
Histoire africaine-américaine, un passé marginalisé 3/4 : 1941, Arizona. Une armée noire dans le désert
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Xavier Mauduit
Bonjour, c'est Xavier Mauduit. Le mois de février, le mois de l'histoire des Noirs, le Black History Month ou African American History Month aux États-Unis. L'occasion d'une virée dans l'Arizona en 1941 avec une armée noire dans le désert. Bonne écoute.
Narrator/Chorus
Le cours de l'histoire.
Pauline Perez
Xavier Mauduit.
Xavier Mauduit
Direction l'Arizona, le 31 octobre 1890, le journal La France Militaire nous donne des nouvelles diverses des Etats-Unis. Le fort Huachuca, dans l'Arizona, ne pouvant disposer de la place nécessaire pour loger les troupes qui devaient y tenir garnison, plusieurs compagnies vont être détachées dans une des stations fortifiées du Texas. Est-ce un fort comme on en voit dans les westerns avec la cavalerie, les hautes palissades en bois? Un fort aujourd'hui proche de la frontière du Mexique, qui est un mur. Car désormais, l'histoire des Etats-Unis est celle de murs. Écoutons James Baldwin.
Pauline Perez
On a construit un mur entre les races, n'est-ce pas?
Commentator/Analyst
Et pour les Blancs qui ne voient
Pauline Perez
pas l'autre côté de ce mur, tout
Commentator/Analyst
ce qu'ils voient c'est le serviteur, le gangster, l'évron.
Xavier Mauduit
Mais ils ne voient pas la vie qui passe de l'autre côté du mur. Bonjour Pauline Perez!
Pauline Perez
Bonjour!
Xavier Mauduit
Nous allons parler de ce fort, ce fort dans l'Arizona, Huachuca. Quel est-il? J'évoquais en 1890 une évocation dans la presse française de ce fort. C'est un des forts que l'on peut imaginer comme ceux qui sont dans les westerns avec des palissades en bois, la cavalerie et qui s'attaquent aux indiens.
Pauline Perez
Oui et non. C'est un fort des guerres indiennes, un fort qui a été établi pour garder les frontières de ce territoire d'Arizona qui est nouvellement conquis. Et c'est un fort sur lequel l'armée a décidé de déployer ce qu'on appelle les Buffalo Soldiers, des soldats noirs, pour garder les frontières. mettre en contrôle les Indiens et notamment les Indiens à Pâches. Mais je dois dire tout de suite qu'il n'y a pas de palissades à Fort Huachuca, que ce sont des frontières métalliques qu'il y avait à l'époque. Et quand on parle de fort, on imagine quelques casernes ramassées. Mais en fait, c'est comme une... Enfin, pas encore en 1890, mais à l'époque qui m'intéresse, c'est comme une ville. ce fort. Donc c'est de très nombreux bâtiments qui ont pris d'emprise sur le désert.
Xavier Mauduit
L'époque qui vous intéresse, Pauline Perez, c'est la Seconde Guerre mondiale. Cette histoire-là, une armée noire, Fort Huachuca, Arizona, 1941-1945, que vous publiez au Seuil, c'est une histoire très particulière dans un monde qui est en guerre, un monde qui est ségrégué, un monde où Ces noirs sont concentrés dans ce fort. Combien de soldats?
Pauline Perez
C'est une concentration unique de soldats africains et américains dans un même lieu. Il y a en fait deux fois 15 000 hommes noirs qui se succèdent dans cet endroit-là sous commandement blanc. Dans une configuration qui va changer pendant la seconde guerre mondiale. Mais ce qui m'a passionnée, c'était de voir en fait comment un État qui se bat à ce moment-là contre les puissances de l'Axe, qui défend l'égalité des races, pratique en un terme, dans son armée, le racisme institutionnel. C'est pour ça que j'ai décidé de venir dans ce lieu, qui est un lieu qui n'est pas connu de l'historiographie américaine, un lieu sur lequel aucun autre livre n'avait été écrit. Et je me suis dit, je vais me rendre dans ce lieu, à la fois par les archives et physiquement, pour raconter, pour comprendre les contradictions de la politique publique de l'État fédéral en matière de race.
Xavier Mauduit
Pauline Pérez, vous êtes maîtresse de conférence en histoire contemporaine à l'Université Paris VIII à Vincennes-Saint-Denis. Avec ce cheminement qui vous conduit jusqu'à ce fort dans l'Arizona, comment l'avez-vous découvert?
