
Les États-Unis, l’Europe et la Grande Guerre, sauve-moi si tu peux !
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Hélène Arter
france culture le cours de l'histoire
Narrator/Announcer
Xavier Mauduit.
Interviewer
Les Etats-Unis, l'Europe et la Grande Guerre, sauve-moi si tu peux. En 1914, alors qu'éclate la première guerre mondiale en Europe, voilà près d'un siècle que les Etats-Unis d'Amérique suivent la doctrine Monroe. Certains l'aiment chaud et franchement isolationniste. C'est l'idée selon laquelle l'Europe ne doit pas s'occuper de ce qui se passe en Amérique et inversement. Alors pourquoi changer d'avis en 1917? Au nom de quoi les Etats-Unis entrent-ils en guerre? La Fayette. Nous voici.
Narrator/Announcer
Quel choix fera la nation américaine? Nous ne choisirons pas le chemin de la soumission. Une zone interdite entoure totalement les îles britanniques, la côte belge, la côte atlantique de la France. Tous les navires rencontrés dans cette zone seront coulés. Les Etats-Unis demandent des volontaires. La torpille frappe à triport, juste derrière la passerelle.
Interviewer
Hélène Arter, bonjour. Vous êtes historienne, professeure d'histoire contemporaine à l'Université Paris, un panthéon sorbonne. Vous êtes spécialiste de cette histoire des Etats-Unis. Nous avons besoin d'éclaircissement pour comprendre cette politique des Etats-Unis. Elle est complète, j'évoquais, pour ouvrir cette émission, la doctrine Monroe qui nous conduit dans les années 1820 avec l'idée d'isolationnisme. Cette doctrine-là est toujours valable au début du XXe siècle pour les Etats-Unis?
Hélène Arter
Alors oui, c'est une doctrine qui est importante, qui a été mise en place au moment où l'Empire espagnol était en train de s'effondrer dans les Amériques et où les Américains, progressivement, ont intériorisé l'idée qu'ils étaient la puissance organisatrice de cet immense continent. Et en même temps, c'est une doctrine qui commence à s'effriter depuis les années 1890. On s'en rappelle, les États-Unis ont fait la guerre à l'Espagne en 1898 à propos de Cuba. Ça leur a permis de se rendre maître d'une partie des Caraïbes, d'annexer les Philippines. d'adjoindre aussi le territoire d'Hawaï et donc on sent bien qu'il y a au sein de la société un certain nombre d'acteurs qui sont prêts à revenir sur cette doctrine et avoir des relations avec l'Europe mais je dirais des relations économiques et pas du tout des relations politiques et encore moins une alliance militaire.
Interviewer
C'est-à-dire qu'avec la doctrine Monroe, les Etats-Unis sont les gendarmes de l'Amérique, au sens du continent américain. On est encore loin de l'idée d'être les gendarmes du monde. Et d'ailleurs, même à la fin du 19e siècle, au début du 20e siècle, l'idée ce n'est pas encore d'être les gendarmes du monde. Toujours un peu de l'Amérique quand même.
Hélène Arter
Alors, surtout pas les gendarmes du monde. Peut-être deux zones géographiques qui les intéressent et qui les inquiètent en même temps. C'est la zone des Caraïbes. Et voyez, dans cette Amérique, l'endroit sur lequel ils peuvent réellement avoir de l'influence, c'est la zone des Caraïbes. Faut pas oublier qu'ils sont en train de de construire le canal du Panama, et pour eux c'est un enjeu à la fois économique et sécuritaire, et puis c'est la zone de l'Asie-Pacifique. Et on voit bien que les deux dossiers sont reliés par une question, la question du commerce. Il faut se rappeler qu'ils représentent à l'époque 10% du commerce mondial, et donc dans un temps de mondialisation, ils ne peuvent pas penser à l'intérieur des frontières et ils ont besoin de penser mondial.
Interviewer
Oui parce qu'en 1820, enfin dans les années 1820, quand la Doctrine Monroe est mise en place, la situation des Etats-Unis dans le monde, la puissance des Etats-Unis n'est évidemment pas la même qu'au début du XXe siècle, ça change tout. Pour faire du commerce, il faut aussi maîtriser les routes commerciales et puis il faut une certaine forme de paix, on va dire.
Hélène Arter
Oui, tout à fait. Ces zones d'affaires qui font du commerce, leur préoccupation, c'est la paix. Et vous l'avez dit très justement, c'est sécuriser les routes commerciales. La guerre, pour eux, n'est pas un objectif, c'est même un problème. Je crois qu'il faut rappeler que les États-Unis n'ont pas d'industrie d'armement à cette époque-là. Et on sait que, d'ailleurs, pendant la Première Guerre mondiale, ils vont être très dépendants des productions d'armement français et britanniques. Donc, c'est le commerce dans la paix. Et avec une autre idée qui est déjà très présente, c'est que ce commerce américain, il faut aussi le protéger par des barrières douanières, des tarifs très élevés. Donc c'est un mixte entre divers éléments qui doivent assurer la puissance de manière certaine.
Interviewer
Hélène Arter, vous êtes spécialiste des Etats-Unis, on pourrait citer plein de vos ouvrages, les Etats-Unis dans la Grande Guerre notamment, chez Tallandier, ou encore les Etats-Unis, Démocratie et Puissance, dans la collection Une Très Brève Histoire, petite maison d'édition, formidable, avec ce regard que l'on peut porter sur les Etats-Unis, sous un seul mot nous couvrons énormément de réalité. Dire les Etats-Unis sont, ce n'est pas dire grand chose parce que par l'étendue du territoire et puis aussi par les choix politiques, tout le monde n'est pas d'accord comme une évidence. Il faut peut-être souligner ces désaccords.
Hélène Arter
Oui, je crois qu'André Caspi, que j'en profite pour saluer, avait coutume de dire, et le dit toujours, il a une formule, les Etats-Unis c'est grand. Alors cette formule, elle dit tout, elle dit l'ampleur du territoire, et on le voit bien, dans la première guerre mondiale, on ne perçoit pas la guerre de la même manière quand on vit à New York, on est tourné vers le commerce international, et quand on est un paysan de l'Alabama. De la même manière, on ne perçoit pas les choses si on est passé par les grandes universités de la côte Est ou si on a arrêté ses études au niveau du primaire. Si on est un homme, si on est une femme, si on est un noir victime de la ségrégation. Donc il y a des Américains extrêmement divers, et puis il y a cette question centrale aux Etats-Unis du rapport au gouvernement central, fédéral, qui paraît lointain, qui paraît en même temps oppressif, et qui est le seul acteur en matière de politique étrangère. Et beaucoup d'Américains, en 14 comme en 17, ne sont pas d'accord, surtout en 17, au moment de l'entrée en guerre, avec les choix de leur gouvernement et sont hostiles résolument à la guerre, alors qu'on le sait, les Etats-Unis finissent par entrer en guerre. Donc c'est toute cette complexité qu'on doit avoir à l'esprit quand on parle des Etats-Unis.
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C'est l'avantage de l'historienne, de l'historien et puis même de tout le monde, citoyenne et citoyen, c'est que nous connaissons la fin de l'histoire. En 1917, les Etats-Unis entrent en guerre. Cependant, comprendre le pourquoi, c'est beaucoup plus difficile. Et avec vous aujourd'hui, Léna Arter, on va réfléchir à ça. Les présidents américains, c'est un ouvrage que vous avez écrit justement avec l'historien André Caspi. En 1914, au moment où la guerre éclate en Europe, qui est le président aux Etats-Unis?
