Podcast Summary: Le Cours de l’histoire – “Fou d’histoire : Dan Franck, écrivain et scénariste”
France Culture – 18 avril 2025
Invité : Dan Franck
Hôte : Xavier Mauduit
Épisode en bref
Dans cet épisode de “Le Cours de l’histoire,” Xavier Mauduit reçoit l’écrivain et scénariste Dan Franck, connu pour sa passion de l’histoire et sa capacité à faire revivre, à travers ses romans et scénarios, les grandes figures artistiques et intellectuelles du XIXe et XXe siècles. Ensemble, ils explorent le rapport de Dan Franck à l’histoire, la dimension sociale et politique de ses œuvres, le destin de la bohème artistique à Paris, et la nécessité d’ancrer le présent dans la connaissance du passé.
Principaux thèmes et points abordés
1. L’histoire par les artistes : une promenade littéraire et sociale
-
L’approche de Dan Franck :
Promeneur littéraire, amoureux de Paris, Dan Franck arpente Montmartre et Montparnasse pour s’imprégner des lieux fréquentés par les artistes (peintres, écrivains, sculpteurs). Il cherche à raconter “la vie de la société à travers la vie et l’œuvre des artistes”.“À force de chercher le merveilleux caché derrière toute chose, celui que ce jeu aura séduit tendra peut-être de passer de l'autre côté du miroir et d'y attraper au vol des aspects inattendus et insolites.” – Dan Franck (01:13)
-
Transmettre la fraternité et la jalousie artistique :
Dan Franck insiste sur la dimension collective, faite autant d’entraide que de rivalités, au sein des générations d’artistes (Apollinaire, Picasso, Soutine, Modigliani…).
2. La structuration des récits et le plaisir du roman historique
-
Des œuvres-séries à mi-chemin entre roman et histoire :
Dan Franck détaille sa trilogie Les Aventuriers de l’art moderne, structurée chronologiquement (naissance du cubisme, guerre d’Espagne, Résistance) et son projet de “roman des artistes” sur le XIXe siècle, organisé autour des trois révolutions (1830, 1848, la Commune) et se concluant avec l’impressionnisme.“J'ai construit ces livres-là exactement comme on construit des séries aujourd'hui.” – Dan Franck (15:04)
-
La méthode du romancier :
Dan Franck refuse toute invention, préférant croiser archives, correspondances et journaux intimes pour lier l’intime à la grande Histoire. Il explique comment il fait dialoguer les figures littéraires (ex : Hugo et Flaubert) à travers leur vraie correspondance.“Il n'y a aucune invention. J'y tiens, ça fait partie beaucoup du travail d'ailleurs.” (16:38)
-
Le cliffhanger et le feuilleton d’hier à aujourd’hui :
Inspiré des “traquenards d’intérêt” de Sainte-Beuve, il reprend le principe du feuilleton à rebondissements de Dumas pour maintenir le suspense comme dans les séries télévisées modernes.“Quand on leur demande d'écrire des feuilletons... c'était le principe des séries. C’est-à-dire [...] il faut qu’on ait envie de lire la suite.” (19:47)
3. Figures artistiques et engagement politique
-
Comparaisons entre grands artistes :
Dan Franck raconte la trajectoire d’Alexandre Dumas (engagé et révolutionnaire, puis marchand d’armes) et celle de Victor Hugo, qui va de la droite monarchique au soutien du peuple et à l’exil politique.“Victor Hugo voulait absolument associer Delacroix à l’école romantique. Et Delacroix n’en voulait pas.” (09:27)
-
La bohème du XIXe versus XXe siècles :
La génération de la bohème du bateau Lavoir (Picasso, Apollinaire…) a la certitude de son génie, contrairement à la bohème du XIXe plus fragile socialement.“La bohème au bateau Lavoir, c’est que tous savent qu’ils sont des génies.” (26:14)
-
Dimension sociale et évolution artistique :
Dan Franck interroge la porosité entre le monde des arts, la politique, l’émergence de la presse et les mutations de la société (invention du feuilleton, naissance du réalisme avec Courbet, engagement de George Sand…).
4. L’histoire pour comprendre le présent
-
Parallèles entre XIXe siècle et aujourd’hui :
C’est en comprenant les bouleversements des siècles passés qu’on éclaire le présent, notamment face à la montée du populisme, du fascisme et l’actualité brûlante des débats sur la liberté, l’immigration, les combats sociaux.“Le passé est un prélude. Et en vérité, quand vous lisez cette période, 30-41, vous comprenez ce qui se passe aujourd'hui.” – Dan Franck (13:09)
-
La Guerre d’Espagne, clef du siècle :
Fasciné par l’engagement des artistes et intellectuels dans la Guerre d’Espagne, Dan Franck y voit un miroir des tensions du XXe siècle.“Quand on a compris la guerre d’Espagne, on a compris l’histoire du siècle.” (36:34)
5. Engagement, mémoire, et transmission intergénérationnelle
-
Un récit ancré dans des engagements concrets :
Dan Franck revendique une vision de gauche et l’idée que son engagement premier est sa plume.“Moi, je considère que mon premier engagement, c’est ma plume.” (44:55)
-
Mémoire familiale et devoir de transmission :
Il évoque le passé juif et résistant de sa famille, la difficulté de parler après la guerre, et la nécessité de comprendre l’histoire de ses ancêtres pour se comprendre soi-même.“On est constitué de son passé, on est constitué de sa mémoire.” (50:02)
-
L’admiration pour les luttes de la jeunesse :
Dan Franck exprime sa fascination pour les combats actuels (écologie, #MeToo) menés par les nouvelles générations.
