
Former des élites, des cas d’écoles : Compagnons du Tour de France, la geste d’une formation d’excellence
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Xavier Mauduit
France Culture. Le cours de l'histoire. Xavier Mauduit.
Radio Host / Interviewer
Compagnon du Tour de France, compagnon du devoir, la sublime geste d'une formation d'excellence, voici une histoire qui, volontairement, affirme des origines lointaines, légendaires, dans des mondes gothiques, quand l'Europe se couvre de cathédrales. Voici une histoire qui traverse les siècles avec le chef d'œuvre, la belle ouvrage et une bonne dose de secrets, de mystères, mystères, aujourd'hui exposés aux regards des historiennes, des historiens.
Narrator / Companion Representative
Notre rituel est traditionnel.
Xavier Mauduit
Le cours de l'histoire.
Narrator / Historical Voice
C'est ce qu'on appelle le chef-d'oeuvre. Alors bien sûr, ce mot chef-d'oeuvre prend une importance extraordinaire quand on le prononce.
Nicolas Adel
Et au début, c'est très dur au début.
Alain Le Tourangeau
Il y a des jours, on aurait plutôt envie de retourner à chez soi.
Narrator / Companion Representative
Le compagnonnage, c'est l'amour de la liberté, la conscience du travail bien fait et la fraternité.
Radio Host / Interviewer
Et voilà, la fraternité avant tout. Virginie Tostin, bonjour.
Xavier Mauduit
Bonjour, Xavier Mehdi.
Radio Host / Interviewer
Vous êtes responsable du musée du compagnonnage à Tours. Que peut-on voir dans ce musée?
Xavier Mauduit
Beaucoup de choses, c'est un musée très très riche, nous avons plus de 4000 objets qui représentent l'histoire, les rites et les métiers des compagnons.
Radio Host / Interviewer
Avec vous pour essayer de saisir qui sont ces compagnons du Tour de France, François Rivière, bonjour.
François Rivière
Bonjour, Xavier Mauduit.
Radio Host / Interviewer
Vous êtes docteur agrégé d'histoire, vous avez travaillé sur le travail et les métiers en Normandie à la fin du Moyen-Âge, regard médiéval sur cette histoire du compagnonnage et également Nicolas Adel, bonjour. Bonjour Xavier Mauduit, vous êtes professeur d'anthropologie à l'université Toulouse Jean Jaurès, vous avez travaillé sur des hommes de devoir. Je sens que c'est très masculin, nous parlons de compagnons d'hommes de devoir, les compagnons du Tour de France du 18e au 20e siècle. Nous pouvons tout de suite le dire et je l'évoquais dès l'ouverture de cette émission, Nicolas Adel, il y a des origines légendaires qui nous plongent loin dans le temps quand nous parlons de compagnons du devoir.
Nicolas Adel
Les compagnons aiment à rappeler que leurs origines viennent tantôt pour les plus lointaines, on va dire, de la construction du temple de Salomon et pour ceux qui sont moins, on va dire, ambitieux dans la requête des origines lointaines, on va dire, du temps des cathédrales.
Radio Host / Interviewer
Virginie Tostin, c'est ce qui apparaît dans le musée du Compagnonage à Tours, cette évocation d'origines lointaines.
Xavier Mauduit
Et oui, le légendaire compagnonique, il est central dans le compagnonnage encore aujourd'hui. On a trois pères fondateurs qui, effectivement, prennent place dans le contexte de la construction du Temple de Salomon, comme le rappelle Nicolas. Maître Jacques, Salomon, le roi commanditaire, et le père Soubise. Maître Jacques étant le tailleur de pierre de ce chantier, et Soubise le charpentier. Et donc là seraient nés, effectivement, les compagnons.
Radio Host / Interviewer
Et voici qu'arrive François Rivière, le médiéviste. François Rivière, ses compagnons du devoir existent-ils au Moyen-Âge, tels qu'ils peuvent être présentés ou tels qu'ils se sont présentés par la suite?
François Rivière
A ma connaissance, non, il n'existe pas sous cette forme-là. C'est vrai que le médiéviste est là pour casser les mythes malheureusement, même si on attribue souvent au Moyen-Âge cette puissance de création de mythes. En réalité, c'est peut-être une étude qui manquerait. C'est vraiment la manière dont cette légende, ce mythe, s'est créée. Sans doute plutôt au moment où les compagnons du devoir se structurent, je pense plutôt vers le XVIIe siècle, XVIIIe siècle, où réellement là on a des sources très abondantes. ou finalement peut-être sur le modèle des corporations, corporations qui elles-mêmes apparaissent sous leur forme bien connue plutôt à cette période-là, remontent toujours à des formes médiévales, avec des documents qui peuvent être à ce moment-là exhumés des archives et montrés par les organisations, mais qui souvent sont interprétés à la manière du XVIIe, XVIIIe siècle, c'est-à-dire sans forcément le regard d'historiens médiévistes actuels.
Radio Host / Interviewer
Quelle organisation des métiers existe alors? Parce que je l'entends bien ici, un compagnon du devoir à l'intérieur de l'ensemble des métiers, c'est une voie particulière. Tout le monde n'est pas compagnon du devoir. Au Moyen-Âge, le mot compagnon existe bien sûr.
François Rivière
Alors le mot compagnon existe, il apparaît même en français au Moyen-Âge puisque le français apparaît au Moyen-Âge, il apparaît aussi en latin au début du Moyen-Âge, en bas latin déjà. Et donc il n'apparaît pas d'abord dans le sens de travailleur, il apparaît dans le sens de frère, de fraternité qui est toujours revendiquée par les compagnons. Et dans le sens réellement lié à un ouvrier qui aurait terminé son apprentissage, qui se rapproche du sens du compagnon du devoir, là c'est à la toute fin du Moyen-Âge. Alors si on regarde les dictionnaires en ligne, ils nous disent 1455, mais on peut remonter un petit peu, on peut arriver au XIVe siècle quand même, on a un certain nombre de... de mention du terme compagnon dans un sens de quelqu'un qui a terminé son apprentissage. Et après, ça se diffuse, mais le terme le plus fréquent à l'époque, ça serait plutôt valet, voire sergent, mais sergent a été beaucoup plus ponctuel.
Radio Host / Interviewer
Que reste-t-il, Virginie Tostin, d'ailleurs, de cette origine des compagnons? Compagnons, par étymologie, ce sont ceux qui partagent le pain.
Xavier Mauduit
Oui, Companies effectivement, comme aimait le rappeler Roger Le Côté qui a fondé ce musée de Tours. La fraternité est centrale aujourd'hui dans les valeurs des compagnons puisqu'il y a des compagnonnages, en ce sens qu'il y a beaucoup de spécificité à chaque devoir, à chaque société encore maintenant. Mais il y a des points communs très forts comme le Tour de France et les valeurs partagées, notamment la transmission, la fraternité, l'amour du travail bien fait.
Radio Host / Interviewer
Oui, parce que François Rivière nous disait que c'est au XVIIIe siècle vraiment que se constituent les compagnons sous la forme que nous leur connaissons aujourd'hui. Nicolas Adel, justement votre ouvrage « Des hommes de devoir » commence au XVIIIe siècle. Malgré tout, ils sont les héritiers de quelque chose.
Nicolas Adel
Ces compagnons. Oui, ils sont tout à fait les héritiers de quelque chose et comme le rappelait François Rivière, notamment de l'organisation corporative. Mais ce dont ils sont l'héritier, en vérité, c'est d'une résistance à cette organisation corporative. À partir du moment où il était difficile pour plusieurs ouvriers et compagnons en particulier d'accéder au rang de maître dans les métiers, un certain nombre de ces compagnons se sont organisés. en quelque sorte pour résister, pour s'ordonner entre eux, pour faire société un peu à part du système corporatif. Et progressivement, ce système-là a pris, au cours du XVIIIe siècle et surtout au XIXe siècle, une forme d'indépendance et une autonomie avec des valeurs qui se sont trouvées être assez différentes de celles défendues par le système corporatif qui lui-même s'était effondré à la fin du.
Radio Host / Interviewer
XVIIIe siècle. Voilà, c'est pour ça qu'il faut toujours un médiéviste avec nous pour donner un peu de profondeur. François Rivière, l'organisation des métiers, en tout cas pour la formation des métiers, c'est ce système que nous venons d'entendre ici avec un maître des apprentis. C'est ça en fait qui a cours.