Hélène Arter
Alors c'est un président Woodrow Wilson que les américains ont choisi et qu'ils ont élu. Nous sommes en 1912 sur un programme réformateur et progressiste. C'est-à-dire que l'idée qui traverse la société c'est qu'on s'est éloigné du modèle originel, qu'on s'est éloigné de la pureté de l'expérience démocratique, qu'il faut redonner la parole au peuple, qu'il faut réformer la société, qu'il faut contrôler les entreprises qui ont trop de pouvoir, qu'il faut mener des politiques sociales. Et c'est sur ce programme, qu'il appelle « Nouvelle Liberté », qu'il va être élu. Et donc, vous l'avez compris, il n'est pas question dans ce programme de donner la priorité à la politique étrangère. Et les Américains sont persuadés, lorsqu'ils élisent leur président, quittant presbytérien, très mu par les considérations religieuses. Lui, c'est la lecture de la Bible qui va déterminer ses actions. Et puis, deuxième caractéristique assez atypique, c'est un spécialiste de sciences politiques, professeur d'université, président d'université, qui a un doctorat, le seul de l'histoire. Et donc, c'est quelqu'un qui a fait une thèse sur le gouvernement, sur le Congrès et qui va d'une certaine manière, passer de la théorie à la pratique. Donc vous voyez, on est très loin de la majorité des profils des présidents, mais il est en accord avec son époque et les Américains sont persuadés que c'est le
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meilleur choix. Avec ici, quelque chose qu'il faut souligner. Vous nous dites donc que c'est le seul président des Etats-Unis avec un doctorat, mais il a une lecture intellectuelle du monde. Et dans le même temps, il y a l'importance de la religion, parce que les deux mêlés peuvent donner l'idée que par l'action, par les mots, il va être possible de changer le monde. C'est ça qui le porte un
Hélène Arter
petit peu? Tout à fait. En fait, cette importance de la religion, qu'on sous-estime très souvent en France, tout est religieux aux Etats-Unis, d'une certaine manière, donc il est en pleine harmonie avec son pays. Et puis une dimension très intellectualisante, qui là, pour le coup, n'est pas très américaine. et qui va expliquer qu'assez vite, il va y avoir quand même une sorte d'éloignement entre le président et le peuple, voire un divorce final à la fin, les journalistes eux-mêmes considérant que ce président, qu'est-ce qu'il parle! Mais on aimerait qu'il parle un peu moins, qu'il théorise un peu moins et qu'il soit
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plus concret. Avec un président qui assiste, mais comme l'ensemble de la population aux États-Unis, à ce qui se passe en Europe, avec cette question qui demeure sans cesse quand il y a un conflit avec des pays dont on peut potentiellement être les alliés, c'est la question de la neutralité. Les classes dirigeantes reprochèrent à
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Wilson son neutralisme au début de la guerre
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de 1914. Pourtant, il faut bien reconnaître qu'au début de cette guerre, ce neutralisme correspondait à l'isolationnisme du Middle West qui
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formait une partie très importante de
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l'électorat américain. Aux amis de la France
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et de l'Angleterre qui le pressaient d'agir,
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Wilson demanda de rester neutre en pensée aussi bien qu'en acte. D'ailleurs, une période de prospérité inouïe s'ouvrait pour les Etats-Unis qui fournissaient du matériel de guerre
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à l'Europe. Ce fut alors que ce
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pays qui jusqu'à présent avait toujours été débiteur, qui avait toujours emprunté de l'argent
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à l'Europe, devint au contraire le grand
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pays crédite. que nous le voulions ou non, nous participons à la vie du monde, dit Wilson. On retrouve l'idée du commerce dans la parole d'André Morois. André Morois, écrivain, essayiste, membre de l'Académie française. Nous étions en 1951, bien sûr longtemps après les événements. Malgré tout, cette question financière est intéressante à mettre ici, au milieu de la discussion, pour comprendre l'entrée en guerre des Etats-Unis. Il y a une question d'argent aussi qui
Hélène Arter
se joue. Tout à fait. En fait, comme le disait très bien leçon, les États-Unis sont imposés comme un acteur financier incontournable à la veille de la guerre. Et il va le devenir encore plus puisque les belligérants ont besoin d'emprunter pour financer leur guerre. Alors l'État américain ne peut pas prêter, puisqu'il est neutre, mais rien n'interdit aux banquiers, et je pense en particulier à la banque Morgane, de prêter de l'argent. Ce qu'ils vont faire, ça va se chiffrer en milliards de dollars. Évidemment, ces banquiers, comme tout banquier, attendent bien qu'à la fin de la guerre, les gens qui ont emprunté remboursent avec intérêt. Et donc, ils suivent ce qui se passe sur le champ de bataille avec inquiétude quand ils voient Certains belligérants presque à deux doigts de rendre les armes et ils se disent s'ils sont vaincus nous ne serons jamais remboursés. Donc on ne peut pas laisser faire cela. Mais on l'a dit aussi, les banquiers ce n'est qu'une des dimensions finalement de ces acteurs qui ont accès au président, qui essayent de le convaincre de faire la guerre, de ne pas la faire. On voit bien qu'ils ont un rôle important mais ils ne sont pas
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les seuls. C'est très intéressant ce que vous nous dites là, parce que nous voyons bien que tous ces prêts qui sont réalisés auprès du Royaume-Uni ou de la France obligent ces pays à gagner s'ils veulent rembourser. Dans l'intérêt de ces banquiers, il faut absolument qu'il y ait des pays qui gagnent. Pour le dire autrement, il y a aux Etats-Unis tout un groupe qui a tout intérêt à ce que les Etats-Unis entrent
Hélène Arter
en guerre. Oui, alors je préciserai d'ailleurs que lorsque la guerre se déclenche, ces banquiers peuvent prêter de l'argent à tous les belligérants, j'en bégaye. Mais en fait, ce qui se passe, c'est que ces banquiers sont aussi des hommes qui ont des sympathies, c'est-à-dire que Assez vite, aux États-Unis, majoritairement, les sympathies vont aller vers la France et la Grande-Bretagne, parce qu'il y a des relations commerciales antérieures, mais aussi, et surtout, parce que ce sont des démocraties. Et le banquier, qui doit aussi rendre des comptes, notamment à ses actionnaires, mais qui a aussi des convictions personnelles, veut bien prêter à la France et à la Grande-Bretagne, mais n'a pas envie de financer la guerre des Allemands. Et donc ce qu'on remarque, c'est qu'assez rapidement, les flux vont se réorganiser, s'assécher vers l'Allemagne et l'Autriche, et à l'inverse, prendre une part extrêmement importante vers la France et la Grande-Bretagne. Donc il y a à la fois de l'intérêt financier bien compris, et puis on a choisi son camp. Et finalement, quand on est dans les élites américaines, la plupart ont choisi le camp des démocraties dans cette période entre 14