Pauline Perez
C'est un cheminement d'archives. En fait, ce qui m'intéressait, c'était, comme je l'ai dit, de travailler sur le racisme au sein de l'État fédéral. On a tendance à penser en France que le racisme aux États-Unis, le racisme légal, est cantonné aux États du Sud, qui ont effectivement adopté des lois dites Jim Crow et des pratiques discriminatoires après la fin de la période qu'on dit être de reconstruction. Mais l'État fédéral, à partir du début du XXe siècle, donc on est sur une chronologie assez récente, introduit du racisme en son sein, et c'est notamment à l'initiative d'un homme qu'on a tendance à associer à la démocratie, qui n'est nul autre que Woodrow Wilson, qui va introduire des pratiques discriminatoires et ségrégationnistes au sein des lieux d'emploi de l'État fédéral. Et l'armée est traditionnellement un lieu de conservatisme racial. Et donc moi je m'intéressais à cet endroit, à cette institution, avec des collègues. On travaillait sur la déségrégation des hôpitaux de vétérans à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Donc lorsque les vétérans rentrent, l'État est censé leur accorder tous les droits qu'il accorde aux autres GIs, enfin aux autres vétérans. et on s'aperçoit que non, ces droits, et notamment des droits à une médecine de qualité, vont être appliqués de manière discriminatoire. Donc on avait travaillé sur la déségrégation des hôpitaux. Et puis, dans cette recherche qui nous a occupés pendant plusieurs années, je tombais régulièrement sur ce nom de Huachuca, qui était à la fois très évocateur et très énigmatique pour moi, dans lequel un fort, où j'ai compris au fur et à mesure, s'était pratiqué une expérience d'intégration raciale en matière médicale. Donc un hôpital où, petit à petit, noirs et blancs étaient soignés côte à côte, ce qui était inédit dans un hôpital public américain au sein de l'armée. Et donc je me suis intéressée à cet endroit et petit à petit, je l'ai littéralement pisté, d'abord dans les archives militaires et petit à petit dans des archives régionales. Et je l'ai pisté jusqu'à aller sur les lieux, donc littéralement à la frontière avec le Mexique, dans un lieu vraiment très reculé, à peu près à 70 kilomètres de Tucson, dans le désert.
Xavier Mauduit
15 000 soldats, mais ça doit être absolument immense. Qu'est-ce qu'il en reste aujourd'hui de ce fort?
Pauline Perez
Alors, ce fort existe encore aujourd'hui et il occupe encore une emprise très grande. Et c'est un fort sur lequel il n'y a plus apparemment tellement de soldats noirs, mais c'est un fort qui reste très sécurisé, à la fois en raison de son emplacement Et on voit régulièrement flotter autour du fort un dirigeable gigantesque qui surveille toute la frontière, en plus du mur qu'on connaît bien, qui n'est pas loin. Et c'est un fort aussi dans lequel est développée les technologies du drone ultramoderne. Donc, c'est difficile d'y entrer. Et moi-même, j'ai cru que je n'y arriverais pas.
Xavier Mauduit
Et vous avez réussi!
Pauline Perez
J'ai réussi parce que s'il trouve un musée qui raconte une histoire du fort qui est très intéressante mais qui n'est pas du tout l'histoire de la ségrégation pendant la seconde guerre mondiale, qui est une histoire de prouesses techniques, donc les développements technologiques liés aux drones, et puis aussi l'histoire du Buffalo Soldiers, donc ce soldat africain-américain volontaire qui a combattu pour une armée blanche pour soumettre les indiens apaches de la région. Donc en fait, on commémore là-bas une forme de lutte entre minorités pourtant toutes deux opprimées, donc les indiens et les africains américains.
Xavier Mauduit
L'abolition de l'esclavage aux Etats-Unis, c'est 1865. Les soldats noirs, c'est à partir de quand? C'est dès l'abolition de l'esclavage?
Pauline Perez
Alors, pendant la guerre de sécession, il y a déjà des volontaires africains, américains du Nord qui s'engagent dans l'armée de l'Union pour vaincre par eux-mêmes l'institution qu'est l'esclavage. Et puis, petit à petit, l'armée va faire de la place à un certain nombre d'unités all black, des unités exclusivement noires.
Xavier Mauduit
la guerre de sécession.
James Rucker (voice reading letter)
Chère mère, j'espère que vous vous portez bien et que vous ne vous inquiétez pas trop pour moi. Ne pensez surtout pas que l'un d'entre nous puisse être tué, car il lève une armée d'une telle force que l'attaquer serait une folie. Les hommes du Massachusetts se sont passés par ici ce matin. Que c'est imposant de voir les hommes de tous les États, de l'Est comme de l'Ouest, réunis ici, prêts à se battre pour leur pays, comme la vieille garde pour la Révolution. Avant le début de cette guerre, Bien des hommes de mon régiment n'avaient jamais vu de noir. Mais en ce moment, les routes regorgent de tous ces déshérités. Nous nous battons pour des hommes et des femmes dont la poésie reste encore à écrire, mais qui sera désormais aussi enviée et aussi renommée que toutes les autres.
Xavier Mauduit
Dans le film Glory, en 1990, ce film d'Edward Zink, il y a ce moment où le colonel Robert Gulcho écrit une lettre à sa mère. On est en 1863. Il se voit confier le tout premier bataillon de soldats noirs volontaires. Les soldats noirs sont là. Mais vous avez cité Pauline Peretz tout à l'heure. Le nom de Wilson, c'est bien le président Wilson. C'est celui de la Première Guerre mondiale. Pendant la Première Guerre mondiale aussi, ces soldats noirs sont présents. Comment sont-ils perçus?
