
Grandioses premières expositions universelles, viens faire un tour au pavillon !
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Georges Sand
de l'histoire.
Edouard Vasseur
Xavier Mauduit.
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
Grandioses premières expositions universelles. Viens faire un tour au pavillon. En 1851, c'est l'exposition universelle de Londres, la première du genre avec le Crystal Palace. Paris-Embreuil, en 1855, avec une exposition voulue par l'empereur Napoléon III. Et puis c'est de nouveau Londres, 7 ans plus tard, et encore Paris et rebelote. 1867, nous avons peine à imaginer combien ces expositions étaient grandioses.
Gaston Bachelard
Arrêtons-nous à cette exposition de 1867. On peut y voir le résumé des techniques du Second Empire.
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
Les deux premières expositions, qui sont des
Edouard Vasseur
expositions du Second Empire, nous montrent en fait deux faces du régime du Second Empire.
Maiwen Gizu
Eh oui, Paris se métamorphose, mais faudrait-il que cette rénovation se fasse d'une manière agréable, en respectant toute cette raison. Ne commettons pas les erreurs d'urbanisme du fameux Baron Haussmann, qui massacra tout à son aise un joli banc de la ville.
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
Edouard Vasseur bonjour, vous êtes archiviste paléographe, conservateur en chef du patrimoine, professeur d'histoire des institutions de la diplomatie et de l'archivistique contemporaine à l'école Deschartes avec votre ouvrage, l'exposition universelle de 1867, l'apogée du second empire. Je le disais, nous avons peine à imaginer combien ce fut grandiose, on parle de millions de visiteurs.
Edouard Vasseur
Ah oui, on parle de millions de visiteurs. Alors, on ne saura jamais combien on a eu de visiteurs à cette exposition universelle de 1867, mais on a eu 11 millions d'entrées, sachant qu'une personne pouvait rentrer plusieurs fois, ce qui est déjà beaucoup d'avoir entre 8 et 9 millions de personnes à une époque où les transports n'étaient pas ce qu'ils étaient aujourd'hui. Il n'y avait pas l'avion, donc il fallait pouvoir quand même arriver à Paris.
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
Oui, parce qu'on vient du bout du monde pour voir cette exposition-là.
Edouard Vasseur
On vient des États-Unis, on vient d'Amérique latine, on vient d'Asie, d'Extrême-Orient aussi, puisqu'on a des visiteurs japonais. Le frère du shogun japonais était à
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
Paris en 1867. avec cette année 1867 pour évoquer les expositions universelles. Mais il faut le rappeler, ce n'est pas la première. Il y en a une autre à Paris en 1855 et puis il y a celle de Londres en 1851 qu'on présente souvent comme la première des expositions universelles. Est-ce que c'est le cas?
Edouard Vasseur
Alors c'est effectivement la première des expositions universelles, celle de Londres en 1851. Ce n'est pas la première exposition des produits de l'industrie, mais c'est la première exposition où on a plusieurs pays qui sont présents, représentés et qui sont en pleine compétition. Donc oui, 1851, on peut dire que c'est la première, au moins au niveau universel, mais c'est pas la première exposition.
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
Vous venez de nous dire qu'il y avait des expositions des produits de l'industrie. Qu'est-ce que c'était que ces choses-là?
Edouard Vasseur
Les expositions des produits de l'industrie apparaissent en France sous la Révolution. L'idée c'est de rassembler en un lieu des industriels qui viennent présenter leurs produits et qui les soumettent à la fois au regard du public et puis au regard d'un jury qui est nommé par la structure qui organise l'exposition. Ce jury va regarder les produits, il va les évaluer et il va leur décerner des prix des médailles, des diplômes, ce qui permet aux industriels, après, de s'en faire valoir.
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
Oui, parce que l'idée de réunir des gens pour présenter des choses, ce n'est pas vraiment une nouveauté, on le sait bien. Ici, une spécificité, c'est peut-être cette idée de jury.
Edouard Vasseur
Alors, la spécificité, c'était d'une part l'idée de jury, en effet, de cette évaluation. Alors, ça existait déjà un petit peu dans les Beaux-Arts, puisqu'il y a l'expérience des salons artistiques, notamment en France. Et l'autre différence par rapport à d'autres manifestations, comme les foires, les marchés, c'est qu'on n'est pas dans une logique commerciale. On n'est pas là pour vendre, même si on se doute qu'il y avait certainement des commerciaux pour prendre les carnets de commande. Mais voilà, l'objectif n'est pas, en tout cas, de vendre directement au public. sur le lieu, les produits qui sont présentés. On est là vraiment pour les présenter, les mettre en valeur et les faire juger par ses pairs et par des experts.
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
Avec ces expositions de l'industrie, du commerce, on voit une naissance, ce qu'on pourrait dater de la fin de la révolution pour simplifier, on est dans les années... 1790, 1798 précisément. Ici, on a un élément qui est intéressant, c'est l'avancée peu à peu de cette notion d'industrie. Parce que vous venez de nous le dire, Édouard Vasseur, c'est vrai que le Salon des Beaux-Arts, quelque chose qui est déjà une institution. Là, c'est l'industrie. C'est étonnant d'ailleurs que ça paraisse en France, parce que souvent, on associe l'industrialisation, la naissance de l'industrialisation, à la Grande-Bretagne. Alors pourquoi la France?
Edouard Vasseur
Alors pourquoi la France? Plusieurs raisons. La première, c'est que la première exposition des produits de l'industrie, qui a lieu en 1798, est en fait un sous-produit de la commémoration de la République. A l'époque, sous le directoire, on a des fêtes régulières, comme le 14 juillet aujourd'hui. Et donc là, il s'agit de commémorer l'anniversaire de la République. Et donc voilà, le ministre de l'Intérieur cherche une idée. Il cherche une idée parce qu'il en a marre d'avoir des mâts de cocagne, d'avoir des structures traditionnelles. Donc voilà, il réunit ses collaborateurs et puis les collaborateurs lui proposent des idées. Pourquoi on ne ferait pas une exposition des Beaux-Arts? On en a déjà fait. Et donc le ministre dit, mais pourquoi pas une exposition de l'industrie, naturellement. Le staff applaudit. Monsieur le ministre, quelle bonne idée, extraordinaire, etc. En fait, ça répond à une nécessité qui est celle de la France. La France avait, sous l'Ancien Régime, un système de certification de la qualité des produits, donc via une administration, comme on sait faire en France, qui était l'inspection des manufactures. donc qui étaient des fonctionnaires qui étaient là pour évaluer les produits textiles, leur donner des marques de fabrique pour certifier leur qualité, qui faisait aussi de la statistique, et puis on les a supprimés sous la constituante en 1791, donc les industriels se sont retrouvés sans mécanisme de certification de la qualité et de garantie de leurs produits, donc ça répondait aussi à leurs besoins. Enfin, il fallait lutter contre l'Angleterre, donc c'était aussi bien montré que, malgré la guerre, la France était toujours là, était capable de lutter au niveau international, sur le marché.
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
Oui, parce qu'il y a un peu de rivalité ici, mais dans ces premières expositions de l'industrie, on ne parle pas encore d'exposition universelle, dans le nom même donné à l'exposition, on sent bien que, dans un premier temps, c'est très national, c'est montrer les produits d'une nation et montrer comment nous sommes performants.
Edouard Vasseur
Alors, montrer comment on est performant, on est dans une époque où se construit le marché national. Avant 1791, les frontières douanières, elles sont à l'intérieur même de la France. L'Alsace était une province étrangère. Donc, on constitue un marché national. C'est déjà un point essentiel. Ensuite, oui, il s'agit à la fois de montrer qu'on est capable de développer les innovations en France et puis aussi de, ça, ça dépend un peu des expositions, d'avoir des produits dont le prix est suffisant et qu'on est capable de faire du bon marché, de faire de bien à pas cher. Donc de pouvoir satisfaire les besoins des consommateurs et répondre aux attentes des industriels qui veulent écouler leurs produits.
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
Nous évoquons cette exposition de l'industrie, celle de 1798 et puis la première exposition universelle, celle de Londres en 1851. Il y a vraiment un temps très long entre les deux. Il ne faudrait pas croire qu'il ne se passe rien comme une évidence. Mais c'est vrai qu'on peut être surpris par ce temps long.
