côté de l'Orient et l'Angleterre du côté des colonies, etc. Donc c'est très simple. Et Talleyrand n'a jamais varié. Lorsqu'on dit que Talleyrand, c'est une sorte de girouette, pas du tout. D'emblée, il a défini ça. Pourquoi? Cette politique, il l'a héritée de Berniste, du cardinal de Berniste et de Choiseul. C'est l'idée de l'alliance avec l'Autriche. Et à un moment donné, on croit que ça va se faire lorsqu'il y a le mariage autrichien. Donc la diplomatie, c'est Talleyrand. Mais Il est évident que Napoléon ne suit pas automatiquement la diplomatie de Talleyrand. Et donc nous avons une autre diplomatie qui est celle de Napoléon dans le Mémorial de Sainte-Hélène. Dans le Mémorial de Sainte-Hélène, Napoléon définit une autre diplomatie qui est l'Europe qui va se former, des puissances nationales. Bref, il explique qu'il a voulu faire une Europe des nations. C'est formidable. Le problème, c'est que le Mémorial de Sainte-Hélène, on ne sait pas très bien ce qu'est Napoléon, Lascasse, ce que Lascasse a rajouté après coup pour faire plaisir aux mouvements nationaux, libéraux qui montaient. Bref, la diplomatie de Napoléon, j'en doute un peu. La diplomatie de Talleyrand, là, j'en suis convaincu. Et il va y arriver, effectivement, quand elle vienne. Donc Talleyrand-Girouette, non, pas du tout.
Jean Tulard
Oui et puis Jean Tullard, tout de suite vous évoquez le passé de notre histoire, parce qu'elle est très importante cette histoire-là, mais en regardant avec la diplomatie de l'Ancien Régime. C'est toute la question de l'héritage, c'est quelque chose qui revient sans cesse, Aurélien Lignereux, est-ce qu'on peut dire que Napoléon est l'héritier de la diplomatie d'Ancien Régime?
Aurélien Lignereux
En quelque sorte, le projet de Napoléon en matière diplomatique reprend finalement la nature de son régime politique. Ce que je veux dire par là, c'est que Napoléon entend finir la Révolution. Finir la Révolution, ça veut dire consolider les principes qu'il juge nécessaires, légitimes, et il les consolide par le Code, tout en mettant fin à ce qu'il estime être des avancées aventureuses, inopportunes. Et on retrouve cela dans la diplomatie et le vocabulaire en offre Un raccourci saisissant, puisque dans le même temps, le mot diplomate, diplomatie entre dans les dictionnaires, dans un sens nouveau, qui peut surprendre. C'est une science. C'est une science des rapports entre États, de puissance à puissance. Et donc, le diplomate, c'est celui qui sait, qui connaît la diplomatie. C'est un expert. Et ça, c'est une rupture qui a été préparée par la Révolution, comme l'a montré Virginie Martin. Et tout en consacrant le nouveau, le régime de Napoléon réintroduit, en floréal en 8, donc en avril 1800, le terme d'ambassadeur qui avait disparu pendant la révolution. Donc il y a une reconstitution finalement des titres pour trouver un langage commun, pour pouvoir parler aux homologues européens sur une langue commune et ainsi essayer de retrouver les voies vers la paix.
Jean Tulard
Oui, avec des gens qui sont des enfants des Lumières. Nous parlons de Talleyrand, nous parlons de Napoléon, ce sont des gens du XVIIIe siècle, Charles et Lois Vial. Cette histoire-là ne peut se comprendre que sur le temps long. Mais la diplomatie nécessite une longue durée. Cet héritage, on l'entend bien, tous ces gens-là arrivent avec une conception du monde qui est confrontée aux réalités des mouvements politiques. Et il faut s'adapter.
Charles-Éloi Vial
Alors il faut s'adapter mais je voudrais rebondir sur ce qu'Aurignac disait, il y a quand même une part d'héritage qui est très longue, que ce soit Talleyrand ou Napoléon, ils ont beaucoup lu, ils ont beaucoup médité, ils connaissent les traités des temps passés et chez Napoléon il y a quand même une certaine influence peut-être, je pensais à ce que Lucien Belli disait hier au sujet de Louis XIV, une tendance à vouloir peut-être imiter Louis XIV avec par exemple nommer des militaires à des postes d'ambassadeurs, ça c'est quelque chose que que Napoléon fait beaucoup, peut-être même une inspiration de Louis XV, mener sa propre diplomatie. Alors que, justement, Talleyrand considère que la diplomatie c'est un métier, que le souverain doit s'en mêler le moins possible, que ça doit être réservé à des professionnels. Napoléon a ce côté presque très ancien régime de vouloir se mêler de tout, de centraliser les affaires. Donc il y a une part de modernité, bien sûr, dans les idées, dans la vision géopolitique, mais il y a aussi beaucoup d'anciennes habitudes qui finissent par réapparaître. C'est quand même assez fascinant de se dire que Talleyrand Céchine a formé un entourage de diplomates professionnels, d'individus qui sont rompus aux négociations, qui connaissent bien les règles, et lui, il nomme ou sa famille, ou des généraux qui ne connaissent pas l'étiquette, qui sont extrêmement mal élevés, et que l'on voit arriver au début du consulat dans les différentes cours européennes, et ça fait quand même désordre. Donc il y a un contraste là qui est assez intéressant et j'ai l'impression que le but de Talleyrand, ça va essayer de dompter Napoléon, de dompter Bonaparte puis de dompter Napoléon, de le faire rentrer dans le rang, de lui faire accepter des usages de la diplomatie, qui sont des usages de cours, de bonne manière, on est entre gens bien élevés, on essaie de trouver des compromis, alors que Napoléon c'est tout sauf l'homme du compromis. C'est plutôt l'homme qui tape du poing sur la table, on le voit dès qu'il se mêle de diplomatie. Dès la campagne d'Italie en 1796-1797, c'est plutôt du genre à pousser des gueulantes absolument terribles, à casser la vaisselle, et c'est ça plutôt sa conception de la diplomatie. Et ça s'oppose à Talleyrand qui est plutôt quelqu'un de feutré.
Jean Tulard
Cette émission du cours de l'histoire s'intitule Paix, gloire et beauté. Beauté, B-O-E-T-E-S, bien sûr, parce que cet aspect militaire là est important. Jean Tullard, Napoléon, c'est un militaire avant tout, ce n'est pas un diplomate.
Historian or Culinary Expert (possibly François Caron or similar)
C'est un militaire et les diplomates ont avant tout une mission militaire. Ce sont des espions. La forêt, à Berlin, renseigne Napoléon sur les armements prussiens. Nous sommes en 1806, la Prusse prépare la guerre, mais en sacré, bien qu'il fasse des manifestations un peu spectaculaires, Napoléon ne pensait pas au départ que la Prusse, il venait de vaincre l'Autriche, allait entrer en guerre. Et c'est la forêt qui le renseigne. Les ambassadeurs observe tous les mouvements de troupes et tout est envoyé. Les rapports sont envoyés à Talleyrand qui les centralise et ensuite les renseignements militaires sont transmis à Berthier qui fait des fiches, des dossiers, des registres sur lesquels on a tous les renseignements militaires sur l'armée en face. Lorsque, par exemple, Napoléon va entrer en guerre contre la Russie et que sa berline sera saisie avec les registres, les Russes découvrent que Napoléon était parfaitement renseigné sur leurs troupes, leurs armements, etc. Ça, c'est le rôle essentiel des ambassadeurs. Les cérémonies, les fêtes, le côté mondain, ça fait partie. Mais en général, c'est très difficile pour ces ambassadeurs parce qu'ils sont marqués par la Révolution. Et les malheureux qui se retrouvent à Saint-Pétersbourg, je ne noterai pas leur nom, mais qui se font envoyer à Saint-Pétersbourg alors qu'il y a le sang du Duc d'Anguin qui a coulé. Bon, qu'est-ce que vous voulez qu'ils fassent? Ce sont essentiellement des espions militaires.
Charles-Éloi Vial
Et d'ailleurs j'irai même plus loin, on le voit en 1813, même dans les pays complètement alliés de la Confédération du Rhin qui sont vraiment soumis à l'Empire, on voit que les ambassadeurs nommés par Napoléon sont là pour organiser le ravitaillement des troupes françaises qui vont circuler, organiser les hôpitaux de campagne, ils sont complètement passés quasiment du côté de l'administration militaire. Donc ça va tout à fait dans le sens que vous disiez.
