Le Cours de l'histoire – Fou d'histoire : Éva Doumbia, metteuse en scène : "Ce qui m'intéresse en histoire, c'est ce qui est caché"
France Culture, 26 décembre 2025
Host: Xavier Mauduit
Guest: Éva Doumbia, autrice et metteuse en scène
1. Overview
This episode features Éva Doumbia, French playwright and theatre director of Ivorian-Malian descent, discussing her personal and artistic relationship with history. The focus is on how marginalized or hidden facets of history—particularly those concerning colonialism, family memory, migration, and racism—inform her life and work. The discussion traverses her upbringing in Normandy, the duality of her heritage, food as a vector of memory, and her artistic engagement with obscured historical narratives such as the Chasselay massacre of Senegalese soldiers.
2. Key Discussion Points and Insights
A. Childhood and Family Roots in Normandy
- Gonfreville-L'Orcher—an industrial town shaped profoundly by WWII and postwar developments
- "[Gonfreville,] avant la Seconde Guerre mondiale, c'est un château, quelques fermes, une église, et après la destruction du Havre [...], est construit sur le site de Gonfreville-Urcher le camp Philippe-Maurice, [...] qui recueille les familles dont les maisons ont été détruites." (Eva Doumbia, 02:00)
- Her upbringing among white working-class communities, in public housing where her family was one of the very few black families.
- "On était la seule famille noire. Il y avait deux autres familles arabes. [...] Tout le monde était blond aux yeux bleus, sauf mon frère." (Eva Doumbia, 12:25)
B. Transmission of Family Memory & Norms
- Influence of maternal (French, communist) and paternal (African, Malinké) backgrounds
- "Ma mère est enseignante, à la retraite. Mon grand-père était cheminot, c'est une famille communiste. [...] On est une famille un peu singulière." (Eva Doumbia, 07:08)
- The family’s vivid, continuous recall of wartime trauma and working-class identity:
- "C'était présent tout le temps en fait chez mes grands-parents. [...] Je trouve que c'est intéressant de rappeler [...] que cette architecture [du Havre] était vraiment liée à quelque chose de terrible." (Eva Doumbia, 04:51)
- African heritage maintained quietly at home—often through small cultural practices, like the prohibition of using the left hand at the table, whose meaning she learned only later.
- "On n'avait pas le droit de se servir de la main gauche, par exemple. Et on ne nous expliquait pas pourquoi." (Eva Doumbia, 14:40)
- Her mother’s exceptional liberal spirit and open-mindedness in a society and era that were not always welcoming to such cross-cultural relationships:
- "C’est quelqu’un d’exceptionnel, c’est quelqu’un de libre, fondamentalement libre. [...] Je n’ai jamais entendu ma mère dire un truc raciste." (Eva Doumbia, 32:01)
C. Food as a Historical and Cultural Thread
- Recounting her father's journey from factory worker to restaurateur, and the ambivalent reception of "exotic" African cuisine:
- "C’est ce monde populaire, un peu raciste il faut le dire, qui vient manger du couscous, et puis un jour [...] il dit à un client, je vais vous faire goûter un plat africain, et le client prend le bras de son voisin d’à côté et fait semblant de le manger." (Eva Doumbia, 18:23)
- Discovery that dishes like mafé are not ancient, but products of the colonial era and global circulation of ingredients:
- "En travaillant la question, on se rend compte que ça a une historicité. [...] Même manger une tomate mozzarella, ce n'est pas depuis toujours du tout." (Eva Doumbia, 19:33)
D. Hidden Histories: Colonial Soldiers, Chasselay, and Autophagie
- Motivation for her play "Autophagie"—the relationship between food, colonial exploitation, and identity
- Deep dive into the Massacre of Chasselay (1940):
- The Tata de Chasselay, a "nécropole militaire" near Lyon, as a rare site of memory for West African soldiers murdered by Nazis.
