
Fou d'histoire : Olivier Baumont, claveciniste : "Je ne conçois pas de jouer une œuvre sans savoir où elle a résonné la première fois"
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Narrator
Nous.
Interviewer
Voici à Versailles, avec Couperin, avec Saint-Simon, la plume, le clavecin, mais c'est aussi Saint-Mart et tout de suite, c'est l'aventure. Enfin, Versailles n'était pas encore construite. Olivier Beaumont, claveciniste, écrivain, est fou d'histoire.
Saint-Simon (quoted)
Versailles, le plus triste et le plus ingrat de tous les lieux. sans vue, sans bois, sans eau, sans terre, parce que tout y est sable mouvant ou marécage, sans air, par conséquent, qui n'y peut être bon. C'est ce Versailles définitif et absolutiste que Saint-Simon connut quand il fut présenté à la cour et au roi en 1690. C'est donc ce Versailles qu'il détesta, ce Versailles absolument régulier et réglé dont cet escalier de marbre, achevé en 1679, est un des meilleurs exemples.
Interviewer
Saint-Simon qui nous parle de Versailles. Bonjour Olivier Beaumont.
Olivier Beaumont
Bonjour Xavier.
Interviewer
C'est ce Versailles-là que vous connaissez, ce marécage évoqué par Saint-Simon.
Olivier Beaumont
Oui, Saint-Simon était une véritable peste, un grand écrivain. Mais peste sans conteste et il critiquait à peu près tout et notamment Versailles. Il disait que le trop vaste côtoyait l'étranglé. Je pense qu'il y a une phrase magnifique. disant qu'il n'était pas un grand fou de Versailles, mais en même temps, il y passait tout son temps et bien content d'y être pour examiner toute la cour comme un anthéologue ferait avec un insecte, avec des insectes.
Interviewer
Oui, parce que Versailles, bien souvent, est représenté figé dans notre esprit, comme si ce palais avait surgi soudain et puis qu'il était resté figé. Mais non, ce n'est pas ça Versailles. Quel est votre Versailles à vous ?
Olivier Beaumont
Mon Versailles à moi a commencé depuis ma jeunesse. J'ai été très tôt avec mes parents voir Versailles. Je me suis toujours intéressé à ce château qui est l'un des plus beaux du monde. J'ai écrit ce livre en 2007 sur l'histoire de la musique à Versailles, qui est un gros livre paru chez Actes Sud. Je me souviendrai toujours quand j'ai commencé cet ouvrage de la réflexion de Béatrix Saul, qui est une très grande dame de Versailles, directrice générale du château et pour qui j'ai beaucoup d'admiration. Et qui m'a dit, vous pouvez lire beaucoup de choses sur Versailles, mais Versailles se découvre avec les pieds. Et c'est vrai qu'il faut sentir Versailles, il faut faire le trajet que faisaient les musiciens. Et donc l'avantage de ce livre, c'est que j'ai pu me promener un peu partout dans Versailles. Et c'était un bonheur incroyable pour quelqu'un qui est amoureux du patrimoine, comme moi, et évidemment musicien. ça donne quelque chose de particulier, c'est presque enivrant de se promener, de sentir les boiseries, de passer par les jardins, etc. C'est une expérience unique et qui j'espère se sent dans le livre.
Interviewer
Aussi. Et de passer par les.
Olivier Beaumont
Coulisses. Exactement. Il y a un endroit de Versailles qui m'émeut particulièrement, c'est la petite salle de préparation des musiciens, la tribune des musiciens, qui est au premier étage de la chapelle royale, quand on est assis à l'orgue qui est sur la gauche, c'est l'endroit où les musiciens se préparaient avant de chanter les motets pour la masse du roi. Et c'est un endroit très incroyable. Tout est prêt. On a l'impression que ça n'a pas bougé depuis Louis.
Interviewer
XIV. Versailles, c'est un.
Olivier Beaumont
Triomphe. Versailles est un triomphe.
Narrator
Sire. Si j'avais lu cela dans quelques romans, je l'aurais cru une fantaisie.
Interviewer
Impossible. Et pourtant, elle est là de par votre volonté.
Olivier Beaumont
Sire. Et vous, madame qui ne dites.
Interviewer
Rien. Sire, il me plaît que cela vous.
Saint-Simon (quoted)
Plaise. Monsieur.
Olivier Beaumont
Lebrun. On m'a rapporté que vous nommiez notre grande galerie Galerie des Glaces. Sire, oui, la Galerie des Glaces en a fait. Cela lui va au mieux. Vous n'avez pu exercer vos talents que sur les plafonds. Je ne vois pas sur votre visage, M. Lebrun, la joie qui m'envahit à ce jour. Seriez-vous contrarié ? Monsieur Mansart ! Quelque chose déplait-il à Sa Majesté ? Tout est bien comme vous me l'aviez promis. Toutefois, il nous plairait que cette galerie soit ouverte au public, comme le reste du château et des jardins. Ils sont la fierté du royaume de France. Faisons.
Interviewer
Les partager au monde. Versailles, le rêve d'un roi, le film de Thierry Binisti en 2007 avec Olivier Beaumont. Versailles, dans sa splendeur, il y a ces salles d'apparat qui se visitent. Mais Versailles, ce n'est pas seulement cela. Pour expliquer cette magie, c'est un ensemble. Il y a les peintures, il y a le décor. Il y a la musique, il y a aussi les vêtements des gens, alors ça on l'aime moins aujourd'hui quand.
Olivier Beaumont
On ne sait personne. Oui, et puis il y a l'intimité surtout des princes. On voit les petits appartements, c'est sublime, les petits degrés, les petits escaliers. Il y a une foule de détails qui sont ouverts au public de temps en temps, mais par exemple la salle des musiciens dont je parlais tout à l'heure, elle n'est ouverte que pour certaines conférences parce que c'est tout petit, on ne peut pas l'ouvrir, c'est minuscule comme salle, on ne peut pas l'ouvrir en général au public. Mais je recommande à tout le monde de suivre des conférences où on peut aller voir des endroits très insolites de Versailles qu'on ne connaît pas. Mais c'est un univers à lui tout seul, ce château.
Interviewer
Et les jardins aussi. Et c'est important, quand on est claveciniste, de.
Olivier Beaumont
Se rendre à Versailles. Personnellement, je ne conçois pas mon amour de la musique ancienne, de la musique française, en l'occurrence du XVIIe et du XVIIIe siècle, sans une passion absolue pour l'histoire. Je ne peux pas concevoir de jouer une oeuvre sans savoir où elle a résonné pour la première fois, si on le sait. comment elle a été, sur quel instrument éventuellement elle a été jouée, qui pouvait l'écouter, qui écoutait la musique et comment on écoutait la musique à cette époque-là. C'est très important de se rendre compte qu'on n'écoutait pas la musique du tout à Versailles, comme maintenant. Et ce que j'aime dans Versailles, c'est que c'est une espèce d'énorme caisse de résonance qui a valorisé un répertoire quand même à nul autre pareil, qui est très impressionnant par sa quantité, par sa qualité, par tous les génies qui ont pu être là. Et oui, pour moi, c'est plus qu'important de connaître Versailles pour jouer cette musique. Je pense que c'est même indispensable. Je trouve toujours un prétexte pour aller à Versailles. Quand je n'ai pas été à Versailles depuis quelques semaines, je trouve toujours une raison pour prendre le train à Saint-Lazare pour Versailles-Rive-Droite et aller vite au château et dans le parc. J'ai toujours une bonne.
Interviewer
Raison pour y aller. Voilà, oui, parce que Versailles, c'est une découverte sans cesse renouvelée. qui fait la force de ce château. Il y a quelque chose d'absolument magique avec l'intérêt porté à la manière dont nos ancêtres pouvaient entendre la musique et parce que vous avez évoqué l'instrument. Déjà la question se pose, quel instrument utiliser ? Il y a encore aujourd'hui conservés des clavecins du.
Olivier Beaumont
XVIIe siècle, du XVIIIe siècle. Oui, il y a beaucoup de collections. Le musée de la musique à Paris est une des plus belles collections au monde d'instruments à clavier et de clavecins. Il y a au Château de Versailles deux claves 5 que j'ai enregistrées plusieurs fois qui sont absolument magnifiques. Et puis des collections privées. Je viens de signer pour quatre disques aux Etats-Unis dans l'une des plus belles collections au monde privée, dans le Delaware, d'une dame qui s'appelle Karen Flynn qui a certains des plus beaux instruments anciens. J'ai fait deux disques cette année et je retourne en avril faire les deux prochains disques de musique française. Ce qui est fascinant dans le son d'un clavecin, quand on joue une note, ne serait-ce qu'une note sur le clavecin Jean-Henri Emsch de 1761 à Paris, de Musée de la Musique, si on joue une note, ce qui est un peu vertigineux, c'est que c'est la voix de nos maîtres. Il n'y a pas de meilleur professeur pour nous que d'entendre ce son-là. Et globalement, on va dire à 95%, on entend le son que pouvait entendre Jean-Philippe Rameau. Il y a quelque chose de.
