
"America First" ? Se battre ou pas pour la liberté… déjà en 1941 !
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Charles Lindbergh
America
Thomas Beau
First, étrange slogan qui résonne dans l'actualité du premier quart du 21e siècle mais qui n'était pas étranger aux oreilles des populations aux Etats-Unis dès les années 1940 dans le contexte de la Seconde Guerre Mondiale. Un slogan simple et puissant qui a toute sa place dans la bataille des opinions aux Etats-Unis intervenir ou pas en Europe. 1933, en Allemagne, Hitler arrive au pouvoir. La même année, de l'autre côté de l'Atlantique, c'est Franklin Delano Roosevelt qui est investi président des États-Unis. America first, se battre ou pas pour la liberté, déjà en 1941. 4 mars 1933. Discours d'entrée à la Maison Blanche.
Raphaël Laloum
La seule chose que nous devons craindre,
Narrator/Reader
c'est la peur elle-même.
Thomas Beau
Celle qui paralyse tous les efforts qui seraient nécessaires pour transformer la récession en expansion.
Charles Lindbergh
Le cours de l'histoire.
Thomas Beau
Le discours d'investiture de Franquin Delano Roosevelt, nous étions en 1933. Yves-Marie Perriand, bonjour.
Yves-Marie Perréon
Bonjour.
Thomas Beau
Vous êtes professeur des universités à Paris, Panthéon-Assas, avec cette réflexion que l'on doit avoir sur cette période très complexe et les positionnements des uns des autres. Vous êtes le biographe de Roosevelt, publié chez Tallandier. Il parle de peur ici. Nous sommes en 1933. De quelle peur s'agit-il? Peur économique, peur politique?
Christophe Prime
Alors il s'agit en 1933 du moment le plus dramatique de la Grande Dépression. Elle a été provoquée, ou l'enchaînement plutôt s'est mis en place à partir du krach boursier d'octobre 1929 et petit à petit toute la machine économique américaine s'est déréglée au point d'arriver à ce qu'environ un quart à un tiers de la population active soit privée d'emploi. Et c'est dans ce contexte qu'on peut qualifier de crépusculaire que, pour la première fois, Franklin Roosevelt, un démocrate, prête serment au Capitole et qu'il prononce ce discours qui est resté très célèbre dans l'histoire politique américaine. La seule chose que nous devons craindre, c'est la peur elle-même, cette peur qui nous paralyse et qui jusqu'à présent nous a empêchés de surmonter nos difficultés économiques.
Thomas Beau
1933, je le disais, Hitler arrive au pouvoir en Allemagne. Cette peur-là n'est pas du tout évoquée par Roosevelt?
Yves-Marie Perréon
Non.
Christophe Prime
En 1933, la plupart des Américains sont préoccupés par la perte de leur emploi, par la perte de leur épargne, par leur avenir, celui de leurs enfants. Comme vous l'avez souligné, il y a une quasi-simultanéité entre l'investiture de Roosevelt et puis quelques jours auparavant, quelques semaines auparavant, l'arrivée de Hitler au poste de chancelier. Ce n'est certainement pas interprété comme un événement positif par un certain nombre de diplomates et sans doute par Roosevelt lui-même, mais on n'y voit pas une menace immédiate. Et donc, cette peur qui est évoquée par Roosevelt n'est sans doute pas, à ce moment-là, associée à la menace d'une guerre.
Thomas Beau
Quel est le regard porté par les Etats-Unis sur ce qui se passe en Europe à ce moment-là? Bon, les tensions sont bien présentes, mais au sortir de la première guerre mondiale, on le sait bien, les Etats-Unis étaient partie prenante de la construction d'un monde nouveau, cette recherche de la paix, c'est toute l'oeuvre du président Wilson. Là, nous sommes en 1933, les choses ont changé.
Christophe Prime
Les choses, en effet, ont changé. Ce qui s'est passé, c'est que le président Wilson a joué un rôle majeur dans la construction de ce qu'on peut appeler la structure des relations internationales de l'après-guerre. Il est le père de la Société des Nations. Et pour autant, les sénateurs américains ont refusé l'entrée de leur pays dans cette Société des Nations. Et s'en est suivi toute une période pendant laquelle la diplomatie américaine a été beaucoup moins présente qu'on aurait pu l'anticiper, si en effet ils avaient fait un choix différent. Et donc l'actualité internationale passe au second plan. et d'autant plus évidemment qu'à partir de 1929, ce sont les sociétés économiques qui sont les premiers dans l'esprit des américains.
Thomas Beau
Avec nous aujourd'hui dans le cours de l'histoire, Christophe Prime, historien responsable des collections mémoriales de Caen et l'auteur de l'Amérique en guerre, 1933-1945, publié chez Perrin. Bonjour Christophe Prime.
Yves-Marie Perréon
Bonjour.
Thomas Beau
Cette situation des Etats-Unis dans les années 1930 est drôlement intéressante pour essayer de comprendre ces positionnements différents. C'est vrai, il y a ce paradoxe de se dire, au sortir de la première guerre mondiale, avec Wilson, ça y est, les Etats-Unis vont apaiser le monde, il y a la société des nations. Et ce paradoxe, son nom, où les sénateurs aux Etats-Unis refusent cette société des nations.
Yves-Marie Perréon
Oui, tout à fait. Comme cela a été dit précédemment, je dirais, compte tenu de la situation économique aux Etats-Unis, ce qui préoccupe les Américains, et bien sûr le nouveau président, c'est essayer de trouver des solutions à la crise. Mais il n'empêche quand même que ce qui se passe en Europe, notamment l'arrivée au pouvoir de Hitler, va aussi s'inviter de temps à autre dans les débats. Et donc en 1933, la campagne de violence qui va être orchestrée contre les juifs allemands, de l'autre côté de l'océan Atlantique, va avoir des répercussions aux Etats-Unis, puisque pour finalement montrer leur désapprobation, notamment les juifs, justement la communauté juive qui se trouve aux Etats-Unis, va aussi manifester et on va se retrouver ainsi notamment les 12 et 27 mars 1933 avec de grandes manifestations au Madison Square Garden où il y a plus de 50.000 personnes qui vont aussi se rassembler et un boycott même des produits justement allemands va être organisé, ce qui va entraîner une réplique finalement de la part du régime nazi avec Goebbels en tête, qui va justement faire pression pour mettre fin justement à ces manifestations aux Etats-Unis.
Thomas Beau
Yves-Marie Perrion. Il y a toujours cette complexité quand on parle des Etats-Unis de parler d'un tout et on le sait bien et c'est quelque chose qui est transparent dans toutes les émissions qu'on peut faire dans le cours de l'histoire autour de cette histoire de sécurité entre les Etats-Unis et l'Europe. Parler d'un tout c'est compliqué et ces manifestations dont Christophe Primm vient de nous parler, on ne va pas y trouver des paysans du Middle-West parce que c'est ça aussi, il faut se positionner quelque part précisément pour saisir les différentes opinions. Elles sont très diverses aux Etats-Unis.