Edouard Vasseur
Alors, pourquoi ce temps long? C'est un peu difficile à expliquer. Il a déjà fallu que cette innovation française, l'exposition des produits de l'industrie, se répande. Elle s'est répandue au niveau local, elle s'est répandue, les autres pays ont commencé à imiter, que ce soit l'Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique, la Scandinavie, jusqu'en Russie. L'Angleterre, non. L'Angleterre n'imite pas la France. Alors, on commence à proposer l'idée d'étendre, d'élargir aux autres pays. C'est la France qui propose ça, enfin un Français qui propose ça, bouchée de perte, au début des années 1830, mais les Français n'en veulent pas. Ils ne veulent pas élargir aux autres pays parce qu'ils ont peur des Anglais. C'est les Anglais qui, eux, vont trouver l'idée intéressante, mais pas pour promouvoir leur industrie, paradoxalement.
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
Boucher de Perthes, c'est intéressant comme nom parce qu'on l'associe bien sûr aux études préhistoriques. Il est le pionnier de ces recherches sur cette période qui est alors découverte, la préhistoire. Mais dans le même temps, on oublie souvent que c'est un homme de son temps qui s'occupe des affaires douanières notamment.
Edouard Vasseur
C'est ça, c'est un douanier qui est à Ville et donc il connaît très bien les circulations, les productions industrielles et les circulations de produits. Donc oui, c'est un personnage très intéressant, Boucher de Perthes.
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
Boucher de Perthes qui met en place cette idée d'une exposition universelle, ça prend forme en 1851 à Londres. Pourquoi à ce moment-là? Pourquoi Londres? On voit bien ici qu'il y a vraiment une volonté d'affichage. On parle souvent pour ces expositions universelles de vitrine du monde. Là c'est la vitrine londonienne.
Edouard Vasseur
C'est la vitrine londonienne, mais paradoxalement, l'exposition de 51 n'a pas été créée pour être une vitrine londonienne. Elle a été créée pour faire un choc de compétitivité, comme on dirait aujourd'hui. Il s'agit pour les Anglais de faire venir des Français pour montrer que les produits anglais ont un gros défaut, c'est qu'ils ne sont pas beaux. Contrairement aux produits français, l'idée c'est de faire venir les produits français pour montrer qu'est-ce que c'est que de beaux produits et donc faire un électrochoc auprès des industriels anglais pour pouvoir développer tout un enseignement du dessin, de l'art graphique et améliorer la qualité esthétique des produits anglais.
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
Ah c'est intéressant, ça veut dire que la France a déjà une réputation de qualité. Alors on connaît bien déjà l'industrie du luxe qui est en place en France, qui ne cesse de se développer à la fin du XIXe siècle. Mais alors déjà, il y a l'idée que l'industrie française, elle est peut-être en retard, mais elle est de bonne qualité.
Edouard Vasseur
C'est l'idée que la France n'a peut-être pas de charbon, mais elle a du goût. Pour parapher d'autres expressions plutôt contemporaines. Et justement, c'est ce qui va être l'électroshop pour la France en 1851, de voir que les Français sont peu nombreux, ils sont très récompensés. Et donc, le créneau de la France, c'est le créneau de la qualité et ça va être le sens principal de l'exposition de 1855.
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
Edouard Vasseur, ces anglais font les choses en grand en 1851. Ils ne se contentent pas d'exposer des belles machines dans des locaux existants. Ils construisent des choses.
Edouard Vasseur
Ils construisent ce palais de cristal qui est absolument extraordinaire, qui a été une révolution. C'était une gigantesque serre, dans tous les sens du terme, puisqu'on avait très chaud dans ce bâtiment. C'était l'idée de construire un très grand bâtiment préfabriqué en fer et en verre, qui permettrait d'être suffisamment grand pour accueillir l'ensemble des exposants et pour accueillir l'ensemble des visiteurs. C'était un bâtiment extrêmement symbolique, ce Crystal Palace, qui a malheureusement brûlé en 1937, puisqu'il a été transféré dans le sud de Londres. Il a été détruit par le feu, mais il a inspiré un certain nombre d'autres Crystal Palace. circule en Europe, on en découvre à Porto, à Prague, des Crystal Palace.
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
L'exposition universelle de Londres de 1851 inspire elle aussi la suivante à lieu à Paris en 1855. Alors qu'est-ce qui se passe à ce moment-là? C'est le Second Empire, Napoléon III est au pouvoir. Pourquoi une exposition à Paris?
Edouard Vasseur
Alors déjà parce qu'il était prévu de faire une exposition nationale des produits de l'industrie en 1854. On en faisait tous les 5 ans, donc il y avait eu 34, 39, 44, 49 et donc il devait y en avoir une pour 54. Mais comme on voit que ça a bien marché en 51, que les produits français ont bien été récompensés, Napoléon III décide d'élargir. d'internationaliser cette exposition. Alors ça répond aussi à son souhait politique de libéraliser l'industrie française et le commerce français. Il y prend un petit pas, il a obtenu des pouvoirs spécifiques constitutionnels pour le faire, comme aujourd'hui en dispose le président des Etats-Unis. Mais il sent qu'il y a des réticences, donc il y va petit à petit. Internationaliser l'exposition, c'est déjà un moyen d'avancer ses pions. Il faudra attendre dix ans pour qu'il arrive à ses fins.
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
Oui, avec des expositions, on évoque celle de 1855, on est dans les premières années du Second Empire. La proclamation, c'est en décembre 1852. C'est aussi politiquement un message envoyé au monde, un message lié à la paix, parce qu'une exposition de l'industrie, ça veut dire que tout se passe bien et qu'on n'est pas du tout dans un esprit guerrier. Non mais parce que dès qu'on dit un pied, on a peur de la guerre.
Edouard Vasseur
Mais en même temps, on est en pleine guerre. Il ne faut pas oublier qu'on est en pleine guerre de Crimée. Donc l'exposition, c'est une autre forme de compétition entre nations. Et c'est montré que la France est de retour après la crise des années 1848-1851, grâce à l'Empire qui a apporté la stabilité, la paix. L'Empire, c'est la paix. et l'Empire, c'est aussi le progrès et l'industrie, c'est la prospérité. Donc, il y a une volonté politique de montrer que la France est prospère, même si tout ne marche pas complètement bien dans cette exposition de 1855. Mais voilà, en tout cas, on arrive à la tenir et c'est quand même un très bel événement pour le régime, d'autant qu'il va être associé à la fois à la paix qui va arriver avec la victoire de Sébastopol et puis au fait que l'impératrice attend un héritier.
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
Et oui, mais c'est ça, l'année 1856, c'est la grande année. Vous venez d'évoquer la fin de la guerre de Crimée où cette association entre le Royaume-Uni et la France et d'autres ont réussi à vaincre la Russie. C'est un moment très important, cette exposition-là, parce qu'on voit bien que l'affichage de l'Empire, c'est la France qui retrouve une place. en Europe, puis dans le monde on peut généraliser, pour l'économie, pour la diplomatie aussi, on vient de le dire avec cette paix et le congrès de Paris. L'exposition universelle, Edouard Bassard, vous avez dit qu'il y a quelques ratés en 1855, ce sont lesquels?
Edouard Vasseur
Alors, quelques petits ratés déjà parce qu'on avait commencé à construire un bâtiment pour une exposition nationale des produits de l'industrie. Donc, quand on élargit le nombre d'exposants, on fait rentrer au chauspier des exposants en plus dans un palais qui n'est pas prévu pour cela. Donc, il a fallu construire des bâtiments en plus. En plus, on élargit le programme au Beaux-Arts. En plus, la France n'a pas encore les capacités industrielles pour construire ce qu'elle veut. Donc pour construire la verrière du Palais de l'Industrie, il faut recourir aux industriels anglais. Voilà, donc la préparation est un petit peu chaotique. On change le commissaire général de l'exposition 15 jours avant l'ouverture. Voilà, les transports ne sont pas encore ce qu'ils sont. Donc voilà, c'est encore un petit peu chaotique. Mais on arrive à rentrer, tout rentre progressivement dans l'ordre et puis on arrive à faire une belle exposition qui est un succès.
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
1855 à Paris, nous sommes dans une ville en pleine transformation.
Maiwen Gizu
Paris est aussi grand qu'Hispaen. Les maisons y sont si hautes qu'on jure au roi qu'elles ne sont habitées que par des astrologues écrivains montécieux. S'il avait vu nos bouquets de bulles dignes, il aurait traité les parisiens d'habitants des comètes. Et oui, Paris se métamorphose, mais faudrait-il que cette rénovation se fasse d'une manière agréable, en respectant tous ses trésors. Ne commettons pas les erreurs d'urbanisme du fameux baron Haussmann, qui massacra tout à son aise un joli pan de la ville. Au pays de Descartes, aurait-on perdu le bon sens de l'esthétique? Le vieux Parisien adorant sa ville pousse son cri d'alarme. Le vieux Paris a le droit de respirer et d'être respecté.