Interviewer
Très vertigineux dans cette idée-là. Et puis il y a l'emplacement de ce clavecin. Ce n'est pas la même chose de jouer dans une salle de concert d'aujourd'hui et puis de jouer sur les lieux où, pour la première fois.
Olivier Beaumont
Une œuvre a été interprétée. Et comme la très grosse partie de ma discographie est en recherche sur des instruments anciens, Donc on déplace plus facilement le claveciniste que le clavecin ancien. Et donc du coup j'ai enregistré beaucoup dans des endroits magnifiques, soit des châteaux, soit des musées, qui effectivement sont un peu plus inspirants, on va dire, qu'une salle de concert traditionnelle avec une loge, etc. Donc c'est plus inspirant d'avoir un lieu qui est déjà porteur en lui-même. Je me souviens le très joli musée Antoine Lécuyer à Saint-Quentin. où il y a tous les Latours qui sont... Il y a un clavecin magnifique que j'aime beaucoup de Benoît Stellin du milieu du 18e siècle. J'ai enregistré plusieurs disques là-bas. Et c'est les frères Goncourt qui disaient qu'on a l'impression que tout le 18e siècle converse parce que vous avez tous les pastels de Latour. Et enregistrer là, c'est un cadeau. Enfin, on.
Interviewer
Paierait pour aller enregistrer là. Cette conversation, vous l'entretenez avec les compositeurs du grand siècle, les compositeurs.
Olivier Beaumont
Du.
Interviewer
Siècle des Lumières aussi. Absolument. À travers.
Olivier Beaumont
Les instruments, à travers les partitions ? À travers les partitions, beaucoup. Je suis aussi un petit peu fétichiste avec les partitions anciennes, les objets anciens en général. Je pense que quand on aime une période, on aime toute la période. Je pense qu'une petite cuillère du XVIIIe siècle m'émeut déjà parce que je sais qu'elle date des environs de 1730 et tout de suite ça me fait craquer immédiatement. Donc je pense que le moindre objet, même simple, et un, je dirais, est tout de suite sujet.
Interviewer
À porteur de rêveries, pour moi. L'histoire par l'émotion, c'est un.
Olivier Beaumont
Peu ce que vous évoquez là. L'histoire par l'émotion, je pense, oui, je ne suis absolument pas historien, j'ai une passion pour l'histoire et c'est vrai que j'ai besoin de cette émotion historique, l'émotion du patrimoine. C'est la belle phrase d'Oscar Wilde, vous savez, qui disait, l'émotion nous égare, c'est son principal mérite. J'aime beaucoup cette phrase. Et j'ai besoin d'avoir quelque chose de... Oui, de sentir une très grande émotion face à un patrimoine, qu'il soit architectural, qu'il soit musical, qu'il soit pictural, littéraire évidemment. Mais j'ai besoin de renouveler.
Interviewer
Constamment cette émotion vis-à-vis du passé. Et puis d'être sur les lieux, ça crée cette émotion qui est la même que les musiciens du passé qui, quand ils se trouvaient dans la salle que vous évoquiez, se préparaient.
Olivier Beaumont
Pour aller jouer devant le roi. Exactement. Il y a des moments très touchants, notamment c'est Saint-Simon qui parle peu de musique, mais il y a un moment juste à la mort du roi, donc juste avant, je pense qu'on est au 25 août 1715, il meurt le 1er septembre 1715, Louis XIV. Et on a le journal du roi jusqu'à sa mort de Saint-Simon, qui est un des plus beaux textes de Saint-Simon. Et là, on voit à un moment les musiciens qui vont arriver chez Manon maintenant pour jouer. Et c'est très touchant. Ils préparent leurs instruments, leurs pupitres. Ils sont prêts à jouer. Et le roi est tellement fatigué qu'il les renvoie. Donc, on a une petite scène qui dure deux minutes, mais tellement vivante, tellement incroyable. Les musiciens qui s'apprêtent à jouer, qui s'accordent. Et finalement, le roi est trop faible. Il dit non, merci, au revoir. Donc il y a quelque chose qui est tellement... On touche vraiment du.
Interviewer
Doigt la vie des musiciens là-bas. Est-ce qu'il rappelle que la musique est omniprésente.
Olivier Beaumont
Dans cette vie-là ? Je pense que la musique à Versailles, c'est une espèce de gigantesque bande-son d'un film qui commence, on va dire, mettons, au plaisir et l'enchanté de Louis XIV jusqu'à 1789. On a une sorte de gigantesque bande-son d'un film.
Interviewer
Magnifique qui s'appelle le Château de Versailles. Avec de la musique au quotidien parce qu'aujourd'hui le moment du concert est un moment particulier dans nos existences quand il faut aller dans la salle de concert écouter cette représentation. Très bien. Mais à Versailles, il y a de la musique un peu tout le temps et c'est ça qui est absolument magique. Vous utilisez le mot bande-son.
Olivier Beaumont
Cette expression est très juste pour Versailles. Je pense que Saint-Simon disait qu'avec une montre, même si on était très loin de Versailles, on pouvait savoir exactement ce que faisait le roi. Et moi j'ai rajouté dans mon livre que je pense qu'à la simple écoute des musiques, on pouvait aussi savoir à quel moment de la journée on se trouvait. C'était un des motets pour la chapelle, la musique de chasse, la musique des appartements du soir, on pouvait juste par la musique.
Interviewer
Connaître l'ampleur du temps de la cour. Et puis c'est une histoire très incarnée. En couverture de votre livre, la musique à Versailles est publiée chez Actes Sud. Vous auriez pu prendre une nature morte absolument magnifique ou avec quelques instruments. Mais non, il y a beaucoup de monde. Un.
Olivier Beaumont
Deux, trois, quatre, cinq, ils sont là. Oui, le magnifique musicien du roi d'André Bouys. Il y a deux versions du tableau qui est un des plus.
Interviewer
Beaux tableaux sur la musique à Versailles. Et puis dans cette histoire, on l'a cité souvent, il y a Saint-Simon. Et c'est vrai que la lecture que nous avons de Versailles passe souvent par celui qui.
Olivier Beaumont
Est une peste, vous l'avez dit vous-même. J'ai beaucoup d'admiration pour.
Saint-Simon (quoted)
Lui, mais c'est une peste quand même. Mansart avait l'art d'apporter au roi des plans informes, mais qui lui mettaient le doigt sur la lettre. À quoi ce délié maçon aidait imperceptiblement. Le roi voyait ainsi ou le défaut à corriger, ou le mieux à faire. Mansart, toujours étonné de la justesse du roi, se pamait d'admiration. et lui faisait croire qu'il n'était lui-même qu'un écolier auprès de lui. Avec tout cela, Mansart, devenu insolent, se mit à fatiguer le roi de demandes pour soi et pour les siens, et fit si bien qu'il fut aussi de ceux dont le roi se sentit fort soulagé quand il mourut. Le nôtre avait une naïveté et une vérité charmantes. Un mois avant sa mort, le roi, qui aimait à le voir et à le faire causer, le mena dans ses jardins. et à cause de son grand âge le fit mettre dans une chaise que des porteurs roulaient à côté de la sienne. Et le nôtre disait là, ah mon pauvre père, si tu vivais et que tu puisses voir un pauvre jardinier comme moi, ton fils, se promener en chaise à côté du plus grand roi du.
Interviewer
Monde, Rien ne manquerait à ma joie. Saint-Simon, qui évoque cet univers très particulier, celui de la cour. Olivier Beaumont, la musique, oui, c'est une chose. On entend par ses évocations de nom, Lebrun, Mansart, il n'y a pas que la musique. Et c'est ça aussi qui est la magie. plaisir de la découverte du passé par les arts. C'est que tout se mêle, et d'ailleurs dans tout ce que vous pouvez écrire, que ce soit la musique à Versailles, comme bien entendu, que ce soit ces évocations de Saint-Simon où on croise la littérature, que ce soit d'autres écrits. D'une partition m'apparaît un dessin. C'est la peinture qui arrive ici. C'est le titre de cet ouvrage que vous sortez chez Bleu Nuit Éditeur. On a Un ensemble en fait et je trouve que ça c'est important peut-être à souligner. Olivier Beaumont, vous êtes aujourd'hui dans le cours de l'histoire parce que claveciniste et c'est la musique mais ce n'est pas seulement la musique. C'est cet.
Olivier Beaumont
Ensemble là qui fait que ça fonctionne. C'est clair et je pense qu'on entend très vite dans les interprètes, des interprètes qui sont un peu je dirais monomaniaques autour de la musique. Et ceux où on a, dans ma classe au conservatoire de Paris, je sens ça très vite dans les concours d'entrée, si quelqu'un a un peu un univers culturel plus nourri. On ne peut pas expliquer pourquoi d'ailleurs, je serais incapable de dire techniquement ce qui se passe à l'instrument, mais clairement on sent tout de suite si quelqu'un a une sorte d'intérêt pour les autres arts. Ça me paraît impensable s'intéresser à un art et pas à d'autres. Après on a des... on a plus ou moins de passion pour telle ou telle discipline artistique. Mais ça me paraît indispensable d'avoir beaucoup d'environnement culturel et artistique justement pour nourrir cette émotion.