Christophe Prime
Oui, une grande diversité d'opinions et qui se manifestent par des disparités géographiques. On reviendra certainement sur la définition de ce qu'est l'isolationnisme. Enfin, on en perçoit tout de suite au moins de manière intuitive le sens. Et les isolationnistes sont très puissants dans certaines parties du territoire américain. Ça peut être par exemple le nord de la Nouvelle-Angleterre. Je ne parle pas de Boston, mais vraiment le nord de la Nouvelle-Angleterre, le nord du Midwest. A contrario, les Américains, plutôt partisans d'un rôle actif de leur pays dans les affaires internationales et donc d'une intervention éventuelle, le cas échéant, se situent dans les grandes métropoles, comme la ville de New York, Ou bien aussi, et c'est un peu une surprise, mais les historiens l'ont établi maintenant de longue date, les historiens américains, dans le Sud. Pour des raisons qui tiennent à l'histoire essentiellement. et le Sud qui est tourné vers l'Europe en raison de son peuplement qui est assez homogène, enfin le peuplement blanc du Sud est assez homogène, provenant d'Angleterre et d'Écosse principalement, donc une proximité avec la Grande-Bretagne, et une grande intégration au marché mondial des matières premières. Donc en effet, on ne peut pas parler d'une Amérique unanime, bien au contraire, il faut prendre en compte ces disparités géographiques et qui se traduit aussi évidemment par un congrès, aussi bien l'Assemblée des représentants qu'au Sénat, qui est morcelé avec des élus qui se font les porte-paroles soit, encore une fois, de l'isolationnisme, soit d'un rôle plus actif.
Thomas Beau
C'est quoi l'isolationnisme?
Christophe Prime
Alors, l'isolationnisme, on pourrait définir l'isolationnisme comme une doctrine de politique étrangère qui vise à assurer la sécurité des États-Unis en les gardant à distance du reste du monde. Et les isolationnistes de l'époque se définissent même parfois en utilisant le mot de non-interventionniste, ce qui est une manière en somme de désigner l'adversaire. C'est une doctrine qui a des origines très anciennes. Vous avez évoqué au cours de l'émission d'hier la doctrine Monroe que l'on peut dater des années 1820. Mais je crois qu'on peut remonter un peu plus loin encore avec un moment fondateur de la vie politique américaine qui est le discours d'adieu, de farewell address de George Washington qui prononce en septembre 1796 avant de rendre le pouvoir en 1797 à son successeur Ce n'est pas un discours qu'il a prononcé, c'est un texte qu'il a écrit avec Hamilton et qui a été diffusé par les voix de presse et dans lequel il adjure ses concitoyens de respecter la Constitution et il poursuit sur les questions de politique étrangère. Il les met en garde contre ce qu'il appelle des alliances permanentes. Il souligne les avantages que les États-Unis, tout jeunes, retirent de leur position géographique à distance du vieux continent. Et il leur dit pourquoi mettre en danger cet avantage en nous engluant, il emploie l'adjectif « entangled », en nous engluant dans des alliances qui limiteraient en somme notre capacité, notre autonomie. Et cet appel, évidemment, c'est George Washington, c'est le père fondateur par excellence, résonne tout au long du 19e siècle et même jusqu'à aujourd'hui d'ailleurs. Au fond, c'est une attitude qu'il est assez possible de tenir au cours du XIXe siècle, qui devient de plus en plus délicate au fur et à mesure que l'industrialisation, que le développement des communications relient l'Amérique au reste du monde. et qui est de facto rejeté dès la fin du XIXe siècle, au moment de la guerre avec l'Espagne, quand l'Amérique, quand les États-Unis deviennent une puissance coloniale comme une autre, finalement, avec les Philippines et le rôle qu'ils jouent dans les Caraïbes et à Cuba. Puis évidemment, bien sûr, après, il y a leur rôle pendant la Première Guerre mondiale et le rôle joué
Thomas Beau
par Wilson. Mais on ne peut pas comprendre ce qui se passe dans les années 1930 aux Etats-Unis sans avoir ce regard sur le passé. Et d'ailleurs, l'Amérique en guerre, Christophe Primm, je reprends le titre de votre ouvrage, vous mettez des bornes chronologiques et la première, la borne chronologique basse, c'est 1933. Pourquoi 1933 pour l'Amérique
Yves-Marie Perréon
en guerre? Vous l'avez dit dans l'introduction, c'est l'arrivée au pouvoir d'un côté de Roosevelt en 1933 et puis celle de Hitler de l'autre côté de l'Atlantique. on va voir justement les menaces, les périls s'accentuer en Europe et pour moi il était vraiment crucial pour vraiment comprendre le rôle des Etats-Unis et la manière dont ils vont entrer en guerre de remonter finalement beaucoup
Thomas Beau
plus loin. Parce que cette histoire-là c'est une histoire qui se construit du regard des Etats-Unis, mais également de l'Europe. Enfin, c'est ce face-à-face sans cesse. Et en Europe, on est très préoccupés par ce qui se passe en Europe. Et pour savoir la position des Etats-Unis, le mieux, c'est de demander à l'ambassadeur des Etats-Unis en France. Nous sommes en 1938,
Raphaël Laloum
William Bullitt. La paix universelle est pour nous d'un intérêt primordial. parce que nous savons que la guerre générale aujourd'hui signifierait la destruction pour un certain temps de toutes les valeurs de la civilisation si péniblement acquises au cours de tant de siècles. Le peuple des États-Unis, comme le peuple de France, désire ardemment la paix. Nous prions pour pouvoir comme nous l'espérons. rester en paix avec toutes et chacune des autres nations. Mais, comme je le disais le 22 février 1937, si la guerre éclatait encore en Europe, personne ne pourrait déclarer ou prédire si, oui ou non, les États-Unis seraient entraînés dans une
Thomas Beau
telle guerre. Nous étions le 4 septembre 1938. La date est importante, mais comme souvent en histoire, parce que 1938, dans ce même mois de septembre, ce sont des accords de Munich qui sont signés dans l'espoir de régler cette question des Sudètes, de la Tchécoslovaquie. Hitler remporte la partie et le regard des Etats-Unis est intéressant ici à voir parce que l'ambassadeur des Etats-Unis en France parle de paix universelle. On est loin de la réalité mais quelque part on rejoint aussi le positionnement des Français ou des Britanniques qui ont espéré obtenir la paix après cette soumise
Christophe Prime
à Hitler. Oui absolument, alors peut-être faut-il dire un mot sur William Bullitt, parce qu'il est très révélateur de la manière dont Roosevelt gère la politique étrangère de son pays. C'est un homme de Philadelphie, d'une famille de la Bonne Société, de Pennsylvanie, qui est un ami personnel du président. C'est aussi un homme de confiance, on sait qu'il a joué un rôle pendant la conférence de la paix à Paris, en 1919-1920, et il a été le premier ambassadeur envoyé par Roosevelt A Moscou, lorsqu'ont été établies des relations avec l'Union soviétique, il succède à un autre ami de Roosevelt, Jesse Strauss, qui démissionne de son poste d'ambassadeur à Paris en 1936 pour des raisons de santé. Et tout au long du temps qu'il passe en France, Bollet se fait à la fois l'avocat, enfin comment dirais-je, le porte-parole de Roosevelt auprès des dirigeants français avec lesquels il a une relation de grande proximité qui s'agit de