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et 17. Et bien sûr aux Etats-Unis tout le monde n'est pas banquier à la City. Il y a les paysans du Middle West par exemple. Cette énorme partie de la population et de l'électorat, parce qu'il faut rappeler qu'on est sur des histoires politiques aussi, souhaite-t-elle l'entrée en guerre ou non? Qu'est-ce que ça veut dire pour tous ces gens qui sont en train de cultiver leur terre et qui sont très au courant de ce qui se passe, très informés? C'est quoi pour eux l'intérêt
Hélène Arter
des Etats-Unis? Alors c'est bien déjà de rappeler, et vous avez tout à fait raison, qu'ils sont informés. C'est-à-dire que Premier amendement a une presse qui est libre et un sujet qui est la guerre, qui est au cœur de l'actualité. C'est-à-dire que les unes des journaux racontent au jour le jour ce qui se passe. Donc ils savent. Beaucoup de fermiers du Middle West sont intéressés par le commerce international, puisqu'il faut le rappeler, les Etats-Unis sont la première puissance agricole, et que c'est quand même ces fermes du Middle West qui vont produire ces récoltes, qui vont nourrir notamment les Français et les Britanniques. Donc ils sont insérés dans ce commerce mondial, à des degrés plus ou moindre évidemment, Et en même temps, par leurs origines ethniques, pour beaucoup, ils sont inquiets d'une entrée potentielle en guerre, puisqu'il y a de très fortes communautés d'origines allemandes. Il faut imaginer que sur une population de 100 millions d'Américains, 10% ont des origines allemandes. Et donc, une partie d'entre eux ont coupé les ponts depuis longtemps avec l'Allemagne. Mais en même temps, ils s'inquiètent. S'il y a entrée en guerre, comment vont-ils être perçus? Donc, il y a une société américaine très nourrie de l'immigration. Et cette question de l'immigration, elle est forcément réactivée dans ce contexte
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de guerre. Et puis avec toutes ces informations qui, bien sûr, vous venez de le dire, c'est la une des journaux et parfois la une du journal fait froid dans
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le dos. 15h30. Fais feu à 700 mètres. Torpillez. Réglez à 3 mètres. Angle d'incitance 90°, vitesse probable 20 nœuds. La torpille frappe à Tripore, juste derrière la passerelle. Le bâtiment s'arrête immédiatement et donne une forte pente à Tripore, tout en s'enfonçant sérieusement de l'avant. J'aperçois à l'avant, en lettres torres, le
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nom Lusitania. Le capitaine Leutnant Schieger, commandant
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le sous-marin ouvin de la marine allemande,
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Ne sait pas encore que la torpille qu'il vient de lancer va jeter les Etats-Unis dans la première guerre mondiale. Est-ce un raccourci d'entendre cela, Hélène Arter? Le Lusitania, ce navire britannique coulé en 1915, le 7 mai 1915, torpillé par un sous-marin allemand, on vient d'en entendre une version scénarisée de 1967. Est-ce que c'est cela qui conduit les Etats-Unis à entrer en guerre? Nous sommes en 1915, je rappelle l'entrée en guerre
Hélène Arter
c'est 1917. Je crois que vous l'avez dit, ce n'est pas ça qui déclenche l'entrée en guerre puisqu'il faut attendre deux ans. Mais ça a un effet psychologique très fort puisque pour un certain nombre d'Américains qui n'avaient pas vraiment d'avis sur les deux camps et qui se disaient finalement la France, la Grande-Bretagne d'un côté, l'Allemagne et l'Autrichandrie de l'autre, c'est pareil. Il y a une sorte de rupture psychologique très forte. Les Américains, pour l'opinion publique, on va dire pour faire simple, est extrêmement choqué par le fait que ce bateau soit coulé. Il faut rappeler quand même qu'il y a plus de 1000 personnes sur ce bateau. 10%, à peu près 120 sont des Américains qui perdent la vie. Et sur ces 120 Américains qui perdent la vie, j'arrondis les chiffres, Il y a 50 femmes et enfants, à peu près autant de femmes que d'enfants. Et donc, il faut imaginer que pour un Américain, c'est l'impression très forte que d'un côté, il y a la loi, il y a la démocratie, il y a le respect des usages. C'est le bon camp, celui de la France et de la Grande-Bretagne. Et de l'autre côté, ceux qui sont dans la force. mais dans une idée très religieuse, le bien contre le mal. Et donc, on voit bien comment l'opinion publique, à ce moment-là, va basculer et considérer qu'il y a un camp à soutenir, qui est le camp moral, de la morale, et le camp qui est celui d'où les choses viennent négativement, c'est l'Allemagne. Et en fait, la propagande allemande l'a bien compris, puisqu'on voit qu'à ce moment-là, elle essaye de retourner les choses, mais que, d'une certaine manière,
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c'est perdu. C'est perdu parce que le torpillage du Lusitania provoque 1200 morts à peu près.
Hélène Arter
C'est énorme! Il faut rappeler que les Américains n'ont quasiment pas de marines marchandes à cette époque-là. Et qu'en fait, les Américains qui circulent sur l'Atlantique voyagent très souvent sur des navires, soit des paquebots, soit des navires de la marine marchande qui battent pavillons prédatniques. Et qui sont des cibles pour
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les Allemands. Oui, parce que c'est la guerre sous marine à outrance menée par les Allemands pour couper tous les ravitaillements possibles pour ses ennemis, la France et le Royaume-Uni à ce même moment-là. Dans la vie politique aux États-Unis, c'est intéressant d'avoir ces indicateurs qui tombent, et notamment les élections présidentielles. Dans le cas du président Wilson, qui a été élu quelques années plus tôt, avant la Première Guerre mondiale pour le dire simplement, C'est dans un contexte de guerre en Europe qu'il se présente de nouveau aux élections. Est-ce que la guerre fait partie de la
Hélène Arter
campagne électorale? Tout à fait, on le sait, aux Etats-Unis, une élection tous les quatre ans, c'est pratique en histoire politique, c'est un marqueur assez simple. Rien ne l'empêche, même pas la guerre, donc ça veut bien dire qu'on est sur une chronologie respectée. Et évidemment, la guerre est un des éléments de la campagne. Mais pas aussi important que ça, parce que finalement, les deux candidats, Wilson, démocrate, Hughes, qui est républicain, ne sont pas des votes en guerre, ne veulent pas de la guerre, et l'opinion publique n'en veut pas. Et en fait, Wilson, de manière intelligente, va imposer une sorte de slogan de campagne qui est « Il nous a tenus hors de la guerre ». Et donc on voit le message subliminal, c'est de dire « Si vous votez pour moi, vous avez la certitude qu'on va continuer dans la neutralité et que je ne vous entraînerai pas dans la guerre. Alors, ça ne veut pas dire que le Républicain était pour la guerre. Lui-même est très prudent en la matière. Mais on voit bien que, pour l'opinion publique, en novembre 16, la perspective de la guerre n'est pas une perspective. Et on voit bien comment l'histoire s'accélère, finalement, entre novembre 16, la réélection de Wilson, qui n'est pas un raz-de-marée, mais il est réélu, et l'entrée en guerre au mois
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d'avril, quelques semaines plus tard. Qu'est-ce qui se passe dans cette période-là? Parce que le Lusitania, on l'a bien dit, ce qui a marqué l'opinion américaine, c'est en 1915, au mois de mai. Donc il faut du temps quand même. L'élection, c'est à la fin de l'année 1916 du président Wilson, la réélection. Dans la toute fin d'année 1916 et début de l'année 1917, qu'est-ce qui fait que la politique
Hélène Arter