Interviewer
Quand on joue soi-même en tant qu'interprète. Mais d'ailleurs votre univers a vous qui vous a conduit. Alors dans un premier temps jusqu'à la musique et dans un second temps jusqu'au clavecin parce que c'est pas évident de choisir un instrument, on le sait bien.
Olivier Beaumont
Pourquoi la musique déjà ? Pourquoi la musique ? Parce que j'ai eu très tôt, il y avait beaucoup de musique dans ma famille. Je suis le seul musicien professionnel de ma famille. Mais ma mère avait fait beaucoup de piano et donc il y a toujours eu de la musique chez moi. Et ça a été très tôt une passion. Et le clavecin est venu très vite puisque je n'ai jamais fait de piano étant enfant. J'ai commencé tout de suite. Maintenant c'est tout à fait habituel. A l'époque à laquelle j'ai commencé la musique, c'était moins fréquent de commencer par le clavecin. C'était à Annecy, il y avait une classe de clavecin à Annecy. Et c'est vrai que j'ai eu une passion pour l'instrument tout de suite par le concerto de Bach en ré mineur pour clavecin et cordes BW 1052 qui a été une sorte de goût de.
Interviewer
Foudre pour moi qui ne s'est pas.
Olivier Beaumont
Arrêté depuis. C'est quoi la différence entre un piano et un clavecin ? La différence principale, c'est la façon dont on émet le son, puisque sur un piano vous avez des marteaux en feutre qui frappent la corde, et sur le clavecin vous avez un petit bec qui va pincer la corde. Donc c'est toute la différence, et on passe une vie de claveciniste, donc le bec est en dessous de la corde, quand on appuie sur la touche par un système de levier, Il fait résonner l'instrument et donc on passe une vie entière de claveciniste à faire que cette façon de passer la corde soit appréhendée, soit la plus.
Interviewer
Parlante, la plus chantante et la plus tendre possible aussi. C'est ça, cette musique absolument sensationnelle qui est reliée souvent à notre oreille à.
Olivier Beaumont
Une période historique. C'est très intéressant le clavecin pour ça. On l'identifie tout de.
Interviewer
Suite à une période, en gros, avant la Révolution française. Avant la Révolution française, c'est ça. On met du grand siècle, on met du siècle des Lumières, en.
Announcer
Gros. Et tout de suite, c'est un univers très particulier. Mesdames, Messieurs, la radiodiffusion télévision française vous présente un concert de musique royale, donné avec le concours de l'ensemble baroque de Paris, composé de Jean-Pierre Rampall, flûte, Pierre Pierlot, hautbois, Paul Ong, basson, Robert Gendre, violon, Robert Véron-Lacroix, clavecin, et du quatuor vocal de la cité, qui comprend Antoinette Oville, soprano, Marie de Jean, mezzo-soprano, Jacques Husson, ténor, et Jean Cussac, basson. La prise de son est assurée par Jean Jouve. Ce concert va débuter avec le quintet d'Alessandro Scarlatti, réalisation Robert Véran-Lacroix, interprété par l'ensemble baroque de Paris, messieurs Jean-Pierre Rampal, Pierre Pierlot, Paul.
Interviewer
Ong, Robert Gendre et Robert Véran-Lacroix. Trois mouvements d'abord adagio. La radiodiffusion française en 1955, on entend des noms ici qui sont cités, notamment celui de Robert Veyron-Lacroix. Dites-nous Olivier Beaumont, c'est un petit monde celui des clavecinistes. Alors aujourd'hui et dans le.
Olivier Beaumont
Passé, on se connaît, on regarde ce qu'il se passe. Oui bien sûr. Moi je suis très content de passer cet extrait parce que je suis passionné par l'histoire de l'interprétation notamment. Bien des clavecinistes ne s'y intéressent pas du tout, même beaucoup de pianistes ne s'y intéressent pas. Les pianistes s'y intéressent un petit peu plus avec des pianistes du passé. Je pense peut-être que les clavecinistes ne s'y intéressent pas trop actuellement parce qu'il y a trop de hiatus entre Werner Lodowska par exemple au début du XXe siècle qui a permis la redécouverte de l'instrument mais d'une façon très spéciale et puis ce que font les clavecinistes actuellement. Donc il y a une sorte de hiatus presque presque infranchissable, je dirais. Mais je trouve toujours très intéressant l'histoire de l'interprétation. Là, ça dit beaucoup de choses. L'extrait que vous avez passé, déjà à voix radiophonique, est incroyable. C'est des voix d'actualité des années 50. On n'imagine plus personne parler comme ça à Radio France. C'est merveilleux, déjà, ça. Et puis, on voit tout de suite, dès la première attaque des musiciens. Donc, je fais toujours un peu la leçon à mes étudiants en disant que Quand les gens qui sourient un peu d'entendre une interprétation un peu ancienne, je dis ne souriez pas. Les gens à l'époque pensaient aussi qu'ils étaient dans un style historique tout à fait pour eux correct et pensaient que dans 40 ans les gens souriront sans doute beaucoup de vos interprétations à vous. Donc un peu d'humilité et de simplicité en disant qu'on est juste là pour eux, on est les passeurs de l'oeuvre qu'on joue et que par définition la musique se dérobe à toute fixation. et qu'on ne peut pas dire, oui bien sûr, là on sait maintenant ce qu'il faut faire et on.
Interviewer
Ne savait pas avant. Méfions-nous du jugement des générations futures. Quelle différence y a-t-il entre l'interprétation par le passé et les.
Olivier Beaumont
Interprétations d'aujourd'hui ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Ce qui s'est passé, c'est qu'après la guerre, il y a eu une grande révolution organologique, c'est-à-dire instrumentale. On a commencé à jouer des instruments anciens, plus authentiques. avec un diapason aussi plus proche du diapason qu'on pouvait avoir. Pour résumer, il y a trois grands ensembles, je pense, qui ont été très importants au début de l'après la Seconde Guerre mondiale. C'est le Consorcius Musicus avec Nicolas Sarnoncourt à Vienne, le Delaire Consort, Alfred Delaire, et bien sûr l'ensemble de Gustave Léonard. qui ont fait qu'on a joué cette musique-là en lisant beaucoup plus les sources, en voyant qu'est-ce qu'on fait avec un instrument vraiment ancien ou une copie d'un instrument ancien. Donc il y a eu une révolution baroque, on peut dire réellement, ce qu'on a appelé d'une façon atroce les baroqueux, qui est un terme assez détestable. Mais il y a eu effectivement toute une sorte de révolution. Et c'est pourquoi quand on entend des interprétations d'avant cette période-là, comme ce qu'on vient d'entendre là, ça nous paraît très très loin maintenant de nous effectivement. Mais, encore une fois, c'est ça qui est intéressant. De même qu'un film historique, un film des années 50, je cite toujours cet exemple de l'Arrêt de Margaux, entre l'Arrêt de Margaux de Jeanne Moreau des années 50 et l'Arrêt de Margaux de Patrice Chéreau et Isabelle Adjani, on a l'impression que ce n'est pas la même personne. C'est fascinant de voir qu'on apprend. Ça apprend autant sur la période qu'on raconte que sur la période à laquelle le film a été tourné. Et ça, c'est passionnant, je trouve, parce que ça nous permet de nous situer Donc j'ai toujours ça, un peu d'humilité face à ce qu'on fait, en pensant qu'on est simplement une période de la grande histoire.
Interviewer
D'Interprétation et qu'on se met juste, on est un des modestes maillons. Oui, mais c'est très juste et important à rappeler. On est de modestes maillons de cette longue histoire avec du travail. Quelle est la démarche que vous adoptez, Olivier Beaumont, pour essayer de retrouver l'interprétation des temps passés ? Comment on procède ? Parce que.
Olivier Beaumont
Ce n'est pas tout d'avoir une partition. Comment on peut essayer de retrouver ce son ? Alors, on n'essaie pas de retrouver l'interprétation. Je pense que si des musiciens vous parlent d'interprétation authentique, ce sont des usurpateurs. Parce que par définition, l'interprétation est une chose mouvante. Et on ne peut pas ignorer le fait que nous, on est au XXIe siècle, que les gens qui viennent nous écouter sortent de leur bureau, ont gardé leur tablette ou leur portable et qui se mettent à écouter du Rameau ou du Jean-Sébastien Bach. Donc c'est un leurre de pensée qu'on va jouer comme à l'époque. La question n'est pas là. La question c'est plutôt d'essayer de reconstituer les conditions sonores, comment une musique sonnait à l'époque, comment, avec quel instrument elle sonnait, avec quels règles d'interprétation si on peut l'avoir. Et c'est ça qui est important, mais pas de se dire voilà je joue comme à l'époque. C'est juste un leurre complet et c'est le garant que l'interprétation va vieillir le plus vite possible parce que ce sera juste dépassée en deux ans. Donc il faut juste chercher à aller vers le public et raconter une histoire, qui est une histoire de musique, mais la raconter au public. Et on la racontera différemment. Moi je raconte pas ma musique dans les années 80 comme je la raconte maintenant, c'est.