Jean Tulard
C'est dingue cette histoire-là de mélanger autant l'armée et la diplomatie. On ne l'entend pas comme ça dans notre conception de la diplomatie, où nous opposons souvent la diplomatie et la guerre. Non, les deux vont de pair.
Aurélien Lignereux
Oui, mais finalement, ce n'est pas si étonnant. La France a connu, à l'arrivée de Napoléon, huit des dix ans de guerre. Napoléon lui-même a initié un continuum entre la guerre et la paix, de Mentenot à Compongformio. Il est là au Sterlitz et c'est lui qui fait le traité de Pressebourg. Et c'est vrai pour les autres traités, de Wagram au traité de Vienne. Et puis, il y a aussi un âge qui a été préparé par le XVIIIe siècle qui consacre en fait le charisme des hommes à cheval. Il y a une dimension en fait, l'idée de puissance et de prestige, elle est associée aux militaires et donc ce qu'on voit Napoléon dans les ambassades, dans les légations, dans les résidences. Ce sont des ambassadeurs galonnés, en rupture avec la révolution, qui auraient envoyé des missionnaires beautés. Il s'agit ici de montrer que la puissance qui négocie est aussi celle qui a la force des armes et qui pourra s'en ressaisir. Regardez à Lisbonne, c'est l'âne. qui est d'abord général sous le consulat, auquel succède un autre général, Junot. Alors, il s'agit un petit peu d'intimider l'allié préféré des britanniques. Et néanmoins, on note que ces militaires s'acclimatent. Lance a très mal commencé et puis il apprend. Et surtout, en fait, le métier d'ambassadeur, c'est aussi l'oeuvre de la femme de l'ambassadeur. L'ambassadrice joue un grand rôle dans une tâche qui est toute de réception. Et l'épouse de Lannes, sa seconde femme, Louise de Guéhenneux, c'est de la vieille noblesse bretonne. Ses balles sont très courues à Lisbonne. Et c'est ainsi que Lannes apprend le métier. Le prince héritier du Portugal est le parrain de son fils. Ils apprennent sur le tas les usages. qui permettent de se faire entendre et de faire avancer les dossiers.
Jean Tulard
Jean Tuller, on n'imagine pas combien la société est à reconstruire à ce moment-là et on évoque cette ancienne noblesse qui est de nouveau présente et dans la diplomatie, ça c'est un classique de dire on retrouve plein de particules même si la particule ne fait pas la noblesse dans la diplomatie, mais Yacine Napoléon s'appuie sur toutes les personnes qui peuvent lui être utiles et c'est peut-être ça aussi en partie sa réussite, c'est de savoir identifier les bonnes personnes.
Historian or Culinary Expert (possibly François Caron or similar)
Oui, ses collaborateurs sont toujours excellents. Et non seulement il y a les ambassadeurs, mais il y a aussi le ministère. Il y a quelqu'un qui joue un rôle important, c'est Autrive. Autrive, qui est un ancien oratorien, qui va jouer le rôle de chef d'orchestre, en quelque sorte, de cette diplomatie. Et c'est un homme si remarquable comme diplomate. songer qu'il a réussi, en 1808, à réconcilier Talleyrand et Fouché lorsque Napoléon s'engage imprudemment en Espagne, que donc on ne sait pas comment ça va tourner, et qu'on se dit qu'est-ce qui va se passer après? Autrive, qui réussit à rapprocher Talleyrand et Fouché, qui sont brouillés, c'est le chat et le chien. Et donc, il les réconcilie lors d'une fameuse soirée dans l'hôtel Matignon, possède alors Talleyrand. C'est cette fameuse soirée qui est peut-être le chef d'œuvre de la diplomatie politique intérieure, mais un chef d'œuvre. Autrive est quelqu'un qui est remarquable au ministère, on l'oublie, il n'a pas eu droit à une biographie, à ma connaissance, je ne crois pas. C'est quelqu'un qui a certainement joué, auprès de Talleyrand, un rôle important.
Jean Tulard
On a des gens ici qui évoluent dans l'ombre, dans le secret, parce que c'est ça aussi la diplomatie. On l'a évoqué avec cet aspect espionnage de la diplomatie. On arrive à avoir un panorama du fonctionnement de la diplomatie sous l'Empire. Parce que ce n'est pas tout de dire qu'il y a un ministre et des diplomates. Est-ce qu'on voit comment ça fonctionne? Il y a une organisation, Napoléon, c'est un chef-d'oeuvre de l'administration hiérarchisée. On a ça pour le premier empire? Charles-Éloi Vial?
Charles-Éloi Vial
Alors je dirais, Talleyrand s'est très bien entouré. Il y a quasiment autour de lui, j'ai eu l'impression, des sortes de demi-Talleyrand. Des personnes qui sont redoutables, qui connaissent une bonne partie de sa pensée, qui sont en réalité capables de résumer ses idées, d'écrire une bonne partie de son courrier. Donc le ministère marche tout seul, dans un certain sens. C'est bien connu, Talleyrand se lève très tard. Il déjeune très tard, il prend du temps à s'habiller, donc il a un côté très paresseux, très indolent, même si c'est une mise en scène qu'il travaille beaucoup la nuit. Mais il a beaucoup de chefs de bureau qui peuvent suppléer à son travail en grande partie. Et lui fait plus le chef d'orchestre et s'occupe également des relations. avec l'empereur. Et plus le temps passe, plus Napoléon centralise, veut contrôler les correspondances, et plus il s'accapare de plus en plus à la politique étrangère. Mais globalement, on a l'impression que Talleyrand a mis en place un ministère qui est quand même très napoléonien, puisque l'administration est certes hiérarchisée, très bien organisée, mais surtout Ça marche tout seul. Il n'y a même plus besoin qu'il soit là. On le voit puisqu'il suit Napoléon dans différentes campagnes. Il est en 1805 dans les chemins boueux, après Austerlitz, il est en 1807 en Pologne. Mais le ministère marche quasiment tout seul puisqu'il a des collaborateurs comme Dautriff qui connaissent sa pensée. et qui continue à écrire des lettres qui sont du Talleyrand quasiment 100%.
Jean Tulard
Avec un personnage ici qu'on évoque d'autrui, vous l'avez dit, gentil art oratorien, Talleyrand lui aussi lié à l'église commence à se poser des questions.
Xavier Mauduit
Dans sa vieillesse, dans une communication à l'Académie des sciences morales, Talleyrand prétendait qu'il devait beaucoup à son éducation ecclésiastique. Et en particulier à l'étude de la théologie qui, disait-il, était la meilleure préparation aux affaires diplomatiques et la meilleure formation de l'esprit pour un négociateur. Ce n'est pas un paradoxe. On comprend sans peine que l'habitude de distinguer le fort et le faible des arguments dans des matières difficiles exerce l'intelligence et vous donne la faculté de discuter avec force. En plaidant le dossier de Dieu, l'abbé de Périgord apprit à plaider les dossiers de l'État.
Jean Tulard
On vient d'entendre Pierre Gaxotte qui s'exprimait en 1950, historien de la révolution, académicien. Pierre Gaxotte qui, ici, fait le lien entre la formation religieuse de Talleyrand, mais ce serait valable pour d'autres, et puis ses capacités de diplomate. Alors, qu'est-ce qu'on peut dire de cela? Ce sont des gens qui ont une très bonne formation quand même, Aurélien Lignereux. Ce sont des gens qui sont formés à la bonne société aussi. Il y a ce langage international. On cesse parler à travers les pays.
Aurélien Lignereux
Oui, je dirais pas le contraire. Deutrive a été formée à Grenoble.
Jean Tulard
Et vous êtes à Sciences Po Grenoble.