des Etats-Unis commence à changer? Alors, c'est les Allemands qui vont, d'une certaine manière, redistribuer les cartes. Nous sommes au début de l'année 1917. Ils annoncent qu'ils vont reprendre la guerre sous-marine à outrance, c'est-à-dire couler tous les navires qui circulent sur l'Atlantique et dans la Manche, quel que soit leur pavillon. Il y a quelques incidents qui inquiètent. Ça, c'est un premier élément. Deuxième élément, c'est les initiatives allemandes en direction du Mexique. Il faut se rappeler qu'il y a eu une guerre entre les Etats-Unis et le Mexique qui s'est finie en 1848. A l'issue de cette guerre, les Américains ont annexé une grande partie du territoire mexicain. Aujourd'hui, c'est tout ce qui est entre le Texas et la Californie, pour faire simple. C'est un trauma pour ces Mexicains qui n'ont pas totalement fait le deuil de récupérer. Et puis ce Mexique, qui est en guerre civile depuis de nombreuses années, il y a eu des incursions, Pancho Villa en 14 sur le territoire mexicain. Et puis, pour les Américains, plus grave certainement, c'est un pays où de plus en plus il y a des investissements allemands, dans le chemin de fer, dans les mines, dans les cuivres, ce qui viole la doctrine Monroe. Et donc, vous voyez, ce n'est pas un élément, mais c'est tout un ensemble de choses qui font que Ces américains se sentent menacés dans leurs espaces des Amériques par la doctrine Monroe et se sentent menacés très directement par ces sous-marins qui sont en train de couler dans l'océan Atlantique et qui se disent, si on laisse la situation s'installer, les routes du commerce, elles sont mises en danger. Or, notre économie, on a besoin. Et dans notre arrière-cour, nous avons une menace potentielle d'une puissance européenne. Et donc, à un moment, on ne peut pas continuer
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de laisser faire comme ça. Première
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étape, rupture des relations diplomatiques. Une zone interdite entoure totalement les îles britanniques, la côte belge, la côte atlantique de la France. Tous les navires rencontrés dans cette zone seront coulés. Le 1er
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février, une réunion de cabinet
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a lieu à la Maison-Blanche. La guerre sous-marine allemande contre le commerce est une guerre contre l'humanité. C'est une guerre contre toutes les nations. Un conflit est inévitable. Si nous acceptons cet ultimatum, nous avons l'air de nous ranger du côté de l'Allemagne. J'ai l'intention de rompre les relations diplomatiques, mais nous attendrons un acte effectif d'agression pour entrer en guerre. Je me refuse à croire que l'intention des autorités allemandes soit d'accomplir effectivement ce qu'ils nous ont annoncé. Le 3 février 1917, à deux heures de l'après-midi,
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le président Woodrow Wilson se présente
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devant les deux chambres réunies. Le gouvernement des États-Unis n'a plus qu'une ressource compatible avec la dignité et l'honneur des États-Unis. C'est de recourir à la décision que, par sa note du 18 avril 1916, il annonçait devoir prendre au cas où le gouvernement allemand ne déclarerait pas abandonner et n'abandonnerait pas effectivement les procédés de guerre sous-marine qu'il employait alors et qu'il a l'intention d'employer de rechef aujourd'hui. En conséquence, J'ai chargé le secrétaire d'Etat d'annoncer à son excellence l'ambassadeur d'Allemagne que toutes les relations diplomatiques entre les Etats-Unis
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et l'Empire allemand sont rompues. Émission radiophonique en 1967 pour les 50 ans de l'entrée en guerre des Etats-Unis dans la première guerre mondiale. On entend ici qu'en février 1917, il y a la rupture des relations diplomatiques entre les Etats-Unis et l'Empire allemand. Hélène Arter. Nous voyons, dans la volonté de comprendre l'entrée en guerre des Etats-Unis, tous les éléments qui nous conduisent à la guerre. C'est un schéma logique de l'esprit. Il ne faudrait pas oublier tous les éléments qui conduiraient à la paix ou en tout cas à la recherche de la paix. Est-ce qu'il y a ça du côté des Etats-Unis de se dire bon allez, on va régler un peu ce conflit en Europe, on va arranger tout le monde et puis la paix va revenir et on ne sera
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pas obligé d'entrer en guerre. Tout à fait. Je pense qu'il y a deux dimensions. La première, c'est une dimension des États-Unis, dans l'espace diplomatique, qui protestent. des décisions allemandes. C'est-à-dire qu'il faut imaginer que si après le Lusitania, il n'y a pas eu la guerre, c'est qu'il y a eu échange diplomatique et que les Allemands, d'une certaine manière, ont dit qu'on ne recommencera pas. Ils ne l'ont pas dit comme ça, mais l'idée est un peu là. Donc, il faut imaginer toute une série de protestations diplomatiques des Américains en direction des Allemands en raison des coulages, mais aussi en direction des Britanniques et des Français en raison du blocus, puisque les blocus sont réciproques entre les deux camps. Et on voit bien qu'en fait, il y a une impuissance américaine parce que, somme toute, les États-Unis sont un petit pays, donc ils protestent, il ne se passe rien. et la rupture des relations diplomatiques, et l'aboutissement de ces protestations qui n'ont abouti à rien, et à un moment on dit, protester ça sert à rien, on a l'air impuissant, donc on passe à la gamme suivante, plus importante, de la rupture des relations diplomatiques, qui est un axe extrêmement grave. Et puis il y a une deuxième dimension, c'est de dire, nous sommes neutres, et, ça c'est nouveau, nous allons prendre le leadership parmi les neutres, et Donc ça déjà, vous voyez, c'est une rupture quand même de la doctrine Monroe. Et de dire, nous allons dans cette position défendre le droit des neutres à cobercer. Ça paraît banal. Mais aussi, nous allons essayer de faire des médiations de la paix entre les belligérants. Et ça, c'est quelque chose qui commence dès 14 et qui va aller jusqu'en 17. sous un schéma qu'on retrouve avec le Vatican, aussi état très actif en la matière. Et donc, ce président Wilson, par ses convictions religieuses, et c'est ça, on les retrouve, elles sont importantes pour lui, essaye de faire de la médiation de la paix entre les différents acteurs qui, eux, lui répondent, mais on a sacrifié tellement d'hommes, on ne peut pas faire la paix sans gagner. Il faut gagner et ensuite, on fera la paix. Alors que Wilson veut une paix sans vainqueur, ni vaincu. Et on voit bien que les deux se
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parlent, mais ne s'entendent pas. Et puis vraiment, il faut rappeler, cette situation des Etats-Unis, Hélène Arter, vous nous le dites sans cesse, mais vous avez raison, les Etats-Unis de 1914, 15, 16, 17, ce n'est pas la puissance militaire. D'aujourd'hui, on en est très loin. Vous êtes la biographe d'Eisenhower. Eisenhower, le chef de guerre devenu président, que vous publiez chez Talendier. Eisenhower est né en 1890, donc il connaît toute cette histoire-là. C'est un jeune homme à ce moment-là. C'est un jeune homme formé dans les écoles militaires des Etats-Unis. Il n'est pas appelé à commander une armée gigantesque avec des canons à n'en plus finir et des navires à n'en plus finir. Nous sommes sur
