
Jacques Weber, comédien : "La tradition, ce n'est pas l'immobilité"
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Performer/Actor
Madame,
Jacques Weber
messieurs, le jury a décidé d'accorder un prix d'excellence. Je l'ai appelé M. Weber, qui vous a attribué à une amitié incontournable. Je l'ai appelé M. Huston. C'est touchant!
Interviewer/Host
1971!
Jacques Weber
C'est lointain. C'était l'époque d'ailleurs où les concours existés n'existent plus. Je n'exprime pas de regrets, au contraire même, je pense que c'était tout à fait normal. Mais c'est vrai que ce concours, lorsque vous receviez en plus la récompense suprême, c'était très touchant.
Interviewer/Host
Ça a changé une existence, une carrière. Jacques Weber, quand on parle de ce monde-là, ce monde du théâtre, il y a tant et tant d'évolutions. C'est un monde baigné de traditions, on l'entend bien. Ces traditions, vous en étiez conscient quand vous avez commencé dans cette carrière?
Jacques Weber
Moi j'étais, je pense que déjà il y avait, comment dirais-je, il y avait la tradition et puis il y avait aussi l'avant-gardisme et ô combien et c'était tout à fait formidable puisqu'en même temps il se répandait non seulement dans le secteur du théâtre public mais aussi dans le secteur du théâtre privé. Ce qui était bien quand même, il ne faut pas oublier que avant la mise en place des structures du théâtre public. Le théâtre privé a fait un boulot formidable, sur l'UNESCO, Beckett et compagnie et j'en passe. Donc voilà, d'ailleurs ça serait à réfléchir là-dessus, au lieu de toujours faire cette espèce de guerre très intestine comme ça. Mais c'est vrai que nous sommes un lieu de tradition, mais qui me rappelle toujours cette phrase que j'aime beaucoup, pour que l'arbre bourgeon il lui faut des racines. Et c'est très joli qu'il y ait une structure d'accueil, entre guillemets, traditionnelle, en se méfiant de ce mot. Tradition, ce n'est pas l'immobilité, c'est au contraire une mobilité fixe, attentive aux aguets. Et c'est ça qui est très très important. Vous rappelez aussi qu'il n'y a pas de tradition dans le théâtre occidental, au sens propre du terme. Mais il y a, disons, des habitudes, plus ou moins bonnes, des représentations symboliques plus ou moins belles, plus ou moins intéressantes. Je pense qu'il faut sans arrêt les observer, parfois les respecter, parfois les transcender, parfois même les violenter.
Interviewer/Host
J'aime beaucoup ce que vous dites là, ce monde de l'avant-garde parce que c'est du vivant le théâtre. C'est là et c'est un moment éphémère et puis dans le même temps il y a toujours ce passé qui est une toile de fond.
Jacques Weber
Ça ne peut être qu'éphémère et ça ne peut que aussi s'appuyer sur... Si vous voulez ce qu'il y a de très très beau au théâtre c'est un... C'est Coltes qui disait c'est l'endroit où tout est faux pour être vrai. Et aujourd'hui on assiste d'ailleurs à une espèce de contrechamp tout à fait étrange puisque le vrai, c'est-à-dire notre monde, devient lui totalement faux, produit du faux sans cesse. Et je trouve que ça c'est intéressant, surtout lorsqu'on repense à cette notion du miroir, Cette image inversée, ça me paraît assez intéressant. Mais c'est vrai que si le théâtre n'est pas explosif, rebelle, sauvage, proposant sans cesse des formes nouvelles, ne s'arrêtant jamais presque à la limite de l'essoufflement, provoquant même des zones d'ennui considérables, n'en ayant pas peur, il serait mort. Il serait totalement inerte. Imaginez qu'on se soit figé au jeu des années 50, et on jouerait encore très comme ça, et ça serait absolument épouvantable. Donc voilà, c'est un lieu, oui comme on dit, le spectacle vivant et j'aime beaucoup cette expression.
Interviewer/Host
Et puis je mets de côté l'idée de tradition pour prendre peut-être l'idée d'émotion que les comédiens, les comédiennes peuvent connaître, c'est-à-dire ce passage par exemple où l'on quitte ce qui n'est pas visible par le public et où l'on arrive sur scène. Mais ça c'est un intemporel, cette petite émotion qui doit surgir ici.
Jacques Weber
C'est un mystère absolu, c'est un moment que l'on déteste totalement et pourtant on y revient chacun à heure fixe. Si Jouvet qui disait que le théâtre est un art qui s'exerce à heure fixe, cette heure fixe est considérable. Et moi je sais que puisque vous parlez de cette émotion en effet, cette émotion et cette tension, la tension compresse l'émotion, la rend presque insoutenable et naturellement Lorsque la porte s'ouvre vers la scène, elle se dévait. Et si vous voulez, il y a ce mot émotion. Sans doute le plus grand poète du théâtre du XXe siècle, de l'avis de tous ses pères et de l'avis d'énormément de gens qui ont vu ses spectacles, Klaus Michael Gruber, disait que le théâtre c'est avant tout l'émotion, l'émotion, l'émotion. Et devenant de sa part, l'émotion prenait un sens absolument considérable. Mais c'est toujours aussi très dangereux ce genre de mots, c'est comme l'important être clair de Molière a été chapardé par des espèces de... d'imbéciles qui ne comprenaient rien, qui confrontaient toujours faire le beau pour plaire, alors que c'était absolument l'inverse qui était proposé par Molière.
Interviewer/Host
Avec ce moment théâtre, qui est un moment extraordinaire, on le sait bien, et il y a cette force, et ce qui explique ce succès du théâtre toujours, même s'il est présenté comme un monde mis à mal avec la concurrence d'autres choses, ce moment théâtre est unique et c'est sans doute pour ça qu'il est toujours là et qu'il fascine toujours autant. C'est pas reproductible.
Jacques Weber
Oui, et il ne faut pas oublier, c'est amusant, je connais mal cette période, je ne suis justement pas un historien, mais puisque nous sommes dans un... on parle autour de l'histoire, je crois savoir que les premiers lieux interdits de la Révolution française ont été les théâtres par peur de résurgence monarchiste, c'est vous dire à quel point ils sont considérés comme des lieux indépendants On ne peut pas l'atteindre au fond. Même si on interdit la pièce, ça va créer des scandales. Et je pense que c'est un lieu fondamental, ça me rappelle un peu bien que je sois très très éloigné définitivement de toute forme de religion, de toute forme d'église. Mais lorsque j'étais petit, j'étais très fasciné par la petite lanterne rouge qui indiquait soi-disant que le bon Dieu était là. Enfin, je schématise.
Interviewer/Host
Vous schématisez. Mais on voit bien le tabernacle, l'église,
Jacques Weber
etc. Jésus était là, ou je sais pas quoi, pour la présence du Saint-Esprit, ou autre bêtise du même truc. Enfin non, pas bêtise, mais enfin bon. Bref. Et pour moi, le théâtre, c'est ça. C'est une espèce de lanterne allumée, vive, qui est là, qui réveille, qui interroge, qui est présente. On ne la lui fait pas, au théâtre. Et ça, c'est un lieu absolu de liberté. Il faut toujours s'en rappeler lorsqu'on rentre en scène.
Interviewer/Host
Avec le possible qui peut surgir à tout moment. Au cinéma, la surprise pour le spectateur, c'est parce qu'on ne connaît pas l'histoire.
Jacques Weber
Je vous le disais, au théâtre on joue, au cinéma on a joué. C'est merveilleux. Pour l'acteur, c'est formidable. Et c'est d'ailleurs tout le débat extrêmement complexe qu'il peut y avoir entre le metteur en scène et l'acteur. L'acteur a besoin qu'à un moment donné, à l'intérieur d'une structure extrêmement préétablie avec le metteur en scène, son état sauvage puisse s'exprimer forcément différemment tous les soirs. Il ne faut pas chercher forcément la différence, mais forcément c'est différent. Et parfois, il y a des metteurs en scène qui vous prennent pour des porte-manteaux. Je n'ai jamais vu un grand metteur en scène vous prendre pour un porte-manteau. Jamais. Jamais. Ils vous structurent. J'ai remarqué que les grands débats d'ordre dramaturgique qui nous nourrissent aussi se passent avant Après, comme disait Strehler, tu joues d'abord, on parle après. Ou on parle avant, et c'est tout. Mais après, au moment où on est sur le plateau, c'est organique, c'est physique.