Thomas Beau
Daladier,
Christophe Prime
de Blum, de Renault et réciproquement, il transmet leur message à Roosevelt. Mais ici, il s'adresse à l'opinion publique en prononçant un discours et il exprime très clairement, à l'intention de tous ceux qui l'écoutent, que les Etats-Unis sont profondément attachés à la paix universelle. On sent derrière la proximité avec les démocraties occidentales. Mais pour autant, il ne faut pas que ces dernières puissent compter sur une intervention des Américains, comme cela avait été le cas en 1917-1918. Désormais, l'Amérique a pour attitude officielle la neutralité. Il y a même des lois qui ont été votées en ce sens. au cours des années 30. Et il ne faut pas, encore une fois, que les dirigeants français ici, ou les dirigeants britanniques, s'illusionnent sur la capacité des américains, quelle que soit la sympathie que Roosevelt a pour eux, de venir à
Thomas Beau
leur secours. Oui, Christophe Prême, il y a vraiment cela. Nous sommes dans les années 1930, l'Europe est sous tension, Hitler au pouvoir, Mussolini également. Les européens qui s'opposent à Hitler et à Mussolini peuvent-ils compter sur l'aide des Etats-Unis? Ou pour le dire autrement, espèrent-ils une aide des Etats-Unis si jamais une
Yves-Marie Perréon
guerre éclatait? Oui, je pense qu'il l'espère. On va dire qu'on se retrouve un petit peu dans le schéma de 1916, où pour finalement reprendre l'initiative sur le champ de bataille, on a compté justement sur l'entrée en guerre des Etats-Unis, qui va arriver en 1917. Ici, on va dire qu'aussi Roosevelt se livre à un vrai travail d'équilibriste, c'est-à-dire que c'est un interventionniste, il sait que face à lui, il y a une, voilà, je dirais, son opinion publique, justement, elle, voilà, est très très, très très, on va dire, marquée, justement, par cette tendance isolationniste, alors même si je pense qu'il ne faut pas non plus se représenter les Etats-Unis comme d'un côté justement voilà les isolationnistes, de l'autre côté les interventionnistes, je pense qu'il y a une grosse masse grise qui finalement elle ne prend pas forcément position. Et c'est cette partie là en fait qu'il faut convaincre pour Roosevelt. Mais il faut aussi voir que Roosevelt avance pas à pas. On le voit bien dans les sondages d'opinion qui accompagnent toutes les grandes tendances politiques, toutes les grandes décisions qu'il va prendre. Il est très sensible à ça. Et en même temps, il faut bien voir aussi que les Etats-Unis, notamment en tout cas l'administration Roosevelt, va justement, malgré ces lois de neutralité qui l'empêchent véritablement d'aider un peu plus les démocraties européennes, elle va commencer justement à faire des choses. Notamment, il y a un incident justement, parce que là on est en 38-39 notamment, on a quand même des commissions françaises et britanniques qui vont se rapprocher des Etats-Unis pour leur passer commande notamment d'avions, parce que leurs industries aéronautiques ne sont pas en mesure de fournir assez d'appareils militaires. et donc Roosevelt va quand même laisser une porte ouverte et donc c'est quelque chose qui va justement aboutir notamment à des commandes massives d'avions en 39-40 et qui vont permettre aussi à l'industrie aéronautique américaine de monter en puissance ce qui lui permettra de réagir très promptement
Thomas Beau
en 41-42. Yves-Marie Perréon Roosevelt équilibriste. Alors là, nous sommes avant même le déclenchement de cette seconde guerre mondiale en septembre 1939, mais face à toutes ces tensions, on voit bien que c'est pas facile
Christophe Prime
ce positionnement. Oui, c'est en effet un équilibriste au sens où il doit jongler avec plusieurs balles, parmi lesquelles, bien sûr, l'opinion publique. Peut-être faut-il revenir sur ses convictions personnelles. C'est un homme qui est issu d'une famille de la haute société new-yorkaise, d'origine hollandaise. On sait que New York s'est d'abord appelé New Amsterdam, qui a reçu une éducation privilégiée qui l'a amené notamment très jeune à voyager en Europe. Il prétendait parler le français et l'allemand. Bon, ses interlocuteurs étrangers étaient sans doute un peu plus sceptiques sur ses capacités linguistiques. Mais plus sérieusement, c'est aussi un homme qui est passionné par la mer, qui a lu l'Amiral Mahan, qui a théorisé le rôle de la marine dans l'accession de la Grande-Bretagne au statut de grande puissance. C'est un neveu par alliance, un cousin éloigné et neveu par alliance de Théodore Roosevelt, un président qui, bien que républicain, a été une sorte de premier père spirituel, si j'ose dire, en politique, et qui a été lui-même l'avocat d'une politique étrangère très active, certains diraient impérialiste. Et puis bien sûr, il est l'héritier politique de Woodrow Wilson. Alors, lorsqu'il est élu, il n'est pas élu sur un programme de politique étrangère en 1932. Je pense vraiment que c'est la situation économique qui fait que les Américains répudient le président sortant, Hoover, et choisissent donc un démocrate pour le remplacer. Pendant son premier mandat, il prolonge une politique qu'il est difficile d'ailleurs de qualifier d'uniformément isolationniste des administrations républicaines précédentes. Bien sûr, l'Amérique n'a pas rejoint la Société des Nations, mais pour autant, les secrétaires d'État successifs des présidents républicains ne sont pas totalement absents. On peut penser au pacte Briand-Kellogg. On peut penser au rôle de Henry Stimson, le secrétaire d'Etat de Hoover. Et donc pendant la première année, Roosevelt prend une série d'initiatives, rétablir les relations avec l'Union soviétique, établir des relations, signer des traités bilatéraux de commerce avec un certain nombre de partenaires commerciaux dont la France. ou encore la politique de bon voisinage avec l'Amérique latine. Mais au fond, tout ceci reste de l'ordre du second plan par rapport aux grandes réformes de l'année 1933 et des années 1934 et surtout 1935 avec la sécurité sociale. Et puis, à ces initiatives s'ajoutent des choses qu'il subit et qu'il relève de l'initiative cette fois du pouvoir législatif avec toute une série de lois qui sont votées par une majorité de sénateurs et de représentants. La première d'entre elles c'est ce qu'on appelle le Johnson Act en 1934 qui porte le nom du sénateur de Californie, Hiram Johnson, un isolationniste, et qui interdit aux puissances étrangères qui ne se seraient pas acquittées de leurs obligations, d'emprunter à nouveau aux Etats-Unis. Et puis bien sûr, les lois de neutralité à partir de 1935, qui constituent un carcan dont il doit s'accommoder. Et bien sûr, l'opinion publique qui est très évolutive et
Thomas Beau
très partagée. Et surtout qu'en 1940, Roosevelt n'est
Narrator/Reader