Interviewer
Sûr. Donc c'est ça qui est beau et c'est.
Olivier Beaumont
Quelque part la chose qui compte. C'est ça. S'il faut remettre les pendules à l'heure. Que venons-nous d'entendre ? Nous entendons des aires d'une pendule dite de Marie-Antoinette mais qui est à Versailles et j'avais tenu, j'avais fait ce disque avec Julien Chauvin qui est un grand ami que les auditeurs connaissent bien je pense, violoniste et chef d'orchestre et on a fait un disque appelé A Madame dédié à l'une des filles de Louis XV, Madame Adelaïde dans le grand salon au rez-de-chaussée de Madame Victoire qui est magnifique à Versailles où il y a ce clavecin et un violon en plus de Galliano qui était aussi dans les collections du musée. Et je tenais à ce qu'on ait un moment de musique très particulier. Donc on entend au début du disque quatre coups d'une horloge splendide. On termine par cinq coups, puisque le disque fait une heure pile. Et au milieu, entre les pièces qu'on a choisies, qui étaient des pièces versaillaises et pas du tout parisiennes, On a, c'était irrésistible, ces aires de pendules dites de Marie-Antoinette, qui sont pendules, en tout cas, fin dixième, qui est une merveille. Et c'est beaucoup plus, ce n'est pas anecdotique du tout. Pour moi, ce n'était pas anecdotique. J'étais content d'ailleurs. Quelqu'un, un journaliste du Monde, a dit qu'à propos du disque, c'était un choix pas du tout anecdotique. Mais c'est une incitation à remonter le temps et à se trouver aussi plus proche du temps. Je compare ça, par exemple, dans le film Barry Lyndon, qui est un des films que je préfère, qui m'a donner ma vocation de claveciniste, entre autres, et vous savez que Kubrick n'utilise pas une seule lumière artificielle, il n'y a que des bougies. Et ce qui est formidable d'avoir une donne, c'est qu'on a l'impression qu'on a une lumière qui vous vient directement du XVIIIe siècle. C'est fascinant, les scènes de soirée dans les scènes de jeux, etc. sont fascinantes sur ce plan-là. Et c'est vrai qu'on a tenu à faire ça avec Julien parce que ça donne quelque chose en plus. C'est tout sauf.
Interviewer
Anecdotique, je pense que c'est au contraire comme si c'était une machine à remonter le temps. Une machine à remonter le temps, c'est très joliment dit ça, parce que c'est ce qu'on ressent tous et toutes quand on visite un lieu. Vous avez parlé beaucoup de votre amour du patrimoine et d'être un amour partagé. C'est retrouver cette sensation très particulière, cette émotion et par la musique l'émotion est très présente. C'est ça qui nous touche. Le clavecin nous conduit directement dans notre imaginaire à un moment particulier tout en rappelant Evidemment que le clavecin est un.
Olivier Beaumont
Instrument qui est joué ensuite toujours. Le clavecin, ce n'est pas seulement Versailles pendant 150 ans. Ah non, bien sûr, et puis dans toute l'Europe. Même on a continué à jouer du clavecin assez tard, même au début du 19ème siècle. J'ai fait un article sur ça, sur l'histoire de la classe de clavecin au conservatoire de Paris. Le conservatoire de Paris est créé en 1795. Il y a encore une classe de clavecin jusqu'en 97 je pense, mais on continue aussi à jouer du clavecin. Il y a eu aussi une sorte de tradition, et y compris curieusement à la fois en Russie et aux Etats-Unis. J'avais fait deux disques pour Erato, un sur la musique russe XXVIIIe et on a même des oeuvres au clavecin en Russie qui sont même tout début du XIXe siècle. Donc la pratique de l'instrument, c'était un instrument tellement connu, un instrument essentiel pendant les trois siècles précédents, que forcément ça a été continué à jouer un petit peu. Et puis on a redécouvert la clavecin à la fin du XIXe siècle par le biais d'abord des éditions, la grande édition Rameau par exemple, avec Saint-Saëns, la Bach-Ezelstadt bien sûr, l'édition Bach complète. et des gens comme Louis Diemer qui ont commencé à se réintéresser à l'instrument. Donc le trou, si je puis dire, où on n'a pas entendu de clavecin au XIXe siècle est plus petit que ce qu'on croit. Parce qu'on a commencé à rejouer.
Interviewer
Du clavecin à partir du moment où.
Olivier Beaumont
On a d'ailleurs commencé à redoubler Versailles. C'est amusant. Pourquoi le piano l'a remporté ? Parce que c'est une différence d'esthétique, je pense. C'est simplement que la sensibilité, toutes les grandes transformations de la fin du XVIIIe en Europe, et puis la révolution américaine aussi, ont fait qu'on avait envie d'autres sonorités. Plus rien n'était comme avant, après notamment la révolution française. Et on avait envie d'autres esthétiques, d'autres mouvements de pensée, comme le romantisme. Donc effectivement, le piano correspondait à un type de sensibilité. qu'on avait plutôt.
Interviewer
À cette époque-là. Donc chaque époque a son son musical. Et parce que les sensibilités sont différentes. Les sensibilités sont différentes et il est toujours très difficile de ressentir les sensibilités des.
Olivier Beaumont
Gens du passé. Vous nous l'avez évoqué Olivier Beaumont.
Interviewer
Une petite cuillère qui vient du grand siècle. J'en ai chez moi d'ailleurs, j'en ai chez moi. Parce qu'il y a cet aspect aussi collectionneur chez vous qui.
Olivier Beaumont
Est très intéressant. Alors, puisque nous parlons beaucoup musique et c'est tout à fait logique avec vous, beaucoup de partitions ? Oui, j'ai plusieurs partitions anciennes qu'on m'a léguées, en partie d'ailleurs de deux de mes maîtres, Caden Gilbert et Guen Dreyfus.
Interviewer
Qui m'avaient léguée à leur décès des partitions. J'en ai acheté moi-même et puis des livres anciens aussi. Oui, bien sûr. C'est ça, l'amour du passé, on le dit toujours, mais l'histoire, c'est une science, une discipline historique. Puis l'histoire, c'est aussi ce plaisir de se plonger dans le.
Kenneth Gilbert (quoted)
Passé et la narration des moments du passé avec le clavecin qui nous accompagne aujourd'hui et votre maître. Prenez par exemple une toute petite pièce de Couperin comme « Les langueurs tendres ». Quand on entend cette pièce, on a l'impression d'entendre moins.
Olivier Beaumont
Une.
Kenneth Gilbert (quoted)
Pièce de clavecin qu'une espèce de transcription imaginaire d'un chant vocal. Je vous joue les premières mesures par exemple. et C'est tellement vocal qu'on a même des phrases qui viennent de quatre mesures en quatre mesures avec tantôt une terminaison forte sur le temps fort et tantôt une terminaison dite faible avec une syllabe muette. Une syllabe muette au clavecin, ça veut dire quoi? C'est quand on fait... On a l'impression que la voix dit quelque chose qui finit avec un E à la fin. C'est incroyable. Pourtant, ce n'est pas une vraie transcription. Il n'y a jamais eu une pièce vocale, du moins à notre connaissance.
Interviewer
Qui s'appelle « Les langueurs tendres.
Olivier Beaumont
». Voilà un exemple, je crois, de l'interaction et de l'influence.
Interviewer
Absolument essentielle de la voix. Vous étions.
Olivier Beaumont
En 1983, Kenneth Gilbert. Merci pour cet extrait de Kenneth Gilbert qui me touche beaucoup. Qui est-il ? Qu'est-ce qu'il représente dans votre parcours ? Il représente beaucoup, c'était un peu comme mon père musical, on pourrait dire. Il m'a beaucoup appris, notamment sur la musique française. Il a été mon prédécesseur au conservatoire de Paris et il m'a beaucoup appris. Aussi par cette idée qui n'est pas très française que pour bien jouer une pièce, il faut en jouer une dizaine du même genre. Par exemple, je prends l'exemple de Francesco Baldi, grand maître italien au début du XVIIe siècle. Si on joue une seule Toccata Frescobaldi, on manque de références. Si on en joue dix, on en travaille dix, là on commence à avoir plus d'idées. Et je dis toujours ça aux personnes, c'est que pour avoir une sorte de liberté stylistique, il faut avoir la liberté la plus informée possible. Je prends un exemple, je ne parle pas polonais, je ne suis pas libre du tout en polonais. Mais alors que si vous jouez une seule pièce, vous manquez de références, d'idées autour du compositeur, Si vous plongez dans l'univers de l'auteur, là.
