
François Mitterrand, une idée impérialiste de la diplomatie
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Pascal Blanchard
François
Host/Interviewer
Mitterrand, une idée impérialiste de la diplomatie. La diplomatie désigne la science et la pratique des relations politiques entre les états. Elle n'a de sens que si elle est guidée par une vision du monde. Quelle fut celle de François Mitterrand depuis son jeune âge jusqu'à sa présidence? Mitterrand, le dernier empereur.
Archive/Voice Actor
Je pense simplement qu'il existe un certain nombre de données objectifs qui devraient nous permettre d'échapper à cette fatalité du passé.
Nicolas Bancel
Non, tout ça, c'est de la matière molle. Vous n'allez pas commencer à imiter tous ces diplomates qui ont un balai dans le cul, Arthur. Vous allez mieux que ça. Alors, légitimité. Tac, tac, tac.
Archive/Voice Actor
La voie raisonnable passe par la mise en place effective de la force inter-africaine.
Nicolas Bancel
Unité.
Archive/Voice Actor
qui permettra au gouvernement légitime de bénéficier des conditions nécessaires à la conduite des affaires de son pays.
Nicolas Bancel
Efficacité, tchac, tchac, tchac.
Pascal Blanchard
Le cours de l'histoire.
Nicolas Bancel
Sinon, c'est la guerre.
Host/Interviewer
Eh ben voilà, au moins c'est dit, tout le monde a reconnu le film Quai d'Orsay de Bertrand Tavernier, c'était... Ce film avec Thierry Lhermitte et aujourd'hui nous allons évoquer cette figure de François Mitterrand avec vous trois. Bonjour Pascal Blanchard.
Nicolas Bancel
Bonjour.
Host/Interviewer
Historien, co-directeur du groupe de recherche Hachax et l'association pour la connaissance de l'histoire de l'Afrique. Bonjour Nicolas Bancel.
Judith Bonin
Bonjour.
Host/Interviewer
Historien aussi, professeur ordinaire à l'université de Lausanne. Et puis bonjour, Judith Bonin. Vous êtes maîtresse de conférence en histoire contemporaine à l'université Bordeaux-Montagne. Il y a cet ouvrage, François Mitterrand, le dernier empereur de la colonisation à la France d'Afrique. C'est publié chez Philippe Rey, ça tombe bien, vous en connaissez un rayon. Mais on met les piquets dans le plat tout de suite. Pourquoi ce titre, le dernier empereur, Pascal Blanchard?
Nicolas Bancel
Parce que c'est peut-être le dernier qui a pensé la grandeur de la France en s'appuyant sur ce qu'était l'héritage à la fois territorial, symbolique, d'influence, de réseau, d'une France qui n'était pas une France qu'hexagonale, mais qui était une France avec un périmètre impérial. Et en fait, il a connu cette époque, il en a hérité, il a vécu des décolonisations, il est de cette génération qui a connu les tâches roses sur les cartes, et il a continué à penser cette grandeur impériale, certes à travers de nouveaux types de relations avec ces pays, mais sans jamais lâcher cette idée que la France avait besoin pour être grande, enfin le compte d'être grande géographiquement parlant.
Host/Interviewer
Oui c'est ça, Nicolas Bancel pour saisir la présidence de François Mitterrand, en tout cas sa diplomatie, il faut regarder qui il est depuis qu'il réfléchit au monde.
Judith Bonin
Oui, je pense que ce que le livre apporte de fondamental, c'est une analyse biographique complète du point du rapport de François Mitterrand à la question coloniale africaine et ultramarine. Et quand on se plonge en fait dans l'enfance, dans l'adolescence, dans la formation initiale de François Mitterrand, on s'aperçoit que d'une part, il visite l'exposition coloniale en 1931, dont il est ébloui comme 9 millions de français qui vont la visiter. Et puis il a toute cette formation littéraire à partir de romans nationaux et coloniaux. Et puis son premier engagement quand même, son premier engagement est en faveur de la conquête de l'Ethiopie. Il soutient la conquête de l'Ethiopie de Benito Mussolini et il va s'engager à ce moment-là dans les mouvements ultra-nationalistes avec ce fonds d'ambition aussi colonial pour la France.
Host/Interviewer
Voilà, ça donne envie. Juste merci vivement à vous d'écouter le cours de l'histoire aujourd'hui parce qu'on entend François Mitterrand qui soutient la conquête de l'Ethiopie par l'Italie fasciste. Judith Bonin, c'est toute cette réflexion-là qu'il faut avoir. Vous êtes l'autrice d'un ouvrage sur les voyages de François Mitterrand, c'est « Le PS et le monde 1971-1981 ». Bah oui, étudier les voyages d'un président, c'est aussi réfléchir à sa diplomatie. Voici cette idée impérialiste de la diplomatie de François Mitterrand. C'est une
Pascal Blanchard
idée valable. Oui, c'est vrai que s'intéresser à un homme politique, c'est s'intéresser à son ancrage en général. Et quand on sait les responsabilités qu'a eues Françoise Mitterrand, s'interroger sur sa vision du monde, comment elle s'est construite dans sa jeunesse, dans ses premières responsabilités, y compris sous la Quatrième République, ça me semblait
Host/Interviewer
très important. On va faire ça aujourd'hui dans le cours de l'histoire. On ne va pas faire la biographie de François Mitterrand, on ne va pas faire la narration de sa politique internationale, mais on va essayer de comprendre l'imaginaire de François Mitterrand quand il regarde une carte. Qu'est-ce qu'il y voit? On peut rappeler d'ailleurs sa formation. Il vient d'où François Mitterrand? Il est héritier de quelle histoire?
Judith Bonin
Nicolas Brissel. Il est héritier d'abord d'une bourgeoisie provinciale très ancrée à droite et il y a un article très intéressant qui nous décrit toutes les lectures de François Mitterrand pendant sa prime jeunesse. Il est formé aussi en droit et on sait que la faculté de droit concentre aussi les idéaux nationalistes de l'époque. On est dans une époque, les années 30, c'est très bien décrit dans le chapitre de Yann Chapouteau. où il y a cette angoisse de la décadence de l'Occident et cette attirance aussi de toute une fraction de la jeunesse pour cette révolution conservatrice qui se profile avec les mouvements d'extrême droite, le PSF, le PSF, le PSP, les ligues aussi, il appartiendra. aux Croix de Feu, notamment à Mitterrand, aux jeunesses des Croix de Feu, et puis au PSF, au Parti Social Français. Donc il est dans ce bain, je dirais, avec ses espoirs qui sont celles, en fait, d'une jeunesse certes, on va dire, nantis, mais qui est complètement imprégnée par ces nouveaux idéaux qui vont porter toutes les années 30 et aboutir malheureusement aussi aux
Host/Interviewer
expériences fascistes. François Mitterrand, le dernier rempereur, l'ouvrage que vous avez dirigé tous les deux, Pascal Blanchard et Nicolas Bonsel, il y a du monde, du beau monde, parce que quand on regarde sur ces premières années, les auteurs, les autrices, c'est Didier Denynx, c'est Laurent Joly, Je vois François Gerber, c'est lui qui a écrit l'article sur les influences littéraires. C'est passionnant de se replonger comme ça, sur un temps très long, Pascal Blanchard, en faisant intervenir des spécialistes des différentes périodes. Didier Denaix, sur l'exposition coloniale de 1931, c'est extrêmement pertinent parce qu'on a tendance à séparer les périodes de la vie d'un individu sans penser au avant. Et là, le avant, il explique sans cesse l'engagement
Nicolas Bancel
de Mitterrand. Quand on a découvert que Mitterrand avait visité l'Expo Coloniale, il l'a dit deux fois dans sa vie, dans deux interviews. Donc avant qu'on lui pose vraiment la question, la première fois où il est venu au Louvre, il répond, je suis venu au Louvre parce que je suis venu à Paris en famille voir l'Expo Coloniale et c'est mon premier voyage dans la capitale. Et tout de suite on s'est dit avec Nicolas qu'il fallait le raconter avec les yeux d'un adolescent de son âge, de 14 ans, qui regarde et qui découvre l'Exposition Coloniale. Et Didier, qui est un auteur fantastique, qui est à la fin un romancier, mais aussi indirectement quelqu'un qui s'est tout le temps appuyé sur l'histoire, dans tous ses livres, et on le sait, nous avait semblé la personne qui était capable, par ses mots, d'arriver à transcrire, non pas simplement ce qu'avaient été les faits, mais ce qu'avait pu être le regard d'un adolescent qui découvrait Paris, le monde, la grandeur de la France, et l'Expo coloniale, on le sait tous, il fallait près d'une semaine pour la visiter dans son ampleur, elle devait émerveiller. Et elle a émerveillé toute une génération, Nicolas vient d'en parler par rapport aux visiteurs. Et donc on s'est dit qu'il fallait partir d'un point de départ. Et à l'individu, dès qu'on fait une biographie, c'est très important d'arriver bien sûr à avoir cette continuité jusqu'à la fin de sa vie, mais d'arriver aussi à comprendre ce qui l'a formé, qui il était. Ses livres, sa culture, sa famille, ses voyages, ses premiers engagements politiques de prime jeunesse, ses amis et étudiants, l'entourage qui va être le sien, ses premiers choix, on va dire en tant que journaliste, dans le cas de Mitterrand, ou ses premiers choix politiques, et d'expliquer donc un environnement. Et vous le savez comme moi, un peu comme des laborantins, c'est là que vous arrivez à comprendre ce qu'il fait la chimie ou l'alchimie d'un individu. Et c'est pour ça qu'on a pris le temps de rentrer dans le livre d'abord par