pas réélu. Non, voilà le mot qui nous tire du sommeil, un non crié par une voix mâle dans toutes les maisons du coin. Impossible, pas comme candidat à la présidence des Etats-Unis. En quelques secondes, mon frère et moi nous retrouvons devant la radio avec le reste de la famille qui oublie de nous dire de nous recoucher. Malgré la chaleur, ma pudique mère a passé un peignoir sur sa chemise de nuit transparente. Elle a été tirée de son sommeil par le bruit elle aussi. Et elle est assise sur le canapé à côté de mon père, une main sur ses lèvres comme pour réprimer une nausée. Pendant ce temps, mon cousin Alvin, incapable de tenir en place, arpente cette pièce de 6 mètres sur 4 avec une énergie de héros vengeur en train de fouiller la ville pour trouver où précipiter ses foudres. La colère de cette nuit-là est une vraie forge rugissante, un haut fourneau qui vous hape et vous tord comme de l'acier. Et elle ne va pas retomber tant sans faux lorsque Lindbergh, monté en silence à la tribune de Philadelphie, s'entend à nouveau ovationné en sauveur de la nation, ni lorsqu'il fait son discours d'investiture, acceptant du même coup la mission de maintenir l'Amérique hors du
Thomas Beau
conflit européen. En 1940, Roosevelt n'est pas réélu. Dans le roman de Philip Ross, Le complot contre l'Amérique, un roman de 2004, avec ce regard porté sur ce qui se passe aux Etats-Unis en 1940, où c'est Lindbergh qui est élu président des Etats-Unis, dans l'Ukronie proposée par Philip Ross. Qu'est-ce que ça veut dire cette histoire-là? Pourquoi? Alors c'est de l'Ukronie bien sûr, et c'est écrit tardivement, mais pourquoi avoir mis en avant cette figure de Charles Lindbergh que l'on connaît comme héros
Christophe Prime
de l'aviation? Oui, alors Lindbergh c'est la star de la période qu'on qualifie parfois aux Etats-Unis de la nouvelle ère avant le krach boursier de 1929. Il est celui qui a pour la première fois traversé l'Atlantique au bord du Spirit of St. Louis en 1927. C'est un homme jeune, il est né je crois en 1902, qui avec sa femme et leurs enfants occupe la une de la presse qu'on n'appelait pas encore People à l'époque. Il est extrêmement populaire. Il incarne aussi une forme de compétence technique. C'est un héros. Et pour des raisons d'ailleurs qui tiennent aussi à son statut de star, à la suite de l'affaire du bébé Lindbergh qui s'est établie en Europe, il a établi des relations suivies avec des représentants du monde de l'aviation européen. Et notamment, il s'est rendu en Allemagne où il a été reçu et décoré, je crois, par Goering. Il est rentré aux États-Unis, où il s'est à nouveau établi, et petit à petit, il va s'engager en politique pour le camp isolationniste, plutôt au cours de l'année 1941. Ici, il s'agit de l'élection de novembre 1940. Et pour situer les choses dans leur contexte, sur la longue durée, il faut se souvenir que Roosevelt a déjà accompli deux mandats et qu'il décide, on ne sait pas très bien exactement quand il décide, mais il annonce à la dernière minute, lors de la convention démocrate, qu'il va se porter candidat pour un troisième mandat, rompant avec un précédent qui remonte là aussi à Washington, et il va commencer à faire campagne. Alors pourquoi? Qu'est-ce qu'il amène au fond à ce geste sans précédent? Eh bien d'abord, c'est un homme politique et il a certainement toutes sortes de bonnes raisons pour justifier son maintien au pouvoir. Mais il y a un contexte qui est bouleversé par un événement totalement inattendu pour les Américains qui se produit en mai-juin 1940 et qui est la défaite de la France. Il faut vraiment mesurer le retentissement qu'a eu cet épisode. Alors bien sûr, il y a eu l'entrée en guerre qui a été un choc très brutal. Il y a eu ensuite toute une série d'autres événements. Mais au fond, les Américains comptaient sur les Français pour répéter l'exploit de 1914 à 1917, tenir sur la ligne Maginot. Et là, la ligne Maginot s'effondre. Et cela, évidemment, comme on sait, de manière très rapide. On mesure l'impact de cet événement dans l'opinion américaine quand on lit la presse. Il y a un éditorial de New York Times, par exemple, du mois de juin 1940, qui dit en substance, voilà, les français croyaient être en sécurité derrière la ligne Maginot. Nous, notre ligne Maginot, c'est l'océan Atlantique. Désormais, nous sommes à proximité du danger. Et donc, dans ce contexte absolument exceptionnel, Roosevelt annonce qu'il va se présenter à un troisième mandat. Et, ce qui est peut-être encore plus surprenant, les républicains qui se réunissent en convention à Philadelphie désignent non pas un isolationniste, et pourtant il y en avait de nombreux parmi ceux qui, au premier plan des républicains, pouvaient prétendre à l'investiture du parti. Je pense à Taft, par exemple, de l'Ohio, ou Vandenberghe du Michigan. Mais il désigne au contraire Wendell Wilkie, qui est un homme qui partage l'essentiel des convictions de Roosevelt en matière de politique internationale, au point qu'on l'a appelé le Me Too Candidate. Et qui d'ailleurs va réaliser un score assez... Il est battu bien sûr par Roosevelt, contrairement à l'intrigue du roman de Philip Roth. Mais au fond, la victoire de Roosevelt est beaucoup plus étroite que celle qu'il avait, que le véritable triomphe
Thomas Beau
de 1936. America First, c'est d'ailleurs dans cette période-là, Christophe Prime, que l'on voit, alors non pas apparaître ce slogan qui existait déjà par le passé, mais en tout cas, c'est un moment où ce slogan-là prend une
Yves-Marie Perréon
forme particulière. Oui, donc on peut revenir sur les origines de ce mouvement, en tout cas sur les débuts en 1940. Il faut savoir que les partisans de la neutralité vont continuer ces vertus à vraiment influer sur les débats politiques, qu'ils soient anciens combattants, catholiques irlandais ou agriculteurs du Midwest. ils sont bien décidés à faire entendre leur voix finalement et donc ils s'organisent en conséquence. Et on a des manifestations anti-guerre qui vont être organisées dans tous les états, dans les universités du Missouri, du Massachusetts par exemple, où on a des étudiants qui brandissent des pancartes indiquant donc « the youngs are not coming », signé donc « Mr and Mrs America ». Et donc le 4 septembre 1940, on a un étudiant en droit de Yale, Robert D. Stewart, qui va fonder le comité America First pour défendre le non-interventionnisme. Et il y a d'autres étudiants qui vont se joindre à lui, notamment le futur président des États-Unis, Gerald Ford. Et donc tous ces isolationnistes finalement vont essayer de faire pression sur le gouvernement pour faire appliquer les lois de neutralité, notamment celle de 1939. Et donc ils vont exiger du président Roosevelt qu'il s'engage à maintenir le pays hors du conflit. Donc bien sûr, il y aura Charles Lindbergh qui va jouer un rôle prédominant puisque lui il va de ville en ville justement finalement prêcher la bonne parole isolationniste. Et il faut savoir que ce mouvement, en 1940, va rassembler près de 800.000 adhérents. Et il a des organes aussi, des diffusions, notamment des organes de presse très actifs, notamment le puissant quotidien Chicago Tribune. Donc finalement, il compte, il se fait entendre, et Roosevelt
Thomas Beau
doit composer justement avec cette opposition. Et pour sentir un petit peu à quoi pouvaient
Raphaël Laloum
ressembler ces discours, Scharlinberg en 1941. En
Charles Lindbergh
choisissant ces trois groupes comme principaux agitateurs pour la guerre, je n'ai inclus que ceux dont le soutien est essentiel aux partis de la guerre. Si l'un de ces groupes, les britanniques, les juifs ou l'administration, cesse de faire de l'agitation en faveur de la guerre, je crois qu'il y aura peu
