Le Cours de l’histoire — Expositions universelles, le monde en spectacle (1/3) : Grandioses premières expositions universelles, viens faire un tour au pavillon !
Podcast: Le Cours de l'histoire (France Culture)
Date: 7 avril 2025
Invité principal: Edouard Vasseur, archiviste paléographe, professeur à l'École des Chartes et auteur de L’exposition universelle de 1867, l’apogée du second empire (Perrin)
Animateur: Thomas Beau (avec interventions de Raphaël Laloume, Gaston Bachelard, Maiwen Gizu, et extraits divers)
Overview: Purpose and Main Theme
Cet épisode inaugural d'une série sur l’histoire des Expositions universelles explore les premières éditions, de Londres 1851 à Paris 1867. L’accent est mis sur leur dimension grandiose, leur impact social, politique, technique et culturel — notamment durant le Second Empire français. Les intervenants discutent de leur genèse, de leur organisation, de leur rôle de vitrines nationales et mondiales, ainsi que de leur influence sur la transformation de Paris et le sentiment de modernité.
1. Origines et Genèse des Expositions Universelles
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Les précurseurs : expositions industrielles nationales en France
- [02:54] Edouard Vasseur explique que les premières expositions des produits de l'industrie naissent en France en 1798, d'abord comme outil de certification et de fierté nationale.
« L’idée, c’est de rassembler en un lieu des industriels qui viennent présenter leurs produits… au regard du public et d’un jury. » — Edouard Vasseur [02:54]
- Importance du contexte post-révolutionnaire : affirmation républicaine, volonté de montrer que la France tient tête à l’Angleterre.
« Il fallait lutter contre l’Angleterre, montrer que, malgré la guerre, la France était toujours là… » — Edouard Vasseur [04:45]
- [02:54] Edouard Vasseur explique que les premières expositions des produits de l'industrie naissent en France en 1798, d'abord comme outil de certification et de fierté nationale.
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La transition du local au global
- Ces expositions deviennent internationales avec Londres 1851, considérée la première « universelle ».
- Le concept s’internationalise lentement, France et Angleterre rivalisant d’ambitions et de stratégies.
2. Les Expositions au Second Empire : Grands Événements et Transformations
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Un phénomène de masse
- Paris 1867 : 11 millions d’entrées, entre 8 à 9 millions de visiteurs uniques sans l’aviation et avec un réseau ferré encore limité.
« On parle de millions de visiteurs… à une époque où les transports n’étaient pas ce qu’ils sont aujourd’hui. » — Edouard Vasseur [01:31]
- Diversité des visiteurs : du Japon, d’Amérique latine, des États-Unis...
- Paris 1867 : 11 millions d’entrées, entre 8 à 9 millions de visiteurs uniques sans l’aviation et avec un réseau ferré encore limité.
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Londres 1851 : l’électrochoc du Crystal Palace
- Première mondiale, bâtiment révolutionnaire en fer et verre.
« Ils construisent ce palais de cristal absolument extraordinaire… C’était une gigantesque serre… C’était une révolution. » — Edouard Vasseur [10:10]
- Les Anglais souhaitaient « un choc de compétitivité » : inviter les Français pour inspirer une montée en gamme esthétique chez leurs propres industriels.
« L’idée, c’est de faire venir les produits français pour montrer ce que c’est que de beaux produits… » [08:52]
- Première mondiale, bâtiment révolutionnaire en fer et verre.
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Paris 1855 & la politique de prestige
- Extension de l’événement, volonté de Napoléon III de libéraliser l’économie.
- Problèmes logistiques, bâtiments trop petits, recours à des industriels anglais pour la verrière.
« On change le commissaire général de l’exposition 15 jours avant… La préparation est un peu chaotique… Mais on arrive à faire une belle exposition. » — Edouard Vasseur [13:33]
3. La Métamorphose de Paris et la Modernité
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Transformation urbaine sous Haussmann
- Paris, ville en mutation profonde, attire le regard international.
« Paris est aussi grand qu’Hispahan… S’il avait vu nos bouquets de bulles dignes, il aurait traité les Parisiens d’habitants des comètes… » — Maiwen Gizu [14:28]
- Les débats sur le « progrès » : admiration des contemporains mais aussi critiques sur la destruction du vieux Paris.
- Paris, ville en mutation profonde, attire le regard international.
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Affichage de la paix, du progrès, de la prospérité
- Symbolique politique forte à travers l’organisation d’expositions pendant la guerre de Crimée et des bouleversements européens.