Host/Interviewer
sa jeunesse. Et puis avec Judith Bonin, cet imaginaire colonial qui n'est pas spécifique à François Mitterrand, c'est un homme de son temps, c'est un homme qui est né en 1916 et puis qui a appris à l'école avec toutes ses cartes l'empire
Pascal Blanchard
colonial français. Oui, effectivement, dans les premiers chapitres de l'ouvrage, on voit bien qu'à la fois, il est totalement dans son époque. Il visite l'exposition de 1931. Il a des lectures qui croivent l'histoire et le grand récit colonial. Mais il me semble que ce qu'il en ressort aussi, c'est que finalement, il n'est pas plus passionné par l'Empire qu'un autre. C'est-à-dire que vraiment, reflet de son temps, c'est toujours compliqué à mesurer. parce que toute époque est diverse et voilà, c'est un raccourci compliqué. Mais il est emprunt de ça, de cette culture scolaire, littéraire, historique. Et y compris dans son récit de voyage de 1950, on voit qu'il se réfère à Federb, à Fachoda. Il y a comme ça des grands faits qui l'ont marqué et qui viennent peupler cette culture et cette vision qu'il a, y compris dans les
Host/Interviewer
années 50. Avec un regard spécifique à Nicolas Bancel, vous nous l'avez dit, François Mitterrand évolue dans un monde qu'on qualifierait aujourd'hui d'extrême droite, mais c'est cette complexité aussi des engagements dans une Europe qui est chamboulée avec la montée du fascisme, et c'est un jeune homme qui se construit, il faut trouver sa place, sachant d'où il vient cette bourgeoisie, vous l'avez dit
Judith Bonin
de propre. Bien sûr, il va trouver sa place, d'ailleurs il va avoir son engagement à Vichy, c'est bien connu, bien élaboré, bien exploré par Pierre Péan. On développe aussi beaucoup ce chapitre parce que ça nous semble important. Il était notamment dans La Légion. La Légion qui avait une très grande activité justement coloniale, notamment en termes de propagande. François Mitterrand a été plongé aussi dans cet univers de la propagande coloniale. Ce n'est pas totalement indifférent me semble-t-il. Et on voit qu'effectivement tout au long de son parcours, ce qui est tout à fait intéressant, c'est que comme l'a dit Pascal, il a des dispositions qui sont créées dès la prime jeunesse, l'enfance, l'adolescence, la formation étudiante, qui vont s'actualiser en fait dans sa vie. Ça va s'actualiser bien sûr sous la 4ème République, on va en parler bientôt plus en détail, mais ça s'actualise aussi pendant toute sa vie, pendant les années notamment de ses mandats présidentiels, et il y a des marqueurs comme ça, on vient de parler de Fachoda, Julie viendra parler, Il y a des marqueurs, Fachoda va rester par exemple un marqueur fondamental dans la vision à la fois coloniale et post-coloniale, diplomatique, d'enjeux de puissance. Je dirais pour Mitterrand, Fachoda c'est quoi? Et bien c'est le signe d'un monde qui est dangereux, où il y a des ennemis, et au coeur de ce... enfin je dirais au premier rang de ces ennemis, il y a la puissance britannique. Et ça, ça va rester tout
Host/Interviewer
le temps. Le Fachoda c'est 1898, c'est ce moment où du côté du Soudan, de l'Egypte, les Français et les Britanniques sont en opposition avec ce regard particulier apporté sur l'Afrique. Je voudrais juste qu'on en parle maintenant pour savoir de quoi il est question aujourd'hui dans le cours de l'histoire. L'Afrique, c'est au cœur de la réflexion parce qu'on parle de la vision du monde mais le monde c'est pas simplement l'Europe et l'Afrique ici. Mais on sent que l'Afrique quand même c'est quelque chose de particulier dans sa conception
Nicolas Bancel
du monde? Oui, parce que c'est un continent de proximité, un continent où il pense que la France a eu sa marque et que l'Occident a un droit. Dans sa défense de Mussolini, c'est pas simplement défendre un état fasciste, c'est défendre le droit de l'Occident à coloniser, d'apporter la lumière sur un continent qui serait dans les ténèbres, et notamment d'occuper l'un des derniers territoires, le dernier, l'ultime territoire non colonisé du continent. Là, l'article de Chapoutot le montre bien, c'est une vision d'un Occident qui a un droit à colliser. Mais en même temps, l'Afrique, c'est un potentiel. Je suis méterran. C'est un potentiel qui peut permettre à la France et à l'Europe de trouver quelque part un second souffle, un marché tarsique aussi, économique, et puis une puissance diplomatique. En gros, les empires se constituent, l'Union Soviétique, les États-Unis, Et bien l'Europe, avec la France comme tête de pont, a quelque part ce potentiel de créer cet immense territoire euro-africain, qui quelque part serait un espace qui permettrait à la France de rester une grande puissance. Et puis, il y a quelque chose qui fascine. Il s'inscrit dans les pas de ceux qui ont été des explorateurs, des bâtisseurs d'empires. Il y a une idée que c'est le western à la française, que c'est un territoire et des terres d'avenir. Tout ça, il le dit déjà. Il est de sa génération, en même temps il est visionnaire. Il est visionnaire parce qu'il se rend compte, et c'est toute, Je trouve l'intérêt d'un Mitterrand, c'est à la fois un conservateur et un réformateur. C'est à la fois un colonialiste qui sait qu'il faut entretenir quelque part la relation, qu'il faut savoir s'appuyer sur les élites africaines pour demain construire et garder l'Empire. C'est assez rare dans sa génération, parce qu'il a à la fois, on va dire, quelqu'un qui regarde le passé, mais en même temps qui regarde aussi l'avenir. Et c'est pour ça qu'il a été fascinant à travailler. C'est qu'on ne peut pas le résumer en une ligne. Quand on nous dit, mais alors, donc Mitterrand colonisateur, bah oui, il était colonisateur, mais pas un colonisateur non plus à la papa. C'est pas quelqu'un qui arrive avec ses grosses chaussures en pensant que l'Afrique va rester d'une manière immuable dans l'espace français. Il va falloir trouver ce juste équilibre. Par contre, quand quelqu'un veut sortir de cet équilibre qu'on va appeler la France protectrice, là il faut accepter la répression. Et c'est là où on dit que c'est un personnage qui était certes dans son temps, mais qui en permanence pense à faire perdurer cette grandeur, à garder cette Afrique française. Ça peut nous paraître anachronique aujourd'hui, mais je rappelle que dans la plupart des élites du temps, L'Empire n'est pas questionné comme quelque chose qui ne va pas durer. On pense que l'Empire va rester, va demeurer, sur des formes qui vont évoluer en fonction des opinions politiques, mais la majorité des hommes et des femmes politiques du temps, même jusqu'à la 4ème République, pensent que cet Empire va rester associé à
Judith Bonin
la France. Oui, sur la centralité de l'Afrique, on voit bien que c'est tout à fait fondamental dans la trajectoire de François Mitterrand, puisqu'il va proposer, dans la droite ligne d'Élysée reclue, d'abandonner en fait l'Asie. Alors c'est tardif, on est en pleine guerre d'Indochine, je le rappelle, à partir de 1946. Et en 1953, Il propose en fait d'abandonner l'Indochine pour se centraliser, se centrer vraiment, se focaliser sur l'Afrique. Donc cette idée d'Afrique comme extension de la France, comme condition de sa puissance, elle est fondamentale, elle lui tient à cœur. On perd l'Indochine, très bien, on perd notre puissance en Asie, mais il faut absolument se recentrer sur l'Afrique. Et donc la volonté de garder l'Afrique est fondamentale pour centré Mitterrand. Alors il a réécrit totalement sa biographie, c'est ça qui est difficile avec François Mitterrand, c'est qu'à travers ses livres publiés dans les années 60-70, on a l'impression que c'est un visionnaire anticolonialiste, ce qu'il n'est absolument pas. Il n'a jamais été anticolonialiste, il va avoir beaucoup de mal à accepter les décolonisations, et notamment celle de l'Algérie, qui était quand même un peu jouée d'avance et dans laquelle il s'est beaucoup compromis, d'ailleurs pendant la guerre d'Algérie. Il publie un petit article dans le journal de Laniev, qui est le journal de son fief, en 1962, un texte où il montre que, en fait, le départ de l'Algérie, pour lui, c'est un déchirement. C'est quelque chose qu'il a extrêmement du mal à accepter. Et Pascal l'a très bien dit, François Mitterrand, c'est un... On peut le classer dans le camp des réformateurs, des libéraux peut-être, mais parmi ce clan des réformateurs, c'est le plus modéré de tous. Et encore une fois, ces réformateurs, il faut bien comprendre ce que ça veut dire. Ce sont des gens qui pensent effectivement que la pérennité de l'Empire doit passer par des réformes limitées. des réformes limitées qui permettent un meilleur niveau de vie, on va dire, entre guillemets, des indigènes. Quelques réformes politiques limitées. Par exemple, François Mitterrand ne pensera jamais le suffrage universel comme une possibilité pour l'Empire. Quand Gaston de Fer, en 1956, va réaliser sa loi cadre et la faire voter, Et avec le suffrage universel, ça va beaucoup plus loin que ce que François Mitterrand avait imaginé. Donc le François Mitterrand qui s'est construit une image d'anticolonialiste dans les années 60-70, elle est totalement fausse
Host/Interviewer