Interviewer
On commence à en être un peu plus précises, et on commence à être plus libres, c'est la connaissance qui donne la liberté, beaucoup. C'est beau ça ! Bah je pense oui ! Non mais voilà, une sorte d'aphorisme, c'est la connaissance qui donne la liberté, ce qui est très très juste ! C'est le savoir, et puis, c'est aussi ce sentiment d'être héritier d'une très longue histoire, avec ses maîtres, on les évoque les uns après les autres, Kenneth Gilbert, mais il y en a tant d'autres, ses compositeurs du.
Olivier Beaumont
Passé, leur vie vous intéresse ? Il y a ce petit goût biographique aussi, savoir quel est leur parcours pour essayer de comprendre comment ils ont pu produire des oeuvres ? Oui, ça j'adore aussi lire des biographies d'interprètes. Je lis beaucoup de biographies en général historiques, c'est le principal de mes lectures, mais c'est vrai que le parcours des interprètes m'intéresse beaucoup. aussi des grands pianistes. J'ai une vénération pour Claudio Arao et j'ai lu une biographie fantastique de lui. Donc c'est une chose qui m'intéresse.
Interviewer
Aussi, comment se fait un parcours musical. Ce n'est pas tellement en termes de carrière, mais comment un artiste, depuis tout jeune jusqu'à sa mort, a vécu la musique. Et oui, c'est ça, parce que nous sommes des héritiers, des héritiers de longue tradition. Et pour la musique, la famille est nombreuse avec énormément de compositeurs. Et puis, il y a aussi nos propres familles. Olivier Beaumont, vous.
Olivier Beaumont
N'Êtes pas venu les mains vides. Je parle de votre famille, je parle de musique. Il y a aussi dans votre famille un lien à la musique très fort. Oui, j'ai apporté deux choses de mes deux parents, mon grand-père paternel et mon arrière-grand-père maternel. De mon grand-père paternel, il s'appelait Georges Beaumont, qui était professeur de lettres et de latin grec. Et il y a un lycée à Saint-Dié qui s'appelle le lycée Georges Boumont. Et il a été un peu l'historien de la ville, donc j'ai apporté le livre qui fait toujours référence d'ailleurs, Saint-Dié des Vosges, Origines des Développements, qu'il avait écrit. C'est un peu lui qui m'a appris à lire. D'ailleurs je me souviens très bien quand j'étais Vraiment enfant, j'avais 6-7 ans, enfin je commençais déjà à lire bien sûr. Mais il avait choisi avec beaucoup de tendresse quelques extraits de la légende des siècles, qui pour un enfant de 7 ans n'est pas très facile. Mais il avait choisi des extraits simples pour un enfant qui m'expliquait. Je me souviens que je lui lisais puis ensuite il m'expliquait. Et j'ai toujours gardé cette image de lui qui était déjà très âgé parce que j'étais le dernier de ses petits-enfants. et m'expliquant comme ça la lecture, c'était quelque chose de très touchant pour moi. Il avait une habitude aussi qui est très amusante, pas seulement moi mais tous ses petits-enfants, quand il nous écrivait une lettre pour nous donner des nouvelles, il nous renvoyait une lettre très gentille en disant alors voilà, troisième ligne, attention, le complément de jeu direct, il faut que tu fasses attention à l'accord, l'accent est pas dans le bon sens, mais dit de façon tellement bienveillante et tellement gentille, et ça nous a d'ailleurs beaucoup servi, merci à lui, Quelque part d'avoir eu ça. Donc ça c'est l'aspect vraiment littéraire. Son père était instituteur dans un tout petit village dans les Vosges qui s'appelait Grange-sur-Vologne. Et j'ai toujours ce souvenir aussi, il était né en 1885, mon grand-père, il y a deux siècles. Et j'ai le souvenir que, c'est impensable maintenant, quand il est arrivé en sixième, quand il est entré en sixième, il avait déjà lu l'ensemble des «Mémoires d'Outre-Tombe» de Châteaubriand, en entrant en sixième. Donc ça donne une idée quand même tout de suite du parcours qu'il a pu avoir. Et puis l'aspect musical vient plutôt de ma mère et son grand-père, donc mon arrière-grand-père, qui s'appelait Émile Talop, qui était musicien, qui était belge, qui avait été formé à Mons. qui avait toute sa carrière dans l'Est, notamment à Epinal, qui est mort en 1942. Et c'est lui qui avait fait commencer le piano à ma mère. Je ne l'ai bien sûr pas connu. Et là, j'ai apporté une partition. J'ai quelques partitions de lui, pas beaucoup malheureusement. J'en ai quelques-unes. Il y a quelques oeuvres de lui qui sont à la Bibliothèque nationale. Il s'appelait Émile Talope. et des chœurs pour voix d'homme. Il y a aussi un très beau chœur pour voix d'homme sur un texte sur les images d'épinal. Ces images d'épinal, dans mon département natal, c'est un peu une institution. Jean-Charles Pellerin, bien sûr. On considère maintenant les images d'épinal comme une sorte de chose un peu péjorative. Quand on dit que ça fait images d'épinal, c'est jamais dans un très bon sens. Mais Jean-Charles Pellerin, c'était quand même un grand créateur. Les générations, on a tous vécu avec des images d'Épinal, que ce soit les batailles napoléoniennes, on a tous eu des représentations historiques faites par les images d'Épinal. Et donc là, c'est une passion qui s'appelle « Dans la forêt ». Ça me touche beaucoup parce que la pièce est signée de novembre 1918. Mon dernier grand-père était belge, donc je ne sais pas, mais je ne pense pas qu'il ait été appelée « Sous les drapeaux », alors que mon grand-père paternel a fait la guerre de 14-18. Il a été blessé une première fois en 14, puis une deuxième fois en 15. Et là, mon arrière-grand-père, je suppose, parce que je n'ai pas d'informations sur lui, mais comme il était belge, j'imagine qu'il n'a pas dû être appelé « Sous les drapeaux ». Mais la pièce est dédiée à sa fille, qui est ma grand-mère, que je n'ai pas connue non plus parce qu'elle est morte en 1938, donc avant même son père. C'était son enfant unique. Donc ma mère avait 8 ans quand sa mère est morte. Mais c'est une esquisse pour piano. Alors je me souviens, j'ai toujours vu cette partition sur le piano dans ma famille. Et quand j'avais 7-8 ans, je m'excrimais à essayer de la jouer. C'était beaucoup trop difficile pour moi, mais j'ai essayé de la jouer. Et je me suis amusé hier, avant l'émission, j'ai pris la partition, je l'ai jouée au clavecin. C'est pas du tout écrit pour le clavecin, mais ça m'a.
Interviewer
Fait un moment très touchant à l'instrument de me souvenir.
Olivier Beaumont
De cette mélodie que j'avais éteinte en enfant parce que ma mère l'a jouée. Et j'étais très content de retrouver ça, une petite Madeleine personnelle. Madeleine personnelle et conversation à travers les années qui passent. Exactement, oui. Il a fait aussi beaucoup de chansons. Il y a une petite chanson dédiée à ma mère sur la fête des mères qui est très jolie. Il a fait des oeuvres pour violon. Il était violonciste lui-même. J'ai une très belle photo chez moi d'ailleurs qui fait un peu une photo style hardcore du début du XXe siècle. Il a écrit aussi une chanson, c'était amusant, avec un texte de Jeanne Avril. Jeanne Avril, c'est celle qui était sur les affiches de Touche d'Autrec. Il y a une très jolie chanson qu'il a composée sur un texte de Jeanne Avril. Donc c'est une carrière très locale, mais très bon musicien. Et je me souviens que ce que je savais de lui, c'est qu'il était très mondain, qu'il avait une vie plutôt brillante, mais qu'il tirait diable par le cul toujours. Et mon grand-père, donc père de ma mère, qui était banquier, donc qui avait rien à voir, que j'aimais beaucoup, Mais quand il a appris par mes parents que j'allais faire de la musique, il s'est complètement affolé, il a écrit une lettre à mes parents en disant « mais je me.
Interviewer
Souviens de mon beau-père qui tirait le diable par la queue, essayait de convaincre Olivier qu'il.
Olivier Beaumont
Ne doit absolument pas faire.
Interviewer
De musique ». Donc ça c'est un souvenir quand j'avais je ne sais pas 16 ans. Ah oui c'est ça, donc c'est dire « je vais faire du clavecin », c'est un peu punk. C'est ça, c'était vraiment insolite. Alors qu'ici, c'est vrai qu'on a une démarche. J'aime beaucoup cet aspect local que vous avez évoqué tant par votre arrière-grand-père pour la musique. Et puis, c'est vrai que cet intérêt pour Saint-Dié-des-Vosges, vous êtes né à Saint-Dié-des-Vosges, donc dès.