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
Le journal de Paris en 1961 qui présente cette ville de Paris sous le second empire, avec du jugement aussi à l'intérieur de ce qui est dit là, le baron Haussmann, le préfet de la Seine qui détruit ces vieux quartiers de Paris. C'est juste, Édouard Vaisseur, pour évoquer ici comment les contemporains perçoivent la notion de changement. Je n'utilise pas le mot de progrès qui est un mot compliqué à manier, mais on se rend compte que les choses changent, la vie change, l'exposition fait venir des gens du monde entier, il se passe quelque chose.
Edouard Vasseur
Il se passe quelque chose, alors que quand les contemporains percevaient l'exposition, c'est pas toujours facile de le savoir parce que naturellement, on a la vision qui est celle de ceux qui savent écrire, de celle de l'élite. Mais oui, on a quand même l'impression d'un monde qui change. On ne parle pas de globalisation, de mondialisation, mais c'est déjà un peu ce qui est en train de se passer avec le télégraphe qui va bientôt permettent d'avoir des nouvelles de tout le monde, le chemin de fer qui commence à arriver jusqu'au fin fond de la France. C'est une société du sous-contempere qui est une société en plein mouvement, en pleine transformation. C'est une transformation équivalente à celle qu'a connue la génération qui a connu l'arrivée d'Internet au XXe siècle.
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
Oui, et puis on a le temps de voir ces changements au sens où une exposition universelle dure longtemps. Ça dure des mois et des mois.
Edouard Vasseur
Ça dure entre 6 et 7 mois. Ce n'est jamais complètement prêt le jour où c'est inauguré, naturellement. Il y a toujours des événements. Il faut toujours susciter l'intérêt pour avoir le désir de revenir à l'exposition. Mais oui, on a le temps de venir voir. Pour ceux qui ont les moyens, on peut y revenir plusieurs fois. On peut rarement en une journée arriver à embrasser le monde, comme le disent certains. Mais oui, c'est un bon moyen de voir un peu les changements, les nouveautés, les innovations, de voir arriver de nouveaux pays qu'on ne connaît pas, de les découvrir, du moins dans l'image qu'ils s'en donnent.
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
avant de visiter l'exposition universelle de Paris en 1867 avec le meilleur des guides, vous Edouard Vasseur, l'auteur de l'exposition universelle de 1867, l'apogée du second empire, c'est un livre publié chez Perrin. Faut s'arrêter quand même à celle de 1862 parce que dans l'ordre des expositions universelles, Londres 51, Paris 55, de nouveau Londres en 1862. Grosse exposition là aussi.
Edouard Vasseur
Grosse exposition mais finalement qui a laissé peu de souvenirs, celle de 1862. Parce qu'il y avait déjà le souvenir de Crystal Palace était tel que c'était difficile de faire aussi bien que Crystal Palace. C'est une impression mitigée que celle de 1862. Voilà, ça rentre dans une certaine forme de routine. Mais voilà, avec une... Je dirais une certaine exception. Alors, le grand problème pour la France, c'est que les anglais ont progressé depuis 1851. Et donc, quand les français arrivent en 1862, ils commencent à s'inquiéter parce que la qualité des produits anglais s'est améliorée. Ils se disent, mon Dieu, qu'est-ce qui va nous arriver? On risque de ne plus avoir la primauté, on va dire, sur les produits de qualité au niveau international. D'autant plus qu'on a changé de régime économique. On a libéralisé les échanges, on a réduit les droits de douane. et l'écho de l'actualité. Et donc voilà, la France se retrouve en pleine compétition internationale. La France s'est inquiète en fin de 1862 et les Anglais en profitent. L'organisateur Lord Langville dit aux Français, désolé chers amis d'avoir progressé et de vous damer le pion.
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
Ah oui, c'est vrai qu'il y a un traité de libre-échange, deux ans auparavant, entre le Royaume-Uni et la France. Et puis, quand nous parlons des expositions universelles, bien sûr, il y a cet aspect technique qui est très, très important, industriel. Et puis, il y a un aspect qu'on pourrait qualifier de social, parce qu'il faut bien des gens pour faire marcher ces machines, il faut bien des gens pour faire marcher ces manufactures. C'est aussi cet intérêt-là qui est porté et la politique du Second Empire, d'ailleurs, et son besoin de soutien électoral, regarde ce monde ouvrier.
Edouard Vasseur
Alors, le monde ouvrier, en effet, c'est un secteur que le Second Empire cherche à conquérir, on va dire, surtout à partir de 1859-1860 avec la campagne d'Italie où on perd un peu le soutien des catholiques partisans du pape. Donc, pour arriver à maintenir une base électorale suffisante, le Second Empire, en effet, se tourne beaucoup vers le monde ouvrier. Et donc, on va essayer d'utiliser les expositions comme un moyen de montrer son attention vis-à-vis du monde ouvrier. Montrer son attention déjà en facilitant les visites des ouvriers dans les expositions. Dès 1862, on organise des voyages pour les ouvriers, donc parisiens principalement. On envoie en procession, je ne vais pas dire en procession, quasiment à Londres pour visiter l'exposition. Et puis on commence à réserver, déjà à Londres aussi, une section qui est destinée à montrer l'action des pouvoirs publics, des industriels à l'attention des ouvriers. Donc les ouvriers sont au cœur du discours politique dans les expositions. Mais quand on voit les représentations de l'époque, ils sont quasiment absents parce qu'on a des photographies de ces expositions, notamment celle de 1867. Mais quand on voit les gravures, ils sont souvent à côté. On montre plutôt la machine. C'est la machine qu'on met en avant, qu'on met en valeur. Et puis l'ouvrier, il est à côté. Il est au service de la machine. C'est une manière très intéressante de voir le rapport entre la machine et l'homme.
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
La femme. Et la femme aussi, mais il y a cette concurrence de l'organisation ouvrière. C'est vrai que l'Association des travailleurs, l'internationale, la première internationale, c'est ces années-là pour contextualiser. Donc, les pouvoirs ont besoin aussi de rallier à eux ce monde ouvrier, qu'ils s'en aillent.
Edouard Vasseur
Tout à fait, c'est vraiment un besoin politique, surtout que la France était le pays du suffrage universel.
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
Et oui, en plus, avec cette attention portée à la machine, bien sûr, évoquée ici par Gaston Bachelard. Gaston Bachelard, grand historien des sciences.
Gaston Bachelard
Arrêtons-nous à cette exposition de 1867. On peut y voir le résumé des techniques du Second Empire. Le palais de l'exposition, à lui seul, s'offrit comme le succès définitif des constructions en fer. Il paraissait un témoignage de la rapidité et de la solidité de la construction en fer. Les journaux de l'époque sont remplis de renseignements admiratifs sur l'audace des charpentes métalliques, sur l'asphaltesse des piliers, sur la sûreté des assises. On peut dire que la technique prend conscience d'un âge nouveau, l'âge du fer construit dans cette galerie des machines. On admirait les conquêtes techniques les plus nouvelles. C'était, dit un visiteur, l'atelier du monde entier, l'industrie universelle. avec ses surprises, ses enchantements et ses changements à vue. Le visiteur voyait fonctionner machines à extraire les minerais, à forer, à raboter, à scier, à imprimer, à filer, à tisser, à tricoter, à coudre, à faire des chapeaux, la chaussure, le chocolat, les cartes de visite, les cigarettes. Il assistait à toutes les transformations de la matière sous la haute direction de l'intelligence humaine.
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
Gaston Bachelard en 1949, l'atelier du monde entier. Edouard Vasseur, l'expression est joliment choisie.
Edouard Vasseur
Totalement, parce qu'en effet, il y avait des productions sur cette exposition. C'était un choix qui avait été fait à partir de 1855 de mettre les machines en mouvement pour avoir un aspect aussi pédagogique, montrer comment la machine fonctionnait, peut-être pour rassurer aussi les populations sur leur fonctionnement. Et il y avait un petit côté magique de voir les transformations. C'est intéressant d'entendre Gassan Bachelard évoquer la fabrique de chapeaux parce que je crois que c'était un des stands qui avait le plus plu. On disait qu'on faisait rentrer une peau de lapin dans la machine et qu'il en sortait un chapeau.
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
Génial! C'est vrai qu'on n'aurait pas assez d'une journée entière d'antenne de France Culture pour dire tout ce que l'on pouvait voir à l'exposition universelle de 1867. C'est gigantesque par le nombre d'exposants, par tout ce qui est présenté.