François Rivière
Au Moyen-Âge. Alors oui, le système le plus fréquent ce sont des maîtres et des apprentis, mais il y a déjà des salariés, il y a toute une gamme de subordonnés, pour employer un terme plutôt contemporain, qui peuvent, alors les apprentis eux-mêmes peuvent gagner de l'argent dans certains cas, des maîtres peuvent s'engager comme salariés auprès d'autres maîtres. Et c'est Bronislaw Geremek, un grand historien polonais qui écrit en français aussi, qui a montré ça, que les métiers se ferment à partir du XIVe siècle. Alors, on peut nuancer cette approche, mais il reprenait une approche qui date du XIXe siècle aussi. Et à ce moment-là, évidemment, il y a des gens qui, à la fin de leur apprentissage, ne passent pas directement maître. Et ils peuvent rester plus ou moins longtemps en ce statut de valet gagnant de l'argent. Et ils peuvent à ce moment-là aussi, du coup, chercher du travail ailleurs. Sans doute l'origine, peut-être, de ces migrations, de ces mouvements, de ce tour de France. 1402, c'est la première mention que j'ai trouvée de quelque chose qui ressemblerait à un tour de France, mais c'est dans une organisation de métiers avec des maîtres. Je ne parle pas de système corporatif pour le Moyen-Âge, parce qu'en termes de système, ce serait plutôt 17e, 18e siècle, mais déjà les traces qui peuvent ressembler à des corporations, c'est là qu'on voit apparaître ces ouvriers vagabonds qui sont autorisés à rester dans une ville pendant certains temps sans et à travailler sans faire les formalités qui seraient exigées s'ils.
Radio Host / Interviewer
Étaient locaux. Vous étiez intervenu, François Rivière, dans une émission du cours de l'histoire à retrouver sur franceculture.fr et l'appli Radio France, guilde des compagnonnages. Compagnonnage, défendre son métier au Moyen-Âge. Dites-moi, au moment de réfléchir à cette itinérance, nous devons penser à l'idée même de chantier. Quand un chantier s'installe dans une ville pour construire par exemple une cathédrale, une fois que la cathédrale est construite, on n'a plus besoin des gens. C'est ça aussi.
François Rivière
L'Idée d'itinérance? D'ailleurs, c'est ce qui fait que, si on parle du bâtiment, c'est un secteur où il y a très peu d'organisations qui ressembleraient à des corporations au Moyen-Âge. C'est un secteur très peu organisé, sauf dans quelques cas, et ça apparaît assez tardivement. Mais il y a déjà ce qu'on appelle les loges. La loge, c'est tout simplement l'endroit où se réunissent les travailleurs du chantier. où il y a des maîtres et des apprentis, ça c'est très bien attesté par toutes les comptabilités. Et les maîtres ont cette particularité dans le bâtiment qu'eux-mêmes sont salariés, c'est-à-dire qu'ils n'ont pas leur atelier, leur indépendance. Mais les premières attestations du Tour de France que j'ai, c'est dans la draperie, c'est pas dans la construction. C'est la draperie de Côtebecq, voilà, parce que j'ai travaillé sur la Normandie. Peut-être que si on poussait les recherches, on arriverait à remonter encore et grignoter quelques années. Mais voilà, il y a aussi beaucoup d'éléments qui sont dispersés dans.
Radio Host / Interviewer
Différentes branches.
Xavier Mauduit
Virginie Tassin. Oui, j'ajoute pour abonder à ce que dit François, que nous on a pour habitude de présenter aussi une date un peu clé, qui est une ordonnance de 1419, donc on est effectivement à la fin du XVe siècle. Et encore une fois, ce n'est pas le bâtiment qui apparaît, c'est le secteur de la cordonnerie. Et là, on voit en fait dans cet extrait d'une ordonnance du roi, la mention des compagnons. Et c'est très intéressant parce qu'on voit se dessiner vraiment les fonctions du compagnonnage. On parle d'ouvriers, de compagnons qui vont de ville en ville pour voir, alors pour travailler, ouvrir, travailler, voir, apprendre, connaître les uns des autres. Donc il y a vraiment cette idée de s'entraider. Il y a cette idée de l'itinérance pour se former et aussi pour évidemment répondre aux besoins des chantiers. Et puis l'idée qui commence à se dessiner de la formation aussi, en tout cas d'un perfectionnement professionnel au fil.
Radio Host / Interviewer
Des chantiers. avec toujours la volonté de trouver l'apprentissage, ça c'est une chose, mais la liberté et.
Narrator / Companion Representative
La fraternité. Le compagnonnage, c'est l'amour de la liberté, la conscience du travail bien fait, et la fraternité. Voilà les trois fondateurs du compagnonnage, Maître Jacques, le roi Salomon et le père Soubise, qui sont des personnages fabuleux, légendaires, dont on ne sait rien, à part Salomon qui est le constructeur du temple de Jérusalem, On ne sait pas qui est Maître Jacques. Peut-être Saint-Jacques-le-Majeur, peut-être Jacques de Molay, peut-être Jacques Molaire, le soi-disant constructeur de la cathédrale d'Orléans, mais tout ça, ce sont des fables. En réalité, je crois que c'est Saint-Jacques-le-Majeur qui était le patron de tous les itinérants. Quant au père Soubise, on ne sait absolument pas qui il est. On raconte des histoires, vu les fabuleuses sur eux, ils ont des légendes extraordinaires, qui ne s'accordent pas d'ailleurs toujours, mais les compagnons les aiment bien. Tout ça est légendaire, mais en somme, ça cristallise très bien la triple origine du compagnonnage, qui est à la fois monastique, soumise, chevaleresque, maître Jacques, qui est habillé en templier, et biblique.
Radio Host / Interviewer
C'Est-À-Dire Salomon. Nous étions en 1980 avec Roger Le Côté, qui était conservateur du musée du compagnonnage de Tours. Virginie Tostin, c'est le musée dont vous êtes responsable, ce musée du compagnonnage, où j'entends bien ici. Et il y a notre démarche, celle que nous adoptons dans le cours de l'histoire, avec l'objet qui est la construction de la légende et puis après le document historique qui nous montre au plus près de la réalité ce qui a pu se passer. Donc j'entends qu'un 15e siècle est à retenir pour voir l'apparition de.
Xavier Mauduit
Travailleurs itinérants. Oui, on a effectivement tendance à penser, avec ces premières traces de l'itinérance, peut-être des pratiques rituelles aussi. On a quelques images, par exemple, où on voit des compagnons, enfin en tout cas des travailleurs, qui ont le front sain d'un ruban avec des petites couleurs, des petites fleurs qui rappellent les couleurs fleuries des compagnons de tailleur de pierre qu'on verra apparaître, en tout cas de façon plus certaine, plus tard dans.
Radio Host / Interviewer
L'Époque moderne.
Nicolas Adel
Nicolas Adel. Oui, je trouve l'archive qui a été présentée très intéressante parce qu'effectivement, ces trois personnages dont a parlé Roger Lecôter, en fait, se fixent dans les représentations, y compris visuelles, dans le courant du XIXe siècle, en vérité. Et l'origine des noms, c'est toujours quelque chose qui a beaucoup intéressé les compagnons qui étaient vraiment Jacques et qui étaient vraiment Soubise. Pour Salomon, ça c'est un peu autre chose. Et une proposition qui a été faite, c'est de considérer qu'en fait il ne s'agit pas vraiment de personnages qu'il s'agirait de retrouver, mais des noms propres qui ont été fabriqués, peut-être parfois même à partir de noms communs, une idée et que Maître Jacques en fait à l'origine C'est un qualificatif qu'on associait aux compagnons au cours du XVIIe et du XVIIIe siècle qui avaient tendance pendant leur tour de France à faire des niches, à embêter les maîtres, à aller taquiner un peu les artisans sédentaires, à faire la fête, etc. Et on disait, ils font les jacques. Et progressivement, l'idée que ce nom commun qui leur était associé est devenu un nom propre dont ils ont fini.
Radio Host / Interviewer
Par revendiquer. Avec François Rivière dans ce monde Et je l'entends bien, on ne va pas parler de corporation au Moyen-Âge, mais dans ce monde du travail où il y a besoin de maîtres, de valets, de formation, il y a besoin d'identité aussi. Nous sommes dans des mondes cloisonnés pour les métiers. Une fois que nous entrons dans un métier, nous y restons. Et puis en réalité, nous sommes nous-mêmes issus de ce monde-là parce que enfants de tailleurs, enfants.
