
Devenir Caudillo, Franco dans la guerre civile espagnole
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Xavier Mauduit
France Culture. Le cours de l'histoire. Xavier Mauduit.
Pierre Salmon
Devenir caodillo, Franco, dans la guerre civile espagnole, souvent, et hélas d'ailleurs, parfois un nom seul suffit à résumer une période. Franco, c'est la guerre civile espagnole, c'est la longue dictature qui s'ensuit. Le personnage est difficile à saisir. Comment surgit-il dans l'histoire de l'Espagne? Quel chemin a-t-il emprunté pour arriver au pouvoir? Franco, aux origines d'un dictateur.
Unknown Protester
Votre attention! En séjour! Le 19 juillet 1936, l'état de guerre est déclaré à Salamand. Traître! Fils de pute!
Unknown Supporter
Vive l'Espagne!
Xavier Mauduit
Vive la République!
Mercedes Justa
Vive l'Espagne!
Unknown Protester
Vive la République! Fasciste! À partir de maintenant, les détenteurs de toutes armes seront considérés comme rebelles. Un
Pierre Salmon
extrait du film « Lettre à Franco », ce film qui a marqué les esprits en 2019, ce film d'Aména Barre, c'est ça, ici, dans le cours de l'histoire, pour débuter avec cette guerre civile espagnole. Mercedes
Xavier Mauduit
Yusta,
Pierre Salmon
bonjour. Bonjour. Vous êtes professeur d'histoire de l'Espagne contemporaine à l'Université Paris VIII. Pierre Salmon, bonjour. Bonjour. Maître de conférence en histoire contemporaine à l'École Normale Supérieure. Vous êtes membre de l'Institut d'Histoire Moderne et Contemporaine. Et parler de Franco, c'est évoquer tout de suite ce qu'on vient d'entendre en 1936, c'est le début de la guerre. Mais ce n'est pas que cela. Franco, à quel moment surgit-il dans cette histoire? Est-ce qu'on peut dire que Franco déjà est un personnage connu avant 1936,
Xavier Mauduit
Mercedes Justa? Oui, c'est un personnage connu en tant que militaire. Et en fait, c'est quelqu'un qui a fait sa carrière militaire, notamment dans la guerre du Maroc. Et c'est là qu'il se construit en tant que militaire et qu'il gravit les échelons de la carrière militaire très, très vite. Et à la fin de cette guerre dure, qui est une guerre coloniale qui a duré 20 ans, de 1906 à 1926, à la fin de la guerre, il est déjà général, il a 33 ans, il est le plus jeune général d'Europe. Et donc il a déjà une réputation militaire très importante, et surtout de chef de guerre très courageux. et très froid aussi, très respecté de ses hommes, quelqu'un de dur, quelqu'un qui est un
Pierre Salmon
meneur d'hommes. C'est quelque chose qui, bien sûr, ici, participe à la légende du personnage. C'est toujours bien délicat de saisir comment se construit un dictateur, mais le regard de l'historien, de l'historienne, nous permet de retracer ce parcours avec un personnage qui est né à la fin du XIXe siècle, Pierre Salmon. Il faut quand même rappeler la situation de l'Espagne à la fin du XIXe siècle, parce que raconter l'histoire d'un individu en Espagne, c'est aussi Regardez ce contexte-là, à la fin du XIXe siècle, l'Espagne c'est quoi? C'est une dictature? Il est né en 1892, c'est
Mercedes Justa
une monarchie? Monarchie, oui, effectivement. La monarchie espagnole connaît une crise très importante à la fin du XIXe siècle, avec le conflit en 1898 face aux Etats-Unis et la perte des dernières grandes colonies que sont Cuba, les Philippines, Guam. Et avec ça, ça crée, si vous voulez, ça installe une crise très importante où on a l'impression, chez beaucoup d'hommes politiques espagnols, d'intellectuels, dans la population, d'un déclin espagnol. On parle même de crise de la race espagnole. Et ça, ça va créer à gauche et à droite pas mal de réflexions sur ce destin espagnol, pourquoi l'Espagne ne suit pas le même destin que la France, l'Angleterre, voire même l'Allemagne, sur la création de grandes colonies, c'est un facteur de puissance, on pense que c'est... un facteur de puissance, et aussi, d'un autre côté, on s'interroge chez des militaires, au sein des droites, sur ces causes, et puis on rejette la faute sur les politiques en général, sur la démocratie, sur la gauche, et puis on dit qu'il y a vraiment une crise qu'il faut résoudre, et cette crise, elle va installer une vraie défiance, et une vraie volonté aussi, à neuve, d'intervention dans la vie politique chez
Pierre Salmon
les militaires. Avec 1898, une date vraiment importante dans l'histoire de l'Espagne, la perte des dernières colonies en Amérique. Mercedes Justa, à ce moment-là, même pour comprendre, Franco
Xavier Mauduit
est important. Très, très important. En effet, Pierre a raison de signaler à quel point c'est un traumatisme pour la nation espagnole en général, pour la classe politique, les intellectuels, mais plus que tout pour l'armée. En fait, l'armée, elle va se sentir trahie par les hommes politiques L'armée en Espagne, pendant tout le XIXe siècle, a un rôle très important dans la politique. Il y a une habitude séculaire d'intervention de l'armée dans la vie politique, pour forcer des changements de régime. Et petit à petit l'armée se constitue comme un corps en marge de la société et elle se considère comme la dépositaire de la vraie essence de la nation espagnole, la défenseur de l'unité de l'Espagne, ça c'est extrêmement important, l'unité qui comprend aussi les territoires coloniaux. Et donc cette perte de 1898 est sentie comme une mutilation en fait de cette unité nationale et une perte de dignité de la part de l'armée qui sent que la faute en fait c'est des politiques qui n'ont pas assez, qui n'accordent assez d'importance en fait à cette armée et à cette dignité de la nation, à cette position coloniale de l'Espagne qui, ne l'oublions pas, a été l'empire le plus important du globe pendant des siècles. Et il y a une partie surtout de l'identité espagnole telle qu'elle est conçue par la droite, les secteurs les plus conservateurs, qui va avoir cette nostalgie de l'Empire. Et tout ça, ça va être très important dans la formation intellectuelle de Franco. Et Franco, ils se sont hérités en fait de cette rancune des militaires vis-à-vis des politiques qui les ont abandonnés. Il est très investi dans cette guerre coloniale. Une fois qu'il sera au pouvoir, il va se marquer comme but de récupérer cette gloire impériale
Pierre Salmon
de l'Espagne. Toujours la faute des civils. Pour Franco, quelqu'un qui est né en 1892, nous l'avons dit, donc nous sommes six ans avant la perte de ces colonies américaines. Il est né à Ferrol en Galice, c'est-à-dire au nord-ouest. Ferrol, c'est un port. Est-ce vrai que le fait que Franco soit issu d'une famille de marins et qu'à partir de 1898, vu qu'il n'y a pas de marines, son destin militaire est un peu perturbé, est-ce que cela peut expliquer aussi une certaine aigreur face à la situation de l'Espagne à
Mercedes Justa