Olivier Beaumont
Lors, on touche à l'image d'Épinal. C'est très intéressant de voir ça, d'avoir ici un historien dans la famille, on peut dire. Et c'est ça qui est formidable. L'historien spécialiste de Saint-Dié-des-Vosges. Vous êtes né là-bas, vous n'y êtes pas resté ? J'ai quitté les Vosges à l'âge de 7 ans et je suis.
Interviewer
Arrivé à Annecy à l'âge de 9 ans. Donc du coup, Annecy a été ma ville où j'ai commencé le clavecin, où j'ai passé mon bac, etc. Où.
Narrator (Annecy segment)
J'Ai été pendant longtemps, où je retourne toujours de temps en temps. Annecy, c'est tout un autre univers. C'est un univers absolument magique. Dans cet univers magique d'Annecy, il y a évidemment un lac. Il n'y a pas qu'un lac. Nous voici à Annecy pour un rendez-vous sur l'eau. La passerelle va bientôt être amenée et le Savoie, dernière unité acquise par la compagnie des bateaux du lac d'Annecy, s'en va pour sa première croisière officielle autour du lac. Mise à l'eau il y a déjà plusieurs semaines, le Savoie est bien rôdée. Son pilote, M. Roudeau, un ancien de la.
Interviewer
Marine Nationale, connaît parfaitement son nouveau bateau. Entre Annecy.
Olivier Beaumont
Et Saint-Jorios, Menton et Taloir, la belle silhouette du Savoie est devenue familière aux riverains du lac. Et les touristes, qui commencent à arriver, peuvent dès maintenant On dit Saint-Jorioz ? Saint-Jorioz. On.
Interviewer
Ne dit pas le Z à la fin. On dit la Clusaz pour la Clusaz, on dit Chamonix et pas Chamonix.
Olivier Beaumont
C'est.
Interviewer
Une habitude de prononciation locale je pense, mais c'est vrai qu'on dit Saint-Jorioz. J'ai habité Saint-Jorioz pendant 40 ans. Qu'est-ce qui s'est passé Annecy pour vous ? Vous nous avez dit que c'est là où vous avez rencontré le clavecin Bach. Absolument. Pourquoi ?
Olivier Beaumont
Comment on arrive à rencontrer le clavecin ? Parce que c'est vrai qu'il y a cette musique profane de Versailles, de divertissement, et puis il y a aussi tout un univers de musique qui est... très important dans sa production, c'est la musique religieuse. Oui, bien sûr. J'ai... C'était un peu un hasard parce que je pensais faire du piano, comme avaient fait mes frères et sœurs. Et ça a été vraiment... J'ai entendu en concert la Quintaladansi, ce concerto pour clavecin, et le son m'a tout de suite intéressé. L'œuvre elle-même a été un coup de foudre absolu qui ne s'est pas démentie. Et donc, vous savez, on passe sa vie avec Jean-Sébastien Bach. Je n'ai pas de souvenirs depuis que j'ai commencé le clavecin. de ne pas avoir sur le pupitre du clavecin une pièce de Jean-Sébastien Bach. On grandit avec Bach, on commence par les pièces qu'il a écrites pour ses enfants, puis les pièces plus factueuses, puis les grandes pièces de concert ensuite. Mais ça a été ça, une véritable révélation, mais qui a été un peu un hasard, effectivement, parce que je pensais me dessiner au piano comme avaient fait mes frères, sœurs ou ma mère. Et puis ce coup de foudre a.
Interviewer
Fait que je voulais faire ça et qu'il y avait la chance qu'il y ait à Annecy une des toutes premières classes en France de clavecin. Donc je.
Olivier Beaumont
Me suis inscrit et puis ça a été une histoire d'amour qui ne s'est pas démentie. Donc il y a Bach et puis il y a Couperin. Couperin, le musicien des rois, ça c'est le sous-titre de l'ouvrage que vous avez consacré à Couperin. Voilà, c'est un livre que j'ai écrit en même temps que l'intégrale pour clavecin que j'ai réalisé. Je pense en 90 et 95, qui était à la fois pour Radio France, ici, et pour Erato, qui était à la Coalition Musique France. Et donc c'est dix disques, donc c'est quatre ans. Il y a quatre livres de clavecin chez Couperin. Pour moi, il est un peu l'équivalent de Saint-Simon, dans le sens que Couperin écrit beaucoup de portraits. Il utilise beaucoup, par exemple, la princesse de Conti, la fille légitimée de Louis XIV, et de Mademoiselle de la Vallière. Donc on a toute une sorte de galerie de portraits assez fascinant. Il était juste plus bienveillant que Saint-Simon. Mais ce que j'aime beaucoup chez Couperin, ce n'est pas une virtuosité digitale comme on peut voir par exemple chez Rameau, chez Scarlatti. Ce que j'ai envie de dire chez lui, c'est que c'est une.
Interviewer
Virtuosité psychologique, vraiment. Personne comme lui ne sait en trois notes croquer un personnage, un peu comme les petits croquis de bateaux, c'est des sanguines de bateaux, on a quelque chose de... complètement incroyable et c'est une nourriture psychologique sur l'âme humaine complètement vertigineuse. Oui, c'est ça. Toujours ce lien qu'il y a entre l'incarnation de la musique par le compositeur, par ceux qui écoutent aussi. Et puis, ce.
Olivier Beaumont
Que porte la musique, c'est cette conversation, on l'a évoqué avec cette partition qui vous relie à votre aïeule. Et tout simplement, ici, ces portraits, ces phrases qui sont dites, c'est ce que disait Kenneth Gilbert tout à l'heure. C'est une discussion, la musique. Oui, parce que la musique baroque, j'irai jusqu'à mettons y compris classique, c'est une musique qui parle. Et il y a une très belle phrase d'Arnaud Cour, de Nicolas Arnaud Cour, qui est un peu simple, mais au très noble sens du terme, mais qui est très vraie, où il dit que la musique d'avant 1800 parle, et la musique d'après 1800, Laurentiste, peint. Et ce que je trouve très beau, parce que notre musique à nous, c'est une espèce de langage. Vraiment, on connaît tous les codes rhétoriques qui sont liés à la musique baroque. Et ce que j'aime aussi, c'est l'idée de raconter quelque chose au public. Enfin, tout musicien raconte au public. Mais la musique baroque, c'est encore plus vrai parce que c'est vraiment une musique qui s'est déconseillée comme un langage. Et de raconter une personne, de décrire une personne, Et ces portraits de Couperin, ce qui est très beau, c'est que c'est à la fois les portraits de telle ou telle personne, donc ça nourrit l'imaginaire sur le grand siècle et le début du.
Interviewer
Siècle des Lumières. Mais c'est aussi, ça qui est intéressant pour le public actuel, c'est aussi le portrait d'un peu de chacun de nous. Au détour d'une.
Announcer
Phrase.
Olivier Beaumont
On se.
Interviewer
Reconnaît soi-même psychologiquement, on reconnaît des personnes qu'on a pu connaître ou qu'on connaît. Avec des grands noms, Couperin, Rameau, d'autres beaucoup moins connus. On.
Olivier Beaumont
L'A dit, la production était considérable. Monsieur et Madame Simon ont un fils, comment l'appellent-ils ? Simon. Sous-titrage ... MFP. ... ... ... ... ... Musique Un enregistrement avec Julien Chauvin à Versailles, Olivier Beaumont, ici nous sommes toujours avec du générique de fin les filles de sa majesté.
Interviewer
À Madame. Et c'est enregistré.
Olivier Beaumont
À Versailles, c'était extraordinaire parce qu'on enregistre quand le public n'est plus là bien sûr, donc on est à Versailles pour nous tout seul jusqu'à minuit ou l'heure du matin, donc il y a une qualité de silence. Et puis c'est juste des expériences incroyables, indicibles. Et puis c'est Simon Simon. Voilà, quand on s'appelle Simon Simon, je trouve qu'on doit avoir une chance de rester dans l'histoire de la musique un tout petit peu. Professeur de médames d'ailleurs, qui a composé plusieurs, il y a trois recueils je pense pour le clavecin. Assez inégal comme souvent ces auteurs français fin 18ème, où on a des pièces.
Interviewer
Une seule pièce magnifique, comme c'est le cas ici, je trouve que c'est une très belle pièce. Et puis des pièces plus secondaires, donc c'est des auteurs où c'est pas du tout utile de faire des intégrales, ça leur rend même pas service, mais plutôt présenter le meilleur de leur production. Et parce que c'est vraiment cela aussi qui est intéressant dans la réflexion que nous pouvons avoir sur la musique du passé. C'est l'interprétation.