François Rivière
De cordonniers. Alors non, souvent c'est plutôt assez fluide. Les entreprises médiévales sont de courte durée, c'est une entreprise familiale, elle peut se transmettre. Dans les règlements, il y a souvent des dispositions qui sont là pour favoriser les fils de maître ou les filles de maître d'ailleurs. Mais si on regarde les listes de noms, très souvent, il y a un très fort renouvellement, que ce soit au XIVe ou au XVe siècle. C'est aussi dû évidemment à des périodes qui sont difficiles, où il y a beaucoup de mortalité, où il y a des migrations pour fuir les guerres. Et puis, il faut évidemment prendre en compte l'extrême diversité du Moyen-Âge. En revanche, en termes de cloisonnement, c'est-à-dire que chacun est dans sa ville. On peut changer de ville, mais à ce moment-là, il faut, si on est dans un métier organisé, remontrer pattes blanches, montrer qu'on a fini son apprentissage éventuellement. Et puis chaque organisation est très locale et va faire fendre la production de draps de tel endroit puisque ça va avec une marque souvent. Et puis on pourrait évidemment retrouver des histoires de marques dans la construction aussi mais je vais peut-être laisser la parole là. marque sa pierre. Pour payer un tailleur de pierre, on va le payer au nombre de pierres qu'il a marquées avec son signe, en faisant une trace avec un outil. Et donc c'est comme ça qu'on peut les retrouver. D'ailleurs, en archéologie, on se sert beaucoup de ce genre de marques sur les pierres pour comprendre la construction des cathédrales et.
Radio Host / Interviewer
D'Autres bâtiments. D'ailleurs, c'est un passage obligé au moment de la visite d'une cathédrale, d'une église, où le guide nous dit « Regardez, là, il y a la marque du tailleur de pierre, un V, une croix, parce que voilà, ça, c'est la pierre ainsi construite ». C'est vrai que nous avons l'identification dans ce métier-là, on le sent, c'est important avec ses légendes, avec ses marques, parce qu'il faut se faire payer, mais aussi, je montre que je sais Bien faire, Virginie Tostin, c'est vraiment cela. Est-ce qu'on ne peut pas parler, ici, avec ces compagnons du Tour de France, ces compagnons du devoir, de l'idée que nous sommes compagnons. On n'est pas exactement comme les autres. C'est ce qui se construit, j'ai l'impression.
Xavier Mauduit
Au fil du temps. Oui, c'est vrai et ça relève de plusieurs dimensions. D'une part, ce sont des ouvriers qui se revendiquent très qualifiés. C'est vrai que le Tour de France, ce voyage de plusieurs années, permet de se former sans doute mieux qu'un ouvrier qui va rester toute sa vie attaché au même maître, à la même entreprise. Et c'est encore vrai aujourd'hui. notre propre itinérance dans nos métiers nous permet d'apprendre beaucoup plus que si on reste toute sa vie au même endroit. Donc ça, c'est plutôt du bon sens. Et puis, ce qu'on n'a pas évoqué encore, c'est que ce sont aussi des sociétés à caractère initiatique et que ces rites de passage vont obliger les compagnons, dans ce temps du Tour de France et lors de la réception, à.
Radio Host / Interviewer
Progresser toujours quelque.
François Rivière
Part. Oui, François Elvière? Je voulais juste rappeler qu'en termes de confrérie, il y a beaucoup de choses qui sont médiévales, qui sont légèrement différentes de ce qu'on peut appeler compagnons du devoir, mais où les salariés ont une place beaucoup plus évidente que dans les organisations de métiers où ce sont les maîtres qui décident un peu de tout. souvent associés à une organisation de métier séculière, il y a une confrérie religieuse. Et dans la confrérie religieuse, les apprentis, mais aussi les valets et les compagnons, au moment où on les appelle compagnons, cotisent pour participer aux cérémonies globales, notamment les funérailles qui sont souvent payées en partie par la confrérie et qui rassemblent la communauté à ce moment-là. Et parfois, il y a des confréries spécifiques aux subordonnés qui peuvent s'opposer à ce moment-là au maître. Donc on tombe dans cette idée qu'on peut.
Radio Host / Interviewer
Aller taquiner les maîtres. Voilà, c'est toujours très bien d'aller taquiner les maîtres. Nicolas, Adèle, des hommes de devoir, vous commencez votre étude sur les compagnons du Tour de France au XVIIIe siècle. Au XVIIIe siècle, y a-t-il une identification qui se renforce des compagnons? Ou pour le dire autrement, pourquoi à ce moment-là, on sent bien que le compagnonnage.
Nicolas Adel
Prend une forme particulière? Oui, effectivement, au XVIIIe siècle, le compagnonnage commence à prendre la forme qu'on va lui reconnaître et qu'on lui reconnaît toujours aujourd'hui. Alors, pourquoi il y a effectivement l'idée de restructurer une organisation qui emprunte en partie au système ou plutôt à la formule de la confrérie, c'est-à-dire que l'organisation compagnonique se met à prendre et à organiser des caisses mutuelles pour les funérailles, mais aussi pour prendre en charge un ouvrier, un compagnon qui serait malade et qui serait dans l'incapacité de travailler. Et le compagnon, je le revendique encore un peu aujourd'hui, c'est le premier système de la mutualité ouvrière et une forme de proto-syndicat, ce qui leur a posé ensuite beaucoup de problèmes quand les syndicats se mettront en place à la fin du 19e siècle. Mais l'autre raison, c'est que le compagnonnage à la fin du 18e siècle doit affronter. finalement, la fin du système corporatif. Et finalement, tous ces maîtres, tous ces artisans sédentaires, surtout d'une manière plus générale, vis-à-vis desquels les compagnons se distinguaient, qu'ils allaient taquiner et contre lesquels, en fait, ils construisaient leur identité de vagabonds, des rangs, de jeunes aussi. C'était plutôt des jeunes. Comme ce système disparaît, que faire? Est-ce que le système compagnonique disparaît avec? ou est-ce qu'il faut réinventer la formule? Et c'est ce qui se passe, on réinvente la formule et les compagnons vont prendre en charge désormais la vie entière des individus qui vont intégrer l'organisation, ce qui n'était pas le cas avant. Jusqu'au début du 19e siècle et encore au milieu du 19e siècle, en fait, on est compagnon très temporairement. On rentre, on fait sa jeunesse au sein d'une formule compagnonique et puis on quitte le compagnonnage en remerciant les frères qui vous ont accueilli. Et à partir du milieu du 19e siècle, en fait, on devient compagnon. L'idée c'est qu'on devient.
Radio Host / Interviewer
Compagnon pour la vie. On devient compagnon et on le reste, Virginie Tostin, parce que c'est ça, c'est une histoire de formation, quel moyen adopter pour être le mieux formé possible. On comprend le compagnonnage extrêmement efficace avec le système de Tour de France. Et dans le même temps, autre chose se construit. On devient compagnon et on reste.
Xavier Mauduit
Compagnon toute sa vie. Oui, puisque le compagnonnage, ce n'est pas uniquement le perfectionnement professionnel, c'est aussi un perfectionnement moral. C'est d'ailleurs sans doute ce qui explique les caractéristiques initiatiques aussi de ces mouvements. On va devoir, tout au long de ce Tour de France, ce temps de l'aspirana, ce qu'on appelle l'aspirana, c'est-à-dire qu'avant d'être reçu compagnon, on va devoir faire ses preuves. Et donc, on va devoir aussi montrer, certes que techniquement on est au point, mais ça on a déjà été formé en fait, donc le Tour de France consiste vraiment en imperfectionnement. Et puis, on va devoir aussi se construire en tant qu'homme, en tant que femme maintenant, avec toutes les vertus et la morale qui est régulièrement répétée, assénée dans les maisons, dans les auberges qui accueillent les compagnons pour.
Radio Host / Interviewer
Les périodes plus anciennes. En tant que femme maintenant, on peut rappeler la date à laquelle les femmes ont pu devenir... Alors, on dit.
Xavier Mauduit
Compagnon pour une femme? C'est un débat sans fin. Compagnon, moi j'aime bien dire compagnonne, mais ce n'est pas admis.
Radio Host / Interviewer
Aujourd'Hui dans le.
Xavier Mauduit
Compagnonnage. Et c'est quand? Alors c'est 2004, si on est vraiment sur une date très officielle pour les compagnonnages qui sont, on va dire, reconnus aujourd'hui en France. Il existe tout un tas de petites sociétés compagnoniques avec peu de membres, peu reconnues, qu'on appellera dissidentes ou paracompagnoniques. Et il y a une toute première réception, en fait, historiquement documentée en 1978. Mais officiellement, la date officielle aux yeux.