Interviewer/Host
Avec une comparaison qui nous a conduit jusqu'à l'église, Jacques Weber, ce qui n'est pas tout surréaliste.
Jacques Weber
Mais en même temps, non.
Interviewer/Host
Il y a un public, il y a une scène, et il y a un personnage en spectacle.
Jacques Weber
Et puis il y a de la spiritualité, c'est évident, c'est pas hasard non plus. Je crois vraiment qu'il y a quelque chose de ce genre-là. Lorsqu'on est... Vous savez, il y a un mot qu'on emploie souvent, d'ailleurs parfois un peu trop, mais l'état de grâce. C'est quelque chose qui existe au théâtre et c'est très très très très mystérieux. Et il y a des fois où vous êtes dans un... Comment dirais-je? dans un autre temps, dans un autre espace qui n'est pas sans rappeler l'espace du questionnement. Sans identité, moi je n'ai pas de repères religieux du tout. Je n'en veux plus plus exactement parce que j'en ai trop pâti étant enfant. Mais il y a quelque chose de l'ordre de l'immanence qui est là, qui travaille, qui emmène votre voix, qui vous prend en main. Je ne sais pas comment expliquer ça.
Interviewer/Host
Mais vous avez évoqué l'idée de temps et faire de l'histoire, c'est travailler sur le temps au cinéma. Quel art sublime le cinéma! On le sait bien mais le film fait devient archive au sens où il ne bouge plus. Tandis que la pièce de théâtre, chaque soir, elle est nouvelle, elle est réinventée et étonnamment, elle ne laisse pas de traces. Parce que, on l'a tous vécu, quand on parle, on dit mais j'ai été voir cette pièce par le passé. T'aurais dû y aller mais c'est trop tard, elle n'existe plus. Il y a ça aussi dans le théâtre.
Jacques Weber
C'est ce qui fait son charme et sa beauté, son absolue absence de pérennité. C'est ça qui est magnifique, c'est que ça a disparu. Le miracle s'est fait, mais après tout c'est aussi le mouvement de la vie. Elle est là, elle se présente, elle est belle. Il y a aussi bien des coquelicots que des guerres et des meurtres, et puis... et fou le camp. C'est fini et c'est totalement disparu. Vous avez des gens dont la mémoire existe encore quelques années, que ce soit vos proches ou des célébrités qui ont pu vous toucher, puis petit à petit ça se dilue, ça se dilue. Moi par exemple, c'est une chose qui me frappe énormément, Pour moi, l'ange de mon métier était Gérard Philippe. Mon papa de théâtre était Pierre Brasseur. Mon idole était Gabin ou Michel Simon. Ce sont des noms qui ne disent plus rien du tout aux générations que je croise très souvent. C'est très frappant. C'est totalement effacé par le long fleuve, pas tranquille, intranquille, comme disait Pessoa, son traducteur. C'est drôle, c'est intéressant tout ça.
Interviewer/Host
Mais j'aime beaucoup que vous évoquiez ces grands noms parce que cette histoire-là du théâtre s'écrit avec tant et tant de noms et on pourrait les citer. Ça c'est constitutif aussi de votre démarche. Quand on a un Jacques Weber jeune, on a évoqué ce prix d'excellence au conservatoire, il y a la volonté de s'inscrire dans les pas des grands comme des modèles. Pierre Brasseur notamment.
Jacques Weber
Je ne sais pas si la volonté de leur... On est forcément tenté de leur ressembler. Brasseur disait, me faisait tellement rire, mais moi je suis de la merde, j'habite Berry. Je parle naturellement du grand Jules Berry, on ne parle pas des autres. Et Jules Berry par exemple avait un jeu de manchettes. C'est lui qui a inventé le déboutonnage des manchettes et de retrousser sa manchette de chemise sur sa veste. Et c'était d'une très grande élégance. Et Brasseur refaisait la même chose. Il y avait cette espèce de mimétisme, cette transmission comme ça, mimétique, qui était là. Et moi, c'est vrai que Florent avait inventé, François Florent, mon professeur, avait inventé ce terme. Fais attention Jacques, tu brasserises. C'était parce que j'ai vu Florent tout au long de ma carrière, et brasseriser, ça veut dire que quand je ne suis pas dans une forme optimum, et que je ne fais pas attention, je fais un peu du brasseur! Tu vois, je joue un peu comme ça. Ah oui, oui, je me rends compte.
Interviewer/Host
Encore aujourd'hui, parfois, vous dites que vous brasserisez?
Jacques Weber
Franchement, non, avec l'âge où ça s'agit, et on retrouve cette autre vérité intangible, qui se résume très bien par une phrase merveilleuse d'un professeur qui était Tu commenceras à bien jouer à être lorsque tu auras les mains en bas. Ça, ça m'avait frappé. Les mains en bas, c'est-à-dire, je suis là. Et là, on revient à une forme de philosophie, quoi. Il ne s'agit que d'être, au fond. C'est presque bouddhique. Ça ne bouge plus. Rien, rien. On est poreux, n'est-ce pas, sur le plan physique, physiologique, et on se laisse traverser. Et ces traverses permanentes, on exprime, on joue, on chante. C'est très intéressant.
Interviewer/Host
Ici, l'aspect métaphysique, spirituel, avec un prénom que vous avez donné. A Monsieur Florent, c'est François Florent, le cours Florent, parce qu'on le connaît par le complant. Vous l'avez connu, vous, avant la création du cours.
Jacques Weber
Moi, j'étais l'un des tout premiers élèves avec Francis Schuster, et puis après Sabine Azema, Catherine Ferrand, etc. Et c'était le cours municipal du 17ème arrondissement qui se faisait dans la classe de français dans laquelle j'étais au lycée en classe de 4ème, parce que j'ai commencé les cours d'art dramatique, j'étais en 4ème, donc j'étais un gamin. Et c'était au lycée Carnot. Et voilà, on payait 37 francs par an. Et on faisait la queue devant un monument aux morts, je me souviens, ça me frappait beaucoup. de mômes, donc de mômes de 18-19 ans qui avaient été fusillés par les Allemands. C'est une chose qui me frappait toujours avant d'entrer dans le cours de français ou dans le cours d'art dramatique.
Interviewer/Host
C'est intéressant ce que vous dites là parce que c'est toujours cette réflexion sur la mémoire, cette trace qui reste venant du passé, que ce soit ces grands noms d'acteurs, que ce soit ces jeunes gens.
Jacques Weber
C'est très frappant parce qu'au fond, je me souviens, moi j'étais un des cinéastes et je pense que vous êtes pareil, vous êtes comme moi, que j'admire le plus, c'est Kurosawa, qui a dit une chose que tout le monde a dit, mais enfin... Un jour, c'était en exergue, je crois, sur un de ses films. Créer, c'est se souvenir. Et en fait, quand on réfléchit bien, c'est vraiment que ça. C'est le passé qui nous abreuve. C'est mille et une choses qui nous ont surpris, touchés, et qui à un moment, s'injectent dans votre travail. Et ça, Aucun metteur en scène ne peut approcher ça.
Interviewer/Host
C'est tellement difficile en plus avec des rôles de personnages ayant existé de manière réelle dans le passé ou alors placés dans un univers passé.