Pauline Perez
Alors avec beaucoup de méfiance, en fait une double méfiance. Les soldats noirs pendant la première guerre mondiale sont à la fois perçus comme de mauvais soldats, manquant d'agressivité, manquant de détermination, manquant de courage et en même temps des soldats qui potentiellement pourraient se retourner, enfin retourner leurs âmes contre les commandants blancs. On voit bien comment ce préjugé raciste, paradoxal, est l'héritage de la période de l'esclavage, pendant laquelle l'homme noir est à la fois infériorisé au travail et perçu comme une menace, qui est une menace de violence, de prise des armes, mais aussi une violence sexuelle. C'est un thème qui reste très présent dans l'esprit des commandants blancs qui sont issus du Sud. et qui ont baigné, en fait, dans cette société Jim Crow dont je parlais tout à l'heure.
Xavier Mauduit
Oui, j'ai un souci, Pauline Pérech, parce que je vous écoute, nous parlons d'armée, mais dans l'armée, il y a des grades, une hiérarchie. Alors, un officier noir, un officier blanc, ce qui compte, ça va être le grade, normalement. C'est le cas?
Pauline Perez
Alors oui, en fait, il y a effectivement des officiers noirs, mais pas dans tous les corps. Et donc là, on parle de la Première Guerre mondiale. Il y a encore peu d'officiers noirs. Et puis pendant l'entre-deux-guerres, il va y avoir développement d'une théorie de l'usage des soldats noirs et en particulier des officiers noirs qui vont être conçus, considérés comme étant de mauvais leaders et n'ayant pas le fameux tour de main qu'il faudrait avoir pour diriger des soldats noirs. Donc les officiers noirs, à part dans certains corps, comme par exemple le corps des Chaplains, les officiers religieux, vont être complètement épurés. Et c'est seulement à partir de la Seconde Guerre mondiale qu'on va revoir s'étendre le corps des officiers noirs. Et c'est d'ailleurs une des seules conquêtes en matière raciale pendant la Seconde Guerre mondiale. que l'obtention par les Africains et Américains de l'intégration de la carrière d'officier. Donc les officiers noirs et les officiers blancs sont éduqués, font leur apprentissage dans les mêmes écoles, les uns à côté des autres, et puis une fois cette formation terminée, on les envoie dans des unités différentes. Donc des unités noires pour les noirs, des unités blanches pour des unités blanches ou noires, pour les officiers blancs. Mais des officiers blancs qui se retrouvent à diriger des soldats noirs, ce ne sont pas des bons officiers. C'est une punition de diriger, de commander des soldats noirs.
Xavier Mauduit
Dans ce fort Uachuca dans l'Arizona pendant la seconde guerre mondiale, il y a des officiers noirs, il y en a des blancs, eux, au même grade. Est-ce que l'on peut dire qu'ils sont exactement identiques?
Pauline Perez
Et non, ils ne sont pas au même grade, car il y a une règle informelle dans l'armée qui veut qu'aucun homme noir puisse diriger un homme blanc. Donc on voit comment il y a une difficulté à articuler la hiérarchie militaire et la hiérarchie raciale. Alors, certes, l'articulation fonctionne assez bien pour la différence entre soldat et officier, parce qu'à Huachuca, tous les soldats sont des soldats noirs, et donc il n'y a pas de problème de coexistence raciale entre soldats. En revanche, ce qui pose problème, c'est la cohabitation, la proximité, mais aussi physique, des officiers blancs et des officiers noirs, qui certes ne sont pas au même grade, ils sont à des grades inférieurs, et ils ne peuvent pas dépasser en grade les officiers blancs. mais se pose la question de leur cohabitation dans les espaces du fort. Et ça, c'est une question qui m'a passionnée, de voir en fait comment la ségrégation se déploie dans un endroit. J'ai dit ça ressemble à la troisième ville d'Arizona pendant la guerre, donc c'est un espace très vaste. Mais comment se déploie une assignation raciale des lieux dans ce fort pour que les officiers noirs et les officiers blancs ne se rencontrent pas dès lors que l'entraînement est terminé.
Xavier Mauduit
Vous bénéficiez de sources multiples et notamment de la photographie. On voit dans votre ouvrage une armée noire. Des moments où, lors d'un barbecue organisé par le colonel Hardy, il y a des Noirs, des Blancs qui sont présents. La ségrégation se concrétise comment? On peut dire que dans ce fort, c'est à l'image de ce qui peut se passer ailleurs aux Etats-Unis, dans les Etats du Sud.