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une toute petite puissance militaire. Tout à fait, c'est une toute petite armée de métiers. Eisenhower en fait partie. On aurait pu citer Patton, Omar Bradley, qui sont de ces générations de jeunes officiers de la première guerre mondiale. Rentrer dans l'armée, ce n'est pas pensé comme quelque chose d'extrêmement prestigieux, à part quand on est officier. Et l'idée, c'est qu'en cas de guerre, on lève des troupes. Et exceptionnellement, comme au temps de la guerre civile, on fait de la conscription. Et donc, en fait, pour un américain, la guerre, ça paraît un sujet très très lointain, on n'est pas concerné. Faut rappeler d'ailleurs que depuis la guerre civile, toutes les opérations militaires ont été des opérations outre-mer. Donc on n'a pas une expérience intime de la guerre. Et vous citiez Eisenhower. En fait, cette génération, en 14, ce qu'ils ont envie de faire, c'est d'aller en découdre au Mexique contre Pancho Villa sous les ordres de Pershing. Jamais aucun de ses officiers n'a pensé qu'il irait un jour faire la guerre en Europe en 1917. Ils sont à l'académie militaire, ils suivent, ils ont peu d'informations malgré tout et la
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guerre paraît tellement lointaine que... Elle est au Mexique, oui c'est vrai, c'est la période Poncho Villa. Et puis vous avez évoqué ce télégramme Zimmermann, ce télégramme venu d'Allemagne. Zimmermann du nom d'Arthur Zimmermann, le ministre. des affaires étrangères, qui écrit au Mexique et ce qui énerve particulièrement les Etats-Unis. En fait, l'entrée en guerre des Etats-Unis, depuis que nous discutons, Hélène Arter, c'est une succession de petits éléments. Bien souvent, c'est présenté comme les sous-marins allemands torpillent des navires et particulièrement l'Usitania, donc les Etats-Unis entrent en guerre. En fait, ça ne doit pas du tout être lu comme ça, c'est plein de petits éléments qui se mettent
Hélène Arter
en place peu à peu. Oui, en fait, il n'y avait pas... Ce n'était pas évident que ça finisse comme ça, mais une série d'événements, parfois d'incompréhension, de raisons internes qui font qu'on n'y va pas. Et puis, à un moment donné, on y va. Peut-être ce qu'on n'a pas dit jusqu'à présent, c'est que ce président Wilson sent quand même que les choses deviennent inéluctables. Lui-même n'est pas du tout un belliciste. précise quand même, ça n'empêche pas de déployer les troupes au Mexique, c'est pas exactement la même chose, mais voilà, il ne pense pas à participer d'une guerre mondiale, et il se dit que s'il faut y aller, ça sera pour préparer le monde de l'après-guerre. Voyez, c'est de dire, on va y mettre tous nos moyens, on va gagner, et à la fin, on pourra imposer notre vision du monde. Mais il faut bien se dire qu'au début d'avril 17, d'ailleurs même quand il va au congrès pour lui demander de voter la guerre, le congrès lui-même ne sait pas quelle va être exactement la teneur du message. On est quand même dans des phases d'incertitude et de
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doute quasiment jusqu'à la fin. Écoutez, on va tendre l'oreille pour
Narrator/Announcer
voir ce qu'il va dire. Tout avait commencé le 2 avril 1917. A la chambre des représentants des Etats-Unis, le président Wilson était ce jour-là monté à la tribune. Un journaliste français se trouvait dans les rangs du public. Écoutons-le. La salle est, selon la logogie inhabituelle, pleine à craquer. À 8h39, chacun est en place et la voix de Luizier jette l'annonce attendue. Le président des Etats-Unis! Comme mue par un ressort, la salle s'est dressée. Lentement, le président fait son entrée et gagne la tribune. Sa figure est de marbre. Son œil clair
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se pose droit devant lui. Sa main n'a pas un tremblement. Mais c'est
Narrator/Announcer
dans la démarche, dans l'imperceptible mouvement du corps, qu'on sent l'émotion. Quel choix fera la nation américaine? Il y a une chose que nous ne ferons pas, que nous sommes incapables de faire, Nous ne choisirons pas le chemin de la soumission. Je conseille au Congrès de déclarer que les récents actes du gouvernement impérial allemand ne constituent
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rien moins que la guerre. Avril 1917. Ça
Hélène Arter
y est, c'est la guerre. Il faut imaginer l'émotion dans cette capitale, ce temps suspendu, le bord du précipice, le son le dit bien, le congrès plein. Il faut se rappeler qu'un président, en raison de la séparation des pouvoirs, va rarement au congrès. Il est en train de mettre en application la Constitution qui dit que seul le Congrès peut déclarer la guerre. Et ça a été fait de manière extrêmement rare au XIXe siècle, première fois en 1812, dernière fois en 1898. Donc il y a une forme de solennité. Les ambassadeurs sont là, le public est là. Il y a aussi une foule à l'extérieur. Donc on voit toute toute cette émotion. Et le président sait aussi, ce qu'on a oublié, qu'une partie du Congrès ne veut pas de la guerre. Et d'ailleurs, on le voit, il y a des débats qui sont longs, un certain nombre d'élus du Middle West qui s'opposent, un certain nombre de républicains, on pense au La Follette notamment. Et on voit qu'il faut quand même du temps avant d'arriver à un résultat, un vote. Et un vote qui, contrairement à la Seconde Guerre mondiale, n'est pas un vote unanime. Alors, je précise, Seconde Guerre mondiale, après Pearl Harbor, tous les élus Chambre et Sénat votent pour la guerre, sauf une élue qui avait déjà voté contre en 1917. Mais en 1917, On a à peu près une cinquantaine d'élus à la Chambre qui votent contre. Et au Sénat, on n'arrive pas à faire le plat non plus. Il y a une dizaine d'élus qui votent contre aussi. Donc, ça dit bien que la société américaine, les élus en tête, ne sont pas tous
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pour la guerre en 1917. C'est quoi les arguments pour refuser la guerre? On n'est pas prêts? On n'a pas
Hélène Arter
les navires pour traverser l'océan? Ça non, parce que l'Américain de l'époque est confiant en lui et se dit qu'il va rédoudre ses petites questions qui ne sont pas totalement dans le débat. Peut-être pour préciser pour les auditeurs, il y a eu quand même un début de réarmement depuis 1916 qui fait qu'ils ne sont pas quand même complètement impréparés et en raison de leur puissance industrielle, ils se disent qu'ils vont y arriver. Ce n'est pas tellement ça. C'est de dire que C'est une guerre européenne. C'est pas leur guerre. De dire que ça va diviser le pays, en raison de l'importance des minorités d'Europe centrale, que, finalement, c'est des mauvaises raisons pour faire la guerre. Est-ce que parce que des bâtiments sont coulés, ça vaut de faire la guerre? D'ailleurs, certains disent... Oui, mais, en fait, ces Américains qui voyagent sur des bateaux britanniques, ils le font alors risquer péril. C'est la guerre. Donc tout ça fait que c'est plutôt la légitimité de la guerre qui est questionnée dans une sorte de parallèle qu'on fera peut-être pas, mais qu'on fait un peu quand même, avec 2003. C'est-à-dire ce moment de l'intervention en Irak où certains américains disent mais non, vous nous expliquez ça, mais nous on pense qu'il y a d'autres options et que la guerre, faut pas la faire. C'est pas
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notre intérêt, c'est pas nous. Oui, parce qu'il faut se trouver toujours le mobile de l'entrée en guerre, la motivation de l'entrée en guerre. Il y a des intérêts à assurer. On l'a bien dit, il y a des intérêts divergents. Les intérêts de ces banquiers qui ont prêté à la France ou au Royaume-Uni ne sont pas du tout les mêmes intérêts. On peut reprendre ceux
Hélène Arter