Jacques Weber
C'est pour ça que c'est extrêmement dangereux de penser biopique. Car même si on prend le calque le plus exact qui soit, même si on fait les enquêtes les plus précises qui soient, jamais la reproduction est exacte. Ça c'est presque scientifique. Les scientifiques qui vous apprennent ça, ce n'est pas possible. Donc je me demande si c'est réellement intéressant, même si il y a des performances qui m'ont absolument touché. Je pense, puisque je joue genoux à Bruno Gorns dans Hitler, c'était assez exceptionnel, ou Marion Cotillard dans Piaf, etc. Il y en a eu beaucoup des gens qui ont fait ces choses-là. Je ne suis pas sûr que ça me passionne énormément. Ce qui, moi, me passionne, C'est le décalage absolu d'un génie comme Piala, qui met du tronc, qui a à voir avec Van Gogh, que moi j'ai à voir avec... je sais pas qui... avec... voilà bon... avec Schiroma. Et c'est magnifique, parce que ce qui joue pour le public, c'est l'apparition du titre, la thématique qu'il vous est donnée, Et devant, vous voyez une sorte d'anonymat génial, extrêmement contemporain, qui était Dutronc. Dutronc, c'était cette chose presque invisible et à force de l'être, on ne peut plus présent. Enfin, je ne sais pas comment expliquer ça, je ne m'exprimais pas très bien. Mais je pense que c'est un immense interprète de notre 7e art, Dutronc. Car il représentait à lui, tout seul, toute une époque.
Interviewer/Host
Oui, parce qu'ici, il y a cette volonté aussi de dire quelque chose, d'incarner quelque chose, c'est le moment au théâtre. Vous avez évoqué Jacques Weber, François Genoux, que vous incarnez, c'est l'injuste cette pièce, au théâtre de la Renaissance. Mais quand vous parlez de Van Gogh ou d'Hitler, ce sont des personnages que l'on cerne à peu près. François Genoux, beaucoup moins. Et alors là c'est très intéressant. Vous le connaissiez vous François Genot avant?
Jacques Weber
Pas du tout. Et à un moment on me dit mais est-ce que tu connais ce personnage? Et alors naturellement je dis bah on tape sur Wikipédia, enfin toujours pareil. Et là c'est dans ce cas là c'est passionnant. Je tombe sur un interview, son dernier je crois, d'ailleurs celui qu'il avait voulu. Et là, je tombe des nues, je dis mais c'est absolument incroyable, puisqu'il raconte exactement qui il est, ce à quoi il... ce qu'il pense, quelle est son idéologie, etc. Et tout ça avec un calme olympien. C'est un homme maigre, extrêmement hémacié, très précis dans sa diction, etc. Et naturellement, c'est à 10 000 km de moi. Et c'est ça qui est intéressant. Il n'était pas question, d'ailleurs, ça ne servait à rien puisque personne ne le connaît. de reproduire à l'envie Genoux. Ce qui était très intéressant, c'est qu'une nature comme la mienne, qui peut paraître à première vue bonhomme, un peu comme ça, vaste, généreuse, etc. s'empare d'une langue, d'une pensée qui est le contraire de la générosité. qui est extrêmement intelligente, qui est extrêmement fine, mais qui a quelque chose de résolument acide. Et ça, c'est mon métier, quoi. Voilà, cette opposition est intéressante.
Interviewer/Host
Oui, parce qu'avec François Genoux, il y a de la haine.
Jacques Weber
À l'époque, vous aviez déjà lu des choses de lui? Vous avez lu Mein Kampf? J'ai lu Mein Kampf. Tout ça, ça m'a beaucoup compris. C'est vraiment... C'est tout à fait remarquable parce que je ne peux pas changer maintenant. Le totalitarisme nazi, auquel M.
Interviewer/Host
Genoux croit toujours, a poussé cet amour de la nature jusqu'au mythe de la race aryenne.
Jacques Weber
Que dit François Genoux du racisme et de l'antisémitisme? Est-ce que vous aviez épousé les idées du national-socialisme, y compris à l'égard des Juifs, à cette époque-là? J'ai toujours été assez préservé sur cette histoire des Juifs. C'est une phrase qu'il y a dans la pièce. Mais est-ce que vous avez vu, pardonnez-moi, mais ça m'a rappelé merveilleusement le film sublime de Zone d'intérêt. Au début de l'interview, il y a des champs d'oiseaux. Est-ce que vous avez entendu ça? C'est ça qui est très intéressant parfois. C'est qu'au-delà même des termes qui sont employés, Il y a derrière une autre... Enfin, vous avez entendu, moi, ça m'a totalement frappé. C'est formidable, ça. Et ça, il faudrait que les gens, quand ils travaillent des interviews et tout, ils pensent à ça, à ces arrières-plans sonores qui donnent un truc, mais incroyable. Les chants d'oiseaux sont sublimes derrière. Et il est là, il dit, oui, Mein Kampf, c'est sans doute ça qui aurait créé un monde nouveau. Et ça, cette espèce de dichotomie, c'est fou, quoi.
Interviewer/Host
Là, ce qu'on vient d'entendre, c'est l'interview par Pierre Péan de François Genoux. François Genoux, oui, un homme milliardaire suisse qui a revendiqué son nazisme toute sa vie.
Jacques Weber
Qui a été très frappé par ce que Péan dit dans son bouquin, par le... l'injustice de Saco-Vanzetti, que le seul qui est défendu c'était Benito Mosolini, et que ça, ça l'a marqué étant jeune. C'est très curieux cette histoire. Je me souviens vaguement qu'il en parle de ça, Péan. Donc il est bien évident que lui aussi a eu une enfance qui pourrait expliquer certaines choses. Enfin, comme dirait l'autre, Hitler a peut-être eu une enfance malheureuse, c'est pas pour ça qu'il faut l'expliquer.
Interviewer/Host
Voilà, enfin... Ça ne justifie rien, vous avez raison, des enfances malheureuses, on en trouverait plein.
Jacques Weber
Ça ne justifie rien, absolument rien. Mais en tout cas, pour ce qui est de le jouer, je pense, enfin, moi j'ai toujours eu cette réaction lorsque j'ai joué des très grands personnages, parce qu'il n'y a pas de différence fondamentale entre le fait de jouer François Genoux ou jouer le roi Lyre. Voilà, ça c'est très important. C'est pas moi qui contextualise, c'est le fait de jouer François Genoux maintenant, mais moi, quand je me retrouve avec un texte, une situation, qui elle est totalement fictionnelle, Ben voilà, je fais le même travail que lorsque joue le roi Lyre. Alors le roi Lyre appartient à une légende du Moyen-Âge, mais elle est reprise en compte par un homme du XVIe siècle. Je pense qu'il n'y a pas... Alors je vais surprendre beaucoup de gens, et je méfie un petit peu de ce que je dis, mais la notion de personnage est très complexe et j'ai presque envie de dire qu'il ne faut pas qu'elle existe. C'est Jean-Pierre Vincent qui était un des plus grands directeurs d'acteurs que j'ai vu dans ma vie qui disait ça. Il disait d'abord mettez une situation les unes au bout des autres et allez au fond de cette situation. Et donc elle est forcément au fond presque quasi lexical de la lecture du texte. Et là apparaîtra le fameux un autre, l'autre, l'autre, qui n'a rien à voir avec la réalité de François Genoux, ou la réalité de Virtuel du Roi-Lire, ou la réalité des écoles, des profs de français qui vous disent que la misanthrope c'est ça et pas autre chose. Il n'y a rien de plus crétin que de dire ça. Ce qu'il faut c'est ouvrir le questionnement sur la misanthrope. Mais ne pas dire, la trabilière amoureuse et le mec qui se révolte... Surtout ne rien définir définitivement. Justement le théâtre condamne la certitude et transcende le questionnement nécessaire. Ça ferait beaucoup de bien à nos hommes politiques de réfléchir à cette question. Surtout en ce moment.
Interviewer/Host
Jacques Weber, ça veut dire qu'il n'est pas nécessaire pour l'acteur, l'actrice de lire cinq biographies du personnage.