Olivier Beaumont
C'Est l'instrument utilisé. Et puis c'est tout ce qui a été oublié. Vous avez cité la Bibliothèque Nationale de France. Mais tant de bibliothèques conservent des partitions. Et c'est exceptionnel tant et tant. Pour beaucoup oublier, ce sont toujours les mêmes mis en avant et chez les mêmes, les mêmes morceaux. Oui, c'est vrai. Moi, j'aime bien alterner des oeuvres très connues parce qu'on a besoin de se mesurer au très grand répertoire. Je parlais de Jean-Sébastien Bach tout à l'heure. Mais j'aime aussi découvrir des pièces que personne ne connaît. On a l'impression de marcher sur une neige où personne n'a encore marché. Il y a quelque chose de très enivrant aussi d'en faire raisonner.
Interviewer
Une pièce, là que c'est le cas de Saint-Simon, de Saint-Simon, l'absus. C'est le cas de Simon, Simon. La pièce n'avait pas été jouée depuis le XVIIIe siècle, c'est sûr, je pense. Donc, il y a quelque chose qui.
Olivier Beaumont
Est très touchant dans cette idée-là aussi, d'être un redécouvreur, comme ça. Vraiment, vous allez en bibliothèque, vous sortez peut-être un peu au hasard une partition, des partitions, et c'est du texte. Enfin, c'est là, c'est manuscrit. Vous arrivez à la lire, ça arrive dans votre tête, vous entendez la musique ? Forcément, à la lecture d'une partition, on voit tout de suite si c'est de la bonne musique ou pas, si on.
Interviewer
Avait de la travailler ou pas. Oui, heureusement, c'est ce qu'on appelle l'oreille intérieure, vous savez, donc on lit une partition tout de suite, on peut, en deux secondes, on voit si la musique est intéressante, on va peut-être passer, c'est pas une bonne pièce à retenir. Oui, ça envoie vite, heureusement.
Olivier Beaumont
On voit vite, heureusement, dans cette histoire qui nous intéresse, celle de la musique, celle de la musique au.
Henri Defiat, marquis de Saint-Mars (quoted)
XVIIe siècle, au XVIIIe siècle, on l'a dit, une histoire incarnée. Ça, c'est une chose incarnée, bien sûr, mais avant Versailles, il y a ce XVIIe siècle absolument fascinant avec des tas d'aventures. Messieurs.
Olivier Beaumont
Nous avons perdu la chasse. Votre Majesté a raison, on n'entend plus rien. Même les oiseaux se taisent.
Henri Defiat, marquis de Saint-Mars (quoted)
Pardonnez mon insolence, Sire. Mais votre Majesté n'a sans doute pas eu le temps de remarquer que la bête qu'elle poursuit est pleine. Cette bête va mettre au bas, Sire. Ses flancs sont pleins. Monsieur, pour parler, il y a les salons. Dans la forêt, on se tait et on chasse. Mais cette bête est pleine. Et une bête pleine se défend son bravoure. Parce qu'elle est.
Olivier Beaumont
Tout de suite épuisée. Ce n'est plus de la chasse, mais du massacre ! Un massacre indigne de Votre Majesté. Qui êtes-vous, Monsieur ? Je suis Henri Defiat, marquis de Saint-Mars. Je suis arrivé à la cour de Votre Majesté que depuis quelques jours. Mais je chassais beaucoup sur les terres.
Henri Defiat, marquis de Saint-Mars (quoted)
De mon père. Nous continuons, Sire. Avez-vous pas entendu, Monsieur ? Cette bête était une femelle sur le.
Olivier Beaumont
Point de mettre bas. Monsieur l'avait remarqué, lui. De quel droit, monsieur, vous permettez-vous.
Interviewer
De troubler le plaisir de sa majesté.
Olivier Beaumont
? Le roi n'a besoin de personne pour lui.
Interviewer
Dire s'il peut ou non court un cerf. Je ne me permets rien, monsieur.
Olivier Beaumont
Sinon de dire à sa majesté les choses comme je les pense. Mais monde-vous, sire, est-ce important ? Monsieur, si je suis capable de court ou non un cerf, je le suis également de décider qui est important et qui ne l'est pas. Jean-Claude Brialy, formidable acteur, était aussi réalisateur, il faut le rappeler, scénariste. 1981, Saint-Marc. Exactement, là c'était une découverte et puis mon histoire avec Saint-Marc, c'est une histoire d'amour qui s'est pas démentie depuis lors. J'ai découvert le personnage par ce film, donc je suis très touché que vous fassiez cet extrait, merci. C'est un film télé de Jean-Claude Brigali sur l'histoire de Saint-Marc, donc dernier favori de Louis XIII, qui est mort à 22 ans, donc qui a été un peu sacrifié, qui a eu des torts en conspirant avec l'Espagne. C'est ce qu'on appelle la conspiration de Saint-Marc, la fin du règne de Louis XIII. Mais le personnage m'a beaucoup touché, entré dans l'histoire tellement il était beau. Il n'aurait pas dû entrer dans l'histoire comme ça, par des calculs un peu cyniques du cardinal de Richelieu. Et c'est un personnage qui m'a toujours accompagné. Donc j'ai découvert ce personnage par ce téléfilm. Et ensuite j'ai eu beaucoup de rencontres autour du personnage. Donc j'ai écrit ce livre qui s'appelle Le Tombeau de Jeune Monsieur de Saint-Marc aux éditions Arlea. Où c'est une espèce de récit alternatif entre ma petite histoire à moi depuis 1981 avec Saint-Marc et puis la biographie du personnage. Donc ce qui m'intéresse c'est que c'est presque un personnage d'opéra. C'est un mélange, je dis toujours, d'Hippolyte un peu, d'Anphèdre et puis d'Antinéus le favori de Néron. Et on a quelque chose de très étonnant, c'est un personnage d'opéra avec un destin tragique. Peut-être que s'il était mort à 86 ans, peut-être que je me serais moins intéressé à.
Interviewer
Lui, je ne sais pas. Mais c'est quelqu'un de très étonnant et j'ai eu toujours de belles rencontres avec lui. Il y a beaucoup de musique, il était tellement en faveur à la cour qu'il y a beaucoup de musiques qui ont été écrites pour lui, des pièces de théâtre, des poèmes, il a plusieurs tableaux magnifiques. Voilà, exécuté en 1642, Saint-Marc, avec ce destin et ces rencontres. Parce qu'il y a Saint-Marc, bien sûr, il y a Couperin, on l'a.
Olivier Beaumont
Dit, mais Olivier Beaumont, il y a Saint-Simon, qui est un peu le héros de cette émission, qui est toujours présent à l'Opéra Monsieur, la musique dans les mémoires de Saint-Simon. Tout ça, c'est une galerie de portraits, un peu comme vous l'évoquiez tout à l'heure, cette discussion, ces amis du quotidien avec, comme bande-son, le clavecin. Oui, je pense que c'est... Saint-Marc, c'est vraiment une histoire qui n'a pas... qui ne s'est pas arrêtée pendant 40 ans. Et puis.
Interviewer
D'Autres personnages, comme celui de mon dernier livre.
Olivier Beaumont
Où.
Narrator
Là, je me trouve avec des personnes qu'on croise de temps en temps, puis d'un seul coup, un jour, personne ne sait pourquoi, on s'intéresse précisément au personnage. On se dit, tiens, j'ai envie d'écrire sur lui. Donc là, c'est une rencontre plus récente, mais tout aussi importante. Votre dernier livre, d'une partition, m'apparaissait en dessin. Voyager, c'est un choix et même un art. Jacob Villelme et moi ne sommes ni des portraitistes, ni des peintres d'intérieur. Nous ne restons pas de longues heures à faire poser un gros notable et sa femme, dont la seule ambition artistique est de paraître beau sur le tableau commandé. Nous ne hantons pas les demeures privées ou les églises, en y étudiant la lumière que filtrent de petits carreaux de verre ou des vitraux. Nous ne peignons pas non plus d'imbles ustensiles de cuisine placés aux côtés de fleurs coupées, de.
Interviewer
Fruits cueillis, de légumes récoltés ou d'animaux morts. Ces lapins ou ces poissons gisant sur une table, ces oiseaux qu'on a abattus et dont on lit les pattes avec une ficelle attachée à un clou planté dans un mur. Quelle tristesse. Nos natures à nous sont bien vivantes, constituées de grands espaces, où rien n'arrête le regard. Raphaël Laloume, dans le cours de l'histoire sur France Culture, qui lisait un extrait de.
Olivier Beaumont
Votre ouvrage, Olivier Beaumont, d'une partition, m'apparaissait un dessin, avec ici le dessin qui est présent. Moi, j'aime beaucoup cette conversation qui permettait d'obtenir ce qu'on appelait l'honnête homme. Vous l'avez dit tout à l'heure, En tant que professeur, en tant qu'enseignant, vous arrivez à identifier au moment où quelqu'un joue la musique si la culture dépasse simplement la musique ? Je pense. J'ai dû me tromper évidemment, bien sûr. Mais dans la majorité des cas, oui, je pense, je.
Interviewer
Me suis rendu compte très vite. Et.
Olivier Beaumont
En parlant après avec les candidats.