Aurélien Lignereux
Oui, non. Ceci dit, en fait, ce qui change, c'est qu'il n'y a plus de dogme. Et donc, la comparaison, la métaphore avec la théologie est un petit peu risquée. Et surtout, on est en présence d'un Napoléon jupitérien qui donne, qui fout droit. Et c'est pas, voilà, c'est pas la la marche prudente, la jésuistique qui était présentée. Le ministère, en tout cas son administration centrale, est armée pour seconder, épauler, accompagner, réparer les emportements du maître. Et ce qui s'est fait dans la pratique, finalement, va trouver corps au niveau des bureaux. On parlait de l'espionnage. A partir de 1810, en fait, c'est centralisé. Il y a un bureau de statistiques qui fait des tableaux d'espionnage, qui tient à jour les fiches. Il y a aussi des efforts qui sont menés pour assurer l'auto-reproduction de l'administration centrale avec un cursus, une espèce d'école diplomatique au sein du ministère et d'autrives à la tête des archives du ministère parce que c'est essentiel. La mémoire de l'État, la mémoire des traités, donne des outils, des armes, des arguments, des éléments de propagande à tous ceux qui en ont besoin de manière commode. C'est ça aussi l'action diplomatique, c'est beaucoup de propagande. Les ambassadeurs en poste, ils ont un rôle de représentation de l'Empire et donc leurs hôtels particuliers ne sont jamais aussi bien illuminés que le 15 août, que le 2 décembre ou qu'à l'occasion de fêtes exceptionnelles, au l'honneur de victoire ou de la naissance du roi de Rome. à Saint-Pétersbourg, Colin Cour, à 200 000 francs pour cela, il organise des fêtes somptueuses. Imaginez un hôtel particulier sur les bords de la Neva, imaginez un décor à la guerre épais. Et voilà, l'ambassadeur Colin Cour se voit avec aisance dans ce monde, puisqu'il doit effectivement courtiser, vraiment au sens propre, le tsar, brillant société.
Jean Tulard
Le 15 août c'est la naissance de Napoléon, le 2 décembre c'est le Sacre et c'est Austerlitz avec ici le faste associé à cette diplomatie. C'est bien important, ça Jean-Thulard, on le sait, dans la mise en image de cet empire. Le faste. Et Napoléon est très soucieux d'ailleurs que ce soit Bling Bling. Non, c'est pas Bling Bling, c'est juste impressionnant.
Historian or Culinary Expert (possibly François Caron or similar)
Oui, c'est un homme qui lui-même est d'une très grande sobriété. Il se contente d'un chambertin coupé de dos déjà et puis d'une cuisse de poulet à toute vitesse en dix minutes, un quart d'heure. Mais à côté de ça, j'ai fait un livre Napoléon à table. Vous avez d'un côté Napoléon en travail et qui mange comme ça à toute vitesse en dix minutes, un quart d'heure. Puis vous avez les grands dîners dont j'ai donné les menus qui sont fastueux. La diplomatie, évidemment, s'accompagne de la gastronomie. et ne l'oublions pas, la gastronomie naît sous Napoléon. C'est avec Dunepart-Berchoux qui invente le mot gastronomie dans son poème, c'est avec Grimaud de Larignère qui définit le calendrier gastronomique, les légumes, les plats qu'il faut manger selon les mois, et puis c'est Bria Savarin qui donne les recettes. Donc la gastronomie naît sous un souverain qui n'attache aucune importance à cette forme, sauf dans le faste. Il y a Talleyrand. Et Talleyrand, lui, a parfaitement compris ce que, dans la diplomatie, il y avait la gastronomie, qui même est un gastronome de premier ordre. Et le chef-d'œuvre, ça va être le Congrès de Vienne, le fameux repas anniversaire de Talleyrand, un repas magnifique, dont nous ne savons rien, car je vous rappelle qu'à l'époque, il n'y avait pas de menu.
Jean Tulard
C'est pas ce qu'il mangeait.
Historian or Culinary Expert (possibly François Caron or similar)
Mais nous n'avons pas les menus. Donc quel était ce repas qui a ébloui tous les diplomates du Congrès de Vienne? Nous ne le savons pas. En tout cas, la gastronomie fait partie de la diplomatie napoléonienne.
Jean Tulard
Le Charleroi, le faste, c'est vraiment cela au cœur de la diplomatie de ce premier empire.
Charles-Éloi Vial
Et même, je dirais, le faste naît à cause de la diplomatie puisque Bonaparte devient premier consul et il commence à reconstituer une vie de cour aux Tuileries parce qu'il doit recevoir des ambassadeurs et qu'il faut leur servir à manger, à boire, il faut les recevoir toutes les semaines et c'est comme ça qu'une vie de cour se développe et la cour va jouer un rôle très important dans la vie diplomatique puisque Duroc, le grand maréchal du palais de Napoléon, qui a déjà été chargé de missions diplomatiques par ailleurs, qui connaît bien la question doit recevoir toutes les semaines les ambassadeurs pour un grand dîner diplomatique et tous les ambassadeurs à l'apogée de l'Empire sont terrifiés de voir comment est-ce que Duroc les traite, où est-ce qu'ils sont assis, comment il leur adresse la parole parce que c'est un écho de ce que Napoléon pense de tel ou tel pays à ce moment. Donc là la cour joue un rôle important et puis on parlait du 15 août, il y a notamment ces grandes fêtes aux Tuileries pour le 15 août, pour le 2 décembre qui sont aussi des théâtres où Napoléon peut mettre en scène la faveur ou la défaveur. Par exemple j'avais parlé dans un de mes livres du 15 août 1811, qui est le moment où Napoléon humilie en public l'ambassadeur de Russie. On comprend que ça ne va pas très bien se passer, que la guerre va éclater quelques jours plus tard. Il y avait eu le 15 août 1808, il avait fait exactement la même chose avec l'ambassadeur d'Autriche. qu'il avait humilié en public. À un moment, en 1809, l'impératrice Joséphine n'invite pas l'ambassadeur d'Autriche à prendre le thé, et on comprend que la guerre va éclater dans quelques jours, donc la cour joue un rôle. Et ça marche au Tuileries, bien sûr, mais ça marche aussi dans les pays étrangers, on le voit Également à la fin de l'Empire par exemple, la vie de cour en Bavière, au Wurttemberg, dans tous ces pays qui sont théoriquement alliés de la France. Quand ça commence à aller mal pour Napoléon, c'est l'ambassadeur français qui se met à attendre, qui se met à être moins bien traité. Donc il y a aussi ce jeu de ping-pong qui est intéressant à évoquer.
Jean Tulard
Dans une émission du Cours de l'Histoire consacrée à la diplomatie de Louis XIV avec l'historien Lucien Belli, excellente émission à retrouver sur franceculture.fr et l'appli Radio France, Nous avions vu combien Louis XIV était apte à la diplomatie humiliante. Il y a de ça aussi Aurélien Lignereux, la diplomatie ce n'est pas simplement arrondir les angles, adoucir les choses, ça fait aussi partie du bras de fer qui se joue en Europe au même moment.
Aurélien Lignereux
Oui, effectivement. Alors, le bras de fer, on le retrouve au sens propre, notamment à travers l'affrontement auquel se livrent les représentants de la France et du Royaume-Uni. Là, c'est la course au traitement, les bruits de couloirs, c'est vraiment quelque chose dans tous les coins du monde, de Londres à Saint-Pétersbourg, il y a ce jeu qui est très important, d'autant plus que la France n'a plus de représentation diplomatique à Londres, depuis la rupture de la paix d'Amiens. Il y a des intimidations, il y a des coups bas, il y a même des scandales rares. Mais il y a une affaire qui défraie la chronique. C'est un enlèvement armé du représentant britannique à Hambourg, qui est alors pays neutre, dans l'automne 1804. Et c'est un scandale qui, à l'époque, a presque un retentissement égal à celui de l'enlèvement du Duc d'Anghien. Donc, on recourt encore à ces coups de force puisque Napoléon veut montrer que derrière la diplomatie, il y a toujours la capacité de frapper. Ça, c'est vraiment quelque chose d'important. Et puis, on retrouve, on évoquait le parallélisme, en tout cas, Les réminiscences avec la diplomatie Louis XIV, la question des précédences joue son rôle. Et notamment lorsque Napoléon devient empereur des Français, l'enjeu est de faire reconnaître cette dignité qui est susceptible de bousculer l'ordre des précédences. Par exemple, on voit ça à Constantinople. Constantinople, il s'agit, désormais, le représentant de la France peut disputer aux tsars dans l'ordre des précéences, mais encore faut-il faire admettre ceci.