Pauline Perez
Oui, en fait, l'armée va vraiment importer un régime racial issu du Sud dans ce lieu qu'est l'Arizona, qui est un État qui a été créé récemment. L'Arizona devient État en 1912 et progressivement s'est mis en place un régime de ségrégation raciale inspiré du Sud. Mais dans l'État, quand on sort de la réserve militaire, on a tout de même des règles d'interaction raciale qui sont un peu plus souples. Et surtout, ce qui est difficile pour les hommes et les femmes, j'espère qu'on va en parler, qui viennent se retrouver à Huachuca, c'est que beaucoup d'entre eux ne viennent pas du Sud. Et beaucoup d'entre eux viennent de Cleveland, de Chicago et des États du Nord-Est, dans lesquelles il y a certes des formes de discrimination raciale, mais il n'y a pas ces lois Jim Crow. Et donc, ils arrivent sur le fort et ils font l'expérience d'une ségrégation stricte de type sudiste, qu'ils ne connaissaient pas chez eux.
Xavier Mauduit
C'est très fort ce que vous dites là et on imagine bien ces Africains-Américains venus du nord-est des Etats-Unis dans les grandes villes et débarqués dans ce lieu. Ils ne comprennent pas ce qui se passe. C'est aussi un lieu de rencontre et on l'oublie souvent mais quand on parle des Africains-Américains, on imagine cela comme un tout. Il faut bien noter qu'il y a des vécus très très différents et il y a ces rencontres dans ce fort.
Pauline Perez
Oui, c'est ce qui m'a intéressée. C'est aussi la raison pour laquelle j'ai décidé de faire une micro-histoire de ce fort, c'est que dans ce fort se rencontrent des hommes et des femmes africaines américaines qui viennent de tous ces lieux et qui viennent aussi de classes et de backgrounds très différents. On a les représentants de ce que W. E. B. Du Bois a appelé les « Talented Tenths », donc le dixième talentueux. Et on retrouve ces hommes et ces femmes dans les grades d'officiers. Parmi les officiers médicaux, c'est vraiment l'élite de la communauté africaine-américaine. de l'époque, c'est des gens qui ont une vie bourgeoise, qui ont une éducation dans les meilleures universités, quelquefois meilleures universités noires. Mais tout de même, c'est vraiment la bourgeoisie noire. Et puis, il y a aussi des prolétaires, des métiers du Sud qui n'ont jamais réussi à retravailler après la Grande Dépression. des gens qui sont dans un état de santé très détérioré et qui vont bénéficier d'un soin à Huachuca qu'ils ne connaissaient pas ailleurs. Donc on voit comment dans ce lieu, on voit la même fonction de brassage social qu'on associe traditionnellement à l'armée se reproduire pour les Africains-Américains. De manière générale, c'est assez difficile, lorsqu'on veut étudier cette histoire, de trouver un lieu et un moment où on observe cette rencontre. Et je pense que c'est intéressant aussi, pour contribuer au débat sur l'intersectionnalité en histoire, de montrer comment races, classes et genres également s'imbriquent et jouent les uns avec les autres sur ce fort pendant
Xavier Mauduit
cette guerre. Oui, Pauline Perret, c'est la micro-histoire, c'est sûr, mais pas uniquement, bien sûr, parce que la micro-histoire permet des réflexions sur des phénomènes beaucoup plus vastes, et c'est tout à fait le cas ici. Se placer à la frontière, alors frontière, on pourrait dire presque physique, parce qu'on n'est pas très loin du Mexique, mais frontière sociale et frontière raciale, en utilisant les mots de ce temps-là, ça permet de comprendre l'ensemble de la société, de manière beaucoup plus
Pauline Perez
fine d'ailleurs. Oui, c'est le pari de la microhistoire que de penser que lorsqu'on se situe au plus près des acteurs, on va entendre à la fois des paradoxes, des contradictions, des multiplicités de voix qu'on n'entendrait pas à un niveau plus macro. Et pour moi, c'était la première fois que je pratiquais la microhistoire et j'y ai véritablement pris goût. tout en finalement faisant l'expérience aussi de la difficulté de cette micro-histoire. Parce qu'on a beau être très, très près du terrain, il y a encore plein de voix qui restent inaudibles. Et je dirais, la frustration est d'autant plus grande. Mais j'ai imaginé des modes de contournement de ces silences, notamment en ayant recours à ces photos dont vous parliez tout à l'heure. Moi, ce qui m'intéressait beaucoup, c'était de parler, d'analyser les interactions raciales sur le fort. Et en fait, il y a très peu d'archives militaires qui en parlent. Donc, il a fallu aller chercher dans les témoignages oraux, dans des scrapbooks que beaucoup de
Xavier Mauduit
femmes tenaient. C'est
Pauline Perez
