
Ascenseur pour l’innovation, la foire des expositions universelles
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Anne Chanteux
France Culture, le cours de l'histoire. Xavier Mauduit.
Lionel Dufault
Ascenseur pour l'innovation, la foire des expositions universelles, c'est un bric-à-brac improbable où nous croisons un biberon propre à l'allaitement artificiel des enfants, un corselet-gorge, un marteau-pilon, un phonographe, la machine à vapeur bien sûr, une tour Eiffel et pourquoi pas la fée électrique. Les expositions universelles sont là pour le progrès technique, le progrès social, lieu par excellence de l'innovation.
Narrator/Host
Samedi 14 avril 1900, samedi de Pâques. Enfin il est arrivé ce jour faste, ce jour des jours où vont solennellement s'ouvrir les portes du siècle, celles du printemps et celles de l'exposition universelle. Oh écoutez, écoutez!
Lionel Dufault
Oh, je les vois!
Anne Chanteux
Je les vois!
Narrator/Host
Ça brille!
Lionel Dufault
Ça brille!
Narrator/Host
C'est le piqueur Mojarret! Mais oui, c'est lui qui galope devant la voiture présidentielle! Il a mis sa belle tunique bleue à Brandebourg-Doré! On a sorti la superbe hirsort de
Lionel Dufault
Gala, Athlèle à Daumont, les joquets devant,
Narrator/Host
casquettes bleues et or, les laquets derrière, et trois landaux qui suivent! Il n'y a pas à dire, ça t'allume! Le cortège vient de ralentir juste sous notre nez. Le président est en habit et arbore le grand cordon de la Légion d'honneur. Oh, Madame Loubet aussi, elle est en grand tralala. Le cortège s'ébranle à nouveau. Oh, que d'or, que de plumes, que de galons, que de pourpre, que de rayons! Présentez armes!
Lionel Dufault
Le ministre du Commerce, M. Alexandre Milran, et le commissaire général de l'exposition, M.
Narrator/Host
Picard, vont procéder à la réception de M. Loubet.
Lionel Dufault
Ah ben on y est, Lionel Dufault, nous sommes en 1900 à l'Expo Universelle, il n'y a pas de doute.
Narrator/Host
Aucun doute, les tralala de Madame Loubet sont là, vraiment toute l'industrie est là pour se réunir en ce jour faste.
Lionel Dufault
Lionel Dufault, vous êtes historien conservateur du patrimoine à la Cité de l'Architecture et du Patrimoine et avec vous aujourd'hui Anne Chanteux, bonjour.
Anne Chanteux
Bonjour.
Lionel Dufault
Vous êtes directrice des bibliothèques et de la documentation du conservatoire national des arts et métiers, chercheuse en histoire des techniques et ça tombe bien parce qu'aujourd'hui nous allons parler technique dans ces expositions universelles. C'est très intéressant d'ailleurs quand on regarde la généalogie des expos parce que si l'on monte loin c'est vraiment la technique et l'industrie qui est en avant, avant même que la notion d'exposition universelle s'impose.
Narrator/Host
Oui, si on remonte à la genèse des expositions des produits de l'industrie, dont la première est ouverte à Paris en 1798, c'est vraiment la réunion du commerce, des manufactures, de l'industrie. Et c'est véritablement l'exposition 1855 qui associe les beaux-arts à l'agriculture et à l'industrie. D'ailleurs, il y a deux décrets de Napoléon III, l'un pour créer une exposition dédiée à l'agriculture et à l'industrie, un deuxième décret pour ajouter une exposition universelle des beaux-arts et tout sera va faire la grande exposition de 1855.
Lionel Dufault
Oui, c'est peut-être ça aussi le sens d'universel, parce qu'il est compliqué ce mot universel, sachant qu'on est toujours très en Occident dans ces histoires-là, mais avec la volonté d'être universel dans ce qui est représenté. Il y a les techniques, il y a les beaux-arts aussi. Anne Chanteux, c'est important, ça se construit en pavillons différents où on peut voir d'un côté des tableaux et de l'autre côté des machines.
Anne Chanteux
Oui, ou même je ne sais plus quelle exposition universelle ou qui mêlait les deux dans la Galerie des Machines. Je crois qu'on retrouvait aussi les Beaux-Arts. Donc, tout n'est pas séparé. Justement, universel, c'est aussi réunir dans un même lieu et parfois côte à côte.
Lionel Dufault
Avec quel objectif? C'est montrer, avec cette notion d'innovation et d'invention, ce qui est nouveau ou alors ce qui existe déjà et qui mérite d'être connu. On voit bien cette idée entre la foire à l'invention, type foire de Paris, et puis l'exposition universelle où on montre des machines qui existent déjà.
Narrator/Host
Il y a la volonté de montrer des nouveautés techniques. Je ne parlerai pas d'inventions, mais de nouveautés techniques qui peuvent s'incarner sous différentes formes. C'est un bien de consommation nouveau, par exemple la machine à coudre à usage domestique. Mais ça peut être aussi un bien de production, par exemple le marteau pilon. Et l'idée, c'est vraiment de à la fois montrer des nouveautés, mais montrer leur utilité à l'industrie, leur utilité, je dirais, pour un usage général pour l'ensemble de la population et d'inscrire tout ça dans un temps assez long. Et les expositions de la seconde moitié du XIXe siècle ont une vraie dimension rétrospective et elles inscrivent ce qu'on Le mot est compliqué aussi, le progrès technique dans un temps beaucoup plus long, dans une dynamique et c'est ça qui est très intéressant à regarder à posteriori.
Lionel Dufault
Oui parce que le vocabulaire est toujours à manier avec prudence. C'est vrai que le mot de progrès, cette notion-là, est une notion complexe mais elle couvre des réalités vécues en tout cas par les contemporains à une chanteuse. C'est vraiment important de souligner ça parce que ce n'est pas une foire au gadget l'exposition universelle.
Anne Chanteux
Non, tout à fait. Il y a aussi dans la lignée des expositions industrielles dont on a parlé dans la première moitié du XIXe siècle, il y a aussi quand même une volonté politique de stimuler l'industrie, de stimuler de faire marcher l'économie. Donc, comme le disait Lionel, on n'expose pas forcément l'invention en tant qu'invention exceptionnelle, mais aussi ce qui se fait de bien dans le pays, au niveau national au début, et puis ensuite lorsqu'elle devienne internationale avec Londres en 1851, puis universelle, et bien une concurrence entre les pays qui vont montrer justement ce qu'ils sont capables de faire, montrer le beau, l'utile, le pratique et effectivement un peu aussi l'exceptionnel.
Lionel Dufault
Stimuler, c'est intéressant ce que vous venez de dire parce que stimuler l'industrie et puis comme on a dit qu'il y avait aussi les beaux-arts, stimuler les beaux-arts. En fait c'est une démarche globale, on ne peut pas comprendre l'exposition universelle en ne regardant que des machines en métal qui font du bruit.
Narrator/Host
L'art et l'industrie fonctionnent vraiment ensemble. Dans le cas français, dans la première moitié du XIXe siècle, quand on parle de technologie, on ne parle pas des sciences appliquées, on parle de cette idée de classer, de répertorier toutes les créations humaines, qu'elles soient industrielles ou artistiques. Et dans le décret qui annonce l'exposition 1855, il est bien dit que la créativité dans les beaux-arts stimule l'industrie et vice-versa. Et il y a vraiment cette idée que les deux fonctionnent ensemble et que si on est imaginatif, créatif, ingénieux du point de vue artistique, on le saura aussi dans l'industrie.