tout simplement. Et puis Judith Benin, il y a aussi cette idée d'aventure, on l'a évoqué, on parlait de la jeunesse, ça participe aussi de ce regard porté sur l'Afrique. C'est toujours très difficile à explorer l'imaginaire d'un individu. Mais il y a de ça, ça reste un monde, on a évoqué l'exposition coloniale de 1931,
Pascal Blanchard
qui fascine. Oui, je pense qu'il y a vraiment plusieurs séquences dans sa vie assez claire. Il y a sa jeunesse où l'Afrique, me semble-t-il, a une place qui est assez contextuelle, celle d'une époque, mais du coup nourrie par ses mythes très Troisième République. Et puis, quand il arrive aux responsabilités, effectivement, elle nourrit sa politique qui, on vient de le rappeler, est plutôt réformiste, mais pas décoloniale. Et dans les années 60-70, on y reviendra sans doute, il réécrit en partie, alors moins que d'autres passages à mon avis, il est plutôt silencieux que menteur sur cette séquence-ci. Mais au moment où la gauche est anticoloniale, il l'est aussi. Et ensuite, il y a la question des responsabilités et de la réelle politique à partir de 1981. Et donc, c'est compliqué effectivement de tracer cet imaginaire. Mais il suit aussi le jeune homme en formation et puis ensuite la saisie des
Host/Interviewer
responsabilités respectives. Parce que tout cet imaginaire, ça c'est une chose. Et puis après, il y a l'homme en responsabilité. Quel message porte-t-il? Quels sont ses voeux? Mais ceux
Archive/Voice Actor
de 1950. Une année s'achève, une autre commence. On peut déjà avec fierté considérer le passé. Grâce aux efforts et aux sacrifices communs de la métropole et des territoires, la France d'Outre-mer a pris le départ. Partout, une œuvre gigantesque est commencée. Travaillant ensemble dans leurs assemblées, tous ont compris qu'il n'y avait qu'un seul problème, le développement économique dont dépendent tous les autres. L'Union française est née, elle grandit et se fortifie sans cesse. Les temps, certes, sont troublés, mais la France n'a-t-elle pas forgé sa grandeur au cours des siècles, au milieu des pires épreuves? La République française Outre-mer, procédant du même génie créateur, se forgera demain. Le gouvernement, pour sa part, est résolu à poursuivre la tâche entreprise. Les Français d'outre-mer doivent savoir qu'ils peuvent compter sur la métropole. La métropole sait qu'elle peut faire foi sur eux. Français de France et d'outre-mer, marchons donc la main dans la main avec confiance vers l'avenir. Notre unité et notre force et le gage de notre
Host/Interviewer
indépendance commune. peuvent compter sur nous, nous serons là, Pascal Blanchard, ça participe ça aussi de
Nicolas Bancel
cette idée? Bien sûr, c'est le vocabulaire de l'époque. Et on le voit bien, c'est un vocabulaire qui pose des gelons extrêmement clairs. Chaque chose est posée, la France participe d'un tout commun qui est cette France d'outre-mer et cet empire, maintenant devenue Union française. L'avenir sera glorieux parce que nous serons ensemble. Certes, il parle des vents mauvais qui, à ce moment-là, ne correspondent qu'à cette guerre d'Adochine lointaine, mais quelque part, elle ne doit pas briser ce rêve qui s'inscrit dans les siècles précédents. Donc là, on est bien au-delà de la République. Là, on est sur plusieurs siècles qui nous contemplent. Donc, il montre à travers ce discours-là qu'il y a toujours eu une grandeur de la France et que cette grandeur, elle est passée par l'outre-mer et par les possessions ultramarines françaises. Il parle des populations d'outre-mer qui, main dans la main, avec les populations hexagonales, vont pouvoir construire son destin. Le vocabulaire est un vocabulaire parfait du temps, que tout le monde en soit, parce qu'en fin de compte, il s'inscrit dans un moment où très peu d'hommes et de femmes politiques en responsabilité pouvaient se permettre d'être tout simplement en antinomie avec cette vision. C'est-à-dire qu'on ne pouvait pas imaginer pour un homme ou une femme politique qui voulait faire carrière, et François Mitterrand imaginait déjà qu'un jour il serait président du Conseil, qu'il ne fallait pas être colonialiste. C'est-à-dire qu'il faut qu'on ait tous en tête ce contexte très particulier. A la fois, il y a la guerre. C'est quand même pas un petit sujet de savoir que la guerre d'Allochine, quelque part, traverse énormément, occupe énormément les budgets de l'État. Et pourtant, être contre la guerre d'Allochine, il faudra attendre 1953 chez Mitterrand. Deuxièmement, il y a le reste du monde qui bouge. Enfin, on n'est pas dans un moment où il ne se passe rien. L'Inde est devenue indépendante. Le mouvement est en train... Les décolonisations sont en route. Les Philippines sont devenues indépendantes. Donc on n'est pas dans un moment neutre. Et la France resterait dans ses bottes, droites, pour regarder l'avenir en s'appuyant sur son empire. C'est le Mitterrand de ces années 50. Et quelque part, il est le fruit d'une génération, mais surtout, il tient un discours. À ce moment-là, il ne faut pas penser comme étant de droite. C'est un discours qui est aussi partagé par beaucoup d'élus de gauche. C'est un discours, je dirais, du commun. C'est-à-dire que la question coloniale, à part au Parti Communiste, et encore, ça dépend à quel moment on s'intéresse à la prise de position du Parti Communiste, globalement, la classe politique française est à peu près dans ce que vient de dire
Host/Interviewer
François Mitterrand.
Judith Bonin
Nicolas Morcel. Oui, alors cette archive est extrêmement intéressante parce que c'est 1950, le moment dont il va être pendant
Host/Interviewer
un an. Décembre 1950, donc c'est les vœux
Judith Bonin
pour 1951. Tout à fait. Il est donc ministre de la France de l'Outre-mer, c'est son premier grand ministériat, donc évidemment il a voulu ce ministère parce qu'elle l'a dit, ça va lui servir, espère-t-il, de tremplin. Et c'est très intéressant parce qu'on s'est quand même attardé sur ce qu'a fait pendant un an François Mitterrand durant cette période. Et un certain nombre de biographes ont conclu qu'il avait fait des réformes très progressistes du point de vue politique, qu'il avait travaillé aussi au développement économique. Et en fait, quand on se plonge véritablement dans les textes qui sont publiés par le ministère de la France de l'Outre-mer, de quoi s'aperçoit-on? On l'a fait, parce qu'on a tout lu. On s'aperçoit que les réformes sont extrêmement limitées. C'est des réformes qui mettent, je dirais, en équivalence le droit pénal dans les colonies, par rapport au droit pénal français. Sur les réformes politiques, on a seulement quelques communes, quelques expérimentations qui sont faites, ce qu'on appelle les communes de plein exercice, qui accordent de plus grands droits politiques aux indigènes, mais c'est pas lui qui l'invente. Dès 1946, on en a un certain nombre. Et quant aux réformes économiques, ça pour le coup je connais très bien le sujet parce que j'ai partie de ma thèse-porte là-dessus, Il s'agit en fait de l'application du plan du FIDES, le Fonds d'Investissement et de Développement Économique et Social, qui est en fait créé en 1946. Quand François Mitterrand arrive au ministère de la France de l'Outre-mer, le plan il est déjà en cours d'application depuis 4 ans. Et il ne fait finalement que suivre ce plan, il obtient juste une petite rallonge pour le port d'Abidjan, mais il n'y a aucune action décisive. Alors on ne peut pas le reprocher non plus, un an c'est court évidemment pour changer les choses, Mais ça donne quand même une idée, je pense, assez précise du niveau de modération extrême qui est sa politique, en fait, et qui se détache d'autres hommes politiques à ce moment-là, qui sont plus ambitieux, qui sont effectivement plus progressistes, plus modernes, tout en voulant garder l'Empire, comme François Mitterrand, parce qu'elle l'a dit, les anticolonialistes, dans la gauche de gouvernement, entre guillemets, il faut quand même les chercher, donc c'est pas une exception, mais il fait partie des plus modérés et il sera celui qui va, je veux dire, tenir sans doute le plus longtemps dans le désir de
Host/Interviewer
conserver l'Empire. Qu'est-ce qu'il connaît de l'Afrique, Judith Bonin? Il l'a
Pascal Blanchard
