
Dan Franck, écrivain et scénariste : "On a besoin de l'histoire pour comprendre l'actualité"
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Narrator
Transculture, le cours de l'histoire. Xavier Mauduit.
Interviewer
Fou d'histoire, pour donner la parole à celles, à ceux qui ne sont pas historiens, pas historiennes, mais qui se repèsent d'histoire et qui plongent dans le passé. Côté grand bain de l'arrestation, au vol de la Joconde, du temps des bohèmes, à un siècle d'amour, des années de Montmartre, aux romans des artistes. Dan Franck est fou d'histoire. Je reprends la très belle phrase qui apparaît sur le bandeau de son roman, l'arrestation. On ne sait jamais ce que le passé nous réserve.
Narrator/Reader
Pour voir Paris avec des lunettes surréalistes,
Dan Franck
il faut laisser l'imagination prendre possession de
Narrator/Reader
nos yeux et permettre à notre esprit
Interviewer
de suivre le fil des associations spontanées.
Dan Franck
Et les noms des rues sont parfois emprunts d'un humour involontaire que l'on peut
Narrator/Reader
considérer comme un pur produit de ce que les surréalistes ont nommé le hasard objectif. La rue des solitaires donne sur la place des fêtes.
Interviewer
La rue du repos longe le cimetière du Père Lachaise. la loi mène à une infance et
Narrator/Reader
les arts se terminent en cul de sac.
Dan Franck
À force de chercher le merveilleux caché derrière toute chose, celui que ce jeu
Narrator/Reader
aura séduit tendra peut-être de passer de l'autre côté du miroir et d'y attraper au vol des aspects inattendus et insolites.
Interviewer
Bonjour Dan Franck. Bonjour. Vous êtes quel type de promeneur vous?
Dan Franck
Je suis un promeneur littéraire, je me balade dans les quartiers où il y a eu beaucoup d'art à une époque, Montmartre, Montparnasse, j'ai beaucoup écrit d'ailleurs sur ces deux quartiers. Voilà, je me balade un peu dans Paris.
Interviewer
Avec cette archive, très belle archive d'ailleurs, nous étions dans une balade surréaliste dans les rues de Paris en octobre 1952. Le 31 octobre, vous n'aviez que 14 jours, vous ne marchiez pas encore.
Dan Franck
J'étais en retard.
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Oh non, 14 jours ça va, c'est bon. Dan Franck, c'est quoi cette balade dans Paris, ce Paris artistique pour vous? Parce que j'aime beaucoup moi cette idée de se promener avec un filtre particulier, ce filtre qui vous fait voir les lieux des arts. Ce sont quels artistes que vous recherchez?
Dan Franck
les peintres, les écrivains, les sculpteurs. J'ai beaucoup travaillé sur le bateau à la voie, sur... Oui, même Montmartre d'abord, et puis ensuite Montparnasse, qui a succédé à Montmartre comme refuge des artistes, et puis après ça a été Saint-Germain-des-Prés au moment de la Seconde Guerre. Voilà, je m'en suis tenu beaucoup à ces quartiers-là, qui sont des quartiers très denses, qui ont beaucoup changé. Le dôme et la rotonde existent toujours, mais on ne reçoit plus des rapins et des scribouillards maintenant. C'est un autre public, mais quand même. Par exemple, quand j'écrivais ce livre qui s'appelle Bohème, qui raconte donc en effet le bateau Lavoire de Montmartre à Montparnasse, la Rotonde, la Closerie des Lilas et Café, je me baladais avec... J'étais très surpris parce que j'avais des adresses des artistes peintres notamment. Modigliani, Soutine, etc. Et souvent, c'était le même immeuble et je ne comprenais pas. Il y avait une façade et en vérité, on m'avait donné une clé, un passe en fait. Et derrière les immeubles bourgeois, il y avait des ateliers énormes. D'ailleurs, il y en a toujours énormément d'ateliers où vivaient ces rapains qui étaient à l'époque très pauvres.
Interviewer
Oui, parce que c'est ça, cette bohème. D'ailleurs, vous sauriez dire comment vous en êtes arrivé à vous intéresser à ce monde-là particulier de la bohème? Il y a tant et tant de champs à explorer dans ce monde des arts.
Dan Franck
Parce que, d'abord j'aime les artistes, souvent c'était les personnages principaux de mes livres, et puis je me suis intéressé à Kiki de Montparnasse, je devais faire un film avec un de mes amis, j'habitais Montparnasse, et puis j'ai commencé à fouiller, et c'est devenu une fresque en fait, c'est devenu trois livres, et c'est à partir de là, de ce premier tome de Bohème, que je me suis dit que c'était finalement formidable de raconter la vie de la société, la vie de la politique, la vie à travers la vie et l'œuvre des artistes. Voilà, ça me permettait d'embrasser une époque à travers des personnages qui constituent notre art.
Interviewer
Oui c'est ça, ce sont des gens qui se connaissent et c'est très dur d'en étudier qu'un seul parce que tous les autres se croisent sans cesse avec l'existence d'un ou d'une artiste.
Dan Franck
C'est-à-dire que mes livres, je pars de ces trois tomes qui ont été réédités dans le temps des bohèmes ou de le roman des artistes, à l'époque sur laquelle je travaille en ce moment, c'est-à-dire le XIXe, au fond ce qui m'intéresse en effet c'est Comment ils vivent? Comment ils vivent entre eux? Par exemple, au bateau Lavoie, il y avait une vraie fraternité, entre une jalousie aussi quand même, et une fraternité par exemple entre Apollinaire, Marc Jacob, Picasso. Et au XIXe, c'est pas du tout la même chose. Il y a plutôt une jalousie des uns, des écrivains, pour des raisons en fait structurelles. et des raisons qui viennent avec l'époque, c'est-à-dire la naissance de la presse moderne, la naissance du feuilleton moderne. Et donc, ça me permet de raconter la société en fait, l'évolution de la société.
Interviewer
En plus, Dan Franck, dans votre démarche, il y a les aventuriers de l'art moderne, et vous l'avez bien dit, c'est une trilogie. mais publié dans un seul volume, c'est le temps des bohèmes avec ce choix pour une trilogie, trois tomes avec la chronologie. J'aime beaucoup parce que vous êtes dans une émission d'histoire, les dates, la chronologie c'est notre schéma de pensée. Non mais 1900, 1930, 1931, 1939, 1940, 1945.
Dan Franck
En fait j'avais divisé les livres en trois époques en fait. la naissance du cubisme, l'arrivée des immigrés à Paris, qui était la capitale du monde, l'école de Paris, etc. Ça, c'est le premier tome. Le deuxième tome, c'est Libertad, c'est la guerre d'Espagne. Et toujours, à travers les artistes, notamment Gide qui découvre l'URSS et Malraux qui part en Espagne. Et le dernier tome, qui s'appelle Minuit, c'est la résistance avec Camus, Sartre, et Beauvoir. Mon travail d'aujourd'hui, c'est-à-dire le roman des artistes, qui aura quatre tomes, s'articule autour des trois révolutions. 1830, 1848, la Commune, et je terminerai sur l'impressionnisme. Je vais revenir, j'arriverai là où je suis parti, c'est-à-dire au bateau à la moire.
Interviewer
Oui, c'est une histoire régressive. Vous avez commencé au XXe siècle et vous poursuivez au XIXe siècle.
Dan Franck
Mais j'ai toujours voulu, en fait, L'arrivée à Montparnasse était un peu hasard et j'y suis resté. Mais j'ai toujours voulu faire le romantisme. J'ai toujours voulu faire cette période parce que mes recherches sont parties d'une constatation assez simple. C'est qu'au moment où Berlioz crée l'orchestre symphonique moderne, c'est-à-dire avec la division des pupitres, la division du travail commence à régler le monde de l'industrie. Et partant de là, c'est là où est venue cette idée de je vais raconter les artistes, je vais raconter l'évolution des arts et l'évolution des sociétés en même temps. C'est à partir de Berlioz et la division du travail. Et donc, après Bohème, j'ai continué parce que mon ami éditeur m'avait dit continue. Mais en fait, j'ai toujours voulu revenir à la base, la période romantique. Le romantisme, c'est un terme étrange parce que... Enfin, je peux en parler longuement, mais on a l'impression que c'est que Lamartine et Châteaubriand, donc des poésies comme ça, très nature, Alors qu'en vérité, c'est un monde de ruptures formidables. C'est aussi Hernani, c'est aussi la naissance de la littérature moderne, la naissance de la peinture moderne. Voilà, et j'ai voulu raconter tout ça. Après une interruption de 15 ans, Hernani va être repris au Théâtre français. et il sera joué tel qu'on le jouait en 1830. A l'époque, le public sifflait tous les soirs tous les vers. C'était un rare vacarme. Le parterre huait, les loges éclataient de rire, les comédiens étaient décontenancés et hostiles. La presse avait été à peu près unanime et continuait tous les matins de railler la pièce. Absurde comme Hernani. Monstrueux comme Hernani. Nié, faux, empoulé, prétentieux, extravagant et amphigourique comme Hernani.