- "Chasselay, c’est aussi une mémoire effacée ou une absence de mémoire." (Eva Doumbia, 38:24)
- Her research exposed the mechanisms of racist violence—how the Nazis’ hatred of black colonial troops linked to the earlier trauma of "la honte noire" and subsequent sterilization of "métis":
- "Il y avait une espèce de rejet de haine du nègre, du noir, par les nazis [...] toutes aussi fortes que la haine du juif." (Eva Doumbia, 41:12)
- Use of fiction and theatre to restore individuality to the victims:
- "Moi, ce que j’ai voulu faire, c’est leur donner une histoire. Et donc, [...] je n’avais que la fiction." (Eva Doumbia, 45:36)
E. The Systemic Nature of Racism and Need for Critical Memory
- On the social construction of racism and how fiction and art can be tools for resistance and transmission:
- "Le racisme est une chose institutionnelle, c’est construit. [...] Je pense que la peur, elle est constituée." (Eva Doumbia, 48:44)
- "L’histoire m’intéresse parce qu’elle résonne dans le présent." (Eva Doumbia, 49:24)
- On the destructive power of contemporary media and the importance of spirit critique:
- "Nous, en tant qu’artistes, on a la fonction de lutter contre ça, c’est-à-dire de remettre du sens, de l’esprit critique, de l’intelligence, et même de la morale." (Eva Doumbia, 54:01)
3. Notable Quotes & Memorable Moments
- “Ce qui m'intéresse tout le temps c'est ce qui est caché, c'est ce qui n'est pas enseigné. [...] Parce que ça me permet d’expliquer le présent.”
— Eva Doumbia, (22:53) - "Il y avait une espèce de rejet de haine du nègre, du noir, par les nazis [...] interdisaient aux villageois de les enterrer."
— Eva Doumbia, (41:12) - “Le racisme est une chose institutionnelle, c’est construit. [...] La rencontre se fait toujours.”
— Eva Doumbia, (48:44) - "L’intelligence, c’est une arme redoutable face à la bêtise et aux horreurs du monde."
— Interviewer, (55:43) - Sur la mémoire familiale: "Je fais partie [...] des dernières personnes de la dernière génération qui a eu des grands-parents et qui racontaient la guerre."
— Eva Doumbia, (04:25) - Sur la transmission et la résistance:
"C’est l’artiste qui permet de remettre du sens, de la réflexion, au moment où tout concourt à l’abrutissement général."
— Eva Doumbia, (54:01)
4. Timestamps for Important Segments
| Timestamp | Segment Description | |------------|---------------------------------------------------------------------------------------| | 00:08 | Introduction d’Eva Doumbia et contexte normand/migrant | | 02:00 | Évolution de Gonfreville-L’Orcher et mémoire populaire post-Seconde Guerre mondiale | | 07:08 | Transmission de l’histoire familiale, rôle du communisme, et dynamique familiale | | 12:25 | Grandir comme seule famille noire; regards identitaires | | 14:40 | Petites pratiques culturelles africaines et découverte ultérieure du sens | | 17:18 | Mafé, cuisine coloniale, et regards sur l’innovation des plats exotiques | | 19:33 | Historicité de la nourriture, liens entre alimentation, colonisation et conflits | | 22:53 | Intérêt pour l’histoire cachée, la mobilisation des tirailleurs africains | | 38:24 | Le massacre de Chasselay et la mémoire des tirailleurs sénégalais | | 41:12 | Haine raciale nazie, “la honte noire”, stérilisation des métis | | 45:36 | La fiction pour humaniser les victimes oubliées | | 48:44 | Racisme institutionnalisé, importance de la rencontre | | 54:01 | Rôle des artistes et de l’intelligence contre l’abrutissement médiatique | | 56:08 | Clin d’œil sur Gonfreville en Côte d’Ivoire, et conclusion |
5. Tone and Style
The episode balances narrative warmth, personal reminiscences, and critical depth. Doumbia s’exprime avec franchise, humour, et une lucidité engagée sur son héritage et la nécessité de regarder l’histoire “par en-dessous”, depuis les marges, pour comprendre les structures du présent. L’interviewer nourrit l’échange d’une curiosité bienveillante.
6. Conclusion
This episode is a rich exploration of how lived experience, memory, and history intertwine, especially when it comes to marginalized narratives. Through Doumbia’s work and recollections, listeners are invited to reconsider what is visible—and what is actively concealed—in the way history is told, inherited, and fictionalized, both at the scale of family and nation. The call is clear: critical engagement with the past is vital to understanding and transforming the present.