vu, l'Afrique? Alors il l'a vu au moins à quatre reprises. La première fois donc en 1943 quand il se rend à Alger notamment pour rencontrer Charles de Gaulle et pour prendre la tête du mouvement de résistance des prisonniers de guerre. Il passe par Marrakech et c'est un épisode un peu romanesque, il passe par le palais alors occupé par Josephine Baker et puis pour rentrer à Londres et puis en France. On sait qu'il va en Algérie en 1947 en tant que ministre, donc pour le coup, c'est un déplacement officiel très bref. Mais ses deux premiers voyages en Afrique du Nord, c'est globalement la France en Afrique qu'il rencontre. Son contact avec le terrain, avec d'autres personnes que celles du cercle de l'administration coloniale, c'est quand même assez faible. Et puis la vraie rencontre, celle qu'il évoque comme étant structurante, notamment en 1986 avec Marguerite Veras, c'est plutôt les rencontres de 49 et 50. Il y a deux voyages que souvent il agglomère un peu dans ses souvenirs et ses récits. Il fait une grande tournée en Afrique, équatoriale française d'abord, comme secrétaire d'État. et c'est un mix entre déplacement officiel pour officiellement aller voir le fonctionnement de la radio de Brazzaville qui avait été la radio de la Voix de la France Libre en Afrique et puis c'est les vacances d'été. Donc avec Daniel Mitterrand il faut une tournée avec tous les cliffiers du pittoresque colonial, les chasses, Et puis le voyage, à mon avis, vraiment un peu déclencheur de ce qui va être son choix de l'outre-mer en 1950. C'est un voyage qu'il fait au tout début d'année 1950, comme conférencier l'Alliance française. Et là, pour le coup, il découvre l'essentiel de l'Afrique occidentale française. Il passe aussi par quelques territoires britanniques et belges. Et à ce moment-là, il est juste député. Alors, on a un récit de voyage relativement inédit qui a été publié, enfin édité récemment. Et ce récit de voyage, il est très littéraire, très personnel. Il y a très peu de politique dedans. Ce qui est intéressant, on parlait tout à l'heure de l'imaginaire, c'est que ça donne à lire sa vision romantique, littéraire, mise en poésie de l'Afrique. C'est très silencieux sur la politique, or on sait qu'il a rencontré partout les officialités coloniales. Et donc ça pose question, justement, on évoquait le contexte bouillonnant de 1950, sur ce dont il était conscient ou pas, sur les problématiques qu'il a effleurées ou creusées. Mon interprétation est que la source n'est pas politique et qu'il est assez silencieux et prudent, dans cette époque justement un peu compliquée. Et d'ailleurs il gardera son fonctionnement après, à la fois il chroniquera beaucoup, il écrira beaucoup, et pour un certain nombre de conversations importantes, il préférera les promenades et l'absence de traces écrites. Donc je pense qu'il y a eu beaucoup de politique et que ça explique qu'en juillet 1950, ils choisissent l'outre-mer, parce qu'il sent qu'il y a, pour sa carrière politique et pour les intérêts de la France telle qu'il les perçoit,
Host/Interviewer
un enjeu. avec ici des images à offrir pour illustrer ce que vient de dire Judith Bonin. Il y a ces autorités coloniales qu'il rencontre, vous nous disiez, Pascal Blanchard, c'est sûr qu'on a le chapeau colonial et des beaux uniformes blancs tout autour de tout ce
Nicolas Bancel
qu'on raconte. Et puis quand on lui a demandé, par la suite d'ailleurs, on avait l'impression qu'il avait rencontré tout ce qui allait bouillonner en Afrique à faire les futurs leaders africains. En fin de compte, Judith l'a très bien démontré, quand on lit les textes de Mitterrand, quand on suit le voyage, Il a plutôt participé au bal des gouverneurs, plutôt aux grandes chasses qu'à les rencontrer ceux qui étaient soit en prison, soit des futurs leaders. À ce moment-là, on a le sentiment même qu'il s'éloigne de ce potentiel. Par contre, quand il va raconter plus tard ses voyages, il va savoir les raconter comme celui qui a commencé à prendre conscience à ce moment-là, que l'Afrique s'éveillait. Quelque part qu'un monde politique était en mouvement. Il n'y a pas ce que l'énergie physique est fondamental au même moment, notamment dans le nord de la Côte d'Ivoire et dans plusieurs territoires africains, c'est très chaud. Il y a des mouvements sociaux, des mouvements politiques, des révoltes, de la répression. On n'est pas dans un moment calme. On est trois ans après ce qui s'est passé à Madagascar. Donc c'est quelque chose qui est en mouvement. Et on a l'impression qu'il passe au-dessus de ça, comme un nuage, et qu'il ne se passe rien. Par contre, ce qui est fantastique à voir, c'est qu'il y a certainement un ressenti chez lui, d'un potentiel à ce moment-là dans ses voyages, qu'il avait déjà ressenti, je pense, en Algérie en 1947, parce que son meilleur ami, il ne faut jamais oublier, est un Noranais, c'est Georges Dayan, qui est resté très proche de lui jusqu'au bout, et qui a certainement été cette figure qui lui a permis de décoder et de lire notamment l'Afrique du Nord et l'Algérie. Ce qui est très important dans Mitterrand, c'est qu'on le sait que ses amitiés bonnes ou mauvaises, l'ont toujours accompagné dans sa carrière. Et il a eu aussi des amis d'enfance, notamment Ivoirien, qui étaient avec lui au collège, et qui vont l'accompagner, qui vont le rejoindre plus tard quand il sera au ministère de l'Outre-mer. Pourquoi je dis ça? C'est-à-dire que toute cette construction à ce moment-là, on n'a pas l'air de la construction de sa jeunesse, mais la construction des années 40-50, elle est fondamentale parce qu'il sent qu'il a, lui, un espace qui s'ouvre en Afrique pour lui. En fin de compte, c'est très 19eiste d'une certaine manière. Ce territoire serait vierge à ses yeux, tout serait possible à construire, et c'est pour ça qu'il va souhaiter ce ministère. Il comprend que c'est un ministère d'avenir, aussi parce qu'il veut prendre un parti à l'époque qui lui déessère, et quelque part, mettre Pléven dehors. Pléven, c'est l'Indochine. Et il se dit, en prenant l'Afrique, par rapport à Pléven, j'ai une carte à jouer. Mitterrand est un joueur d'échecs. C'est quelqu'un qui essaye toujours d'avoir un ou deux coups d'avance, on le sait. Le personnage, déjà, dont on voit encore les coups dans ses discours, mais il a compris que l'Afrique était un espace que peu d'hommes politiques s'étaient accaparés ou étaient associés. Par exemple, il y a peu d'hommes politiques dont on dit à l'époque qu'ils sont spécialistes du fait colonial. Lui pense qu'il y a là
Pascal Blanchard
un potentiel. Oui, moi je suis tout à fait d'accord sur l'essentiel dans ces années-là. Alors, est-ce qu'il perçoit ou pas le bouillonnement? C'est peut-être un sujet sur lequel on est moins d'accord. Moi je pense que, sans en faire un omniscient, par exemple dans son récit de 1950, il n'y a pas non plus de louanges à la France coloniale. C'est-à-dire qu'on est vraiment dans une espèce de choc esthétique de ce jeune homme qui reste pétri de poésie, et d'ailleurs il écrit un certain nombre de poèmes dont il espère faire un recueil. Et il y a cette espèce d'imaginaire qui est très teinté Troisième République, vraiment avec notamment un des personnages de l'Atlantide. Il y a des choses comme ça qui peuplent son imaginaire. Du coup, il y a beaucoup de clichés et de clichés sur les sociétés africaines, l'immobilisme africain. Mais on est vraiment un peu, me semble-t-il, dans la réécriture très littéraire. Et à la fois, il est pétri dans un carcan littéraire peut-être plus que politique. C'est-à-dire que ce qu'il dit de politique quand il rencontre des administrateurs français, il est assez peu tendre. Globalement, il les trouve un peu sauts, pas très intéressants. On n'a pas non plus le sentiment... Enfin voilà, il y a très peu de choses politiques. Et donc, est-ce qu'il a par exemple vraiment cherché à rencontrer Nkrumah ou pas? On le
Nicolas Bancel
saura jamais. C'est lui qui le dit en
Judith Bonin
tout cas. C'est lui qui le dit
Pascal Blanchard
et le prétend à un moment où s'associer à un leader indépendantiste... Qui est
Nicolas Bancel
en prison à l'époque, en même temps il doit tout savoir. Donc ce n'était pas facile d'aller voir quelqu'un en prison chez les britanniques, je
Host/Interviewer
le rappelle. C'est
Nicolas Bancel
l'actuel
Pascal Blanchard
Ghana. Exactement. On est vraiment dans la séquence, alors je n'ai plus la date précise de l'emprisonnement mais ça reste une époque troublée donc on peut imaginer qu'il n'avait pas précisément l'agenda de l'emprisonnement en tête. Ce qu'il décrit c'est aussi qu'il est totalement, voilà, il est mandaté par l'Alliance française, il est reçu et logé dans les ambassades, dans les préfectures, etc. Et par exemple, il demande à aller chasser, alors qu'à priori il n'aimait pas particulièrement ça, pour s'échapper un peu du poids de l'officialité, du poids du guide, etc. Et donc sa capacité à aller voir des leaders indépendantistes me semble assez restreinte. On n'est pas dans un voyageur autonome, sans chauffeur, qui déciderait sur un coup de tête d'aller passer une frontière. Donc voilà, je serai un peu plus nuancée sur son rapport à
Judith Bonin
la politique. Oui, juste un mot pour rajouter ce qui vient d'être dit avec lesquels je suis entièrement d'accord. Mais dans ce récit, ce qui est absolument frappant aussi, Judith l'a un petit peu évoqué, c'est qu'on sent qu'il est totalement pétri de culture coloniale et de clichés coloniaux. C'est-à-dire, c'est un homme de son temps et qui se réinvente effectivement dans les années 70 comme une espèce d'omniscient qui va rencontrer Anne Krouma. Bon, là aussi on est dans une fiction, dans une réécriture biographique C'est pour ça que la difficulté d'une biographie comme celle de François Mitterrand, c'est que vous devez aller voir chaque fait. Vous devez revenir toujours aux sources, toujours à l'histoire, aux archives, aux témoignages, aux publications de l'Assemblée Nationale du Sénat, pour savoir vraiment ce qui s'est passé. On ne peut pas vraiment faire confiance à ce qu'explique François Mitterrand durant les années 60 et 70. On doit faire un vrai
Host/Interviewer
travail d'historien. Avec, dans ces années 1950, la
Archive/Voice Actor