Jacques Weber
Ça aussi c'est discutable parce que certains en ont vraiment besoin. Donc je le respecte totalement. Et puis tant mieux pour eux parce que ça les nourrit. Ça les nourrit merveilleusement. Moi j'ai presque envie de dire que le rêve me nourrit beaucoup. Peut-être presque trop. Il prend une importance parfois. qui m'amène, on pourrait le dire, à une forme de fainéantise, et après tout, pourquoi pas, je flâne énormément. Avec le peu que j'ai, avec le peu d'infos que j'ai, mais avec par contre un gros bagage d'observation. C'est-à-dire le moindre détail me frappe dans la forêt, dans les arbres, dans les oiseaux, dans les gens qui courent tous désormais enfermés dans leur téléphone. Donc, pourquoi il court? Enfin, à part de poids, parce que le mec leur a dit qu'il faut courir tous les jours 10 000 pas. Mais enfin, on est où? J'ai entendu des mecs parler du CAC 40 tout en courant. C'est catastrophique, c'est la fin du monde. Ça, c'est la fin du monde. Enfin bon, bref. Je m'écarte. Mais c'est le rêve qui me nourrit. Mais Jouvet, un jour, avait fait un gars... Son élève lui avait dit « Maître, c'est très compliqué. Alors, tu vas lire ça, tu vas lire ça, tu vas lire ça. » Il lui donne une tonne de livres à lire sur Tartuffe. Et le gars revient, il passe la scène, il dit alors tu as vu, ça ne t'a servi à rien. Et c'est vrai, le rapport de connaissances est très très très complexe. Ce que je sais, c'est que forcément ça vous nourrit, si un dramaturge suffisamment fort vous parle merveilleusement bien, d'une époque, d'une histoire, de ce qui charge. Ça vous charge. Mais au moment où on joue, c'est-à-dire où j'arrive, où je fais mon travail d'artisan, de mec physique, je n'ai jamais vu un grand metteur en scène ne pas être concret. Tout redevient concret. C'est-à-dire, il s'agit de prendre son verre comme ça, parce que dans la vie, on le prend comme ça et pas comme ça. De ralentir très légèrement le geste réaliste. C'est très, très concret, que ce soit avec Stein, avec Vincent, avec Lavodan et tout le monde. C'est
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très important. Et puis le travail de lire toutes les biographies du personnage, c'est le boulot aussi des auteurs et des
Jacques Weber
autrices de la pièce qui... Paul Ramaturge n'est pas une invention diabolique et crétine comme le dit certaines personnes. C'est magnifique. C'est un homme qui vous accompagne avec l'histoire qui est un saut de coup. Parce que il y a des détails dans l'histoire qui peuvent nous toucher. L'analyse historique globale ne me touchera peut-être pas. Elle me touchera en tant qu'homme et elle pénètrera et tout compte. Je disais l'autre jour, mais c'est vrai, le petit chat. Un petit chat qu'on appelait Vilar, l'absu c'est intéressant, parce qu'il traversait la cour du Palais des Papes. Quand vous allez entrer en scène, moi je me souviens je rentrais en scène en... Tu te prends pour qui dans l'architecture de Pascal Rambert? Trois heures de scène, la cour du Palais des Papes, la la la, Avignon et tout. Mais avant de jouer, il y a un petit chat qui vient nous voir dans les coulisses, qui nous regarde et tout, et puis après on le voit qui traverse la scène. Eh bien ce petit phénomène minuscule, forcément travaille sur votre interprétation, forcément la bouge légèrement. De façon infinitésimale, mais tout est infinitésimal au départ. Tout est cellulaire, quoi. Et donc ça, c'est ça qui me fascine, moi, dans mon métier. Tout compte. Ce que je peux vous dire, c'est que ce soir, notre rencard de ce matin, il compte. Il va compter énormément. Ce serait parce que j'ai entendu les petits oiseaux, par exemple, et puis d'autres choses qu'on a dites ensemble et que j'ai découvert en parlant
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avec vous. Dans l'injuste, cette pierre vous êtes dans un bunker, il n'y a pas un son. Et c'est intéressant aussi de se dire que les oiseaux, vous les faites entendre à travers des vidéos parce qu'on a la vidéo donc on ne les entend pas mais on sait qu'ils sont là puisque le bunker est dans la forêt. C'est aussi ça le théâtre, c'est créer tout cet univers qui va au-delà de la scène par des mots, par des postures, par cet environnement gigantesque qui entoure juste ce qui se passe là sous
Jacques Weber
nos yeux. Oui, je pense toujours que le metteur en scène, ce qui n'est pas forcément le cas dans l'injuste d'ailleurs, est avant tout un poète. Et la poésie, comment la définir, je ne sais pas. Mais en tout cas, il est tenté par la plus juste des harmonies de ce qu'on appelle la nature, et dans la nature il y a les hommes, et puis il y a les
Interviewer/Host
petits oiseaux. Oui, et puis il y a l'ensemble, et puis il y a ce travail d'équipe, parce que c'est vrai qu'on parle... Ah
Jacques Weber
oui, oui. C'est important. Alors là je tiens à le dire, à un moment donné on dit Jacques Weber dans l'injuste, mais Jacques Weber dans l'injuste, il n'est pas tout seul, et dans n'importe quelle pièce, même dans un monologue, c'est toujours... on n'est jamais seul. C'est pour ça que je n'aime pas la phrase de Cyrano que j'ai pourtant jouée. si souvent, je la trouve un peu niaise, ne pas monter bien haut peut-être, mais tout seul. Je la trouve épouvantablement... cocardière pour ne pas dire
Interviewer/Host
autre chose. Voilà, c'est pourquoi je dis que dans l'injuste vous êtes aux côtés d'Elodie Navarre et que cette pièce, vu que nous parlons des auteurs, c'est Alexandre Amiet, Yael Berdugo, Jean-Philippe Daguerre et Alexis Kebas et que cette mise en scène c'est Julien Sbire parce que il y a tout cela, c'est un travail d'équipe complet pour donner à la fin ce moment que vous offrez aux spectateurs et aux spectatrices avec ces rôles importants, les metteurs en scène, vous l'avez déjà cité,
Georges Lavodan
Georges Lavodan. Le Roi-Lire, oui, c'est une pièce un peu fétiche pour moi parce que lorsque j'ai démarré à Grenoble, immédiatement après Lorenzaccio, c'est le second classique que j'ai monté, c'était dans les années 70. Ensuite, j'ai refabriqué une seconde version lorsque je suis arrivé à l'Odéon 96. Et puis, ben voilà, là, maintenant, c'est l'aventure avec Jacques pour une troisième version. On a toujours le sentiment que on réussit et on se rend compte qu'il y a des passages qu'on ne réussit pas. C'est ce que j'ai appelé des pièces mondes. C'est-à-dire que c'est une pièce où vous ne dites pas « tiens, le thème c'est ça ». C'est des thèmes où tout s'entremêle, c'est-à-dire le droit, la guerre, le sexe, la violence, la bâtardise. la stratégie, les jeux de mots, ça part comme du Shakespeare, ça termine comme du Beckett. Avec Jacques, lorsqu'on l'évoque, c'est comme, on l'a dit, c'est comme d'escalader l'Himalaya en pantoufles, sans chair
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pas, partant de brouillard.