« L’Empire, c’est la paix, l’Empire, c’est aussi le progrès… » — Edouard Vasseur [12:17]
- Symbolique politique forte à travers l’organisation d’expositions pendant la guerre de Crimée et des bouleversements européens.
4. L’Exposition Universelle de 1867 : Apogée et Nouveautés
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Innovation dans la structure et l’organisation
- Emergence du concept de pavillon national : chaque pays expose son architecture et son identité avec des pavillons distincts, une innovation de 1867.
« L’apparition du pavillon, c’est une nouveauté de 1867… On va demander aux pays étrangers de construire chacun un pavillon qui reflète son architecture nationale… » — Edouard Vasseur [35:12]
- Emergence du concept de pavillon national : chaque pays expose son architecture et son identité avec des pavillons distincts, une innovation de 1867.
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Volume et diversité des expositions
- 52,000 exposants, plusieurs centaines d’objets chacun, du minerai aux fleurs, maisons ouvrières et objets archéologiques, jusqu’aux innovations techniques.
« 52 000 exposants… chaque industriel met 300 numéros… On allait de l’objet archéologique à la machine… » — Edouard Vasseur [23:29]
- Effort pédagogique majeur : les machines sont en mouvement, côté spectacle et démonstrations.
« On admirait les conquêtes techniques les plus nouvelles… l’atelier du monde entier, l’industrie universelle. » — Gaston Bachelard [21:06]
- 52,000 exposants, plusieurs centaines d’objets chacun, du minerai aux fleurs, maisons ouvrières et objets archéologiques, jusqu’aux innovations techniques.
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Préparation éclair
- Seulement deux ans de préparation entre la décision impériale et l’ouverture.
« Ce qui est fascinant, c’est de voir à quel point le temps de préparation est court… » — Edouard Vasseur [25:56]
- Seulement deux ans de préparation entre la décision impériale et l’ouverture.
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Symbolique sociale et internationale
- Exposition véritablement cosmopolite, mais centrée sur l’Europe.
« 90% des exposants sont européens… C’est l’Europe qui reste le centre du monde, du moins pour elle. » — Edouard Vasseur [55:25]
- Exposition véritablement cosmopolite, mais centrée sur l’Europe.
5. Société, Travail et Public des Expositions
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Le public : diversité, démocratisation, limites
- Ouverture à un large public, coût modéré (1 franc l’entrée, environ 4,30 euros d’aujourd’hui), mais tout de même pas totalement accessible aux masses ouvrières.
« 1 franc de 1867, c’est à peu près 4,30 euros aujourd’hui… il faut pouvoir venir à Paris, ce n’est pas complètement abordable… » — Edouard Vasseur [41:10]
- Politique d’accès aux instituteurs, ouvriers…
« On fait venir des cohortes d’instituteurs qui sont reçus officiellement par l’Empereur… » [42:41]
- Ouverture à un large public, coût modéré (1 franc l’entrée, environ 4,30 euros d’aujourd’hui), mais tout de même pas totalement accessible aux masses ouvrières.
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Évolution de la représentation du travail
- Ouvriers mis sur le devant de la scène, mais la machine demeure la star.
« On montre plutôt la machine… l’ouvrier est au service de la machine. » — Edouard Vasseur [19:02]
- Dimension genrée : la femme, la figure de la Parisienne, l’exotisme féminin, regard très marqué par le genre et l’exotisme sur les visiteurs et exposants étrangers.
- Ouvriers mis sur le devant de la scène, mais la machine demeure la star.
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Un événement diplomatique et politique
- Présence de têtes couronnées, organisation de voyages d’État, instrument de soft power et d’influence internationale.
« On invente les visites d’État, les voyages d’État. On essaye d’avoir une meilleure image du régime impérial… » — Edouard Vasseur [48:54]
- Présence de têtes couronnées, organisation de voyages d’État, instrument de soft power et d’influence internationale.
6. Expérience sensorielle et culturelle
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Spectacles, mondanités et mémoire collective
- La vie parisienne d’Offenbach : musique, spectacles et effervescence pendant l’exposition.
« L’idée qu’on va venir à Paris, profiter de la vie parisienne et de tous ses charmes… » — Edouard Vasseur [32:02]
- Circulation du monde, tables exotiques, découvertes culinaires et artistiques du monde.
« On pouvait en effet passer d’un pays à l’autre sans difficulté… restaurants, spectacles, musiciens d’Afrique du Nord, Zyganes autrichiens… » — Edouard Vasseur [39:52]
- Souvenirs matériels (médailles, billets, premiers « goodies »), naissances des mémoires populaires autour des expositions.