quoi ça? Alors, les scrapbooks, ce sont comme des journaux intimes dans lesquels on fait du collage, on met des photos, des petits coupages de de coupure de presse, exactement. Donc là, il y avait accès à une voix personnelle, mais je n'en ai pas retrouvé 15 000. Et puis, il y avait ces photos sur lesquelles, de temps en temps, on voyait l'interaction noir-blanc. Mais par exemple, la photo dont vous parliez tout à l'heure... du barbecue, qui est un événement organisé par le commandant du fort en 43 pour calmer la tension, ça n'allait plus du tout, le fort était sur le point d'exploser à un moment où il y avait des mutineries à travers le pays, dans beaucoup d'autres forts. des forts dans lesquels s'entraînaient des Noirs et des Blancs, et bien ce barbecue, il est photographié par l'armée, par les photographes de l'armée qui acceptent de montrer cette proximité entre des Africains, Américains et des Blancs. Donc moi, ce qui m'intéresse, c'est de voir, premièrement, qu'est-ce qui se passe sur le fort et deuxièmement, qu'est-ce que l'armée s'autorise à montrer
Xavier Mauduit
à l'extérieur. Eh oui, parce que c'est vraiment cela aussi, c'est un jeu d'image et c'est très important pour l'armée des Etats-Unis. Je le rappelle, on est dans un contexte de guerre, guerre mondiale, de montrer la place de ces forces, cette armée noire, je reprends le titre de votre ouvrage Pauline Perret, c'est parmi toutes les sources, bien sûr, parfois la chance,
James Rucker (voice reading letter)
une correspondance. De nos jours, l'entraînement n'est qu'en deuxième ou troisième place dans l'ordre des considérations. En tout premier lieu vient l'accent mis sur ce qui est appelé le contrôle. Cette armée dans laquelle je sers est Jim Crow, de bout en bout. Les restrictions, les réglementations, les ordres ne sont plus des règles militaires relevant de la discipline militaire. Elles sont équivalentes aux mesures d'oppression en place dans les camps de travail. L'armée ségrégée n'a rien de commun avec une armée démocratique de
Xavier Mauduit
libération nationale. une lettre de James Rucker. Il écrit à sa femme, nous sommes en novembre 1943. Son analyse est
Pauline Perez
très fine. Très fine, très critique aussi. J'ai eu une chance incroyable de trouver toute cette correspondance. Mais il faut dire que James Rucker est quelqu'un d'assez peu représentatif. Il est communiste. Il n'y a pas que des communistes sur le fort. Et il est marié à une femme qui est blanche. et qui est allemande. Son frère a essayé de faire une carrière politique à Harlem. C'est quelqu'un qui refuse de partager la vie collective et qui est toujours en marge. Alors ça lui permet d'avoir du temps pour écrire et pour écrire notamment à
Xavier Mauduit
sa femme.
Pauline Perez
Hélène Mulnick. Voilà, mais il est toujours en retrait et il passe beaucoup de temps à critiquer notamment tous les dispositifs de divertissement qui sont mis en œuvre sur le fort pour faire oublier aux hommes, en fait, l'ennui et l'humiliation qui leur est infligée
Xavier Mauduit
au quotidien. Pourquoi on ne les en voit pas d'ailleurs combattre directement? C'est ce que vous évoquiez tout à l'heure, ces vestiges de la Première
Pauline Perez
Guerre mondiale? Tout à fait. Je pense qu'on a du mal à se figurer ça de France ou même d'Europe où, en fait, les troupes coloniales ont été utilisées comme de la chair à canon, pour le dire rapidement. Aux États-Unis, je l'ai dit, c'est la position inverse. C'est le scepticisme, le doute absolu à l'égard des troupes noires. Donc, l'État-major va reculer autant qu'il peut l'intégration, enfin, refuser l'intégration de l'armée et refuser aussi des dispositifs dans lesquels les soldats noirs vont être en position de combat. Donc la plupart des soldats noirs sont intégrés dans des unités de soutien logistique ou des unités comme les deux divisions qui sont activées à Huachuca, qui sont des unités d'infanterie. Voilà, l'infanterie pendant la Seconde Guerre mondiale, c'est loin d'être l'arme la plus prisée. Et au départ, lorsque une division puis l'autre sont envoyées sur le fort, donc pas en même temps, mais l'une puis l'autre, l'idée qu'elles aillent combattre n'est pas évidente. Il s'agit un peu de faire semblant d'entraîner ces hommes. Et d'ailleurs, ils reçoivent des munitions très tardivement. L'équipement, l'armement qu'ils reçoivent n'est pas... et je publie dans le livre quelques photos qui montrent que jusqu'en 1942, ils s'entraînent avec des casques brodis de la Première Guerre mondiale, les chars anti-tank arrivent très tard. Enfin, ils ne sont pas équipés. Donc pendant très longtemps, on pense qu'ils n'iront pas combattre. Et puis pendant l'année 1943, je parlais de cette série d'émeutes qui a eu lieu à l'été. Les Africains-Américains, en particulier leurs organisations représentatives, font beaucoup de lobbying à Washington, et notamment sur la personne du président, qui est sensible au vote noir, qui est sensible à