Moments marquants et citations
Balade surréaliste à Paris
[02:17] — “Quand j’écrivais ‘Bohème’ […] j’étais surpris parce que j’avais des adresses d’artistes peintres. Modigliani, Soutine… souvent, c’était le même immeuble. […] Derrière les immeubles bourgeois, il y avait des ateliers énormes.”
La vérité du roman sans invention
[16:38] — “Il n’y a aucune invention. Mais je lis beaucoup de choses, de textes de l’époque. […] Je cherche des croisements, et j’en trouve un qui est absolument génial…”
Le suspense à la Dumas
[19:47] — “Les séries, c’est fait exactement comme [les feuilletons]. Quand on s’emmerde en écrivant, on s’emmerde en lisant. Et moi, je veux qu’on prenne son pied et son plaisir.”
Victor Hugo et l’évolution politique
[12:02] — “Victor Hugo va passer de la droite opportuniste à un soutien à Louis-Napoléon Bonaparte, jusqu’au coup d’état du 2 décembre. Et là, il devient socialiste. Il le revendique d’ailleurs, il devient un homme de gauche.”
Guerre d’Espagne, miroir du XXe siècle
[36:34] — “Ce qui m’a toujours fasciné dans la guerre d’Espagne, c’est que quand on a compris la guerre d’Espagne, on a compris l’histoire du siècle.”
Sur le besoin d’histoire pour comprendre l’actualité
[42:11] — “La compréhension de l’histoire nous aide à comprendre l’actualité.”
Son engagement personnel
[44:55] — “Mon premier engagement c’est ma plume, voilà.”
Sur la mémoire et la transmission
[50:02] — “On est constitué de son passé, on est constitué de sa mémoire. La mémoire se transmet même d’une manière tout à fait inconsciente.”
Timestamps – Repères clés de l’épisode
- [00:35–03:40] : Description de la promenade artistique à Paris ; méthodes d’immersion de Franck dans le monde des artistes.
- [05:49–06:48] : Construction de ses fresques historiques et choix de la chronologie.
- [11:30–13:09] : Artistes et engagement ; exemple de Victor Hugo et Alexandre Dumas.
- [14:24–15:04] : Parallèle entre Napoléon III et des figures politiques actuelles ; nécessité de comprendre l’histoire pour lire le présent.
- [16:38–19:47] : Méthode romanesque, refus de l’invention, art du feuilleton.
- [24:36–26:14] : Les sources du Comte de Monte Cristo ; Dumas et la vengeance familiale.
- [27:44–29:01] : Portrait de la bohème artistique (XIXe vs XXe siècles), différences générationnelles.
- [34:49–36:13] : Parcours personnel de Franck ; l’histoire commence pour lui avec Mai 68.
- [36:34–41:20] : Guerre d’Espagne, brigades internationales, rôle des artistes engagés.
- [42:11–44:55] : Actualité des fascismes, engagement des artistes aujourd’hui, rôle des réseaux sociaux.
- [50:02–51:43] : Mémoire, transmission, dialogue entre générations.
- [55:37–57:32] : Ambition du “Roman des artistes”, figures féminines de l’histoire (George Sand, Marie d’Agoult).
Conclusion et dernier mot de Dan Franck
Cet épisode illustre avec force la conviction de Dan Franck : l’histoire n’est pas seulement un enchaînement d’événements, mais aussi l’étoffe des existences, des luttes, de la mémoire familiale et collective. L’évocation de personnages légendaires, de bohèmes, de révolutions, fait écho aux fracas d’aujourd’hui. Écrivain engagé, Franck nous invite à lire l’actualité sous le regard de l’histoire et à défendre le récit comme porte d’entrée privilégiée vers la compréhension du monde.
À retenir
- L’histoire des arts éclaire la société et la politique.
- Les récits vivants permettent une transmission plus efficace que le simple exposé historique.
- Comprendre les luttes, les choix et les échecs du passé est crucial pour comprendre notre actualité.
- “On a besoin de l’histoire pour comprendre l’actualité.” – Dan Franck (42:11)
**Pour aller plus loin :
- Les Aventuriers de l’art moderne (trilogie, Grasset)
- Le Roman des artistes (cycle en cours, Grasset)
- Série “Les Aventuriers de l’art moderne” sur Arte**