Lionel Dufault
Parce qu'il y a des idées à la base de tout ce que nous évoquons aujourd'hui. les expositions universelles des ascenseurs vers l'innovation, des idées qui portent tous ces gens du XIXe siècle. On dit 1851 la première exposition universelle à Londres, 1855 c'est celle de Paris, mais tous ces gens-là sont baignés d'idées et pas n'importe lesquelles, celle de Saint-Simon. J'ai
Narrator/Host
dû faire sentir aux artistes Aux savants et aux chefs des travaux industriels que leurs intérêts étaient essentiellement les mêmes que ceux de la masse du peuple. Qu'ils appartenaient à la classe des travailleurs en même temps qu'ils en étaient les chefs naturels. Que l'approbation de la masse du peuple pour les services qu'il rendait était la seule récompense digne de leurs glorieux travaux. J'ai dû insister beaucoup sur ce point. Attendu qu'il ait de la plus grande importance, puisque c'est le seul moyen de donner aux nations des guides, qui méritent véritablement leur confiance. Des guides qui soient capables de diriger leurs opinions et de les mettre en état de juger sainement les mesures politiques qui sont favorables ou contraires aux intérêts du plus grand nombre.
Lionel Dufault
Raphaël Lalloum dans le cours de l'Histoire qui nous laissait cet extrait du nouveau christianisme, dialogue entre un conservateur et un novateur de Claude-Henri de Rouvois de Saint-Simon. On l'appelle Saint-Simon, ça va plus vite! En quoi la pensée de Saint-Simon, Lionel Dufault, est importante dans cette histoire des expositions universelles?
Narrator/Host
Elle est importante à plusieurs points de vue. D'abord parce que Saint-Simon va développer une doctrine qui va être reprise par un certain nombre de suiveurs qui expliquent finalement que la prospérité, elle repose sur le développement de l'industrie, sur un travail raisonné. Il y a une forte dimension morale dans le travail qui est porté par Saint-Simon. Et beaucoup des suiveurs de Saint-Simon, on les retrouve dans les jurys des expositions universelles, on les retrouve dans la commission qui supervise l'organisation des expositions. Et Antoine Picon a bien montré ça. Saint-Simon, il apporte une dimension presque mystique à l'industrie. Il parle finalement de valoriser l'industrie, presque de vouer un culte à l'industrie. Et d'une certaine manière, les expositions universelles sont des temps forts qui vont être le moment où on va rendre ce culte-là dans des cathédrales d'un genre nouveau que sont les palais de ces expositions, Crystal Palace notamment. C'est des grands messes vraiment solennels avec des rites. Les remises des récompenses sont des cérémonies fastueuses et il y a une vraie analogie finalement entre la religion et l'exposition dans la mesure où elle valorise vraiment l'industrie.
Lionel Dufault
Anne Chanteux, la pensée de Saint-Simon, c'est vrai qu'aujourd'hui on l'oublie un peu parce que le nom n'est pas aussi prononcé que par le passé, mais dire Saint-Simon en 1855 et même dans les années qui suivent, ça évoque tout de suite tout un univers parce que c'est très présent encore cette pensée-là.
Anne Chanteux
Oui, oui, tout à fait. Et puis, alors on les appelait les apôtres du progrès, les Saint-Simoniens. Et effectivement, ils envisageaient la science et l'industrie comme une dynamique sociale. Avec l'industrie, c'était aussi un degré assez fort de réfléchir sur l'organisation du travail. Et ça, comme le disait Lionel, ce sont des Saint-Simoniens qui sont aussi à l'origine de ces expositions. On retrouve Michel Chevalier notamment. et d'autres, les Saint-Simoniens et les fourriéristes aussi, qui ont contribué à continuer à lever ce culte du progrès, à le montrer, et puis à le montrer au monde, et à faire en sorte que cohabite aussi, ce que vous disiez tout à l'heure, non seulement l'industrie en train de se faire, mais les produits, mais aussi toutes les activités humaines. Il y a une dynamique sociale très très forte dans l'esprit Saint-Simonien.
Lionel Dufault
avec un objectif. Ce n'est pas l'enrichissement avec Saint-Simon, c'est le bonheur général de la population. C'est quelque chose d'important, cet aspect social aussi, si on reprend ce mot complexe de progrès, progrès technique, progrès social. Ça c'est en ligne de compte au moment de l'exposition universelle.
Narrator/Host
Oui, et là, on peut voir une ligne de tension finalement, puisque quand on pense à ce que dit Saint-Simon, il y a cette prospérité partagée par l'ensemble du corps des travailleurs. La réalité nous montre quand même que les expositions célèbrent une forme d'industrie ou un patronat va s'enrichir, va profiter, va investir, va prendre des risques, va en tirer un certain nombre de profits. Et d'ailleurs, il y a toujours un vrai décalage entre le discours un peu officiel des expositions et les comptes rendus que les délégations ouvrières font de leurs visites aux expositions, où finalement, oui, bon, d'accord, il y a des nouvelles machines, mais est-ce que ça risque pas de nous prendre notre travail? Est-ce qu'on risque pas d'être déqualifié? Voilà, donc il y a toujours cette contrepartie qu'il faut regarder.
Lionel Dufault
Mais cet esprit-là, on le retrouve sans cesse aux différentes expositions, avec par exemple pour l'exposition de 1900, j'allais dire une archive remarquable, mais non, oui, si, c'est une archive remarquable, n'allez pas croire que nous sommes en 1900, mais presque.
Narrator/Host
Monsieur le Président de la République, Messieurs, l'effort persévérant, l'énergie passionnée, de M. Alfred Picard et de ses collaborateurs ont mené à terme l'œuvre prodigieuse que je vous présente aujourd'hui. Maintenant, c'est M. Émile Loubet.
Lionel Dufault
Je suis convaincu que le XXe siècle
Narrator/Host
fera nuire un peu plus de fraternité
Lionel Dufault
sur moins de misère de tous ordres. Et que bientôt, peut-être, nous aurons franchi un stade important dans la lente évolution du travail vers le bonheur et de l'homme vers l'humanité. Une archive de 1950 qui recrée l'inauguration de l'exposition de 1900 avec Alexandre Millerand qui est alors ministre du commerce, de l'industrie, des postes, des télégraphes et puis évidemment Émile Loubet le président de la République. Ce mot de bonheur prononcé par le président de la République parce qu'il y a ça aussi dans l'exposition universelle. C'est un peu galvaudé de parler du progrès de l'humanité mais enfin les contemporains vivait quelque chose de très particulier et l'exposition était là pour rendre concret ce qu'il vivait, le progrès. On améliorait les qualités de vie, on améliorait les qualités pour le monde ouvrier, des conditions de travail et puis le progrès technique tout simplement.
Narrator/Host
Oui. Alors, les expositions ne sont pas forcément à l'origine de cette amélioration, mais elles le reflètent. C'est un énorme effet de loupe. Mais c'est vrai que le XIXe siècle est marqué par des choses. Quand on y pense rétrospectivement, ça peut nous paraître anodin. Mais par exemple, pouvoir s'acheter des couverts, des assiettes, des appareils d'éclairage bon marché, disponibles. Aujourd'hui, c'est tellement... Nous vivons dans une société de la consommation. Nous sommes dans une culture matérielle qui finalement se forgent au moment même où les expositions se créent. Et toutes les innovations qui sont montrées lors de ces expositions, elles se traduisent par un énorme développement de la consommation de masse, par une diversification des filières, par une abondance de produits. Et c'est vrai qu'on est frappé quand on regarde les représentations des différentes expositions par l'amoncellement de marchandises qui sont proposées sur les stands de certains fabricants. Et je parlais par exemple des dispositifs d'éclairage ou de la vaisselle, mais effectivement, c'est l'époque où la petite bourgeoisie est en capacité de s'équiper avec ces nouveaux produits bon marché.