ce moment-là. Oui, alors il y a une certaine frustration. C'est vrai qu'il veut rentrer dans la marine, dans une ville où c'est une ville importante, il y a un arsenal militaire. Et lui, il rentre dans l'infanterie. Il a une formation dans l'infanterie à Tolède. Et là encore, on voit cette nostalgie, ça va alimenter chez lui, chez Tolède, avec l'Alcázar de Tolède qui a été le palais de Charles V. ça va alimenter chez lui cette espèce de nostalgie pour le passé, puis avec une formation beaucoup plus rudimentaire où il y a une formation d'un côté très idéologique vers le passé, la grandeur impériale, et d'un autre côté très rudimentaire sur les techniques de combat. On est formé par d'autres officiers qui sont passés déjà par cette guerre coloniale et qui font valoir à chaque fois le courage. On ne parle pas de stratégie, on ne parle pas des renouvellements militaires qu'on a pu avoir dans la pensée militaire de l'époque en Allemagne, en France, en Angleterre ou ailleurs. On est plutôt sur une logique de combat asymétrique, colonial, où on vante la bravoure, la violence, d'écraser l'ennemi avec toute sa force. Donc on a un exercice militaire viril, en sens propre, qui rejoint cette idée de crise, tout ça s'alimente. Après, pour sa frustration, effectivement, on peut en reparler, mais on a beaucoup parlé des frustrations de Franco en général, notamment contre les francs-maçons, à l'égard de son père qui était franc-maçon. Bon, Franco a aussi essayé d'entrer à deux reprises dans la franc-maçonnerie, donc tout n'est pas dans cette frustration de jeunesse, je dirais. Il y a aussi ce parcours, et c'est peut-être important de revoir comment Franco a navigué avec d'autres. Il y en a eu d'autres, des militaires, Il n'y avait pas que Franco, d'autres militaires qui étaient contre cette démocratie, contre tout aidé de République, contre les francs-maçons, contre les communistes et on va pouvoir en
Pierre Salmon
parler, j'imagine. Avec la figure de son père, elle est importante dans cette histoire, la construction de l'individu Francisco-Franco en opposition à son père. C'est quelque chose qui apparaît souvent et je sais combien d'historiennes, d'historiens se méfient de la psychologie. Tant qu'il n'y a pas de documents sur la question, quelque chose qui a souvent été mis en avant à un père un peu libertin et franco qui s'oppose
Xavier Mauduit
à lui. Oui, en effet, les biographies de Franco signalent ce rapport problématique avec son père, qui s'est séparé de sa mère, qui a abandonné la famille. Et apparemment, ça aurait joué un rôle très important dans la formation du jeune Franco, qui est très attaché à la figure de sa mère, une mère très catholique, face à un père libre-penseur et franc-maçon. Et donc ça aurait eu effectivement un effet sur la formation de Franco, qui n'était pas d'ailleurs quelqu'un de très religieux. En fait, on a signalé que... Enfin, on sait l'importance que la religion catholique a eue dans la constitution de la dictature de Franco. L'Église, elle a soutenu vraiment de façon très très affirmée Franco. Mais c'est plus une alliance stratégique qu'un vrai sentiment religieux. Ce qui joue surtout, je pense, c'est cette formation en tant que militaire et cette expérience de la guerre et de la fraternité entre militaires. Parce que, effectivement, Pierre a tout à fait raison. Le personnage, il est important, évidemment. Il va être le chef d'une dictature de 40 ans, donc beaucoup de choses s'expliquent vis-à-vis de sa personnalité. Mais il n'est pas tout seul, en fait. Cette dictature, il est le fait aussi de toute une élite politique et militaire. et notamment les militaires, ils sont extrêmement importants. Et je crois qu'il faut insister surtout sur cette fraternité qui se crée dans la guerre coloniale en Afrique et dans un contexte d'une guerre très violente, une guerre contre la population civile. où ces militaires-là vont constituer une caste très soudée qu'on appelle les africanistes justement et c'est pas par hasard si tous les militaires qui conspirent et qui font le coup d'état de Transil sont passés par
Pierre Salmon
cette guerre-là.
Ricardo de la Cerva
Direction l'Afrique. L'Afrique était sa vie, toute sa vie. Quand je lui ai demandé « Mais pourquoi vous avez si d'intérêt pour votre journée d'Afrique? », il m'a répondu toujours « Parce que mes années d'Afrique ont été mes années de vraie liberté. J'ai vécu ma propre vie en Afrique. Après l'Afrique, toujours, je cherchais avec une responsabilité supérieure à celle qui exigeait mon âge ou mes situations. » Mais dans les années d'Afrique, j'ai vécu ma propre vie. C'est pour cela que j'aime tant parler de l'Afrique. Et quand je lui pose quelques questions difficiles sur la politique de la guerre civile ou de la pré-guerre ou de la politique actuelle en Espagne, il devient toujours dans
Pierre Salmon
la conversation sur ces années d'Afrique. Nous étions en 1976 sur France Culture, Ricardo de la Cerva qui est historien mais qui est aussi un personnage qui a été très proche. D'ailleurs il discute avec Franco et a eu des responsabilités durant le franquisme au début des années 1970. Et puis, il faut le dire quand même, c'est un des acteurs de la transition démocratique qui s'en suit. Mais ici nous avons un discours qui fait écho, Mercedes Justa, à ce que vous nous expliquiez, l'importance de l'Afrique pour ces militaires qui, ici, s'imaginent comme, est-ce qu'on peut dire des
Xavier Mauduit
sauveurs de la grandeur de l'Espagne? Oui, de la grandeur de l'Espagne, de la civilisation tout court. En fait, on parlait avec Pierre tout à l'heure, il y a un document qui est extrêmement intéressant. En fait, Franco, il a quand même de la velléité un peu intellectuelle. Et donc, il écrit un journal pendant sa période africaine qui s'appelle Diario de una bandera, qu'on pourrait traduire par journal d'un bataillon. qui est publié en 1922 et où il raconte effectivement cette expérience africaine. Il raconte un an, en fait, de sa vie en Afrique. Et là, ça saute aux yeux, en fait, c'est flagrant comment se construit cette fraternité masculine entre des gens qui vivent une expérience militaire très très forte, très violente. Il raconte la mort de ses compagnons, de ses proches, et on voit effectivement cette froideur qui est un peu la marque de fabrique de sa personnalité. Quelqu'un qui est très froid, qui n'a pas peur de la mort, de la violence, qui voit tomber ses compagnons autour de lui avec, on pourrait dire, beaucoup de sérénité, je ne sais pas si c'est le mot. Et donc la conclusion qu'il en tire en fait c'est que c'est les soldats qui sont en train de défendre la civilisation et effectivement la grandeur de l'Espagne. Et il a des phrases quand même assez impressionnantes dans ce petit livre qui est littérairement pas très bon. Très bon, mais c'est un document quand même très intéressant. Et il dit, dans la guerre, il faut sacrifier le cœur, entre autres. Donc, ça veut dire qu'il est pleinement conscient qu'il faut avoir aucune empathie et aucun sentiment. Et que l'important, c'est d'attendre les objectifs militaires. Et tout le livre, c'est un hommage, en fait, à ces hommes qui sont tombés pour défendre la civilisation. Et c'est cet esprit-là, en fait, qu'il va aussi avoir au moment de conduire ses troupes dans la péninsule. Et c'est une guerre, cette guerre coloniale, qui est une guerre aussi beaucoup contre une population civile qu'il perçoit comme rebelle, c'est la même vision qu'il va avoir pendant la guerre civile contre les ennemis, les républicains, etc. qu'il
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voit comme une population à exterminer. Cette guerre coloniale en Afrique, c'est au Maroc évidemment,
Mercedes Justa