Interviewer
Ernani, ici c'est une création au Festival d'Avignon en 2002 avec cette évocation de combats tellement vifs et rudes autour du romantisme parce que, Dan Frank, vous le dites bien, il y a Chateaubriand, il y a Lamartine qui est là devant son lac mais qui attend que le temps suspende son envol. Mais il n'y a pas que ça dans le romantisme, il y a des combats.
Dan Franck
Il y a surtout des combats. La première période des romantiques, c'est ça. Mais la deuxième période, en effet, c'est Victor Hugo qui crée le théâtre moderne avec Alexandre Dumas. Et Alexandre Dumas est probablement antérieur, avec Henri III et sa cour, antérieur à Victor Hugo. En tout cas, c'est la première fois qu'on crie romantique à propos d'une pièce de théâtre. Mais c'est vrai que Victor Hugo, lui, il s'est organisé les choses, il a organisé la claque. Et en fait, la nouveauté du théâtre de cette époque, du théâtre moderne, c'est qu'on représente les rois comme des personnages. Et puis, les verts, on en met ou on n'en met pas. Le vert est libre. On casse la règle des trois temps, des trois unités, d'une unité des lieux. Enfin bref, c'est quelque chose de très, très nouveau. Et c'est vrai que Hernani, c'est le symbole de ça, d'abord parce que c'est en même temps que la révolution de 1830, et puis parce que c'est aussi la naissance de Victor Hugo comme maître d'école, comme chef de ce nouveau mouvement. Et c'est un mouvement très particulier parce que, par exemple, je pense à Delacroix. Delacroix qui a fait ce tableau merveilleux que tout le monde connaît, qui s'appelle La liberté guidant le peuple. Victor Hugo voulait absolument associer Delacroix à l'école romantique. Et Delacroix n'en voulait pas. Il disait, moi quand je suis amoureux d'une femme, je ne vais pas l'emmener voir la lune et les étoiles, je l'emmène chez moi et je ferme ma porte. Et donc il y a cette dimension-là, cette dimension combat, parce que même Delacroix, Delacroix représente, après Géricault, il montre des gens du peuple. C'est plus Napoléon peint par David, c'est plus des victoires militaires, c'est plus des grands hommes, c'est la population. Et le romantisme c'est exactement ça, de la même manière qu'en littérature, Avec la naissance du feuilleton moderne, avec des écrivains comme Balzac, comme Dumas, comme Eugène Su ou comme Georges Sandre, on parle d'autre chose et autrement.
Interviewer
Oui, avec ici, cette attention d'Anne Frank que vous portez à cet aspect social, vous traversez le période et les temps par les artistes, très bien, mais vous l'avez déjà dit. Il y a cette pensée politique qui est là aussi en toile de fond. Karl Marx écrit à ce moment-là. Et puis il y a ce souci accordé au peuple avec la difficulté toujours de définir ce qu'est le peuple. Mais enfin, il est là. Et ça, ça fait partie de cette histoire. Et c'est intéressant de se dire que vous racontez une histoire de France, on peut le dire comme ça, mais à travers le monde des arts.
Dan Franck
Mais par exemple, quand vous prenez l'évolution de deux personnages majeurs de cette époque qui sont Alexandre Dumas et Victor Hugo, Alexandre Dumas, en 1830, il prend les armes, il va sur les barricades. Et puis, il est très critique parce qu'il considère que, en fait, la bourgeoisie a récupéré cette révolution qui est une révolution, au fond, petite bourgeoise, qui est organisée plutôt par des journalistes qui mènent le combat, Mais quand même, le peuple, à un moment donné, arrive là, sur les barricades, et le peuple est massacré, et puis naît une monarchie constitutionnelle avec Louis-Philippe qui remplace Charles X. Et puis Dumas est très très critique. Et en 48, donc 18 ans plus tard, il a un peu vieilli quand même, donc il est un peu moins virulent, il y va quand même, mais bon, puis à la fin, enfin plus tard, pas à la fin de sa vie mais avant, Il devient un marchand d'armes pour Garibaldi. Et à l'inverse, Victor Hugo, c'est tout à fait le chemin inverse, puisque Victor Hugo, il est père de France, donc sénateur, il est à droite, il vient de la droite, avec une constante absolue et remarquable, c'est qu'il a toujours défendu l'abolition de la peine de mort. Et il a toujours parlé des gueux et des misérables, mais il est à droite. C'est-à-dire qu'en 1830, alors il ne bouge pas parce qu'en 1830, son éditeur le menace parce qu'il devait rendre, il est en retard, il devait rendre Notre-Dame de Paris. Et il est en retard, donc en fait il s'enferme, il se met en pyjama, il reste en pyjama, il voit rien, il écrit. Mais en 48, en revanche, il y va, quoi. Et peu à peu, Victor Hugo va passer de la droite opportuniste, parce qu'on a toujours à l'époque considéré qu'il était opportuniste, à... un soutien à Louis-Napoléon Bonaparte jusqu'au coup d'état du 2 décembre, et là, il est exilé, et là, il devient socialiste. Il le revendique d'ailleurs, il devient un homme de gauche. Et c'est intéressant parce que tout ça, vous savez, c'est le mot de Shakespeare, quoi. Le passé est un prélude. Et en vérité, quand vous lisez cette période, 30-41, vous comprenez ce qui se passe aujourd'hui.
Interviewer
Ah oui, c'est vrai, ce XIXe siècle est tellement en écho aux préoccupations d'aujourd'hui. Vous le ressentez, Dan Franck?
Dan Franck
Oui, parce que par exemple, Napoléon Bonaparte qui arrive avec un programme de gauche, l'extinction du paupérisme. C'était son livre-programme. Il est soutenu par Proudhon, par Victor Hugo, par la plupart des artistes. Et puis arrivé au pouvoir, il fait une politique de droite. Ça vous rappelle quelque chose?
Interviewer
Moi, je réponds pas. Je vous fais un clin d'œil. Donc ici, on a tous ces personnages que l'on croise. Et c'est ça aussi qui est très intéressant, c'est cette galerie de portraits. Et alors, quels personnages? Parce qu'il y en a beaucoup, mais c'est comme une évidence. C'est cette balade dans Paris qu'on évoquait en début d'émission, replacée au XIXe siècle où l'on croise tout le monde. Et ça fait plaisir aussi, parce qu'on les connaît sans les connaître.
Dan Franck
Oui, parce qu'en général, ils sont dans les livres d'histoire, la gare des Michards. Et moi, ce qui m'intéresse, c'est de leur donner la vie. C'est la phrase de Baudelaire que je mets en exergue du livre, c'est-à-dire qu'il faut connaître la vie des personnages pour comprendre leurs œuvres, souvent. D'ailleurs Baudelaire est un des personnages majeurs de cette fresque. Mais oui, j'avais envie comme ça de les traiter comme des personnages. Je ne suis pas du tout historien, j'aime l'histoire absolument, mais je suis romancier. Donc j'ai construit ces livres-là exactement comme on construit des séries aujourd'hui. J'ai d'ailleurs écrit beaucoup de séries. C'est-à-dire qu'on passe de l'un à l'autre, mais il y a un fil personnel, un fil dramatique. Et ces personnages, moi je veux les aimer. Et j'ai toujours pensé que si je ne les aimais pas en écrivant, on ne les aimerait pas en les lisant. et c'est les personnages de mon univers.
Interviewer
Ce que vous dites là est très intéressant dans la démarche de la transmission de l'histoire, mais l'histoire au sens des événements du passé. Il y a le livre de l'historienne, de l'historien, et c'est vrai que le titre pourrait convenir. On voit des livres d'histoire qui s'intituleraient le roman des artistes, on ne mettrait pas roman je pense en histoire, mais le temps des artistes, et puis les romantiques, et puis on ferait un livre d'histoire. On a évoqué le fait que vous preniez des bandes chronologiques. Ici, c'est quoi la démarche du romancier? Donc vous l'avez dit, c'est cette liberté supplémentaire que vous avez pour créer ces liens, mais il n'y a pas d'invention ici?