guerre d'Algérie. Pendant la nuit du 31 octobre au 1er novembre, on a tué, incendié, provoqué l'émeute et le désordre. Et pourquoi? Pourquoi donc furent-ils abattus, ce jeune instituteur et sa femme, qui devaient le lendemain commencer leur belle et difficile mission au cœur même de l'ORES? Ils venaient apporter aux enfants algériens les leçons d'une vieille et haute culture, en même temps que les richesses d'un cœur fraternel. Que cherchaient donc leurs assassins? Voulaient-ils aussi, en abattant le caïd de Mshunesh ben Haj Sadok, qui retournait à son poste de responsabilité, crier leur hostilité contre les anciens combattants de l'armée, ces anciens combattants qui fournissent tant de cadres courageux et utiles à l'administration? Qu'a-t-on voulu prouver en tirant à bout portant sur ces jeunes soldats qui montaient la garde d'un casernement? crimes odieux contre d'innocentes victimes, crimes absurdes et qui seront châtiés car celui qui emploie de tels moyens doit savoir qu'il sera frappé à son tour. Si les meneurs ont voulu alerter l'opinion internationale, à la veille d'une session des Nations Unies, ils ont eu tort. L'Algérie, c'est la France et la France ne reconnaîtra pas chez elle d'autres autorités que
Host/Interviewer
la sienne. novembre 1954, la Toussaint Rouge, après avoir été ministre de la France d'Outre-mer, ministre d'Etat, ministre d'Etat délégué au Conseil de l'Europe, à ce moment-là, François Mitterrand est ministre de l'Intérieur. Alors, quelle est sa vision ici? Parce qu'on parle souvent de l'Afrique, des colonies, puis il y a le cas particulier de l'Algérie, des départements français. Comment construisent-ils
Nicolas Bancel
tout cela? Il considère que l'Algérie c'est la France, il n'a aucune ambiguïté, il le dit dans ce discours du 7 novembre. Deux jours avant, il vient de faire arrêter Messali Hadj. Il est très clair, il n'hésite même pas sur la notion de répression, mais parce qu'à l'époque, la question qui se pose aux élites politiques qui sont en place, Mendes France, je le rappelle, est président du conseil, est très claire. c'est une insurrection à l'intérieur du territoire français. Et il la pense comme ça, il le dit dans son discours, il n'y a aucune ambiguïté, d'ailleurs ce discours lui sera très souvent ressassé puisqu'il est très brutal dans son discours, il continue encore derrière, il est très clair, il annoncerait clairement que la répression a fonctionné, il démontre en plus que face à la France et à la grandeur de la France, il n'y a en fin de compte que des gens qui ne comprennent pas ce devenir commun, qui utilisent quelque part le terrorisme, il est très clair dans les mots, ils viennent de le dire sur les victimes, de ces enjeux-là. Donc Mitterrand n'a aucune ambiguïté, et en tant que ministre de l'Intérieur, à ce moment-là, je veux dire d'une certaine manière, il tient un discours d'un ministre de l'Intérieur, non pas sur quelque chose même qui se serait passé outre-mer. On a presque le sentiment qu'il passe quelque chose qui se passe sur le sol français hexagonal. Et c'est la vision de l'époque. La vision de l'époque, c'est que l'Algérie, vous avez raison de le dire, bien au-delà d'être simplement un des territoires de l'Union française, c'est le territoire où des Français vivent, sont installés. Ce sont des départements français depuis plus d'un siècle. Donc il n'y a pas d'enjeu à hésiter sur la question. On n'imagine même pas un ministre de l'Intérieur dire autre chose à l'époque. Et quelque part, cette politique, il va la mener jusqu'après la sortie de son ministère de la Justice pendant plusieurs années. C'est-à-dire qu'il va On le disait tout à l'heure que Mitterrand est un réformateur, il l'est sans aucun doute, mais c'est aussi quelqu'un qui n'a jamais hésité sur la répression. A la fois sur la répression à mettre en place quand il est aux affaires, sous le ministre de l'Intérieur ou au ministre de la Justice, mais dans la manière dont il va juger les répressions qui ont précédé ses propres ministères. Par exemple quand il va parler de la répression à Madagascar de 47-48. il va considérer que les malgaches ont été manipulés, que la France devait réagir, et que c'est bien de la faute des malgaches, ils n'ont pas compris que quelque part, la France, c'était leur devenir. Il a là-dessus aucune hésitation, parce qu'il est dans un contexte, ne l'oublions pas, à ce moment-là, on sort de la guerre d'Indochine, que d'un seul coup, la politique française s'est complètement recentrée sur l'Afrique, et qu'il comprend aussi que s'il y avait la moindre faiblesse en Algérie, c'est toute l'Afrique qui
Pascal Blanchard
allait partir. Ce discours est d'autant plus intéressant, me semble-t-il, qu'il est aussi un jalon important dans cette difficile réécriture de l'histoire de Mitterrand et l'Afrique. C'est-à-dire qu'il est dans la tête de tout le monde. Je pense que quand on interroge sur Mitterrand et l'Afrique, spontanément, ce qui vient en tête, c'est l'Algérie, c'est la France. Et cette incarnation du pouvoir métropolitain, sûre de lui, est dans une démarche autoritaire. Et donc... Dans cette capacité à réécrire, il y a ça qui bute. C'est-à-dire que, autant sur la question du passé, de la Seconde Guerre mondiale, de la Francise, qu'il y a pu avoir des phénomènes de missions et des ellipses au temps-là, ces responsabilités gouvernementales et ce type de discours très fort, tout le monde les a en tête. Et le fait qu'on ait pu glisser sur ce type de discours montre aussi à quel point il incarnait effectivement l'époque et un attendu politique
Judith Bonin
de l'époque. Oui, ce qui me semble extrêmement intéressant, Pascal vient de le dire, c'est qu'effectivement l'Algérie c'est la perle de l'Empire. Donc si l'Algérie tombe, effectivement tout l'édifice peut s'écrouler. Et vous savez, maintenant l'histoire de François Mitterrand, ministre de la Justice pendant la guerre d'Algérie, elle est bien connue. Nous on a été assez frappés avec Pascal de constater La radicalité aussi de François Mitterrand dans la répression et dans, non pas l'acceptation, mais l'accompagnement de la répression. On a constaté que, notamment, il va refuser 80% des grâces à des condamnés à mort du FLN. Donc il est plus radical que les gouverneurs généraux de l'Algérie de l'époque qui sont considérés comme les plus ultras des ultras. Alors des biographes ont écrit qu'il était très mal à l'aise par rapport à cette situation. C'est possible qu'il ait eu des problèmes de conscience. Mais quand même, je pense qu'on doit penser ça alors, de deux points de vue. Il y a un point de vue, on va dire circonstanciel, qui est le fait que s'il veut devenir président du conseil, il faut qu'il donne des gages quand même de fermeté vers la droite et le centre droit, c'est évident. Ça c'est possible qu'il y ait une espèce de tactique politique. Mais il y a aussi quelque chose de plus structurel, c'est-à-dire que la répression doit effectivement se faire, quel qu'en soit le prix, et il est parfaitement au courant de la torture et de la systémisation de la torture systématique, instaurée comme un système dès 1956 en fait, et bien sûr pendant la bataille d'Alger. ce qu'il va nier pendant le moment où il est ministre de la justice et qu'il niera après. Mais en fait, on le sait, on a les archives, il est parfaitement au courant. Et pourquoi il va jusqu'au bout? Pourquoi il est aussi radical? Parce que, encore une fois, il pense que c'est le prix à payer pour
Nicolas Bancel
conserver
Judith Bonin
l'Empire. Voilà. Et ça, je pense que ça contredit aussi, d'une certaine manière, le récit un peu mythologique qui a été élaboré sur François Mitterrand comme un visionnaire. Ce n'est pas un visionnaire. au niveau de la décolonisation. Il n'a pas compris, en fait, ce qui se passait. Il n'a pas compris les grands mouvements sociaux qui agitaient, en fait, les colonies et qui permettaient au nationalisme de s'incarner, d'avoir une chaire, d'avoir une société derrière lui. Et ça, non, Mitterrand ne l'a pas su, ne l'a
Host/Interviewer
pas compris. Comment réagit-il aux indépendances? Alors il y a les indépendances des différents pays africains et puis il y a l'Algérie en 1962 avec les accords d'Avion. Il réagit comment
Nicolas Bancel