en 1922, Franco a 30 ans. Oui effectivement et pour lui ça commence même un peu plus tôt puisqu'il est affecté au Maroc dès 1912 dans les unités de Rigolades qui sont les unités marocaines qui sont intégrées depuis peu comme bataillons auprès de l'armée espagnole. Et déjà là il construit sa réputation de sang-froid, de courage dont Mercedes parlait à l'instant. Il fait un intermède après par Obiedo et ensuite pour lui commence la guerre du Rif. La guerre du Rif à partir de 1921, il y a plusieurs étapes, mais 1921 c'est une nouvelle étape contre Abdelkrim. Et dans cette guerre, il y a plusieurs épisodes très sanglants auxquels il participe. Les Espagnols perdent beaucoup d'hommes, on pense à la bataille danouale en 1921, la seule bataille où il y a environ 10 000 morts du côté des Espagnols contre les unités marocaines d'Abdelkrim. Et lui, c'est dans cette guerre et dans cette répression ensuite et dans ces opérations menées avec l'assentiment du roi, où il mène des opérations d'une brutalité féroce. C'est une guerre coloniale, Mercedes l'a dit, avec des pratiques. Le viol, il faut le dire, le systématique, le bombardement de la population, décapitation, exhibition des corps. donc qui aura réemploi ensuite de ces méthodes, ça c'est important, et puis la construction d'une fraternité d'armes qu'on a pu voir dans d'autres conflits ailleurs, on pense à la première guerre mondiale aussi, et l'importance qu'elle a pu avoir dans les mouvements de fascisation en Europe, et puis ça c'est un point sur sa carrière, et puis après, il y a autre chose, c'est sa capacité, et c'est pour ça que le document dont parle les Mercedes est très intéressant, c'est sa capacité à la raconter. c'est sa capacité à mettre en récit. Et beaucoup d'épisodes auxquels il a participé, il fait évidemment partie de ces épisodes fondamentaux de la guerre des africanistes au Maroc, mais il n'est pas toujours le premier protagoniste. Mais pour autant, là où d'autres des fois sont à l'origine des opérations, il arrive toujours à tirer un crédit, à mettre en récit, et déjà dès l'époque, son protagonisme dans ce conflit, Il y a l'épisode d'un débarquement en 1925, donc il n'est pas le premier penseur mais il arrive à se faire passer comme le premier penseur. Il y a le journal ABC qui parle du fait qu'il soit le plus jeune général d'Europe à cette époque et qui fait croire que c'est un premier cas depuis Napoléon, ce qui n'est pas vrai. Mais ça participe à sa légende, il a tout de suite compris, il a su s'entourer des personnes qui pourraient participer à la
Pierre Salmon
construction de cette légende de Franco. Oui, la légende de Franco qui se construit, on l'entend bien ici, par l'armée, en Afrique principalement. Et ce moment, nous l'avons évoqué, 1898, ce traumatisme, la perte des dernières colonies des Etats-Unis. Pierre Salmon, malgré tout, pour ne pas avoir une lecture presque linéaire où l'armée voudrait retrouver la grandeur fantasmée de l'Espagne, il faut dire que dans tous les autres mouvements, vous l'avez évoqué, même à gauche, il y a aussi ce poids-là. C'est-à-dire qu'au même moment, d'autres, par des fraternités également, rêvent de retrouver une grandeur espagnole dans la littérature, dans la musique. Ce
Mercedes Justa
sont des mouvements qui sont parallèles. Oui, alors effectivement, c'est vrai qu'il ne faudrait pas tracer l'idée d'une Espagne, une seule Espagne, que l'Espagne serait uniquement rétrograde, africaniste, colonialiste. Non, ce n'est pas vrai. Ni deux Espagnes, une pluralité de parcours possibles. Et s'il y a gros entrées, on devrait justement montrer ses parcours et ses mondes. D'un autre côté, il y a une Espagne progressiste, insérée dans le monde, capable de mobilisation, qui est à l'avant-garde des combats anarchistes et qui n'est pas seulement enfermée dans la péninsule ibérique. On pense à des mobilisations, la mobilisation Ferrer, par exemple, qui est un pédagogue en 1909, anarchiste, libertaire, il est emprisonné, il va être tué en Espagne à la suite de révoltes justement qui trouvent leur origine dans la lutte contre la mobilisation dans les guerres coloniales. Il est innocent, il est exécuté, et ça, ça va créer des mobilisations avec des millions de signatures. 2 millions environ en France. Et même des personnes comme Dreyfus signent cette signature. C'est-à-dire cette capacité aussi, cette vision de l'Espagne, qu'il ne faut pas faire de l'espagnolade, à croire que l'Espagne est seulement quelque chose ancré dans le passé, dans l'archaïsme, il y a une capacité d'action. Et puis il y a aussi, quand on parle de liens avec les anciennes colonies, Franco a voulu créer, et d'autres avec lui, ce lien nostalgique, basé sur la nostalgie de l'Empire, avec l'idée d'une Espagne grande, unie, Mais il y a aussi des personnes qui ont voulu recréer ce lien avec des anciennes colonies dans une approche plus progressiste au départ. Au départ, ce n'est pas forcément vouloir faire le lien avec l'Amérique latine. Ce n'est pas forcément être rétrograde. Et on veut aussi recréer, repenser, faire quelque chose de plus symétrique. Penser le partage. Bon, certains s'y sont opposés et
Pierre Salmon
ceux-là sont des alliés de Franco. Oui, parce que cette Espagne plurielle, il faut la comprendre pour saisir
Xavier Mauduit
ce qu'est cette guerre civile Mercedes-Justa. Oui, justement, en entendant parler Pierre, je me disais que c'est important de dire que cette guerre coloniale, elle a deux significations très différentes, voire plusieurs, et que d'une part, il y a cette armée pour qui c'est important de maintenir ces colonies de recréer un empire colonial dans le nord de l'Afrique. Et puis il y a la population espagnole et surtout les classes populaires qui vont mourir dans cette guerre et qui sont foncièrement opposées. Et il y a tout un mouvement très très fort d'opposition justement à la guerre coloniale dans la péninsule. et notamment porté par les syndicats anarchistes, par le Parti Socialiste. Il va y avoir de grandes manifestations anticoloniales, des manifestations de femmes aussi, d'un mouvement féministe qui est un peu à ses prémices au début du XXe siècle en Espagne. Les femmes se manifestent contre la guerre coloniale. Elles disent qu'elles ne veulent pas voir mourir leurs enfants dans cette guerre. Et ça commence à marquer effectivement cette césure entre les objectifs de l'armée et ceux de la population, et notamment des classes les plus populaires, et une animosité en fait de l'armée vers cette population qui ne veut pas de la guerre, qui ne veut pas de cette idée de gloire coloniale, etc., plus effectivement des mouvements qu'on appelle de régénération de l'Espagne, qui sont des mouvements intellectuels qui cherchent justement à recréer une identité espagnole plus européenne, plus ouverte, plus progressiste et avec une des mouvements littéraires, artistiques très florissants dans les années 20 et 30 et qui constituent justement une autre idée de ce que doit être l'Espagne, beaucoup
Pierre Salmon
plus rattachée à une modernité européenne. Voilà, et sans nier l'identité ou l'identification espagnole dans ces mouvements littéraires, On voit bien quand on croise Manuel de Falla, Federico Garcia Lorca et Dali est là, coucou en passant. Dans cette Espagne-là, celle des années 1920, nous sommes toujours dans une monarchie. Le roi c'est Alphonse XIII. Il y a le moment dictatorial. Ce moment-là est-il important? On peut d'ailleurs peut-être le rappeler. Qu'est-ce qui se passe
Mercedes Justa
