
Écrire l’histoire de l’Afrique 3/3 : Tirailleurs sénégalais, les colonies au service de la France
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Anthony Guillon
En attendant la rentrée, votre émission prend.
Gérard Noiriel
Ses quartiers d'été et replonge dans ses archives.
Anthony Guillon
Désormais, les candidats au brevet espèrent, comme.
Gérard Noiriel
Pour leurs camarades qui ont passé le.
Historian (possibly Anthony Guyon or a similar expert)
Bac cette année, de la bienveillance de la part des jurys d'examen et du ministère de l'Éducation.
France Culture News Announcer
On vient de la prendre à un premier navire chargé de 7000 tonnes de céréales et protégé par la marine russe a quitté le port ukrainien de Berdyansk occupé par la Russie. C'est ce qu'ont annoncé les nouvelles autorités désignées par Moscou. La guerre en Ukraine a provoqué une menace sans précédent sur la sécurité alimentaire de nombreux pays. Le temps de ce jeudi perturbé sur la plupart des régions sauf en Méditerranée. Le temps devient menaçant cet après-midi dans l'Est. Dix départements sont placés en vigilance orange aux orages de la Haute-Loire au Haut-Rhin en passant par la Franche-Comté. Les températures comptaient cet après-midi de 17 à 32 degrés. Ces journaux ont été préparés avec Julien Loquet et Nicolas Pommet. Prochain journal à midi 30 avec Thomas Cluzel. En attendant, excellente matinée à l'écoute de France Culture.
Historian (possibly Anthony Guyon or a similar expert)
L'esprit d'ouverture.
France Culture News Announcer
Le coronavirus circule toujours et la protection apportée par le vaccin contre le Covid-19 diminue après un certain temps. Une deuxième dose de rappel est donc recommandée pour les personnes les plus à risque de faire une forme grave de la maladie. De 60 à 79 ans, un nouveau rappel est recommandé 6 mois après le premier. À partir de 80 ans, un nouveau rappel est recommandé 3 mois après le premier. N'attendez pas, prenez rendez-vous chez un professionnel de santé près de chez vous ou sur www.santé.fr. Ceci est un message du ministère des Solidarités et de la Santé. Il est 9h et tout juste 6 minutes, vous écoutez France Culture, c'est l'heure du cours de l'histoire. Bonjour Xavier Mauduit.
Anthony Guillon
Bonjour Anne Lorchoin, bonjour à toutes, bonjour à tous, bienvenue dans le cours de l'histoire. Aujourd'hui nous terminons notre série consacrée à l'écriture de l'histoire de l'Afrique depuis l'Afrique ancienne avec les empires d'Éthiopie et du Mali. Aujourd'hui nous nous trouvons avec les tirailleurs sénégalais.
Archive or Historical Voice/Narrator
De l'histoire, Xavier Mauduit.
Anthony Guillon
Tirailleurs sénégalais, les colonies au service de la France. Le 21 juillet 1857, l'empereur Napoléon III se trouve à Plombière, pour une cure à Plombière, les Vosges, les beaux paysages, la ville d'eau, la glace, et oui, avec les fruits confits, et le kirche. Napoléon, par la grâce de Dieu et la volonté nationale, empereur des français. Sur le rapport de notre ministre secrétaire d'état au département de la marine et des colonies, Le conseil d'amigroté entendu, avons décrété et décrétons ce qui suit, il sera formé au Sénégal un corps d'infanterie indigène sous la dénomination de tirailleurs sénégalais. Mais sont-ils sénégalais et d'ailleurs sont-ils tirailleurs ?
Archive or Historical Voice/Narrator
Anthony.
Anthony Guillon
Guillon, bonjour.
Historian (possibly Anthony Guyon or a similar expert)
Bonjour, Xavier Mauduit.
Anthony Guillon
Ces tirailleurs sénégalais sont-ils sénégalais ?
Historian (possibly Anthony Guyon or a similar expert)
Alors, non. Seulement en partie. C'est vrai qu'au début, quand le corps est créé, bon, les Français sont surtout présents sur le littoral, donc on va appeler ça Sénégalais. Au fur et à mesure où on passe des bataillons au régiment, alors c'est vrai qu'en tout, dans le courant du 19ème siècle, on va parler de bataillon à Oussa, mais finalement on va s'entendre au bout d'un moment sur ce terme générique de bataillon sénégalais, ce qui est extrêmement intéressant, c'est qu'au fur et à mesure de notre période, Comme vous dites, ils sont de moins en moins sénégalais puisqu'on essaye de privilégier le sénégalais qui est un petit peu plus sur le littoral et les hommes, on va les prélever un petit peu plus en Afrique occidentale française, un petit peu plus dans les terres.
Anthony Guillon
Dans la longue histoire des tirailleurs sénégalais, il y a plein d'origines en fait. C'est ça qui est intéressant parce que pour comprendre le fonctionnement, ce qui fait partie de notre patrimoine, dès qu'on dit tirailleurs sénégalais, tout de suite nous avons des images en tête. Ces images sont liées à un uniforme. Quel est cet uniforme ?
Historian (possibly Anthony Guyon or a similar expert)
Oui, alors c'est vrai que très rapidement on a des images en tête, notamment la Chechya. Au début, l'uniforme va être adapté aux opérations en Afrique et on va garder quelques éléments caractéristiques qui vont devenir, au fur et à mesure qu'ils vont plus se relever du symbole, on pense évidemment au coupe-coupe, mais bon, qui irait imaginer un tirailleur avec son coupe-coupe face à une mitrailleuse allemande ? La Chechya, pareil, au fur et à mesure qu'il va perdre un petit peu de son intérêt, Et donc, on a ces éléments qui vont plus relever du symbole, mais ce qui est intéressant, c'est que finalement, ils vont accompagner le corps des tirailleurs sénégalais sur l'ensemble de leur histoire. Du début à la fin, on va retrouver ces symboles, même si à la fin, les derniers soldats, on parle après de soldats africains sur la fin, veulent que ces éléments qui relève désormais de la caricature, ne fassent plus partie de leur uniforme.
Anthony Guillon
Vous évoquez soldats africains, alors il y a ce mot, tirailleurs. Donc nous avons bien compris qu'ils ne sont pas sénégalais en tant que tels, mais il peut y avoir d'autres origines. C'est un terme générique, un peu, pour ne pas dire colonial. Tirailleurs, ça veut dire quoi ?
Historian (possibly Anthony Guyon or a similar expert)
Tirailleurs ici, alors il faut plus l'entendre par rapport aux soldats coloniaux, notamment cette dimension au sein de l'infanterie, puisque pour l'ensemble des soldats coloniaux, on va parler de tirailleurs indochinois, tirailleurs malgaches. Mais c'est vrai que ça relève des situations différentes, même si dans le cas des tirailleurs sénégalais, comparé à tous les autres, la spécificité vraiment des tirailleurs sénégalais, c'est que ce sont des fantasains. à toutes les guerres, vraiment, il y a une prédominance du fantassin, on estime que le tirailleur n'est pas assez habile, n'est pas assez intelligent pour passer à l'artillerie. Et là, on va plutôt privilégier les Indochinois. Et donc, c'est vrai que le tirailleur sénégalais, je crois que sa spécificité, au-delà des deux termes qui, vous avez bien compris, ne recouvrent pas la totalité de leur réalité, c'est vraiment qu'ils sont au cœur du combat. Ils sont toujours, toujours dans les premières lignes.
Anthony Guillon
Pourquoi, en 1857, l'empereur Napoléon III a besoin de ces tirailleurs sénégalais, de ce corps d'infanterie indigène ?
Historian (possibly Anthony Guyon or a similar expert)
Alors... On va dire que ce n'est ni une spécificité française, ni une spécificité militaire. Depuis toujours, les Européens vont recourir à des intermédiaires dans les colonies, pour la traduction, pour pénétrer un petit peu mieux sur les fleuves. Finalement, pour mieux comprendre l'espace local, donc on avait notamment les compagnies de commerce qui ont beaucoup utilisé ça, on parle de lapto au 18e siècle.
Anthony Guillon
L'APTO, c'est quoi ? C'est le nom qu'on donne à ces hommes ?