Jean Tulard
Oui, avec un empereur qui s'occupe de tout, c'est quelque chose qui est souvent présenté, Jean Tullard, avec un Napoléon qui regarde tout, mais absolument tout. Et donc, la diplomatie aussi et les précéences aussi, ça l'intéresse.
Historian or Culinary Expert (possibly François Caron or similar)
Alors, effectivement, Si nous cherchons une ligne directrice, on pense immédiatement à Talleyrand. Mais Talleyrand ne joue pas dans la diplomatie napoléonienne, alors aussi important que ça, dans la mesure où, d'emblée, lorsqu'on va négocier la paix de Pressebourg, là, il est ministre des Relations extérieures, il veut ménager au maximum l'Autriche, et Napoléon veut frapper l'Autriche. Donc, il y a déjà un premier hiatus. Ensuite, a-t-il cité Talleyrand est hostile à l'alliance avec la Russie. Là aussi, il faut la détourner vers l'Orient, puis la Russie est orthodoxe, c'est pas du tout... Il n'y a aucun lien. Et donc, il faudrait qu'on ménage l'Autriche, alors que, précisément, l'Autriche est la grande victime du traité de Tilsit. Et que fait Talleyrand à ce moment-là? Ne l'oublions pas, il se retire. On dit discretier, il semble qu'il soit plutôt retiré parce qu'il n'est plus du tout d'accord. Et à partir de là, on cherche un fil conducteur parce que, bon, Napoléon veut le rapprochement avec la Russie. Pourquoi pas? C'est les deux grandes puissances. Mais ça ne marche pas. Dès Erfurt, on voit très bien qu'il y a un Iatus et que Talleyrand va faire tout ce qu'il peut pour sauver l'Autriche. car on sent que la guerre va reprendre. C'est Talleyrand qui inspire notamment la guerre d'Espagne, l'intervention en Espagne pour détourner Napoléon de la guerre avec l'Autriche. Il pèse tant bien que mal. Ensuite, qu'est-ce qu'il va faire face au conflit avec la Russie qui est inévitable? Qui envoie-t-on à Varsovie? l'abbé de Pratt. Voilà un diplomate encore de l'époque napoléonienne. Vous avez évoqué les religieux. Voilà un parfait, et qui va se révéler littéralement catastrophique, volontairement peut-être, sur instruction de Talleyrand. En tout cas, la Pologne ne va pas, dans cette préparation à la guerre contre la Russie, ne va jouer aucun rôle. par la faute, disons, d'Abbé de Pratt, et colère de Napoléon contre Abbé de Pratt, créature de Talleyrand que nous allons retrouver ensuite en 1814.
Jean Tulard
Talleyrand face à Napoléon ou Napoléon face à Talleyrand.
Narrator
Monsieur le Grand Chambellant, j'ai une question à vous poser, Monsieur Talleyrand. Est-il exact que vous ayez reçu de l'argent de l'empereur de Russie? Oui, sire, c'est exact. Qu'est-ce que vous lui vendiez? Je ne lui vendais rien, j'achetais sa confiance. Mais n'ayant pas reçu la somme entière que j'attendais, j'en suis à me demander si nous pouvons compter sur lui. Sire, ce ne sont pas les dupes qui manquent. Ce sont les charlatans. Vous pouvez vous retirer, monsieur. Je n'ai plus besoin de vous. Convaincu que je vais le trahir, le voilà maintenant qui joue au plus fin avec moi. Et s'il m'ordonne de dire blanc, C'est avec l'arrière-pensée que je vais dire noir. Si bien que je ne peux plus discerner quand il me donne un ordre, s'il veut que je fasse ce qu'il me demande ou le contraire de ce qu'il m'ordonne. Et voilà qui complique singulièrement ma vie.
Historian or Culinary Expert (possibly François Caron or similar)
Ne partez pas, Prince.
Charles-Éloi Vial
L'Empereur va vous demander de reprendre tout
Actor or Narrator (Napoleon's voice)
de suite le portefeuille des relations extérieures.
Narrator
Connaincourt vous a dit ce que j'attendais de vous? Mais oui, sire, oui. Je suis profondément ému en songeant à Votre Majesté. Il se souvient encore de moi, mais je ne suis pas au courant de ses affaires.
Historian or Culinary Expert (possibly François Caron or similar)
Allons donc!
Narrator
Vous les connaissez mieux quiconque. Alors, disons que c'est en connaissance de cause que je refuse de m'en charger, car en vérité, elles sont en contradiction avec ma manière d'envisager la gloire et le bonheur de mon pays. Vous devriez savoir qu'on ne gagne rien à lutter contre ma puissance.
Jean Tulard
Voilà qui est dit. Le film, c'est Le Diable Boiteux de Sacha Guitry en 1948, avec un Sacha Guitry à Talleyrand. Un Diable Boiteux, c'est ce surnom donné à Talleyrand. Charles-Éloi Vial, Talleyrand, la puissance de l'équilibre que vous publiez aux éditions Perrin. conjointement avec la Bibliothèque Nationale de France. Les sous-titres, c'est toujours important dans les livres. Pourquoi l'équilibre? C'est quoi cet équilibre? C'est ce qu'on entendait ici parce que c'est vrai que Talleyrand, l'équilibre, autour de lui en fait, c'est lui le pivot.
Charles-Éloi Vial
Alors, il aurait pu avoir le jeu de mots sur le fait qu'il soit boiteux, la canne, d'accord, mais c'était plutôt l'équilibre, l'équilibre diplomatique, l'équilibre international, l'équilibre entre les différentes puissances qui est quelque chose que tous les grands diplomates dans l'histoire de France vont essayer d'atteindre. C'est l'idée un peu de Vergène d'un équilibre entre les puissances. C'est ensuite la grande idée de Talleyrand, c'est l'idée du Congrès de Vienne de réussir à avoir des puissances de premier, de deuxième, de troisième ordre qui font des systèmes d'alliances pour s'entendre et pour finalement éviter le plus possible les conflits parce que tout le monde se neutralise et donc une fois que la paix est à peu près garantie, on peut commercer, c'est aussi la grande idée de Talleyrand, la prospérité économique est garantie et la paix est assurée. Donc c'est plutôt cette idée de l'équilibre-là, un équilibre diplomatique que Talleyrand recherche constamment et réussit à imposer dans sa carrière que je voulais montrer. Avec en contraste bien sûr Napoléon qui est plutôt une diplomatie de la démesure on va dire. Il cherche à écraser, à dominer, à imposer son autorité à toute l'Europe et il n'y a plus vraiment de jeu diplomatique puisque la France écrase tout, recouvre tout et tous les autres pays sont complètement soumis, inféodés. Et là c'est très paradoxal. Il y a une forme de quasiment de vassalisation. Enfin j'utilise des termes qui sont qui font plutôt penser au Moyen-Âge. Et pour Napoléon, qui est un enfant de la Révolution, se retrouver à parler de féodalité, c'est très paradoxal, mais en réalité c'est ce qu'il veut. Écraser tout le monde pour qu'il n'y ait plus vraiment besoin de diplomatie. Si c'est la France qui domine l'Europe, il n'y a plus vraiment de débat possible.
Jean Tulard
Ce ne serait pas l'Empire de la Paix. L'Empire de la Paix, Aurélien Lignereux, c'est le titre de votre ouvrage, c'est passé, composé. D'ailleurs, il y a toujours un paradoxe d'associer ce mot paix à l'épisode impérial, l'épisode napoléonien. Alors, c'est quoi cet empire de la paix? Parce que cette recherche-là, quand on écoute Charles-Éloi Avial, elle ne conduit pas vers la paix, à vouloir écraser tout le monde.