dans ces années 1920 en Espagne? Effectivement, il y a une dictature dans la dictature avec celle de Primo de Ribera, père, comme en Miguel, et qui installe un directoire, et ce directoire a un rôle fondamental parce qu'au départ il inquiète un peu ses africanistes. On dit qu'il faut un chirurgien d'une main de fer qui va pouvoir reconstruire, régénérer cette Espagne, donc il faut comprendre que cette régénération de l'Espagne va prendre plusieurs sens différents, selon la couleur politique. Et là, à partir de 1923, ce directoire va beaucoup insister et puis va s'inspirer aussi de ce qui se fait en Italie fasciste. Je crois que le roi d'Espagne, Alphonse XIII, dit que c'est un peu son Mussolini à lui, comme en Miguel Primo de Rivera. Et là, on crée, si vous voulez, un lien fantasmé avec les anciennes colonies, on crée des sanctuaires de la race espagnole, on invite les élites, anciennes élites coloniales, à venir visiter leurs origines en Espagne. Donc on recrée un petit peu, là on est plus sur un modèle symétrique dont je vous parlais tout à l'heure, mais plutôt sur quelque chose de vertical. Et cette dictature a un rôle vraiment fondamental si on veut comprendre ce qui va se passer dans la guerre civile et ensuite dans la dictature au long terme franquiste. Alors, tout n'a pas marché dans cette dictature de Primo de Rivera, parce qu'il avait des fois plus d'ambition que de moyens, mais il a installé, si vous voulez, il a semé certaines graines dans ces processus de fascisation, d'un côté, et dans le pouvoir de plus en plus important de l'armée, parce que si au départ, il inquiète les africanistes pour sa volonté peut-être de se retirer du Maroc, ensuite, il décide, à partir de 1925, vraiment d'intervenir dans ce conflit, aux côtés de la France d'ailleurs, avec l'intervention de Maréchal Pétain, et de mener cette guerre. Et là, à partir de ce moment-là, il y a une alliance qui se crée beaucoup plus forte entre ces milieux africanistes, la dictature, autour d'une idée centrale, en
Pierre Salmon
fait, d'empêcher toute démocratisation de l'Espagne. Et c'est ce qui se passe, donc, dans les années 1920. Cette dictature de Miguel Primo de Rivera, c'est de 1923 à 1930, c'est-à-dire un moment où Franco est actif en tant que militaire, ça lui convient cette dictature-là? C'est une dictature telle qu'il
Xavier Mauduit
peut imaginer le pouvoir idéal, Franco? En fait, je pense que oui. Et d'ailleurs, il y a des photos assez connues de Primo de Rivera, le général, et Franco au Maroc. Et comme le disait Pierre Franco, il se présente comme le vainqueur de Aluthéma, c'est-à-dire ce débarquement qui finit la guerre du Rif. Et finalement, Miguel Primo de Rivera, c'est celui qui a mis fin à cette guerre coloniale. C'est d'ailleurs un peu la raison pour laquelle il fait le coup d'État en 1923, parce que le roi était très mis en question par la classe politique par rapport à la façon dont il menait la guerre coloniale, qui était une guerre qui avait beaucoup de victimes, etc. Donc, ce coup d'État, il coupe court à des procès politiques qui étaient en train de se créer. Il y avait une commission parlementaire, etc. Donc, tout ça, c'est fini avec la dictature. Donc, la dictature, elle sauve la monarchie. Et Franco, il est très attaché, en fait, à cette monarchie à ce moment-là. Il est très proche d'Alphonse XIII, qui a été son témoin de mariage. Donc, vraiment une proximité très forte avec le roi. et les années de Primo de Rivera vont être aussi les années de la consécration de Franco en tant que personne qui compte dans les milieux à la fois militaires et politiques. Et à la fin de la dictature c'est aussi la création de l'Académie générale militaire qui est une grande académie militaire qui est créé à Saragosse en 1927. Franco va en être le premier directeur en 1928, donc il est un peu au sommet de sa carrière militaire et il a été évidemment porté par cette dictature. Et c'est aussi pour cette raison que pour lui, l'avènement de la République en 1931, la fin de la monarchie et la mise en place d'un gouvernement qui va être très méfiant vis-à-vis de cette caste militaire qui a pris énormément de pouvoir,
Pierre Salmon
pour lui c'est une catastrophe personnelle. Oui, la République en 1931, j'imagine bien à vous écouter l'un et l'autre, Mercedes Justa et Pierre Salmon, que c'est une rupture dans l'exigence de Franco. Alors, il est militaire, il est en poste, normalement les choses ne changent rien, il n'est pas
Mercedes Justa
sorti de l'armée, mais, Pierre Salmon? Alors oui, pour lui, ça change beaucoup de choses. Comme l'a très bien dit Mercedes, sa carrière militaire ascendante, météorite on pourrait dire, mais… elle est permise par cette dictature et par ce système en fait. Et comme d'autres, on profite, les autres africanistes. Et quand la République arrive, au début, il panique et il se dit, est-ce qu'il ne faut pas faire un coup d'État? Et il pense, au départ, même faire marcher les cadets de cette académie militaire de Saragosse sur Madrid. Et puis, en fait, on lui dit non, non, il ne faut pas le faire, ça ne va pas marcher. Les gardes civils ne vont pas être avec nous. Donc voilà, dès le début, cette République a une défiance. Après, cette défiance continue. Il y a certaines anecdotes qui sont assez révélatrices où il refuse de retirer le drapeau de la monarchie pour mettre le nouveau drapeau républicain dans l'académie militaire. Voilà, c'est une anecdote, mais qui dit beaucoup un peu de cet esprit parfois forcené. Et puis surtout, par la suite, il va y avoir pour lui certaines déconvenues. D'abord parce que Hassania, qui va être ministre de la guerre et ensuite chef du gouvernement républicain, voit que, et comme d'autres, que le poids des militaires est trop important. Donc il y a vraiment la deux trajectoires, des militaires de plus en plus important avec cette guerre au Maroc, avec la dictature, et d'autre côté certains qui rejettent cet interventionnisme. Et pour y faire face, D'une part, il y a une fameuse loi Assania qui est votée, qui encourage le départ à la retraite contre solde de nombreux militaires, parce que comme on a pu avoir une ascension au mérite et pas une ascension due à l'ancienneté un peu plus classique, il y a des carrières comme celle de Franco qui sont permises. Et aussi beaucoup de favoritismes. Donc on encourage à peu près, je crois, un tiers des officiers qui partent qui partent à la retraite, pour un ordre d'idée, c'est qu'on a plus d'officiers dans l'armée espagnole que dans l'armée britannique, qui est pourtant l'armée britannique bien plus importante à cette époque. Et donc la loi Hassania, qui va créer une défiance, et puis d'un autre côté, surtout pour Franco, la fermeture de cette fameuse Académie de Saragosse à laquelle il tenait tant. Donc là, pour lui, c'est un affront. Et puis après, il est envoyé dans d'autres postes qui sont moins importants, qui ne correspondent pas à l'ascension qu'il devrait avoir. Donc là, ça va créer une première cassure au tout début de cette République. Et après, il y a bien d'autres épisodes qui vont émailler justement cette cassure entre militaires
Pierre Salmon
d'un côté et République de l'autre. Oui, en 1931, la République est proclamée en Espagne. Le roi Alphonse XIII part en exil. Franco, en 1932, a 40 ans, donc il a encore toute une carrière à se construire. Et à ce moment-là, des mouvements s'organisent, se fondent. Je vous propose d'écouter José Antonio Primo de Rivera, donc le fils du dictateur Miguel, le
José Antonio Primo de Rivera
dictateur qui était mort en 1930. Nous croyons avec foi, fermement, que toutes les sources essentielles de l'Espagne sont encore vives. L'Espagne a déchu par une triple division, la division engendrée par les séparatismes locaux. la division engendrée par les partis politiques et la division engendrée par la lutte de classe. Quand l'Espagne trouvera une entreprise commune et pourra se mettre au-dessus de toutes ces différences, il lui sera possible de retrouver la