Historian (possibly Anthony Guyon or a similar expert)
Voilà, une sorte de proto-tirailleurs, mais qui sont très très peu. Quand Napoléon crée le bataillon, on est à peu près à 500 hommes. En fait, ici, il y a une opportunité, c'est aussi l'abolition de l'esclavage. Et donc, dans le cadre de la colonisation, les Français vont se donner le beau rôle, c'est-à-dire qu'il faut aussi qu'on rentre dans les terres pour permettre l'abolition de l'esclavage. Et donc, une fois que l'esclavage est aboli en 1848, Camille Lefebvre, dans son dernier livre, montre qu'au début du XXe siècle, il y a encore des tirailleurs qui sont d'anciens captifs. Si vous voulez, l'armée française va racheter d'anciens esclaves en leur disant bon ben voilà, on a payé le prix. Désormais, pour rembourser, il va falloir faire un service militaire. Et c'est là qu'arrive donc Louis Federbe. C'est vraiment lui qui a l'initiative de tout ça. En gros, sur le premier bataillon, vous avez un tiers qui sont d'anciens captifs. Et donc, Même si chez Federer, c'est compliqué, parce que c'est un abolitionniste convaincu. Mais d'un autre côté, il y a vraiment cette volonté-là, c'est-à-dire, on rentre dans les terres pour se donner le beau rôle, en retenant quand même qu'à la fin des conquêtes, le premier portrait que je fais, c'est Mamadou Racine Sy, qui est plus qu'un intermédiaire. Très souvent, c'est lui qui est en position de force. Les Français lui permettent d'avoir des esclaves, de donner ceux qui ont été battus comme esclaves à titre de butin, finalement, à ces hommes. Donc il y a cette relation qui est très, très, très ambigüe à l'esclavage.
Anthony Guillon
Oui, parce que l'esclavage, c'est au cœur de ces réflexions. Quand nous évoquons l'esclavage et notamment l'abolition en 1848, nous pensons à l'abolition de l'esclavage dans les îles. Mais cela a une incidence au cœur de l'Afrique parce que l'esclavage est présent au cœur de l'Afrique. Et c'est un argument très pratique pour le colonisateur français de dire nous venons vous libérer des esclavagistes.
Historian (possibly Anthony Guyon or a similar expert)
Oui, c'est très pratique. Je crois que vous allez bientôt voir Catherine Kokri-Widrowicz qui vous expliquera ça très bien. Mais quelque part, en fait, l'abolition de la traite, ça crée une augmentation de captifs en Afrique. Et donc, il y a tout ce marché, c'est bien le cas de le dire. Et donc, bon, même si encore une fois, chez les abolitionnistes, il y a vraiment des hommes convaincus, mais il y a cette espèce d'opportunité. Et peut-être qu'aussi, il y a certains hommes qui le voient comme un processus, c'est-à-dire bon, bah oui, l'abolition par décret en 1848, elle va prendre du temps. Mais bon, quand on est à la fin du 20e siècle dans les campagnes et qu'il y a encore des hommes qui sont donnés Evidemment, ils n'ont pas le titre d'esclave, mais c'est comme ça qu'ils sont abordés en tout cas par les Africains. Et c'est là aussi où, finalement, la situation coloniale, c'est quelque chose d'assez compliqué. Il ne faut pas voir ça comme quelque chose de binaire. Mamadou Rassensi, finalement, il arrive à tirer son épingle du jeu des deux côtés. C'est un chef reconnu. Il parle français, il parle arabe. Il est respecté par les tous couleurs. Les Français sont obligés de s'appuyer sur cet homme. et de lui donner gain de cause parfois.
Anthony Guillon
Faisons un petit tour au Sénégal parce que nous l'entendons bien avec cette expression, ce terme tirailleur sénégalais, c'est là que ça se passe.
Archive or Historical Voice/Narrator
Seul endroit où, hormis la Réunion, la synthèse était relativement possible, le Sénégal. A cause justement de ces villes créoles qui s'appellent Saint-Louis, Gorée, Rufisque ou Thies. Federb l'a souhaité. Et tout compte fait, le Sénégal de Federb a bien été le creuset d'où a rejailli la nouvelle aventure africaine, celle du XIXe siècle. Par la côte et par l'intérieur. Par la côte, à partir de laquelle les Français ont abordé le continent noir de Dakar à Majinga pour se lancer cette fois à la conquête.
Anthony Guillon
L'Afrique noire d'expression française présentée à la radio en 1962. Anthony Guillon, qui est Federp, ce gouverneur du Sénégal ? Quelles sont ses ambitions au moment de réfléchir à créer une troupe d'infanterie indigène ?
Historian (possibly Anthony Guyon or a similar expert)
C'est quelqu'un qui est relativement jeune et qui va être soutenu par les milieux économiques pour remplacer le gouverneur Protet au poste du Sénégal. Et quand il prend le poste en 1854, il y a quand même une part de conviction, c'est-à-dire qu'il faut s'appuyer sur des supplétifs locaux. C'est une solution, parce que de toute façon, ça n'attire pas les soldats français de venir combattre dans les colonies. Il va falloir s'appuyer sur ces hommes et il y a des décisions parfois qui peuvent être mal interprétées. Par exemple, au départ, si vous voulez, les soldats noirs et les soldats blancs sont mélangés. Lui, il insiste pour qu'ils soient séparés. Donc nous, avec nos yeux du 21e siècle, on va voir ça comme une décision raciste, même si évidemment le terme ne serait pas approprié. Et en fait, pourquoi est-ce qu'il veut les séparer ? Comme souvent sont d'anciens esclaves. Qu'est-ce qu'ils font pour les soldats français ? Ils vont faire les corvées, ils vont nettoyer les chaussures, etc. Et lui, en fait, il veut les séparer. C'est un de ses arguments pour leur donner une vraie formation militaire. Une formation militaire qui sera toujours assez déficiente. Et finalement, oui, c'est vraiment lui qui lance ça. pour les premiers combats. Mais encore une fois, à la fin du 19e siècle, on a 6000 hommes. Donc, surtout, il ne faut pas surévaluer ce corps sur l'ensemble du siècle. Mais au fur et à mesure, ils vont quand même s'affirmer dans différents combats. Et c'est vraiment, on va dire, dans la décennie 1890 où ils participent au combat contre Samouraï Touré, qui est à la tête de l'Empire wassoulou, l'épisode de Fachoda. Et donc là, ces hommes commencent à s'illustrer et commencent à être vus par ces officiers coloniaux qui vont les le terme de promouvoir n'est pas forcément adapté, mais en tout cas qui vont dire qu'il faudrait peut-être s'appuyer davantage sur eux en dehors de l'Afrique. Puisque jusqu'ici, ce sont des opérations de pacification, on participe à l'occupation, mais les missions restent quand même assez limitées. Et donc à la fin du 19e siècle, on va commencer à les utiliser à Madagascar. Et là, l'idée est en train de germer, de les utiliser de plus en plus loin, Puisque oui, il y a une publicité qui est en partie mensongère, mais on va en faire une sorte de soldat d'élite.
Anthony Guillon
On pourrait dire qu'en fait, ces tirailleurs sénégalais ont aidé à la consolidation, voire à l'expansion de l'empire colonial français. C'est un peu comme ça qu'ils sont utilisés.
Historian (possibly Anthony Guyon or a similar expert)
Oui, c'est tout le paradoxe, puisque les tirailleurs sénégalais viennent des territoires où ils combattent. Donc, ils combattent leurs anciens voisins. Il y a cet épisode aussi avec les Amazones, ces fameuses guerrières qui avaient coupé deux têtes de tirailleurs sénégalais. Donc oui, c'est un combat qui est très difficile à interpréter au départ, mais ils vont asseoir finalement la position française au fur et à mesure. Ils vont participer à cela. Mais encore une fois, il ne faut pas surévaluer les effectifs jusqu'au début du... On va dire qu'il y a vraiment une augmentation pendant la campagne du Maroc, au début du XXe siècle, où là on va passer à 15 000 hommes, et un saut évidemment quantitatif avec la Grande Guerre.
Anthony Guillon
Anthony Guillon, vous avez raison de ne pas en mettre trop sur les représentations. Tant pour les tirailleurs sénégalais, pour les amazones du Dahomey, beaucoup de fantasmes et beaucoup de gravures dans la presse. On en parle énormément. Les tirailleurs sénégalais, de l'indigène aux soldats, de 1857 à nos jours. C'est l'ouvrage que vous publiez chez Perrin qui est une étude... Alors, bah sûr, d'accord. vous le racontez très bien, mais aussi une étude au plus près de l'humain et c'est ça qui est passionnant. Comment vous nous expliquez que les soldats blancs et ces soldats indigènes sont séparés ? Comment ça se passe ? Déjà ils sont recrutés, comment ces tirailleurs ?