Lionel Dufault
Oui, parce qu'un chanteux, c'est vrai que vous avez étudié particulièrement les brevets, les filles d'Athéna, femmes et brevets au XIXe siècle en France. Ça, c'est le titre de votre thèse. Dans cette idée de brevet, ça ressemble à un bric-à-brac gigantesque. Mais c'est extrêmement concret et en écho à ce que vient de dire Lionel Dufault, ça change l'avis de disposer désormais de moyens de transport facilités, de couverts moins chers, même pour s'habiller. C'est vraiment intéressant de voir ici, au plus près des gens, comment il y a un appel vers l'avenir qui semble plus radieux.
Anne Chanteux
Oui, évidemment à relativiser avec la condition ouvrière à l'époque. Mais oui, en ce qui concerne notamment les femmes, elles vont s'illustrer dans l'invention, mais pas que, dans l'innovation aussi, dans la production et la commercialisation. d'articles du quotidien, beaucoup, parce que c'est là qu'elles sont cantonnées aussi, essentiellement. Et effectivement, beaucoup de choses changent, beaucoup d'éléments techniques permettent de simplifier et de rendre moins cher. les différentes machines et appareils. La machine à coudre, on peut l'évoquer effectivement. Au début, la machine à coudre, c'est cher, c'est gros, c'est dans les manufactures. Et puis, grâce à diverses inventions, elle va devenir excusez-moi, elle va venir dans les foyers, elle va venir s'installer dans les foyers, ce qui va changer beaucoup de choses, pas forcément pour le mieux, c'est-à-dire qu'il y a des femmes qui vont se retrouver à travailler chez elles 20 heures par jour pour pouvoir produire pour trois fois rien des éléments qui contribueront ensuite à la grande industrie du textile. Mais oui, il y a aussi une amélioration de la vie quotidienne dans tout ce qu'on a pu appeler aussi l'économie domestique qui se développe énormément à partir de 1860 et qui va drainer beaucoup de produits et une économie tout à fait importante.
Lionel Dufault
vous avez raison de souligner que la vie ouvrière demeure très très difficile avec l'espoir peut-être que ça aille mieux plus tard au moins pour ses enfants mais sur le moment ça reste compliqué et dans ses brevets déposés le biberon, l'invention d'un biberon, non mais pour changer le quotidien Ne pas avoir de biberon et avoir de biberon quand on a un jeune enfant, c'est complètement différent. Donc l'invention du biberon, voilà, ici, il n'y a pas besoin d'exposition universelle pour qu'il y ait l'invention du biberon, mais l'exposition universelle est là pour le montrer, diffuser l'information.
Anne Chanteux
Tout à fait. Alors le biberon, j'ai un exemple qui date d'avant les expositions universelles, c'est les expositions industrielles où il y a par exemple une sage-femme, Madame Breton, qui va se servir des expositions pour faire valoir son invention. Elle invente un biberon qui existait déjà. Le biberon existait déjà au début du XIXe siècle. Mais elle va inventer un système de bouchons, d'abord en buis et puis ensuite en cristal, qui va faire un peu la différence au niveau hygiène et au niveau pratique. Et cette femme, en fait, va exposer durant cinq expositions industrielles, va recevoir des prix cinq fois. et va se servir vraiment de ses expositions comme publicité. Donc, elle a un magasin à l'amour maternel. Et donc, dans tous ses placards, les publicités qu'elle publie dans la presse, elle va se prévaloir non seulement de sa qualité de breveté, Mme Breton, sage-femme brevetée, mais aussi le fait qu'elle expose. Et ça, les exposants, dans toutes les expositions industrielles comme universelles, utilisent aussi le fait qu'ils aient été sélectionnés parce qu'on n'expose pas parce qu'on décide de le faire. On est sélectionné par un jury pour montrer sa production lors des expositions. Et donc, ils vont mettre ça sur toute leur publicité et s'en servir pour faire valoir leur production.
Lionel Dufault
Oui, on parle souvent de vitrine en émettant ces expositions. Lionel Dufault, c'est vraiment ça, c'est une vitrine qui a vraiment beaucoup, beaucoup d'utilité parce qu'il y a le public qui vient, qui découvre. Mais il n'y a pas que ça. Et c'est fort, ces expositions, parce qu'elles ont un écho bien après leur fermeture.
Narrator/Host
Absolument. il y a un effet amont, un effet aval. En amont de l'exposition, comme le disait Anne, il y a tout ce processus de sélection, pour les expositions françaises, universelles, qui se déroulent en France, qui procèdent d'une bureaucratie complètement folle, avec force décret, circulaire, instruction ministérielle, où on désigne des membres de jury, de commission, C'est à l'échelle des départements qu'il y a des commissions organisées dans chaque département pour sélectionner les fabricants qui seront autorisés à présenter leurs produits lors des expositions. Il y a le moment de l'exposition avec la foule qui vient visiter, qui passe devant votre stand, qui va regarder vos produits ou vos machines. Et puis a posteriori, il y a une abondante production littéraire. Il y a énormément de comptes rendus officiels, mais aussi des comptes rendus plus officieux qui paraissent dans la presse. Beaucoup d'images, de représentations. Et évidemment, tout cela sert pour les exposants à valoriser leur production. C'est une vitrine. C'est comme une page de publicité à la télévision avant le journal de 20 heures, mais qui dure pendant six ou sept mois. Et ça a une audience considérable. Quand on pense qu'à l'exposition universelle de 1900, il y a 51 millions de visiteurs, c'est plus que la population française de l'époque. Ça veut dire qu'il y a une visibilité qui est juste incroyable pour les constructeurs.
Lionel Dufault
Alors on y retourne. Par quoi commencer? Le pavillon de la Grande-Bretagne?
Narrator/Host
Tout en fer.
Lionel Dufault
Celui de l'Allemagne?
Narrator/Host
On dit qu'il a été conçu sous la surveillance de Guillaume II.
Lionel Dufault
Celui de l'Autriche?
Narrator/Host
Style baroque.
Lionel Dufault
Celui de la Belgique ou des Etats-Unis
Narrator/Host
ou du Mexique ou de la Serbie? Et si nous allions faire un tour au village suisse où l'on voit fabriquer devant soi du fromage de Gruyère?
Lionel Dufault
C'est à ne plus savoir ou donner de la tête.
Narrator/Host
Pensez. 39 nations ont participé à l'exposition. On estime que le nombre des visiteurs atteindra demain 300 000. Et il paraît qu'il n'est pas téméraire de penser que 50 millions d'hommes, la 30ème partie du globe, vont défiler entre les pylônes du pont Alexandre.
Lionel Dufault
Attention, voici le cortège! Il passe à travers les gracieux jardins à la française.
Narrator/Host
Que font-ils? Ils s'arrêtent devant le château d'eau. On voit le commissaire Picard pointer un doigt vers les rocailles sèches.
Lionel Dufault
C'est sûr, il explique à monsieur Loubet
Narrator/Host
que quand le château d'eau fonctionnera, il débitera 4,5 millions de litres à l'heure. Décidément, la République jongle avec les chiffres astronomiques.
Lionel Dufault
La chenille processionnaire allonge les palais de l'électricité, du fil, des tissus, du génie civil, des lettres, des sciences, des arts, de la métallurgie, des mines. La foule vient d'apercevoir le cortège qui
Narrator/Host
se dirige vers le pont Diana. Quel accueil, c'est magnifique!