Edouard Vasseur
Alors, le nombre d'exposants, oui, en effet, est absolument fantastique. On en est à 52 000 exposants. Donc 52 000 exposants, ça commence à faire du monde. Et chaque exposant ne montre pas qu'un seul objet. C'est aussi ce qui est marquant dans cette exposition, c'est quand on regarde les photos de l'époque, On a aujourd'hui l'habitude des expositions, notamment pour les expositions de Beaux-Arts, où on met 300 numéros. On estime déjà que c'est très important, que c'est très fatigant. A l'époque, c'est chaque industriel qui met 300 numéros. Donc il faut multiplier 52 000 par 300 pour avoir une idée de ce que ça pouvait donner. en termes de volume et de quantité. Ensuite, en termes d'objets, il y avait en effet de tout. On allait de l'objet archéologique à la machine, en passant par le tas de charbon, en passant par des grandes armoires, des cachemires, des porcelaines, de la verrerie, des fleurs, parce qu'il y avait des concours de fleurs, des animaux, des manuels d'éducation et des maisons. Aussi, on exposait des maisons pour les ouvriers.
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
Voilà, on retrouve de tout et même ce qui est pour nous aujourd'hui des objets archéologiques, bouchées de pertes qu'on évoquait tout à l'heure, on le retrouve dans ces expositions universelles.
Edouard Vasseur
Exactement, on le retrouve, c'est une des idées de l'exposition de 1867, reprise de celle de 62 en fait, puisqu'en 62, on avait décidé de faire venir des collectionneurs d'objets d'art pour créer aussi un peu de l'événement dans l'exposition. En 1867, on reprend l'idée. et on l'élargit aux objets archéologiques. Donc l'idée d'avoir une galerie d'histoire du travail, de montrer comment le travail a évolué depuis les temps antédéluviens, antéhistoriques, comme on les appelle à l'époque, jusqu'à aujourd'hui dans une logique de progrès. Donc on voit des silex et des objets qui ont été trouvés dans la vallée de la Dordogne dans les années 1860. On est aux fêtes de l'actualité, jusque aux objets d'aujourd'hui. Donc l'archéologie aussi qui inspire Les industriels, puisque notamment les joailliers, les castellani, qui sont des joailliers italiens installés à Londres, s'inspirent beaucoup des objets archéologiques, notamment étrusques, pour des créations contemporaines. Creant aussi quelques faux, parce que tant qu'à faire, il faut faire aussi quelques faux.
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
Oui, tant qu'à faire. Avec, pour organiser une telle exposition, j'imagine des années de préparation, parce que c'est... immense en nombre d'exposants, en nombre de visiteurs attendus tous les bâtiments qu'il faut construire. Comment ça se prépare une telle exposition, celle de 1867?
Edouard Vasseur
Alors ce qui est fascinant, c'est de voir à quel point le temps de préparation est court. L'exposition de 1867 est convoquée par l'empereur en 1863, en juin 1863, juste après des élections en demi-teinte. Et l'organisation ne commence véritablement qu'en janvier-février 1865. Elle va ouvrir le 1er avril 1867. Donc il faut deux ans seulement pour tout faire. Donc il faut déjà s'organiser, il faut faire de la propagande, de la publicité pour indiquer qu'une exposition aura lieu. Il faut sélectionner les produits, il faut définir les bâtiments que l'on va dont on va avoir besoin pour accueillir les exposants, il faut les construire, il faut que les industriels sélectionnent leurs produits, qu'ils les fassent venir à Paris, qu'ils organisent leurs stands, que l'on organise toutes les manifestations qui vont autour, les cérémonies, qu'on invite les chefs d'État et de gouvernement à venir. Donc c'est à la fois beaucoup de choses à faire, mais en très peu de temps. Et la grande chance du 1867, c'est d'avoir eu déjà une équipe qui était rodée et qui connaissait déjà bien le fonctionnement pour avoir déjà travaillé à celle de 1855 et 1862 et donc qui savait quelle chaustrape elle voulait éviter.
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
Et puis autre chance, c'est que Paris est déjà une ville qui attire. Il n'y a pas besoin d'une exposition universelle pour faire venir les gens à Paris.
Edouard Vasseur
Alors Paris attire déjà, Paris en pleine transformation avec le baron Haussmann et puis Paris qui commence à être surtout bien relié d'un point de vue de transport. Autant en 1855, le chemin de fer atteignit à peine Lyon. En 1867, le chemin de fer va jusqu'aux frontières du pays, on commence à avoir des grandes compagnies de paquebots transatlantiques qui commencent à faire des circulations transatlantiques. Donc Paris, oui, Paris, avec ses transformations du baron Haussmann, attire beaucoup. Et ce qui est intéressant, c'est de voir à quel point les souverains étrangers, quand ils viennent à Paris, ils viennent aussi découvrir le Paris du Second Empire et les transformations. Bismarck fait beaucoup visiter à son roi les égouts et toutes les opérations d'assainissement qui ont été mises à Paris. Le roi de Prusse, ça lui rappelle des souvenirs. Il était là en 1814 et 1815, ça lui rappelle quelques souvenirs aussi.
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
Voilà, c'est ça, un souvenir. Avec ici les égouts, ça c'est une nouveauté du second empire pour la ville de Paris. Les égouts et les couleurs aussi, selon les visiteurs, changent énormément. Quelques mois avant l'ouverture de l'exposition universelle de 1867, Jacques Offenbach propose la vie parisienne.
Jacob Offenbach
« Je suis Brésilien chez Delors, et j'arrive de Rio-Chanel. Plus riche aujourd'hui que Naguère, Paris, je te reviens encore. Deux fois je suis venu déjà, j'avais Delors dans ma valise. Des diamants dans ma chemise, combien a duré tout cela? Le temps d'avoir deux cents amis Et d'aimer quatre ou cinq maîtresses Six mois de galantes ivresses Et plus rien en Paris, Paris En six mois tu m'as tout raflé Et puis vers ma jeune Amérique Tu m'as pauvre et mélancolique Délicatement remballé Mais je brûlais de revenir Et là-bas sous mon ciel sauvage Je me répétais avec rage Une autre fois tu nous mourirais Je ne suis pas mort, j'ai gagné Tant bien que mal des hommes me follent Et je viens pour que tu me voiles Tout ce que la vache est là Je suis Brésilien chez Delors Et j'arrive de Rio-Chaner Plus riche aujourd'hui que la guerre Paris, je te reviens encore Je suis Brésilien chez Delors Et j'arrive de Rio-Chaner Paris, Paris, Paris, Paris Je te reviens encore Ce que je veux de toi, Paris Ce que je veux, ce sont tes femmes Ni bourgeoises, ni grandes dames Mais les autres, on m'a compris Celle que l'on voit pénalement sur le velours de l'avancelle Avec des allures de reine, un gros bouquet de lilas blancs Celle dont l'exoi est câlin, en un instant Jean-Julien Salle Et ma chère Jean de Stallonstadt, le successeur à ce gamin Qui, plein de chikmes indigents, au fond de la loge se cache Et dit en mordant sa moustache « Où, diable, trouvez de l'argent? De l'argent! De l'argent! Moi, j'en ai Venez manger l'argent, mes poulettes Puis après je ferai des têtes, des têtes Tendez vos deux mains, c'est prédile Tendez vos deux mains, c'est prédile Je suis Brésilien, j'ai de l'or et j'arrive de Rio-Chanel. Plus riche aujourd'hui que Naguère, Paris, je te reviens encore. Je suis Brésilien, j'ai de l'or et j'arrive de Rio-Chanel. Paris, Paris, Paris, Paris, je te reviens d'encore. Je te reviens encore. Je te reviens encore. Paris, Paris, je te reviens d'encore. Oula, oula, oula, je viens d'encore. Toute ma fortune à croquer, le bijou vient plumer, plumer. Prenez mes dollars, mes banquenotes, ma montre, mon chapeau, mes bottes, mais dites-moi que vous m'aimez. À moi les jeux et les rires et les danses cavalières. À moi les nuits de Paris qu'on me mène au bal d'Anières. Venez à moi, vous aurez des bijoux, des toilettes. Venez me piller, coquines et coquettes. Sachez-le bien, J'en prendrai pour mon argent, je vous
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
le jure Le rondeau du Brésilien dans la vie parisienne de Jacob Fenbach, c'est l'orchestre national du Capitole de Toulouse. Édouard Vasseur, nous aurions dû laisser le micro ouvert pendant cette chanson, est-ce que vous connaissez l'intégralité des paroles? Aucun mot ne vous a manqué, ça reflète bien l'ambiance
Edouard Vasseur
du moment. Ça retrouve bien l'ambiance du moment, d'autant que La vie parisienne, on l'oublie, a été créée en 1866, justement pour l'exposition universelle et qu'elle continue à être jouée au Palais Royal en 1867 pendant l'exposition. Ce n'était pas le seul spectacle que proposait Jacob Hennbach à Paris, mais c'est totalement l'exposition universelle. En effet, l'idée qu'on va venir à Paris et qu'on va profiter de la vie parisienne et de tous ses charmes, y compris ses charmes féminins. On parlait de ces dangereuses petites bêtes qui circulaient sur les boulevards et qui volaient les étrangers. Donc ces petites femmes parisiennes qui trottinaient, comme le dit Bobinet dans La vie
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
parisienne, justement. Avec ici, c'est vrai que c'est une histoire qui est fascinante, ce moment exposition universelle de 1867, parce qu'on sent que nous avons un mouvement commercial, industriel bien sûr, mais pas seulement, culturel et social. Social, vous venez de l'évoquer avec une lecture genrée aussi qu'on peut faire de cette histoire-là, pour le Second Empire c'est très net. Est-ce qu'il y a la volonté du pouvoir impérial de faire de Paris une capitale, multiple capitale, industrielle, commerciale et
Edouard Vasseur