des paysans du Middle West. Tout à fait, il faut rappeler aussi que nous sommes au printemps 1917, que le printemps c'est le moment des grandes offensives de printemps dans les armées à cette époque-là. Il faut se rappeler que les Français et les Britanniques ne sont pas dans une position, une bonne position à ce moment-là. Donc il y a aussi ce contexte militaire qu'ont à l'esprit une partie des décideurs américains qui se disent que si on ne fait rien, ils vont perdre. Et c'est une catastrophe pour les banquiers, c'est une catastrophe pour les intérêts américains, notamment dans les Amériques et en Asie-Pacifique, puis c'est une catastrophe pour la démocratie. Or, les Américains se pensent comme une démocratie et sont une démocratie. Et donc pour eux, la défaite des
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démocraties serait une chose terrible. Tous ces arguments n'ont pas touché à Cathy qui ne veut vraiment pas que
Hélène Arter
Joe parte à la guerre. Ne pars pas, Joe. Je t'en conjure. Sauve-toi. Ouvres-tu que j'aille me cacher? Va n'importe où. Il y
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a quatre cachés chez moi. Tu
Hélène Arter
veux pas me rendre lâche? Si. Je sais qu'ils vont te
Narrator/Announcer
tuer, Joe. Je le pressens. Ainsi que nous
Hélène Arter
l'a constamment proclamé, Theodore Roosevelt. Si tu pars, Joe, serre-moi très fort. Avec tes
Narrator/Announcer
deux bras, je t'en prie. Nous apportent la victoire. Faut que je m'en aille maintenant. Karine, je
Hélène Arter
ne veux pas qu'on puisse un
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jour me traiter de lâche. L'actrice Cathy Fields qui joue le rôle de Karine, la petite amie de Joe dans le film de celui qui aussi a réalisé le roman Johnny s'en va en guerre d'Alton Trumbo. Donc le roman c'est 1939, le film c'est 1971. Bien souvent Hélène Artheur, on nous présente pour l'Europe, pour la France, en 1914, les soldats qui partent la fleur au fusil accompagnés de leurs petites amies, de leur épouse, de leur mère. A la joie, tout ça, ça a été depuis très travaillé, remis en question, remis en
Hélène Arter
perspective. Qu'en est-il aux Etats-Unis? Je crois que la différence fondamentale, c'est qu'au printemps 1917, le soldat sait de quoi est faite la guerre. On est encore dans une guerre de tranchées. La guerre de mouvement viendra plus tard, notamment dans l'année 1918. Et donc, on sait tout des horreurs de la guerre. Il n'y a plus d'idéalisation. C'est plus romantique. Donc, il y a vraiment cette notion qui est très forte. Et puis c'est le fait que c'est une guerre outre-mer. On ne se bat pas pour le territoire national. Finalement, on se bat pour les autres. Pour la démocratie, oui, mais pour libérer les territoires des autres. Et donc ça fait qu'une partie des Américains conscrient. Je crois que c'est un élément supplémentaire. Ce n'est pas une armée de volontaires. Pour l'essentiel, c'est une armée de conscrits, 4 millions d'hommes qui, parce qu'ils sont des hommes et parce qu'ils ont entre 20 et 40 ans, sont obligés de rejoindre l'armée. 4 millions d'hommes, c'est énorme sur une génération qui n'ont pas choisi forcément et qu'il va falloir là aussi convaincre de la raison de se battre. Alors, on le fait par patriotisme. Ça, c'est une raison évidente et la Première Guerre mondiale contribue au patriotisme de manière exacerbée. On dira même que c'est ce qu'on appelle américain à 100%. C'est-à-dire que ça américanise les nouveaux venus, les immigrants et qu'il y a une fierté d'être américain. Ça, c'est indéniable. Et puis, il y a une très forte dimension d'organisation de la propagande par le président Wilson, qui est un homme très intelligent, et qui a compris qu'il va falloir convaincre tous les indécis et tous les opposants, et qui, dès la première semaine de la guerre, décide de mettre en place un comité. Il fait appel pour cela à un publiciste, qui vient de Madison Avenue, donc quelqu'un qui connaît très bien les ressorts de la publicité. et il le charge d'organiser ce qu'on appelle l'information officielle pendant la guerre. Donc campagne de pub, affiche dans la rue, appel à acheter des obligations de guerre, petit film qui explique pourquoi combattre, avant même les années de la Seconde Guerre mondiale. Et donc il y a cette double dimension, à la fois un patriotisme naturel, et ce que les historiens américains appellent, à juste triste, un patriotisme normatif. C'est-à-dire que vous ne pouvez pas ne pas être patriote dans une Amérique en guerre parce que vos camarades sont en train de mourir. Donc, c'est
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très difficile à ce moment-là de dire « moi, je suis contre ». Eisenhower, dont vous avez écrit la biographie, Helen Arthur, partit sur le front parce qu'il
Hélène Arter
a l'âge, il pourrait aller en Europe. Lui, c'est le drame de sa vie, c'est-à-dire qu'il veut y aller. Plusieurs reprises, il demande à y aller. Mais c'est un officier de carrière, on l'a dit, il commence sa carrière en 1916 à peu près. Et en fait, ses supérieurs ont compris qu'il avait une série de compétences et de talents. Un super organisateur, un meneur d'hommes, et qu'il a un intérêt les chars et donc on estime que sa place est plus importante au pays à former les jeunes conscrits dans un premier temps et puis dans un deuxième temps à organiser cette première école des chars et à former les premiers tankistes. Et donc, c'est ce portrait un peu atypique d'un homme qui a envie d'y aller, fait tout pour y aller, a l'espoir d'y aller. On lui dit début novembre 18, vous allez y aller. Et puis là, il y a le 11 novembre et son rêve s'arrête et il ne verra que depuis les États-Unis. Ça nous rappelle que sur les 4 millions d'hommes, 2 millions ont traversé l'Atlantique, 2 millions sont restés au pays, en train d'être formés et qui auraient ensuite dû être déployés
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en 19, si la guerre avait continué. En 1917, Eisenhower est jeune, il a 27 ans. Mais c'est vieux pour un officier. Il aurait bien voulu y aller
Hélène Arter
déjà. Il n'y va
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pas. Pershing, lui. Pershing y va, lui. Après une traversée exceptionnellement calme, le petit paquebot atteignit Boulogne vers 10 heures du matin. Là, Alignés aux présentes et armes sous l'appontement couvert, se tenait une garde d'honneur de territorio français en uniforme de guerre, tandis que la musique jouait les hymnes américains et français. Ensuite, les représentants civils et militaires vinrent à bord et nous saluèrent chaleureusement. Ce fut un moment significatif et solennel. Et je suis certain que dans le fond de son cœur, Chacun de nous eut désiré que notre armée pût être prête à remplir la mission qui
Hélène Arter
l'attendait et qui nous paraissait si formidable. C'était un homme qui avait à l'époque environ 55 ans, qui était solide comme un roc, qui nous donnait aux uns
Narrator/Announcer
et aux autres plus de confiance encore tellement on lisait sur son visage une autorité, une compétence, et un courage
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dont il ne s'est d'ailleurs jamais départi. Une lecture des mémoires de Pershing qui, en 1917, avait 57 ans, suivie d'un témoignage celui de Roger Olshansky qui est l'interprète des Etats-Unis pour l'armée du Nord. C'est un personnage, Pershing, c'est-à-dire que les Etats-Unis arrivent, envoient Parmi leurs meilleurs soldats, bien sûr, mais l'idée c'est de s'investir dans la guerre et
Hélène Arter