Pascal Blanchard? D'abord il a été un peu préparé à la question. La Dochine en 54 et les comptoirs des Indes, puis 56 la Tunisie et le Maroc. Il voit partir en 58 aussi la Guinée. Donc, quelque part, on va dire, l'homme comprend que l'édifice s'effondre. Il pleure sur l'Algérie. Nicolas, on a parlé tout à l'heure d'un célèbre texte où en fait, il a vraiment un regret dont je pense que ce regret est aussi lié à son histoire avec d'ailleurs cette Algérie qu'il pensait pour toujours être française. Il loupe le coche parce que, en plus, il n'est plus aux affaires en 60-62. Donc c'est quelqu'un qui regarde les indépendances et la politique gaulliste sans être un acteur immédiat de ce qui s'y passe. Donc il a une double souffrance. Voir l'Empire sur lequel il a joué jusqu'au bout, il passe l'alliance avec le fouet de Boigny, son parti fait l'alliance avec le RDA, d'ailleurs c'est pour ça ce que tout le monde a oublié, il y a plus d'ailleurs d'élus qui viennent du continent africain dans le mouvement RDA, UDSR de Mitterrand, qui lui permet d'être ministre, donc tout s'effondre. pour lui, s'effondre le rêve qu'il avait de la grandeur de la France. L'Empire collégial français avec la paire de l'Algérie comme dernier moment, même s'il reste un cinquième de l'Empire avec les territoires ultramarins. Il perd son alliance politique avec Oufouette qui choisit de rejoindre De Gaulle. Il perd d'une certaine manière ce qu'a été sa manière de penser la grandeur de la France, donc sa stratégie d'une certaine manière. Il se retrouve en plus, il perd son poste de député. Excusez-moi, si vous posez la question de qu'est-ce qu'est le Mitterrand de ces années-là, c'est un Mitterrand qui a, en fin de compte, après cette partie d'échec incroyable qu'il contait menée, a priori tout perdu. Et pourtant, il va rebondir en 3 ans, 4 ans, puisqu'en 65 il sera le candidat de la gauche. Il va d'une certaine manière prendre quand même une petite claque politique quand Savary, Mendès-France ont lui expliqué qu'il est beaucoup trop franciste, qu'il est beaucoup trop colonialiste pour rejoindre le PSA, et donc la nouvelle gauche. Donc il comprend qu'il va falloir énormément être doué en zigzag pour arriver à reconquérir cette gauche, qu'il le considère, à ce moment-là, et qu'il le dit, comme trop colonialiste. Et là il comprend une chose. Une jeunesse française, dirait Péan, peut être pardonnée comme une erreur de parcours. Mais alors, l'âge adulte des premiers pas politiques avec la tête, les mains et les jambes dans l'histoire coloniale sera une tâche de son récit pour un moment être le candidat de la gauche. Donc tout de suite, il va se préoccuper de réécrire cette histoire. De lui donner quelque part une autre lisibilité. En fin de compte, de se trouver une sorte de parcours idéal. Ça va prendre du temps, mais rappelez-vous, ces premières biographies arrivent très très tôt, dans les années 60. Très très tôt, il va arriver à dire qu'il a été à la fois ce visionnaire, qu'il a été ce réformateur, qu'il a compris qu'il y aurait ce mouvement. Et il joue même, comme il dit, sur ses amis africains. Le fait qu'il ait passé alliance avec Oufouette-Boigny. Tout ça est ensemble, et dix ans plus tard, on sera persuadé, comme on l'est encore, que Mitterrand a été un grand visionnaire
Host/Interviewer
des décolonisations. Gilles Bonin, quand on ne peut pas effacer son passé parce qu'il est là, on l'écrit d'une
Pascal Blanchard
autre manière. Oui, alors la tâche me semble pas si grosse que ça et là encore je pense que ça dit beaucoup sur la place en fait que les questions coloniales avaient dans l'agenda politique et dans la hiérarchie des enjeux pour les partis de gauche de l'époque. Bien sûr que la Nouvelle-Gauche qui s'est bâtie sur l'anticolonialisme ne peut que retenir ça contre lui. Mais en 65 il est candidat. Il est... Et puis dans les années 60 et 70, en fait, il va, c'est notamment ce que montre Noéline Castanier, sur une ligne de crête où la gauche se reconstruit sur la haine de Guy Mollet et donc on jette le discrédit, notamment c'est la politique algérienne de Guy Mollet qui est pointée. Et donc, bien sûr, il se met à distance de ça, il réécrit, et notamment dans la réécriture « Ma part de la vérité » en 1969, c'est le morceau où il réécrit, pour le coup, totalement sa vision de l'Afrique des décennies précédentes. Et puis ensuite, moi je trouve qu'il est très silencieux. En réalité, ça va être des grosses ellipses, et des ellipses dont, globalement, ses compagnons sont complices, ou en tout cas, une ellipse qui ne pose pas problème. Par exemple, Michel Rocard, qui est un temps son grand adversaire, incarne cette gauche engagée, cette génération engagée aux côtés de l'Algérie, etc. Lionel Chospin, ça a été un combat structurant pour lui. Et pour autant, jamais dans les équilibres internes OPS, cette question n'est première, n'est portée dans les congrès. C'est pas la question. En fait, ça ne pénalise pas le candidat. Dans les années 70, il voyage en 76 en Algérie, et c'est un peu le grand voyage de la réconciliation. et il est reçu avec tous les honneurs par Boumediene parce que, à ce moment-là, l'enjeu est autre pour l'Algérie, c'est de gêner la politique giscardienne. Et donc, il n'y a pas de règlement de compte postcolonial. On est dans autre chose,
Archive/Voice Actor
une autre séquence politique. Au-delà de la polémique qui peut s'engager à propos du voyage de François Mitterrand à Alger, un fait semble évident. Ce n'est pas lui qui est à l'origine de la qualité de l'accueil qu'il a reçu à Alger. Ce n'est pas lui qui a rameauté devant l'immeuble du FLN plusieurs centaines de personnes qui l'ont applaudi, Ce n'est pas lui qui a fait en sorte que la télévision algérienne commence son journal d'hier soir par plus d'un quart d'heure de reportage sur son voyage. Ce n'est pas lui non plus qui a décidé que sa première rencontre avec Wari Boumediene méritait quatre colonnes à la une du quotidien Helmut Scheib. En fait, François Mitterrand est toujours resté très prudent, disant même à plusieurs reprises qu'il était venu en Algérie pour s'informer et uniquement pour cela. D'ailleurs, le communiqué final et tout ce qu'il y a de plus traditionnel est la création d'une commission permanente entre le Front de Libération Nationale et le Parti Socialiste n'aurait qu'une importance relative si ce n'était la première fois que l'Algérie Socialiste crée ce genre de commission. Quoi de plus anodin également qu'une rencontre à Alger avec le Front Polistario, François Mitterrand avait déjà rencontré des représentants de ce front à Paris. Alors ce qu'il restera du voyage du PS en Algérie, c'est surtout une phrase. Quand il n'y a plus de rapport d'État à État, il doit y avoir des rapports de peuple à peuple. Une phrase de Wari Boumediene à François Mitterrand
Host/Interviewer
qui en dit long. Ça en dit long, des rapports de peuple à peuple, février 1976 sur Antenne 2. Judith Bonin, vous êtes l'autrice d'un ouvrage sur les voyages de François Mitterrand et aussi de l'ouvrage Changer la vie et le monde. Vous avez mis un point d'interrogation ici, l'internationalisme du parti socialiste mitterrandien, 1971-1983. C'est publié par les éditions du Bordelot. Ce moment-là qu'on vient d'entendre, 1976, quand il n'y a plus de relation d'État à État, il peut y avoir d'autres formes de relations.
Pascal Blanchard
Ça, François Mitterrand l'entend. Oui, il joue là-dessus pendant toutes les années 70 qui sont des années pour lui de présidentialisation et il va mettre la diplomatie du PS au service de cette stratégie de conquête du pouvoir. Et l'Algérie reste, voilà l'Algérie c'est la France, ça reste potentiellement un caillou dans la chaussure. Et donc le voyage de 76 par exemple il est préparé avec une minutie rare en fait pour ces voyages des années 70. On met en avant quand même, on n'est pas totalement fous dans la délégation des ennemis de longue date du FLN. Il y a quand même réellement une convergence sur la question du Sahara occidental qui oppose la politique française officielle proche du Maroc et la position du PS. Donc voilà, on utilise cet outil de parti socialiste pour dire des choses différentes. Ensuite, dans les années 70, c'est un peu compliqué, mais en gros, François Mitterrand est à la fois central dans la définition de la diplomatie du PS, et en même temps sur les questions d'Afrique très absents. Parce que justement, c'est un dossier sensible, et que ceux qui vont prendre à bras le corps les sujets sont beaucoup des intellectuels, des spécialistes. et plutôt quand ce sont des politiques des gens de sensibilité tiers-mondiste, soit les chrétiens de gauche, les membres du courant de chevènement, le CRS, et se tient un peu à distance. C'est pas lui qui porte cette politique, d'où aussi les écarts qu'il
Host/Interviewer
y aura en 81. Et oui, en 1981, François Mitterrand est élu président de la République. Que reste-t-il de tout ce qu'on vient de dire? Parce qu'il y a un écart gigantesque entre le soutien de l'invasion de l'Ethiopie par Mussolini et puis l'Algérie c'est la France quelques années plus tard. Et ce que ça devient
Judith Bonin