Radio Host / Interviewer
Des compagnons, c'est 2004. Oui, donc c'est extrêmement récent. Dans cette histoire des compagnons du devoir, des compagnons du tour de France, il y.
Companion Voice (Archive)
A beaucoup de secrets. Révèle-moi ton secret, ta puissance. En un seul mot, je prétends tous savoir. Vous resterez toujours dans l'ignorance. Car nous gardons le secret du devoir. Vous resterez toujours dans l'ignorance. Car nous gardons le secret du devoir Je t'offrirai des châteaux, des richesses Je te ferai grand chevalier Et pour compagne, une belle princesse Dans mon palais, tu seras le premier Je t'offre encore mon temple et ma couronne Viens avec moi partager le pouvoir Gardez-vous bien, gardez votre trône Car nous gardons le secret du devoir Gardez-vous bien et gardez votre trône Car nous gardons.
Radio Host / Interviewer
Le secret du devoir champ de conduite des compagnons ici en 1953, c'est la date de cet enregistrement. Nous avons l'évocation de ce compagnon qui refuse tout l'or, la position sociale prestigieuse parce qu'il va conserver le secret, Nicolas Adel. Nous avons ici qui se mélange l'idée d'une identité très particulière, on l'entend bien, et du secret qui permet aussi de conserver cette identité. C'est ça qui est fascinant, c'est Comme s'il y avait une conservation du savoir, mais.
Nicolas Adel
Le savoir par l'excellence. Oui, c'est tout à fait vrai et c'est très important pour les compagnons cette dimension du secret. Alors, ils préfèrent évidemment, enfin ils refusent par ailleurs aujourd'hui d'être qualifiés de sociétés secrètes, ce qu'ils ne sont pas, puisqu'ils sont très connus, très installés dans le monde. Ils préfèrent parler volontiers de discrétion, de société qui a des secrets. La fonction de ce secret, évidemment, Le contenu importe peu, comme dans pratiquement toute situation de communauté à secret, c'est pas tellement le contenu, c'est le fait que ça permet de distinguer à l'intérieur d'un ensemble des groupes dissociés, et qui permettent d'organiser une progression sociale, ici représentée par une progression dans l'accès à la connaissance. Mais ce qui se passe par exemple dans le cadre de l'organisation initiatique chez les Compagnons, c'est qu'en fait on va se mettre à initier quelqu'un, Mais dans le cas de l'initiation, les connaissances qui sont données sont en quelque sorte relatives et on demande en fait après l'initiation à la personne d'acquérir les connaissances qu'elle est censée posséder au moment de l'initiation. Puisque l'initiation est plutôt un moment qui est fait pour impressionner, un moment qui est fait pour manifester un attachement et une progression dans son identité de compagnon et pas tellement un lieu d'acquisition stricte des connaissances, au sens où ce serait une salle de.
Radio Host / Interviewer
Classe un peu particulière. Oui, voilà, c'est ça. Avec François Rivière, la place du secret dans la formation au Moyen-Âge. Parce que la question se pose bien sûr, quand on ne veut pas de concurrence, on garde son savoir et c'est tout à fait logique. Et aujourd'hui encore, c'est le cas pour une entreprise. Il y avait.
François Rivière
Du secret au Moyen-Âge? Il y a du secret au Moyen-Âge, mais puisque c'est secret, on a du mal à le savoir. Dans les clauses des contrats d'apprentissage en Angleterre, souvent, il y a des clauses de secret à la fin du contrat. Mais dans le cas français, c'est beaucoup plus rare. Moi, je le connais beaucoup moins bien. Les mentions textuelles de secrets ou les allusions qu'on pourrait avoir même dans des procès à des secrets sont vraiment très très rares dans ce que je connais. Je sais qu'il y a de l'espionnage industriel en Italie, on en a quelques cas en France dans le cas de la soirée, des choses comme ça, mais vraiment, c'est pas tellement dans le cadre du compagnonnage que je vois ce genre de choses. En revanche, les compagnons peuvent être engagés eux-mêmes dans l'apprentissage. C'est-à-dire que c'est eux qui peuvent former un apprenti à l'intérieur de l'atelier sans que ce soit le maître. Et là, on voit bien qu'il peut avoir différents degrés de connaissances et une forme de.
Radio Host / Interviewer
Gestion de la connaissance. Et puis un degré de reconnaissance aussi, parce que si nous sommes compagnons, nous reconnaissons les autres compagnons. Virginie Tostin, vous avez d'ailleurs parlé de compagnonnage au pluriel. Vous avez.
Xavier Mauduit
Dit les compagnonnages. Pourquoi? Parce que, en tout cas jusqu'à cette reconfiguration des compagnonnages dont a parlé Nicolas au XIXe siècle, sous l'Ancien Régime, on a une organisation des sociétés de compagnonnage qui effectivement fait un peu le parallèle avec les confréries ou le système corporatif, c'est-à-dire qu'on s'organise en fonction de son métier. Et ça reste quand même la porte d'entrée du compagnonnage, c'est de pratiquer un métier. C'est ce qui va distinguer aussi le compagnonnage, la franc-maçonnerie par exemple. Donc on entre d'abord dans le compagnonnage parce qu'on a appris son métier et à chaque métier, à chaque société qui se constitue au XVIIe, XVIIIe, donc que ce soit des tailleurs de pierre, des charpentiers, des couvreurs, des cordonniers, il y a une trentaine de métiers en tout qui sont des métiers de l'artisanat, et bien il y a des subtilités en fait. Chacun va avoir des devoirs spécifiques. Le devoir c'est vraiment l'ensemble des rites, des règlements qui fondent l'identité de la société et des compagnons. et à l'intérieur de chacun, de chacune de ces sociétés, on va avoir des petites subtilités. Et il y a parfois eu des hostilités entre sociétés, parce que justement un rite ressemblait trop à un autre, parce que la canne d'un tel ressemblait trop à celle d'un autre. Et voilà, pour autant qu'il y ait beaucoup de transmission chez les compagnons, il y a aussi effectivement cette idée de garder un peu jalousement quand même cette communauté, en tout cas d'y entrer que.
Radio Host / Interviewer
Quand on le mérite. Voilà, c'est ça, parce qu'il y a l'idée de communauté aussi, Nicolas Adel. Il n'y a pas LE compagnonnage au XVIIIe siècle, comme vient d'être évoqué les francs-maçons, comme une société secrète qui existerait.
Nicolas Adel
Qui serait LE compagnonnage. Non absolument, il n'y a pas du tout cette représentation-là, c'est vraiment une pluralité, une mosaïque à la fois de métiers, d'activités, mais à l'intérieur même de métiers, plusieurs façons à la fois de le réaliser et de le vivre, puisqu'on l'a dit, le compagnonnage peut-être avant même de former à de l'excellence technique, à d'abord former à de l'excellence éthique. En fait, c'est un peu à ça que le compagnonnage au début du 19e siècle se prépare. Et la fonction du secret, pour revenir là-dessus dans cette affaire, c'est sans doute d'abord de construire de l'éthique et de devenir un peu plus sérieux, puisque, on l'a dit, les compagnons c'était d'abord des Plutôt au XVIIe, au XVIIIe siècle, des jeunes qui taquinaient des anciens pour dire les choses comme ça. Et quand ce système doit se repenser, en fait, il faut que le compagnonnage devienne un peu plus sérieux, un peu plus grave, un peu plus dramatique. Et là, les rites se repensent. Là, des gens réfléchissent et il y a des compagnons qui écrivent dans leurs correspondances qu'ils trouvent que leurs rites ne sont pas assez sérieux et que donc il faut renforcer la gravité des rituels. Et à ce moment-là, chaque société compagnonique va avoir sa façon de dramatiser en quelque sorte les épreuves. Et parfois, à l'intérieur de ces épreuves, des philosophies différentes vont se manifester. ça peut donner lieu à des luttes entre compagnons qui ne partagent pas.
François Rivière
Exactement la même philosophie. Alors, je suis très intéressé par ce qui vient d'être dit, et je voulais rebondir peut-être sur cette notion d'artisanat, un terme qui a été employé aussi par Virginie auparavant, parce que pour les médiévistes, il y a un petit débat qui est apparu sur l'utilisation du terme industrie pour le Moyen-Âge par rapport à l'artisanat. Parce que finalement, cette opposition artisanat-industrie, c'est quelque chose qui émerge au XIXe siècle, quand l'industrialisation finit par renvoyer d'autres modes de production vers le passé, Et du coup, je me demandais s'il y avait un lien justement dans cette évolution du compagnonnage du XIIe siècle avec cette volonté de se distinguer d'une industrie où le savoir n'est pas géré.