Jacques Weber
Ça vous fait rigoler. C'est moi qui lui avais dit ça en espadrille. L'avodant c'est magnifique parce que c'est un être silencieux. Le silence compte énormément dans sa façon de vous faire travailler au fond. Et j'ai remarqué ça aussi chez de très grands personnages comme Françon, comme tout ça. Le silence est beaucoup plus fort que les raisonnements ou la parole. Et puis de temps en temps ils interviennent mais On a l'impression qu'il déplace un meuble de deux centimètres, même pas, et tout change. Ça, c'est comme on peut déplacer un mot. qu'on demande de réarticuler mieux un mot. J'ai fait un travail merveilleux avec Lavodan, j'ai appris énormément de choses. Et puis, on est... Je vais vous dire une chose, il y a des choses totalement, comment dirais-je, irrationnelles, qui sont du domaine de l'affectif, de l'amoureux. D'être amoureux de son metteur en scène, c'est magnifique parce que ça crée quelque chose, ça crée une émotion qui est déjà là, qui est déjà palpable. qui... On a envie de... Oui, on a envie d'être aimé par lui, donc ça joue dans l'interprétation aussi, même si ça vous paraît extérieur. Au roi Lierre, je ne sais pas comment expliquer ça, mais lorsqu'un type comme Gruber vous dit à propos du hélas racinien, le hélas, vous avez la chance, vous les français, vous avez le mot hélas, le mot hélas en racine, c'est un souffle sur une plaie. Mais non, mais attendez, là vous êtes complètement traversé, transpercé, et il n'y a plus qu'à y aller, quoi. Forcément, ça va faire travailler 50, 60, 70 vers, 80 vers, puis après il va falloir retrouver une autre phrase,
Interviewer/Host
une autre stigmatisation, voilà. Oui, c'est ça, parce qu'on voit que ces pièces, il faut les tenir, elles sont gigantesques de
Jacques Weber
tension. rien quand même. Alors
Interviewer/Host
ça c'est mon
Jacques Weber
domaine. Ah c'est vrai? Non mais je veux dire par là c'est mon domaine, c'est-à-dire ça c'est à moi de m'en occuper, c'est faire gaffe, c'est travailler, c'est pas faire le fou, c'est dormir, c'est... Oui, non, non, il faut faire très attention. Je parle du roi-lire. Sur l'injuste, la durée est beaucoup plus courte. Il faut simplement faire attention dans l'injuste à rester extrêmement concentré. Car comme c'est une espèce de dialogue entre une intervieweuse et un interviewé, on peut saloniser, si vous voulez. C'est-à-dire qu'on est là, très très aimable, entre nous on se parle, mais si vous le sentez, il y a beaucoup de relief dans notre discussion. Mais parfois, lorsqu'on reproduit la discussion, au théâtre, il faut faire très attention à ne pas oublier ces reliefs et
Interviewer/Host
ces coups de bélier. Oui, on le sent bien dans l'injuste avec Elodie Navarre, il y a cette tension qui est palpable, qui disparaît parfois, mais en fait elle est toujours là, on ne la ressent plus et puis elle revient, c'est un face à face et c'est fascinant parce que il y a ici pour nous spectateurs quelque chose qui se noue et on sent la tension, on a envie d'aller toujours plus loin parce qu'il n'y a qu'un truc, il n'y a un truc, on ne va pas en parler aujourd'hui bien sûr, mais C'est là, quoi. Et puis, vous avez parlé d'amour, Jacques Weber, et dans le cas de François Genoux, ce milliardaire richissime, suisse, qui dispose des droits d'auteur d'Adolf Hitler, entre autres, et de Goebbels, qui a été toujours nazi, toute sa vie, et il est mort en 1996, nazi, vous montrez cet amour qu'il a pour Hitler. Et là, on touche à l'impalpable, parce que, justifié, Un choix idéologique, ça se fait par des mots et des arguments. Mais là il y a un truc, il est amoureux d'Hitler, on ne
Jacques Weber
sait pas que pourquoi. Il le dit? Il dit, j'ai vu un regard, il parle comme d'un coup de foudre. Et vous connaissez la blague sur le coup de foudre, croyez-vous le coup de foudre? Non, non, pas du tout. Alors vous me permettrez de rester encore un peu. C'est un film anglais magnifique avec Sean Lofton. Mais c'est vrai qu'il s'agit d'une emprise amoureuse. Et je crois que ça c'est très très frappant quand on voit les espèces de déglingués qu'il y a autour de Trump. Il y a quelque chose de l'ordre du coup de foudre, de l'amour. Donc il faut se méfier sur le terme de l'amour. Ça n'appartient pas qu'à Racine, c'est ça que
Interviewer/Host
je veux dire. Exactement. François Genoux, qui jeune homme rencontre Hitler et tombe amoureux. Et puis au moment de vous emparer de ce rôle, l'injuste Jacques Weber, sachant que François Genoux, après la seconde guerre mondiale, a continué à bien œuvrer pour défendre les nazis ensuite, mais pas seulement, et il a œuvré aussi dans les mouvements nationalistes, on parlait de terrorisme arabe, ce qui fait qu'en écho à l'actualité du jour, on pourrait penser que c'était ça qui était le plus au cœur de l'actualité du jour. Mais avec ce qui se passe aux Etats-Unis, on sent que les deux à l'actualité se croisent, c'est-à-dire un renouveau de propos nazis et puis ce qui
Jacques Weber
se passe au Moyen-Orient. Alors là, vous touchez vraiment, comment dire, c'est la fission nucléaire, c'est le cœur de la centrale. Et c'est ce qui a fait que j'ai beaucoup hésité. Parce qu'à un moment donné, bon, il faut être très très très prudent sur tous ces terrains-là. Mais c'est évident que coller définitivement dans le mal absolu, la défense des territoires palestiniens, c'est, disons-le carrément, c'est excessif. Voilà. Et je pense qu'il y a un dialogue à avoir permanent, d'ailleurs ça n'est pas un hasard si l'injuste, avec la bonne et scient, commence par l'évocation des accords d'Oslo, où là, quand même, Rabine, si monsieur le président, reconnaît Arafat, enfin bon voilà. Et donc c'est quand même ça, c'est quand même... Un moment de respiration merveilleux, un espoir. Donc on se dit que c'est encore possible et qu'il ne faut pas rester sur cette crête enflammée, volcanique, où en ce moment on ne peut plus parler de rien. La moindre petite défense du drame effroyable que vit par exemple le Gaza est pris tout de suite pour une forme d'antisémitisme. Voilà, soyons clairs. Et tout ça m'a... vraiment à compter dans ma réflexion parce que, d'un seul coup, c'était un nazi qui faisait un plaidoyer plutôt clair sur la spoliation des terres palestiniennes. Je ne dis pas qu'il avait totalement raison, c'est pas ça que je suis en train de dire. c'est qu'il posait ce problème, en tout cas avec raison. Voilà. De façon raisonnable, plutôt. Donc, c'était très compliqué. Je trouvais qu'il y avait là une forme de perversité de langage, de situation qui me semblait complexe. Voilà. Très honnêtement. Et puis, comme vous avez absolument raison de le dire, maintenant tout se mélange. Tout se mélange entre l'actualité Trumpisto-Poutinienne, et puis cet autre drame épouvantable qu'on vit en Israël et en Palestine. Et c'est vrai que, finalement, cette conjonction des deux mondes a remis la pièce à sa place, historique, c'est-à-dire qu'est-ce que, c'est-à-dire au moment, donc où on la cite, c'était au moment d'Oslo, au moment où il y a encore un espoir, et finalement cette interrogation et cette mise au pilori de ce nazi, c'est peut-être un peu, c'est une belle naïveté théâtrale, c'est quelque chose qui quand même dit... qui espère, voilà. Je pense que c'est une pièce qui espère, qui n'est pas vengeresse, en tout cas moi je ne l'entends pas comme telle, et si elle espère, c'est bien. Et si elle reste ouverte
Interviewer/Host