Aurélien Lignereux
Il y a plusieurs choses. En fait, il faut quand même voir que Napoléon, il est héritier de la Révolution, on ne répétera jamais assez, et donc il a repris de la Révolution le système des réunions, le système des réunions territoriales qui a permis d'annexion de réunion en réunion, l'agrandissement de la France jusqu'à 130 départements. Et donc là il y a un continuum, la France en 1800 elle fait déjà une centaine de départements, qui est repris de la Révolution. Et il y a tout un appareil doctrinal qui justifie par l'histoire, par la géographie, par la politique ces réunions. Ce que l'on observe c'est que progressivement Napoléon effectivement va se détacher de cette armature théorique qui était hérité de la convention, selon une logique des circonstances du coup opportun. Il a un système en mouvement, comme l'a bien montré Thierry Lenz, qui va en fait dérouter ses ambassadeurs, qui va affoler les chancelleries européennes, puisque c'est une politique qui flaire la bonne occasion, le bon coup, Et ce que l'on observe également, parce que ça c'est un point sur lequel on n'a pas encore abordé, c'est par rapport à l'opinion publique française. L'opinion publique française était tenue informée dans les premières années avec des notices copieuses très didactiques, parfois écrites de la main de Napoléon dans le moniteur, pour expliquer à quel point sa politique était juste et légitime, à quel point la politique des anglais était vile et perfide. Et peu à peu, on observe en fait un appauvrissement, l'opinion publique disparaît et ne doit rester que l'esprit public. L'esprit public c'est le soutien que les français doivent manifester à la politique du pouvoir en place. Et ça, c'est presque de l'ordre du credo. Et l'opinion publique n'est pas dupe. On lui sert de la poudre de perlimpinpin en exaltant des victoires qui sont sans lendemain, qui ne se concrétisent pas par des paix. Et ce qui aboutit à ce décalage, à ce malaise dans l'opinion par rapport à une politique qui est ponctuée de succès, mais qui ne semble aboutir qu'à préparer la nouvelle guerre.
Jean Tulard
Oui, parce que c'est cette question d'évolution aussi. Parler de cet empire napoléonien, c'est ne pas parler d'un élément figé du début de 1804 à 1815. Charles-Éloi Vial, il y a des évolutions, et encore je dis 1804 pour le sac, mais on pourrait regarder un petit peu en arrière et remonter au coup d'état de Brumaire.
Charles-Éloi Vial
Mais alors c'est un empire qui est plutôt instable. Comme il est en expansion constante, il s'agrandit. Napoléon n'a pas forcément le temps ni même l'envie d'assimiler les nouveaux territoires qui sont soumis à la France, de créer une sorte d'esprit napoléonien. Et il y a forcément des tensions, des dissensions, des résistances. On le voit très bien en Hollande, on le voit très bien, également un petit peu en Allemagne. Il y a une sorte de rejet de l'Empire et plus on arrive dans le temps, plus l'Empire est contesté. J'ai toujours pensé que c'était une sorte de colosse aux pieds d'argile. Quand on en arrive à la fin de l'Empire, l'Empire s'effondre déjà quasiment de l'intérieur. Napoléon est battu en 1812 en Russie, puis en 1813 en Allemagne, mais l'Empire est déjà miné par de telles contradictions, par de telles résistances, plus encore la crise économique avec le blocus continental, que c'est un empire qui est extrêmement fragile. Ça donne une impression de solidité parce qu'il y a la propagande, il y a les arts également, on voit tous ces très grands tableaux aujourd'hui qui nous donnent l'impression de quelque chose de monolithique, d'absolument solide. Mais en réalité, pas du tout. Et c'est aussi du fait de la diplomatie de Napoléon, qui est une diplomatie, comme le disait Aurélien Lignereux, qui est très opportuniste. Il n'y a pas de ligne directrice, donc forcément, c'est instable.
Jean Tulard
Et puis avec des paradoxes, Vous venez d'évoquer, Charles-Éloi Vial, le blocus continental. Jean Tullard, ce blocus, il faut s'arrêter dessus pour comprendre justement cette mécanique napoléonienne et ses conquêtes qui vont en contradiction d'ailleurs avec une démarche d'équilibre diplomatique.
Historian or Culinary Expert (possibly François Caron or similar)
Le blocus continental, c'est effectivement l'arme économique qu'utilise Napoléon. Impossible de débarquer en Angleterre, donc on ne peut pas la vaincre militairement. Il n'y a pas d'armée anglaise, il y en aura à Waterloo, mais enfin bon, il n'y en a pas avant vraiment. En Espagne, il y en a. Mais donc on va la vaincre sur le plan économique. Et la grande idée, c'est qu'on va ruiner le commerce anglais qui exportait les produits coloniaux et les produits manufacturés sur le continent. Donc on ruine l'industrie et on ruine aussi la flotte, le commerce maritime. C'est une erreur. C'est une erreur que Napoléon n'a pas vue. Ce qui n'a pas pu briser l'Angleterre, d'abord parce qu'il y a eu la contrabande, une contrabande qui a pris une importance énorme, au point qu'on y trouve même les Rothschild dedans, enfin tout le monde s'en mêle, mais il y a aussi une chose. C'est qu'à partir du moment où l'Angleterre ne peut plus exporter, elle ne peut plus non plus importer. Elle ne peut plus importer son blé. Or, L'Angleterre produit du blé. Ce blé, c'est celui des grands propriétaires fonciers anglais, et qui dominent à la Chambre des Pères les grands propriétaires fonciers. Et donc le blocus continental ruine certes le commerce maritime, ruine les ports, mais ça va pas durer longtemps, parce qu'il y a la soupape de la contrebande. Mais en même temps, ça enrichit la gentry, l'élite anglaise. Donc, cette arme du blocus continental s'est véritablement retournée en définitive contre Napoléon parce que, du coup, Hegel, je ne les prenais, ce grand philosophe Hegel, qui est un admirateur de Napoléon. « J'ai vu passer l'âme du monde à cheval », dit-il. On ne sait pas si c'est l'âme ou l'esprit. Enfin, on le traduit de façon diverse. Enfin, il est béat devant Napoléon qui entre dans Berlin. Peu de temps après, il n'a plus
Charles-Éloi Vial
son
Historian or Culinary Expert (possibly François Caron or similar)
café. Ah! Alors, il n'a que ce qu'on appelle un jus patriotique. Et donc, voilà que Hegel change complètement. Et Fichte et autres... Finalement, le blocus continental a renforcé le système national en Europe. Ça commence avec l'erreur de l'Espagne. Ça, c'est une erreur, Napoléon. Cette idée d'intervenir en Espagne comme ça, sans consulter la population, C'est un trait de plume, mais c'est aussi les privations, les difficultés de toutes sortes, le développement de la contrebande. Il y a une guerre, on oublie toujours qu'il y a aussi une guerre entre douaniers et contrebandiers, mais de véritables affrontements. Bref, tout ça fait que le blocus continental a été l'une des erreurs
Jean Tulard
de Napoléon. Et bien, retour sur les erreurs
Actor or Narrator (Napoleon's voice)
de Napoléon. À dire vrai, Premier consul ou empereur, Napoléon est son propre ministre des relations extérieures. Il dicte à Talran les dépêches les plus importantes et Talran se borne à les signer. Ce n'est pas Talran qui négocie les traités de Lunéville et d'Amiens et c'est Joseph Bonaparte qui les signe. Il est tenu tellement à l'écart des grands événements qu'il n'apprend la paix avec l'Angleterre que par le canon des Invalides. et il en marque le soir même son dépit à Hortense de Beauharnais. Mais pour demeurer en place, il se résume parfaitement à ce rôle secondaire. Il y a plus grave, la preuve est établie et sans contestation possible, qu'il a été à l'origine de deux des décisions que l'histoire reproche le plus à Napoléon. C'est, lui, qui suggéra à l'Empereur, qui n'y songeait point, de faire arrêter le Duc d'Orguen en territoire neutre et de le faire exécuter. C'est lui encore qui poussa son maître à s'engager dans les affaires d'Espagne. Fidèle à sa tactique constante, il en fut quitte pour proclamer plus tard en toute occasion qu'il s'était opposé à ses actes régrettables et pour reprocher à Napoléon d'avoir pris des résolutions que ses propres conseils lui
Jean Tulard