de ne pas le faire à moitié. Non. Alors, ils ont une petite armée, ils ont une armée de terre qui s'est modernisée au tout début des années 1910. Ils ont peu d'officiers. On a du mal à trouver des officiers de valeur, Pershing en fait partie. Et on parlait d'Eisenhower, s'il reste au pays, c'est qu'on estime que ses officiers, prioritairement, doivent former les conscrits. Donc ils ont quand même un petit problème d'effectifs. Pershing, officier de carrière, lui aussi, il s'est illustré dans les guerres contre les indiens qui ont occupé jusqu'aux années 1890. Il a combattu contre les Espagnols, guerre de 1898 aux Philippines. Et c'est lui qui a commandé les troupes américaines au Mexique. Donc c'est ce qui se fait de mieux à l'époque. C'est aussi un homme très bien introduit à Washington. C'est un petit milieu Washington à l'époque. Et donc c'est vraiment l'homme incontournable. Voilà, je pense que c'est même le seul qu'on aurait pu choisir à ce moment-là. Mais il est parfait
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dans le rôle qui lui est imparti. Bon, c'est pas tout de dire en avril 1917, les États-Unis entrent en guerre du côté du Royaume-Uni, de la France, contre les empires. Parce que faut le faire. Il faut traverser l'océan, il faut déplacer toutes ces armées. C'est long, ça prend du temps, le temps d'arriver, de les équiper aussi. D'ailleurs, la France, notamment, est ici
Hélène Arter
pour aider à vêtir tous ces soldats. Alors, je crois que d'ailleurs, il faut une première remarque et qui nous renvoie vers l'actualité d'aujourd'hui. C'est quel statut vont avoir les américains dans la guerre? En fait, ils vont être associés, mais ils ne vont pas être alliés. Les mots ont leur importance, c'est-à-dire qu'ils ne signent pas une alliance militaire avec leur partenaire. C'est un partenariat comme il y aurait un partenariat dans une logique commerciale. Et on voit que les premières démarches, ce sont deux délégations, séparées et concurrentes, une britannique, une française, qui viennent à Washington pour négocier la nature que va prendre l'effort de guerre américain. Ça, on l'a un petit peu oublié. aujourd'hui. Ils ne sont pas alliés. Contrairement à la seconde guerre mondiale, ils sont vraiment associés et ils y tiennent. C'est-à-dire qu'ils veulent leur marge de manœuvre. Et une des questions qui va se poser, c'est la nature de l'aide. Alors, essentiellement économique, financière, commerciale, nourrir l'Europe, fournir des produits industriels. Mais vous l'avez dit justement, quasiment pas d'armement. De toute façon, ils n'en ont pas. Et prêter de l'argent, puisque désormais, l'État américain peut prêter. Et puis deuxième dimension, la forme de la participation militaire, puisqu'une toute petite armée, une marine puissante mais peu importante en la matière. Donc conscrire, alors que la culture politique américaine considère que la conscription est la pire des choses. Armer, former, leur faire traverser l'Atlantique, etc. Et qu'est-ce qu'on en fait ensuite? Les Européens, les Occidentaux, on va dire Français, Britanniques, rêvaient de l'amalgame. C'est-à-dire que on aurait fait rentrer des unités américaines sous commandement français et britannique. Les Américains n'en veulent pas, c'est-à-dire qu'ils veulent pouvoir garder le contrôle de leurs troupes. Et donc il y a tout un débat pour savoir quelle est la meilleure solution. Et finalement, avec la montée en puissance des effectifs américains, les Américains auront droit à leur armée séparée sur une partie du front en 1918. questions extrêmement centrales qui occupent beaucoup les esprits et sur lesquelles Pershing
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a pour mission de ne rien lâcher. Oui, c'est parce que c'est tard qu'ils
Hélène Arter
arrivent sur le front, c'est juin 1918, un peu plus tôt. En fait, le son le montre très bien, Pershing arrive de manière symbolique dans les semaines qui suivent, printemps 1917, mais c'est plutôt pour dire voilà on est là, on arrive, ne désespérez pas. Les premières troupes vraiment opérationnelles, c'est plutôt l'hiver 18. Et en fait, les premiers moments des combats, c'est le printemps 18. Et on considère qu'à partir de juillet 18, ils arrivent tellement nombreux que l'avantage démographique, si l'on peut dire, bascule et qu'il y a désormais plus de troupes alliées que
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de troupes ennemies qui leur sont opposées. Et puis les Etats-Unis apportent quelque chose en plus de toute cette aide
Narrator/Announcer
économique de l'arme. Ils apportent le moral. À ces jeunes armées-eux, des nations alliées-eux, On voit leurs flics fraternels s'arruent. Puis nous approchent eux, toujours rigolos eux, Ils s'en parlent, on se fait nous empoirer. Ça va partir pour les banquiers Qui ont de l'eau poussée Notre meilleur gamin C'est mon oncle Sam, Sam, Sam Qui vient d'Amérique La terreur des Germains C'est mon oncle Sam, Sam, Sam Qui vit en Amérique La victoire de demain C'est mon oncle
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Sam, Sam, Sam Vive la République Marseillais, formidable chansonnier qui chante « Vive l'oncle Sam » au moment où les Etats-Unis envoient leurs troupes en Europe. On l'entend bien, ça change complètement la nature des combats. On a ici, au moment de réfléchir à l'intervention des Etats-Unis en Europe, c'est différent tant le avant, le une fois que la décision est prise. On voit qu'il y a toujours des divergences, mais une fois que les Etats-Unis sont en Europe et que la guerre s'annonce gagnée, c'est bon. Tout le monde est derrière le président Wilson à dire que c'était une bonne décision. Il y a encore des contestations pour dire non, non, non, non. Allez, on ramène tout le
Hélène Arter
monde et on cesse de jouer ce jeu là. Assez vite, en fait, les oppositions s'estompent. Par patriotisme, déjà. Il est très mal vu d'être anti-guerre. Notamment au moment de la conscription, on peut être exempté pour une série de raisons. Être un objecteur de conscience n'en fait pas partie, à ce moment-là. Par les Quakers, pour qui la guerre est interdite. Donc on voit bien que le patriotisme est là. Il faudrait rappeler aussi que dès le printemps 17, le Congrès des Etats-Unis va voter des lois qu'on va appeler sur la sédition et les étrangers, pour faire rapide. Donc une première loi en 17, une deuxième loi au printemps 18, qui va criminaliser l'opposition à l'effort de guerre. C'est-à-dire que, imaginez, il y a un lieu où les conscrits doivent se faire recenser, si vous allez devant ce lieu de conscription avec des tracts anti-guerre, vous relevez de la sanction, vous êtes arrêté, vous êtes jugé, les tribunaux vous condamnent pour obstruction à l'effort de guerre, ce qui est quand même quelque chose d'assez exceptionnel pour une démocratie. Et donc finalement les voix anti-guerre ont vraiment beaucoup de mal à se faire entendre. Et comme toujours c'est un mélange entre le patriotisme, la répression contre
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les anti-guerre qui fait que finalement le pays va Et les intérêts aussi. Avec un élément de contexte, Hélène Arter, c'est ce qui se passe en Russie au même moment, c'est-à-dire la révolution. Alors, on sait bien que l'année 1917 est marquée par ces deux révolutions, celle de février qui renverse le tsar et puis celle d'octobre qui met en place le bolchévisme. Est-ce que ça joue ici un rôle dans l'entrée en guerre des Etats-Unis? En tout cas la première évidemment en février parce que Cette première révolution a lieu très
Hélène Arter