et interrogative, c'est bien. C'est vrai qu'elle commence par les accords d'Oslo en 1993. Cette poignée de main, Isaac Rabin et Yasser Arafat. C'est ça, toujours, nous on ne sait pas comment l'avenir va être. Donc il y a ce mystère. En 1993, au moment de finir les accords d'Oslo, on ne savait pas non plus comment serait l'avenir mais il y avait de l'espoir et comme il y a toujours un peu ce côté métaphysique au théâtre et spirituel et étonnant, voici venir
Performer/Actor
le Petit Chaperon Rouge. Le petit chaperon rouge trottinait dans les grands bois Quand soudain une ombre bouge C'est un loup, un gros loup à l'oeil sournois Qui se dit en voyant la gamine J'ai besoin de vitamines Je vais faire un bon petit repas froid Tire, tire, tire la chevillette Où allez-vous donc fillette? Lui demande le loup gourmand Je vais porter une galette Et un petit pot de beurre à ma mère grande Qui habite cette maisonnette Allez vite, mignonnette Et merci, merci pour
Jacques Weber
le renseignement Tire, tire, tire la chevillette
Performer/Actor
Tirez de votre nez de cheval Tandis qu'elle cueille des noisettes Il court vite chez la mère grande Et d'un seul coup de couchette Il avale presque toute la bonne maman Pour la tête se fait une vinaigrette Mes chemises, bonnets, lunettes Puis se couchent dans le lit en
Jacques Weber
ricanant Tire, tire, tire la chevillette Tirez
Performer/Actor
de votre vinaigrette Elle entra dans la chaumière S'écria en la voyant Que vos
Jacques Weber
bras sont longs, grand-mère C'est pour mieux
Performer/Actor
t'embrasser, mon enfant Que vos yeux, vos oreilles, vos mollets Où grandit bonne grand-mère C'est pour mieux te manger, mon enfant Tire, tire, tire la chevillette Tirez la bobinette, cher rat Chaperon pas bête se rappelant la fin de l'histoire Prit une grosse clé à molette et lui ferma soigneusement la mâchoire Puis doucement au loup avant de colère je t'ai laissé manger grand-mère Mais pour moi ce n'est pas la même histoire Le pipeau et la galette T'échapperont qui les mangera Il faut toujours ma grosse bête Se méfier d'un plus petit que soit Tire, tire, tire, lâche le billet Tire, tire, tire, lâche
Interviewer/Host
le billet Tire, tire, tire, Tohama, lâche le
Jacques Weber
billet c'est la diaphragme. Oui, si on avait mis cette chanson dans le spectacle, je ne sais pas à quel moment, ça aurait créé un effet assez fort et très intéressant,
Interviewer/Host
un décalage poétique intéressant. Et alors, je poursuis le décalage, Jacques Weber, parce que cette chanson qui est chantée ici en 1948, vous l'avez peut-être entendue quand vous étiez de l'année suivante, a été écrite pour Les Paroles par François Giroux. Oui, François Giroux! Là, François Giroux, journaliste, écrivaine, et la musique, c'est Louis Gaste. C'est le Loulou Gaste de Lille-Renaud, avec l'évocation ici du Petit Chaperon Rouge, parce que dans la pièce L'Injuste, il y a toute une réflexion autour des frères Grimm sur raconter l'histoire, dire l'histoire. et dire l'histoire de manière différente. Parce que le petit chapeau rond rouge ne se raconte pas de la même manière tout le temps et ne termine pas de la même manière tout le temps. Et c'est un bel écho aussi à la manière de raconter l'histoire. C'est là où on se positionne qui permet aussi d'avoir un regard différent. Bon là, dans l'injuste, on est dans un bunker, on
Jacques Weber
voit pas très loin. On voit pas très loin. Mais ce qui est très intéressant, c'est que interviennent dans ce débat ce que peut-être les contes et légendes, puisqu'ils nous ont ils nous ont quand même énormément formatés étant enfants. Ça reste là. Je me souviens, il y avait une collection qui s'appelait les contes et
Interviewer/Host
légendes quand j'étais gamin. Contes
Jacques Weber
et légendes de Normandie. Ça compte, c'est fou comme ça reste. La notion de vengeance, la notion de bien, de mal, tout ça reste très très ancré. Et c'est amusant quand ils parlent de cette nuance entre deux versions genoux. Et là, ils reposent vraiment la question. de, finalement, ce que peut être la... Comment dirais-je? C'est, comme dirais-je d'autres, je sais plus, c'est Jean-Luc Godard qui a l'importance, c'est pas l'amour, c'est pas la guerre, c'est la nuance. C'est la nuance, et j'adore, c'est Belmondo avec sa voix, comme ça, c'est la nuance. Et c'est vrai que la nuance, hélas, nous échappe la plupart du temps. C'est-à-dire que d'autres connaissances, et tout à fait hormis les spécialistes, dont il faut aussi se méfier car parfois ça les enferme totalement, mais je crois quand même que pour ce qui concerne l'histoire, ce sont des tout petits ajustements comme ça qui sont le plus près de la réalité. et que si on les décale d'un millimètre, par exemple tout ce qui s'est dit sur la guerre d'Algérie, etc. c'est incroyable, hop, tout le sens se casse la figure. Et c'est vrai qu'il faut se méfier énormément puisque j'entends de plus en plus sur les drames que nous connaissons des espèces, et moi-même je le fais sans doute, des espèces de pensées très généralistes Finalement, nous avons des pulsions. Je crois que c'est le drame, si je peux me permettre 30 secondes, de la démocratie. En ce moment, qui est-ce qui engendre les monstres? C'est la démocratie. Parce que c'est le vote. Mais qu'est-ce que le vote, contrairement à l'époque que j'ai pu connaître? Bon, c'est que le vote est devenu pulsionnel et non plus... Nous on disait se faire une opinion. Je me trouvais très bien de ce vocable et je le trouvais formidable. On construisait et on avait des points de repère, il y avait les syndicats, il y avait les sociétés. Il y avait le temps, il y avait beaucoup moins de journaux, on avait le temps de faire une opinion. Alors c'était plus ou moins nuancé, mais elle était là. Là, maintenant, c'est « je t'aime, je t'aime pas ». Donc on est dans très, très, très grand danger, car la pulsion et l'émotivité n'ont jamais mis en place des gens dignes de représenter un état. Il n'y a pas
Interviewer/Host
qu'aux Etats-Unis et en Russie d'ailleurs. Jacques Weber, dans l'injuste, en incarnant François Genoux, c'est tout à fait cela. Parce que François Genoux coche toutes les cases pour être détestable, quand on regarde sur le papier. Mais vous ne le rendez pas détestable. Et c'est ça qui ajoute cette complexité nécessaire. On n'a peut-être pas envie de boire sa tisane, parce qu'il ne sert aux tisanes. On n'a peut-être pas envie de la boire parce qu'elle n'a pas l'air formidable. Mais enfin, c'est un homme qui est
Jacques Weber
affable, il a de la conversation. Oui, mais c'est bien ça le grand, grand, grand danger. Et d'ailleurs, moi, d'abord, je pense que c'est extrêmement important qu'un acteur ne doit jamais prendre en charge son personnage avec une morale quelconque, une éthique quelconque. Non, ça n'existe pas. Il est le personnage et il rentre dans ce monde et dans sa logique. Ce qui est d'ailleurs quasiment impossible. On ne peut pas atteindre la logique puisque justement le parcours de l'inconscient de tout individu est très très illogique puisqu'on ne connaît pas justement ces fameuses toutes petites nuances de l'être. Alors, moi voilà, je n'ai pas envie de le rendre sympathique non plus. Non, simplement je fais en sorte qu'il soit. Et au bout du compte, qu'est-ce qu'il est? Il n'est autre que moi. m'exprimant à travers un texte qui fait que je suis l'autre qui est proche de François Genot. C'est très important ce que... Enfin... C'est
Interviewer/Host
important d'être clair là-dessus quoi, voilà. Avec ici cet aspect du grand méchant loup qui l'incarne et l'évocation
Jacques Weber