Radio Host / Interviewer
De la même manière. Parce que c'est ça aussi, il faut recontextualiser systématiquement l'organisation sociale. Vigénie Tostin, là où le compagnonnage cherche à se donner une histoire linéaire, très ancienne et légendaire, La réalité, c'est que ce compagnonnage ou ces compagnonnages.
Xavier Mauduit
S'Adaptent aux différents contextes. Je pense que les compagnonnages n'auraient pas survécu s'ils ne s'étaient pas constamment adaptés à la société dans laquelle ils existent. On l'a vu déjà, Nicolas a donné des exemples de cette recomposition au XIXe siècle. C'est vrai que le XIXe siècle, traversé par toutes les vagues d'industrialisation, ont aussi obligé les compagnons à s'organiser différemment. On sait que, par exemple, la place du chef d'œuvre, dont on reparlera peut-être, était probablement assez peu significative sous l'Ancien Régime, voire même parfois inexistante, alors qu'au XIXe siècle, face justement à cette industrialisation, à la création d'emplois moins qualifiés, les compagnons vont aussi vouloir mettre en valeur ce travail artisanal, le travail de la main, ces capacités techniques qui sont en train aussi d'être un petit.
Radio Host / Interviewer
Peu mises à mal. Nicolas Adel, le chef d'œuvre du 18e siècle, s'il existe, n'est pas du tout ce chef d'œuvre du 19e siècle, c'est-à-dire l'œuvre majeure qu'un compagnon peut présenter à un.
Nicolas Adel
Moment de son existence. Oui, c'est tout à fait vrai. Et ce que disait Virginie est très juste. C'est qu'en effet, longtemps, la place de ce qu'on appelle le chef d'oeuvre pour devenir compagnon a été relative. Elle était soit dans certains métiers inexistants et parfois n'était de toute façon pas la dimension la plus importante. Par ailleurs, il y avait une pluralité de chefs-d'oeuvre. On pouvait réaliser des chefs-d'oeuvre individuels qui pouvaient servir à progresser dans sa société. Parfois, c'était des chefs-d'oeuvre qui servaient à prouver de façon artistique ses capacités techniques. Parfois, on faisait des chefs-d'oeuvre qu'on appelait ensuite des chefs-d'oeuvre pédagogiques, c'est-à-dire des chefs-d'oeuvre qui servaient de support d'enseignement. à l'intérieur des maisons de compagnons. Et puis il y avait beaucoup, beaucoup, et c'est très souvent à ça que fait référence le terme de chef-d'oeuvre au XIXe siècle, ce sont des chefs-d'oeuvre collectifs. Des chefs-d'oeuvre qui servent à représenter, à emblématiser une société de compagnons en particulier. Et il y avait parfois des compagnonnages qui.
Radio Host / Interviewer
Rivalisaient par chefs-d'oeuvre interposés. Nicolas Adel, peut-on dire que le dénominateur commun de tous ces compagnonnages, c'est le Tour.
Nicolas Adel
De France, c'est l'itinérance? Oui, tout à fait. Et ça, effectivement, sans doute depuis longtemps, le compagnonnage, c'est vraiment une formule qui est fondée sur l'itinérance et qui va appuyer sa formation sur cette itinérance, c'est-à-dire sur cette capacité à maîtriser des savoirs hors de sa région. à, pour un couvreur par exemple, être aussi bien capable de maîtriser les techniques de la tuile canale, de l'ardoise, mais aussi de la lose, etc. Et c'est probablement une des différences, comme l'a dit aussi Virginie un peu plus tôt, qui, entre le compagnonnage et d'autres formations professionnelles, où cette place de la pluralité des savoirs qu'il est nécessaire de maîtriser est sans doute un.
Alain Le Tourangeau
Petit peu moins grande. Alain Le Tourangeau, compagnon menuisier du Doir, itinérant. Je suis parti de Lille il y a huit ans maintenant, ayant fait une dizaine de villes. Depuis le mois de septembre maintenant, je suis arrivé à Nîmes pour repartir au mois de juillet, faire encore peut-être une ville et savoir s'arrêter. J'ai commencé à Lille en 70, Reims, tout l'hiver 71 à Reims. La Rochelle, Toulouse, Nantes. De Nantes, je n'ai pas resté à Nantes, j'ai monté à la campagne, c'est-à-dire à côté de Brest. Après, je suis parti à l'armée et j'ai fait Angers, Saint-Etienne, Lyon où j'ai été reçu.
Nicolas Adel
Compagnon, Bordeaux. énime actuellement. Et au début, c'est.
Alain Le Tourangeau
Très dur au début. Il y a des jours, on aurait plutôt envie de.
Radio Host / Interviewer
Retourner à chez soi. Oui, c'est sur RFI en 2005 que s'exprimait Alain Le Tourangeau, qui évoquait son Tour de France. François Rivière, on le rappelle bien, le Tour de France n'a pas attendu les compagnons, ou plutôt l'itinérance n'a pas attendu.
François Rivière
La formation du compagnonnage. Alors non, on trouve des formes de reconnaissance d'une itinérance d'ouvriers et donc on voit l'intérêt, c'est ce que Virginie disait tout à l'heure, en termes de partage de connaissances chez ces cordonniers 1419. Auparavant, c'est juste un accueil d'ouvriers vagabonds. On leur laisse un temps limité, ça peut être 8 jours, mais ça peut être un peu plus long, un mois ou deux, pour rester dans une ville sans faire les formalités qui peuvent être exigées. Et c'est dans la deuxième moitié du XVe siècle, donc on est déjà quasiment plus dans le Moyen-Âge, Constantinople est déjà pris par les Ottomans, on est un peu dans la marge, que là vraiment ça se diffuse et qu'on voit ces compagnons qui apparaissent dans les statuts de métiers corporatifs. Alors ils sont inclus dans tout ce système-là et donc ils n'ont pas l'autonomie qu'ils peuvent avoir chez les compagnons du devoir. Mais on peut demander d'eux déjà un degré de compétence, des examens spécifiques, pour, en plus de leur apprentissage, passer compagnon, éventuellement rester quelques années compagnon avant de devenir maître. Même si, à cette époque-là, ça reste relativement rare et un peu marginal par rapport à l'ensemble des métiers qui sont déjà organisés, qui eux-mêmes sont marginaux par rapport à l'ensemble du monde du travail. Il faut le rappeler, on est quand même dans une niche un peu particulière en termes de gestion du travail.
Radio Host / Interviewer
Et de la connaissance. Et il faut en faire des kilomètres parce que nous parlons de Tours de France sachant que la notion de France est une notion qui pourrait être largement discutée ici quand nous évoquons le Moyen-Âge et le après. Mais que reste-t-il aujourd'hui Virginie Tosta quand on va au musée du compagnonnage à Tours qui évoque ces kilomètres parcourus.
Xavier Mauduit
Par tous ses compagnons? Le compagnon reçoit, lors de sa réception, quelques attributs. Traditionnellement, par exemple, la canne, qui peut faire penser au bourdon de Saint-Jacques. On en parlait tout à l'heure de la référence à Saint-Jacques pour Maître Jacques chez les compagnons. Cette canne, elle symbolise l'itinérance. Chaque compagnon en reçoit une. Ça fait partie des objets que l'on collecte, souvent d'ailleurs à titre très personnel. Ce sont des compagnons qui soit les emportent dans la tombe, soit les donnent au musée, ou les passent à un plus jeune aussi, ça peut arriver. Il y a encore une fois cette forte notion de transmission chez les compagnons. Et puis depuis quelques années, on a aussi essayé de vraiment mettre en avant des témoignages comme celui qu'on a entendu dans l'archive. de ce qu'est la réalité de l'itinérance aujourd'hui, puisque les objets sont évocateurs. Mais la parole aussi des compagnons contemporains est très intéressante pour comprendre que chaque tour de France est différent, qu'ils sont aussi tout à fait relatifs aux métiers pratiqués. Il peut être plus ou moins long. On peut passer une année dans une ville ou six mois seulement, ce qui est beaucoup plus court en termes de gestion de son voyage. On peut maintenant partir à l'autre bout du monde. Il y a des compagnonnages, enfin en tout cas l'association ouvrière qui vraiment enjoint les jeunes itinérants à aller faire une année à l'étranger comme un Erasmus du compagnonnage. Et ils en retirent évidemment pas uniquement des.