Dan Franck
Il n'y a aucune invention. Il n'y a aucune invention. Et j'y tiens, ça fait partie beaucoup du travail d'ailleurs. Il n'y a pas d'invention, mais je lis beaucoup de choses, beaucoup de textes de l'époque. Je lis beaucoup de journaux intimes, je lis des croisements. On parle des personnages autrement, par exemple, Je vais vous donner un exemple de mon travail sur le tome 2, la suite, qui s'appellera Révolution et qui sort en octobre. Je parle de cela parce que je suis dedans, je le finis. Je suis à Jersey avec Victor Hugo qui vient d'être exilé. Et puis en même temps, il y a Flaubert qui travaille sur Madame Bovary. Et je me dis comment je passe de l'un à l'autre, ça ne m'intéresse pas de raconter Hugo d'un côté, et puis paf, un autre chapitre. Non, je cherche des croisements. Et j'en trouve un qui est absolument génial, que moi je trouve génial, et alors qui excite le romancier que je suis, c'est que quand Victor Hugo était en exil, il ne pouvait pas écrire en France. Parce que tous ses correspondants étaient fichés, surveillés par la police, il ne pouvait pas envoyer ses textes non plus, ça passait par la Belgique, c'était très compliqué. Donc il avait tout un système clandestin, il envoyait une première enveloppe à un proscrit qui était à Londres, lequel changeait l'enveloppe, mettait une autre adresse et l'envoyait à un deuxième facteur, qui lui-même l'envoyait à un troisième facteur qui déposait la lettre. Et en fait, à un moment donné, je constate que Victor Hugo écrit à Flaubert. « Cher monsieur », je me dis « tiens, c'est quand même étrange ». Du coup, je vais voir dans la correspondance de Flaubert. Et je découvre le cheminement des lettres de Victor Hugo. La lettre part de Jersey, s'en va à Londres. De Londres, le proscrit l'envoie à Croisset, où est Gustave Flaubert. Flaubert l'envoie à Louise Collet, qui est sa maîtresse, qui connaissait Victor Hugo. Et Louise Collet, à Paris, distribue la lettre. Ces deux génies de la littérature commencent à s'entretenir à travers les lettres. « Cher monsieur, je vous admire. Flaubert a une admiration folle pour Victor Hugo. Victor Hugo ne connaît pas Flaubert car il n'a encore rien publié. » Et alors, ils s'écrivent et ils deviennent... C'est très intéressant parce que, par exemple, Flaubert a une admiration sans bande pour Victor Hugo, mais il a un mépris total pour ses engagements politiques. Donc, il écrit à Louise Colonne. J'ai encore reçu une lettre du vieux Crocodile. Quand il écrit au Vieux Cordonnay, il dit « Cher Victor Hugo, je vous admire depuis l'enfance ». Et bref, et du coup, ça me permet de raconter l'intimité de ces deux personnages, l'intimité de Flaubert avec sa maîtresse Louise Collet, et aussi la manière dont Flaubert écrit Madame Bovary, qui est un exercice absolument extraordinaire.
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Et tout le livre est construit comme ça. Et c'est ça, ça fonctionne bien et vous le disiez bien, Dan Franck, il y a cette écriture aussi liée à la série. La narration c'est quelque chose d'exceptionnel parce que c'est le plaisir aussi, c'est pour ça qu'il y a ces émissions fous folles d'histoire sur France Culture. C'est cette main tendue pour ensuite aller lire. des ouvrages universitaires consacrés à Blober, à Dumas, à Hugo et à tous les autres. Mais c'est ça aussi, ce plaisir qu'on entend maintenant,
Dan Franck
c'est ce plaisir qu'on retrouve dans vos ouvrages. Non, si vous me dites ça, ça veut dire que j'ai gagné mon pari, quoi. Mais parce que, moi, je vous raconte une histoire, mais j'ai écrit beaucoup de séries. Et les séries, c'est fait exactement comme Vous savez, vous regardez un épisode de lundi, il faut absolument qu'on y aille le mardi. Et pour ça, on a créé ce qu'on appelle des cliffhangers. Et moi, quand j'ai écrit des séries, j'ai tout appris dans le roman populaire français, c'est-à-dire chez Dumas notamment, ou chez Gensu, parce que c'était le même principe. Quand on leur demande d'écrire des feuilletons, C'est-à-dire, c'est un type qui s'appelle Émile Le Girardin qui créait une prête, La Presse Moderne, en disant que la presse ne se vendait pas du tout à l'époque, enfin c'était très cher, et lui a eu l'idée d'introduire et la réclame, c'est-à-dire la publicité, mais aussi de demander à des écrivains d'écrire des feuilletons, quotidiens. Et ils s'y sont tous mis, Balzac le premier, enfin tout le monde les a écrits. Et le principe, c'était le principe des séries. C'est-à-dire que Girardin donnait comme consigne, quand on achète le journal le lundi, il faut qu'on l'achète le mardi. Et ce que nous, nous nommons les cliffhangers aujourd'hui, Sainte-Beuve appelait ça les traquenards d'intérêt. Et moi, j'écris comme ça. C'est-à-dire, j'écris de cette manière-là. Et quand j'écrivais même les aventures de Boreau, reporter, photographe, dont on parlera peut-être, c'était le même principe d'écriture. C'est-à-dire que quand on s'emmerde en écrivant, on s'emmerde en lisant. Et moi, je veux qu'on prenne son pied et son plaisir. Donc moi, j'ai beaucoup de plaisir à écrire et j'espère
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qu'on aura du plaisir à lire ces livres-là. On a ce plaisir et puis on apprend qu'Alexandre Dumas aurait été un excellent scénariste de série. Comment Dumas conçut-il l'idée de Montécristo? Il nous raconte dans ses causeriques qu'en 1842, étant à Florence, il fut chargé par Jérôme Bonaparte, ex-roi de Westphalie, de piloter son fils, le prince Napoléon, jusqu'à l'île d'Elbe, qui était naturellement un des lieux sacrés de la famille impériale. ils abordèrent à l'île d'Elbe, ils la parcoururent en tous sens, puis allèrent faire une partie de chasse sur l'île aux voisins de Pianosa, abondant en lapins et en peintries. Là, leur guide, jetant les yeux sur un magnifique rocher en pain de sucre qui s'élevait au milieu de la mer, leur dit « Ô Excellences, c'est si vous alliez à ce rocher que vous feriez une belle chasse ». Et comment, dit Dumas, s'appelle cette île bienheureuse? Elle s'appelle l'île de Montécriste. Le nom enchanta Dumas. « Mon Seigneur, dit-il au jeune prince, en mémoire de ce voyage, je donnerai le titre de Montécristo à quelques romans que j'écrirai plus tard. » Il n'avait pas de sujet, mais il avait le titre. Voilà, nous étions avec André Mauroy en 1955. André Mauroy qui a fait toutes les biographies romancées, bien sûr, de tous ces grands auteurs. C'est ici un
Dan Franck
personnage formidable. André Mauroy à lire, c'est toujours un plaisir. Dan Franck? Non, alors, c'est surtout Dumas qui est un personnage merveilleux, parce que Dumas racontait mille histoires autour de la naissance du Comte de Montecristo. En fait, il y a plusieurs sources sur Montecristo. Il y a d'abord l'idée fondamentale de la vengeance. Et la vengeance, elle vient du fait que Alexandre Dumas veut venger son père, ou la mémoire de son père. Son père était fils des... Enfin, la mère, la grand-mère d'Alexandre Dumas était une esclave qui s'appelait Marie-Cécette Dumas, que son père a vendue. Enfin, c'est une histoire que je raconte d'ailleurs dans le livre et on est en train de faire un film avec des amis. Et donc, Dumas... Le père d'Alexandre Dumas est devenu un immense général un des premiers généraux de l'armée française en concurrence avec Napoléon Bonaparte et qui a été maltraité terriblement par Bonaparte. Il a été fait prisonnier par les Italiens. Et il est revenu après quelques années de détention. Il était très mal en point. Il est mort cinq ans après le naissance de son fils. Et dans Montecristo, c'est vrai qu'Alexandre Dumas veut venger la mémoire de son père. Mais il y a aussi autre chose, c'est que Montecristo... Dumas lui-même a raconté l'histoire de l'île. Mais en fait, son grand-père, qui était un petit noble qui habitait Saint-Domingue, son grand-père avait un frère qui avait un domaine qui s'appelait le domaine de Montécrist. Et je pense que le vrai nom de Monte Cristo vient de ça. Mais Dumas est un personnage merveilleux parce qu'en fait il raconte, il baratine, il est extraordinaire. En fait, c'est un homme qui vit dans l'histoire, qui se raconte des tas