Pierre Salmon
grandeur comme dans ses meilleures époques. José Antonio Primo de Rivera, bien connu pour être le fondateur de la phalange espagnole, donc fils de dictateur, fondateur de la phalange. Qu'est-ce que la phalange? C'est l'année 1933 la phalange, donc c'est vraiment dans ses premières années de la
Xavier Mauduit
République. C'est quoi la phalange Mercedes? La Falange, c'est le parti fasciste le plus important, pas le seul, parce qu'il y a eu d'autres formations, micro-formations, dirait-on, comme les Juntas Ofensivas Nacional Sindicalistas de Onésimo Redondo, qui est un groupe fasciste encore plus radical que la Falange. La phalange est née de la volonté d'un petit groupe autour de Rocher Antonio, fils du dictateur, avocat, des gens plutôt de classe moyenne haute. qui vont créer ce groupuscule en imitation de ce qui se passe en Italie et en Allemagne. Donc ils observent un peu les vents qui soufflent en Europe des vents d'extrême droite. La montée de Hitler au pouvoir en Allemagne en janvier 1933 signifie aussi un élan important pour la création de ces formations. Et donc la phalange espagnole est créée en 1933 comme une réaction justement à cette démocratisation de la société, à cette république qui en fait, comme Rocher Antonio l'a très bien exprimé dans ce discours, trahit ce qu'il considère que devrait être le vrai esprit de l'Espagne. Ils ont une idée totalitaire de l'État espagnol. Ils le disent, ils utilisent le mot totalitaire, donc un État intégral, en fait. où les droits, disons, de la nation seraient supérieurs aux droits des individus. Et donc, il commence à se rapprocher, justement, des militaires. Ce n'est pas pour rien que José Antonio, c'est le fils de Miguel Primo de Rivera, et à faire des appels du pied aux militaires, qui ne sont pas non plus très contents de la situation,
Pierre Salmon
pour essayer de renverser cette République. Avec l'idée que ces militaires souhaitent, nous l'avons dit, retrouver une grandeur fantasmée de l'Espagne. C'est une chose. Mais peut-être aussi, et plus proche du présent, d'éviter que le pays ne bascule vers le danger communiste. Parce que c'est tout cela qui se joue dans ces années 1930. Est-ce que Franco, l'individu Franco, ce militaire, est attiré tout de suite par
Mercedes Justa
cette phalange, par ces mouvements fascistes? Alors, sur la phalange, non, il n'a pas été... Il a utilisé la phalange, il en a changé le contenu, ça n'a pas été un phalangiste. Pour autant, il a fait partie, en fait, d'une galaxie un peu plus générale, franco. Il a su utiliser, en fait, les équilibres aussi politiques, et ça, c'est important parce qu'on a souvent dit, du côté des républicains, il y avait des divisions, et du côté franquiste, on dira plus tard, tout est uninant. C'est beaucoup plus compliqué, et donc il a su jouer un peu sur ces équilibres. en tirant évidemment pleinement parti du contenu. Pas phalangiste, mais quand même, Franco participe, il est un acteur majeur de la fascisation de l'Espagne, évidemment. Et plus généralement, il est aussi nourri de cet anticommunisme. Et le père, Miguel Primo de Rivera, avait abonné tous les officiers à la revue de l'Entente Internationale Anticommuniste de Théodore Aubert, une revue fondée en 1924, si ma mémoire est bonne, et qui est censée alimenter d'informations, surtout de fausses informations, censée prouver qu'il y a un danger bolchévique sur toute l'Europe. Et Franco, on sait qu'il a été abonné, on sait surtout qu'il a lu parce qu'à chaque changement de domicile, en tant que militaire il a souvent changé de domicile, il a à chaque fois changé sa souscription. Donc c'était un lecteur de cette revue de l'entente internationale anticommuniste. Il a deux obsessions au Franco, deux obsessions principales, en fait il n'en avait plus que deux, et parmi elles le communisme, le danger du communisme. et aussi les francs-maçons. Et pour lui, la République, ça serait juste un de ses habits, si vous voulez, de ce danger communiste, une de ses portes d'entrée de la révolution communiste pour l'Espagne. Et ça, ça explique, et chez Franco, mais on dit aussi chez d'autres, je pense à Sandro Rojo, qui est un acteur militaire majeur de l'époque, qui est justement à l'origine du débarquement de 1925 au Maroc, qui est un des premiers militaires et qui se trouve être le chef de l'insurrection militaire en 1936, en juillet. Et Sandro Rojo, déjà en 1932, organise un coup d'État qui ne marche pas à Séville. Et ce coup d'État, voilà, Franco il est resté un peu loin. On sait qu'il n'a pas voulu vraiment participer, il reste informé, ça a été toujours un peu une prudence. Et ça, ça ne veut pas dire que Franco n'est pas favorable à ce coup d'État, mais c'est aussi qu'il ne se mouille pas trop, on pourrait dire. Et surtout, plus généralement, Franco, ça n'a pas empêché de rejoindre après l'Union militaire espagnole, qui est une organisation qui compte à peu près 3500 officiers généraux. Et quel est le but de cette organisation? C'est d'assister, de sauver Sandroro et tous les autres militaires qui ont été réprimés à la suite de ce coup d'État raté de 1932 contre la République. Et cette organisation, on pourra en reparler, l'Union Militaire Espagnole, elle va jouer un rôle majeur dans toutes les conspirations contre la République
Pierre Salmon
jusqu'à celle fatidique de juillet 1936. Parce que la République n'est pas unie, on l'entend bien, Mercedes Justa. Il ne faudrait pas imaginer deux blocs, et on l'entend ici du côté de Franco et de ses mouvements fascistes, ses divisés. Il faut construire en fait quelque chose et Franco a su le construire. La République elle-même est une République qui voit des mouvements s'opposer, c'est-à-dire qu'elle-même, sans dire qu'elle est fragile, c'est la vie démocratique. Et là, les forces fascistes vont profiter
Xavier Mauduit
de ces scissions dans la République. Oui, effectivement, la République, c'est une République plurielle. Et en fait, c'est un moment compliqué de l'histoire de l'Espagne. Il y a des historiens qui disent qu'en 1931, il y avait une République, mais pas de républicain, sans aller jusque là. Et c'est vrai que c'est une vraiment une première expérience démocratique en Espagne. Il y en avait déjà eu une république au XIXe siècle, en 1874, qui n'a duré qu'un an. Et des élans démocratiques dans cette société espagnole, mais c'est la première fois en 1931, et qu'on a vraiment un régime parlementaire démocratique avec un suffrage universel, vraiment universel, c'est-à-dire que les femmes ont le droit de vote aussi en 1931, elles votent pour la première fois en 1933, mais en même temps il y a quand même une palette de forces politiques assez variée. Et la droite, elle est un peu prise au dépourvu, enfin la droite monarchique conservatrice en 1931, mais quand même elle se reconstitue et elle va gagner les élections en 1933. Et surtout, il y a une confédération qui se crée de droite qui s'appelle la confédération de la Confédération Espagnole des Droits Autonomes, qui est surtout une droite catholique possibiliste, et qui n'est pas vraiment républicaine, mais qui se dit, bon, on va jouer le jeu politique pour essayer de ramener ce régime là où on veut le ramener, c'est-à-dire à récupérer ces valeurs conservateurs catholiques qui sont mises à mal par cette République qui, entre autres, a aussi décrété la séparation de l'Église et de l'État. Et ça c'est une question très très importante et peut-être un peu minimisée par l'historiographie alors que je pense que c'est un facteur très très important de division de la société espagnole et cette question en fait de la gestion de la question religieuse de la part des républicains et cette laïcité qui est imposée probablement sans qu'il y ait une pédagogie préalable vis-à-vis de la population. Donc ça, ça va être une question qui va enlever beaucoup de soutien à la République de la part de gens qui étaient pourtant favorables à la République mais qui étaient catholiques aussi. Et donc ça, c'est une question quand même très compliquée. Donc, effectivement, cette droite qui se présente comme la droite catholique, elle gagne les élections en 1933. Et justement, c'est le retour un peu en force de tous ces personnages qui étaient restés un petit peu dans l'ombre en attendant