aussi culturelle? Alors, volonté d'en faire une... En tout cas, on présente en 1867 tous les aspects et Paris se prépare pour l'exposition, même si ce qui est intéressant quand on étudie l'organisation, le préfet Haussmann n'était pas tant que ça favorable à l'organisation de l'exposition universelle. Du coup on se dit d'ailleurs qu'il ne se servait à rien parce que c'était Paris l'exposition universelle et que c'était une exposition universelle permanente. Donc lui n'était pas tellement favorable que ça à l'organisation de l'exposition qui devait certainement perturber un petit peu ses plans. d'aménagement et son calendrier en devant accélérer certains travaux et en ralentissant d'autres. Donc oui, il y a la volonté de montrer un Paris qui est un Paris multiple, un Paris qui aussi se dote de structures commerciales. C'est l'époque où commencent à ouvrir les grands magasins, les magasins du Louvre, le Bon Marché ouvre à cette période-là. Et aussi, en effet, c'est l'idée d'une domination culturelle puisque depuis 1855, avait dans l'exposition une exposition des Beaux-Arts. Et l'idée, c'est vraiment de montrer que la France, c'est le pays des Beaux-Arts, c'est le pays des arts, puisque ce sont les Beaux-Arts qui alimentent le bon goût, donc la qualité des produits. Donc on insiste beaucoup sur ces aspects qu'on appellerait aujourd'hui culturels, mais qui ont un lien très fort avec l'économie. Et d'ailleurs, c'est l'Empereur qui impose le fait que les Beaux-Arts soient dans le même palais que l'industrie. Alors que justement le baron des Sautemains n'en voulait pas et les artistes non plus, ils voulaient être à part, on n'allait pas se mélanger avec les industriels. Mais l'Empereur l'a imposé, c'est aussi en 1867 que l'on inaugure la façade de l'Opéra
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
de Paris. Ah mais oui, ça y est, c'est la construction, il n'est pas tout construit mais il y a au moins
Edouard Vasseur
la façade. Il y a au moins la façade, puis il ne faut pas que ça aille trop vite parce qu'il faut que l'Hôtel de Dieu soit construit avant. Il faut d'abord finir l'Hôtel de Dieu qui doit permettre de répondre aux besoins des ouvriers avant qu'on finisse l'Opéra de Paris qui est pour l'élite. Mais quand même on montre la façade le jour de la fête
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
de l'Emp C'est pas l'hôpital avant la charité, c'est l'hôpital avant
Edouard Vasseur
le divertissement.
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
C'est ça. L'exposition universelle de 1867, dans votre ouvrage Edouard Vasseur, il y a un cahier iconographique où l'on voit, et c'est ça aussi une des forces de l'étude de la période, dès qu'il y a des photographies, on voit toutes les étapes du chantier et surtout ces constructions qui nous étonnent. C'est énorme ce qui a été construit pour cette
Edouard Vasseur
exposition universelle. Alors on a la chance de disposer aux archis nationales d'une très belle collection de photographies qui a été prise à l'époque. On avait un photographe officiel de l'exposition, d'ailleurs qui a eu des difficultés économiques parce que ça n'a pas si bien marché qu'il le voulait. Mais qui nous permet à la fois d'avoir une vision de la construction de ces structures et aussi d'en avoir une représentation qui est une représentation quasiment intégrale. Et en effet, on est face à une forêt de construction, et c'est la grande nouveauté de l'exposition 67, c'est l'apparition du pavillon. On a commencé l'émission à parler de venir au pavillon, mais venir au pavillon, c'est une nouveauté de 1867, parce qu'au départ, on construit un grand palais. C'était le cas du Crystal Palace, c'était le cas du Palais de l'Industrie en 55, ou du palais qui avait été construit en 62. Donc on refait ça en 1867 avec un grand palais, qui est construit sur le Champ de Mars, diversement apprécié, même si Gaston Bachelard évoque le fait qu'il a été bien reçu par la presse. Mais surtout, on va profiter du fait qu'autour de ce palais, il reste de l'espace. Il reste une grande partie du champ de Mars disponible pour construire des fabriques. Au départ, c'est pour isoler un certain nombre de produits dangereux, pour éviter qu'on ait des matières explosives au sein du palais. C'est une question de sécurité. Et puis au fur et à mesure, on va en profiter pour dire, il risque d'y avoir une exposition d'horticulture. On va internaliser l'exposition d'horticulture au sein de l'exposition. Donc on va demander aux industriels qui fabriquent des cerfs d'installer des cerfs. Et puis on va faire un concours de fleurs au sein de ce jardin réservé. Et puis on va demander aux pays étrangers de faire un exemple de leur architecture nationale. Donc on va leur demander de construire chacun un pavillon qui reflète son architecture nationale. Parce que ça va faire venir les visiteurs, ça va être intéressant. Donc on voit une floraison de pavillons qui sont construits autour de ce palais de métal qui est installé en plein cœur du champ
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
de Mars. Ou il n'y a pas encore, comme une évidence, la tour Eiffel. Il faut le dire, on a un espace vide. Ce palais c'est un
Edouard Vasseur
énorme cercle. Alors c'est un énorme cercle, c'est un rectangle avec deux hémicycles en effet, donc c'est un ensemble de rayons concentriques, enfin de circulation concentrique. Donc on a une double construction en fait, il est construit d'anneaux qui prennent chacun une catégorie de produits. Donc au centre on a l'archéologie, après on a les beaux-arts, après on a ce qu'on appelait les arts libéraux, donc la presse, l'imprimerie, la photographie, après on a les vêtements, après on a l'habillement. Et puis quand on rentre dans le palais et qu'on va vers le centre du palais, là on visite les produits d'un pays. Donc on voit tous les produits d'un pays. Alors on n'a pas la tour Eiffel mais on a déjà
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
Gustave Eiffel. Ah mais oui, il est
Edouard Vasseur
déjà présent! Il est déjà présent. Alors, il ne présente rien, mais il a été recruté par celui qui était le directeur des travaux, Jean-Baptiste Kranz, qui était un ingénieur qui avait travaillé à Bordeaux et qui avait employé Eiffel pour la construction du pont qui surplombait la Garonne. Et donc, c'est à l'occasion de l'exposition universelle de 1867 que Gustave Eiffel crée sa société à Levallois-Perret. Et donc, on va lui donner des petits travaux. A la fois, c'est lui qui va vérifier la soutenabilité de la grande verrière de la Galerie des Machines et puis il va avoir des petits travaux de construction relativement simples pour les galeries intérieures qui vont lui permettre d'avoir ses premiers marchés et donc ses
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
premiers crédits. Aller à l'exposition universelle de 1867, c'est voir
Raphaël Laloume
le monde. Où est l'Algérie? Entre la France et les Pays-Bas. Irons-nous ce matin? En Algérie, soit. Puis au Brésil, c'est tout près. En passant, nous déjeunerons en Russie pour y goûter du caviar. Et puis chez les Chinois, si nous restons ce soir, nous prendrons le thé. Propos croisés qu'on entend tout le jour parmi ces milliers de voyageurs qui sont venus faire le tour du monde dans un parc de 40 hectares. On s'est vite accoutumé à ne plus connaître de distance entre les antipodes dans ce petit coin de la Terre, baptisé champ de Mars, qui la contient tout entière en ce moment. Rien ne paraît plus simple que de voir toutes les nations rassemblées sous un même coup d'œil. D'une exploration en Afrique, d'un dîner en Suède, d'une halte au Canada, on fait plus que l'affaire d'un instant. Toutes les nations se sont mises à portée
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
de vue. Raphaël Laloume qui nous disait dans le corps de l'histoire un extrait des curiosités de l'exposition universelle de 1867 d'Hippolyte Gauthier. Hippolyte Gauthier qui est le fondateur de la gazette littéraire, artistique et scientifique. Il y a ça, cette rencontre avec le monde et ce qu'on entend ici comme musique c'est l'ouverture de la Duchesse de Gérolstein, Offenbach encore une fois, créée pour l'exposition
Edouard Vasseur
universelle, s'effoisonnant. C'est totalement foisonnant. Les commentateurs le disent, les visiteurs le disent, on sortait exténués, épuisés. Des caricatures de Daumier qui sont aussi tout à fait savoureuses. On voit les gens rentrer pimpant, on va dire, et sortant amégris en ayant perdu 15 kilos. C'est tout à fait savoureux. Oui, c'était vraiment... On pouvait en effet passer d'un pays à l'autre sans aucune difficulté. Donc, à la fois les produits, mais aussi les restaurants, les spectacles, puisqu'il y avait aussi des spectacles proposés par les pays étrangers. des jongleurs chinois, il y avait des musiciens d'Afrique du Nord, on pouvait écouter Strauss ou des Zyganes dans les pavillons autrichiens. Donc voilà, c'était véritablement foisonnant. Et puis il y avait ce que proposait l'exposition et puis il y avait ce qui était proposé en dehors de l'exposition, notamment les spectacles. Et en effet, la Grande Duchesse de Gerolstein qui a été créée en avril 67 au Théâtre des variétés a été l'autre grand succès de l'exposition où tout le monde chantait dans les rues de Paris le sabre de
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
mon père. Ah oui, le sabre de mon père, parce qu'ici, et c'est l'ambiance du moment, c'est au Feinbach, mais il faut que tout le monde y ait accès. C'est vraiment toute la question de l'exposition universelle, parce que pour attirer des millions de gens, il ne faut pas un prix d'entrée trop élevé.