Lionel Dufault
Pour nous, nous allons faire périssence avec
Narrator/Host
les émotions du trottoir roulant, le tapis magique. Et là, ne poussez pas! Tenez, tenez, voilà, nous vous abandonnons la place.
Lionel Dufault
Nous sommes sur le tapis roulant. C'est pas rien quand même un tapis roulant. Jusqu'alors, il fallait bouger les jambes pour se déplacer. Là, maintenant, on peut être debout et on se déplace comme à rien. Anne Chanteux, il y a, c'est vrai, cette temporalité intéressante entre invention, innovation, puis cette notion même de brevet que vous avez étudié. Un brevet, c'est dans les coulisses, ça ne se voit pas un brevet, c'est du papier. Là, c'est l'occasion aussi de montrer ce que l'on a fait. D'ailleurs, cette histoire du brevet-là est intimement associée aux expositions universelles.
Anne Chanteux
Non, en fait, ce n'est pas du tout le même objectif. Le brevet, il naît d'un besoin de résoudre un problème technique. Et le brevet, c'est aussi un titre de propriété industrielle qui va protéger son inventeur pendant un temps donné et l'obliger à mettre à exécution son invention, son procédé. Alors qu'en fait, pendant les expos, comme on l'a déjà dit, l'exposition montre, c'est vraiment un lieu, une vitrine, les fastes du progrès. Donc on montre aussi les choses qui sont belles. Au niveau textile, par exemple, le textile est l'industrie majeure du XIXe siècle, notamment de la deuxième moitié du XIXe siècle en France et ailleurs. Et effectivement, on va avoir dans les expositions universelles, à la fois tout ce qui est beau, les beaux tissus, les beaux vêtements, les beaux fils, tout ce qui concerne la filature et le résultat, le produit fini. Et on va aussi avoir des machines, effectivement. Mais il y a assez peu de brevetés, en règle générale, dans les expositions industrielles. Assez peu de brevetés qui vont présenter leurs inventions. Sauf des choses assez majeures dont on a le souvenir tous. Les Frères Lumière. Les Frères Lumière vont présenter...
Lionel Dufault
Le cinématographe?
Anne Chanteux
Voilà. Donc ça c'est vrai. Une petite chose comme la Tour Eiffel par exemple. Il y a ce genre d'exception de choses majeures, exceptionnelles. Mais sinon, il y a un pourcentage extrêmement faible de brevetés qui exposent durant les expositions universelles. Les femmes ne font pas exception, elles sont assez peu. Moi, je les ai étudiées parce que ce que je trouvais intéressant, c'est que lorsqu'elles exposent, elles sont visibles. Elles sont visibles, elles sont dans un espace public et concurrentiel, alors que l'étude des brevets seules ne permet pas de se rendre compte de cette visibilité.
Lionel Dufault
question difficile, on a une idée des proportions de femmes présentes dans les expositions universelles ou au moins dans les brevets. Comme vous le dites, c'est compliqué à estimer.
Anne Chanteux
Alors, en fait, c'est d'autant plus compliqué que, comme le disait Lionel tout à l'heure, il y a beaucoup de littérature autour des expositions universelles. Si vous allez sur, je vais faire de la pub pour le conservatoire, La Bibliothèque numérique, conservatoire numérique des arts et métiers, le CNUM, qui numérise environ 800 documents sur les expositions universelles, un temps des journaux de voyage, des rapports, des congrès, etc. Malheureusement, retrouver les femmes n'est pas simple parce qu'en fait tous les rapports ne listent pas les exposants. En revanche, ils listent les récompensés. Les récipiendaires de médailles, de prix, sont listés. Et c'est comme ça que j'ai pu en extraire les femmes qui ont obtenu des médailles lors des expositions.
Lionel Dufault
Oui, parce que c'est ça, parce qu'il y a aussi cette trace laissée. C'est vraiment intéressant le brevet, parce qu'on est sur du papier, sur de l'archive. Là, la médaille, le prix, c'est quelque chose qui est rendu public, comme on l'a dit tout à l'heure. C'est de la publicité, donc de la diffusion.
Anne Chanteux
Tout à fait et ça peut permettre de développer un commerce, ça peut permettre de développer une production à l'international aussi lorsque l'on est par exemple français et que l'on va exposer en Angleterre puis après ailleurs sur le continent américain, ça va permettre de développer des marchés étrangers. Ceci dit on se rend compte au niveau des femmes en tout cas ce que j'ai pu remarquer C'est qu'en 1851, vous avez des femmes qui exposent à Londres et qui ont déjà des antennes commerciales à Londres. Et là, on voit aussi se dessiner un portrait de femmes beaucoup plus actifs, beaucoup plus productifs que ce que laisse entendre l'histoire du XIXe siècle sur les femmes. On se rend compte que ces femmes, elles viennent à Londres, mais elles ont déjà une maison qui représente leurs affaires. Elles ont déjà déposé des brevets en Angleterre. Et là, on a effectivement, moi c'est ce qui m'intéressait en tout cas, c'est de montrer que ces femmes ont une agentivité qu'on ne leur connaît pas tellement.
Lionel Dufault
Ah oui, parce qu'on dit homme d'affaires. Alors que femme d'affaires, ça compte.
Anne Chanteux
Alors qu'il y en a beaucoup.
Lionel Dufault
Il y en a beaucoup. Et puis, on l'a bien dit, il y a avec des inventions transformées en innovation qui changent réellement le quotidien. Exemple.
Anne Chanteux
Alors ça, c'est une réplique de l'invention du premier soutien-gorge.
Lionel Dufault
L'invention a été déposée en 1889.
Anne Chanteux
Pour l'exposition universelle d'Âtoula, Tour Eiffel a
Narrator/Host
été construite et Herminie Cadol avait un
Lionel Dufault
stand au milieu des inventeurs du pavillon français pour montrer son invention.
Anne Chanteux
Le but, c'était surtout de libérer cette partie-là qui est le plexus solaire et les busques en acier donnaient une pression
Lionel Dufault
parce que les femmes étaient très lassées derrière dessus et c'est pour ça que
Anne Chanteux
les femmes se sont évanouies pendant tant d'années.
Lionel Dufault
Nous venons d'entendre Poupi Kadol, c'est l'arrière-petite-fille d'Herminie Kadol qui a inventé le soutien-gorge. Anne Chanteaub est là aussi. Dans cet exemple-là, nous avons le brevet, l'exposition universelle et le prix. Pour Herminie Kadol, c'est combo.
Anne Chanteux
Hermine Cadol, c'est quelqu'un de tout à fait passionnant. Une femme qui a une vie assez exceptionnelle. Elle était giletière à la Belle Jardinière. C'est vraiment l'ancêtre, la Belle Jardinière des grands magasins, bien avant le bon marché. Et bien, durant la Commune, elle va s'engager et sera qu'elle payera de six mois de prison. Elle va ensuite s'exiler en Argentine. Elle va se servir de son savoir-faire de gilet tiers pour ensuite, en revenant, développer une activité, une maison qui existe toujours. Vous l'avez montré avec cet extrait sonore, cette maison Cadol qui existe toujours. Elle va créer ce soutien-gorge qui, à la différence des des autres sous-vêtements féminins, au lieu de s'appuyer sur les hanches et de recueillir la poitrine comme dans une coupe, va finalement faire retenir la poitrine par des bretelles, par le haut. Donc c'est quelque chose de très très innovant, qui utilise aussi beaucoup moins de tissus, d'élastiques, etc. Alors, ce qui est particulier avec Herminie Cadol, c'est qu'elle expose effectivement en 1889, mais le brevet, lui, va être pris neuf ans après. Ce qui est rarement le cas. A priori, la grande majorité des brevetés exposent après avoir déposé leur brevet. Elles exposent vraiment le résultat de leur brevet qui a été produit. Herminie Cadol, elle, c'est le contraire.