Mercedes Justa
que les
Pierre Salmon
choses évoluent, dont Franco. dont Franco. Parce qu'ici, dans le cours de l'histoire, nous cherchons à savoir comment Franco a-t-il pu devenir le Caodillo, le nom qui lui est associé. Caodillo, c'est quoi? C'est guide en espagnol? Alors, bien sûr, on pense à Führer en Allemagne nazie, Duce pour Mussolini en Italie. Ce sont des guides dans tous les cas. Quand, Pierre Salmon, commence-t-on à
Mercedes Justa
voir apparaître ce nom de Caodillo? C'est une référence médiévale en fait, caudillo, mais surtout ça a été utilisé depuis le 19ème siècle, ça revenait beaucoup au 19ème siècle en Amérique latine avec des chefs de guerre. Et ça insiste sur le pouvoir total et local qu'on peut retrouver dans ce qu'on appelle aussi le caciquisme, c'est-à-dire qu'on peut un peu tout faire. Et des caudillos, il y en avait eu beaucoup au Maroc. En fait on parle des caudillos en général, dans ces militaires au Maroc. Et ensuite, on va passer des caudillos, Stéphane Michonneau, que vous allez inviter, l'explique très bien, de un caudillo. Et on l'appelle ainsi, dès le début du soulèvement militaire, le caudillo. Mais il faut attendre 1937, septembre 1937, pour que, dans la loi, ça apparaisse. Mais quand même, de fait, il y a... Si vous voulez, là encore, on revient sur cet interventionnisme politique, sur ce chef providentiel qui... Evidemment, par parallélisme, fait beaucoup penser à ce qu'on peut trouver avec Duce ou Fuller
Pierre Salmon
pour l'Allemagne, respectivement l'Italie et l'Allemagne. Et à l'été 1936, c'est le coup d'État
Unknown Female Witness
que nous observons ici depuis Barcelone. Dans la nuit du 17 au 18, si je me rappelle bien, c'était la fête de mon mari. Nous avions eu des amis à dîner. Il est allé les raccompagner. Et alors, on se couche très tard à Barcelone. Il est rentré, je crois, vers 4 heures du matin. Et il m'a dit, je ne sais pas ce qui se passe, on installe des canons à Tarasana, c'est-à-dire une place tout à fait en bas de la Rambla. Alors, naturellement, je me suis levée, nous habitions sur la Rambla, j'étais aux premières loges, et j'ai vu des personnes, ça avait l'air calme, des personnes qui descendaient avec les sacs à provisions, enfin, qui allaient à la plage, passer la journée. Et puis, au bout d'un certain temps, ces mêmes personnes remontaient à la Rambla, parce qu'on les avait pas laissées passer. Et puis, après, il y a des hommes qui sont venus au coin de la caillée Del Carmen, qui était presque en face, et qui ont commencé à enlever les pavés pour faire des barricades. Il y avait une armurerie tout près, on a soulevé le rideau de fer et ils se sont emparés de revolvers, de fusils, enfin de tout ce qu'ils ont pu. Et il y en a même qui se sont blessés eux-mêmes parce qu'ils ne savaient pas se servir d'armes. Et puis alors après, il y avait des voitures qui ont commencé à passer, toutes recouvertes par des matelas. pour ne pas recevoir les balles qui étaient des terrasses, certainement. Et alors, sur les voitures, il y avait marqué FAIL, Fédération Anarchiste Ibérique, ou POUM, Parti Ouvrier Union Marxiste, ou CNT, Confédération Nationale des Travailleurs. Alors, ils avaient des fusils mitrailleuses,
Pierre Salmon
d'ailleurs, qui passaient sur le côté. Tout cela, c'était donc
Unknown Female Witness
des voitures appartenant aux forces gouvernementales? Oui, c'est ça, oui. Et alors, ils ont commencé à tirer sur ceux des barricades, les autres ont riposté, et c'est
Xavier Mauduit
comme ça que ça a débuté. France Culture,
Pierre Salmon
le cours de l'histoire. Xavier Mauduit. Témoignage d'une dame, une française, qui se trouvait à Barcelone en 1936, à l'été, quand le coup d'État du général Franco est annoncé. C'est un témoignage posterior. En 1956, elle raconte son coup d'État. On voit bien ici qu'elle est en observatrice. Mercedes Schuster. J'ai bien entendu qu'il y avait des tensions extrêmement vives au temps de la République. Est-ce que l'on peut imaginer qu'un coup d'État était prévisible? Parce qu'il y a des militaires déjà qui ont été arrêtés. En gros, on s'attend peut-être à ce qu'il va y avoir un coup d'État. On ne sait pas
Xavier Mauduit
de quel côté il va venir. En fait, oui, il y a des tensions très fortes qui atteignent un point culminant, en fait, avant le coup d'État, en 1934, où il y a... C'est la droite conservatrice, donc, qui est au pouvoir. Et il y a, à ce moment-là, en 1934, une révolution qui éclate dans plusieurs endroits de l'Espagne, notamment en Catalogne et aux Asturies. Et dans les Asturias, ça prend la forme d'une insurrection armée de la part des mineurs, en fait, qui occupent Oviedo et qui bombardent la cathédrale, etc. Et c'est l'armée qui est envoyée pour écraser cette insurrection. Et c'est Franco qui est à la tête des opérations. Et en fait, cette Révolution de 34, elle marque vraiment un point de rupture où, à partir de ce moment-là, les conspirations vont se mettre en marche pour finir vraiment avec cette république. Et en fait cette révolution est présentée comme la preuve qu'il y a une conspiration communiste qui veut installer en Espagne un régime des soviets. Et l'autre étape importante, c'est février 1936, où la situation politique s'inverse. Il y a des élections et c'est une coalition de Front Populaire, comme celle qu'il y aura en France quelques mois plus tard, qui gagne les élections. Et là, cette victoire du Front Populaire, qui avait en plus et dans son programme électoral comme point très important, l'amnistie pour les milliers de prisonniers politiques qui avaient été emprisonnés à cause de ces événements de 1934 et qui ont provoqué donc une répression très sauvage avec 3000 morts, enfin quelque chose de très impressionnant déjà. Et donc la victoire du Front Populaire marque vraiment le compte à rebours pour le coup d'État. Et c'est à ce moment-là qu'il est décidé qu'on finira avec cette République et que c'est pas possible en fait d'avoir un gouvernement de Front Populaire en Espagne. Et ils attendent juste qu'il y ait un événement qui soit l'étancelle qui provoque le coup d'État. Mais le gouvernement républicain ne croit pas trop à la possibilité de ce coup d'état. Il se méfie effectivement des militaires. Mais même au moment de l'insurrection, il y a une sorte de paralysie. On ne veut pas vraiment croire que les choses vont aller aussi loin. Et il y a un retard en fait de
Pierre Salmon
réaction vis-à-vis de ce coup d'État. En 1934, la répression de ce qui se passe, ce mouvement insurrectionnel dans les Asturies, est menée par Franco, donc depuis Madrid. En 1936, il y a un coup d'État. Où se trouve Franco à ce