Raphaël Laloum
de risque que nous y participions. Je
Charles Lindbergh
ne crois pas que deux d'entre eux soient assez puissants pour mener ce pays à la guerre sans le soutien du troisième. Et pour ces trois-là, comme je l'ai dit, tous les autres groupes de guerre sont d'une importance secondaire, inutiles. Lorsque les hostilités ont commencé en Europe, en 1939, ces groupes ont compris que le peuple américain n'avait pas l'intention d'entrer en guerre. Ils savaient qu'il serait plus qu'inutile de nous demander une
Raphaël Laloum
déclaration de guerre à ce moment-là. Mais
Charles Lindbergh
ils pensaient que ce pays pourrait être entraîné dans la guerre de la même manière que
Thomas Beau
nous l'avons été dans la dernière. Raphaël Lalloum qui nous donnait une voix française pour ce discours de Charles Lindbergh à Des Moines en septembre 1941 avec les cibles tellement identifiées, les britanniques, les juifs et l'administration. Yves-Marie Perréon, c'est incroyable d'ailleurs d'avoir ce trio-là. On est sur un schéma extrêmement lisible et simple et donc on a ici un mouvement, America First. On ne s'occupe pas de ce qui se passe en Europe mais il y a de l'argument derrière. C'est parce qu'on serait manipulés, parce qu'il y aurait des intérêts qui ne seraient
Christophe Prime
pas les nôtres pour nous américains. Oui, alors, ce qui est vraiment évident dans cet extrait, c'est l'antisémitisme de Lindbergh. Parmi les trois groupes qui, selon lui, sont en train de manipuler les Etats-Unis pour qu'ils entrent en guerre, il y a les britanniques, alors on comprend évidemment pourquoi. On est en 1941, l'Angleterre de Churchill est seule face à Hitler. Il y a l'administration Roosevelt. qui, selon lui, se rend coupable d'une trahison des intérêts supérieurs des États-Unis. Et puis, il y a les Juifs. Et il est certain que dans l'isolationnisme... Alors, il serait excessif de faire une équation isolationnisme égale antisémitisme. Ce qui est certain, c'est que La plupart des américains qui ont des complaisances pour le régime nazi, et qui sont donc antisémites, se retrouvent dans le camp des isolationnistes. Maintenant, les isolationnistes eux-mêmes comportent des gens qui sont favorables à ceux que leurs pays restent en dehors de la guerre, mais qui ne sont pas nécessairement favorables à la victoire de l'Allemagne sur ses adversaires. Donc les choses sont extrêmement complexes. En tout cas, encore une fois, l'antisémitisme de Lindbergh ici est patent. Alors évidemment, ce qu'il s'agit d'éviter, c'est que se reproduise le scénario qui a conduit à l'entrée en guerre des États-Unis pendant la Première Guerre mondiale. Et quelle lecture est-ce que les gens en font à ce moment-là? Ce sont des événements qui remontent déjà à une vingtaine d'années. Dans la vulgate isolationniste de l'époque, la guerre Les Etats-Unis sont entrés en guerre parce que les banquiers ont prêté de l'argent au gouvernement britannique et français pour qu'ils achètent du matériel militaire aux industriels américains. Et donc, à leurs yeux, ce sont ces financiers et ces industriels qui ont bénéficié de l'engagement des Etats-Unis dans la première guerre mondiale. Et l'opinion a été manipulée Notamment à cause d'événements comme le torpillage du Lusitania, qui précède de pratiquement deux ans l'entrée en guerre des Etats-Unis en 1915, mais dans laquelle des victimes américaines ont péri. Et donc, c'est pour ça que les lois de neutralité, par exemple, qui ont été votées au cours des années 30, comportent deux volets distincts. Le plus important, bien sûr, c'est l'embargo sur les livraisons d'armes et de matériel militaire et de matières premières. Mais il y a aussi cette interdiction. Au départ, c'est simplement une recommandation qui est faite aux citoyens américains. de ne pas voyager sur les navires des pays belligérants. Après ça deviendra une interdiction. Et donc on voit que tout cet édifice législatif a été conçu pour éviter que se reproduise l'engrenage de 1915, 1916, 1917. Et c'est véritablement ce que Lindbergh remet en avant à nouveau dans l'argumentaire de
Thomas Beau
tous ces discours pendant l'année 1941. Vous avez raison de rappeler que la première guerre mondiale c'est hier quand on se trouve en 1940. Dans toutes les mémoires, dans le vécu même de beaucoup de gens, et de se dire que les Etats-Unis sont entrés en guerre pour les intérêts de certains banquiers et marchands d'armes, ça donne pas envie d'entrer de nouveau en guerre, surtout pour la première guerre mondiale où les Etats-Unis n'avaient pas encore une armée très puissante. Christophe Prime, c'est pas du tout
Yves-Marie Perréon
le cas dans ces années 1930-1940. Ah non, je dirais, finalement, Roosevelt se montre très précautionneux, c'est-à-dire que même si, on va dire, voilà, il a un petit peu le mort au dent, notamment par les lois de neutralité votées par le Congrès, Et même si, par exemple, le 30 octobre 1940, alors qu'il est candidat à sa réinvestiture, il va tenter de rassurer son auditoire en leur disant « vos garçons ne seront pas envoyés dans des guerres étrangères ». Parallèlement, il va là aussi, progressivement, faire son maximum pour commencer à réarmer, finalement, son pays. Il faut bien savoir que dans les années 30, l'armée américaine, on va dire, c'est une armée naine. C'est une armée naine qui a à peu près, on va dire, 200 000 hommes pour l'armée régulière. Après, on peut ajouter, on va dire, la garde nationale. Finalement, au début des années 40, on est à 400.000. Et après la défaite française, là, comme on l'a dit précédemment, c'est un véritable choc pour lui, pour son administration, et pour aussi, je pense, les chefs militaires. Et donc, il va justement prendre une série de mesures qui vont être votées par le Congrès, en accordant des crédits supplémentaires. pour finalement augmenter notamment les effectifs. Donc on va passer justement à 375.000 hommes pour l'armée régulière, puis après 700.000 en février 1941. Et le but de la manœuvre, mais ça va se décider en 1941, c'est que, à ce moment-là, on va dire que Roosevelt sait que son pays, de toute façon, ne pourra pas échapper justement à son sort et rentrer en guerre. Donc le but prévu, notamment, c'est de pouvoir armer une armée de 10 millions d'hommes. Mais ça, c'est quelque chose, finalement, qu'il ne fait pas publiquement, en fait. Il le fait avec son état-major, on va dire qu'il construit une armée sur le papier, mais c'est ce qui va vraiment permettre, cette anticipation, c'est ce qui va permettre à son pays, justement, de réarmer rapidement, donc,
Thomas Beau
dès l'entrée en guerre, justement, en décembre 1941. Mais en tout cas, le président Roosevelt, au moment de s'adresser à la population, ne
Christophe Prime
met pas en avant ces questions de réarmement. « Supposer que la maison de mon voisin prenne feu et que je possède un tuyau d'arrosage à 400 ou 500 pieds de distance. S'il pouvait prendre mon tuyau et le brancher sur sa prise d'eau, je pourrais l'aider à éteindre le feu. Bon, qu'est-ce que je fais? Je ne lui dis pas avant l'opération, » voisin, mon tuyau m'a coûté 15 dollars. Vous devez me payer 15 dollars. Je ne veux pas 15 dollars.