l'opinion africaine-américaine, pour obtenir l'envoi au combat. Et il y a un certain nombre de commissions qui sont créées au sein de l'état-major pour envisager comment et où envoyer les hommes. Progressivement, la 93e puis la 92e divisions vont être envoyées combattre, mais dans des modalités... très loin d'être optimale, ce sont juste certaines unités, des unités qui n'ont pas été bien entraînées, qui n'ont pas été bien équipées, et donc se passera finalement, dans le cadre de ce qu'on pourrait dire d'une véritable prophétie autoréalisatrice, effectivement, ils vont avoir du mal à se battre. Et l'état-major largement sudiste et raciste va se servir de cet argument pour dire qu'on ne peut pas intégrer cette armée, ces hommes-là ne savent pas
Xavier Mauduit
se battre. Et en attendant, il faut les occuper. La couverture de votre livre, c'est justement une photographie, ces sources incroyables dont vous bénéficiez pour essayer de comprendre ce monde étonnant de ce fort dans l'Arizona où des soldats s'entraînent. C'est ça, c'est beaucoup,
Pauline Perez
beaucoup d'entraînement. Alors, c'est beaucoup d'entraînements, un peu comme sur d'autres forts. Mais ce qui a été intéressant de montrer, c'est quelle est la spécificité, la dimension raciale de cet entraînement. Je pense, au vu des photos, au vu des témoignages, que l'humiliation a été plus importante sur ce... sur ce fort que sur d'autres lieux d'entraînement de troupes non noires. C'est quelque chose qui est difficile à montrer parce que les archives sont fuyantes sur ces questions-là. J'ai trouvé un certain nombre d'archives de la justice militaire qui me permettent de voir qu'il y a un certain nombre de punitions, notamment des punitions corporelles qui sont données un peu rapidement, ou de manière incontrôlée, que lorsque les punitions sont prises par les cours martials, elles sont excessives par rapport aux... aux offenses, et que si on compare le type de punition qui a été donnée sur ce fort à un fort équivalent blanc, on voit que, donc, extrême sévérité et plus grand nombre de peines. Et ce que je dis dans le livre, qui est un argument qui n'est pas extrêmement rigoureux, mais qui me semble quand même très parlant. Parmi les trois premières peines capitales qui sont données dans l'armée, deux le sont à l'encontre d'hommes africains américains qui sont tous les deux basés à Fort Huachuca. qui est un lieu in the middle of nowhere, vraiment, que personne ne connaît dans le reste de l'armée. Donc je pense que là, c'est quand même un indice très parlant de la facilité avec laquelle on punit et on humilie ces hommes. Ensuite, il y a beaucoup de récits de soldats et notamment des témoignages oraux qui ont été recueillis dans les années 80-90 par tout un programme d'interview des vétérans de la Seconde Guerre mondiale qui raconte qu'ils ils étaient laissés dans le désert très longtemps, que certains défaillaient, parce que ce lieu, qui est un lieu que moi j'ai découvert au mois d'août, à un moment d'extrême chaleur, c'est un lieu où les conditions physiques et géographiques sont Enfin voilà, une extrême sécheresse et puis des chaleurs folles en été. Donc rester à attendre une inspection dans le désert pendant plusieurs heures, ça peut valoir la déshydratation, le malaise, l'envoi
Xavier Mauduit
à l'infirmerie. C'est vrai, on l'imagine bien, tous ces exercices physiques sous cette chaleur du désert, ce n'est pas rien. Faut occuper ces soldats et pourquoi pas
Musical Interlude/Chorus
les
Narrator/Chorus
divertir. Sous-titres réalisés para la communauté d'Amara.org Nous sommes les WAC. Nous sommes les filles en kaki. Et nous trouvons que l'armée est formidable. Nous sommes les filles soldats. Les panfreluches en moins, les boucles en moins. On a répondu à l'appel de l'homme à la barbe. C'est notre oncle. Nous le saluons avec un oura et
Musical Interlude/Chorus
des
Narrator/Chorus
applaudissements. Nous sommes les WAC. Tous nos efforts pour
Pauline Perez
oncle Sam! Eh bien, ces femmes sont des nouvelles venues dans l'armée. L'armée a beaucoup résisté à l'arrivée des femmes en son sein. C'est un nouveau signe de sa frilosité et de sa peur. Et ce que craignent l'état-major, c'est deux choses, en fait. Un, qu'elles prennent les places des hommes. Et deux, qu'elles les subvertissent, qu'elles leur fassent penser à des relations sexuelles permanentes au lieu de se battre. Et donc il y a eu vraiment des combats importants, enfin des luttes au sein de l'armée pour la création de ce corps qui était devenu nécessaire à la fois pour des raisons d'avancer en matière de genre et également parce que l'armée est devenue une grosse bureaucratie à cette époque. Je crois que, si je me souviens bien, qu'il faut 15 personnes en bureau pour aller envoyer combattre