Interviewer
On voit tout de suite aussi en deux phrases. Et en une phrase, vous savez que la personne lit beaucoup, a tout de suite un univers motivant pour sa musique. Et ceux qui n'en ont pas du tout, on se rend vite compte de ça. Et ici, avec cet ouvrage, Un personnage. On ne révèle surtout pas l'identité. Surtout pas l'identité parce que c'est.
Olivier Beaumont
L'Enjeu du livre. Nous sommes dans un univers de peintres. Et c'est ça qui est fascinant. C'est que ces peintres-là que vous évoquiez, ce sont les mêmes qui écoutaient la musique, qui connaissaient la musique et qui en jouaient. Pas en professionnel mais en amateur. Et qui lisaient. Et c'est cette imbrication des arts qui construit la personnalité. Oui, c'est sûr. Surtout que le personnage qui n'est pas italien mais au moment du livre est à Rome, juste six mois avant sa mort. Et on voit que l'environnement... L'Italie, c'est ce vers quoi tous les artistes se tournaient, que ce soit les musiciens, les peintres, les écrivains. Et c'est vrai qu'il y avait une sorte de ferment de musiciens, de peintres et d'écrivains étrangers à Rome, qui était assez incroyable à la fin du XVIIIe siècle. Vraiment. C'est un personnage qui est issu d'une famille qui n'est pas du tout une famille de peintres, destinée à un tout autre métier. et qui... une famille très prestigieuse et.
Interviewer
Dès l'enfance elle a dit moi je veux pas faire ce.
Olivier Beaumont
Métier là, je veux devenir peintre. Et ce qui était très étonnant à l'époque, vous pensez que jusqu'au début du 19e siècle on a des familles de métiers, en gros avant l'école publique. Donc on était tapissier de père en fils ou de mère en fille, suivant les... Peintre de père en fils, musicien de père en fils. Exactement, c'est ça. Et donc là, l'idée qu'il ait voulu, très jeune, sortir de cette idée-là pour faire son métier de peintre, ça m'a tout de suite intéressé parce que ça interroge le poids des filiations et la difficulté à s'en émanciper, quelquefois. Donc c'est un personnage très touchant qui arrive à Rome juste avant ses 30 ans, qui habitait Piada d'Espagna, et qui était fasciné, c'est l'histoire du livre, qui était fasciné par le cimetière des non-catholiques qui est tout au sud de Rome, près de la pyramide de Cestius. J'ai joué à Rome il y a peu de temps et j'ai fait un pèlerinage, j'ai pris plein.
Interviewer
De photos du cimetière qu'on voit maintenant encore. Et il était fasciné par cet endroit, du cimetière, il l'a dessiné, tout le monde a dit que c'était son dessin, son grand chef-d'œuvre, il l'a envoyé à un ami à Dresde, mais le dessin est perdu malheureusement, et c'est là où il.
Olivier Beaumont
A été enterré six mois plus tard. Il y a quelque chose qui vous attire vers les rebelles, Olivier Brun. Parce que le héros de cet ouvrage, vous venez de le dire, refuse le destin. Mais c'est un peu la même chose avec Samar.
Interviewer
Qui refuse aussi son destin. Ça lui coûte cher, ça lui coûte la tête. Oui, je n'y avais pas pensé, mais c'est vrai qu'il y a un intérêt pour les destins un peu fracassés, enfin foudroyés jeunes, sans doute, j'ai cette idée-là. Et effectivement, des gens qui ont été un peu en rébellion contre ce qu'on attendait d'eux. Et c'est intéressant à voir parce que dès que le mot claveciniste est prononcé, nous n'imaginons pas la rébellion. Alors que si.
Olivier Beaumont
Elle est également présente. Et dans cette fascination-là, il y a cette exploration sur un temps long. Il faut le rappeler, la musique à Versailles, c'est pas simplement Couperin, c'est pas simplement Rameau. Et ça s'étend sur vraiment une belle histoire. Quelle était la musique au clavecin du temps de Saint-Marc ? Parce que là, on est avant Versailles. Le claveciniste était Jacques-Champion de Chambonnières, qui a été un peu le maître de tous les clavecinistes qui ont suivi. Ils se sont croisés à la cour. J'ai été très touché quand j'ai vu des contes de la cour de la maison du roi, je pense en 1638, où Saint-Marc a à peine 18 ans et il obtient la charge de grand-maître de la gare de Rome du roi. Et en même temps il y a, juste quelques lignes plus loin, il y a les émoulements pour Chambonnière en tant qu'épinette du roi. On disait à l'époque épinette du roi. Donc j'étais très touché parce que j'ai enregistré ces pièces de Chambonnière. Moi j'ai fait presque l'intégrale, j'ai fait deux disques autour de Chambonnière, très très belle musique. et tout le temps Saint-Marc m'accompagnait aussi. C'est vrai que c'est un personnage... Ce qui m'a plu dans Saint-Marc, c'est l'idée que c'est comme si j'avais un ami au grand siècle, un ami du XVIIe siècle. Je ne me sens pas ami des compositeurs. Je ne peux pas dire que j'ai.
Interviewer
Trop de respect pour les compositeurs et on est plus l'humble passeur de grands génies. Mais Saint-Marc, c'est.
Olivier Beaumont
Plus.
Interviewer
Un copain quelque part, c'est plus un ami. Et ça fait du bien d'avoir aussi des gens qu'on n'est pas tout le temps dans le respect de l'oeuvre, des compositeurs, mais qu'on a comme ça un ami au XVIIe siècle. Et passeur, vous en êtes un excellent, Olivier Beaumont. Merci vivement d'être venu dans.
Olivier Beaumont
Le.
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Cours de l'histoire. Merci. Passeur de cette histoire-là, celle de la musique, la musique à Versailles, bien sûr. Je rappelle, d'une partition m'apparaissait un dessin. C'est votre dernier ouvrage et on trouvera aussi Tombeau du jeune monsieur de Saint-Marc. Merci vivement à vous d'être venu dans le cours.
Episode: Fou d’histoire : Olivier Baumont, claveciniste : "Je ne conçois pas de jouer une œuvre sans savoir où elle a résonné la première fois"
Date: January 2, 2026
Host: France Culture
Guest: Olivier Baumont, claveciniste et écrivain
In this engaging episode, the harpsichordist and writer Olivier Baumont shares his passionate love for history, music, and the Château de Versailles. Through intimate anecdotes and thoughtful reflections, Baumont weaves together the threads of place, instrument, and heritage, arguing for the inseparability of musical performance from historical understanding. The conversation journeys from the intimate nooks of Versailles, to the lasting resonance of early music, through to the transmission of heritage—personal, musical, and artistic.
Versailles Beyond the Monument: Baumont, referencing Saint-Simon's criticisms, insists that Versailles is "an ever-changing, living place," not the static, cold image many hold (01:01–01:39).
Personal and Sensory Connection: For Baumont, experiencing Versailles is essential. Walking the paths of musicians, feeling the building—the floors, the woodwork—is a necessary part of understanding its music.
Hidden Corners: He recalls the musicians’ preparation room next to the organ in the Royal Chapel, a space mostly closed to the public, which brings him close to the centuries past (02:36).
On Feeling History through Place:
"Versailles se découvre avec les pieds... il faut sentir Versailles." — Olivier Baumont (01:39)
On Playing Music Where It Was First Played:
"Je ne peux pas concevoir de jouer une oeuvre sans savoir où elle a résonné pour la première fois." — Olivier Baumont (05:21)
On Harpsichord as a Voice from the Past:
"C'est la voix de nos maîtres... on entend le son que pouvait entendre Jean-Philippe Rameau." — Olivier Baumont (06:43)
On Historically Informed Performance:
"Si des musiciens vous parlent d'interprétation authentique, ce sont des usurpateurs. Par définition, l'interprétation est une chose mouvante." — Olivier Baumont (21:27)
On the Importance of Cultural Breadth in Interpretation:
"Ça me paraît indispensable d'avoir beaucoup d'environnement culturel et artistique justement pour nourrir cette émotion." — Olivier Baumont (14:07)
On Saint-Simon's Enduring Lens:
"J'ai beaucoup d'admiration pour lui, mais c'est une peste quand même." — Olivier Baumont (12:03)
On Biographical Discovery and Artist Freedom:
"C'est la connaissance qui donne la liberté." — Host quoting Olivier Baumont’s perspective (30:40)
On Emotional Connection with Objects:
"Je pense qu'une petite cuillère du XVIIIe siècle m'émeut déjà..." — Olivier Baumont (08:43)
The conversation is intimate, erudite yet accessible, sprinkled with gentle humor, reverence for the past, and a palpable love for all forms of heritage. Throughout, Baumont and the interviewer anchor abstract notions of music and history in vivid personal memories, emotional responses, and a tireless curiosity—making this episode as rich for the heart as for the mind.
This episode is a deep dive into the world where music, place, and past intertwine. Through Olivier Baumont’s passionate reflections, you’ll gain insight into why understanding where music once resonated—and the lives it touched—remains crucial for meaningful performance and personal connection with history.