Edouard Vasseur
C'est combien? Alors le prix d'entrée était de 1 franc à l'époque. Donc 1 franc de 1867 c'est à peu près 4,30 euros aujourd'hui. Alors c'est pas très cher mais il faut déjà venir à Paris. il faut pouvoir s'y loger, et puis il faut pouvoir ensuite y revenir éventuellement. Donc c'est vrai que ça reste quand même, même si le prix d'entrée est aujourd'hui pas excessif, une journée d'ouvrier à l'époque à Paris c'est entre 3 et 8 francs, donc c'est pas tout à fait une journée de travail d'un ouvrier parisien. Mais voilà, il faut quand même pouvoir venir à Paris, c'est pas complètement abordable. D'autant que certaines attractions ou certains stands nécessitent un péage supplémentaire de 50 centimes d'un franc pour pouvoir rémunérer un certain nombre d'industriels qui sont venus et qui ne pouvaient pas financer aussi bien qu'ils le pouvaient leurs stands. Donc relativement large comme ouverture, mais quand même limitée par les contraintes de chacun. Alors ensuite, il y a une politique qu'on appellerait de publique aujourd'hui, parce qu'il s'agit de faire venir un certain nombre de publics à l'exposition pour leur montrer l'exposition et les ouvriers, mais aussi les instituteurs. ont fait venir des cohortes d'instituteurs à Paris à l'été pour leur montrer l'exposition. On aime bien les instituteurs. En 1867, c'est les ambassadeurs du Second Empire, ils sont même reçus officiellement par l'Empereur et l'Impératrice, qui viennent les saluer comme on saluerait des diplomates de grands pays étrangers, disent les commentateurs
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
de l'époque. Il y a ce public-là, massif, on l'entend bien, avec un public de curieux, de curieuses, les instituteurs avec les élèves. Et puis, il y a cet autre public, ce public qui est concerné par les progrès de l'industrie parce qu'il faut quand même montrer les innovations. Il faut montrer les inventions pour que ça devienne des innovations. Il y a vraiment cette idée-là dans
Edouard Vasseur
l'exposition universelle. Alors, il reste cet aspect, en effet, pédagogique et cet aspect de d'informations scientifiques et techniques, on pourrait dire, aujourd'hui. Donc il y a naturellement les industriels avec leurs collaborateurs qui sont là. On a le jury qui est là pour venir, pour analyser les produits, pour les évaluer, décerner les prix, faire son rapport. des journalistes qui viennent, des journalistes généralistes, des journalistes spécialisés, qui viennent aussi pour étudier les produits et en rapporter dans la presse. Il y a des entreprises éditoriales qui sont spécifiquement créées au moment de l'exposition. Et puis, il y a en effet les ouvriers. On fait venir les ouvriers, c'est politique, mais c'est aussi pour leur faire faire des rapports. Ils analysent les produits pour améliorer, qu'ils apprennent des techniques, qu'ils essayent de comprendre un peu d'espionnage industriel pour les pays étrangers, il y a tous ces aspects-là dans
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
l'exposition universelle. C'est ça, cette exposition universelle de 1867, comme la plupart des expositions universelles, mais celle-là a quelque chose, on le sent de particulier, attire les regards, c'est très très commenté. Edouard Vasseur, vous disposez de sources considérables, vous l'avez dit, mais c'est un classique en histoire, il y a un biais de sources. Les sources qui restent sont produites par des gens qui peuvent produire des sources, c'est-à-dire que cette masse ouvrière qui vient, laisse peu de traces. Malgré tout, on peut retrouver par les objets populaires le souvenir de l'exposition universelle, l'idée que c'était très diffusé. On gardait un petit truc de
Edouard Vasseur
l'expo, quoi. Alors, on commence, oui, à voir apparaître des souvenirs des expositions. Donc, on a surtout, pour cette période-là, des plans. On a des médailles qui sont tirées dans le cadre de l'exposition. On en retrouve dans les ventes aux enchères. sur Internet, chez les bons commerçants sur Internet. Il y a quelques produits qui sont aussi vendus par des petits ouvriers qui sont convoqués à l'exposition pour montrer justement leur travail. On voit apparaître les goodies. C'est le début, on vient à l'exposition. On n'a pas de souvenir en 1867. Mais on a tous des souvenirs familiaux qui nous ont été transmis, de voyages de noces qui ont été faits. On va à l'exposition et puis on ramène un petit souvenir de l'exposition. Donc peut-être moins pour 1867, mais ça sera très vrai après en 1889 ou en 1900. Et puis encore plus après dans les années, dans le XXe siècle. On vient à l'exposition pour marquer. C'est un événement familial et puis on rapporte un
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
petit souvenir. Et on garde le
Edouard Vasseur
ticket d'entrée. Et on peut garder le ticket d'entrée, on peut garder aussi sa carte de visiteur. Quand on était abonné à l'exposition, quand on y revenait, on avait une petite carte avec sa photo d'identité. C'est l'apparition de la carte d'identité et les photos d'identité justement. Donc on peut avoir gardé ce petit souvenir aussi de sa carte d'exposante, de sa carte
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
de visiteur. Et alors Georges Sand qui a visité l'exposition universelle, que garde-t-elle
Georges Sand
comme souvenir? Dimanche 22 septembre 1867. J'ai été aujourd'hui à l'exposition. Publique du dimanche et de l'arrière-saison, c'est l'arrière-banc de la province, tout ce qu'il y a de plus bête et de plus fagoté à la mode de camp. J'ai vu un géant chinois, un bien vrai chinois, les yeux longs et la peau jaune, mais beau à en rester épaté. Dans son type étrange, des mains charmantes, aucune disproportion, la taille souple et libre, 20 ans. Cette pied-de-haut est si bien fait qu'on ne s'aperçoit pas de sa hauteur quand il n'est pas à côté des autres. J'ai vu beaucoup d'autres choses, mais ce chinois enfonce tout. J'ai mangé des bananes délicieuses. Je rentre pour corriger Cadio. Je vous bige et vous regrette quand je m'amuse. Ça n'est
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
pas complet. Maiwen Gizu qui nous disait cet extrait d'une lettre de Georges Sand, elle écrit à son fils. Nous sommes évidemment en 1867, précisément le 22 septembre. C'est une lettre que vous citez d'ailleurs Edouard Vasseur dans l'exposition universelle de 1867. Vraiment intéressant de voir aussi comment ces expositions-là changent nos représentations. C'est le cas en 1867. La représentation du monde est différente. L'impression que le monde d'un coup est proche avec l'étonnement ici avec tous ces souverains étrangers aussi. Il y a une brochette de tête couronnée qu'on n'imagine
Edouard Vasseur
même pas. Oui, l'impression d'un monde qui se raccourcit, de découverte de l'autre, avec toute l'ambiguïté de ce regard sur l'autre. Je crois que vous en reparlerez demain dans le prochain épisode de
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
cette série. Universel et colonial, les expositions sont là aussi pour exhiber les empires,
Edouard Vasseur
en effet. C'est une idée de faire venir des ouvriers à l'exposition pour montrer leur travail. Ce qui est intéressant, c'est qu'aujourd'hui on a gardé le souvenir que des ouvriers étrangers, notamment des ouvriers... Il y avait un tourneur égyptien qui avait pas mal attiré les regards parce qu'il faisait ses travaux en étant assis par terre. Donc, il était derrière une barrière et on le regardait produire ses produits. Donc, il y a une certaine forme d'exotisme. Mais en même temps, on avait des dentellières d'Alençon, qui étaient elles aussi derrière une barrière et qui étaient en train de produire leurs dentelles sur leur carré. Mais aujourd'hui, on ne les montre plus, les dentellières d'Alençon. On ne montre plus que le tourneur égyptien. Donc, c'est intéressant de voir ce regard. Et puis il y a ce regard dans George Sand qui est aussi un regard genré très intéressant parce que vous avez cité cette extraordinaire lettre à Maurice Sand de George Sand absolument fasciné par ce géant chinois. Mais on pourrait citer Mérimée qui, lui, regarde beaucoup les petites japonaises donc qui lui plaisent aussi énormément en parlant de petits animaux. C'est