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d'histoires et c'est toujours merveilleux. Lire les mémoires de Dumas, c'est extraordinaire. Et puis avec Dumas, on a un cas d'école sur le roman historique. Parce que toute cette réflexion ici sur la manière de transmettre le passé, Alexandre Dumas, c'est un succès phénoménal de plaisir de lecture. Mais c'est une histoire particulière, c'est-à-dire qu'il y a l'invention à l'intérieur de la toile
Dan Franck
de fond historique. Vous, Dan Frank, vous n'êtes pas dans cette démarche-là? Non, parce que moi j'invente pas. Et quand j'écris ces livres-là, j'essaie de lui donner une forme romanesque, qui donne du plaisir de lecture. Mais je n'invente pas. J'ai du moins un imaginaire formidable, merveilleux. Et lui, donc, il part d'une structure historique qui est réelle, qu'il trouvait avec son collaborateur, parce qu'il en a eu plusieurs. Ça, c'est aussi une grande injustice, c'est que son premier collaborateur, qui s'appelle Maquet, n'est pas reconnu. Mais c'était une industrie, Dumas. Dumas écrivait 15 feuilletons en même temps, pour 3 journaux, plus des livres, plus des recettes de cuisine. C'était un graphomane absolument extraordinaire, mais avec une générosité de plumes, d'imaginaire, de vie. C'est
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un personnage formidable. C'est un de ceux que je préfère en fait. Très bien. En plus, on est ravi de le retrouver dans le roman des artistes. Donc, c'est quatre volumes qui commencent par romantisme au pluriel. Et c'est important de le dire, c'est publié chez Grasset. Mais on a ici cette toile de fond qu'est la bohème. La bohème, il y a plusieurs bohèmes. Il y a celle du 19e siècle et puis celle du début du 20e siècle qui sont en lien. Ce
Dan Franck
ne sont plus les mêmes gens. Ce n'est pas la même génération. Ce n'est pas la même époque. Ce n'est pas la même époque. Il y a la bohème en effet, la bohème du 19e, qui est très pauvre, des gens qui ne croient pas forcément en eux. Mais la bohème du 20e, du début du 20e, elle est beaucoup plus... Elle est plus reconnue comme telle, c'est-à-dire que la bohème, on dit toujours, c'est beau après, c'est vrai. Mais la différence entre les deux époques, c'est que la bohème au bateau à la voir, la bohème du bateau à la voir, c'est que tous savent que ce sont des génies. Et tous savent qu'un jour, ils deviendront de grands artistes. Picasso n'a jamais douté une seule seconde de lui-même. Sauf quand même, quand il a vu la photographie qui s'est développée, là, à un moment donné, il a failli... Enfin, il était bouleversé dans son atelier du bateau Lavoie en disant... En disant, la peinture est morte. Mais autrement, il a toujours été conscient de son génie, en fait. Et c'est vrai d'Apollinaire, et c'est vrai d'un peu tous, quoi, voilà. Donc c'était une bohème... En fait, elle était assez joyeuse parce qu'elle était très... Elle était pauvre, hein, c'est des gens... pour manger, ils allaient piquer des bouteilles de lait sur les rez-de-chaussée des immeubles bourgeois, quoi. Mais la création était quelque chose d'absolument... inhérents à cette vie-là. Il partageait beaucoup. Il y avait des jalousies. Picasso était jaloux de Juan Gris, etc. qui habitait lui aussi au bateau Lavoie.
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Mais il y avait quand même un foisonnement formidable à cette époque. C'est vrai que la bohème du 19e siècle de l'artiste dans sa soupante qui
Dan Franck
crève de froid, il y a aussi la posture de la bohème. Par exemple, c'est une bohème, c'est cette image mythique de l'artiste que moi, qui ne correspond absolument pas à ma vision à moi et que je développe jamais, je ne développe pas cette vision nulle part, de l'artiste qui écrit dans le froid, en dehors de toute forme de société qui est concentrée sur son oeuvre et unique. Ça, ça ne m'intéresse pas. Moi, ce qui m'intéresse, c'est quand les artistes s'engagent, en fait. Quand les artistes sont dans leur monde, et dans leur monde irréel, c'est-à-dire dans leur création pure, mais aussi dans la société. Au XIXe, ce qui est formidable, c'est que C'est le rapport entre la presse et la littérature moderne, le rapport entre les salons et la peinture, le rapport même et la sculpture, etc. Tout ça, c'est quelque chose que je trouve... C'est une bagarre pour les artistes. Courbet, par exemple, quand il veut imposer le réalisme, c'est une bagarre. Et ces
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bagarres-là m'intéressent parce que ces bagarres-là montrent une évolution sociale
Dan Franck
et politique. Et je serais malheureux si on ne citait pas Balzac. Bah ouais, Balzac, c'est un génie, Balzac. Balzac, c'est un personnage extraordinaire. Il est... Quand il a... D'abord, il écrit merveilleusement bien. Alors, Balzac est jaloux de Dumas parce que Balzac commence le roman Feuilleton. Puis finalement, il se fait dépasser par Dumas qui permet aux journaux de vendre plus. Donc, Dumas est jaloux. Pardon, Balzac est jaloux. Puis après, il y a Eugène Su. Alors, il est jaloux des deux. Mais c'est un personnage merveilleux parce que Il vient de la province, il a toujours eu un rapport à l'argent et aux amours extraordinairement complexe. Quand il a 20 ans, il envoie une lettre à sa sœur en lui disant « Trouve-moi une héritière riche ». Et puis, finalement, il en trouve une lui-même. Un jour, il reçoit une lettre d'une femme qui est une Ukrainienne et qui s'appelait Madame Anska et qui lui écrit d'Ukraine en lui disant « j'ai lu vos livres ». Balzac, les femmes adoraient Balzac parce que dans ses livres, on le voit bien, il parle merveilleusement bien des femmes. Et donc commence entre Balzac et cette femme une correspondance qui d'ailleurs débute par des petites annonces. Ils se parlent par petites annonces interposées, puis à partir du moment où Balzac se rend compte que cette femme est riche, il dit « mais c'est peut-être ça quoi, peut-être c'est la femme de ma vie ». Or, elle est mariée. Donc c'est quand même très embêtant, mais ça fait rien, il insiste quand même et il finit par la rencontrer en Suisse, Mme Anska. Elle vient avec son mari et une fille. Et puis bon, ça fait rien, ils deviennent amants quand même. Et ils s'écrivent, la correspondance de Balzac avec Mme Anska est merveilleuse, ils s'écrivent pendant des années, ils se voient assez peu. Et quand le mari meurt, Balzac dit, non, il faut que je l'épouse. Donc il lui fait la courbe dans ses lettres. Et puis parfois, elle le fait suivre à Paris. Elle se rend compte qu'il est très dépensier, qu'il a d'autres femmes, qu'il sort, etc. Et lui qui passe son temps à écrire quand même. Tous ces artistes passent leur temps à peindre ou à écrire. lui dit à un moment donné, mais vous vous rendez compte, moi je vous écris tous les jours des lettres de dix pages, si à la place je faisais un livre, donc vous écrire me coûte tant d'argent. Et il chiffre tout ça. Et bref, le mari meurt, il veut l'épouser, elle ne veut pas, puis finalement elle l'accepte, et il va en Ukraine, il obtient l'autorisation du tsar, il se marie avec elle, il revient en France, il a acheté une maison avec son argent à elle pour vivre avec elle, et il meurt. Donc en fait, il a rencontré cette femme cinq fois ou six fois en quinze ans. Il l'épouse, il revient et il meurt. Mais Balzac, c'est un peu un personnage à l'image de cette histoire. C'est-à-dire que quand il arrive dans les salons, Balzac, on rigole, quoi, parce qu'il n'est pas propre. Au début, en tout cas, quand il arrive, il n'est pas propre. Il a les dents un peu noires. Il mange avec ses doigts. Il a une canne avec... plein de bijoux dessus, ça fait rire tout le monde. Mais quand il parle, il fascine. C'est un personnage fascinant. Et quand il écrit, il est
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merveilleux. Et en fait, c'est exactement comme Flaubert ou comme d'autres. L'écriture, pour lui, c'est à l'absolue nécessité. Romantisme, le roman des artistes d'Anne Franck, c'est ce XIXe siècle avec tous ces noms que nous évoquons. Le temps des bohèmes, c'est ce volume qui nous fait voyager dans la première
Singer/Performer