des contes et du petit chaperon. Alors je crois que justement, si je m'étais amusé à jouer le... le grand méchant loup, genre Christophe, comment il s'appelait, le mec de Dracula, j'ai un trou, bah ce serait vraiment pas intéressant quoi, ce serait... Au contraire, je trouve qu'il y a une bonhomie tranquille qu'on entend, là d'ailleurs vous l'avez entendu dans l'interview, c'est un vieil homme, c'est un homme atteint. Et qui est là, bah oui... Non, je trouve que Meckham c'est vraiment intéressant. Et le poids de l'âge et de l'expérience ne le fait pas changer la vie. C'est
Interviewer/Host
ça qui est encore plus effroyable. Vous avez tout à fait raison de le dire parce que qu'il se soit engagé auprès des nazis au moment de la guerre, ça c'est une chose. Mais ça continue, ça continue. Et ça continue même tard jusqu'au procès Barbie. Barbie défendue par Jacques Vergès. vergesse payée par on
Unidentified Expert/Commentator
ne sait qui, serait-ce François Genot. En tant que responsable de la section 4, il était responsable, et dans tous les procès cela a été établi, de la lutte contre la résistance. C'est un homme qui n'a jamais servi dans la section anti-juive de sa vie. Et du point de vue de la résistance, c'est un homme qui a malheureusement, puisque j'étais de l'autre bord, remporté un succès extraordinaire. Un succès technique. C'est un homme qui arrive à la fin de l'année 1942 à Lyon et qui en juin a provoqué l'arrestation du chef de l'armée secrète, le général de l'Estreint, et a arrêté lui-même le président du conseil national de la
Interviewer/Host
résistance, Jean
Jacques Weber
Moulin. C'est malheureusement prodigieux. Jacques Vergès. C'est malheureusement prodigieux, vous vous rendez compte l'oxymore incroyable de l'audace de Vergès. Ceci étant dit, Vergès est incontestablement un très grand avocat. Moi je l'ai même vu en spectacle. Je sais si je n'aime pas les avocats d'autres qui se mettent en scène et qui se prétendent comédiens, mais Vergès, ça valait vraiment son pesant de bigorneau comme on dit en Bretagne. C'était inimaginable la présence forte et très très intelligente de cet homme. Mais c'est effroyable ce qu'il dit, c'est effroyable. Et oui, c'est Genoux qui l'a financé, qui a payé Maître Vergès. Ceci posé, alors moi j'ai eu cette chance, j'ai acheté le fameux coffret de MK2, je crois, donc de tout le procès, enfin presque le condensé du procès Barbie, les grands moments Entre autres, la plaidoirie formidable de Roland Dumas, mais aussi celle de Vergès, bien sûr, et bien d'autres. Et c'est absolument troublant et terrible. Et c'est très formidable de la part d'Alexandre Hamuel, qui a écrit la pièce, d'avoir amené d'un seul coup ce personnage qui fait parler, une seule fois, Maître Vergès et mon ami. D'un seul coup dans la pièce, vous savez que c'est quand même vrai tout ce qu'on raconte. La plupart des choses sont réelles, à l'intérieur de ce conte et légende. C'est d'ailleurs ça la belle écriture d'Alexandre, c'est qu'il a, et c'est pour ça qu'il y a aussi ce petit fil rouge du conte, du petit chaperon rouge, c'est qu'il a mis une réalité factuelle extrêmement précise et concrète à l'intérieur d'un conte. Et c'est d'ailleurs un peu ce qui s'est souvent passé dans notre littérature et dans notre théâtre. Mais il le fait avec une espèce de
Interviewer/Host
netteté, d'évidence, voire d'efficacité assez remarquable. L'efficacité, le mot est très bien choisi. Très bien choisi parce qu'on découvre ce personnage, on l'a dit François Genoux, que l'on ne connaît pas habituellement, même s'il a été étudié. Il y a eu des biographies, notamment on évoquait le travail de Pierre Peyan. Et là on découvre ça, puis on découvre aussi une réflexion sur l'idéologie. Un petit pan de l'histoire. Cette histoire-là, Jacques Weber, puisque vous êtes dans le cours de l'histoire, j'en sens bien que les cours d'école au moment de l'histoire, Jacques Weber, très intéressés ou moyennement
Jacques Weber
intéressés... Vous savez ce qui est formidable dans mon boulot, c'est que ça vous permet de rattraper le temps perdu, si je peux l'exprimer ainsi. C'est-à-dire que... Mais pourquoi? Parce qu'à l'école, d'abord on m'a foutu en école d'adaptation, parce que j'étais soi-disant un taré ou un type à tarder. Ce qui est d'ailleurs très possible. J'étais mais atterré par la certitude de l'histoire, la certitude de la littérature. Il n'y avait jamais de, peut-être, d'ouverture à notre réflexion, même une réflexion de gamin. Je supportais pas. Je n'avais pas envie qu'on me dise c'est comme ça et pas autrement. C'était déjà ça un petit peu dans ma famille. Donc je supportais pas que ça continue à l'école. Enfin je crois que c'est ça. Mais ce qui s'est passé, c'est que j'ai eu la chance très vite de rencontrer des grands metteurs en scène. Et là, d'un seul coup, ça s'est ouvert. J'ai appris plein plein de choses. Et c'est comme ça que j'ai été à la rencontre très approximative de l'histoire. Mais quand vous lisez, vous parcourez les hommes de liberté de mensonges, par exemple, et que vous découvrez cette façon de voir le 18e siècle, les prémonitions de la Révolution française, ça c'est extraordinaire. Le petit Louis XIV de Claude Dunton, par exemple, vous vous souvenez? C'est magique, c'est formidable, et là j'étais complètement à la cour de Louis XIV. Quand, d'un seul coup, parce que je crois que c'est important, mais je ne sais pas pourquoi je vais voir la prise de pouvoir par Louis XIV de Rosselini, j'en apprends mille fois plus qu'un an de
Interviewer/Host
cours sur le XVIIe siècle, croyez-moi. Ah oui, avec ici quelque chose qui relie le goût de l'histoire à la matière histoire, c'est-à-dire à la discipline scientifique. Parce que c'est du plaisir aussi l'histoire. Et parmi les grands noms que vous avez pu croiser, qui ont su transmettre le goût de
Unidentified Director/Producer
l'histoire, il y a Robert Hossein. Les pièces que nous avons choisis, c'est vraiment des pièces que j'avais terriblement envie de monter comme metteur en scène. Je ne refais pas du tout des mégalomanies, des vérités d'acteur, puisque je joue dans certains spectacles, mais pas du tout dans tous. Et en tout cas pas dans Crimes et Châtiments, parce que vous avez vu son importance, au point de vue nombre de gens, de décors et tout. Non, j'avais horriblement envie de monter ça. Je vous dis horriblement, j'avais envie de monter. C'était un châtiment parce que en dehors du thème qui me touche beaucoup, de l'oeuvre de Dostoyevsky, il y a matière à faire à la fois et un spectacle et en
Jacques Weber
même temps
Performer/Actor
un thème à traiter. Tu m'attendais? Tout à l'heure vous êtes passé à côté de moi dans la rue avec une
Jacques Weber
telle angoisse dans vos yeux. Pardonnez-moi. T'inquiète pas. C'est très touchant. C'est très drôle qu'il dise horriblement, comme si ça signifiait que son envie de toucher à ce chef d'oeuvre le ramenait à une sorte de profond complexe qu'il avait de la connaissance et de la culture. Robert était un intuitif absolument prodigieux. Mais vraiment, tout à fait surprenant, il n'était pas dénué d'hémagogie et de putasserie, soyons clairs. Mais il y avait chez lui une générosité en tout qui était tout à fait flagrante. Et c'est vrai qu'il s'est emparé de crimes et de châtiments. Il a réussi, C'est très drôle, un jour, Planchon a vu un de ses spectacles et il a dit, tiens, à propos des baffons, Gorky aurait été dans la salle, il aurait aimé ça. C'était très amusant de la part de Planchon, qui était à l'opposé de l'esthétique de Robert Hossein. Mais c'est le crime et le châtiment. d'en faire une grande fresque populaire, c'est de toute façon intéressant parce que le thème est tellement fort, l'histoire racontée est tellement forte, les mots sont tellement forts. A tout moment, que ce soit Marméladov, que ce soit Porphyre, quel homme êtes-vous donc un homme comme les autres et vous aussi? Ce qui compte, voyez-vous, ce n'est pas tellement le but, c'est le mouvement vers le but. Tout ça, paf, vous frappe à la gueule. Alors s'il y a de la musique de Morricone avant, franchement, moi ça ne me gêne pas parce que ça a été un énorme