Mercedes Justa
moment-là pour lancer le coup d'État? Alors Franco, il est dans les Canaries. Il est dans les Canaries parce qu'il a été écarté. Donc c'est vrai qu'il y a un attentisme du gouvernement républicain. En même temps, il y a eu quelques mesures qui ont été prises, des demi-mesures, et parmi ces mesures, il y a eu le fait d'écarter certains chefs, voilà, des conspirateurs potentiels. Donc il y a Molla, Emilio Molla, qui est considéré comme le directeur de secours d'État, qui a envoyé à Pampelune, Gauthette, qui a envoyé dans les Balears, et Franco dans les Canaries notamment. Il se trouve dans les Canaries. On sait qu'il est informé. Il participe à une réunion très importante en mars 1936, après l'élection du Front Populaire en février. Il y a plusieurs jalons. Dès 1935, il y a des tentatives. On pense faire un coup d'État, on reporte. L'élection du Front Populaire est considérée comme la goutte de trop, une goutte de plus. Et donc là, il y a plusieurs réunions et il y a la préparation méticuleuse de ce coup d'État, avec un rapprochement de plus en plus important d'un côté entre des civils, des partis politiques, comme La Falange dont on parlait tout à l'heure, mais aussi d'autres partis de droite, et d'un côté les militaires. Donc on prépare ce coup d'État et on prépare et on donne toutes les mesures possibles. Et Franco, à ce moment-là, lui, il est dans les Canaries, et il réserve un peu sa réponse. Il reste informé, il réserve sa réponse, il donne une réponse un peu ambiguë au gouvernement central, en laissant entendre que s'ils avaient ce qu'ils... Ils espéraient peut-être que l'attitude serait bonne. Enfin voilà, c'est très ambigu. Et il réserve tellement sa réponse qu'on l'appelle à cette époque Miss Canarias. Parce qu'il se ferait trop attendre comme une princesse. Je vous passe l'expression sexiste. Et le 17 juillet, juste dans la dernière ligne droite, après l'assassinat le 13 juillet de Calbo Sotelo en réponse à un autre assassinat polylithique. Calbo Sotelo c'est C'est un politique de droite qui participe à ce mouvement de fascisation, qui diffuse des fausses nouvelles, qui fait croire à un danger communiste et révolutionnaire qui n'existe pas à cette époque en Espagne. Après cet assassinat, donc là il décolle, il prend son avion, il va au Maroc et il rase sa moustache. L'anecdote dit que Caipo de Llano, un autre conspirateur, dit Franco, sa moustache, c'est la seule chose qu'il a sacrifiée. En fait, évidemment, c'est un peu plus compliqué parce qu'on sait qu'au long terme, il a participé, il est resté informé et que ça reste quand même un de ces africanistes contre la démocratie et la République, si
Pierre Salmon
elle se démocratise en tout cas. Le 17, le 18 juillet 1936, c'est le coup d'État. C'est le début de la guerre civile parce que ce n'est pas un coup d'État qui fait basculer d'un seul coup le pays dans la dictature. Il y a la longue guerre civile. Mercedes Justa, est-ce que tout cela est mené par des idées politiques fascistes? Au sens où est-ce que ce qui se passe avec Franco, c'est quelque chose qui est spécifique à l'Espagne? Ou est-ce que cela s'inscrit dans ce qui a lieu au même
Xavier Mauduit
moment en Italie ou en Allemagne? Oui, effectivement, c'est un mouvement qui s'inscrit dans une logique européenne. Cela dit, les généraux qui préparent le coup d'État n'ont probablement pas une idée très claire de ce qu'ils vont faire après. D'ailleurs, l'État franquiste, on le sait bien quand on l'étudie, il se construit au fur et à mesure de la guerre. C'est un État qui est construit pour et pendant la guerre. et en fait l'idée de base c'est de finir avec la République et écraser le mouvement ouvrier. C'est quelque chose d'extrêmement important et en fait on connaît les instructions secrètes données par le général Molla qui était la tête du soulèvement. C'était lui en fait le leader de ce soulèvement du 18 juillet 1936. Et une des premières choses qu'il dit c'est qu'il faut écraser l'ennemi qui est fort et bien organisé. Cet ennemi là qui n'est pas nommé est évidemment le mouvement ouvrier avec toutes ses organisations, partis, syndicats, etc. Et c'est ce qui va se passer en fait. Pendant les premiers jours et semaines du soulèvement, l'objectif principal c'est l'extermination de cet ennemi. Et il n'y a pas un message politique qui est passé, le message c'est de rétablir l'ordre, et l'ordre c'est une notion extrêmement importante, et de décrasser cette potentielle fantasmée révolution communiste. Et c'est au nom de cet ordre, de cet écrasement de la révolution qu'est menée la répression. Dans les territoires qui sont contrôlés par l'armée, parce qu'effectivement, dans la tête des conspirateurs, l'idée c'est de s'emparer de l'appareil de l'État et d'installer une dictature militaire. sous une forme républicaine ou pas d'ailleurs, ça c'est pas la question. Ils ne mettent pas en question dans un premier moment la forme de l'État. Il n'est pas question non plus de rétablir la monarchie. En fait l'idée c'est juste que l'armée prenne le pouvoir et ensuite on verra quel type d'État on va construire sur cette prise de pouvoir. Sauf que, en fait, il y a une résistance, notamment populaire, beaucoup plus forte que prévue, et que l'armée ne se soulève pas unanimement contre la République. Et c'est ça qui provoque la guerre civile, le fait qu'une partie de l'armée est loyale à la République, donc il y a un affrontement au sein de l'armée elle-même, et d'ailleurs les premières victimes de cette répression, ça va être d'autres militaires. qui ne suivent pas le coup d'État et qui sont exterminés. Et ensuite, la résistance populaire. Donc, comme le décrivait cette dame, le fait que les gens, notamment les militants anarchistes principalement, s'emparent des armes et résistent au coup d'État. Et c'est ça qui provoque la division de l'Espagne en deux zones différentes. Là où l'armée a réussi à prendre le pouvoir et là où les organisations syndicales, les parties de gauche et une partie de l'armée et des forces de l'ordre,
Pierre Salmon
résistent et maintiennent les institutions républicaines. Pierre Salman, vous nous avez parlé, évoqué l'importance de l'union militaire espagnole à ce moment-là, mais ces associations qui ont permis à Franco aussi de construire des réseaux se montrent particulièrement efficaces, c'est-à-dire que
Mercedes Justa
les réseaux du franquisme sont solides. Effectivement, il a réussi à construire des réseaux franco et pas seulement lui. En fait, on a des réseaux très solides de ces préparateurs du coup d'État en Espagne, mais aussi à l'étranger. Il y a une capacité avant, parce que c'est une préparation longue date, on l'a dit, ça c'est important, c'est pas juste une réaction à l'assassinat de Calbo Sotelo ou un danger imminent de révolution. bolchevique. Non, non, c'est une préparation de longue date. Et dans ces réseaux, il y a évidemment des réseaux politiques, des réseaux militaires que lui, il a su tisser au long terme, même depuis son mariage avec Carmen Polo en 1923 à Obiedo. Donc on a dit tout à l'heure dont le parrain de ce mariage était le roi. À chaque fois, il a su tisser un petit peu, s'inscrire dans des réseaux, à naviguer dans des courants très favorables. Et aussi, quand il y a cette préparation du coup d'État, ce coup d'État va abattre en grande partie la République là où il est réussi, mais aussi déstabiliser là où la République résiste et provoquer d'ailleurs une révolution sociale dans la majeure partie du pays. Et la République se trouve dans une situation où elle perd l'armée, elle doit reconstruire une armée. Elle perd aussi l'appareil diplomatique. Il faut savoir que 90% des diplomates qui étaient présents en 1936, qui avaient été formés pour la plupart sous la monarchie, démissionnent, passent du côté de Franco, une bonne partie en fait passent du côté de Franco et ces personnes-là vont recréer par exemple à l'étranger des réseaux de consulats, d'ambassades noires, donc c'est-à-dire que Franco va pouvoir avoir un état parallèle très rapidement, y compris à l'étranger, et donc créer la fiction de deux états, d'une reconnaissance de fait, pas reconnue officiellement, mais par certains états, on va établir des relations officieuses, En France, il est assez bien établi et ses réseaux vont lui permettre d'échanger avec pas mal de grands administrateurs, des hommes d'État français, en sous-main, pas officiellement évidemment,