moitié du XXe siècle. On l'a dit, la bohème du XIXe siècle n'est pas celle du XXe siècle. C'est la vie de poème, la vie sans façon La vie de garçon, la vie de patatatasson C'est la vie que l'on aime quand on a vingt ans Et que nous menons plus longtemps Nous n'avons pas de galette, mais qu'est-ce que ça fout? On fait des dettes partout, partout Et l'on chante quand même la nuit de le jour Vive la poème et l'amour Cette mansart divine Où l'on a deux ateliers Nous sert aussi de cuisine Et de chambre à coucher Nous n'y faisons le ménage Qu'une fois tous les six mois Le jour où l'on déménage À la cloche de bois Chaque fois qu'une conquête Vient m'accompagner Toute la nuit je m'embête seul dans l'escalier Mais tu deviendras, j'espère, plus connu que Picasso Et beaucoup plus populaire que Victor Hugo C'est la vie de poème, la vie sans façon La vie de garçon, la vie de patapatachon C'est la vie que l'on aime quand on a vingt ans Et que nous menons plus longtemps Nous n'avons pas de galette Mais qu'est-ce que ça faut? On fait des laines
Dan Franck
partout, partout
Singer/Performer
Et elle nous
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chante quand même La nuit et le jour Vive la poème et l'amour! Ouhaha! Ouhaha! Ouhaha! Ouhaha! Ouhaha! C'est la vie de bohème, c'est Bourville, c'est Georges Guettari dans le cours de l'histoire sur France Culture, une émission réalisée par Anna Holbeck avec à la technique Alex Dang. Aujourd'hui nous sommes avec Dan Frank, authentique fou d'histoire, fou des arts également. C'est un véritable plaisir de traverser ces périodes à travers le monde des arts. Vous-même, Dan Franck, dans votre parcours de vie, l'histoire occupe quelle place? Je pose la question aux invités du cours de l'histoire pour savoir s'ils étaient, enfants,
Dan Franck
attentionnés au cours d'histoire. Est-ce que c'est quelque chose qui vous a intéressé dès le début de l'histoire? Non. À vrai dire, non. Mon goût de l'histoire vient quelque part de mai 68, quand même. Donc je pense que c'est un moment historique tout à fait fondamental, tout à fait important. Et à partir de là, moi je me suis intéressé en fait aux révolutions. révolution russe, mais surtout La guerre d'Espagne, mon premier livre, qui a écarté d'ailleurs le prix du premier roman, raconte l'histoire d'un ancien brigadiste qui était en Espagne en 1936. Et c'est à partir de là que j'ai développé notamment avec mon ami Jean Vautrin cette série littéraire qui s'appelle Les aventures de Boro, reporter-photographe, où nous avons raconté la naissance du nazisme en Allemagne, la naissance du Front populaire, la guerre des Spahis, la résistance, la naissance d'Israël et la construction du mur de Berlin. Et l'idée, c'était, qui correspondait autant à la nature de Jean qui n'est plus la mienne, c'est-à-dire, on voulait avoir une vision de gauche, puisque nous sommes des hommes de gauche, revendiqués comme tels, et on voulait avoir une lecture de l'histoire qui soit une lecture de gauche. Donc en fait, en Espagne, on est du côté des
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Républicains et des Brigadistes, pendant la Résistance, on est du côté des Résistants, etc. etc. Avec ici toujours cette idée du temps qui a passé. Être du côté du résistant, il y a le temps, il y a ce regard porté. Mais c'est très intéressant le temps que nous vivons aujourd'hui pour se dire que ce n'est pas une évidence et
Dan Franck
qu'on pourrait dire c'est facile longtemps après de dire moi j'aurais été résistant. Non ça ne l'est pas. Mais ça ne l'est pas et d'ailleurs ce n'est pas ce que nous disons. Ce sont des romans qui racontent la complexité d'une époque, la complexité des engagements, etc. Mais ce qui moi m'a toujours fasciné dans la guerre d'Espagne, c'est à la fois, j'ai le sentiment que quand on a compris la guerre d'Espagne, On a compris l'histoire du siècle, c'est-à-dire qu'est-ce que c'est que le fascisme? Qu'est-ce que c'est que le stalinisme? Et quand on plonge dans la guerre d'Espagne, on comprend bien que si Staline est allé en Espagne, c'est pas du tout pour sauver la République. C'était avant tout pour exécuter son opposition de gauche. et que c'est ça qui est intéressant, et qu'en fait ils ont volé lors de la République espagnole, et que finalement, la République espagnole n'intéressait pas plus que ça. Je suis très dur avec les stalinistes, parce que je ne le suis pas, et parce que j'ai vu les massacres qu'ils ont pu connaître. Et puis l'autre chose qui me fascine dans la guerre d'Espagne, c'est les brigades internationales. C'est-à-dire le départ de toutes ces personnes qui venaient de pays très lointains pour certains. Beaucoup d'artistes qui se sont engagés. Hemingway, Orwell, enfin beaucoup. Et
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donc tout ça
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rejoignait un peu, je dirais, mes préoccupations, mes centres d'intérêt. C'est-à-dire les arts et l'engagement. L'engagement, c'est important. On était en décembre 1936. Il y a de cela au moment où j'écris moins de sept mois. Et cependant, il me semble déjà qu'il s'agit d'une époque très lointaine. J'étais venu en Espagne dans l'intention d'écrire quelques articles pour les journaux, mais à peine arrivé, je m'engageais dans les milices, car à cette date et dans cette atmosphère, il paraissait inconcevable de pouvoir agir autrement. Les anarchistes avaient toujours effectivement la haute main sur la Catalogne et la révolution battait encore son plein. C'était bien la première fois dans ma vie que je me trouvais dans une ville où la classe ouvrière avait pris le dessus. À peu près tous les immeubles de quelque importance avaient été saisis par les ouvriers et sur tous flottaient des drapeaux rouges ou les drapeaux rouges et noirs des anarchistes. Tout magasin, tout café portait une inscription vous informant de sa collectivisation, jusqu'aux caisses des sireurs de bottes qui avaient été collectivisées et peintes en rouge et noir. Les garçons de café, les vendeurs vous regardaient bien en face et se comportaient avec vous en égo. Les tournures de phrases serviles ou même simplement cérémonieuses avaient pour le moment disparu. Tout le monde se tutoyait, on s'appelait camarades et l'on disait « Salud » au lieu de « Buenos días ». Tout cela était étrange et émouvant. Une bonne part m'a demeuré incompréhensible et même, en un sens, ne me plaisait pas, mais
Dan Franck
il y
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avait là un état de choses qui m'apparut sur le champ, comme valant la peine qu'on se bâtît pour lui. George Orwell. Hommage à la Catalogne, George Orwell, une parution en 1938. Là c'était une lecture de Jean Negroni avec ce roman que vous avez
Dan Franck
évoqué, Dan Frank, Les Calendes grecques. C'est le prix du premier roman et c'est là où vous parlez de ces brigades internationales. Mais par exemple, Le Catalan Libre est un livre majeur. L'histoire d'Orwell est assez simple. Il part avec un groupe trotskiste, alors qu'il n'est pas trotskiste, mais il veut s'engager. Il va en effet en Catalogne, où il est blessé, et il revient en Espagne. Pardon, il revient à Madrid ou à Barcelone. Et là, il assiste à une guerre civile, en fait, entre les fascistes et les staliniens. Non pas entre les fascistes et les staliniens, mais entre les anarchistes et les staliniens. Et ça c'est quelque chose qui le révolte. Et c'est vrai que la guerre civile dans la guerre civile, Ken Loach a fait un film autour de ça, la guerre civile dans la guerre civile c'est quelque chose d'absolument effrayant. Et Orwell s'en va absolument écœuré par ce qu'il a vu. Et cette dimension-là, de cette guerre entre les anarchistes et les staliniens, C'est comme je disais tout à l'heure, quand on a vu ça et compris ça,
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on a compris le siècle, on a compris le stalinisme, on a compris l'URSS et on a compris ce que c'est devenu. Oui exactement, c'est pas la simple opposition entre le fascisme et les gens favorables à la démocratie. Cette guerre d'Espagne elle est beaucoup plus complexe et on y croise évidemment de nouveaux Picasso parce qu'il vous faut vos artistes. Alors il y a les écrivains bien sûr, il y a les peintres avec Picasso et Guernica. Ce regard porté sur l'Espagne il est pertinent et c'est extrêmement juste que
Dan Franck