Interviewer/Host
succès. Crimes et châtiments, c'était formidable. Oui, c'était dans les années 1970 avec Jacques Weber, vous vous rendez compte? On arrive tranquillement, comme ça, à la fin de notre conversation, on n'a même pas cité Cyrano. Ça fait du
Jacques Weber
bien? On n'a pas cité Cyrano? Ça fait du bien, franchement! Oui, oui, oui! Non, franchement, oui, parce que, bah oui, oui, ça me colle à la peau! Alors, citant dit, je ne le regrette ô combien pas. Oui, ça a été une très, très grande aventure avec un homme merveilleux. Que Giorgio Strehler, je m'empresse de le dire à certaines personnes qui ont dit du mal de cet homme magnifique, Giorgio Strehler appelait Jérôme Savary, el poeto, le poète. Et Savary était un homme qui arrivait sur une place de village à 5h de l'après-midi, on lui disait une fois spectacle à 8h du soir, le spectacle
Interviewer/Host
était là et était magistralement poétique. Et puis c'est avec Cyrano de Bergerac vraiment un exemple type Je ne sais pas si c'est le mot tradition qu'il faut évoquer, mais ce passage aussi, on le voit bien, depuis Coquelin, avec la création de la
Jacques Weber
pièce, avec tant et tant d'acteurs. Vous savez, c'est l'ITI du théâtre, en fait. C'est une espèce de chose comme ITI de Spielberg. Ça touche tout le monde. Il ne faut pas oublier que c'est un vieux machin. Cyrano, en fait, c'est une vieille pièce. Au même moment, Huburwa d'Alfred Jarry est écrite. Mais c'est tellement bien foutu, c'est tellement généreux, c'est tellement... volontaire dans le... Ça n'a rien à voir avec le Cocorico d'ailleurs, mais ça... Réinvitez-moi, et puis on fait une
Interviewer/Host
heure sur Sierrano, y'a de paracord. Oui c'est ça, avec moi ce que je retiens de tout ce que vous dites là, c'est ça, c'est faire bouger les choses, créer de l'émotion, et moi je suis vraiment très sensible à ça, c'est la même chose lors des visites de musées, lors des visites d'expositions, ces moments uniques, on ne peut vivre ça qu'en étant là, à ce moment-là, et le théâtre c'est vraiment ça. Et l'injuste, c'est ça. L'injuste, c'est, vous le ressentez, dans les réactions du public avec des moments choqués
Jacques Weber
face aux propos de François Genon. Oui, vraiment, il y a cette attention qui est due aussi beaucoup à l'écriture d'Alexandre, car c'est comme un thriller qui est là, qui se développe. Et ce support fait que, oui, vraiment, il y a une tension terrible, terrible. Et puis les gens, au bout de trois, quatre phrases, on rentre dans... Dans l'horreur, quoi! Et donc là, ça les stupéfie. Beaucoup me disent à la sortie, mais il n'a pas existé ce monsieur. Mais si, mais si, madame, mais si, ce que je dis, et voilà. C'est très étonnant. Cette friction avec
Interviewer/Host
la réalité est très, très intéressante. On a évoqué en début d'émission cette émotion d'entrée sur scène, ce changement, la sortie de scène. On peut l'évoquer? Vous quittez François
Jacques Weber
Genoux en un claquement de doigts? Alors je vais vous dire, et je préviens toujours les habilleuses parce que moi j'adore les gens qui travaillent autour. J'ai beaucoup de respect pour tous ces gens-là. Et je leur dis, je vous préviens, je suis le type le plus irrespectueux des loges. Je me déshabille à une vitesse totale. en boule, et puis à la sortie, pareil, je me rhabille, c'est fini, terminé, on n'en parle plus. On va boire un coup, on va discuter, mais c'est fini. C'est très, très, c'est très enfantin. Et ça, je serai toujours comme ça, et je vous signale, il faut que je pisse dans le lavabo, toujours à 8h15, enfin 7h45 avant de rentrer en scène. Et tous les spectacles, j'ai fait ça. Le lavabo, ah oui, c'est très important, c'est quasiment dégueulasse,
Interviewer/Host
Je vous demande pardon, chers auditeurs. J'aime beaucoup ça parce que ça conclut notre émission avec un amabo et beaucoup ne l'auraient pas pensé. Mais en réalité, ces pièces se concluent toujours par la même chose, Jacques Weber. Ce sont les applaudissements, bien sûr. Merci vivement à vous d'être
Jacques Weber
venu
Interviewer/Host
dans le cours de l'histoire. Merci. Le cours de l'histoire sur France Culture, une émission réalisée par Laurence Millet avec aujourd'hui à l'aide technique Olivier Arnet. Émission préparée par Jeanne Delecroix, Jeanne Coperafel, Lalou, Maël Vincent Randonnier et Maïouane Guizou. Le cours de l'histoire écouté à podcasté
France Culture – 28 mars 2025
Invité principal : Jacques Weber
Thématique : Le théâtre, la tradition et la mémoire à travers l’expérience de Jacques Weber, notamment autour de son rôle dans “L’Injuste” et les enjeux de la représentation du passé sur scène.
Cet épisode propose une exploration profonde du théâtre à travers le regard du grand comédien Jacques Weber. On y interroge la nature vivante du théâtre, sa relation à la tradition et à l’avant-garde, les rapports entre l’histoire, la mémoire, et l’émotion, tout en tissant des liens entre l’expérience personnelle de Weber, sa formation, ses grands rôles, et l’actualité brûlante de la représentation du mal en scène avec la pièce “L’Injuste”.
00:20–03:02
« Tradition, ce n'est pas l'immobilité, c'est au contraire une mobilité fixe, attentive aux aguets.» (Jacques Weber, 01:55)
03:14–06:33
« Le théâtre, c'est avant tout l'émotion, l'émotion, l'émotion. » (Weber citant Klaus Michael Gruber, 05:14)
06:33–10:28
« Il y a de la spiritualité, c’est évident… Il y a quelque chose de l’ordre de l’immanence qui est là, qui travaille, qui emmène votre voix, qui vous prend en main. » (09:12)
10:28–15:25
15:25–23:26
“La notion de personnage est très complexe et j’ai presque envie de dire qu’il ne faut pas qu’elle existe.”
23:26–28:34
28:34–38:01
“C’était un nazi qui faisait un plaidoyer plutôt clair sur la spoliation des terres palestiniennes. Je ne dis pas qu’il avait totalement raison, c’est pas ça que je suis en train de dire.” (35:22)
38:31–44:57
« La nuance, hélas, nous échappe la plupart du temps. » (42:55)
44:57–47:04
“Un acteur ne doit jamais prendre en charge son personnage avec une morale quelconque, une éthique quelconque. Non, ça n’existe pas.” (45:23)
47:23–54:48
“Robert était un intuitif absolument prodigieux, mais… il y avait chez lui une générosité en tout qui était tout à fait flagrante.” (53:03)
54:48–56:45
“Cyrano, en fait, c’est une vieille pièce. Au même moment, Ubu Roi d’Alfred Jarry est écrite. Mais c’est tellement bien foutu, c’est tellement généreux…” (55:49)
57:18–58:32
“Je me déshabille à une vitesse totale… à la sortie, pareil, je me rhabille, c’est fini, terminé, on n’en parle plus. […] Il faut que je pisse dans le lavabo… tous les spectacles, j’ai fait ça. Le lavabo, ah oui, c’est très important, c’est quasiment dégueulasse…” (57:28 ; 58:00)
Un épisode foisonnant où se croisent le questionnement sur l’art du théâtre, la réflexion sur l’histoire et la mémoire, la confrontation concrète du jeu et de la représentation du mal, et la défense passionnée d’un art de l’émotion en mouvement. Weber, avec humour et franchise, révèle la force du collectif, l’intensité de l’instant scénique, la nécessité de la nuance et du doute face à la tentation de la certitude — que ce soit dans l’histoire, la politique... ou le jeu.