Thomas Beau
Je veux récupérer mon tuyau lorsque le feu sera éteint. La maison est en feu. Nous étions le 17 décembre 1940 avec ce discours de Franklin de la Norse-Welt, lu par Thomas Beau, Yves-Marie Perrey. On a ici une explication très simple. D'ailleurs,
Christophe Prime
c'est intéressant d'entendre un discours facile à comprendre, très imagé. Oui, Roosevelt est un homme qui a perfectionné l'art de la communication politique. On peut même dire d'un certain égard qu'il l'a inventé. Il a l'habitude de s'adresser à la population américaine au moyen de la radio, ce sont ces fameuses causeries au coin du feu, ou alors par le truchement des journalistes. Des spécialistes d'histoire des médias aux Etats-Unis ont calculé que sur les 12 ans de sa présidence, il avait donné en moyenne par an 83 conférences de presse. Ce qui est considérable et surtout quand on compare évidemment avec la pratique beaucoup plus contemporaine de nos dirigeants actuels. Et ici, il revient de quelques jours de vacances qu'il a pris après sa réélection de 1940 et pendant lesquels il a beaucoup réfléchi à la manière d'aider la Grande Bretagne de Churchill qui est soumise aux assauts de l'aviation. allemande et qui est à court de munitions, de matériel militaire. Et donc il a cette idée, et c'est vraiment une idée de Roosevelt, du pré bail. C'est-à-dire que les américains mettront à disposition des britanniques le matériel militaire dont ils ont besoin. Et puis, ma foi, quand ils n'en auront plus besoin, ils les rendront. Et il a cette métaphore du tuyau d'arrosage qu'il prête à son voisin. Toujours cette idée du bon voisinage qui est très très présente dans la rhétorique rooseveltienne. Et ce message passe. Alors s'ensuit ensuite tout un combat législatif au Capitole. qui aboutit au vote de la loi du prébail au mois de mars 1941. Donc il a fallu assez longtemps pour trouver une traduction législative à cette intuition, en somme, du président. Prébail qui s'adresse au départ essentiellement à la Grande-Bretagne et qui va être ensuite
Thomas Beau
étendu à l'Union soviétique après l'invasion allemande de juin 1941. Avec ici, nous imaginons de la part des Européens, attaqués, agressés, l'envie du soutien venu des Etats-Unis, alors particulièrement le Royaume-Uni avec Churchill, qui peut aller à la Maison-Blanche avec ou sans costume, on sait bien que c'est pas tellement ça qui compte. Christophe Prie,
Yves-Marie Perréon
il y a cette demande de la part des Britanniques. Oui, j'ai une demande de plus en plus pressante de la part de Churchill. Il faut rappeler que l'armée britannique, justement, est finalement presque seule à combattre à la fois contre l'Allemagne et contre l'Italie fasciste depuis 1940. qu'elle a essuyé de lourdes pertes, notamment après Dunkerque, où elle a perdu tout son matériel lourd. Et je dirais, c'est aussi sur mer dont elle a besoin d'aide, parce que la Royal Navy est puissante, mais là, le nombre de convois traversant l'Atlantique et les autres océans nécessite de gros moyens d'escorte, donc on aura l'affaire notamment des 50 destroyers, qui va être déjà, je dirais, une première aide des Etats-Unis en direction de la Grande-Bretagne, en sachant que, finalement, c'est du donnant-donnant. Les Etats-Unis vont donner 5 ans aux vieux destroyers. Pour la petite histoire, il faut savoir que la grande majorité de ces destroyers, finalement, ne serviront même pas d'escorte, justement, au convoi dans l'Atlantique, parce qu'ils sont totalement obsolètes, donc ils ne serviront pas. Mais en échange de quoi, la Grande-Bretagne va mettre à disposition des bails, dans différents lieux, différentes îles, pour permettre à l'armée américaine d'installer des bases militaires, et ce pour un bail pour une durée de 99 ans. Mais on va dire que Churchill, je dirais, est quelqu'un de très malin. Donc il a énormément besoin, bien sûr, de l'aide matérielle américaine, mais il a aussi, il veut, il souhaite, il désire ardemment que les États-Unis entrent en guerre. Et pour ce faire, il sait que Roosevelt a les pieds et les mains liés, notamment du fait de la position neutraliste du Congrès, mais aussi de l'opinion américaine, qui tarde justement à prendre fait et cause, notamment pour un engagement direct de leur pays. Et on a justement une tentative d'ingérence qui est assez peu connue, notamment. mais qui va se faire en accord avec Roosevelt et notamment le FBI. C'est la création notamment d'une antenne du MI6, donc le British Security Coordination, la BSC, qui va s'installer au Rockefeller Center et dont la mission finalement, on va dire, ça va être d'organiser des coups bas. en fait, je dirais, c'est-à-dire que c'est une machine de propagande qui va avoir pour mission de faire basculer l'opinion américaine comme cela avait été fait lors du premier conflit mondial. Et il faut savoir notamment qu'en 41, parmi les fausses rumeurs qui vont être diffusées justement par le BSC, c'est l'existence notamment d'un plan d'occupation nazi de l'Amérique du Sud. Et ça, ça va être diffusé dans les médias américains, ça va faire du bruit bien sûr, alors que c'est une affaire montée de toutes pièces. Donc on peut voir véritablement que la Grande-Bretagne a besoin incessamment, sous peu, de cette entrée en guerre
Thomas Beau
des Etats-Unis, sans quoi justement elle court à la défaite. Voilà le MI6, les services de renseignement britanniques qui vont propager des fake news aux Etats-Unis avec toute la question de l'opinion. Et bien justement, quelle est-elle, ou
Pierre Delannux
quelles sont-elles, ces opinions aux Etats-Unis dans ces années 1940-1941? Pendant les deux ans 1940 et 1941, qui s'écoulent encore avant que les Etats-Unis soient attaqués par le Japon, La bataille des opinions fit rage. Ces opinions s'échelonnent depuis les partisans d'une intervention urgente et totale dans la guerre aux côtés des alliés jusqu'aux partisans d'une abstention non moins totale et d'un isolationnisme renforcé. Les isolationnistes extrêmes comprennent les fascistes et nazis, plus ou moins camouflés sous les titres d'associations patriotiques, les communistes, du moins jusqu'à juin 1941, car dès que Hitler eut attaqué la Russie, ils marchèrent à fond pour l'intervention. Certains intérêts d'affaires liés à l'Allemagne, beaucoup d'Irlandais par haine de langue terre, tout cela réuni ne constitue pas de gros effectifs. Plus nombreux sont les pacifistes, sincères mais simplistes, les indifférents, les
Thomas Beau
paresseux, et aussi beaucoup de politiciens qui flattent ces tendances. nous étions dix ans après les événements, donc en 1951, avec ce témoignage de Pierre Delannux, ce témoignage au souvenir d'un diplomate, secrétaire d'André Gilles, enfin un personnage incroyable qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, se trouve aux Etats-Unis et il observe ces divisions. Alors c'est vrai qu'on a à peine à l'imaginer aujourd'hui Yves-Marie Perréon, mais il y a des soutiens. Alors c'est compliqué, à l'Allemagne nazie, sans doute en petit nombre, mais en tout cas des soutiens à un règlement de cette guerre sans condamner ouvertement l'Allemagne. C'est-à-dire qu'il faut régler la guerre et puis après on verra. L'idée de s'investir dans
Christophe Prime
la guerre, ce n'est pas une évidence partout aux Etats-Unis. Non, on bénéficie à partir des années 30, de premiers sondages d'opinion, Gallup notamment. Et il y a un sondage qui est particulièrement révélateur, qui date du mois d'octobre 1939. Donc c'est après le début de la guerre, avant la défaite de la France. Et ce que disent les Américains, c'est qu'ils sont très favorables à une victoire de la France et de la Grande-Bretagne, à hauteur de 84%. Il y a seulement, à ce moment-là, 2% des Américains interrogés par Gallup, évidemment ce sont des chiffres qu'il faut prendre avec précaution, mais tout de même, qui sont favorables à une victoire de l'Allemagne. Ensuite, 95% des Américains excluent totalement l'entrée en guerre de leur pays. Donc c'est pas parce qu'ils n'ont des sympathies pour l'Allemagne, mais en tout cas, ils ne veulent pas que les États-Unis entrent en guerre. Et puis, quand on affine la question, enfin quand Gallup affine la question, il leur demande, mais est-ce que vous êtes prêts à aider la France et la Grande-Bretagne, par exemple au moyen de matériel militaire? Mais évidemment, sans que nous entrions dans le conflit. Oui, à hauteur d'à peu près les deux tiers, 62%. Et si jamais il y a un risque, alors là ça tombe à 34%. Donc on voit bien que l'opinion, au fond, c'est la traduction mathématique, ce sondage, de cette attitude qui est la position de Roosevelt, qui est « short of war », aller aussi loin qu'on peut aller jusqu'à entrer en guerre. Et évidemment, c'est Pearl Harbor qui précipite l'entrée en guerre en décembre 1941. Mais tout au long de l'automne 1941, il y a un état de guerre, de quasi-guerre pourrait-on dire, à nouveau. entre les sous-marins allemands et des bâtiments de la US Navy. Et à chaque fois, Roosevelt s'adresse à la population, par exemple après l'incident du Greer en septembre 1941, pour stigmatiser les Allemands, et ce qui vient de se passer, pour annoncer une étape supplémentaire dans le soutien des Etats-Unis à la Grande-Bretagne, mais toujours short of war. Il ne s'agit pas de déclarer la guerre, et ce ne sont pas les Etats-Unis qui vont déclarer la guerre, à l'Allemagne en l'occurrence, non plus qu'au Japon, puisque c'est le Japon qui précipite l'entrée en
Thomas Beau
guerre des Etats-Unis, et ensuite l'Allemagne qui déclare la guerre aux Etats-Unis. avec Perlerbourg le 7 décembre 1941. Christophe Prym sur cette histoire de division d'opinion est très très intéressant à voir parce que ça fait réfléchir sur l'histoire longue des Etats-Unis et sur l'actualité bien entendu.