vous dîtes Anne Franck sur cette période tellement complexe qu'on simplifie mais en la simplifiant on ne la comprend plus du tout. Mais je pense en même temps que c'est dommage, c'est dommage parce que l'histoire est faite justement de soubresauts très très étonnants Et pour comprendre ce qui se passe aujourd'hui, pour comprendre le rapport à l'autorité, et cette espèce d'illusion qu'a été le stalinisme, et en fait l'aveuglement de nombre d'intellectuels, à commencer par Aragon, que j'estime énormément comme écrivain, mais pas du tout comme homme politique, que j'estimais quand il était surréaliste, mais qui est devenu un stalinien pas possible, c'est vrai qu'on a besoin de l'histoire pour comprendre, et même dans la société aujourd'hui. et dans tous les mouvements monstrueux qui se
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développent, que ce soit aux Etats-Unis, en Israël, en Ukraine, je pense que la compréhension de l'histoire nous aide à comprendre l'actualité. Oui, puis cette mise en perspective de l'actualité avec le regard de l'histoire nous donne des frissons avec... la réapparition de phénomènes que l'on pensait complètement éteints. Et on parle, vous évoquez le stalinisme, mais il y a tous ces fascismes qui sont là, présents, on le voit et c'est
Dan Franck
évoqué comme un sujet d'actualité. Ce qui n'aurait pas été pensable il y a quelques années, ce n'était pas un sujet d'actualité. C'est-à-dire que là, en ce moment, beaucoup essayent de faire des rapports entre les années 30 Et aujourd'hui, je ne sais pas si c'est une des comparaisons qui sont fondées, mais la hausse du racisme, de l'antisémitisme, de l'illibéralisme, qui est une forme quand même très, très de droite en tout cas, et qui se développe notamment aux États-Unis et qui devient une forme de pré-fascisme, sinon de fascisme, C'est effrayant, c'est comme ce qui se passe aux Etats-Unis par exemple, avec la censure sur tout, je parle même pas de l'économie, mais sur les facultés, sur les journaux, la manière même dont la tech... mis à genoux devant Trump et la façon dont
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il tient le monde, dont il parle d'envahir le Groenland ou Panama. Mais c'est du fascisme. C'est une forme moderne du fascisme. Et que peuvent les arts là-dedans? Parce que quand vous avez réfléchi à ce temps de la Bohème, enfin à ce premier XXe siècle, c'est pour toute une période la
Dan Franck
montée des fascismes et les artistes sont là Mais l'artiste a juste une voix, mais quelle est sa place dans cette histoire? Dans les années 30, il y a eu des tas de congrès antifascistes contre le nazisme, qui étaient d'ailleurs soutenus par les Russes. Mais là aujourd'hui, je veux dire... On ne peut soutenir ni les Russes, ni les Américains. Qu'est-ce que font les artistes? Ils font des tribunes, ils font des... Il faut trouver une forme d'expression qu'on n'a pas. On n'a pas, on est dans d'autres choses, on est dans les réseaux sociaux, la diffusion de
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l'information ne fonctionne plus du tout de la même manière. Donc il faut trouver des modes d'expression. On ne les a pas. Mais vous, dans vos modes d'expression, Nanne Franck, vous avez plusieurs formes. C'est ça qui est intéressant avec des collaborations. On a cité Jean Vautrin. Il y a ce travail autour des séries. Il y a ce travail autour du roman. Il y a tant et tant de formes possibles
Dan Franck
à adopter pour diffuser. Pas tant des idées, mais simplement des récits. Mais ces récits, on le sait bien, sont porteurs d'idées. Moi, je considère que mon premier engagement, c'est ma plume. C'est-à-dire que... Et c'est même pas les articles que je peux signer ou les pétitions, c'est mes livres. Je veux dire, quand dans le temps des bohèmes je raconte la montée de la guerre, la montée des intolérances, ou bien quand dans le roman des artistes je parle des révolutions de 1830, 1848 et 1870, je m'engage, c'est une forme d'engagement. Donc c'est mon premier engagement, c'est ma plume, voilà. Mais ça suffit pas. Alors pendant longtemps, j'ai fait des choses sur le terrain. Je suis allé beaucoup sur le terrain. Moi, je me suis beaucoup occupé des sans-papiers à une époque. ce qu'on est les migrants aujourd'hui. Et quand j'écrivais Bohème et que je racontais une histoire de ces migrants qui s'appellent Picasso espagnol, Apollinaire polonais, Italo polonais, ou bien Soutine qui venait des pays de l'Est ou les autres, ou
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Modigliani d'Italie, je parlais des migrants de l'époque, voilà. Et je décrivais un moment extraordinaire
Narrator
de générosité à l'époque qui n'existe plus. Ce moment de générosité et ce moment extraordinaire, c'est celui des aventuriers de l'art moderne. Paris 1900, capitale du monde. Peintres, sculpteurs, écrivains, poètes, musiciens venus d'ailleurs et de partout se retrouvent ici, à Paris. Loin de cette effervescence, au-delà des grands boulevards, un petit village s'éveille aux lumières du siècle qui commence. Montmartre. Un jeune homme monte vers la butte. Le jeune homme s'appelle Max Jacob. Il est poète et dessinateur. Un matin du juin 1901, alors qu'il passe rue Lafitte, le poète s'arrête devant la vitrine d'une galerie de peinture. Dans la vitrine, vous exposez un peintre, le petit tableau à droite. Picasso, répond Volart. Invendable. Une heure plus tard, Max sonne à la porte d'un appartement du boulevard de Clichy. Pablo Picasso est là. Max le congratule. Ils se serrent les mains, s'exclament, s'applaudissent sans comprendre un seul propos de ce qu'ils se disent. Alors
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Beethoven sert de langue commune. On joue la septième symphonie à la guitare, on chante l'hymne à la joie à gorge déployée. Les aventuriers de l'art moderne. Dan Frank, c'est votre série diffusée sur Arte, série d'animation. On peut donner le nom
Dan Franck
de ses animatrices Amélie Haro, Pauline Gaillard et Valérie Loiseleu parce que c'est très beau esthétiquement et puis ça raconte des choses. Oui, c'est une équipe merveilleuse. C'était très intéressant, d'ailleurs, mes débats avec... Je vous raconte parce que dans le livre Minuit, c'est-à-dire le dernier livre de cette trilogie qui raconte la guerre, que je voulais appeler Résistance, mais en fait, en me plongeant dedans, je me suis dit, ben non, c'est plutôt... Collaboration serait le meilleur titre. Mais donc j'ai trouvé minuit. Je suis très dur dans ce livre avec Sartre et Beauvoir. Très très dur. Parce que... Bon, ils ont bien vécu. Et quand vous lisez les mémoires de Simone de Beauvoir, et qu'elle raconte au moment du démarquement, quand il y a une fête chez Michel Léris, il y a Picasso, Camus et tout ça, et elle regarde des feux d'artifice merveilleux qui sont en fait les tirs de l'ADCA contre le démarquement et qu'elle dit ce jour-là j'ai compris le sens du mot fait et que vous regardez cette vie quotidienne pénible et cette fausse résistance qui a été d'ailleurs Sartre n'a jamais défendu cette résistance mais surtout ils ne sont jamais engagés avant, ni sur l'Espagne, ni sur rien. Donc je suis assez dur avec Simone de Beauvoir Et puis, quand je travaillais avec ces jeunes femmes qui sont merveilleuses, qui ont un talent infini, elles ne voulaient absolument pas que Simone de Beauvoir soit présentée comme je la présentais dans mes livres. Et donc, j'ai fini par céder parce que c'était un vrai... Elles avaient 30 ans, une trentaine. Et donc j'ai cédé et Simone de Beauvoir est présentée dans la série d'une façon assez neutre. Et je me suis fait engueuler par Pierre Nora, l'historien Pierre Nora que je connais et qui est un ami, qui m'a dit « tu es juste dans ton livre mais tu n'es pas du tout dans la
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série ». Et c'est intéressant le regard de ces générations. En tout cas, c'était une expérience merveilleuse que cette série Les Aventuriers d'art moderne. Et puis, il y a toute cette réflexion sur ce qu'est le passé. On l'entend bien, Dan Franck, depuis que nous échangeons, on voit que vous êtes dedans. Là, vous êtes complètement dans l'époque. Et en plus, dans votre démarche, vous nous permettez d'y accéder. Et je reprends cette phrase qu'on voit apparaître sur la couverture, sur le bandeau de votre roman, La Restation. On ne sait jamais ce que le passé nous réserve. Je trouve ça déjà très, très beau. Mais c'est quoi ce rapport au passé? Ce passé, il est un peu complexe. L'histoire, c'est une écriture.