quelqu'un à l'époque. Donc, ces emplois de bureau, ils étaient occupés jusque là par des hommes. Et l'idée de faire venir des femmes doit permettre de les libérer pour que les hommes, qui sont censés savoir faire preuve de force et de détermination, puissent aller faire ce qu'ils saurait faire le mieux. Donc ça, c'est la première raison de la création de ce corps, Women Army Corps. Et puis, la seconde raison, plus moins dite, c'est tout de même qu'il y ait des femmes morales, des femmes que l'on peut contrôler au sein de l'armée pour qu'il y ait des partenaires sexuels à ces hommes et qu'ils restent sur le fort au lieu d'aller dans des bordels à la sortie des forts. Alors ça c'est un des raisonnements qui valent aussi bien pour les corps de WAC blanches que pour les corps de WAC noires. Mais la spécificité en fait pour ces femmes noires, c'est qu'elles ont à vaincre un autre obstacle, qui est l'obstacle du racisme au sein de l'armée. Et Wachuka est extrêmement intéressant à cet égard, c'est que c'est le premier fort qui va recevoir des WAC noires. Il y a une forme d'éclairage monumental autour de l'arrivée de ces femmes, une mise en scène de l'arrivée autant par l'armée que par la presse qui va couvrir cette arrivée et qui me donne un point d'entrée fabuleux pour étudier la proximité, la cohabitation entre les femmes et les hommes sur ce fort. Et parmi ces femmes qui arrivent à Huachuca, il y a toute une part de l'élite féminine noire de l'époque qui va arriver à des postes d'officiers. Il y a notamment une femme qui m'a beaucoup intéressée, qui s'appelle Irma Cayton, qui est la femme d'un grand sociologue de l'école de Chicago qui s'appelle Horace Cayton et qui est en lien avec tous les intellectuels noirs de l'époque, ce que son mari appelle les race men, donc les gens qui écrivent dans les quotidiens. Et elle va donc pouvoir écrire et raconter ce qui se passe sur le fort. Et ça, ça a été une source incroyable. Donc, il y a ce côté femme des race women, on pourrait dire. Et puis, il y a aussi des femmes qui se sont engagées pour quitter leur famille, pour aller chercher de l'argent, pour échapper à l'emprise familiale. Donc, soit les mères, les frères, les pères et qui écrivent beaucoup, beaucoup là-dessus. Donc, c'est un peu paradoxal, mais pour plusieurs de ces femmes, l'expérience sur le fort, c'est une expérience d'émancipation. Une expérience hyper excitante dans laquelle elles partent de chez elles et elles vont effectuer des tâches qui sont, pour certaines d'entre elles, généralement réservées aux hommes. Notamment la réparation et la conduite des camions, sur lesquels il y a beaucoup de photos mises en scène, très largement
Xavier Mauduit
par l'armée. Oui, parce qu'il y a aussi ce petit côté laboratoire, je peux
Pauline Perez
le dire ainsi, Moi, c'est le terme que j'ai eu
Xavier Mauduit
envie d'utiliser. C'est ça, c'est
Pauline Perez
un laboratoire. Un laboratoire d'expérience raciale, d'expérience aussi de genre qui ne sont pas produites dans la société civile. Mais c'est un peu le propre des guerres que de produire des situations exceptionnelles dans lesquelles vont être tentées des innovations. Alors, le terme de laboratoire, il Il m'intéresse et il m'a interpellée et je l'ai réutilisé beaucoup parce qu'en fait, je l'ai trouvé beaucoup dans les correspondances au début et les mémos de l'armée qui disaient non, nous ne voulons pas être un laboratoire social. Et c'était une volonté qui était martelée par les plus hauts gradés de l'état-major et pourtant, de fait, Huachuca, en tout cas, va être vraiment un laboratoire racial. Et je le montre tout particulièrement à propos de deux endroits auxquels je consacre plusieurs chapitres. Et un des endroits qui m'a le plus intéressée, c'est ce fameux hôpital dont j'ai parlé au début. Un hôpital qui est entièrement ségrégué et qui va
Xavier Mauduit
s'intégrer progressivement. cet hôpital, il va falloir y aller. Vous allez nous expliquer, Pauline Peres, combien ce lieu-là, à l'intérieur de ce fort, qui lui-même est un espace exceptionnel, ce lieu-là, l'hôpital, est encore plus intéressant. Vous avez parlé des Buffalo Soldiers, ils arrivent dans les années 1910 à Huachuca. Sous la Seconde Guerre Mondiale, ce sont encore des Buffalo Soldiers, c'est comme ça qu'on les
Pauline Perez
appelle globalement? Alors, on les appelle plus des Buffalo Soldiers. À l'époque, on les appelle des
Xavier Mauduit
soldats noirs. Voilà, c'est Bob Marley, lui, qui dit
Musical Interlude/Chorus
Buffalo Soldiers. In the heart of America Stolen from Africa Brought to America Fighting an arrival Fighting for survival If you knew your history Then you would know where you're coming from Sous-titrage Société Radio-Canada Oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh,