Historian (possibly Anthony Guyon or a similar expert)
Alors, le recrutement évolue sur l'ensemble de la période. On va dire qu'au départ, comme il s'agit de peu d'hommes, on essaye de développer un volontariat. En sachant que la prime n'est pas intéressante, la gloire de l'uniforme, il faut avouer qu'on va le voir très très peu dans les sources et ce sont des sources essentiellement françaises. Donc on va dire qu'on... Je crois que le point commun sur l'ensemble de la période, c'est qu'on essaiera toujours de privilégier le volontariat. On accélère pendant la Grande Guerre parce que là, on a besoin d'hommes. Et il y a vraiment, il y a une grosse erreur en 1915 où là, on prélève de force 50 000 hommes. Et donc, ça va provoquer une guerre dans le Bani Volta. Une vraie révolte où les Français doivent écraser le mouvement par la force. Il y a des combats fratricides très, très, très violents. Et à partir de ce moment-là, on peut dire que les leçons sont plus ou moins retenues, dans le sens où il faut trouver un point d'équilibre. C'est-à-dire, il faut avoir un certain nombre d'hommes, mais il ne faut pas que les sociétés se révoltent. Donc on va essayer de s'entendre avec les chefs de village, on va fixer des quotas. Il faut aussi vous dire qu'il y a quand même... Faut jamais dire les français et les autochtones. Le ministère des colonies et le ministère de la guerre ne sont pas d'accord. Le ministère de la guerre veut un maximum d'hommes, veut les meilleurs, veut les fils de chef. Et le ministère des colonies va dire attention, ne prélevez pas trop. Il risque d'y avoir des révoltes. Les fils de chef, on en a besoin sur place pour asseoir notre autorité. Et donc, en 1919, on revient à quelque chose qui a été aboli en France à la fin du 19ème, le tirage au sort. Donc on fixe des quotas, on arrive dans les villages, on impose le tirage au sort, en sachant que ça, si vous voulez, c'est sur le théorique. Ce qu'on demande, c'est un certain nombre d'hommes. Et là, il faut bien se dire que les sociétés vont réussir, les sociétés locales, vont réussir quelque part à trouver le point d'équilibre. Vous avez... Il y a cette image du tirailleur sénégalais, une puissance innée, soldanée, etc. Ma collègue Delphine Peretti-Courtis a travaillé sur les médecins et il y a un médecin à la fin du 19e siècle qui crée un indice de robustesse. l'homme noir serait plus fort. Et donc, en fait, on va forger tout ce mythe-là. Et moi, en fait, toutes les statistiques que j'ai trouvées, c'est des taux d'inaptes assez impressionnants, à plus de 70%. Donc, du coup, deux solutions. Soit l'homme noir serait faible, soit les sociétés s'en sont bien tirées. Et qu'est-ce qu'elles font généralement ? Les hommes forts, on va les cacher. le temps que la commission passe, on va présenter des hommes en grande partie inaptes au combat, c'est impressionnant les descriptions qu'on peut avoir, les français savent, les africains savent que les français savent, mais le tout c'est d'avoir un certain nombre d'hommes au fur et à mesure. Mais ce qui est fou, si vous voulez, c'est que quand on rentre, comme vous avez dit, on rentre à hauteur d'homme, c'est que le cliché de l'homme fort, l'homme puissant, promu par Mangin, ne résiste pas en fait à l'étude.
Anthony Guillon
Justement, nous allons retrouver Mangin. Alors, Mangin, on le connaît souvent comme Général. Il a encore une avenue du Général Mangin. Un maire en 1898, il était capitaine et il participait à l'expédition Marchand. On la connaît bien parce que c'est le moment de fachodard.
Archive or Historical Voice/Narrator
Le jeune Charles a décidé qu'il sera officier. A sa sortie de Saint-Cyr, il débarque en Afrique où il a demandé à servir. L'Afrique fascine Mangin et son camarade Andloer, qui, à ses moments perdus, peint des aquarelles, envoûtant Afrique pour de jeunes officiers français. Afrique cruelle aussi, où pillards et chefs musulmans affrontent nos soldats. À la tête de ses cavaliers, Mangin est blessé à diéna, et gratignures insignifiantes, santé parfaite, câble-t-il à ses parents. Sous les ordres de marchands, L'officier participe alors à la plus étonnante expédition française qui va être menée en terre africaine, la traversée du continent de l'Atlantique à la Mer Rouge. Un petit vapeur, le fait d'herbe, va l'aider à arriver jusqu'au Nil blanc. Parfois, les Africains de l'escorte creusent avec leurs mains un chenal dans les sous-affluents du fleuve.
Anthony Guillon
En 1966, Charles Mangin, présenté à la télévision française, a entendu du lion. Mangin, là, c'est celui qui, comme tant d'autres, admire cette envoûtante Afrique et complètement baigné de tous les stéréotypes qu'on peut avoir et des stéréotypes racistes évidents. Mangin était un personnage important de cette histoire.
Historian (possibly Anthony Guyon or a similar expert)
Oui, oui. Alors généralement, on lui attribue la paternité des tirailleurs sénégalais avec son livre de 1910 qui s'appelle La Force Noire. C'est un livre qui est passionnant à lire. Vraiment, pas uniquement si on aime les tirailleurs sénégalais. Mais bon, pour résumer, la France serait dans une décadence politique depuis la Révolution française. On est évidemment sur un ouvrage très conservateur. Décadence démographique. Les femmes françaises ne savent plus faire assez d'enfants. Et décadence militaire parce que finalement, on a cédé au confort de la Révolution industrielle. L'homme blanc n'est plus un bon combattant. Et à l'inverse, l'homme africain, qui est resté proche, c'est son propos bien sûr, qui est resté proche de la nature, a gardé cette vertu combattante, cette fameuse furia francese que l'on pouvait voir lors des guerres d'Italie. Il y a cette capacité du soldat africain de rompre le front. Et c'est vrai qu'il a encadré ces hommes, alors il ne faut quand même pas lui attendre. lui donner la paternité, parce qu'en même temps, il y a quelqu'un qui réfléchit bien mieux sur les soldats indochinois, c'est le général Théophile Penquin. Et donc, si vous voulez, ces idées-là, elles circulent. Mais c'est vrai que Mangin, notamment, il les observe au Maroc. Il les a vues à Fachauda, il les observe au Maroc, et lui, il est persuadé En fait, sa hantise, c'est que l'armée française, de toute façon, est moins nombreuse que l'armée allemande. Il faut compenser. Et il est persuadé vraiment que l'Afrique... Alors, déjà, l'Afrique, il se trompe complètement, mais c'est un réservoir d'hommes complètement inépuisable. Donc, on peut prélever à volonté, les sociétés sont d'accord. Là encore, il se trompe. Et il y a cette capacité... Voilà, dans la guerre qui est en train de s'annoncer, il y a vraiment cette capacité de rompre le front. Et il les a observés au Maroc, mais... Il y a déjà des officiers comme Hubert Liottet, au Maroc, qui dit attention ces soldats, on doit les retirer pendant les mois les plus froids. On doit les retirer du combat, donc ça provoque des jalousies forcément. Et donc on va perdre en fait en cohésion au sein des unités. Et donc si vous voulez, Hubert Liottet dit, si jamais vous les faites venir en Europe, ce sera compliqué. Donc si vous voulez, Mangin est un personnage clé, mais il ne faut vraiment pas le voir comme le seul. Voilà, à chaque fois, on reprend ce terme force noire, etc. Comme la seule personne qui réfléchit là dessus. Il y a d'autres personnes qui réfléchissent et de manière un petit peu plus subtile quand même.
Anthony Guillon
Et tous ces gens là sont tributaires de la construction de l'image du sauvage qui a été nécessaire pour la colonisation parce qu'il fallait le civiliser, ce sauvage là. Mais à l'inverse, du point de vue militaire, le sauvage est bien pratique. C'est celui qui va combattre Anthony Dillon. Concrètement, pour ces gens, donc vous me l'avez dit, il y a un tirage au sort, alors bon, on arrive à esquiver plus ou moins, mais enfin, ça y est, il y a des hommes qui sont tirés au sort. Ils ne sont pas mélangés avec les soldats blancs ? Ça se passe comment ? C'est-à-dire, il y a deux camps parallèles ?
Historian (possibly Anthony Guyon or a similar expert)
Alors, ça dépend. Pour l'instant, si vous voulez, on peut rester sur la fin du 19e siècle en Afrique. En Afrique, ça peut paraître assez bizarre, mais ce sont les Français qui vivent en camp et les soldats africains qui rentrent chez eux le soir après l'entraînement. Et en fait, cette logique de camp va plutôt la développer avec le Maroc. D'ailleurs, au Maroc, les femmes peuvent venir. On a toute une série de clichés. Là encore, on veut vendre l'armée noire. c'est-à-dire avec des femmes qui sont à moitié nues, on vend la polygamie, on met plein d'enfants à côté, etc. pour vraiment promouvoir cette idée, si vous voulez, de réservoir inépuisable en hommes. Donc là, ils vivent dans les camps, mais on leur laisse une certaine liberté. Et à partir du moment où ils vont être en France, si vous voulez, pendant la Première Guerre mondiale, c'est plutôt d'octobre à avril, on les retire dès 1914. On les retire et on les met dans des camps de Gironde, mais surtout du Var. pour qu'ils soient formés. Mais surtout, en fait, on se rend compte qu'ils ont beaucoup de pneumonie, de gelures et que finalement, ils ne peuvent pas combattre durant les mois d'automne et d'hiver.
Anthony Guillon
Dans cette histoire, vous l'avez dit, il y a des femmes. C'est ça qui est intéressant. En Afrique, au moins, évidemment, quand ces tirailleurs sénégalais sont envoyés en Europe, non, les femmes ne suivent pas. Mais en Afrique, c'est une histoire qui est beaucoup plus large que celle de soldats hommes embarqués dans l'armée française comme tirailleurs sénégalais. Il y a les femmes aussi qui sont présentes.