« On voit apparaître les goodies, c’est le début… » — Edouard Vasseur [44:33]
- La vie parisienne d’Offenbach : musique, spectacles et effervescence pendant l’exposition.
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Transformation de la représentation du monde
- Le sentiment de « raccourcissement du monde », la naissance d’une mondialisation mentale.
« L’impression d’un monde qui se raccourcit, de découverte de l’autre, avec toute l’ambiguïté de ce regard… » — Edouard Vasseur [47:26]
- Le sentiment de « raccourcissement du monde », la naissance d’une mondialisation mentale.
7. Ombres au tableau : réalité politique, tensions et critiques
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La crise politique affleure
- Sous la fête, la tempête : guerres européennes, fiasco mexicain, opposition politique, précarité sociale, crises en Europe...
« C’est l’image d’une exposition qui a été une grande fête avant la tempête. » — Edouard Vasseur [52:17]
- Exécution de Maximilien (Empereur du Mexique), arrivée de la nouvelle en plein cœur de l’exposition.
« On glisse un petit papier à l’Empereur où on lui confirme que l’Empereur du Mexique a été exécuté… » — Edouard Vasseur [52:39]
- Masquage (provisoire) des tensions à coup de spectacle.
- Sous la fête, la tempête : guerres européennes, fiasco mexicain, opposition politique, précarité sociale, crises en Europe...
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Réalité et limites d’un universalisme occidental
- L’époque « universelle » demeure très eurocentrée, dominée par les puissances industrielles occidentales.
« Ce sont principalement des pays européens qui sont présents… l’Europe qui reste le centre du monde, du moins pour elle. » — Edouard Vasseur [55:25]
- L’époque « universelle » demeure très eurocentrée, dominée par les puissances industrielles occidentales.
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Patrimoine matériel restant
- Les constructions étaient temporaires ; rares sont les pavillons conservés, quelques traces subsistent à Paris et ailleurs, souvent rachetées par des collectionneurs ou transformées.
« Le principal pavillon qui demeure, c’est un pavillon prussien, installé à Linderhof… » — Edouard Vasseur [56:11]
- Les constructions étaient temporaires ; rares sont les pavillons conservés, quelques traces subsistent à Paris et ailleurs, souvent rachetées par des collectionneurs ou transformées.
8. Passages et Citations Mémorables
- « La France n’a peut-être pas de charbon, mais elle a du goût. » — Edouard Vasseur [09:40]
- « On admirait les conquêtes techniques les plus nouvelles. […] C’était, dit un visiteur, l’atelier du monde entier, l’industrie universelle, avec ses surprises, ses enchantements… » — Gaston Bachelard [21:06]
- « L’exposition universelle de 1867, c’est vraiment un moment de fête avant la tempête du Second Empire. » — Résumé du sentiment partagé (52:17).
- « J’ai vu un géant chinois, un bien vrai chinois, les yeux longs et la peau jaune, mais beau à en rester épaté… » — George Sand [45:58], témoin de la fascination, mais aussi des stéréotypes de l’époque.
9. Timestamps — Segments Clés
- Naissance et contexte des expositions industrielles (1798–1851) : [02:54] — [08:52]
- Londres 1851 et le Crystal Palace : [10:10] — [11:06]
- Paris 1855, enjeux politiques, organisation difficile : [11:06] — [13:33]
- Transformation de Paris, débats sur le progrès : [14:24] — [15:33]
- Dimension sociale & ouvrière, rapports à la machine : [19:02] — [21:06]
- Innovations structurales de 1867, pavillons nationaux : [35:12] — [37:13]
- Effervescence culturelle (Offenbach, souvenirs) : [32:02], [44:33], [53:53]
- Crises politiques contemporaines et masquage par la fête : [49:57] — [52:39]
10. Conclusion : Héritage des premières expositions universelles
- Instrument du soft power, des échanges et de la compétition technique.
- Vitrine des nations, facteur de transformation urbaine et d’ouverture mondiale… dans un cadre resté largement occidental et inégalitaire.
- L’exposition universelle de 1867 marque l’apogée du Second Empire… et précède sa chute, tout en restant une matrice pour les expositions et événements internationaux à venir.
Pour aller plus loin : Retrouvez L’exposition universelle de 1867, l’apogée du second empire d’Edouard Vasseur (Perrin) et rendez-vous pour la suite de la série du Cours de l’histoire sur France Culture.
Résumé préparé selon la richesse et le style original de l’émission, avec extraits et citations fidèlement transmis.