Radio Host / Interviewer
Connaissances professionnelles, c'est certain. Nicolas Adel, c'est pas rien, ça aussi, de parcourir autant de kilomètres. Est-ce qu'il y a des indications sur la manière dont se réalise ce Tour de France? C'est-à-dire, c'est un compagnon qui parle seul, il part en groupe, puis il faut savoir où aller, parce que c'est pas tout, de partir, il faut trouver.
Nicolas Adel
Un point de chute. Oui, alors ça, c'est comme le reste chez les Compagnons. Ça a beaucoup changé, évidemment, dans le temps. Entre le début du 19e siècle et nos jours, on a des formes de Tour de France qui sont non pas seulement élargies au monde entier, mais qui ont des formes tout à fait différentes. Une des grandes ruptures, probablement y compris intellectuelles chez les Compagnons, c'est la généralisation de la voiture. Le fait que la voiture se généralise, ça a changé totalement la manière dont le Tour de France s'est fait et même plus précisément la manière dont on partait des maisons. Puisque très souvent les départs étaient des départs accompagnés, collectifs, à pied jusqu'aux portes de la ville et puis on pouvait rejoindre qui une gare ou parfois même prendre le bateau. et l'apparition et la généralisation de l'usage de la voiture a rendu plus individuel et surtout a éparpillé un petit peu ce moment du départ qui était très important et qui était un moment de renforcement de l'identité. Mais sur le Tour de France par ailleurs, ce qui est aussi important, et ça a été dit dans l'archive par Alain Le Tourangeau, C'est aussi la difficulté, enfin c'est très difficile. Des fois on a quand même envie d'être plutôt chez soi. Et il faut bien noter que beaucoup finalement de gens qui entreprennent le Tour de France ne terminent pas déjà le Tour de France. Et cette difficulté, c'est d'abord les journées de travail qui sont très longues puisqu'on fait son travail en entreprise. on rentre à la maison des compagnons, là on a encore les cours du soir qui sont donnés, et puis après les cours du soir, il y a encore à s'adonner un peu tous les jours à l'exercice qu'on vous demande de faire pour la fin de l'année, qui est un petit travail de maquette et qui, dans certaines années particulières, c'est le travail de réception, donc.
Radio Host / Interviewer
La réalisation du chef-d'œuvre. Nicolas Adel, vous venez de rappeler que c'est Alain le Tourangeau qui s'exprimait et ce qui permet d'évoquer ici, c'est tellement important sur l'identification, c'est sûrement donné par les compagnons à d'autres compagnons ou peut-être des surnoms.
Nicolas Adel
Qu'Ils se donnent eux-mêmes. Oui, le surnom ou le nom compagnonique, ça fait partie de l'identité du compagnon. C'est une façon d'organiser aussi la progressivité de l'acquisition de cette identité, puisqu'on commence par acquérir d'abord un morceau de son nom, très souvent un morceau de la province. Beaucoup de noms de compagnons sont composés de deux parties et un nom de région ou de ville. Toulousain, Occitan, Parisien, Tourangeau, etc. Et le nom d'une qualité, par exemple, l'ami d'utré, la fierté, coeur loyal, la sagesse, etc. Dans le cas d'Alain Tourangeau, il fait partie d'une des seules sociétés où le nom compagnonique n'est composé que du prénom et de l'origine géographique. Et cette acquisition du nom qui se fait progressivement dans le cadre des rites d'initiation est une composante essentielle et rajoute sur la nécessité de cette excellence et de l'importance de cette excellence éthique puisque ce sont des vertus que.
Radio Host / Interviewer
L'On met en évidence. Virginie Tostin, pourquoi Tours au cœur de cette réflexion? Parce qu'on cite Alain Le Tourangeau, il y a le musée du compagnonnage à Tours, il y a.
Xavier Mauduit
Quelque chose de spécifique? Il y a toujours eu effectivement beaucoup de compagnons à Tours. D'une part parce que c'est une ville sur la Loire et qu'une grosse partie de l'organisation du Tour de France, c'est pas le seul fleuve qui est concerné, mais à l'époque où on fait le trajet plutôt à pied, on va suivre le cours du fleuve. Donc, par exemple, il n'est pas rare de croiser des compagnons au XVIIIe siècle qui passent par les villes d'Orléans, de Blois, Tours, Aumur, Nantes. Et puis ensuite on va éventuellement partir par bateau pour rejoindre Bordeaux. Et ensuite on va continuer là, évidemment, également le long des cours d'eau. Et puis Tours, c'est aussi une ville où il y a quasiment toujours eu pas mal de sociétés présentes. Il y a eu des gros chantiers de construction dans cette région. à la Renaissance notamment. Il y a aussi pas mal de tanneries, parce qu'on a aussi des tanneurs-couvrayeurs qui font partie du compagnonnage. Bref, pas mal de métiers concernés. Et un premier musée, l'embryon du musée actuel, qui apparaît dès 1911 et qui s'organise par les compagnons eux-mêmes, en fait, par l'alliance compagnonique Tourangel. qui crée dans le même temps, en 1911, le premier musée Compagnie unique, et aussi la première société protégerie des apprentis, puisqu'on commence à formaliser la protection des apprentis, les cours du soir pour les apprentis, ce qui donnera lieu ensuite à.
Radio Host / Interviewer
La naissance des CFA. Cette longue histoire, nous avons commencé au Moyen-Âge au pied des cathédrales et nous en sommes aujourd'hui au CFA avec ici pour l'évocation de ses compagnons toute l'idée d'un tour de France avec ses apprentis, CFA, les centres de formation d'apprentis. et des lieux où s'arrêter. Parce que ce n'est pas tout de partir sur la route avant les voitures. On a évoqué les voitures, mais avant les voitures, il fallait marcher longtemps.
Narrator / Cayenne Representative
Jusqu'où et jusqu'à qui? Ici, la Cayenne des compagnons charpentiers du devoir du Tour de France. Pour les non-initiés, et il n'y a pas très longtemps que je le suis, la Cayenne, c'est le 161 av. Jean Jaurès, la maison, l'association qui rassemble les charpentiers, les menuisiers, les maçons, les serruriers, les tailleurs de pierre et j'en passe, qui sont initiés, qui sont intégrés à la corporation la plus vieille du monde, puisqu'elle est née, m'a-t-on dit, avec nos toutes premières églises gothiques. Des centaines de.
Radio Host / Interviewer
Compagnons sont venus de toutes les villes.
Narrator / Cayenne Representative
De toutes ces autres Cayennes ou pas, et sont hébergés les apprentis, les candidats compagnons qui font encore comme autrefois, comme leurs ancêtres, leur tour de France du métier. La foule est très nombreuse, nous attendons la sortie de la mer. que des compagnons intronisent actuellement. C'est une cérémonie secrète dans des locaux où je ne peux pas pénétrer, évidemment. Mais des mères anciennes, celles qui ont été intronisées les années précédentes, attendent la sortie de la nouvelle intronisée pour la féliciter. J'avais demandé à la dame qui s'approche de moi quel est le rôle exact de la.
Xavier Mauduit
Mère dans une cayenne. Eh bien, le rôle de la mère dans une cayenne, c'est de soigner les jeunes, de les élever, de les soigner s'ils.
Narrator / Cayenne Representative
Sont malades, n'est-ce pas? C'est ça, vous êtes en quelque sorte la bonne hôtesse au sens le.
Radio Host / Interviewer
Plus pur du mot. Ah bah oui c'est ça, la bonne hôtesse au sens le plus pur du mot puisqu'il y a des femmes dans cette histoire. Là nous étions en 1955 avec la Cayenne, Nicolas Adel. Qu'est-ce qu'une Cayenne d'ailleurs? Ici je l'entends comme une auberge où.
Nicolas Adel
L'On accueille des compagnons. Oui, c'est le lieu dans lequel les compagnons ou ceux qui ne sont pas encore compagnons et qui font partie de la société et qui sont sur le tour de France. C'est le lieu où l'on vit, c'est le lieu où l'on se retrouve, où les compagnons mangent ensemble, pour le coup, partagent le pain. C'est une obligation de partager ses repas ensemble. C'est le lieu où l'on enseigne aussi. Alors, parfois, les lieux d'enseignement étaient dissociés, mais c'est aussi le lieu d'enseignement. C'est vraiment le lieu de la sociabilité compagnonique où, véritablement, une société prend corps et prend forme. Et au sein de cette Cayenne, effectivement, ce personnage de la mère occupe une place.