peu de temps avant l'entrée en guerre des Etats-Unis. Alors elle pourrait avoir un rôle si ce n'est qu'on n'est pas sûr en février 1917 que les choses prennent la dimension qu'on connaît. Cette révolution bolchévique aura plutôt un effet sur la société en 1918-19 puisqu'elle va favoriser un certain nombre de grèves, donc une question sociale, mais ça c'est plutôt une question de sortie de guerre. Ce qui inquiète plutôt les Américains, c'est ce qui se passe au début février 1918 avec Brest-Litovsk, ce moment où les Russes vont décider de se retirer de la guerre, ce qui veut dire que mécaniquement les Allemands peuvent rapatrier des troupes sur le front occidental. Et donc on a encore plus besoin des Américains à ce moment-là, et de ces dizaines de milliers d'hommes, ces centaines de milliers d'hommes qui traversent l'Atlantique, parce que sans ça, les alliés vont s'écrouler. Et donc, il y a plutôt une pression des alliés pour dire mais voilà, vous voyez, notre situation, elle va finir par devenir désespérée. Accentuez l'effort. Allez-y. On a encore plus besoin de
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vous à ce moment-là qu'on en avait en janvier. Le 11 novembre 1918, la guerre est gagnée par la France, le Royaume-Uni soutenu par les États-Unis. On a bien compris que ce n'était pas une alliance et c'est important de le dire. Reste à écrire ces
Narrator/Announcer
points de l'histoire. Moi, je vous en propose 14. Nous sommes entrés dans cette guerre parce que des violations du droit se sont produites qui nous touchaient au vif et qui rendaient la vie de notre peuple impossible, à moins qu'elle ne fût se réparer et que le monde ne fût une fois pour tout assuré contre leur retour. Ce que nous exigeons dans cette guerre n'est donc rien de particulier pour nous-mêmes. Ce que nous voulons, c'est que le monde devienne un lieu sûr où tous puissent vivre. Un lieu possible spécialement pour toute nation éprise de la paix, comme la nôtre, pour toute nation qui désire vivre librement de sa vie propre, décider de ses propres institutions, et être sûr d'être traité en toute justice et loyauté par les autres nations, au lieu d'être exposé à la violence et aux agressions égoïstes de jadis. Tous les peuples du monde sont en effet solidaires dans cet intérêt suprême. Et en ce qui nous concerne, nous voyons très clairement qu'à moins que justice ne soit rendue aux
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autres, elle ne nous sera pas rendue à nous-mêmes. Raphaël Lalaume dans le cours de l'Histoire qui nous lisait cet extrait des 14 points de Wilson. Nous sommes en janvier 1918, on est un peu avant la fin de la guerre. Est-ce qu'on peut dire, Hélène Arter, que ça y est, ce moment Première Guerre mondiale change complètement la politique des Etats-Unis envers le monde? Ça y est maintenant, gendarmes du monde peut-être pas, mais en tout cas on ne peut pas laisser
Hélène Arter
faire ce qui se passe ailleurs sans regarder intervenir. Si on suit Wilson et les 14 points, on a l'impression que oui, il faut se rappeler que Wilson est venu en France pour négocier en personne, ce qu'un président n'avait jamais fait, passer de si longs mois en Europe. Donc un immense espoir. Il faut se rappeler comment le peuple de Paris notamment l'accueille quand il débarque à l'automne 18. Et puis, assez vite, le désenchantement des Américains. l'écart entre les grands principes de Wilson et les intérêts des Européens, la question du remboursement des dettes de guerre, ce qui explique que dès novembre 18, finalement, les Américains portent au Congrès une majorité qui est hostile à Wilson. Puis ce congrès va voter contre la ratification du traité de Versailles qui met un terme à la guerre et met en place la SDN. Puis en novembre 20, ce même peuple américain va voter pour un candidat républicain qui promet le retour à la normale, c'est-à-dire une situation en tébé-l'homme. Et donc on voit bien comment, en quelques mois, ce rêve d'une position, d'un nouveau rapport au monde de l'Amérique s'est écroulé et comment les tentations isolationnistes
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ont repris le dessus à très très grande vitesse. à très grande vitesse. Et puis dans ces années 1920 et surtout 1930 avec la crise économique pour les années 1930, l'isolationnisme se renforce. Hélène Arter, on pourrait vous inviter tous les jours cette semaine dans le cours de l'histoire pour discuter parce que vous êtes l'autrice des États-Unis, démocratie et puissance dans la collection Une très brève histoire de Cali. Les États-Unis mais qu'on lit en quelques heures. Et Eisenhower, le chef de guerre, devenu président. Et ça aussi, c'est en écho au prochain épisode du Cours de l'Histoire. « America First », se battre, oui ou non, pour la liberté. Parce que ce slogan « America First », on le retrouve déjà en 1941 avec les isolationnistes. Alors, qu'est-ce que ça signifie en 1940? Entrer en guerre au nom des Etats-Unis. La réponse dans le prochain épisode du
Hélène Arter
Cours de l'Histoire.
Interviewer
En tout cas,
Narrator/Announcer
merci vivement à vous d'être venus aujourd'hui. Merci à vous. Merci Hélène Arter. Aucune nation n'était plus seule. Après Pearl Harbor, nous étions unis. L'Amérique était entrée dans la guerre. Les nations s'étaient coalisées. Tel fut le secret de la victoire. Car l'allié de l'Allemagne attaqua
Interviewer
l'Amérique et l'Amérique riposta. 48 heures après l'agression, elle avait déclaré la guerre. Une histoire des relations de sécurité et pourquoi pas d'alliance entre les Etats-Unis et les différents pays d'Europe. Dans le cours de l'Histoire, une émission réalisée par Thomas Beau avec aujourd'hui la technique Clara Galivel. Une émission préparée par Jeanne Delecroix, Jeanne Coppert, Raphaël Lalou, Maël Vincent Randonnier et Maiwane Giziou. Merci à l'INA, l'Institut National de l'Audiovisuel, pour son aide à la recherche des archives. Le cours de l'Histoire est
Le Cours de l’Histoire – États-Unis & Europe, une histoire de sécurité ? 2/4 :
« Les États-Unis, l’Europe et la Grande Guerre, sauve-moi si tu peux ! »
France Culture, 4 mars 2025
Invitée principale : Hélène Arter, historienne, spécialiste des États-Unis
Cet épisode explore l’engagement progressif des États-Unis dans la Première Guerre mondiale, en revenant sur la transition d’une doctrine isolationniste à une intervention décisive en 1917 aux côtés des Alliés européens. Porté par l’analyse de l’historienne Hélène Arter, le podcast aborde la doctrine Monroe, le poids de l’opinion publique et des intérêts financiers, les hésitations du président Wilson, la diversité de la société américaine, et les conséquences de l’intervention, jusqu’à l’impact durable sur la politique étrangère américaine.
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[38:45 - 41:22]
[43:34 - 48:44]
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Sur la doctrine Monroe :
Sur la diversité américaine :
Sur Wilson :
Sur l’importance du commerce et des banquiers :
Effet du Lusitania :
Déclaration de guerre :
Sur la mobilisation :
Sur la non-alliance :
Sur les 14 points :
Sur l’après-guerre :
Cette émission met en lumière la complexité du processus ayant conduit les États-Unis de la neutralité à l’intervention, dans un mélange d’intérêts financiers, d’idéaux politiques, de pressions militaires, de diversité culturelle et de volontarisme présidentiel. Si la participation américaine a changé l’issue du conflit, elle n’a pas immédiatement transformé durablement la politique étrangère américaine : le rêve wilsonien d’un nouvel ordre mondial s’est vite heurté au réel retour de flamme isolationniste dans les années 1920. L’analyse d’Hélène Arter nuance ainsi la vision d’un basculement inéluctable et met en perspective le débat toujours actuel sur le rôle des États-Unis dans la sécurité internationale.
Prochain épisode : « America First », se battre, oui ou non, pour la liberté ?