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
aussi connu. Avec la complexité de
Edouard Vasseur
son temps. Exactement, connu avec la complexité de son temps. Et donc, on voit aussi, en effet, des souverains qui viennent en masse. À part, certains ne viennent pas, mais il y en a beaucoup qui viennent et qui défilent. C'est le passage des princes, Paris du Second Empire. On disait ça de... Hortense Schneider qui jouait la grande cheffe de Gerolstein. Mais ces souverains viennent à Paris. C'est le moment où les transports permettent aussi de faciliter les visites officielles de souverains. On invente les visites d'État, les voyages d'État. On les installe, on leur fait visiter Paris, on essaye de faire en sorte d'avoir une meilleure image du régime impérial et de la relation avec la France de Napoléon III. On y réussit avec plus ou moins de succès. Mais oui, ce sont des visiteurs très
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
très importants. Oui parce qu'on va trouver le tsar, on va trouver Bismarck de passage ici. Il y a tout le monde mais avec ici cet aspect diplomatique qui oblige à relativiser ce qui se passe car au même moment les affaires du
Thomas Beau
monde continuent. Quel gâchis mon dieu! Quel gâchis! Et comme ça vous êtes où l'air du commencement de la fin? Le ciel noir de tous les côtés. Ce lamentable dénouement de l'expédition du Mexique. Tout le sang et tout cet argent français dépensés pour quels résultats? Maximilien fusillé, le Mexique évacué et roi Reis triomphant à Mexico. L'unité allemande sous la domination prussienne, fait accompli. Guerre certaine de ce côté. En Italie, les bandes garibaldiennes faisant le coup de fusil sous les murs de Rome. Quel amas d'inconséquences et de folie. Et je ne vous parle pas de la situation intérieure. Le pain a un prix excessif. Le commerce de l'industrie agonisant. L'opposition gagnant chaque jour du terrain grâce à l'apitoyable politique
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
du gouvernement. Thomas Beau qui nous lisait cet extrait des carnets de Ludovica Lévy pour le 20 septembre 1867 où nous avons un panorama des problèmes du moment, l'expédition du Mexique voulue par la France qui s'avère une véritable catastrophe, Maximilien est exécuté, Garibaldi au même moment, toutes les questions ouvrières, c'est ça aussi l'exposition universelle, peut-être même son piège, c'est masquer la réalité de
Edouard Vasseur
la situation. Ah totalement oui, c'est... Un événement qui attire l'attention et qui focalise l'attention de la presse, des personnes, des gouvernements, mais à côté la vie continue. Et la vie continue en 1867, elle est particulièrement riche en événements et on craint même tout au long de l'exposition la guerre. Là encore, on a des caricatures tout à fait intéressantes de Daumier qui craint la guerre. Voilà, on demande au Prussien qui arrive. Le Prussien, de toute façon, est représenté en soldat avec un casque à pointe et un fusil à aiguille. Et on lui demande de laisser ses armes au vestiaire quand il arrive. Donc, oui, l'année 1867, c'est une année compliquée pour le régime impérial. L'année des nuages noirs, comme Napoléon III les évoque lors de sa visite officielle à Lille au mois d'août 1867. On masque les problèmes, mais on a parfois beaucoup de mal. Et c'est ce qui a posteriori laissé l'image de l'exposition. C'est l'image d'une exposition qui a été une grande fête avant la tempête. Le dernier moment de légèreté avant
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
la tempête. Parce que 1867, effectivement, la Prusse sort vainqueur d'une guerre contre l'Autriche, mais on s'attend à la guerre suivante. Et puis, il y a l'exécution de Maximilien l'empereur du Mexique, soutenue par la France et puis moins soutenue par la France, qui fait que la nouvelle arrive à Paris en plein pendant l'exposition. Et ça, c'est vraiment un moment
Edouard Vasseur
très fort. Elle arrive en plus au pire moment, c'est pas exactement si elle est arrivée le 30 juin après-midi ou le 1er juillet après-midi, mais le 1er juillet, c'est la cérémonie des récompenses. On réunit tous les exposants et toute la bonne société à Paris, au Palais de l'Industrie, donc 12 000... Je crois qu'il y avait peut-être une dizaine de milliers de personnes qui assistaient à cette cérémonie, donc on va récompenser les industriels de leur succès. L'empereur est entouré pour la première fois du sultan ottoman qui est le premier sultan à avoir quitté Constantinople depuis Soliman le Magnifique. C'est quand même un événement mondial et on glisse un petit papier à l'empereur où on lui confirme que l'empereur du Mexique a été exécuté le 19 juin à Querétaro. Ce qui laisse une petite ambiance un petit peu tendue. On sent qu'il y a un petit peu d'agitation sur la tribune officielle, même s'il faut n'en rien paraître. On finit la cérémonie comme si de rien n'était. Et quatre jours plus tard, quand on a la confirmation officielle, on est obligé d'annuler toutes les fêtes prévues pour ce sultan qui, du coup, va errer un petit peu dans Paris pendant sa
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
visite officielle. Voilà, donc jamais de téléologie au sens où nous savons que le Second Empire s'effondre en 1870, mais en 1867. C'est vrai qu'il y a ce sentiment mêlé, on le voit bien, du succès de l'exposition universelle. Donc combien de visiteurs
Edouard Vasseur
en 1867? Alors on a 11 millions d'entrées, j'estime entre 8 et 9 millions si on dédoublonne ceux qui sont venus
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
plusieurs fois. Donc on peut dire succès. Et dans le même temps, la conscience qu'il se passe des choses à ce moment-là, sur cette exposition universelle, elle demeure particulière ou elle s'inscrit vraiment dans une continuité. Pour le dire autrement, Edouard Vasseur, vous avez choisi d'étudier celle-là parce que celle de 1855 était déjà étudiée ou alors parce que vous vous dites non, vraiment, en 1867, elle a
Edouard Vasseur
quelque chose. Ça a été plus un hasard, surtout le fait qu'il y a beaucoup plus d'archives qui sont disponibles pour celles de 1867 que pour celles de 1855. Donc il y avait une matière qui était une très belle matière et qui avait, pour quelqu'un qui voulait travailler sur le Second Empire, de quoi
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
donner envie. Oui, parce que c'est ça, l'exposition universelle, l'apogée du second empire que vous publiez chez Perrin, c'est aussi l'idée de prendre, mais à bras le corps, l'ensemble d'un phénomène majeur avec ce nom exposition universelle. On peut tout de même rappeler combien ce phénomène est occidental. Ce mot universel pourrait nous tromper. Ça reste un phénomène très, très occidental. Ce sont les nations européennes principalement qui
Edouard Vasseur
se regardent. Ah oui, principalement, 90% des exposants sont des exposants européens. Pour des questions aussi simples, des questions de transport et de coûts de l'exposition. Mais principalement, oui, ce sont des pays européens qui sont présents. Les Etats-Unis reviennent un tout petit peu, ils sortent de la guerre de sécession. Mais même s'ils reviennent, ils sont très peu présents. Leur exposition marque quand même. Il y a l'exposition du Japon qui marque beaucoup les visiteurs. Mais principalement, bien sûr, c'est l'Europe qui reste le centre du monde, du moins
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
pour elle. Avec, évidemment, les traces de cette exposition universelle, j'imagine que vous êtes parti en quête de ce qui pouvait rester, éventuellement vous en croisez. Parfois, il reste des petits éléments de