Yves-Marie Perréon
sur ses opinions divisées aux Etats-Unis sur l'entrée ou non en guerre. Oui, tout à fait. L'opinion, c'est aussi, je voulais rebondir, pour marquer le fait qu'on a aussi des Américains qui sont interventionnistes et qui vont véritablement se montrer actifs. C'est-à-dire que même si le pays, justement, ne veut pas, dans sa globalité, entrer en guerre, il y en a justement qui vont faire ce choix. Et ça, il ne faut pas l'oublier, même si ça ne concerne que des petits groupes d'hommes. On peut citer notamment le cas de la brigade Abraham Lincoln, qui va s'engager notamment. On a 3000 Américains qui vont partir d'Espagne. justement, et justement combattre avec les républicains. Donc ils vont essuyer notamment des pertes assez importantes. Alors il faut bien savoir que voilà, c'est un cas parlant parce que je dirais, on a des afro-américains, on a aussi finalement des communistes qui vont s'engager, ce qui va après, à leur retour au pays, leur occasionner quelques problèmes puisque notamment en tout cas pour ceux qui seront mobilisés dans l'armée, donc ils ne pourront par exemple pas accéder au rang d'officier. On peut citer aussi le cas notamment du Eagle Squadron, notamment des pilotes américains avec un cheminement assez complexe notamment qui va les mener du Canada justement jusqu'en Grande-Bretagne, qui vont participer à la bataille d'Angleterre et les célèbres tigres volants de chenots qui vont combattre en Birmanie. Mais la population civile, elle aussi, va s'engager, elle veut s'engager. C'est-à-dire que, comme on l'a dit justement, elle souhaite une victoire des démocraties. Et ce qu'elle voit notamment aussi à travers les médias, c'est justement les souffrances des populations civiles. Que ce soit pendant la guerre russo-finlandaise, que ce soit aussi sous les bombes allemandes pendant le Blitz, ou en France, on va voir des groupes se former, notamment des associations, des organisations qui vont voir le jour pour acheminer du matériel, de premières urgences, des médicaments, mais aussi des ambulances. voire même pour le notamment Grande-Bretagne notamment des débarquements pour reloger la population et donc certains vont même franchir le pas et se rendre directement dans ces pays justement pour aider ces mêmes ces mêmes populations. Donc ça
Thomas Beau
rajoute finalement encore à cette complexité justement voilà de la nation
Raphaël Laloum
américaine. Avec l'entrée en guerre des Etats-Unis évidemment ça change la donne. Le monde libre avait réalisé l'unité et asséné aussi à l'agression le coup le plus mortel de tous. Aucune nation n'était plus seule. Après Pearl Harbor, nous étions unis. L'Amérique était entrée dans la guerre. Les nations s'étaient coalisées. Tel fut le secret de la victoire. Car l'allié de l'Allemagne attaqua l'Amérique et l'Amérique riposta. 48 heures après l'agression, elle avait déclaré la guerre. Des ordres furent envoyés aux usines, aux ateliers de montage, à l'armée sans cesse croissante, à la marine et à l'aviation. La neutralité avait apporté la défaite, l'unité allait apporter la victoire. Au bout de quelques semaines, les troupes américaines étaient envoyées
Thomas Beau
dans tous les coins du monde, en Afrique du Nord, en Italie. L'entrée en guerre des Etats-Unis est présentée dans les actualités françaises en 1945. On est après les événements. Avec ce moment qui est complexe, Yves-Marie Perréon. Parce que le 7 décembre 1941, le Japon attaque les Etats-Unis. C'est Pearl Harbor. C'est l'Allemagne qui déclare la guerre aux Etats-Unis. C'est ce que vous nous disiez. Ce n'est pas les Etats-Unis qui déclarent la guerre à l'Allemagne. Comment ça se passe pour le président Roosevelt, dont vous êtes le biographe? Est-ce qu'on peut dire qu'il a tenté de convaincre la population américaine d'entrer dans la guerre? Ou, de manière sans doute plus juste, à partir de quel
Christophe Prime
moment a-t-il tenté de convaincre la population américaine d'entrer dans la guerre? Je pense que le moment décisif où Roosevelt comprend que les Etats-Unis ne pourront pas rester à l'écart de la guerre, et en tout cas devront s'engager activement à soutenir la France et la Grande Bretagne, c'est la conférence du Munich. C'est ce qu'avait montré une historienne américaine, Barbara Farnham. 1938, oui. Et par la suite, on voit que, au fond, il sait que c'est inéluctable, mais il s'efforce de retarder le moment décisif, de manière à ce que, justement, l'outil industriel soit au plus fort de sa capacité. Et donc, c'est ce qui se produit en 1941 à Pearl Harbor. Et là, c'est un retournement complet de l'opinion, Les isolationnistes, évidemment, ils sont toujours là, bien sûr, mais ils cessent d'être isolationnistes. Et j'ai mentionné tout à l'heure le nom du sénateur Vandenberg, sénateur du Michigan, qui a été un de leurs porte-parole les plus puissants, les plus respectés d'ailleurs, par le camp adverse. C'est un homme qui a été jusqu'à écrire, au moment du vote de la loi du préval, c'est le suicide de la République. Et le jour de Pearl Harbor, quand il apprend l'attaque américaine, l'attaque japonaise, pardon, il écrit à Roosevelt pour lui dire je me mets à la disposition de l'effort de guerre et par la suite il va devenir l'un des avocats les plus efficaces de l'Alliance Atlantique, du plan Marshall et il a soutenu en tant que républicain, il n'est pas devenu démocrate, il a soutenu en tant que républicain la constitution du nouvel ordre international qui est
Thomas Beau
mis en oeuvre, qui est mis en place par Roosevelt en 1944-1945. Ce qui veut dire qu'après, par l'arbore, tous ceux que nous avons pu évoquer... Alors, les isolationnistes, c'est une chose, et ceux qui avaient un discours ambigu, ceux-là, on les entend plus. Alors, les nazis aux Etats-Unis, on voit bien, ça c'est un cas particulier, j'imagine qu'eux, ils sont tout de suite mis hors-jeu. Mais pour les autres, le discours ne porte plus. Celui
Christophe Prime
d'America First, qui était porté encore en 1941, on les entend moins. Non, ce discours a entièrement disparu. La plupart de ces porte-parole de premier plan ont été soit discrédités, soit comme Vandenberg, ont eu une véritable conversion. Et puis, il y a un consensus réel des républicains et des démocrates pour la politique qui est mise en oeuvre à partir de 1945 et qui
Thomas Beau
se poursuit jusqu'à la chute de l'Union soviétique dans les années
Yves-Marie Perréon