Historian (possibly Anthony Guyon or a similar expert)
Les femmes ont le droit de suivre les opérations et donc de vivre dans les camps, y compris pendant les opérations en Afrique. Mangin justement, dans son livre, relate quelques campagnes où certaines auraient combattu, toujours pour vendre ce courage, mais très souvent elles restent derrière, ils continuent à y avoir une certaine vie de famille. Les Français payent, y compris pour le Maroc, on est prêt à payer le voyage. Mais il faut que la femme parte tout de suite, puisque la femme africaine serait volage. C'est-à-dire, si jamais l'homme s'éloigne trop longtemps, elle en trouvera un autre. Donc c'est assez intéressant quand on suit les sources, parce qu'on a toujours ces clichés qui reviennent. Mais les femmes sont présentes, on va dire, jusque pendant la Première Guerre mondiale. Évidemment, avec la Première Guerre mondiale, elles ne peuvent plus suivre. Et là, c'est terrible, parce que bon... Vous êtes habitués à recevoir des histoires de la Première Guerre mondiale et on insiste sur ce lien épistolaire. Il n'y a plus aucun lien pendant la Première Guerre mondiale. On peut juste envoyer trois types de mots. Bien. Malade, mort. C'est les seuls mots que vont recevoir la famille, tandis que le soldat africain n'a aucune nouvelle de sa famille.
Anthony Guillon
Là, vous touchez quelque chose d'essentiel, parce que c'est très difficile aussi à cerner ces petites choses, mais qui font le cœur de l'existence, c'est l'échange. Donc, des tirailleurs sénégalais à qui on n'a pas appris à écrire, donc qui ne peuvent pas échanger. D'ailleurs, la question de la langue se pose aussi. Quelle langue est parlée ?
Historian (possibly Anthony Guyon or a similar expert)
Alors, en effet, comme vous dites, la langue est très intéressante, puisqu'on parle toujours finalement de la langue entre les Français et les tirailleurs, mais au sein même des tirailleurs. On va parler plusieurs dialectes. C'est Sylvain Deneuven qui a travaillé là-dessus. Souvent, bon... il y a toujours une possibilité de trouver un moyen au sein des unités qui, au bout d'un moment, vont finir par trouver un terrain d'entente. On dit que c'est le bambara qui l'emporte, mais ça dépend quand même des lieux. Après, une fois en France, on va très souvent passer par l'interprète. Et donc, là, tout doucement, on y arrive. C'est à dire ce fameux parler tirailleur. C'est à dire, attention, quand vous parlez au tirailleur sénégalais, ne conjuguez pas les verbes. C'est à dire, on va rester avec des verbes à l'infinitif et donner les ordres comme ça. Et c'est assez intéressant quand on compare les manuels. Et une fois de plus, avec les Indos chinois et les Malgaches, les ordres ne sont pas les mêmes. On dit toujours, pour les tirailleurs sénégalais, ne faites pas compliqué. Parlez simplement, ne conjuguez pas les verbes et répétez le geste. Montrez le geste plusieurs fois, c'est comme ça qu'ils comprendront. Et à l'inverse, pour les Indos chinois, on a des explications qui sont relativement développées. Et moi, du coup, un des intérêts de l'ouvrage, mais dans ma thèse, j'avais découvert en fait des copies, si vous voulez, des dictées de sous-officiers tirailleurs sénégalais qui écrivait à l'imparfait, au passé composé, sans faute d'orthographe. Et c'est là que c'est passionnant de finalement faire tomber un petit peu tous ces clichés. Et on parle pas de Léopold Sédar Senghor. On parle ici d'hommes qui sont de simples sous-officiers, qui n'ont pas marqué les sources. mais qui écrivent dans un français parfait.
Anthony Guillon
Léopold Sedar Senghor, qui au moment de la seconde guerre mondiale a été tirailleur sénégalais. Dans cette histoire, Anthony Guyon, il y a l'importance des sources, mais vous l'évoquez, vous êtes historien, vous enseignez à Sciences Po, des sources qui nous conduisent à Moscou. Et là, c'est étonnant. Que vient faire la Russie dans cette histoire ?
Historian (possibly Anthony Guyon or a similar expert)
Oui, alors évidemment, mon travail, comme dit François-Xavier Fauvel, on est sur un puzzle et donc ce n'est pas moi qui ai amené toutes les pièces du puzzle tout seul. Il y a plein de gens qui ont déjà travaillé sur les tirailleurs sénégalais. Mais sur ma thèse, ce n'est pas moi qui ai été exceptionnel, c'est plutôt les sources qui ont été trouvées. En fait, si vous voulez, les sources sur l'entre-deux-guerres, je voulais vraiment travailler sur l'entre-deux-guerres pour me concentrer finalement sur le cœur du bataillon, sur le cœur du soldat. Et donc, ces archives avaient disparu. Pourquoi ? Parce que les Allemands les ont prises en 1940, les Russes les ont prises à Berlin en 1945. Et donc, l'histoire de ces sources est passionnante. Parce que les Russes ne les rendent pas. Et par exemple, quand De Gaulle joue au chat à la souris avec Kennedy et Lyndon Johnson, Khrushchev, pour le récompenser, lui rend quelques sources. Et à la fin des années 1990, Vladimir Poutine dit, c'est bon, vous renvoyez tout en France. Et quelques années plus tard, c'est là que j'ai eu une certaine chance puisque les sources n'étaient pas classées. Et au SHD, j'ai pu y avoir accès avec quand même un traitement de faveur dans des horaires relativement élargis.
Anthony Guillon
Service historique de la Défense, à Vincennes notamment, parce que c'est sur d'autres sites aussi, ces sources sont très importantes, ces sources qui ont transité par l'Allemagne, par l'URSS, avant de revenir en France. Et parmi les sources, il y a également les témoignages, parce que vous l'étudiez bien, ce sont des destins, ce sont des vies des gens qui se souviennent.
Archive or Historical Voice/Narrator
Ici, Nying François, territoire du Sénégal. Ici, Eladji Ismail Djouf, Kaoulak. Ici, Klusi Torawade, Oult-Oualta. Ici, Bajorj, la Côte d'Ivoire. Ici, Diaz Daniel, Sénégal.
Historian (possibly Anthony Guyon or a similar expert)
Le plus ancien d'entre eux a commencé la bataille de France par Verdun.
Archive or Historical Voice/Narrator
Maintenant, avec 80 bataillons, j'ai fait avec M. Sapel, commandant Sapel. C'est dès là que je suis premier blessu.
Historian (possibly Anthony Guyon or a similar expert)
Premier blessu, en quelle année ?
Archive or Historical Voice/Narrator
6 mars à 1916.
Historian (possibly Anthony Guyon or a similar expert)
Mon général, le 19... Mars 16, c'est avant... Mars 16, la bataille de Verdun venait de commencer. Elle venait de commencer, c'est tous les derniers jours de février.
Archive or Historical Voice/Narrator
Et comment avez-vous été blessé ? J'ai blessé flanc gauche.
Anthony Guillon
Oui, mais comment ?
Historian (possibly Anthony Guyon or a similar expert)
Un éclat d'obus. Un éclat d'obus ?
Archive or Historical Voice/Narrator
Oui, justement, j'ai tous les trucs là. Je ne peux pas vous montrer le tissu.
Historian (possibly Anthony Guyon or a similar expert)
À la radio, on ne voit pas. Il faut le raconter.
Anthony Guillon
Oui, il faut tout raconter à la radio. Les anciens tirailleurs sénégalais interrogés en 1957, donc pour le centenaire de la création de ce corps. Les tirailleurs sénégalais, les témoignages sont importants aussi, Anthony Huillon, dans cette étude que vous consacrez aux tirailleurs sénégalais.
Historian (possibly Anthony Guyon or a similar expert)
Oui, alors les témoignages sont en effet importants, même s'ils restent relativement rares. Et il faut aussi tenir compte que finalement, les témoignages dont on dispose sont des gens qui ont gardé un contact avec la France. Donc, très souvent, le regard sur le corps des tirailleurs sénégalais, bon, là, on pourrait prendre les derniers qui nous restent, qu'on fait l'Algérie et l'Indochine et l'Algérie. Donc ces hommes-là ont un regard... Il y a un point sur lequel il n'y a pas de débat, c'est la question des pensions. Là, vraiment, là-dessus, ils sont intraitables, à juste titre. Mais parfois, ils ont des propos sur la colonisation française qui peuvent nous paraître surprenants. Certains disent que c'est plutôt positif, c'est-à-dire que la France soit venue en Afrique. Les témoignages sont bien sûr intéressants, notamment pour avoir ce ressenti, ce vécu du quotidien. Mais il faut le replacer dans le contexte. Il faut aussi voir les témoignages qu'on n'a pas. Et très souvent, ce sont des hommes qui sont rentrés en Afrique, qui ont coupé tous les ponts, finalement, avec cette expérience. Et donc, les témoignages, on a des professeurs qui ont travaillé là-dessus dans les années 80, comme Marc Michel, comme Daniel Domer Cloarec, et qui ont pu aller chercher des témoignages, donc là, en Côte d'Ivoire et au Sénégal. Et là aussi, on va avoir des points de vue qui sont très divergents. Mais il faut aussi tenir compte des hommes qui ont décidé de ne pas laisser de traces et réfléchir sur cette question-là.