Radio Host / Interviewer
Particulière et très importante. François Rivière, est-ce que quand nous évoquons tout cela, sachant que nous avons passé le XVIIe, le XVIIIe siècle, on sent que l'univers du XIXe siècle est là, l'industrialisation, la volonté de montrer son chef-d'œuvre, parce que la peur de perdre les savoirs, la Cayenne, Est-ce que tout cela est très éloigné de la construction.
François Rivière
D'Une formation au Moyen-Âge? Alors oui, c'est assez différent. Alors on trouve des chefs-d'œuvre au Moyen-Âge, la notion de chef-d'œuvre, mais elle va être dans un système que maintenant on appelle corporatif, en tout cas un système où c'est pour passer maître souvent qu'il faut passer le chef-d'œuvre et ça apparaît déjà parfois à la fin du XIIIe siècle, mais surtout au XIVe siècle, c'est le moment où ça se développe. Au XIIIe siècle, c'est plutôt des examens, donc on ne fait pas forcément un chef-d'œuvre. Mais au XIVe siècle, tout de suite, ça pose problème. Justement, c'est ce qui crée des compagnons, c'est qu'ils n'ont pas les moyens de faire le chef-d'oeuvre pour devenir maître et avoir le droit d'exercer de manière autonome. Ce qui donne lieu à des procès parce que ça peut être un peu abusif ou alors ils tentent de faire un chef-d'oeuvre et ça leur est refusé de manière injuste par les maîtres. Donc le système d'apprentissage est très différent. Le système de logement va aussi être différent. Le terme de Cayenne, je ne l'ai pas rencontré du tout au Moyen-Âge. On retrouve le terme de loge dans les métiers de la construction parce que là, c'est lié aux différents chantiers temporaires et on est accueilli dans une loge. Là, les ouvriers n'habitent pas dans une famille qui les accueillerait. Parfois, le valet ou le compagnon peut aussi travailler chez lui, mais être salarié d'un mètre à côté, ça c'est possible aussi. Mais de toute manière, à ce moment-là, c'est très différent de manger ensemble et faire une formation le soir. Je voulais revenir sur cette histoire de Tour de France, puisque finalement, dans les premières mentions qu'on a dans la construction, Ce n'est pas au moment des cathédrales du XIIIe siècle, mais c'est en 1459 qu'on a des statues à Ratisbonne, donc on est plutôt du côté allemand, ou Strasbourg, c'est le côté germanique réellement pour cette époque-là, qu'on a des statues qui prévoient une année ou deux années de voyage, en fonction de, si on veut dire, mettre deux années. une année pour devenir maître et une année aussi pour devenir compagnon, avant de pouvoir pratiquer le métier dans un ensemble de loges qui se répondent les unes aux autres et qui gèrent les conflits les unes aux autres. Mais c'est à ce niveau là que ça intervient. Et donc là, on voit bien que le voyage est prévu, pas forcément seulement dans le cadre français, éventuellement dans.
Radio Host / Interviewer
Un cadre plus européen. Avec cette identification, et je l'entends bien ici, fait de rites, de rites de chansons aussi. Auditrice qui nous dit qu'elle est en train de chanter, c'est un Picard, c'est un Normand, un Champenois du côté de Liserre. Parce que c'est tout cela aussi qui fait le compagnonnage. Nicolas Adel, dans l'histoire du compagnonnage ou des compagnonnages du 18e siècle confrontés à l'industrialisation au 19e siècle, est-ce qu'on assiste à un bouleversement pour s'adapter au changement de contexte. Est-ce que dans l'histoire de ces compagnons qui se regardent, peut-être parfois avec rivalité, on a la volonté.
Nicolas Adel
D'Unir l'ensemble des mouvements? Alors il y a cette volonté, elle est d'abord assez marginale, mais elle existe au XIXe siècle et un compagnon la représente en particulier, ce compagnon c'est Agricole Perdiguier, qui est aujourd'hui probablement la figure la plus occuménique au sein du compagnonnage, c'était un compagnon menuisier. qui, entre 1800, au milieu des années 1820 et la fin des années 1860, a beaucoup œuvré, c'est-à-dire qu'il a beaucoup transmis sa parole par les textes, mais aussi par des chansons et pendant son tour de France. pour travailler justement à ce que les compagnons cessent leurs luttes internes. Il a aussi beaucoup œuvré pour la reconnaissance de la partie formative au sein du compagnonnage. Lui-même enseignait, transmettait l'art du trait de menuisier. et était par ailleurs un très bon ouvrier et il insistait sur cette dimension technique et puis sur la question de la solidarité, la mutualité ouvrière pour lui c'était une dimension très importante et donc oui il y a cette figure-là qui aujourd'hui reste dans les mémoires comme étant probablement celui qui a le plus œuvré pour l'unification du compagnonnage et sa transformation de société, on va dire, taquine, un peu batailleuse, vers une société proprement tout à fait très sérieuse déjà, et puis vraiment.
Radio Host / Interviewer
Orientée vers la formation. Oui voilà, il faut effacer cette image de société secrète, batailleuse, je le retiens, mais pas envers les autres, parfois envers les autres sociétés de compagnonnage. Pourquoi cette tombe.
Character from 'Hardéchois, Cœur fidèle'
Clandestine comme un vagabond? On se porte mieux d'en dire le moins possible aux.
François Rivière
Gendarmes. Dans nos sociétés... Sociétés de.
Narrator / Historical Voice
Bandits! Sociétés de sanguinaires! Antoine allait avoir.
Character from 'Hardéchois, Cœur fidèle'
20 ans. Qui était-il? Les premiers qui nous attendaient. Et qui nous ont tapés, venaient de la carrière.
François Rivière
Des tailleurs de pierre. Qu'est-ce qu'ils pouvaient avoir.
Character from 'Hardéchois, Cœur fidèle'
Contre vous, compagnon Méluisier? Des compagnons étrangers. Enfants de Salomon, donc nos ennemis, monsieur. Et ceux qui venaient ensuite. Manuisier de Gaveau. Les pires de tous. Assassins de nature. Toujours barbouillés du sang.
Narrator / Companion Representative
Des honnêtes.
Character from 'Hardéchois, Cœur fidèle'
Des voirins. Leurs noms? Ceux qui menaient chez Gaveau étaient deux. Vaudou à la grosse patte, et le pire de.
François Rivière
Tous, Tourangeau, son quartier. Où qu'il.
Radio Host / Interviewer
Soit, je le retrouverai. Sacré Tourangeau, son quartier. C'est le téléfilm Hardéchois, Cœur fidèle, au milieu des années 1970. La scène se passe dans les années 1820, c'est-à-dire... peine avant ou au moment où agricole Père Driguet est en train d'amettre l'idée d'unir ces sociétés. Virginie Tostin, c'est aussi ça l'histoire des compagnons du Devoir, des compagnons du Tour de France. C'est l'union de ces sociétés et puis peut-être unifier les rites mais surtout avancer.
Xavier Mauduit
Dans la même direction. Alors unifier les rites, c'est loin d'être le cas. Il y a eu une tentative d'unification puisqu'il y a aujourd'hui un mouvement qui s'appelle l'union compagnonique qui est né à la fin du 19e siècle et qui a réussi un peu ce pari à un moment donné pour certains métiers de refonder un rite unique pour tous ces métiers. Mais beaucoup de compagnonnages ne sont pas rentrés dans ce système. Et aujourd'hui, on a encore trois mouvements et plus si affinités qui montrent bien que les compagnons n'ont jamais accéder à cette unification totale, ce qui n'est pas un problème en soi. Alors, l'extrait de l'archive d'Ardeschois Coeur Fidiel qu'on a entendu là, elle est très intéressante parce qu'on parlait de Perdiguier juste avant, Perdiguier qui était compagnon menuisier du devoir de liberté, mais qui l'est devenu vraiment par hasard. Donc un rite différent de celui de ce qu'on appelle les devoirants. On entend le mot devoirant dans ce dans cet extrait. À partir du moment où Perdier commence à écrire, il écrit en 1839 le livre du compagnonnage. Il explique justement ces différences de sociétés, ces sociétés qui, pour autant qu'elles pratiquent le même métier, sont des ennemis jurés parce que les rites ne sont pas les mêmes et qui se bataillent pour avoir le monopole des embauches sur les villes. On connaît d'ailleurs un concours de chefs-d'œuvre entre ces deux sociétés à Montpellier début 19e. Et c'est lui qui a inspiré aussi indirectement Ardèche à cœur fidèle, puisque parmi ces sociétés qui bataillent, là, on trouve souvent ces fameux menuisiers dévorants d'un côté, gavots de l'autre. Et Perdiguier, qui a travaillé pour les deux camps, finalement, à un moment donné, même s'il a fini par être reçu chez Legavo, il n'a jamais compris pourquoi on se tapait dessus à ce point. Et cette entreprise, on va dire, de pacification, il a été assez soutenu, notamment par Georges Sand, dans cette entreprise, qui a écrit Le compagnon du tour de France. Elle même, dans ce roman, parle de ses luttes. Et le personnage principal est directement inspiré de Perdiguier. Au même titre qu'on peut imaginer que le protagoniste principal d'Art des choix est aussi.