Lionel Dufault
Avec ici, et on l'a déjà évoqué à travers tout ce que vous nous dites, tant et tant de choses différentes. Ce qui nécessite au moment de penser l'exposition universelle une organisation très complexe. Parfois les arts sont mélangés aux techniques, mais alors où mettons un soutien-gorge? Est-ce que ça va se mettre dans une partie textile, dans une partie liée à la machine qui va fabriquer ce soutien-gorge? C'est ce bric-à-brac aussi, ce côté foire qui est magique. C'est très organisé, c'est très pensé.
Narrator/Host
C'est très organisé, c'est très pensé, mais c'est très stratégique aussi pour les exposants, qui, pour ceux d'entre eux qui ont le plus de moyens, vont tenter de présenter leur produit dans plusieurs sections. Et on peut avoir comme ça, si on prend des cristalleries ou des verreries, est-ce qu'on expose dans une partie d'économie domestique où on va montrer le produit fini, ou bien est-ce qu'on va exposer dans une section dévolue aux arts chimiques et où on va davantage mettre en avant les fours utilisés pour réaliser la production. Donc au moment où on se porte candidat, on doit signaler dans quelle classe on veut être exposé et certains essayent de faire le forcing pour être présentés dans plusieurs d'entre elles. Ça donne aussi une répartition spatiale assez étonnante, parce que comment arriver à mettre en espace une conception très intellectuelle de la technique? Je trouve l'exemple du Palais Omnibus de l'exposition de 1867 assez fascinant, ce palais elliptique. qui présente une organisation à la fois pays par pays, mais également par élaboration des productions. C'est-à-dire qu'au cœur du palais, vous avez les éléments les plus sophistiqués de la création humaine, les beaux-arts, les arts libéraux, les produits qui ont la plus forte valeur ajoutée. Et plus vous allez vers la circonférence de ce palais elliptique, plus vous allez retrouver les produits les plus basiques et notamment les produits issus de l'agriculture. Et tout ça est extrêmement pensé dans l'espace, dans l'architecture. Et c'est fait pour que les visiteurs puissent, d'un simple coup d'œil, comprendre dans quelle ère géographique ils sont et à quel niveau de développement industriel ils se trouvent. Alors, je ne sais pas si c'était réellement aussi clair quand on le visitait en vrai. Peut-être que ça pouvait apparaître comme un cafarnaum et un vrai bazar. Mais pour autant, il y a vraiment cet effort qui est fait et qu'on retrouve dans d'autres, dans les musées industriels, le Conservatoire des Arts et Métiers. C'est exactement le même procédé dans la manière dont on classe et on organise les collections au XIXe siècle.
Lionel Dufault
avec tout un aspect spectaculaire. On l'entend bien, mais pas que spectaculaire. Et c'est peut-être ça aussi le succès des expositions universelles. C'est qu'il y a des machines gigantesques qui nous impressionnent. Vous avez cité Anne Chanteux, la tour Eiffel. Là aussi, ça nous impressionne. Et puis à côté, il y a des petites choses qui vont changer le quotidien. C'est-à-dire qu'on n'est jamais écrasé ou on n'est jamais déçu. On est surpris et puis on se dit ça, ça va m'être utile.
Narrator/Host
Les machines en mouvement, en particulier, puisque ça c'est une nouveauté à l'exposition de Londres, uniquement pour la section britannique. Et à partir de l'expo de 1855, c'est proposé à l'ensemble des fabricants de pouvoir mettre leurs machines en mouvement, leurs outils de production. Ça procède à la fois d'une dimension spectaculaire, on rejoint cette idée de grand messe de l'industrie. Il y a une dimension publicitaire, montrer finalement la sophistication des machines qu'on présente au public. Et puis c'est également, il y a une visée pédagogique pour un public qui a un minimum de culture technique, arriver à interpréter les machines qui sont en fonctionnement. C'est l'époque, en 1853, le Conservatoire des Arts et Métiers crée une salle des machines en mouvement qui est un laboratoire expérimental de mécanique ouvert au public. L'exposition 1855 propose exactement la même chose mais à une toute autre échelle. Et c'est vrai qu'on peut imaginer le côté très merveilleux d'une usine Parfaite, parce que malgré tout, dans l'exposition universelle, on le voit dans une célèbre peinture de Louis Bayraud avec la machine Farco à l'exposition de 1878, où on voit les ouvriers qui sont en train de s'affairer pour briquer la machine. Il ne faut pas qu'il y ait de graisse qui tombe par terre. Il ne faut pas qu'il y ait un point de corrosion. On repeint systématiquement. Il faut que pendant la durée de l'exposition, les machines soient les plus impressionnantes possibles.
Lionel Dufault
C'est un véritable spectacle. On entend ici que c'est une histoire sensorielle. Alors, il y a des images, il y a des photographies, il nous manque le son. Mais avec ce public, je rappelle que ça se compte en millions sur l'ensemble du temps que dure une exposition universelle. Et puis les machines qui fonctionnent, ça devait faire un barouf!
Narrator/Host
Ça devait faire beaucoup de bruit. Il faut, dans l'essence, il y a l'odorat. Une machine à vapeur, ça a une odeur particulière. Il y a évidemment l'odeur de la combustion, mais il y a aussi l'odeur du suif en train de chauffer au moment de la rotation de la machine. Mais il faut imaginer aussi tous ces stands de cuisine du monde entier qui sont disséminés de ci, de là. Des nouveautés, il y a Eugénie Briot à travailler sur la parfumerie et la présentation de la parfumerie aux expositions de 1889 et de 1900. Là aussi, on peut imaginer qu'il y a des expériences olfactives à faire. Donc tous les sens sont en éveil.
Lionel Dufault
Tous les sens sont en éveil et ce sont des expériences également. Parce que pour beaucoup de Parisiens, de Parisiennes, mais pas seulement parce qu'on vient de partout en France, partout dans l'Europe et partout dans le monde, pour beaucoup, Personne n'a jamais été si haut au moment de monter la Tour Eiffel.