Anthony Guillon
D'ailleurs, y a-t-il un profil type du tirailleur sénégalais ?
Historian (possibly Anthony Guyon or a similar expert)
Alors, j'ai conclu chaque chapitre justement avec un portrait à chaque fois pour montrer que le portrait type du tirailleur sénégalais n'existe pas. Parce qu'on parle quand même d'hommes sur plus d'un siècle, dans des contextes radicalement différents. On va trouver des gens plus patriotes que patriotes, comme Adiba, Charlène Choréré, qui sont fiers de mourir pour la France. Charlène Choréré, avant de prendre une balle dans la tête par les Allemands en juin 1940, écrit une lettre à son fils Jean-Baptiste où il explique tout le sens de ce que c'est que combattre pour la France. Son fils meurt le lendemain des blessures au combat. Et on va voir d'autres hommes qui vont avoir un profil plus en rébellion contre l'autorité française. Et ici, je pense à Lamine Senghor qui va... qui a combattu à Verdun, sur la Somme, au Chemin des Dames, qui a subi une attaque au gaz moutarde qui sera irréversible pour lui et qui, après, va rentrer dans le militantisme anticolonialiste qui s'oppose à Blaise Diagne, qui fait des discours avec Jacques Doriot quand il était communiste, bien sûr, et qui va mourir en 1927, alors qu'il a eu la nationalité française, mais des suites de ses blessures et en ayant un discours très virulent contre la présence française en Afrique.
Anthony Guillon
Le moment première guerre mondiale pour les tirailleurs sénégalais, ou en tout cas pour l'image qui est donnée d'eux, est vraiment essentiel. C'est quoi en fait les tirailleurs sénégalais pendant la guerre ?
Historian (possibly Anthony Guyon or a similar expert)
C'est vrai que là, c'est sur cette guerre qu'ont le plus travaillé les historiens. On parle de 200 000 hommes. Donc il y a les questions du recrutement qui se mettent en place. Ils vont participer à plusieurs combats. Alors parfois, ça va leur donner cette image que j'essaye de faire tomber du héros. Mais en tout cas, ils sont présents à la reprise de Douaumont à la fin de l'année 1916, à la Défense de Reims en 1918. Ils subissent des pertes terribles au Chemin des Dames en 1917, où le général Nivelle avait dit qu'il fallait utiliser les Noirs pour économiser le sang blanc. Donc si vous voulez, la Première Guerre mondiale, va aussi faire un distinguo avec les autres puissances européennes qui utilisent tous des troupes coloniales. Mais les Français sont les seuls à amener des soldats noirs, ce qui va créer un point de tension avec les Allemands, bien sûr, qui vont bien s'en servir. C'est-à-dire, vous nous accusez de commettre des exactions dans le nord de la France, mais regardez ce que vous, vous faites. Vous amenez des Africains en Europe. C'est terrible. Et ils sont soutenus en ce sens par les Anglais. Alors, à demi-mot pendant la Première Guerre mondiale, les Anglais ne sont pas tout à fait d'accord. Mais dès 1919-1920, Lloyd George en personne, je reprends ces termes, il dit il ne faut plus d'armée nègre en Europe. Ce sont ces termes. Et donc, il y a vraiment ici une spécificité française qui va leur permettre aussi de mieux comprendre ces soldats. et pendant tout l'entre-deux-guerres, ils vont être utilisés sur différents fronts. Mais vraiment, ce moment est décisif, et finalement, si en 1914, Joffre n'est pas tout à fait d'accord pour leur utilisation, en 1918-1919, il n'y a presque plus de débat, en tout cas, sur l'utilité des tirailleurs sénégalais.
Anthony Guillon
Le corps a évolué d'ailleurs, parce qu'après la Première Guerre mondiale, on imagine bien que, comme il n'y a plus de débat, une autre formation est imaginée, avec sans doute des effectifs un peu plus grands.
Historian (possibly Anthony Guyon or a similar expert)
En effet, on va arriver sur quelque chose de plus structurel. Bon, il y a le pacifisme en France, il y a les pertes de la Première Guerre mondiale. On diminue le service militaire pour les Français. Et donc là, pendant que les Français vont passer petit à petit à 18 mois, on va passer en fait pour les tirailleurs à 36 mois. Mais en encourageant fortement à ce que, quand c'est inconscrit, il transforme cela en volontariat avec des engagements, des rengagements. Et donc là, on arrête sur quelque chose de plus structurel. On va dire que sur l'entre-deux-guerres, on est à 8 à 12 000 hommes recrutés par an. Donc Charles Mangin avait dit qu'on pouvait faire 12 000, 15 000. les hommes sur place disent on peut arriver à 8000 par an sans provoquer, ce sera toujours l'objectif, sans provoquer de révolte sur place. On va réfléchir un petit peu mieux à la formation, c'est excellent puisque on a des carnets entiers de formation, mais la formation notamment militaire sera toujours assez médiocre. Et en tout cas, la formation intellectuelle, donc on travaille beaucoup le français, mais imaginez les cours d'histoire, par exemple. Les cours d'histoire, l'Afrique avant était une terre pleine de ressources. Malheureusement, les Africains ne pouvaient pas prélever ces ressources à cause des guerres intestines. Heureusement, les Français sont venus, ils ont mis fin aux guerres, ils ont aidé à exploiter les ressources. Et pareil avec l'instruction civique. Il faut expliquer que la France est une terre de liberté et d'égalité alors qu'on ne la permet pas dans l'Afrique. Donc, il y a tous ces débats dont sont parfaitement conscients les cadres de l'État-major. Ils réfléchissent jusqu'où doit-on enseigner les valeurs françaises avant qu'ils les retournent contre nous. Et dès la Première Guerre mondiale, on a évidemment des Africains qui disent... Voilà, il y a certaines contradictions ici.
Anthony Guillon
Et puis c'est une histoire de va-et-vient parce que ces Africains qui reviennent en Afrique après avoir participé au combat en Europe rapportent les images qu'ils ont vues, ils racontent. Ça a un effet, ça aussi, pour les populations africaines ?
Historian (possibly Anthony Guyon or a similar expert)
Et c'est là aussi où il y avait certains opposants, en fait, qu'on fasse venir. Oui, là, les Allemands, même les Allemands en Afrique, avaient dit qu'il ne faut pas que les soldats noirs voient les hommes blancs combattre contre eux. Et finalement, on a vu l'homme blanc faiblir. Ce qu'on ne voyait pas, ce qu'on n'imaginait pas en Afrique. On a vu l'homme blanc pleurer, faire des mutineries, etc. On a vu que peut-être l'homme blanc, on pouvait le battre. Ce qui était déjà arrivé évidemment en Afrique, mais tout ça va confirmer. Et donc, on revient avec des idées Voilà un petit peu à l'image de la Minsengor, bien sûr, où on va être pénétré par certaines de ses idées. Mais en tout cas, sur le plan militaire, il n'y a plus cette idée d'invincibilité qui sera confirmée encore plus par la Deuxième Guerre mondiale, puisque là, pour le coup, sans les soldats africains, le combat aurait été beaucoup plus compliqué.
Anthony Guillon
Oui, la seconde guerre mondiale, moment très important aussi, avec toujours ce regard très complexe porté sur ces troupes particulières, parce qu'on veut les laisser particulières. Comment sont exposées les tirailleurs sénégalais ? Alors pendant la seconde guerre mondiale, mais cette petite seconde guerre mondiale, ce que je veux dire c'est la drôle de guerre, on prépare les combats.
Historian (possibly Anthony Guyon or a similar expert)
Oui, il faut bien distinguer en fait les soldats de la France libre qui vont arriver un petit peu plus tard, qui viennent essentiellement d'Afrique équatoriale française, des soldats qui sont déjà en France en 1940. On est à peu près sur 60 000 soldats au moment où démarre la campagne de France. Ce sont des hommes généralement qui étaient engagés depuis 1937-1938. D'autres vont arriver en cours de route. Mais dans les combats de mai-juin, On en a à peu près 20 000 qui sont faits prisonniers, et donc là, ça va prendre un caractère particulier dans certains endroits, pas de manière systématique. Mais bon, les Allemands, l'armée allemande, à coup de propagande nazie, on parle beaucoup des bâtards rénans. C'est-à-dire, il y a eu des troupes coloniales pendant l'occupation de la Rhénanie en 1919-1920. Les soldats africains n'étaient même pas arrivés. Il y avait des soldats malgaches et maghrébins. Il y a eu quelques relations consenties ou non, mais pour l'essentiel, c'était des relations consenties. Et en fait, Hitler a vraiment... Il a lancé la stérilisation en 1937 de ces gens-là. Donc, on arrive avec une véritable haine envers ces hommes. Et donc, en juin 1940, dans certains endroits, par exemple autour de Lyon, dans la Somme, on fait sortir les prisonniers. Prisonniers, c'est donc interdit. On fait sortir les tirailleurs sénégalais. une balle dans la tête. Et donc là, ça, c'est terrible. Et les autres hommes, en fait, vont partir en prison. Alors, au début, on voulait les amener en prison en Allemagne. Tout de suite, évidemment, au nom de l'idéologie nazie, on va les mettre dans des frontalagues en France, donc dans différentes campes prisonniers. Et là, bon, c'est assez variable. Mais au fur et à mesure, certains réussiront à s'enfuir, comme Adiba. Et donc voilà pour le côté, en fait, en France, de ces soldats d'AOF.