Radio Host / Interviewer
Un perdigué quelque part. Avec, au moment de faire ses vœux parcoursup au XIXe siècle, j'imagine des doutes de se dire est-ce que je vais aller dans cette formation qui a l'air un peu dure? Et d'ailleurs, un auditeur nous écrit, et bien là on est beaucoup plus proche de nous, j'ai connu un jeune compagnon de devoir très prometteur que l'on a envoyé en Grande-Bretagne et qui n'a pas voulu rester car il aimait une femme. Il a failli être exclu, mais face à sa qualité, l'institution est revenue en arrière. Chez les compagnons, il ne faut pas aimer. Il ne fallait pas aimer, cordialement. Nicolas Adel, c'est dur.
Nicolas Adel
La vie de compagnon? Oui, c'est dur la vie de compagnon et effectivement ce témoignage est intéressant parce qu'il reprend une rhétorique chez les compagnons qui est très ancienne et qui consiste à dire qu'il faut choisir entre son travail, son devoir et le fait de s'installer, d'avoir une vie sentimentale. Et aujourd'hui encore, on a cette image et on a cette importance du choix qui s'offre à ceux qui sont sur le Tour de France, ceux et celles aujourd'hui qui sont sur le Tour de France, de se consacrer, pendant ce temps au moins, à une vie de travail et de devoirs et de services envers la communauté aussi. plutôt qu'à sa vie personnelle et en particulier à sa vie sentimentale. C'est.
Radio Host / Interviewer
Très dur, oui, effectivement. Mais ça reste, Nicolas Adel, une formation d'excellence. C'est ça aussi qui nous intéresse dans le cours de l'histoire quand nous nous intéressons aux formations. Compagnons du devoir, là c'est le top.
Nicolas Adel
De la formation aussi. C'est une formation d'excellence dans le sens où effectivement, encore une fois, les journées sont tellement pleines en quelque sorte de travail. L'expérience du Tour de France se confronte à une telle diversité en quelque sorte de situation technique que de fait, au bout de plusieurs années, pour celles et ceux qui parviennent au bout du Tour de France, on devient effectivement des femmes et des hommes de métier d'un niveau très exceptionnel qui franchissent par ailleurs de façon très excellente et parfaite les différents diplômes jusqu'au brevet de maîtrise, qui est la plus haute reconnaissance dans le monde de l'artisanat. Et ils sont aussi très souvent candidats pour ceux qui souhaitent se prouver davantage de choses, on va dire, et représenter leur société au concours des.
Radio Host / Interviewer
Meilleurs ouvriers de France. Virginie Tostin, cette fierté demeure avec la part de l'histoire si importante. Les compagnons du passé ne sont pas oubliés, on l'entend bien. Là où vous osez les yeux, genre non ça il les oublie pas, on le voit bien. Mais la part de l'histoire dans le compagnonnage, c'est vraiment presque au cœur.
Xavier Mauduit
Du fonctionnement, on l'entend. Oui, d'ailleurs, dans les formations encore aujourd'hui, dans les maisons de compagnons ou les sièges compagnoniques, peu importe le mouvement, on a de l'instruction compagnonique, c'est-à-dire qu'on ne peut pas y couper. Il faut à un moment donné comprendre, connaître les fameux pères légendaires. Père Diguet est une figure évidemment aussi qui est très présente. Et même si les compagnons sont ne sont pas très attachés à tous les détails de leur histoire. Mais beaucoup d'entre eux, par exemple, font de la recherche. On en parlait avec François Orantenne. Parmi les historiens du compagnonnage, ceux qui recherchent dans les archives, on a beaucoup de compagnons. en fait, et qui sont très attachés effectivement à leur histoire. Et pour revenir un tout petit peu sur ce que disait Nicolas, en parlant de la formation, évidemment on a parlé du Tour de France, on a parlé de l'instruction compagnonique le soir, il y a effectivement aussi cette dimension d'avoir la capacité aujourd'hui, les formations compagnoniques, en tout cas les mouvements compagnoniques offrent cette possibilité de partir d'un CAP qui fait qu'on entre à un moment donné dans un CFA, les compagnons ont leur propre CFA, Et donc très vite, les jeunes qui entrent là sont imbibés, je dirais, de la culture compagnonique. Et on peut aller très, très loin, effectivement, dans un parcours qui est ponctué par le Tour de France, par l'alternance, par cet.
Radio Host / Interviewer
Apprentissage presque en continu. Et puis, l'apprentissage en continue, c'est aussi ce que vivent les historiennes et les historiens. François Rivière, il y a donc encore un champ pour la recherche.
François Rivière
Gigantesque avec le compagnonnage. Oui, tout à fait. Il y a vraiment beaucoup de recherche à faire, notamment rétrospective en partant du XVIIe siècle, mais aussi sur ce qu'on peut trouver sur.
Radio Host / Interviewer
Les compagnons au Moyen-Âge. Merci vivement à tous les trois, François Rivière, Virginie Tostin et Nicolas Adel, des hommes de devoir et des femmes aussi. Désormais, je l'entends bien. Merci beaucoup. Prochain épisode dans le cours de l'histoire, la formation en révolution.
Narrator / Historical Voice
L'Histoire de l'ingénieuse polytechnique. La nouvelle école a été construite sur le plateau de Palaiso. Les 700 polytechniciens pourront bénéficier de 7 amphithéâtres, dont 3 équipés en moyens audiovisuels et de 44 salles de classe. Ils logeront dans des chambres individuelles avec téléphone, lavabo et une douche pour deux personnes. Les installations sportives seront luxueuses. Deux piscines de 25 mètres, une salle d'escrime avec les derniers perfectionnements, une salle de judo, des cours de tennis. et un stade d'athlétisme avec revêtement.
Podcast: France Culture, Le Cours de l’histoire
Date: 16 février 2026
Participants: Xavier Mauduit (hôte), Virginie Tostin (responsable musée du compagnonnage de Tours), François Rivière (médiéviste), Nicolas Adel (anthropologue)
Durée analysée: 00:01–57:49
Cet épisode explore l'histoire, les origines légendaires et l’évolution du compagnonnage en France. Les intervenants dissèquent comment ce réseau d’élites ouvrières, centré sur l’idée du "Tour de France", façonne la formation professionnelle, l’apprentissage de l’excellence technique et éthique, ainsi que la transmission d’un savoir pluriséculaire mêlé de rituels, de secrets et de légendes.
| Thème / Sujet | Timestamps | |-------------------------------------------------------|------------------| | Légendes et origines du compagnonnage | 02:03–03:06 | | Structure historique réelle, évolution | 03:06–05:54 | | Valeurs, organisation et résistance à la corporation | 05:54–07:00 | | Formation, Tour de France, notion d’itinérance | 09:39–12:11 | | Secret compagnonique et rites | 21:55–25:59 | | Pluralité des compagnonnages | 26:10–29:15 | | Mutation à l’ère de l’industrialisation | 30:01–32:28 | | Témoignage sur le Tour de France | 33:19–34:07 | | La Cayenne, la mère – la sociabilité | 42:40–44:55 | | Tentatives d’unification, rôle d’Agricole Perdiguier | 48:05–53:16 | | Admission des femmes | 21:21 | | Formation et excellence aujourd’hui | 54:47–55:53 |
Cet épisode dessine une fresque vivante, nuancée et ambitieuse de la tradition compagnonique, en jonglant entre légende et veille historique, récits de terrain et enjeux actuels. On y entend la puissance rituelle de la fraternité, de la transmission et du secret, tout en suivant la capacité de la structure à évoluer : apparitions des femmes, adaptation à la mobilité moderne, excellence technique et progression morale. Le compagnonnage reste, plus que jamais, un modèle vivant d’élite ouvrière française – un creuset d’histoire, de fierté et d’émancipation par le savoir-faire.