Edouard Vasseur
cette exposition. Oui, il en reste très peu parce qu'il avait été prévu dès le départ que cette exposition serait démontée et que, notamment pour le palais qui avait été construit, on le découperait à la pièce et on le revendrait pour pouvoir faire des recettes supplémentaires. Donc il y a tout de suite une volonté de rentabilité. Il en reste quelques pavillons. Il en restait un peu plus parce que notamment à Paris, il y avait le pavillon du baie de Tunis qui avait été reconstruit dans le parc Montsouris pour y abriter un office météorologique mais qui a brûlé en 1989. Alors aujourd'hui, le principal pavillon qui demeure, c'est un pavillon prussien. un pavillon prussien orientaliste qui est installé à Linderhof, dans l'un des palais de Louis II de Bavière, un des visiteurs de l'exposition incognito, et qui l'a racheté. Il est une des fabriques de son palais, de son parc, à côté de la maison de Hunding ou de la grotte
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
de Vénus. Puis l'auditeur, l'auditrice du cours de l'histoire réagissent en nous disant, oui mais à Ypore, il reste un élément, ce qu'on surnomme, ce qu'on appelle la Maison Maupassant. On a ces éléments-là et c'est cette quête qui est absolument passionnante. Et ce que vous portez aujourd'hui, Edouard Vasseur, comme clarté pour nous raconter l'exposition universelle de 1867, on le retrouve dans votre ouvrage. L'exposition universelle de 1867, l'apogée du second empire. Publié chez Perrin. Merci beaucoup
Edouard Vasseur
à vous. Merci
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
Guillaume Meuillet. Prochain épisode dans le cours de l'histoire, pas toujours ces expositions universelles mais attention aussi coloniales des expositions pour exhiber
Maiwen Gizu
les empires. Au pavillon français tout est pratiquement terminé et en place pour l'inauguration officielle
Gaston Bachelard
de samedi. Les teinturiers qui sont des teinturiers de Marrakech qui n'emploient que des teintures végétales. Après les natiers. qui sont des natifs du Moyen Âtelage, des Gerouanes. Puis ensuite, 3 boutiques qui réunissent les travaux du cuir, les brodeurs sur cuir de Meknès, un maroquinier de Fès et 2 rallieurs de
Host/Interviewer (possibly Thomas Beau or Raphaël Laloume)
Fès également. C'était le cours de l'histoire sur France Culture, une émission préparée par Thomas Beau, réalisée par Cassandre Puel, avec aujourd'hui à la technique Clara Gallivelle. Une émission préparée par Raphaël Lalloum, Jeanne Delecroix, Jeanne Coppet, Clémentine Ducasse, Maël-Vincent Randonnier et Maïwenn Guiziou. Cette émission et toutes les précédentes sont à écouter à podcaster sur notre site franceculture.fr et l'appli
Podcast: Le Cours de l'histoire (France Culture)
Date: 7 avril 2025
Invité principal: Edouard Vasseur, archiviste paléographe, professeur à l'École des Chartes et auteur de L’exposition universelle de 1867, l’apogée du second empire (Perrin)
Animateur: Thomas Beau (avec interventions de Raphaël Laloume, Gaston Bachelard, Maiwen Gizu, et extraits divers)
Cet épisode inaugural d'une série sur l’histoire des Expositions universelles explore les premières éditions, de Londres 1851 à Paris 1867. L’accent est mis sur leur dimension grandiose, leur impact social, politique, technique et culturel — notamment durant le Second Empire français. Les intervenants discutent de leur genèse, de leur organisation, de leur rôle de vitrines nationales et mondiales, ainsi que de leur influence sur la transformation de Paris et le sentiment de modernité.
Les précurseurs : expositions industrielles nationales en France
« L’idée, c’est de rassembler en un lieu des industriels qui viennent présenter leurs produits… au regard du public et d’un jury. » — Edouard Vasseur [02:54]
« Il fallait lutter contre l’Angleterre, montrer que, malgré la guerre, la France était toujours là… » — Edouard Vasseur [04:45]
La transition du local au global
Un phénomène de masse
« On parle de millions de visiteurs… à une époque où les transports n’étaient pas ce qu’ils sont aujourd’hui. » — Edouard Vasseur [01:31]
Londres 1851 : l’électrochoc du Crystal Palace
« Ils construisent ce palais de cristal absolument extraordinaire… C’était une gigantesque serre… C’était une révolution. » — Edouard Vasseur [10:10]
« L’idée, c’est de faire venir les produits français pour montrer ce que c’est que de beaux produits… » [08:52]
Paris 1855 & la politique de prestige
« On change le commissaire général de l’exposition 15 jours avant… La préparation est un peu chaotique… Mais on arrive à faire une belle exposition. » — Edouard Vasseur [13:33]
Transformation urbaine sous Haussmann
« Paris est aussi grand qu’Hispahan… S’il avait vu nos bouquets de bulles dignes, il aurait traité les Parisiens d’habitants des comètes… » — Maiwen Gizu [14:28]
Affichage de la paix, du progrès, de la prospérité
« L’Empire, c’est la paix, l’Empire, c’est aussi le progrès… » — Edouard Vasseur [12:17]
Innovation dans la structure et l’organisation
« L’apparition du pavillon, c’est une nouveauté de 1867… On va demander aux pays étrangers de construire chacun un pavillon qui reflète son architecture nationale… » — Edouard Vasseur [35:12]
Volume et diversité des expositions
« 52 000 exposants… chaque industriel met 300 numéros… On allait de l’objet archéologique à la machine… » — Edouard Vasseur [23:29]
« On admirait les conquêtes techniques les plus nouvelles… l’atelier du monde entier, l’industrie universelle. » — Gaston Bachelard [21:06]
Préparation éclair
« Ce qui est fascinant, c’est de voir à quel point le temps de préparation est court… » — Edouard Vasseur [25:56]
Symbolique sociale et internationale
« 90% des exposants sont européens… C’est l’Europe qui reste le centre du monde, du moins pour elle. » — Edouard Vasseur [55:25]
Le public : diversité, démocratisation, limites
« 1 franc de 1867, c’est à peu près 4,30 euros aujourd’hui… il faut pouvoir venir à Paris, ce n’est pas complètement abordable… » — Edouard Vasseur [41:10]
« On fait venir des cohortes d’instituteurs qui sont reçus officiellement par l’Empereur… » [42:41]
Évolution de la représentation du travail
« On montre plutôt la machine… l’ouvrier est au service de la machine. » — Edouard Vasseur [19:02]
Un événement diplomatique et politique
« On invente les visites d’État, les voyages d’État. On essaye d’avoir une meilleure image du régime impérial… » — Edouard Vasseur [48:54]
Spectacles, mondanités et mémoire collective
« L’idée qu’on va venir à Paris, profiter de la vie parisienne et de tous ses charmes… » — Edouard Vasseur [32:02]
« On pouvait en effet passer d’un pays à l’autre sans difficulté… restaurants, spectacles, musiciens d’Afrique du Nord, Zyganes autrichiens… » — Edouard Vasseur [39:52]
« On voit apparaître les goodies, c’est le début… » — Edouard Vasseur [44:33]
Transformation de la représentation du monde
« L’impression d’un monde qui se raccourcit, de découverte de l’autre, avec toute l’ambiguïté de ce regard… » — Edouard Vasseur [47:26]
La crise politique affleure
« C’est l’image d’une exposition qui a été une grande fête avant la tempête. » — Edouard Vasseur [52:17]
« On glisse un petit papier à l’Empereur où on lui confirme que l’Empereur du Mexique a été exécuté… » — Edouard Vasseur [52:39]
Réalité et limites d’un universalisme occidental
« Ce sont principalement des pays européens qui sont présents… l’Europe qui reste le centre du monde, du moins pour elle. » — Edouard Vasseur [55:25]
Patrimoine matériel restant
« Le principal pavillon qui demeure, c’est un pavillon prussien, installé à Linderhof… » — Edouard Vasseur [56:11]
Pour aller plus loin : Retrouvez L’exposition universelle de 1867, l’apogée du second empire d’Edouard Vasseur (Perrin) et rendez-vous pour la suite de la série du Cours de l’histoire sur France Culture.
Résumé préparé selon la richesse et le style original de l’émission, avec extraits et citations fidèlement transmis.