90. Christophe Prime, en quelques mots, Lindbergh devient quoi dans cette histoire? Alors Lindbergh, il va prendre acte de la déclaration de guerre, mais comme la quasi-totalité de ses concitoyens, il va se ranger du côté du président. Il va même demander à réintégrer les rangs de l'US Army Air Force, ce qui lui sera refusé parce que Roosevelt n'a pas oublié ces propos qui ont pu être proches des fois de la calomnie. Mais il n'empêche qu'après, il va se mettre au service notamment de l'industrie aéronautique, parce que c'est un spécialiste, j'ignore dans le domaine, et il va même aller, un petit peu plus tard, former des pilotes dans le Pacifique, notamment à l'usage du fameux chasseur Corsair. Donc on peut voir que c'est très
Thomas Beau
symbolique de ce revirement brutal, notamment même des isolationnistes, les plus convaincus. Avec ici ce problème de l'isolationnisme, au-delà que le mot est imprononçable, il faut le dire, on voit combien c'est à la source de ces situations qui conduisent notamment à la guerre et cette guerre qu'il faut comprendre avec ces lectures. Christophe Prime, L'Amérique en guerre 1933-1946, c'est publié chez Perrin, et puis votre biographie Yves-Marie Perréon que vous consacrez au président Roosevelt, Franklin de l'anneau Roosevelt, ce qui permet d'éclairer cette politique des Etats-Unis vraiment sur un temps long, je le dis, parce qu'il y a des échos sans cesse
Christophe Prime
au passé, c'est
Thomas Beau
sûr, mais à l'actualité. Merci vivement à vous deux. Merci à vous. Prochain épisode du Cours de l'Histoire, pour poursuivre l'histoire des relations de sécurité de l'Europe et des Etats-Unis, la
Raphaël Laloum
guerre froide bien sûr. Europe et Etats-Unis, est-ce encore l'OTAN des copains? Le pacte atlantique est désormais une réalité. Le pacte atlantique, dont tous les ministres présents ont souligné le caractère défensif, unit 12 nations dont
Thomas Beau
le seul but est d'assurer la paix. Une paix maintenant plus sûre. Le prochain épisode du cours de l'histoire, l'histoire de l'OTAN, le cours de l'histoire sur France Culture, une émission réalisée par Thomas Abbot avec aujourd'hui la technique d'Alia et merci à Maëva Leprestre, à Ici Normandie, Ancienne France Bleue, merci beaucoup à Jeanne Delecroix, Jeanne Copé, Maël-Vincent Randonnier, Maïwenn Guizhou et Raphaël Laloum pour la préparation de cette émission. Émission que
Podcast : Le Cours de l’histoire (France Culture)
Épisode : États-Unis & Europe, une histoire de sécurité ? 3/4 : "America First" ? Se battre ou pas pour la liberté… déjà en 1941 !
Date : 5 mars 2025
Participants principaux : Thomas Beau (animateur), Yves-Marie Perréon (historien, biographe de Roosevelt), Christophe Prime (historien, Mémorial de Caen), Raphaël Laloum (lecteur)
Cet épisode explore la position des États-Unis face à la montée des tensions européennes dans les années 1930-1941, la tentation isolationniste incarnée par le slogan "America First", et la lente évolution de l’opinion américaine vers l’intervention lors de la Seconde Guerre mondiale. À travers débats d’historiens, extraits de discours et sondages d’époque, l’émission met en lumière les divisions internes américaines, le poids du passé (notamment de la Première Guerre mondiale), la prudence de Roosevelt, et l’influence de leaders comme Charles Lindbergh.
Grande Dépression et peur économique
Comparaison avec l’Europe
Héritages et doctrines
Disparités régionales et sociales
Naissance du mouvement et de son slogan
Le discours de Charles Lindbergh
Lindbergh cible de manière polémique trois groupes qu’il accuse d’inciter à la guerre : les Britanniques, "les juifs" et l’administration Roosevelt.
Citation, 30:16 :
"En choisissant ces trois groupes comme principaux agitateurs pour la guerre, [...] je crois qu’il y aura peu de risques que nous y participions." (Charles Lindbergh, discours de Des Moines, septembre 1941)
Christophe Prime relève l’antisémitisme évident de Lindbergh et détaille la manière dont les lois de neutralité cherchent à éviter la répétition de l’engrenage de 1917 (31:58).
Roosevelt, équilibriste politique
Loi sur le prêt-bail ("Lend-Lease Act")
"Supposer que la maison de mon voisin prenne feu et que je possède un tuyau d’arrosage à 400 ou 500 pieds de distance. [...] Je veux récupérer mon tuyau lorsque le feu sera éteint. La maison est en feu."
Churchill et la pression britannique
Résultats des sondages
Groupes interventionnistes
Basculer vers l'engagement
"La bataille des opinions fit rage [...] Les opinions s’échelonnent depuis les partisans d’une intervention urgente [...] jusqu’aux partisans d’un isolationnisme renforcé."
Sort des leaders isolationnistes
Sur la peur en 1933
"La seule chose que nous devons craindre, c'est la peur elle-même."
— Franklin D. Roosevelt (lue par Raphaël Laloum), [00:54]
Sur le paradoxe américain
"Les États-Unis ne forment pas un tout unanime, il faut prendre en compte ces disparités géographiques […]."
— Christophe Prime, [07:04]
Sur le slogan "America First"
"En choisissant ces trois groupes comme principaux agitateurs pour la guerre, je n’ai inclus que ceux dont le soutien est essentiel aux partis de la guerre."
— Charles Lindbergh, discours de Des Moines (lue par Raphaël Laloum puis Charles Lindbergh), [30:16]
Sur le prêt-bail
"Supposer que la maison de mon voisin prenne feu et que je possède un tuyau d’arrosage à 400 ou 500 pieds de distance... Je veux récupérer mon tuyau lorsque le feu sera éteint."
— FDR, lu par Thomas Beau, [38:00]
Sur l’après Pearl Harbor
"Après Pearl Harbor, nous étions unis. L’Amérique était entrée dans la guerre [...] La neutralité avait apporté la défaite, l’unité allait apporter la victoire."
— Extrait des actualités françaises, (lue par Raphaël Laloum), [52:01]
Sur le revirement de Lindbergh
"Il va même aller un peu plus tard former des pilotes dans le Pacifique […]."
— Yves-Marie Perréon, [56:03]
L’émission alterne explications pédagogiques, analyses nuancées et lectures vivantes de discours historiques, maintenant un ton sobre et rigoureux, parfois marqué d’ironie ou de fascination devant l’actualité résonnant avec l’Histoire.
Cet épisode illustre la complexité de la société américaine face à la question de la guerre : hésitations, héritages du passé, débats virulents, manipulations médiatiques, et finalement un basculement brutal après Pearl Harbor. Le récit met en lumière la diversité structurelle des opinions américaines, l’importance de personnalités-clés, et la longue gestation de la puissance interventionniste qui va marquer le monde d’après 1941.
La guerre froide — Europe et États-Unis, l’OTAN et les nouveaux équilibres.