Anthony Guillon
Et puis ça, c'est les soldats qui étaient en France au moment des combats de l'offensive allemande de 1940. Et puis après, la guerre se poursuit et la guerre se poursuit aussi en Afrique.
Archive or Historical Voice/Narrator
Radio-diffusion nationale vous parle. Si nous n'avions pas sous les yeux l'effroyable désarroi de la défaite, nous savions très bien notre géographie, et qu'il y avait une Afrique française, des colonies françaises, et que tout cela signifiait quelque chose. Puisqu'il s'agissait de l'Asie ou de la mort de la France, c'était notre devoir d'essayer le traitement suprême, l'Afrique française libre, au secours de la France.
Anthony Guillon
En mai 1942, Félix Ebboué, gouverneur général de l'Afrique équatoriale française, s'exprimait. Alors là aussi, les tirailleurs sénégalais sont au cœur de cette histoire complexe de la France pendant la Seconde Guerre mondiale parce que l'ensemble des colonies ne sont pas exactement dans les mêmes choix pendant la guerre.
Historian (possibly Anthony Guyon or a similar expert)
Oui, d'ailleurs, on aura quelques combats fratricides. Finalement, des soldats qui sont du côté de l'armée de Vichy et d'autres qui vont rejoindre De Gaulle. Donc, ce sera pareil du côté des tirailleurs sénégalais. Mais très vite, en fait, vous avez passé le passage qui était nécessaire avec Félix Séboué. L'Afrique équatoriale française a rallye De Gaulle. Elle rallye De Gaulle et assez rapidement, c'est à dire après quelques territoires du Pacifique. Et en fait, là, la France Libre va avoir un espèce de bastion territorial duquel remonter, tout doucement, vers l'actuel Libye, et ensuite pouvoir préparer les différents débarquements. Il s'illustre notamment à Bir Hakeim, en 1942, où vous avez Georges Koudoukou qui est décédé, qui a été fait compagnon de la France Libre. Donc au fur et à mesure, on réorganise un petit peu ces hommes pour pouvoir préparer donc la campagne d'Italie et aussi l'opération Anneville. Ils vont débarquer en masse lors de l'opération Anneville. Ils participent à la libération de Toulon, de Marseille, même si ce ne sont pas toujours des combats acharnés, bien sûr. Mais en tout cas, ils ont répondu présents. Et au fur et à mesure, on remonte vers Lyon. On prépare la campagne d'Alsace. Ces hommes, on les remplace, Clermiaux parle d'hérésie militaire, on remplace ces hommes par des résistants, par des membres des forces françaises intérieures. Et là, on emploie ce mot qui est terrible, mais c'est le mot qui est parfaitement adapté. On blanchit les troupes, c'est-à-dire on remplace d'authentiques soldats qui ont fait leur preuve, qui évoluent en formation militaire par des résistants qui sont bien sûr tout à fait... légitime sur le plan politique, mais en tout cas sur le plan militaire, c'est difficilement compréhensible. Et là, on va avancer les arguments climatiques. On va partir en Alsace, on va partir en Allemagne, ça va être trop compliqué. Et là, ces hommes le vivent extrêmement mal, parce qu'en plus, il n'y a pas l'équipement nécessaire, donc ils doivent retirer leurs tenues, leurs armes, et donner ça au FFI.
Anthony Guillon
Dans ces conditions très particulières de la Seconde Guerre mondiale, la vie des tirailleurs sénégalais C'est une horreur, il faut le dire, d'être sans cesse vu par les Allemands, mais d'une manière... Voilà, ils sont considérés comme des animaux et vous nous dites aussi que de l'autre côté, ils ne sont pas si considérés que ça. Et il y a malgré tout cette idée que ce sont des guerriers vaillants et qu'il faut renvoyer en premier au front. D'ailleurs, tous ces prisonniers des Allemands, on le sait bien, il y a des massacres très faciles. Le tirailleur sénégalais ne reste pas longtemps prisonnier. En tout cas, un peu moins que les Français. Il y a des pertes supérieures par rapport aux prisonniers français ?
Historian (possibly Anthony Guyon or a similar expert)
Dans les camps, c'est assez difficile d'avoir des chiffres. On a notamment quelques fuites, on a évidemment quelques exactions. Mais en fait, au fur et à mesure, ces camps, comme on est en France, sont assez mal surveillés. Et donc, il y a beaucoup de fuites. Adiba, c'est comme ça qu'il s'était engagé dans la résistance. Donc la vie dans les camps, elle est assez particulière. Mais vous avez raison, finalement, en 1944, On a des hommes qui ont dû donner leurs armes alors qu'ils étaient prêts à combattre. On a d'anciens prisonniers qui n'ont pas été reconnus. Et donc on a tous ces hommes-là qui sont regroupés dans des camps, dans le sud de la France, mais aussi dans le Finistère, qui s'ennuient. Et là, on commence à avoir un climat de dénonciation de l'autorité coloniale, etc. Et tout doucement. Il ne faut pas tout mélanger. On a beaucoup d'indiscipline. Mais en fait, en décembre 1944, c'est là qu'il va y avoir le massacre de Tiaroy, en Afrique, pour des hommes qui ont demandé que de percevoir ce qui leur était dû. Et donc, bon, les chiffres, pour l'instant, on est à 70 morts. Les chiffres sont encore difficiles à savoir. Il faudra peut-être des travaux archéologiques pour vraiment savoir ce qu'il en est. Mais en tout cas, voilà, globalement, tout le monde, la plupart des personnes s'entendent au moins sur 70 morts dans des conditions terribles. Des hommes qui demandaient juste ce qui leur était dû.
Anthony Guillon
Et ce jour-là, nous sommes le 1er décembre 1944, pas très loin de Dakar, Léopold Sédar Senghor écrit un poème.
Archive or Historical Voice/Narrator
Prisonnier noir. Je dis bien, prisonnier français. Est-ce donc vrai que la France n'est plus la France ? Est-ce donc vrai que l'ennemi lui a dérobé son visage ? Est-ce vrai que la haine des banquiers a acheté ses bras d'acier ? Et votre sang n'a-t-il pas ablué la nation oublieuse de sa mission d'hier ? Vous, tirailleurs sénégalais, mes frères noirs à la main chaude sous la glace et la mort, Qui pourra vous chanter si ce n'est votre frère d'armes, votre frère de sang ? Enfleurez les tombes. On réchauffe le soldat inconnu. Vous, mes frères obscurs. Personne ne vous nomme. Recevez ce sol rouge. Sous le soleil d'été, ce sol rougit du sang des blanches hosties. Recevez le salut de vos camarades noirs et rayeurs sénégalais. Morts pour la République.
Anthony Guillon
Le poème liminaire de Léopold Sédar Senghor. Léopold Sédar Senghor, donc c'est encore un profil de tirailleur sénégalais au sens où nous avons un homme qui commence ses études et qui s'engage au moment de la guerre. Ce massacre en 1944, c'est aussi, on ne peut pas dire une rupture parce que nous ne sommes pas du tout comme ça, mais comme une confirmation de la non reconnaissance du rôle de ces tirailleurs sénégalais.
Historian (possibly Anthony Guyon or a similar expert)
Oui, il y a toute une série d'incidents sur place. Il est vrai que les historiens qui travaillent dessus montrent que c'est très difficile de calculer une pension. Tous les hommes n'ont pas perçu la même chose. Tous les hommes ne doivent pas percevoir la même somme. Toujours est-il que ce malentendu Une fois qu'ils sont rentrés à Dakar et donc au camp de Tiaroy, on demande que chacun rentre chez soi. Et bon, non, non, non. On veut percevoir maintenant ce qui est dû. On sait très bien que si on rentre chez nous, on ne percevra pas ces sommes. Et donc là, voilà, au-delà des chiffres, au-delà des querelles d'historiens, Peu importe le nombre de morts qu'il y aura, finalement, on termine quand même sur un épisode qui est terrible. C'est un massacre pour des hommes qui ont répondu présent à l'appel. Et donc, finalement, après, il y a quelques hommes qui vont faire ce travail de mémoire nécessaire, mais on termine quand même sur une tragédie. Et pourtant, pourtant, dès 1946, les tirailleurs sénégalais, donc d'autres, parfois les mêmes, partent en Indochine. On a 60 000 hommes qui vont partir en Indochine.