en 1981, Nicolas Bancel? Alors c'est ça, c'est là où c'est extraordinaire, parce qu'en 1980, il arrive quand même avec le programme commun, avec les 110 propositions, et sur... c'est un programme tiers-mondiste en fait, donc il faut vraiment dépasser, mettre à bas ce qu'on appelle alors le précaré africain, il faut que tout ça retourne à terme dans le giron du ministère des Affaires étrangères, qu'il n'y ait plus ces relations incestueuses avec les anciennes colonies, les dictateurs corrompus. Donc Mitterrand arrive avec ce bagage là et il commence à l'appliquer puisqu'il emploie, il met Jean-Pierre Cotte au ministère de la coopération qui est un homme extrêmement brillant, beaucoup de charisme, beaucoup de panache et qui va tenter de mettre en pratique en fait les propositions du programme commun. Et à un moment donné, au bout d'un an, François Mitterrand reçoit des coups de téléphone, notamment de deux chefs d'état africains, qui lui expliquent que bon, c'est bien gentil de leur mettre Jean-Pierre Cotte, mais ils commencent à leur mettre des bâtons dans les roues, et que ça commence à vraiment gâcher la relation franco-africaine, donc il arrive à la croisée des chemins. Et c'est là où s'actualise pour nous, c'est comme ça qu'on interprète Pascal et moi, s'actualisent pour nous les dispositions coloniales. C'est-à-dire, qu'est-ce que fait Mitterrand? Est-ce qu'il va aller jusqu'au bout? Est-ce qu'il va normaliser ses relations? Mettre fin à ce système, on va dire, de ce qu'on appellera un petit peu plus tard la France-Afrique? Pas du tout. il va virer Jean-Pierre Cotte, il va reprendre en main lui-même les affaires africaines, c'est là que la cellule africaine prend tout son sens, avec plus tard l'engagement de son fils, on y reviendra peut-être, et où en fait, eh bien, à quoi ça correspond pour lui ce précaré? Ça correspond en fait à sa vision, la vision qu'il avait dans les années 50 d'une puissance française qui exerce son influence sur des zones qui ne sont plus des pays colonisés, qui sont des pays décolonisés, mais qui sont largement sous influence française avec les bases militaires, avec l'indexation du France CFA sur le trésor français, avec l'influence culturelle, la coopération avec les centres culturels français, la coopération au niveau de l'éducation, etc. Tout ça permet d'exercer un pouvoir, une influence que dans le monde personne ne ne lui conteste et que personne ne conteste à la France, ce qui permet à la France de rester une puissance moyenne, certes, mais dans le haut du panier, je dirais, par rapport aux grandes puissances. Sans ça, effectivement, pour lui, la
Host/Interviewer
France perdrait sa grandeur. A partir de 1957, François Mitterrand n'a plus de responsabilité gouvernementale jusqu'en 1980, quand il devient président de la République. C'est ce que vous nous disiez, Pascal Blanchard, il est député pendant ce temps-là, mais il se passe des choses et il y a toute cette politique du général de Gaulle et les réseaux focards sur l'Afrique. Et François Mitterrand, se distingue-t-il
Nicolas Bancel
beaucoup de cette politique-là? À la fois il la critique, et en même temps quand on suit exactement sa vie parlementaire, on découvre qu'il a déposé plusieurs projets de loi sur les amnisties, par exemple. Qu'ils sont totalement oubliés, dont une avec Guy Mollet. Il dépose quoi? Il dépose en fin de compte une demande d'aider les rapatriés, de solidarité et d'oubli. En fin de compte, donc il continue, mais d'une manière à bas bruit, une vision qu'il avait de dire, ceux qui quelque part ont été trahis par la France, donc les rapatriés, doivent être aidés, doivent être solidaires de la nation. Et on oublie souvent que dans ce parcours qui paraît être éloigné de la vie, il va continuer à laisser des traces. Des traces qui sont fondamentales et qu'on a réussi en fin de compte à comprendre un peu, quand on a parlé de sa jeunesse, là c'est la jeunesse du futur président. Ils gagnent comment en 81? C'est une bonne question. Moi, j'ai parlé... Alors, je suis cette génération qui était juste au moment de voter, donc... Et quand vous demandez aux gens, est-ce que vous vous rappelez l'appel à voter Mitterrand des rapatriés? Tout le monde oubliait. Mais tout le monde aujourd'hui. Tout le monde oublie qu'avec Jacques Ribes d'un côté et son ami Georges Daillon, qui sont ses deux conseillers, vont négocier avec la plus grande association à l'époque des rapatriés, qui est Recours, l'appel à voter pour un homme de gauche, qui paraît surréaliste aujourd'hui. C'est la plus grande association de rapatriés en France. Et l'appel va être officiel de recours, et le monde va titrer, au lendemain d'élection, les rapatriés ont voté pour François Mitterrand. Pour Chirac, notamment, et pour la droite, c'est une trahison absolue d'avoir vu, comme pour Giscard, d'avoir perdu ce vote. Parce qu'enfin, quand Mitterrand leur dit, je suis fidèle à cette mémoire! C'est moi qui ai porté les lois d'amnistie, pas la droite! Et surtout il dit, je serai fidèle en tant que président. Et il le fera. On a tous en mémoire en 1982 le projet de loi qu'il va faire d'amnistie pour les généraux Algérie-Française et OAS. Il va la mettre en pratique, les députés socialistes s'y opposent, et c'est quand même un cas quasi unique, j'ai dit bien quasi unique parce qu'il y en a eu un en 1962, d'utiliser un 49-3 contre sa propre majorité pour imposer l'amnistie des généraux de l'OAS. Et dans le même temps, il leur promet de construire un mémorial en hommage à l'œuvre française en Afrique du Nord, à Marseille, chez son ami De Fer. Et c'est vrai, quand on relit l'histoire de 81 et qu'on y trouve du sens quelque part dans la continuité, entre l'homme de 55 dont on parlait tout à l'heure et l'homme de 81, vous avez un fil conducteur qui est intéressant à voir, qui n'est pas forcément dans la politique étrangère, mais qui est dans la pratique à l'intérieur de la société française, à bas bruit, d'une certaine manière, de ne pas casser ce fil qu'il avait
Pascal Blanchard
construit dans sa jeunesse. Et même, on a une continuité aussi de ces correspondances, de ces amitiés, de ces contacts personnels. Il y a vraiment ce... L'appel des rapatries ne fait pas de bruit, même sur le moment, parce que de toute façon l'enjeu est pas là. Je le disais, par exemple dans la querelle Rocard-Mitterrand, le sujet algérien dans la compétition pour la candidature est pas un sujet. Et en 1981, par exemple, on l'a oublié aussi, mais le PS sort un rapport dans l'endroit de Tours qui s'appelle le Parti socialiste et l'Afrique sud-saharienne, et c'est le produit d'experts, notamment de géographes comme Jean-Pierre Raison. Et c'est très progressiste, pour le coup, c'est très tiers mondiste, et les journalistes ne sont pas dupes en disant que ça n'engage pas le candidat. Et effectivement, il ne se sentira pas engagé. Donc on a vraiment deux domaines un peu différents, et je suis assez d'accord sur la continuité. Les années 70, c'est le discours du PS qui prend le dessus, mais la voie de Mitterrand reste assez continue, son fonctionnement, ses amitiés, ses réseaux, par-delà cette
Host/Interviewer
ellipse, entre guillemets, socialiste. Et puis dans ces réseaux, il y a Jean-Christophe Mitterrand, vous l'avez évoqué, Nicolas Bancel, Papa Maddy, ainsi qu'il était surnommé. On ne va pas résumer l'intégralité de la présidence de François Mitterrand à l'aune de tout ce qu'on a dit là, mais on va s'arrêter sur un moment qui se situe vers la fin pour saisir ce moment-là avec tout ce que
Nicolas Bancel
vous venez de dire. Il s'agit, n'est-ce pas, pour bien fixer les esprits, d'une ancienne colonie belge. Et la Belgique
Archive/Voice Actor
a fait d'excellentes choses et a gardé une sorte, comme pays européen, une sorte de tutelle. mais disons de compagnonnage avec le Rwanda, un peu préférentiel. Mais la France,
Nicolas Bancel
comme c'est un pays francophone, la France a été
Archive/Voice Actor
constamment appelée au secours. Et nous avons envoyé des soldats, à la fois pour aider à sauvegarder nos compatriotes qui vivent au Rwanda, et sauvegarder en même temps ceux que nous avons fait. Les Belges et toute nationalité européenne qui se trouvait là et qui faisait appel à nous. Mais nous n'avons pas envoyé d'armée pour combattre. Nous ne sommes pas destinés à faire la guerre partout, même lorsque c'est l'horreur qui nous prend au visage. Nous n'avons pas le moyen de le faire et nos soldats ne peuvent pas être les arbitres internationaux des passions qui aujourd'hui bouleversent et déchirent tant et tant de pays. Nous restons à la disposition des Nations Unies. Nous voulons bien être des bons soldats de la paix
Judith Bonin
pour les Nations Unies. Il faut qu'on
Nicolas Bancel
nous le demande, il faut que ça
Archive/Voice Actor
s'organise, il faut qu'il y en ait
Host/Interviewer
d'autres à nos côtés. En 1994, François Mitterrand à propos du génocide des Tutsis au Rwanda, et c'est très éclairant avec tous les éléments que vous avez pu nous apporter sur son engagement, Nicolas Bancel, on a ici une longue continuité et on comprend mieux
Judith Bonin
en fait ces propos. Oui, je pense que justement la biographie nous permet d'éclairer la position de la France et comme le dit Vincent Duclert qui a fait un rapport extraordinaire, qui fait un article d'ailleurs dans l'ouvrage, les, je reprends ces termes, je ne suis pas spécialiste par des rondages, je reprends ces termes, les responsabilités accablantes de François Mitterrand. Ce sont ses propres termes. Pourquoi François Mitterrand est-il allé aussi loin dans le soutien à un régime qui va devenir génocidaire. C'est une question encore qui taraude les historiens et on a du mal à l'expliquer. Mais, pour revenir à ce qu'on a dit depuis le début de cette émission, je pense que nous avons quand même une clé très importante. Le Front Patriotique Rwandais, donc, qui va essayer d'arrêter le génocide en pénétrant sur le territoire rwandais depuis l'Ouganda, il est situé précisément en Ouganda. L'Ouganda, c'est un pays anglophone. Le Rwanda, c'est une nouvelle conquête d'influence de la France. Donc, ça rajoute, si vous voulez, à son influence possible en Afrique, dans le monde, à sa puissance, puisque c'est le thème de l'émission. Et face à cette invasion que François Mitterrand pense comme une invasion, en fait, africano-britannique, si je puis dire, eh bien, on revient à Fachoda. Et Fachoda, on a perdu une fois, on ne perdra pas une deuxième fois. Et c'est pour ça, à mon avis, qu'on va si loin dans la compromission avec le