Dan Franck
C'est une discipline scientifique avec des méthodes. Vous n'êtes pas historien, vous l'avez dit. On ne sait jamais ce que le passé nous réserve. Moi d'abord, je préfère raconter le passé des autres que le mien qui n'a pas, à mon sens, pas d'intérêt. Mais on est constitué de son passé, on est constitué de sa mémoire. La mémoire se transmet même d'une manière tout à fait inconsciente. On est les enfants de nos parents, de nos grands-parents, de nos générations antérieures, de la même manière que nos enfants resteront nos enfants. Encore que, la modernité des générations fait qu'au fond, c'est à nous d'apprendre de nos enfants à un moment. C'est-à-dire, on leur donne peut-être un fragment de mémoire, mais ils se créent la leur, et nous, ils nous remettent dans le temps présent, et le rapport entre les générations est une chose extrêmement intéressante pour cette raison-là. Par exemple, il y a des combats que nous, on a menés. qui ne sont plus des leurs, mais les leurs sont formidables. Les leurs sont extraordinairement intéressants. Par exemple, sur l'écologie. L'écologie qui est un combat de... C'est pas le combat de ma génération, je le comprends très bien, mais le... Ce combat-là, le combat sur la reconnaissance des sexes, de l'égalité des sexes, le combat sur MeToo, etc., c'est des choses qui sont formidables et qui mènent, et moi je les regarde avec une grande admiration. C'est pas que je comprends pas toujours. Mais je me dis, c'est leur combat à eux. Il faut les appuyer, les comprendre, les soutenir si on peut. Et
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ils fabriquent leur propre mémoire qui vient et de la nôtre et de celle qu'ils sont en train de fabriquer à travers ces bagarres-là. Votre mémoire familiale, à vous, c'est quoi dans cet héritage-là? Vous avez des
Dan Franck
choses à apprendre ici. Vous avez cité, on est héritier de nos pères, de nos mères, de nos grands-parents. Il y a quelque chose? Moi j'avais des grands-parents... Du côté maternel, mes grands-parents viennent de Russie et de Pologne. Et moi c'est la guerre qui me... la guerre. Donc de ce côté-là, ils ont vécu... ils sont cachés. Ils se sont cachés à Paris, puis à Nice, et puis ils ont fini la guerre dans un clapier à lapin, dans le fond d'un jardin d'un commissaire de police, qui se disait, ces gens-là
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témoigneront pour moi à
Dan Franck
la fin de la guerre. C'était au moment où les Italiens sont partis, remplacés par les Allemands, où c'était terrible. Parce que juif, hein. Parce que juif, bien sûr, pardon, parce que juif. Et ma mère, qu'on a réussi à la faire passer en Suisse par une filière improbable... Bon, ça c'est le côté misérable, et le côté paternel, c'était des résistants. Mon grand-père était un grand résistant, il faisait sauter des trains... J'ai fait une série d'ailleurs qui s'appelle Résistance, sur TF1, il y a longtemps, enfin quelques années, qui raconte les jeunes, la résistance des jeunes. Et j'avais appelé... J'ai beaucoup de papiers, de documents de la guerre de mon grand-père, des plans d'attaque, de trains, j'ai beaucoup de choses. Et donc je me suis renseigné, j'ai appelé ces différents organismes qui m'ont dit... Il y avait aussi votre père, quoi. Et mon père, en effet... Mais mon père ne parlait pas, cette génération ne parlait pas, en fait. Mon père a été à la manifestation du 11 novembre 1940 à Paris, on m'a dit non, c'était rien du tout, c'était un monome. Alors que j'ai vu des gens qui y étaient, et ça a été pas un monome, c'était... Les Allemands ont tiré, enfin c'était un vrai engagement. Donc cette génération-là a tué. Mais moi je suis l'enfant de ça, je suis l'enfant de ces deux... juifs de part et d'autre, mais d'un côté cachés, parce que terrorisés, parce que... parce que comment se battre quand on est... on parle la langue, mais on est ouvriers
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fourreurs, évidemment, et de l'autre, on est ces petites bourgeoisies très résistantes. Voilà, moi je suis le croisement de ces deux cultures, en fait. avec ce regard porté sur les générations qui viennent et qui sont déjà là, parce que le temps passe quand même. Il y a tout à l'heure, Lundfranck, à propos d'Alexandre
Dan Franck
Dumas, vous avez dit, oh il vieillit, il est moins virulent. Bon, vous vieillissez, mais on vieillit tous. Mais vous restez virulent, dites donc. Oui, j'essaye. Oui, la seule chose, c'est que je vais moins sur le terrain. D'abord parce que je suis allé beaucoup sur le terrain, et moi ce qui m'intéressait, et ce qui m'intéresse toujours, c'est de faire des choses pratiques. C'est-à-dire, j'ai fait de l'alphabétisation, j'ai aidé des mômes à faire des pièces de théâtre qui ont d'ailleurs été diffusées sur France Inter. Enfin, j'ai fait des choses comme ça. Et puis un moment donné, je me suis rendu compte qu'en fait, souvent, ce qui intéressait les gens, c'était mon nom. J'ai un petit nom, un tout petit, mais quand même, ça, ça ne m'intéresse pas. Et je fais moins de choses. Je fais moins de choses, parce qu'encore une fois, Place aux Jaunes, et eux, ils font beaucoup, je signe moins de pétitions parce que je ne veux pas. Je trouve qu'à un moment donné, de voir
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les mêmes signatures, ça nuit à des causes. Mais j'écris, et puis quand vous me donnez la chance de m'exprimer, ben je m'exprime, quoi. Nous c'est pour notre plus grand plaisir et puis c'est pas tout ça mais autant la première trilogie sur la première moitié du XXe siècle est achevée, le 1900-1945 ça on l'a, c'est le temps des bohèmes mais le roman des artistes il y a le premier, romantisme au pluriel mais vous avez
Dan Franck
dit qu'il y en avait quatre et cette construction-là de révolution en révolution il faut l'écrire et c'est gigantesque comme boulot, on l'entend bien. Oui, mais c'est formidable à faire, parce que vous embrassez une totalité, vous embrassez la vie de personnages, vous embrassez le développement social, l'accès à la modernité, la naissance de la République... C'est formidable. Alors c'est vrai que les axes majeurs, c'est les révolutions, les trois, sauf le dernier taux, mais les trois révolutions, parce qu'elles sont fondatrices. Et que quand vous suivez l'évolution, par exemple, d'un type comme Dumas, et que vous la comparez avec celle d'un type comme Victor Hugo, c'est génial, parce que, au fond, tout le monde suit l'évolution de Dumas. On s'engage très jeune. Lui, encore une fois, en 1917, il est sur les barricades. En 1948, il est un peu plus mesuré, mais il écrit quand même. Et Balzac, lui, est un fieffé conservateur et actionnaire. Il développe son truc très bien. Et puis, il y a les femmes. Georges Sand est quelqu'un de... Pareil, Georges Sand, elle s'engage... Elle est extraordinaire, Georges Sand. Elle obtient... C'est une vie incroyable. On ne connaît d'elle que ses pantalons. Mais non, c'est pas vrai. C'est une femme libre, très libre. Et puis, il y en a d'autres. Il y a Marie Dagult. qui, à un moment donné, c'est une femme de la bourgeoisie aristocratique, elle épouse un banquier, elle est très riche, elle a des enfants, et un jour, elle tombe amoureuse de Franz Litz. Et elle bazarre tout, elle quitte tout pour vivre son amour, et la réaction de la société est terrible. Et c'est une femme
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qui a écrit un des meilleurs livres, à mon sens, sur la révolution de 1848. Et donc voilà, vous êtes... C'est des personnages merveilleux. Vous avez parlé de Litz, on aurait pu rajouter Chopin et toute la musique et la toile de fond aussi parce que ils s'entendent, vos livres. Dan Frank, merci vivement d'être venu dans le
Dan Franck
cours de l'histoire, le roman
Singer/Performer
des artistes. Il y a cette première étape, ce premier tome,
Dan Franck
ce sont
Singer/Performer
les romantistes. Merci vivement à vous. Merci à vous, merci beaucoup. C'est la vie de bohème. On remet ça, c'est trop joli. Allez chef. Un, deux. C'est la vie de poème, la vie sans façon La vie de garçon, la vie de patin-patin-chanson C'est la vie que l'on aime quand on a vingt ans Mais que nous menons plus longtemps Ah ah ah ah ah
Interviewer
ah ah ah Ah ah ah ah ah ah ah Ah ah ah ah ah ah ah ah Ah ah ah Ah ah ah ah ah ah ah ah Bourville, Georges Guettari toujours plaisir avec ici pour préparer cette émission Jeanne de Lecroix, Jeanne
France Culture – 18 avril 2025
Invité : Dan Franck
Hôte : Xavier Mauduit
Dans cet épisode de “Le Cours de l’histoire,” Xavier Mauduit reçoit l’écrivain et scénariste Dan Franck, connu pour sa passion de l’histoire et sa capacité à faire revivre, à travers ses romans et scénarios, les grandes figures artistiques et intellectuelles du XIXe et XXe siècles. Ensemble, ils explorent le rapport de Dan Franck à l’histoire, la dimension sociale et politique de ses œuvres, le destin de la bohème artistique à Paris, et la nécessité d’ancrer le présent dans la connaissance du passé.