Anthony Guillon
C'est énorme quand on dit 60.000 hommes parce que c'est un bloc tel qu'on le prononce, mais c'est 60.000 vécus, 60.000 destins. Ces tirailleurs négalais sont-ils encore utilisés pendant les guerres de décolonisation ?
Historian (possibly Anthony Guyon or a similar expert)
Oui, oui, oui. Vous allez dire, j'aurai employé beaucoup de fois le mot terrible aujourd'hui, mais c'est terrible ici parce que du coup, le tirailleur sénégalais va aussi être vu par les siens, par les Africains qui sont en train, l'Afrique subsaharienne, qui sont en train de demander l'indépendance au Maroc, en Algérie, en Syrie, comme le bras armé, finalement, du colonialisme. Ce que les autorités françaises craignaient en Indochine, c'était que ces hommes aient une sympathie pour les Vietmines. Il y a une sorte de solidarité décoloniale. Ça ne s'est pas mis en place. On le craint beaucoup plus en Algérie, ce qui explique aussi, mais il y a une question chronologique, qu'il y aura beaucoup moins de tirailleurs en Algérie. Généralement, d'ailleurs, on va utiliser ceux qui ont fait l'Indochine parce qu'on craint ici une solidarité musulmane. Mais en tout cas, il n'y a pas eu de solidarité décoloniale. Et donc, ces hommes, au fur et à mesure où leur pays devient indépendant, on leur demande qu'est-ce que tu préfères ? repartir dans ton pays et donc voilà tu n'es plus tirailleur sénégalais, continue à servir la France et donc voilà on verra au fur et à mesure ce qui peut être obtenu. Et donc là au fur et à mesure il y a les questions des pensions qui se mettent en place. Bref, l'histoire se termine aussi de manière très compliquée.
Anthony Guillon
Oui, parce qu'il y a ce système où la pension est figée au moment de l'indépendance du pays. C'est sûr que le temps passe, les gens continuent à vivre, mais l'argent ne bouge pas. Anthony Guyon, les tirailleurs sénégalais de l'indigène aux soldats de 1857 à nos jours. Alors, les tirailleurs sénégalais existent-ils encore à nos jours ?
Historian (possibly Anthony Guyon or a similar expert)
Alors en fait, le corps disparaît entre 1958 et 1962, mais je voulais vraiment aller au bout, c'est-à-dire suivre ces hommes. Je termine sur Yoho Diao, qui est toujours vivant, qui a bondi et qui fait partie des 28 tirailleurs qui ont obtenu la nationalité française par François Hollande la dernière année de son mandat. Et je voulais vraiment aller au bout pour réfléchir aux questions de mémoire, pour voir ce qui nous reste. Et finalement, En aucun cas, ce livre sera pionnier. C'est-à-dire, il y a d'autres personnes qui ont combattu pour ces gens, des gens dans des associations, des historiens, des hommes politiques qui ont voulu qu'on reconnaisse leur histoire. Et donc, voilà, dans la mémoire aussi, dans la mémoire, ils ont profondément avancé. Donc, c'est vrai que sur la question des pensions, ça a été très tardif. Il a fallu attendre Nicolas Sarkozy. Au fur et à mesure, ça s'est débloqué. Mais évidemment, chaque année qui passe, vous l'avez dit, les hommes disparaissent. Et donc, ce travail de mémoire, Il a été fait en partie depuis.
Anthony Guillon
Et puis, il y a tout un travail de déconstruction. C'est presque la mission des historiens, des historiennes. Vous évoquez ce triptyque banania-shechia-coupe-coupe. C'est ça, le tirailleur sénégalais tel qu'il a été réduit pendant longtemps. Non, vous, vous montrez que ce n'est pas ça, sans en faire des héros.
Historian (possibly Anthony Guyon or a similar expert)
Oui, je crois que tous ceux qui ont fait une thèse, on a toujours eu un cliché finalement sur leur sujet. Moi, dès que je dis le mot tirailleur sénégalais, on me sort l'un de ces trois mots. Et voilà, j'avais vraiment à cœur de déconstruire ça pour finalement retrouver l'homme, retrouver l'homme dans sa banalité. Qu'est-ce qu'il mange ? Qu'est-ce qu'il boit ? Le rapport aux femmes, d'accord. Bien sûr, il y avait des bordels réservés aux soldats coloniaux. Mais je me suis rendu compte que parfois, certains de ces hommes venaient juste boire un soda, essayer de rencontrer quelqu'un qui connaissait l'Afrique et discuter. Et finalement, ce que je voulais à tout prix faire, c'était une histoire banale. Mon portrait, le portrait auquel je suis le plus attaché, c'est le portrait d'Eliassa, puisque c'est un homme banal. Ce serait une sorte de Louis-François Pinago d'Afrique. Et voilà, je voulais vraiment, finalement, je me suis dit... Je voulais quitter le sensationnel pour vraiment faire une histoire globale. Et même en allant chercher des choses banales, je trouve que c'est comme ça qu'on comprend finalement la vie d'hommes qui ont eu un parcours, même les hommes qui ont fait Verdun. Finalement, s'ils ont servi sept ans, Verdun est peut-être, oui, la pointe émergée de l'iceberg. Mais je voulais vraiment comprendre ce qu'il y avait en dessous.
Anthony Guillon
Et c'est en cela que les tirailleurs sénégalais, Goupillet, Schéperin, est un ouvrage passionnant parce que c'est une histoire qui est au plus près des individus. Et ça c'est très fort avec une réflexion aussi sur le regard africain porté sur les tirailleurs sénégalais. Anthony Guillon, vous avez des retours justement venus du Sénégal entre autres, mais vous avez bien compris que ces tirailleurs sénégalais n'étaient pas tous sénégalais.
Historian (possibly Anthony Guyon or a similar expert)
Oui, oui, oui. Les retours sont variés même. Bon, s'ils sont encore assez limités, ils viennent essentiellement du Sénégal. Mais on se rend compte aussi que sur place, la mémoire du tirailleur a été compliquée puisque quand les pays sont devenus indépendants, les tirailleurs avaient servi l'armée française. Donc, il a fallu un certain temps avant que ça se mette en place. Et bon, au Sénégal, par exemple, il a fallu attendre le début des années 2000 pour que le président mette en place le 23 août, la journée du tirailleur. Et même en Afrique, finalement, la mémoire du tirailleur est un objet Pas de polémiques, mais au moins de débats.
Anthony Guillon
En tout cas, cette mémoire nationale du tirailleur sénégalais, parce qu'à côté de ça, il y a la mémoire familiale. Alors là aussi, j'imagine qu'au moment de travailler sur les tirailleurs sénégalais, il y a plein de gens qui doivent vous dire, ah mais moi, mon grand-père, ah.
Gérard Noiriel
Là là là là.
Anthony Guillon
Parce que tout de suite, ça évoque énormément de choses. Et là, on touche au plus intime, c'est souvent la famille.
Historian (possibly Anthony Guyon or a similar expert)
C'est là, vous savez, où c'est passionnant, parce que sur la Première Guerre mondiale, très souvent, on a employé le terme de Cher Akanon. Et les historiens avons dit que c'était un mythe, c'est-à-dire les pertes étaient similaires, ce qui est vrai sur le plan des chiffres. Mais quand on rencontre les gens... c'est très dur d'imposer, en fait, un point de vue scientifique, quand on vous dit, c'était pas notre guerre. Et même, finalement, s'il y a eu trois pertes, même si les pertes étaient inférieures, c'était pas notre guerre. On n'avait pas à mourir pour cette guerre-là. Et je trouve que c'est ce qui est très intéressant. J'ai pu échanger avec des gens très proches des tirailleurs, des descendants comme Aïssa Tasek, qui a permis la nationalisation des 28 derniers tirailleurs. Et vraiment, en tant qu'historien, on prend une leçon d'humilité quand même, quand on est confronté au cœur de notre sujet, On veut toujours fuir l'émotion en tant qu'historien pour atteindre cette fameuse objectivité qui ferait débat. Mais je trouve que c'est bien de rencontrer des personnes, d'être confronté à l'émotion et de comprendre aussi que ce sujet, il a une âme.
Anthony Guillon
Faire l'histoire, c'est ça aussi. Écoutez, merci beaucoup à vous, Anthony Guyon, les tirailleurs sénégalais de l'indigène aux soldats. donc de 1857 à nos jours et vous venez de nous expliquer pourquoi c'est publié chez Perrin avec le soutien du ministère des armées. C'est important aussi d'avoir ce soutien parce que c'est aussi peut-être une forme de reconnaissance de ces tirailleurs sénégalais. Merci, vivons à vous ! Il est temps de retrouver Gérard Noiriel avec le Pourquoi du Comment.