avaient inspirées. En 1949, Léon Noël, homme politique, diplomate, qui s'exprimait sur les erreurs de Napoléon, donc l'enlèvement et puis l'exécution du Duc d'Anguin, et puis on pourrait rajouter l'Espagne, on pourrait rajouter la Russie. Je fais juste une parenthèse pour montrer à combien les préoccupations du moment sont aussi des préoccupations historiques. En 1849, le Duc d'Anguin, la Russie d'Espagne, aujourd'hui les erreurs de Napoléon, et c'est très légitime, c'est la place des femmes dans le code civil, c'est le rétablissement de l'esclavage en 1802 qui n'était pas des préoccupations en 1949. L'histoire est toujours le reflet de sa société. Mais on a ici vraiment toute cette question sur la diplomatie qui est Intenable, impossible pour Napoléon, blocus continental, la volonté d'affirmer sa puissance. On est à l'encontre de la diplomatie ou alors pour le dire autrement, c'est une diplomatie qui ne correspond pas à ce que nous définissons aujourd'hui comme étant la diplomatie. Aurélien Lignereux, c'est ça aussi cette diplomatie-là, elle est sous la coupe d'un homme très particulier
Aurélien Lignereux
qu'est Napoléon. Oui, mais au préalable, vous avez raison de revenir sur les fragilités du raisonnement historique qui peut être coloré par le contexte d'une époque. Les erreurs de Napoléon, la liste serait longue, mais ça part d'un point de vue rétrospectif, d'une histoire téléologique qui était écrite depuis la fin. Les historiens ont tendance ces dernières années à mettre en avant aussi plutôt l'histoire des futurs non advenus et à montrer en fait tous les possibles que comportait une période historique, y compris l'Empire napoléonien, puisque l'Empire devait-il fatalement s'effondrer sur lui-même? Ce serait masquer en fait un certain nombre de réussites sur le plan européen, c'est-à-dire la construction d'un espace d'un espace, avec des routes, avec des règles d'urbanisme, il y a des choses qui sont en train de se mettre en place. Il y a des circulations de populations, d'abord de fonctionnaires, dans les deux sens, principalement des français qui vont s'installer comme expatriés dans les nouveaux départements, mais il y a aussi des des gens qui sont nés à l'étranger, qui font carrière en France, qui deviennent préfets à Nantes, qui deviennent préfets à Périgueux ou préfets à Bourg-Combresse. Et il ne faut pas effacer, c'est possible, puisqu'il y a des facteurs de fragilité, ça c'est certain. Le mur est lézardé, oui, mais il y a aussi le poids de l'accident, de la conjoncture, du désastre hors proportion de 1812 qui rebat les cartes. Et ça pose effectivement la question des objectifs de la diplomatie de Napoléon. Finalement, est-ce que Napoléon a véritablement rompu avec les sanges creux de la révolution, avec l'idéologie? Pas forcément, puisqu'il essaye d'imposer en Europe un espace de civilisation commune, un espace du code civil qui reprend les principes de 1789 et ce qui fait que son La diplomatie qu'il met en œuvre, elle reste entachée, ou portée, ou on oublie, selon les points de vue, par la volonté de créer un espace de droits communs en Europe qui complique et qui est refusé non seulement par les cours étrangères, mais aussi par la revitalisation des sentiments nationaux
Jean Tulard
en Europe. Cet espace-là, c'est l'Europe égentulare. Vous nous disiez que dans le mémorial de Sainte-Hélène, donc dicté par Napoléon à Lascaz pendant son exil à Sainte-Hélène, publié en 1823, on est après les événements, il y a une relecture de l'histoire en disant que Napoléon a voulu porter le principe des nationalités. nous avons aujourd'hui une conception de la diplomatie avec des états-nations bien constitués. Nous sommes à un moment où cela germe. On n'est pas encore dans les états-nations. L'aristocratie européenne passe d'un pays à l'autre, il y a des alliances. Ce n'est pas exactement la même conception que nous
Historian or Culinary Expert (possibly François Caron or similar)
avons aujourd'hui. Vous avez raison. Nous avons oublié deux problèmes. La langue. N'oubliez pas que le français est la langue dominante en Europe. C'est-à-dire que quand des fonctionnaires notre ami l'a étudié très bien dans son Europe napoléonienne, les fonctionnaires parlent la langue française avec les élites allemandes ou italiennes. D'une part, donc, il y a la langue, et d'autre part, il y a aussi la franc-maçonnerie. La franc-maçonnerie qui n'a pas le rôle politique, elle le jouera par la suite, mais qui est aussi une manière de tisser des liens des fonctionnaires qui arrivent dans une ville, peuvent retrouver l'éloge. L'éloge joue un rôle important, même si on a posé le problème de savoir si Napoléon était franc-maçon ou non, ce qui est secondaire. Il y en a deux éléments, et c'est encore cette Europe, l'Europe des Lumières, l'Europe cosmopolite, où l'on ne sait plus si Mozart est italien, allemand, français... Ça n'a plus aucune importance. Et cette Europe cosmopolite, elle ne va pas tomber avec Napoléon, elle tombe avant Elle tombe sur le champ de bataille de Valmy lorsque les soldats du Morié crient « Vive la nation! ». La nation s'est lancée et l'Europe cosmopolite va s'écrouler à partir de Valmy. Elle tient encore jusque vers 1810, 1809, etc. Mais ensuite, c'est ce mouvement des nationalités que le Congrès de Vienne ne comprend pas, mais que Napoléon ou plus exactement Lascaz, car on ne sait pas très bien dans le mémorial ce qu'est Napoléon et ce qu'est Lascaz. Il y avait un grand débat qu'André Vivial l'a organisé sur précisément le mémorial de Sainte-Hélène où Bon, on a trouvé un manuscrit où il n'y a absolument aucune des grandes déclarations de Napoléon, qui était la Sainte-Hélène que les Anglais ont saisie. Et puis il y a celui de la publication en 1823, où il y a Napoléon, champion de la Révolution, champion des nationalités, Evidemment, ça ne correspond pas tout à fait à ce qu'avait été la diplomatie de Napoléon, mais c'est l'occasion pour récupérer ces mouvements qui vont éclater en 1830 et faire voler en éclats cette Europe de
Jean Tulard
Talleyrand et de Metternich. Charles-Éloi Vial, vous avez dirigé en effet le mémorial de Sainte-Hélène, Histoire et postérité avec Pierre Brandat, et vous êtes l'auteur de Talleyrand, la puissance de l'équilibre. Talleyrand, justement, ça fait partie de ces personnages d'un ancien monde, mais qui savent s'adapter au changement du monde. Mais quand même, Talleyrand, c'est la très très très haute aristocratie, avec des liens internationaux. Quand il se retrouve à Vienne, au Congrès, quand tous ces gens-là se croisent en 1815, c'est la chute de l'Empire. ils parlent la même langue, mais pas simplement le français. Ils parlent la même langue, ils
Charles-Éloi Vial
ont les mêmes codes. Ils parlent la même langue, ils ont la même culture, ils se comprennent, ils se connaissent. Et c'est ça aussi que Napoléon recherchait chez Talleyrand. C'est pour ça qu'il a pu se maintenir aussi longtemps. C'est qu'il a ce côté aristocratique, il a ces réseaux dans toutes les capitales européennes. C'est un représentant de l'ancien monde, de ce monde cosmopolite international. Et c'est quelque chose dont Napoléon a besoin. Et je pense que ça explique pourquoi Talleyrand a tellement d'influence sur Napoléon pendant très longtemps. Bonaparte, premier consul, puis même Napoléon, empereur durant les premiers temps, a besoin de Talleyrand. Et Talleyrand a énormément d'empires sur Napoléon, énormément d'influences sur lui. Et ça, on ne l'a peut-être pas assez souligné non plus, à quel point il y a une entente entre les deux, au début du mois. Et Talleyrand arrive bien à influencer Napoléon, à lui faire comprendre certains usages, à lui souffler certaines idées qu'ensuite Bonaparte s'approprie. Donc il y a une certaine entente entre les deux, il y a une rupture ensuite, c'est presque un amour déçu finalement entre eux, mais au début ils s'entendent extrêmement bien. Il y a des lettres de Talleyrand qui sont fascinantes qui se terminent par « Je vous
Jean Tulard
aime ». Ah oui, oui, c'est ça, c'est cette tension que nous évoquons sans cesse dans l'Empire napoléonien qui correspond à des hommes de leur temps. Et justement, je dis hommes de leur temps, Aurélien Lignereux, vous nous avez dit que le rôle des femmes des ambassadeurs, des ambassadrices peut être important. C'est une histoire où les femmes semblent invisibilisées. C'est vraiment étonnant. Quand on regarde ce monde de la diplomatie, on croise très peu de
Aurélien Lignereux
femmes. Vous en avez trouvé, vous? Les femmes vont jouer un rôle de l'ombre par la diplomatie des salons, le commerce de l'esprit qui joue son rôle. Et ça, c'est à Saint-Pétersbourg, comme à Madrid, comme à Naples, c'est des points importants. Il ne faut pas oublier les figures de souveraines. qui à ce titre peuvent essayer de peser, que ce soit à Naples, que ce soit Louise à Berlin. Donc elles peuvent, selon un petit peu ces registres additionnels, essayer de jouer un rôle. Il y a des affaires d'espionnage, des renseignements qui passent par ces voix. Et puis dans la construction d'une honorabilité de la carrière de l'ambassadeur, Le rapport aux femmes, à son importance, il y a des carrières qui peuvent être un peu ternies, perturbées, entravées, puisque Napoléon, dans sa volonté de bon élève, de reprendre un certain nombre de codes, ne supporte mal les incartades de certains de ses représentants. Sans Édouard Bignon, qui est extrêmement talentueux, mais qui a une série de frasques amoureuses un peu partout. à Varsovie, à Cachereau, etc. dans