L’approche de Dan Franck :
Promeneur littéraire, amoureux de Paris, Dan Franck arpente Montmartre et Montparnasse pour s’imprégner des lieux fréquentés par les artistes (peintres, écrivains, sculpteurs). Il cherche à raconter “la vie de la société à travers la vie et l’œuvre des artistes”.
“À force de chercher le merveilleux caché derrière toute chose, celui que ce jeu aura séduit tendra peut-être de passer de l'autre côté du miroir et d'y attraper au vol des aspects inattendus et insolites.” – Dan Franck (01:13)
Transmettre la fraternité et la jalousie artistique :
Dan Franck insiste sur la dimension collective, faite autant d’entraide que de rivalités, au sein des générations d’artistes (Apollinaire, Picasso, Soutine, Modigliani…).
Des œuvres-séries à mi-chemin entre roman et histoire :
Dan Franck détaille sa trilogie Les Aventuriers de l’art moderne, structurée chronologiquement (naissance du cubisme, guerre d’Espagne, Résistance) et son projet de “roman des artistes” sur le XIXe siècle, organisé autour des trois révolutions (1830, 1848, la Commune) et se concluant avec l’impressionnisme.
“J'ai construit ces livres-là exactement comme on construit des séries aujourd'hui.” – Dan Franck (15:04)
La méthode du romancier :
Dan Franck refuse toute invention, préférant croiser archives, correspondances et journaux intimes pour lier l’intime à la grande Histoire. Il explique comment il fait dialoguer les figures littéraires (ex : Hugo et Flaubert) à travers leur vraie correspondance.
“Il n'y a aucune invention. J'y tiens, ça fait partie beaucoup du travail d'ailleurs.” (16:38)
Le cliffhanger et le feuilleton d’hier à aujourd’hui :
Inspiré des “traquenards d’intérêt” de Sainte-Beuve, il reprend le principe du feuilleton à rebondissements de Dumas pour maintenir le suspense comme dans les séries télévisées modernes.
“Quand on leur demande d'écrire des feuilletons... c'était le principe des séries. C’est-à-dire [...] il faut qu’on ait envie de lire la suite.” (19:47)
Comparaisons entre grands artistes :
Dan Franck raconte la trajectoire d’Alexandre Dumas (engagé et révolutionnaire, puis marchand d’armes) et celle de Victor Hugo, qui va de la droite monarchique au soutien du peuple et à l’exil politique.
“Victor Hugo voulait absolument associer Delacroix à l’école romantique. Et Delacroix n’en voulait pas.” (09:27)
La bohème du XIXe versus XXe siècles :
La génération de la bohème du bateau Lavoir (Picasso, Apollinaire…) a la certitude de son génie, contrairement à la bohème du XIXe plus fragile socialement.
“La bohème au bateau Lavoir, c’est que tous savent qu’ils sont des génies.” (26:14)
Dimension sociale et évolution artistique :
Dan Franck interroge la porosité entre le monde des arts, la politique, l’émergence de la presse et les mutations de la société (invention du feuilleton, naissance du réalisme avec Courbet, engagement de George Sand…).
Parallèles entre XIXe siècle et aujourd’hui :
C’est en comprenant les bouleversements des siècles passés qu’on éclaire le présent, notamment face à la montée du populisme, du fascisme et l’actualité brûlante des débats sur la liberté, l’immigration, les combats sociaux.
“Le passé est un prélude. Et en vérité, quand vous lisez cette période, 30-41, vous comprenez ce qui se passe aujourd'hui.” – Dan Franck (13:09)
La Guerre d’Espagne, clef du siècle :
Fasciné par l’engagement des artistes et intellectuels dans la Guerre d’Espagne, Dan Franck y voit un miroir des tensions du XXe siècle.
“Quand on a compris la guerre d’Espagne, on a compris l’histoire du siècle.” (36:34)
Un récit ancré dans des engagements concrets :
Dan Franck revendique une vision de gauche et l’idée que son engagement premier est sa plume.
“Moi, je considère que mon premier engagement, c’est ma plume.” (44:55)
Mémoire familiale et devoir de transmission :
Il évoque le passé juif et résistant de sa famille, la difficulté de parler après la guerre, et la nécessité de comprendre l’histoire de ses ancêtres pour se comprendre soi-même.
“On est constitué de son passé, on est constitué de sa mémoire.” (50:02)
L’admiration pour les luttes de la jeunesse :
Dan Franck exprime sa fascination pour les combats actuels (écologie, #MeToo) menés par les nouvelles générations.
[02:17] — “Quand j’écrivais ‘Bohème’ […] j’étais surpris parce que j’avais des adresses d’artistes peintres. Modigliani, Soutine… souvent, c’était le même immeuble. […] Derrière les immeubles bourgeois, il y avait des ateliers énormes.”
[16:38] — “Il n’y a aucune invention. Mais je lis beaucoup de choses, de textes de l’époque. […] Je cherche des croisements, et j’en trouve un qui est absolument génial…”
[19:47] — “Les séries, c’est fait exactement comme [les feuilletons]. Quand on s’emmerde en écrivant, on s’emmerde en lisant. Et moi, je veux qu’on prenne son pied et son plaisir.”
[12:02] — “Victor Hugo va passer de la droite opportuniste à un soutien à Louis-Napoléon Bonaparte, jusqu’au coup d’état du 2 décembre. Et là, il devient socialiste. Il le revendique d’ailleurs, il devient un homme de gauche.”
[36:34] — “Ce qui m’a toujours fasciné dans la guerre d’Espagne, c’est que quand on a compris la guerre d’Espagne, on a compris l’histoire du siècle.”
[42:11] — “La compréhension de l’histoire nous aide à comprendre l’actualité.”
[44:55] — “Mon premier engagement c’est ma plume, voilà.”
[50:02] — “On est constitué de son passé, on est constitué de sa mémoire. La mémoire se transmet même d’une manière tout à fait inconsciente.”
Cet épisode illustre avec force la conviction de Dan Franck : l’histoire n’est pas seulement un enchaînement d’événements, mais aussi l’étoffe des existences, des luttes, de la mémoire familiale et collective. L’évocation de personnages légendaires, de bohèmes, de révolutions, fait écho aux fracas d’aujourd’hui. Écrivain engagé, Franck nous invite à lire l’actualité sous le regard de l’histoire et à défendre le récit comme porte d’entrée privilégiée vers la compréhension du monde.
**Pour aller plus loin :