Pierre Salmon
en vue d'une reconnaissance par exemple. Pierre Salmon, vous êtes l'auteur d'un ouvrage intitulé « Un antifascisme de combat armé l'Espagne révolutionnaire » 1936-1939, c'est aux éditions du Détour. Mais c'est vrai que la guerre civile espagnole donne ici des arguments à Franco et à tous ceux qui sont autour de lui, qui disaient depuis longtemps, regardez, il y a une menace, maintenant qu'il y a la guerre et le fait d'armer l'Espagne, ce que vous étudiez dans votre ouvrage, ça
Mercedes Justa
veut dire, regardez, on avait raison quelque part. Oui, c'est une prophétie autoréalisatrice. D'un côté, ça provoque par la résistance succoudita, ça va créer une brèche et justement une révolution sociale. Et donc, ça va justifier, si vous voulez, ce coup d'État à l'étranger, parce que dans les premières semaines, mois avant le coup d'État, on explique, on dit aux diplomates, on dit dans la presse, on dit un peu partout, attention, en Espagne, il y a un danger révolutionnaire. Donc, pour qui veut bien le croire? Et là, une révolution advient. Et donc, quand cette révolution advient, très rapidement, et ça c'est vraiment un succès majeur, à mon sens, de cette propagande parallèle franquiste, c'est d'insister sur les tueries qui ont lieu. Dans les deux côtés, il y a des massacres. Ils sont bien plus nombreux du côté insurgé, mais il y a des massacres et il y aura au total 50 000 morts, donc 80% dans les premiers mois du conflit du côté républicain. Et donc, on insiste sur ce qu'on appelle la propagande des atrocités. Et donc, on diffuse à l'étranger de la presse des images, des photos, parfois des photos fausses, détournées, qui sont justement des massacres commis par les propres troupes franquistes. Et on dit, regardez, La République, les Rouges, c'est ça, c'est la Révolution, c'est les massacres, c'est ce que vous allez avoir demain en France, en Angleterre, si vous agissez pas. Et ça, cette propagande, elle va avoir un effet majeur pour désolidariser de la cause républicaine en faisant croire à un État failli. En faisant croire, pour des personnes comme Léon Blum et d'autres, qu'aider la République, c'est aider, de fait, une révolution sanguinaire, et on veut pas aller dans cette sale guerre. on a l'impression d'avoir une sale guerre, on ne veut pas y aller, et ça c'est vraiment un succès majeur à mon sens. On ne peut pas parler
Pierre Salmon
des franquistes à ce moment-là, mais des conspirateurs. Des conspirateurs, Mercedes Justa, on entend bien ici que Franco mène une guerre coloniale et qu'il a un rapport avec ses opposants républicains comme il a pu avoir avec celles et ceux à qui il s'est opposé au Maroc, c'est-à-dire population civile, militaire, il n'y a pas vraiment
Xavier Mauduit
de distinction, c'est la victoire à tout prix. Oui, effectivement. Et il n'est pas le seul à avoir cette mentalité-là. Et c'est ça qui explique aussi l'ampleur des massacres et la violence dans les premiers mois, surtout de la guerre civile, même si elle va se continuer après. Et il y a une figure qui est très représentative de cette violence coloniale, qui est le général Keipo Deiano. qui en fait est le chef militaire qui est responsable du sud de l'Espagne à partir du soulèvement. Il est responsable de l'Andalousie et l'Extrémadur. Et c'est là que vont avoir lieu les massacres les plus sanglantes et les plus importantes. Et en plus, contrairement à ce que laisse penser cette propagande menée par les franquistes d'une guerre qui serait une réaction à cette violence de la révolution sociale, en fait, dans la plupart des endroits de l'Andalousie où on assiste à des grandes tueries, il n'y a pas eu de morts de l'autre côté, ou très peu. C'est-à-dire que la proportion des victimes faites par ces troupes-là est infiniment supérieure aux victimes
Pierre Salmon
qui avaient pu avoir lieu du côté républicain. Merci vivement à tous les deux de nous avoir donné un éclairage avec de la profondeur pour comprendre comment surgit un homme franco dans cette histoire-là. Bien montré qu'il n'est pas seul et c'est important toujours de le souligner avec votre ouvrage Pierre Salmon, un antifascisme de combat, armée d'Espagne révolutionnaire et puis une synthèse que nous attendons sur la guerre d'Espagne 1936-1939, Mercedes Justa, François Godichot et Pierre Salmon également. Merci vraiment à tous les
Xavier Mauduit
deux d'être
Pierre Salmon
venus dans le cours de l'histoire. Merci beaucoup. Prochain épisode, mettre l'Espagne
Unknown Supporter
au pas, le franquisme, une machine à broyer. La Terre Orange Blanche a commencé en 1936, ont tué vraiment d'une manière presque systématique. Ensuite 1938-1939, c'est-à-dire fin de la guerre, la répression se poursuit et 1939-1942-1943. Alors ça c'est l'horreur des horreurs, parce qu'au lieu de faire preuve de la plus élémentaire notion de charité chrétienne et de pardon, Franco s'attaque à tous les prisonniers de guerre, les élections capitales à l'aube dans les prisons, atteignent
Pierre Salmon
le chiffre d'à peu près 100 000 personnes. On vient d'entendre Georges Soria qui est correspondant en Espagne pendant les guerres civiles pour le journal l'Humanité puis qui est historien bien sûr. Le cours de l'histoire sur France Culture, une émission réalisée par Thomas Beau avec à la technique Jean-Guylain Mej. Émission préparée par Jeanne Delecroix, Raphaël Lalloum, Jeanne Coppès, Hélène Roy et Mayu Enghizio. Émission écoutée
France Culture, 17 novembre 2025
Intervenants principaux :
Cet épisode explore les origines politiques et personnelles de Francisco Franco, futur dictateur espagnol, en retraçant son parcours militaire, son ascension à l’intérieur de l’armée, l’importance de sa formation en Afrique, et sa progression vers le pouvoir suprême à travers la guerre civile espagnole. Les intervenants analysent le contexte historique, le rôle de l’armée, les fractures de la société et la genèse-même du franquisme.
Ce premier volet du diptyque consacré à Franco détaille la fabrication d’un chef de guerre, puis d’un dictateur, qui s’appuie sur :
L’épisode souligne que Franco ne s’impose pas seul mais qu’il catalyse un faisceau d’angoisses, d’alliances, et d’opportunités politiques, aboutissant à la guerre civile et à une dictature façonnée par la guerre elle-même.
À suivre dans le prochain épisode :
Le franquisme, une machine à broyer : la répression, la construction de la terreur d’État et la consolidation de la dictature après la défaite de la République.