Jean Tulard
la carrière et entravée pour cela. Oui, dans la narration de cette histoire, c'est vrai que les femmes ont souvent
Historian or Culinary Expert (possibly François Caron or similar)
été invisibilisées. Charley-Loivialle ou Jean Tullard. Talleyrand en lui-même, vivant avec Mme Grand, Napoléon lui impose d'épouser Mme Grand à la grande fureur de Talleyrand. Donc voyez comment le rôle des femmes, c'est le rôle d'épouse, mais effectivement, au long, on va aussi avoir des ennuis par rapport à la suite de son mariage que Napoléon ne voulait pas. Napoléon pèse sur les alliances, mais effectivement, on va chercher des femmes Alors on dira, ah oui, alors là, on va faire un coup de violon. Marie Valesca influençant Napoléon pour rétablir le Grand-Duché de Varsovie. Bon, d'accord. Tout ça, c'est... En fait, la femme est une des absentes de l'époque napoléonienne. Et c'est pourquoi, peut-être, nous n'avons pas dans nos livres sur Napoléon un public féminin très ardent. Nous avons
Jean Tulard
plutôt des militaires à la retraite. Vous êtes lu par des militaires à la
Charles-Éloi Vial
retraite, sans doute, mais pas seulement. Sans doute par des dames aussi. Je voulais rebondir juste sur le cas de Colin Court qui est le contraire absolu puisqu'il est nommé ambassadeur de Russie. Il pense qu'en échange, Napoléon va l'autoriser à épouser l'amour de sa vie, la belle Adrienne qui est divorcée. Et Napoléon ne l'autorise pas et il reçoit constamment des lettres lui disant mais prenez une maîtresse à Saint-Pétersbourg. Faites comme tout le monde en gros. Trouvez-vous une maîtresse. Faites des frasques. Ça fait sans doute bien dans la société de Court peut-être de montrer une certaine vitalité de l'ambassadeur. Donc il y a ce paradoxe aussi, certains doivent rentrer dans le rang et d'autres, au contraire, doivent se faire remarquer. Mais quand même, pour les femmes, Napoléon confie quand même certaines missions à Marie-Louise. Par exemple, quand elle est régente de l'Empire, elle a des entretiens diplomatiques, donc elle dit grosso modo ce que son mari lui a dit de de dire, mais c'est quand même menacer l'Autriche, son pays natal, d'une guerre contre la France. Donc elle le fait. Donc elle a quand même un rôle diplomatique. Et on constate quand même certaines dames du palais de Marie-Louise, par exemple, qui vont avoir des rôles de messagères, qui vont transmettre quelques informations. Donc Napoléon peut-être se méfie d'elles, mais il arrive quand même à utiliser certaines d'entre elles. Et on voit une influence. On voit une influence et on voit peut-être qu'elles prennent aussi de l'importance au fil du temps. puisque Napoléon essaie peut-être de multiplier les points de contact à la fin de l'Empire pour réussir à toucher certains adversaires ou certains alliés qui sont en
Jean Tulard
train de lui tourner le dos. Et puis il terminait une émission consacrée à Napoléon Diplomate, étant donné, Jean Tullard, vous nous l'avez rappelé, que c'est sous le Premier Empire que naît la gastronomie.
Historian or Culinary Expert (possibly François Caron or similar)
Évidemment, il nous
Actor or Narrator (Fouché's voice)
fallait un
Narrator
souper. Foie gras truffé.
Actor or Narrator (Fouché's voice)
Du Périgord. Prince, vous savez vivre. Une habitude, Monsieur Fouché. Le savoir vivre et le savoir mourir. Se lâcher nous se sait à la naissance. À votre avis, combien de temps
Narrator
avons-nous pour souper dans le calme?
Actor or Narrator (Fouché's voice)
Faire tomber, bat le
Narrator
cul! Alors Fouché, combien
Historian or Culinary Expert (possibly François Caron or similar)
de temps?
Actor or Narrator (Fouché's voice)
Très peu
Charles-Éloi Vial
de temps. Pas plus? Gare plus. Je
Actor or Narrator (Fouché's voice)
ne contrôle plus que mes agents qui
Jean Tulard
risquent d'être débordés à tout
Actor or Narrator (Fouché's voice)
instant. Ils vont redouter les
Jean Tulard
meutes. J'en ai l'expérience. En juillet 1815, Fouché, Talleyrand, Claude Riche, Claude Brasseur dans le film d'Edouard Molinaro, Le
Historian or Culinary Expert (possibly François Caron or similar)
Sloupé, Le souper est entièrement faux, ça ne s'est
Jean Tulard
pas
Historian or Culinary Expert (possibly François Caron or similar)
du tout déroulé à Paris. Masette! D'une part, ah non, c'était pas à Paris, Talleyrand ne pouvait pas entrer dans Paris, Paris était bloqué par les puissances alliées, Carême n'a pas préparé ce repas, évidemment, et le repas a eu lieu, effectivement, le dîner a eu lieu, mais à nuit. Et en présence de Poseu d'Hiborgo et de Wellington, et c'est là où tout le monde tombe d'accord, pour dire, on va rétablir le 8-18, et c'est alors que Talleyrand et Fouché partent à Saint-Denis, Chateaubriand va les voir, le vice appuyé sur le bras du crime, qui est certainement l'une des pages les plus belles de la littérature, l'une des plus féroces,
Jean Tulard
qui caractérise les deux vieux traîtres. Aurelien Lignereux, que reste-t-il de la diplomatie napoléonienne? Après, nous l'entendons ici, la décision de mettre Louis XVIII sur le
Aurélien Lignereux
trône, c'est le retour des Bourbons. En fait, la diplomatie napoléonienne, c'est un état intermédiaire entre la souveraineté incarnée et la souveraineté d'état. Et donc ça, c'est un balancement qui va être poursuivi par le XIXe siècle. La diplomatie napoléonienne, c'est aussi une étape dans la fixation de pratiques, de règles coutumières à un droit diplomatique qui commence à se fixer aux congrédiennes. Donc, il y a tout cela qui est en germe, derrière les phrases, le côté militaire, etc. Et finalement, le très peu de temps évoqué par l'extrême Après, dans la diplomatie, ce très peu de temps a quand même duré un siècle parce qu'il y a eu une survivance de l'ancien régime dans la diplomatie qui se voit, qui était préparée par Napoléon avec le retour en force d'un personnel aristocratique et qui va durer, le temps des messieurs de Norpois va durer jusqu'à un autre congrès, celui
Jean Tulard
de Versailles, un siècle plus tard. Et puis sur ce congrès de Vienne en 1815, nous savons Combien il a des effets sur le long terme, lui aussi, Charles-Éloi Vial, un personnage comme Talleyrand, poursuit sa carrière évidemment après la chute de l'Empire, avec toujours autant d'influence, mais on peut toujours avoir cette idée
Charles-Éloi Vial
qu'il garde sa ligne de diplomate. Il garde sa ligne, alors il a une carrière qui est quand même un peu en dent de scie, puisqu'il est président du conseil de Louis XVIII, qui revient en juillet 1815, juste après la scène du souper, et il est chassé du pouvoir en septembre, donc ça ne dure pas très longtemps, et il passe le reste de la restauration dans l'ombre, il ronchonne, Il donne des conseils, il fait des esclaves dans des salons, mais il est complètement mis à l'écart. Il retrouve un vrai rôle que sous Louis-Philippe en 1830, où là, à nouveau, il va aller à Londres, il va être ambassadeur de France à Londres. Là, il va jouer un rôle extrêmement important, il va continuer à négocier lors du congrès de Londres pour, on va dire, par faire l'oeuvre du Congrès de Vienne, la reconnaissance de la Belgique notamment, donc contribuer à nouveau à la stabilité européenne. Puis ensuite, vraiment les dernières années de sa vie, il joue toujours ce rôle de conseiller. Mais tous ceux qui le revoient à partir de 1830, qui retravaillent avec lui remarquent qu'il n'a déjà pas changé. Il a toujours les mêmes idées, les mêmes buts, les mêmes principes, les mêmes méthodes de travail. Donc il est resté le même et il n'a pas varié. C'est aussi cette constance, c'est quelque chose d'assez remarquable alors qu'effectivement Napoléon était changeant, opportuniste. Là on a des individus qui ont gardé les mêmes idées. Finalement pour lui c'était cette politique de l'équilibre
Jean Tulard
à laquelle il tenait par-dessus tout. Voilà, tout le monde n'est pas géroète, Jean Tullard. On l'entend, même si la géroète elle-même est géroète, t'as les rangs mais avec une ligne directrice très nette dans sa politique.