Gérard Noiriel
Comment éliminer les incorrigibles ? La solution des bagnes de Guyane. Sous la Révolution française, des prêtres, des monarchistes et des députés révolutionnaires furent déportés dans les bagnes ouverts en Guyane. Sous le Second Empire, ce sont les criminels condamnés aux travaux forcés qui furent soumis à ce type de peine. Loin d'y mettre fin, la Troisième République l'étendit à des individus considérés comme des récidivistes parce qu'ils avaient été condamnés pour des délits le plus souvent mineurs comme le vol, l'escroquerie ou le vagabondage. La loi du 12 mai 1885 sur la relégation des récidivistes est fréquemment citée comme un moment clé dans l'histoire pénale républicaine. Au moment même où se mettaient en place les fondements essentiels de notre système démocratique, cette loi introduisit dans le corpus juridique français une mesure de sûreté avant la lettre, appliquant aux récidivistes une peine qui ne résultait pas d'une qualification criminelle, mais d'une accumulation de condamnations. Au-delà d'un certain nombre d'infractions, la justice considérait qu'un individu était irrécupérable et qu'il fallait s'en débarrasser en l'expédiant au bagne. La relégation n'avait rien à voir avec la déportation, peine résultant d'une condamnation politique, ni même avec la peine des travaux forcés réservés aux crimes les plus graves et qui s'effectuaient depuis 1854 dans des bagnes coloniaux. Pourtant, le livre que Jean-Lucien Sanchez a consacré à l'histoire des délinquants récidivistes montre que le sort de beaucoup de relégués fut aussi terrible que celui des autres bagnards. L'ouvrage retrace le destin de 22 000 condamnés à la rélégation en Guyane entre 1887 et 1953. Il décrit minutieusement l'extrême précarité dans laquelle ils ont vécu. Le travail forcé, la sous-nutrition, les maladies comme le paludisme, la dysenterie, la fièvre jaune et même la lèpre expliquent les taux très élevés de mortalité. L'auteur évoque même une véritable hécatombe pendant la Seconde Guerre mondiale, période au cours de laquelle succombèrent 80% des relégués. Pour échapper à cet enfer, certains d'entre eux tentaient fréquemment de s'échapper. C'est ce qui incita les autorités à durcir les mesures de répression. Ces récidivistes de la fuite furent regroupés dans une catégorie inédite de détenus appelés les « coutumiers d'évasion ». Soumis à un système de corvée disciplinaire, ils furent utilisés comme une main-d'œuvre gratuite pour les travaux de déforestation et pour la construction du chemin de fer. Au départ, le pouvoir républicain avait espéré que cette colonie pénitentiaire puisse devenir une colonie de peuplement. Voilà pourquoi deux types de relégation avaient été prévus. D'une part, le régime collectif fondé sur l'internement et le travail forcé et, d'autre part, le régime individuel autorisant l'installation indépendante des relégués sous forme d'engagement ou de concession. Mais ce fut un échec total, puisqu'un nombre infime de relégués purent accéder à l'autonomie. En 1923, le journaliste Albert Londres dénonça dans une série d'articles l'enfer des bagnes de Cayenne et de Saint-Laurent du Maroni en Guyane. Ce fut le début d'une mobilisation humanitaire qui aboutit à leur fermeture progressive à partir de 1938. Mais il fallut attendre 1953 pour que les derniers forçats soient rapatriés en métropole.
Anthony Guillon
Merci Gérard Noiriel, c'était encore une fois très clair. Le cours de l'histoire sur France Culture, une émission réalisée par Laurence Miller avec aujourd'hui à la technique Hugo Renard. Une émission préparée par Marion Dupont, Anne Toscane, Judith, Jeanne Delocroix, Margaux Vielle, Shirley Adelaïde et Maïwen Giziou. Cette émission et toutes les précédentes sont à écouter et à podcaster sur franceculture.fr et sur l'application Radio France où vous retrouvez aussi le pourquoi du comment de Gérard Noiriel, toujours aussi clair.
Podcast : Le Cours de l'histoire – France Culture
Date : 22 août 2025
Animateur : Anthony Guillon
Invité principal : Anthony Guyon, historien
Résumé détaillé de l’épisode
Cet épisode conclut une série sur l’écriture de l’histoire de l’Afrique, en s’intéressant aux tirailleurs sénégalais, symbole complexe de l’implication des colonies dans l’histoire militaire et coloniale française. L’objectif est de révéler les réalités humaines derrière le cliché du tirailleur, tout en plaçant ces soldats au cœur des enjeux de mémoire, d’identité et de reconnaissance, aussi bien en France qu’en Afrique.
[03:14]
Loin d’être strictement sénégalais, ce corps tire son nom d’un usage générique. La plupart venaient de toute l’Afrique occidentale française.
« Ces tirailleurs sénégalais sont-ils sénégalais ? »
« Non, seulement en partie... Au fur et à mesure qu’on avance dans la période, ils sont de moins en moins sénégalais. »
— Historien, [03:19]
L’uniforme (chéchia, coupe-coupe) devient un symbole, parfois caricatural, qui ne reflète pas la réalité quotidienne ou le désir d’évolution des soldats.
Le mot « tirailleur » englobe tous les soldats coloniaux non spécialisés — infanterie de base —, considérés comme destiné aux premières lignes.
[06:08]
« Un tiers qui sont d’anciens captifs. [...] Il y a cette relation très très ambiguë à l’esclavage. »
— Historien, [06:44]
[12:08]
[13:30]
« Le cliché de l’homme fort, l’homme puissant, promu par Mangin, ne résiste pas à l’étude. »
— Historien, [15:50]
[17:47]
« L’homme africain a gardé cette vertu combattante, cette fameuse furia francese… »
— Historien, [17:47]
[21:16 – 23:00]
« J’ai découvert des copies de dictées de sous-officiers tirailleurs sénégalais qui écrivaient à l’imparfait, au passé composé, sans faute d’orthographe. »
— Historien, [23:00]
[24:27 – 29:48]
« Le portrait type du tirailleur sénégalais n’existe pas. »
— Historien, [28:38]
Première Guerre mondiale [29:58]
« Le général Nivelle avait dit qu’il fallait utiliser les Noirs pour économiser le sang blanc. »
— Historien, [30:40]
Entre-deux-guerres – Formation et instruction [31:43]
Seconde Guerre mondiale [34:12–44:49]
« Ce malentendu [...] on termine sur un épisode qui est terrible. C’est un massacre pour des hommes qui ont répondu présent à l’appel. »
— Historien, [42:29]
[43:41–47:43]
[45:59–49:31]
L’historien insiste sur la nécessité de sortir du triptyque « banania-chéchia-coupe-coupe ».
« Je voulais retrouver l’homme, retrouver l’homme dans sa banalité... Finalement, je voulais quitter le sensationnel pour comprendre la vie d'hommes qui ont eu un parcours. »
— Historien, [46:16]
En Afrique et en France, la mémoire des tirailleurs sénégalais reste un sujet intime, familial, parfois polémique, parfois instrumentalisé.
« Quand on rencontre les gens... c’est très dur d’imposer un point de vue scientifique quand on vous dit : ce n’était pas notre guerre. »
— Historien, [48:36]
Sur l’esclavage et l’armée
« L’armée française va racheter d’anciens esclaves en leur disant : on a payé le prix. Désormais, pour rembourser, il va falloir faire un service militaire. »
— Historien, [06:44]
La diversité du corps
« Le portrait type du tirailleur sénégalais n’existe pas. »
— Historien, [28:38]
Au sujet du racisme dans la construction de l'image du soldat africain
« On va forger tout ce mythe-là [...] toutes les statistiques que j’ai trouvées, c'est des taux d'inaptes assez impressionnants, à plus de 70%. »
— Historien, [15:50]
Sur la mémoire
« Il a fallu un certain temps avant que ça se mette en place. (...) La mémoire du tirailleur est un objet [...] de débats. »
— Historien, [47:43]
Sur l’émotion et l’histoire
« On veut toujours fuir l’émotion en tant qu’historien pour atteindre cette fameuse objectivité... Mais je trouve que c’est bien d’être confronté à l’émotion et de comprendre que ce sujet, il a une âme. »
— Historien, [49:00]
L’épisode met à nu la réalité complexe, ambivalente et souvent douloureuse des tirailleurs sénégalais, loin des images d’Épinal ou de la mythologie coloniale véhiculée durant des décennies. À travers une approche “au ras de l’homme”, Anthony Guyon expose la diversité des parcours, les défis de reconnaissance, la lente maturation de la mémoire, tout en rendant hommage à ces soldats, acteurs malgré eux de l’histoire coloniale et de la construction impériale et républicaine française.
Cet épisode est essentiel pour tous ceux qui veulent comprendre, au-delà des fantasmes et des symboles, la réalité humaine, sociale et politique des tirailleurs sénégalais et leur impact sur l’histoire commune de la France et de l’Afrique.