Narrator/Host
Paris, Tour Eiffel! Lorsqu'on nous demande ce que c'est Paris, on répond toujours l'étoile, les tuileries, le
Lionel Dufault
bois de Boulogne et le bois de Vincennes, les petites boutiques déguées de la
Anne Chanteux
Seine, Et d'autres plus sérieux disaient sans hésiter C'est la petite roquette ou bien
Lionel Dufault
c'est la santé C'est les grands boulevards
Narrator/Host
Ville à l'opéra mais ne les croyez pas Paris, mais c'est la Tour Eiffel
Lionel Dufault
La baie, sa boîte et mon chien
Anne Chanteux
Qu'on la troublette, qu'on la troubelle Il n'y a pas Paris sans Tour Eiffel
Lionel Dufault
On l'a débile, on l'a charrie Pourtant partout ce n'est qu'un gris Paris ne
Anne Chanteux
serait pas Paris sans elle La rivée,
Lionel Dufault
c'est la Tour Eiffel Il faut dire que beaucoup de Parisiens Ne connaissent la Tour que par leur type simple Ou
Narrator/Host
alors par le vieil homme à hermitage
Lionel Dufault
J'ai monté à pied jusqu'au troisième étage Ah, dit-il, c'est beau, c'est merveilleux, Madame
Narrator/Host
Quand on est là-haut, on peut voir tout, Madame Et le Parisien se dit
Anne Chanteux
Tiens, tiens, tiens, j'irai la voir demain
Lionel Dufault
Un jour
Narrator/Host
une jeune épelle américaine Elle a voulu voir Paris et les bords de la Seine Elle visita les monuments,
Lionel Dufault
les musées Les grands magasins, les rues
Narrator/Host
et les cafés Mais voilà qu'un soir,
Anne Chanteux
elle rencontra l'amour Et maintenant, quand on lui demanda son tour « Quelle est votre amie? » « Sur Paris, franchement, elle est
Narrator/Host
dite en rougitant » Et c'est
Lionel Dufault
la Tour Eiffel avec sa gloire immense Le Tour de Pils Le Tour de Nel Le Tour de l'Aule sont bien proverbes On est toujours sûr avec elle
Anne Chanteux
de monter jusqu'au septième ciel Paris ne serait pas
Narrator/Host
Paris sans elle Mesdames, Messieurs, la visite est terminée. N'oubliez pas le
Lionel Dufault
guide, s'il vous plaît. Nous n'oublions jamais les guides de la Tour Eiffel, chantés par Jacques Elian et son orchestre et toute la bande de Jacques Elian, de Lou Dartley, de Henri Touillard, etc. Nous étions en 1946. C'est ici cette évocation de la Tour Eiffel qui permet de rappeler combien les expositions universelles sont également l'occasion d'innovation. C'est intéressant d'avoir cette mise en parallèle L'exposition accueille tout ce qui a été inventé et déjà développé dans l'industrie pour montrer comment ça fonctionne. Mais dans le même temps, c'est l'occasion de créer des
Narrator/Host
choses. C'est un moteur. C'est un vrai moteur, c'est un catalyseur parce que dans cette idée d'émulation entre les industriels, on va faire des efforts pour être prêt pour l'exposition. Ça me fait penser aux Jeux Olympiques. Vous avez une Olympiade entre deux Jeux Olympiques et pendant cette Olympiade, vous préparez les Jeux Olympiques suivants en tant que sportif. Pour les industriels, il y a un peu de ça. Quand on sait qu'on a en ligne de mire la prochaine exposition universelle, on va faire en sorte d'être prêt et que toutes les nouveautés qu'on est en train de mettre au point seront parfaitement opérationnelles au moment de l'exposition. Et ça s'incarne à la fois dans ce qu'on présente, mais aussi dans l'endroit
Lionel Dufault
où on le présente. Avec, c'est vrai, toujours ces figures féminines que vous avez étudiées, Anne Chanteux. Et ce qui est intéressant, c'est bien entendu de voir le très dominant, c'est l'industrie textile. Parce qu'il y a ici un aspect genré de cette histoire industrielle, mais pas seulement. Et le pas seulement est important. Il y a toujours des femmes qui
Anne Chanteux
exposent dans les expositions. Oui, peu. Peu, mais il y en a. Effectivement. Par exemple, pour 1851, la première exposition à Londres, il n'y a que 56 femmes qui exposent sur, je ne sais plus, mille et quelques exposants français. Elles sont peu, mais elles sont présentes partout. On les voit davantage dans tout ce qui relève du domaine traditionnellement accordé aux femmes, c'est-à-dire le tissu, l'économie domestique, mais on les retrouve aussi dans la fonte, dans l'acier, dans toutes les classes, dans tous les domaines de l'industrie. On a par exemple l'exemple des maîtresses de forge, si on peut parler de la veuve de Dietrich, qui a repris à la mort de son mari l'entreprise et qui l'a repris vraiment d'une main de maître, de maîtresse, en réorganisant toute la production et en en faisant quelque chose, vraiment une entreprise qui pesait très lourd, si je puis dire, puisque c'est du fer et de la fonte. Elle expose, elle est récompensée, elle est même reconnue en tant que femme d'affaires en 1855, à l'exposition de 1855 où elle a en fait une médaille d'honneur pour son parcours et pour sa production. Donc effectivement, elles sont beaucoup plus nombreuses dans les domaines du textile, mais elles sont présentes partout. Et à l'exposition de Chicago en 1893, Il y a un comité des dames qui va être créé pour organiser la partie féminine de l'exposition et elles vont se répartir, ce comité des dames, elles vont répartir des femmes dans tous les jurys et elles vont exiger que dans chaque domaine où il y a des femmes, il y ait des jurés femmes. Et effectivement, elles sont dans toutes les classes, aussi bien dans les chemins de fer, dans la production du fer que dans la broderie,
Lionel Dufault
etc. Avec Amélie Dietrich que vous venez d'évoquer, maîtresse de forge, c'est vrai qu'on a un personnage étonnant et puis un chanteux, vous me permettez, mais on pourrait rajouter toutes ces femmes qu'on ne connaît pas parce qu'elles sont dans l'ombre de leur mari, mais que tous ces hommes primés ont souvent derrière eux des gens qui les aident dans leur travail. Avec ce moment quand même, et vous l'avez évoqué, la remise des prix, c'est-à-dire la décision de donner des médailles à tel ou tel exposant Lionel Dufault. C'est en données de chiffres précis, je ne vous interroge pas là-dessus. Si vous voulez, allez-y. Mais c'est par milliers d'exposants,
Narrator/Host
dizaines de milliers d'exposants. C'est considérable. Alors, les expositions des produits de l'industrie, les médailles sont distribuées avec parcimonie. Mais à partir des expositions universelles, il y a une inflation des récompenses. Et à l'exposition de 1889, quand on regarde un petit peu les rapports, on se rend compte qu'à peu près la moitié des exposants ont reçu une récompense. Quelle qu'elle soit, que ce soit une médaille d'honneur, une mention, un accès-site, une médaille de première, deuxième classe. Mais en tout cas, ils ont été récompensés. Alors, c'est peut-être le signe de la très grande qualité des produits des exposants. C'est aussi peut-être un moyen de ne froisser personne. Surtout sur l'exposition de 1889, qui avait ce contexte de célébrer le centenaire de la Révolution française, qui était un peu boudée par les monarchies européennes. Voilà, c'est peut-être un moyen de faire un pas
Lionel Dufault
vers les pays amis. Voilà, avec énormément de
Anne Chanteux
médailles distribuées. Un chanteux. Oui, je voulais juste rebondir par rapport à ces fameuses médailles. D'abord dire que les femmes reçoivent des médailles tout à fait comme les hommes, mais pas comme les hommes quand même. C'est-à-dire qu'elles ont beaucoup moins de médailles d'or. Elles ont beaucoup de mentions honorables des médailles de bronze, mais elles reçoivent beaucoup moins de médailles d'or. Et c'est vrai que le fait de distribuer comme ça à foison des récompenses lors des expositions universelles, c'est aussi un petit moyen diplomatique, c'est un peu ce que disait Lionel, de reconnaître effectivement la production de tel pays, mais aussi celle d'un autre, et donc de développer des relations saines et bonnes
Lionel Dufault
sur le plan commercial. Oui parce qu'il y a de la politique, de la diplomatie là-dessous. Alors diplomatie entre les différentes nations, ces expositions sont dites universelles. Mais pas seulement, il y a de la diplomatie industrielle parce que tout le monde se regarde et des accords sont possibles. Il se passe quelque chose au moment de l'exposition, pour le dire autrement. Est-ce qu'un exposant peut vendre, signer des contrats? Ça se passe