Historian or Culinary Expert (possibly François Caron or similar)
Cet héritage napoléonien en diplomatie, compliqué. Alors son testament, c'est l'apparition à l'Académie des sciences morales et politiques, où il fait l'éloge du diplomate Reinhardt. Il va mourir peu de temps après, mais il apparaît à l'Académie des sciences morales et politiques, à laquelle il appartenait. Et son fauteuil, qui est le fauteuil numéro 2 de la section économique, appartient à, je vais vous donner son nom, M. Pébreault, qui est le successeur d'adhérent à
Jean Tulard
l'Académie des sciences morales et politiques. Merci vivement à tous les trois de nous avoir présenté cette diplomatie napoléonienne. Aurélien Lignereux, L'Empire de la Paix s'est publié chez Passé Composé de la Révolution à Napoléon quand la France réunissait l'Europe. Ce regard décalé passionnant pour saisir l'Empire qu'on associe souvent à la guerre. Charles-Éloi Vial, Talleyrand, La puissance de l'équilibre c'est chez Perrin. Je dis qu'un de vos ouvrages à chacun parce qu'il y en a plein, on le retrouve sur le site internet, le cours de l'histoire franceculture.fr et Jean Tullard, Napoléon, vérité et légende. Je le dis parce que c'est dans le chapitrage. Talleyrand a-t-il trahi Napoléon? Grouchy est-il responsable de la défaite de Waterloo? Napoléon pouvait-il vaincre l'Angleterre? C'est tout simplement efficace et passionnant. Merci vivement. A tous les trois prochaines épisodes dans le cours de l'histoire. Un autre empereur, le dernier empereur cette fois-ci, François Mitterrand. Et oui,
Narrator/Voiceover
une idée impérialiste de la diplomatie. Les temps, certes, sont troublés, mais la France n'a-t-elle pas forgé sa grandeur au cours des siècles, au milieu des pires épreuves? La République française Outre-mer, procédant du même génie créateur, se forgera demain. Le gouvernement, pour sa part, est résolu à poursuivre la tâche entreprise. Les Français d'Outre-mer doivent savoir qu'ils peuvent compter sur la métropole. La métropole sait
Le Cours de l’histoire — Diplomatie française, une histoire d’influence 2/4 : Paix, gloire et bottés, les diplomates de Napoléon
France Culture, 6 mai 2025
Host: Xavier Mauduit
Guests: Jean Tulard, Aurélien Lignereux, Charles-Éloi Vial
Theme: Exploration of Napoleonic diplomacy—its practices, paradoxes, legacies, and figures, with a focus on Talleyrand and the evolving nature of international relations under Napoleon.
This episode delves into the complexities of diplomacy under Napoleon, contrasting his approach with that of Talleyrand and situating the period as a crossroads between the ancien régime and modern diplomatic practices. The discussion also explores lesser-known facets: the role of military in diplomacy, propaganda, the prominent absence of women, and the enduring influence of Napoleonic methods and personnel. Notable is the emphasis on the duality—if not outright tension—between Napoleonic inclination toward centralized, forceful politics and Talleyrand’s pursuit of balance and professionalized negotiation.
Talleyrand’s Linearity vs. Napoleonic Opportunism
« Talleyrand n’a jamais varié. […] C’est l’idée de l’alliance avec l’Autriche. […] Talleyrand-girouette, non, pas du tout. »
Practical Differences in Conduct
« Napoléon a ce côté presque très ancien régime de vouloir se mêler de tout, de centraliser les affaires. »
Diplomacy and Espionage
« Ce sont des espions. […] Les ambassadeurs observent tous les mouvements de troupes et tout est envoyé à Talleyrand qui les centralise. »
Continuum Between War and Peace
« Napoléon […] a initié un continuum entre la guerre et la paix. […] Il est là à Austerlitz et c’est lui qui fait le traité de Presbourg. »
Legacy of the Ancien Régime
Administration and Bureaucracy
« Talleyrand s’est très bien entouré. Il y a quasiment autour de lui […] des sortes de demi-Talleyrand. »
Display, Fêtes, and Symbolism
« Le faste naît à cause de la diplomatie […] il commence à reconstituer une vie de cour aux Tuileries parce qu’il doit recevoir des ambassadeurs. »
Gastronomy’s Emergence
« La gastronomie naît sous Napoléon. […] Talleyrand, lui, a parfaitement compris que, dans la diplomatie, il y avait la gastronomie. »
Manipulating the Narrative
« L’opinion publique française était tenue informée dans les premières années […] puis on observe un appauvrissement, l’opinion publique disparaît et ne doit rester que l’esprit public. »
Paradoxes and Instabilities
« C’est un empire plutôt instable. Plus on arrive dans le temps, plus l’Empire est contesté. […] J’ai toujours pensé que c’était une sorte de colosse aux pieds d’argile. »
The Continental Blockade’s Boomerang Effect
« Ce blocus continental a renforcé le système national en Europe. »
Talleyrand’s Influence and Enduring Principles
« L’idée, c’est un équilibre diplomatique […] qui fait des systèmes d’alliances pour s’entendre et pour finalement éviter le plus possible les conflits […] la prospérité économique est garantie et la paix est assurée. »
« Les femmes vont jouer un rôle de l’ombre par la diplomatie des salons, le commerce de l’esprit qui joue son rôle. »
Transition State
« C’est un état intermédiaire entre la souveraineté incarnée et la souveraineté d’état. »
Institutional Heritage
On Napoleonic Diplomacy’s Complexity
« Napoléon entend finir la Révolution. […] Le diplomate, c’est celui qui sait, qui connaît la diplomatie. C’est un expert. Et ça, c’est une rupture qui a été préparée par la Révolution. »
On Power and Precedence
« …lorsque Napoléon devient empereur des Français, l’enjeu est de faire reconnaître cette dignité qui est susceptible de bousculer l’ordre des précédences. »
On the Difficulty of Achieving Peace
« Plus on arrive dans le temps, plus l’Empire est contesté. […] c’était une sorte de colosse aux pieds d’argile. »
On Talleyrand’s Legacy
« Il garde sa ligne, alors il a une carrière qui est quand même un peu en dent de scie […], mais tous ceux qui le revoient à partir de 1830 […] remarquent qu’il n’a déjà pas changé. Il a toujours les mêmes idées, les mêmes buts, les mêmes principes, les mêmes méthodes de travail. »
Napoleonic diplomacy emerges as a pivotal yet transitional moment in European international relations: marked by innovation, centralization, and personal control, but also hampered by a militarized approach, disregard for equilibrium, and ultimately, instability. The episode highlights the persistent influence of figures like Talleyrand, whose commitment to diplomatic balance and adaptability enabled continuity amidst revolutionary change and paved the way for the enduring structures of 19th-century diplomacy. The discussion ends by insisting on the importance of examining both successes and failures—and the paths not taken—rather than approaching Napoleonic foreign policy simply through the lens of its collapse.
Further Reading (as recommended):
(End of podcast summary)