Nicolas Bancel
régime génocidaire du Rwanda. Je pense que c'est aussi l'époque 93-94, les années Mitterrand. Mitterrand est en train d'arriver à démontrer que sa politique jusqu'au bout est cohérente. Et le Rwanda, dans son incohérence, c'est sa cohérence à lui. Juste avant, tout le monde l'a oublié, il fait un voyage en Indochine. et il va se retrouver à Biébiènefou. Il va d'ailleurs raconter à ce moment-là qu'il a toujours été contre la guerre d'Hadochine, ce qui est superbement hallucinant. Dans la Russie ou des mondes, il n'y a aucune... Avant 1953, jamais Mitterrand ne s'oppose à la guerre d'Hadochine. Et là, il vient et il dit aux Vietnamiens, je vous ai compris, en gros. D'ailleurs, après le Rwanda, je rappelle qu'il va se battre pour un voyage essentiel, c'est le dernier grand voyage de Mitterrand, c'est Mandela. Il a besoin quelque part de peut-être de retrouver une sorte de virginité avec Mandela, qui est devenu le modèle absolu de la libération de l'Afrique et des droits de l'homme, d'aller chez Mandela pour peut-être avoir ce dernier moment de blanc-seing que lui donnaient à une époque les Fouettes-Boignies et les Sangors comme l'ami des Africains. Parce que dans la dialectique de Mitterrand, il y a toujours eu cette idée du « je comprends l'Afrique ». Il le dit d'ailleurs en ce texte, si on nous appelle l'armée française, pour l'ONU sera présente. Et donc cette vision un tout petit peu, il a besoin d'avoir quelque part une forme de quittus du continent sur la politique cadassienne. Et le Rwanda c'est à la fois un aveuglement et une cohérence. Et de façon nucléaire, il le dit avec vraiment précision. Il ne faut pas penser que c'est la France dans une entité. Mitterrand a souvent été très en opposition et que c'est conseillé dans l'affaire du Rwanda. avec ses ministres, avec des militaires, et je pense que le rapport du Clerc est là-dessus, exemplaire. Et à un moment, il faut savoir aussi se poser la question d'un individu, non pas dans ses aveuglements, mais dans la cohérence de ses aveuglements. La manière dont il pense le continent, et bien on le voit en pratique dans ce qui s'est passé au Rwanda. Et le travail a été suffisamment fait par la commission, et on peut le dire quand même que ça n'a pas été une commission si facile que ça à mettre en oeuvre qu'a mis en place Emmanuel Macron, et c'est important parce que ça nous permet à un moment de nous questionner aussi, nous Français, sur la manière dont, des fois, les héritages politiques, Les pratiques politiques peuvent avoir un impact énorme sur quelque chose. Quand on se pose la question de la mer dont les Africains aujourd'hui et l'Afrique regardent la France, il faut comprendre qu'il y a eu ces moments clés. Et le Rwanda est un des moments clés. Et nous vivons aujourd'hui les effets tectoniques de cette histoire dans notre diplomatie en Afrique. Et certains des fois sont surpris de voir la violence au Niger, au Burkina Faso, au Mali, d'une opinion publique qui rejette cette France. Et oui, cette histoire aussi, elle est marquée par ces moments clés, qui dans notre histoire diplomatique, dans notre histoire politique, dans notre histoire symbolique, marquent des moments où la France a besoin peut-être aujourd'hui, maintenant que le temps de l'histoire arrive, on est 30 ans après le départ de Mitterrand du pouvoir, de peut-être avoir ce courage, ou cette responsabilité, ou peut-être même tout simplement, je dirais, cette force de pouvoir regarder des erreurs que nous avons pu commettre, nous, dans notre diplomatie, dans notre stratégie avec ce continent, et qui aujourd'hui nous coûte extrêmement cher dans la manière dont la France est perçue. Il faut parler avec des jeunes, aujourd'hui, de la nouvelle génération, qui certes sont aussi manipulés des fois sur les réseaux sociaux par rapport à ça, mais il y a une vision d'une France qui n'a pas été peut-être capable de regarder pleinement et entièrement cette relation au continent. Et je pense que les 15 années, enfin les 14 années de pouvoir de Mitterrand sont
Host/Interviewer
fondamentales aujourd'hui
Judith Bonin
à regarder pour comprendre. Nicolas Mencel? Oui, non, juste dire qu'effectivement c'est bien la conséquence de la, je dirais que la lossification des relations avec l'Afrique par François Mitterrand dont nous subissons effectivement les conséquences aujourd'hui. Et on aura beaucoup de mal à s'en sortir si on ne
Host/Interviewer
revient pas historiquement sur cette période. Merci à vous trois pour toutes ces clés historiques de compréhension. Je rappelle, François Mitterrand, le dernier empereur, s'est publié aux éditions Philippe Prêt et puis dirigé également par vous deux, Nicolas Bancel et Pascal Blanchard, avec Sandrine Le Maire et Dominique Thomas, l'histoire globale de la France coloniale. Quant à vous, Judith Bonin, je rappelle que changer la vie, Et Le Monde, avec un point d'interrogation, c'est avec l'internationalisme du Parti Socialiste, s'est publié aux éditions du Bordeleau. Merci vivement à tous les trois prochains épisodes dans le cours de l'histoire, par les arts et par les fouilles,
Nicolas Bancel
la diplomatie culturelle à la française. Les réceptions de l'ambassadeur sont réputées pour le bon goût du maître de maison, un goût
Host/Interviewer
raffiné qui charme toujours les invités. C'était le cours de l'histoire sur France Culture, une émission réalisée par Thomas Beau avec aujourd'hui la technique Jordan Fuentes. Émission préparée par Jeanne de Lecroix, Jeanne Copé, Raphaël Lalloum, Clémentine Ducasse, Maël-Vincent Randonnier et Maïwenn Giziou. Cette émission et toutes les précédentes sont à écouter. A podcaster sur notre
France Culture – 7 mai 2025
Cet épisode décrypte la vision diplomatique de François Mitterrand à l’aune de son héritage impérial, retraçant la façon dont son parcours biographique et intellectuel façonne son rapport à l’Afrique et au « rayonnement » français. À travers les interventions de Pascal Blanchard, Nicolas Bancel et Judith Bonin, historien·nes spécialistes, le podcast analyse la persistance d’une conception d’influence née de l’imaginaire colonial, du combat politique, des décolonisations jusqu’aux ambiguïtés de la Françafrique et du Rwanda.
« Il visite l’exposition coloniale en 1931, dont il est ébloui, comme 9 millions de Français... » (Judith Bonin, 02:27)
« Il a toute cette formation littéraire à partir de romans nationaux et coloniaux […] il va s’engager à ce moment-là dans les mouvements ultra-nationalistes… » (Judith Bonin, 02:27)
« Cette idée d’Afrique comme extension de la France, comme condition de sa puissance, elle est fondamentale… » (Judith Bonin, 12:38)
« Ce sont des gens qui pensent effectivement que la pérennité de l’Empire doit passer par des réformes limitées… Mitterrand ne pensera jamais le suffrage universel comme une possibilité pour l’Empire. » (Judith Bonin, 12:38)
Les voyages africains et le choc du réel
« Il a plutôt participé au bal des gouverneurs, plutôt aux grandes chasses qu’à rencontrer ceux qui étaient soit en prison, soit des futurs leaders. » (Nicolas Bancel, 25:11)
Ministre de la France d’Outre-mer (1950–1951)
« Il ne fait finalement que suivre ce plan […] il n’y a aucune action décisive. » (Judith Bonin, 17:48)
L’Algérie « c’est la France »
« L’Algérie, c’est la France et la France ne reconnaîtra pas chez elle d’autres autorités… » (Archive/Mitterrand, 31:47)
« Il est parfaitement au courant de la torture et de la systémisation de la torture […] il est aussi radical parce que, encore une fois, il pense que c’est le prix à payer… » (Judith Bonin, 35:01)
Le deuil d’un empire et la réécriture du passé
Silence, ellipses, et continuités discrètes
« Dans les années 70, c’est le discours du PS qui prend le dessus, mais la voie de Mitterrand reste assez continue… » (Pascal Blanchard, 50:18)
Présidence et Françafrique : rupture ou continuité ?
« À quoi ça correspond pour lui ce précaré ? […] ce sont des pays décolonisés mais qui sont largement sous influence française… » (Judith Bonin, 45:13)
Le drame rwandais, point d’orgue d’une logique d’influence
« On revient à Fachoda. Et Fachoda, on a perdu une fois, on ne perdra pas une deuxième fois. » (Judith Bonin, 54:15)
Répercussions contemporaines
« Il y a une vision d’une France qui n’a pas été peut-être capable de regarder pleinement et entièrement cette relation au continent. » (Nicolas Bancel, 56:38)
Cet épisode éclaire la profonde cohérence, parfois contre-intuitive, de la politique étrangère de Mitterrand : de l’apprentissage d’un imaginaire colonial à la gestion d’un « pré carré » africain, la diplomatie mitterrandienne s’inscrit dans la longue durée d’une France persuadée que sa grandeur passe par l’influence sur l’Afrique, quel que soit le coût. Le Rwanda, point d’orgue tragique, montre combien cette vision a eu des conséquences profondes, toujours perceptibles dans les relations actuelles de la France avec ses anciennes colonies.
Ouvrages cités :