Narrator/Host
à ce moment-là réellement? En fait, un exposant ne vend pas au moment de l'exposition. Par contre, il peut signer des contrats. Mais les produits qui sont présentés sur le stand de l'exposition n'ont pas vocation à être vendus pendant la durée de l'exposition. Ils peuvent l'être après. C'est comme ça qu'un certain nombre d'œuvres d'art qui sont présentées dans les expositions universelles sont acquises a posteriori. C'est comme ça que le Conservatoire des Arts et Métiers enrichit considérablement ses collections à l'issue de l'exposition et pas pendant. Par contre, ce qui est vraiment intéressant avec les expositions, c'est qu'elles sont le prolongement de réseaux de sociabilité assez complexes et assez denses qui existent depuis le début du 19e siècle. Des zones de rencontres, de porosités entre le monde académique, le monde savant, le monde industriel. Et tous ces gens se connaissent. La première génération des polytechniciens qu'on retrouve à la Société d'encouragement pour l'industrie nationale, puis les ingénieurs de l'école centrale qui vont former la société des ingénieurs civils, les professeurs du conservatoire des arts et métiers, un certain nombre de grands manufacturiers siègent dans ces instances, dans ces sociétés savantes, ils se côtoient très régulièrement, ils se connaissent tous. Au quotidien, je dirais, ils évaluent le travail les uns des autres. Ils siègent dans les jurys des expositions. Et donc, forcément, ce n'est pas de l'entre-soi parce que c'est une industrie qui connaît un tel développement qu'en définitive, les jurys se démultiplient. Mais malgré tout, quand on sélectionne un exposant, quand on juge sa production, il y a forcément des accointances qui peuvent exister entre les
Lionel Dufault
uns et les autres. On voit bien à l'exposition que c'est l'occasion de se tenir au courant et de se constituer un réseau, un
Narrator/Host
réseau électrique évidemment. C'est alors que retentit un
Anne Chanteux
rire étrange, crépitant, condensé. Celui
Narrator/Host
de la fée électricité. Autant que la morphine dans les boudoirs de 1900, elle triomphe à l'exposition. Elle naît du ciel, comme les vrais rois. Le public rit des mots « danger de mort » écrits sur les pylônes. Il sait qu'elle guérit toute l'électricité, même les névroses à la mode. Elle
Anne Chanteux
est le progrès, la poésie des humbles et des riches. Elle
Narrator/Host
prodigue l'illumination, la nuit, des phares. Balais, le champ de Mars, le
Anne Chanteux
château d'eau ruisselle de couleurs cyclamènes. Ce ne sont que
Narrator/Host
retombées vertes, jets, orchidées, nénuphars, flammes. Orchestration du feu liquide, débauche de volt et d'ampères. La Seine est violette, gorge de pigeons, sang de bœuf.
Anne Chanteux
L'électricité, on l'accumule, on la condense. On la transforme, on la met en bouteille, on la tend en fil, on l'enroule en bobine, puis on la décharge dans l'eau, sur les fontaines, on l'émancipe sur les toits, on la déchaîne dans les arbres. C'est le
Lionel Dufault
fléau, c'est la religion de 1900. Paul Morand qui chante l'électricité en 1900 au moment de l'exposition universelle. Une lecture de Nathalie Nerval dans le cours de l'Histoire sur France Culture. Anne Chanteux, je rappelle, vous êtes directrice des bibliothèques et de la documentation du Conservatoire National des Arts et Métiers. C'est à Paris avec ici l'évocation quand même de toute cette production littéraire autour du moment exposition universelle. C'est là où on retrouve d'ailleurs le côté industriel et Beaux-Arts parce que tout le monde chante l'exposition universelle. Il y a des critiques bien sûr,
Anne Chanteux
mais ça produit énormément de textes. Oui, ça produit énormément de textes et la presse, la presse qui est foisonnante au XIXe siècle, évidemment, traite des expositions universelles d'une manière, enfin, c'est énorme. Je ne sais pas combien de kilomètres ça ferait si on mettait ça. Mais justement, c'est tout à fait intéressant parce qu'il y a les pour, il y a les contre, il y a les critiques, il y a les... les exaltations du progrès. C'est vraiment passionnant. Le texte de Morand, effectivement, il est formidable, promeneur à l'exposition. Mais il y en a bien d'autres. Et puis, Lionel évoquait tout à l'heure aussi les délégations ouvrières qui se déplacent, qui viennent de province et qui viennent visiter les expositions. Et c'est aussi passionnant de lire ces textes-là, d'interrogations sur le progrès, de découvertes, d'interrogations évidemment sur le travail. Il y a aussi le bourgeois qui vient le dimanche, qui sort avec sa famille et qui vient avec Madame les enfants et qui s'épate de toutes les nouveautés. C'est tout à fait passionnant de lire la littérature afférente autour de cela. Il y a les rapports qui sont aussi passionnants, mais qui ont un côté un petit peu plus austère, les rapports de jury. Mais il
Lionel Dufault
y a une littérature foisonnante, effectivement. Lionel Dufault, c'est vrai que ces expositions universelles, et on le dit depuis tout à l'heure, ont un public varié. Des objets exposés extrêmement variés, plein d'objectifs. Elles durent longtemps, ça dure plusieurs mois. Et on voit que c'est ce foisonnement aussi qui explique à la fois le succès des expositions universelles, mais aussi la difficulté de les traiter. Parce que c'est gigantesque, c'est tellement important et tellement vaste. Du bourgeois qui vient un dimanche en famille visiter à l'industriel qui traverse le monde pour voir peut-être les machines
Narrator/Host
qu'il va installer dans son usine. C'est une réduction en miniature de la société, finalement. C'est comme si, sur les quelques hectares, même si l'implantation des expositions va croissant jusqu'en 1900, c'est comme si on essayait de recréer le monde en miniature. On est dans la réduction en art, comme on pouvait la pratiquer à la Renaissance. C'est cette idée-là. utopique, complètement invraisemblable quand on y pense, d'essayer de montrer un condensé, teinter un peu de folklore avec ces pavillons qui illustrent l'architecture régionaliste, par exemple, ou d'autres pays. On ose absolument tout dans la manière dont on présente les choses. Je pense au pavillon du canal de Suez à l'exposition de 1867, qui est un luxueux pavillon égyptien avec les hiéroglyphes, presque une momie. Et pourtant, c'est un pavillon qui est là pour présenter des écluses, des dragues, des excavateurs. C'est quelque chose de complètement invraisemblable. Je pense que ça cumule jusqu'à l'exposition de 1900. Les expositions postérieures sont peut-être un peu plus dans la retenue quand on regarde l'exposition de 1925 ou celle de 1937. Ça reste impressionnant dans le volume des constructions, mais on est peut-être dans quelque chose d'un peu plus sobre que ce qui a été fait jusqu'à
Lionel Dufault
la Première Guerre mondiale, en somme. Oui, en tout cas, 1900, c'est une année remarquable pour l'exposition parce que dans les audaces complètement folles, il y
Narrator/Host
a celle de voyager sous terre. J'ai inauguré le métro. Le 19 juillet 1900, il n'y avait encore que le chemin de fer métropolitain qui avait depuis longtemps occupé l'opinion. À preuve, la chanson de café-concert qui parlait de métropo, de métroli, de métropolitain. Je n'étais pas heureusement des autorités qui firent l'inauguration
Lionel Dufault
officielle de la ligne numéro 1. Simple badaud, sortant de déjeuner, je partis pédestrement de la place Saint-Michel à celle du Châtelet, par le beau soleil de ce
Narrator/Host
jour-là, pour descendre, prendre ce fameux véhicule souterrain et voir un peu ce qu'en penseraient ceux, hommes et femmes, qui, avec moi, en seraient des premiers. Vous allez imaginer une grande foule, détrompez-vous. Il faut qu'on s'habitue à tout. Le
Lionel Dufault
fait est là, j'ai pu me payer
Narrator/Host
pour deux fois trois sous, le luxe d'aller d'abord à la porte Maillot pour revenir ensuite jusqu'à la Bastille où j'avais affaire. Toujours assis, lisant ou paraissant lire le feuilleton du journal le matin. J'écoutais sur tous les conversations que de diversité dans l'appréciation d'avenir du nouveau moyen de transport.
Lionel Dufault
Si accoutumerait-on, on se le demandait. On s'y est accoutumé. Alexandre-Marie Desrousseaux, dit Braque, Braque Desrousseaux, enseignant, journaliste et militant, socialiste qui en 1950 se souvenait de l'inauguration du Métropolitain. C'est très beau tout cela parce qu'on voit, on l'a dit, expérience sensorielle, expérience individuelle. expérience esthétique aussi, cette exposition universelle, c'est vraiment une question de visibilité. Il faut aller voir, il faut être vu sans doute, il faut montrer, il faut exposer, c'est tout un jeu. Et quand j'évoquais l'aspect esthétique au Conservatoire National des Arts et Métiers, Anne Chanteux, je ne vous cache pas que parfois je ne comprends rien à comment fonctionne la machine, je la vois, mais il y a aussi cet aspect esthétique-là. C'est beau, il y a plein de
Anne Chanteux
choses à voir, ça stimule l'esprit. Oui, tout à fait. De toute façon, c'est aussi revendiqué dans les expositions, le fait de montrer les machines, Lionel le disait tout à l'heure, qui ont été briquées, donc qui ne sont pas du tout telles qu'elles apparaissent dans une usine, dans une fabrique. Là, elles sont comme un objet d'admiration. Elles sont faites pour être admirées, surtout ces énormes machines, marteau-pilon ou autre. Et effectivement, au conservatoire, on a une gravure, je ne me souviens plus de l'année, mais on a une gravure qui montre l'église, puisque dans le musée des arts et métiers, il y a l'église du priory Saint-Martin-des-Champs qui est un lieu où il y a des machines. Cette gravure montre des dames en crinoline et des messieurs à haut de forme qui viennent voir les machines en mouvement dans l'église. On a quelque chose d'extrêmement esthétique. On n'est pas du tout dans le monde ouvrier, dans le bruit, dans l'odeur, dans le travail. On est vraiment dans
Lionel Dufault
une forme esthétisante de la machine. Lionel Dufault, dans cette société réinventée que vous nous présentiez, avec ses vraies machines briquées, on est malgré tout dans un monde idéalisé, on est loin de la réalité. C'est peut-être cet écart aussi qui mérite d'être étudié entre ce qui se passe à l'usine, comme vient de le dire Anne Chanteux, et
Narrator/Host
puis comment sont présentées les machines. C'est le spectacle de la technique, les expositions, avec tout ce que le spectacle peut comporter d'illusion. On l'a vu avec l'extrait tout à l'heure autour de l'électricité. L'électricité en 1900, ça reste extrêmement marginal à la maison. Très peu de personnes s'éclairent avec l'électricité. Ça viendra bien plus tard. Et pour autant, on perçoit toutes les potentialités de cette énergie et on en fait un spectacle là aussi fastueux. finalement en écho à l'exposition industrielle de l'électricité de 1881. Et le prolongement de l'électricité sera peut-être l'exposition de la houille blanche à Grenoble en 1925, qui consacre l'électricité dans ses applications industrielles. Et 1900, eh bien, on est encore dans la nouveauté, dans le spectaculaire, dans l'émerveillement. Et on en fait un spectacle lumineux
Lionel Dufault
dont on a gardé le souvenir. Voilà, avec tant de choses à dire qu'on ne peut pas tout évoquer ici. On a très peu parlé de trains par exemple, de machines à vapeur. On va dire qu'elles étaient là, en toile de four de tout ce travail réalisé autour des expositions universelles avec la possibilité d'aller au Conservatoire National des Arts et Métiers à Paris. C'est toujours un plaisir parce que, vous l'avez dit, si on aime l'architecture, On traverse toutes les époques avec le lieu qui accueille ce conservatoire, puis toutes ces machines à voir. Et puis Lionel Dufault, il y a vos travaux, notamment cette réflexion sur l'amphithéâtre, la galerie et le rail, ce travail sur tout ce qui porte ces expositions universelles. Merci vivement à tous les deux d'être venus dans le cours de l'histoire, de nous avoir fait visiter l'exposition universelle. Sans vous, on se serait perdus. Merci beaucoup. prochain épisode dans le cours de l'histoire. Entre vertige et vestige, les
Narrator/Host
expositions universelles marquent la ville. Depuis cinq ans, d'immenses travaux ont bouleversé les deux rives de la Seine, entre les Invalides et la Tour Eiffel. Une ville nouvelle, éphémère, se créait à l'intérieur de l'autre. Tout un quartier de Paris prenait l'aspect fabuleux d'un pays inconnu dont la porte monumentale du plus pur moderne style se dressait près
Lionel Dufault
de la place de la Concorde. C'était le cours de l'histoire sur France Culture, une émission réalisée par Thomas Bouecq, aujourd'hui la technique François Saint-Jour, une émission préparée par Clémentine Ducasse, Jeanne Delecroix, Jeanne Coppert, Raphaël Lalou, Maël-Vincent Randonnier et Maïwenn Guizziou. Cette émission et toutes les précédentes sont à écouter et à podcaster
Podcast : Le Cours de l’histoire (France Culture)
Épisode : Expositions universelles, le monde en spectacle 3/3 : Ascenseur pour l’innovation, la foire des expositions universelles
Diffusé le : 9 avril 2025
Participants principaux :
Cet épisode explore le rôle central des expositions universelles dans la promotion de l’innovation technique, sociale et artistique, du XIXe au début du XXe siècle. On y découvre comment ces « foires » extraordinaires étaient à la fois vitrines du progrès et catalyseurs d’émulation industrielle, artistique et commerciale, tout en abordant les tensions sociales et genrées qui les traversaient.
« C’est compliqué ce mot universel, sachant qu’on est toujours très en Occident dans ces histoires-là… » (02:50, Lionel Dufault)
« Il apporte une dimension presque mystique à l’industrie… Les expositions universelles sont des temps forts… où on va rendre ce culte-là dans des cathédrales d’un genre nouveau… » (08:08, Narrateur)
« Nous vivons dans une société de la consommation… qui finalement se forge au moment même où les expositions se créent… » (13:57, Narrateur)
« C’est comme une page de publicité à la télévision avant le journal de 20 heures, mais qui dure pendant six ou sept mois. » (19:23, Narrateur)
« Il faut imaginer aussi tous ces stands de cuisine du monde entier… tous les sens sont en éveil. » (34:49–35:29, Narrateur)
« Hermine Cadol… va créer ce soutien-gorge qui, à la différence des autres sous-vêtements féminins… va finalement faire retenir la poitrine par des bretelles, par le haut. Donc c’est très très innovant… » (28:26, Anne Chanteux)
« C’est une réduction en miniature de la société… d’essayer de montrer un condensé, teinter un peu de folklore… » (50:37, Narrateur)
L’épisode démontre combien les expositions universelles furent bien plus que de simples vitrines du progrès technique. Elles furent des lieux d’émulation sociale, de confrontation de modèles culturels, un terrain d’expérimentations genrées et diplomatiques, et des catalyseurs de la société moderne de consommation. Si le spectacle cache parfois la dureté ou les inégalités du progrès, ces expositions restent des moments uniques d’anticipation, de rêve collectif et d’organisation du siècle industriel.
Pour approfondir : ouvrages, archives et sources signalées par les intervenants sont disponibles sur le portail numérique du Conservatoire National des Arts et Métiers.