Xavier Mauduit
oh, Abonnez-vous! Bob Marley dans le cours de l'histoire sur France Culture, une émission réalisée par Thomas Beau avec aujourd'hui la technique Ludovic Ogé. Aujourd'hui nous nous trouvons à Washuka, ce fort dans le désert dans l'Arizona aux Etats-Unis, une armée noire. Avec vous Pauline Peres, ce lieu-là, laboratoire nous l'avons dit, vous l'avez découvert par l'hôpital. C'est en étudiant les hôpitaux pour les vétérans de la seconde guerre mondiale que vous avez croisé cet hôpital remarquable dans ce fort. Qu'est-ce qu'il y a
Pauline Perez
d'exceptionnel ici? En fait, au départ, il y a une ségrégation d'un type exceptionnel qu'on peut qualifier de Deluxe Jim Crow. Jim Crow, j'ai expliqué, c'est ce régime raciste de ségrégation raciale mis en œuvre dans les États du Sud à partir des années 1870, 1880. Et c'est une expression qui est imaginée par une historienne qui s'appelle Karen Cruz Thomas, à propos notamment de la ségrégation en matière médicale. Alors, pourquoi elle devient de Deluxe? C'est un terme qu'on a plutôt tendance à voir associé avec le hamburger Deluxe, mais on comprend bien, c'est un emprunt au français. Donc, c'est une ségrégation de type luxe. Et alors, pourquoi? Dans cet hôpital, qui est un hôpital créée pour les 15 000 hommes noirs et les officiers noirs du fort, qui est créée en 1942, on voit se mettre en place une technologie médicale de top niveau. C'est, on dirait en anglais, state of the art, c'est ce qu'il y a de meilleur à l'époque. Les meilleurs appareils, les meilleures salles d'intervention. Plus tard, on va voir arriver la pénicilline, alors qu'à seule seulement 15 hôpitaux militaires américains qui vont recevoir cette pelliculine. Donc à la fois des installations, un dispositif médical d'excellence et puis surtout cette équipe africaine américaine qui va diriger l'hôpital et qui va soigner ces hommes. Ce sont des hommes, des médecins qui viennent de la vie civile, qui ont été intégrés dans l'armée avec le grade d'officier. et qui viennent vraiment de la meilleure pratique médicale noire de l'époque. Donc souvent, ce sont des hommes qui ont été formés dans des universités médicales noires. Il y en a seulement deux à l'époque, qui ont souvent fait leur éducation en Europe, notamment en gynécologie, en psychiatrie, parce qu'ils n'avaient pas accès à ce type de formation en France, aux Etats-Unis, excusez-moi, et qui reviennent aux Etats-Unis et ouvrent soit des cliniques privées, soit ils vont avoir une clientèle dans des hôpitaux noirs. Donc ces hommes sont connus pour un talent, un savoir-faire que leurs équivalents blancs n'ont pas. Alors là, il faut un peu expliquer. À côté de ce grand hôpital noir nouveau sur le fort de Huachuca, il y a un autre hôpital, qui est un hôpital plus petit, qui est réservé aux blancs. aux blancs du fort, donc tous ces officiers blancs, et puis certains civils qui vivent en frontière du fort, dans la ville, enfin une bourgade de Frey, et qui viennent quelquefois se faire soigner là. Mais comme je l'ai dit tout à l'heure, les officiers blancs qui viennent sur un fort noir, sont des officiers qui sont plutôt des mauvais officiers. C'est le cas aussi des officiers médicaux. Donc, beaucoup de ces officiers médicaux blancs ne sont pas très qualifiés, ont à disposition un vieil hôpital. Et donc, petit à petit, on va voir la réputation des officiers noirs s'affirmer, des officiers médicaux noirs s'affirmer et se déployer dans toute la région. et certains Blancs vont vouloir se faire soigner dans l'hôpital de jour de cet hôpital noir. C'est un peu compliqué, mais il faut bien se figurer que ce ne sont pas exactement les mêmes lieux et donc il ne va pas y avoir de... de cohabitation physique entre des patients noirs et des patients blancs. Mais ce sont des soldats noirs qui vont effectuer des gestes de soins sur des patients blancs et même des gens de milieux très différents. Alors, au départ, il y a, par exemple, des femmes d'officiers blancs qui vont décider de se faire soigner là. Et puis, petit à petit, il y a des gens des bourgades alentours qui, donc, relativement pauvres, qui vont, eux aussi, accepter de se faire soigner par des officiers noirs, alors qu'on disait à l'époque que les pauvres, eux, n'accepteraient jamais de se faire soigner par des noirs, étant donné l'intensité et la prégnance des préjugés racistes. Alors, une partie de ma réflexion, ça a été de chercher à expliquer pourquoi l'intégration raciale pouvait se faire en ce lieu, donc dans la coexistence entre des corps, donc dans l'intimité et
Xavier Mauduit
la proximité. Et puis ici, vous nous avez donné, Pauline Pérez, le choix. Il y a ces deux hôpitaux. Celui un peu décati avec des médecins blancs pas très performants. Et puis le bel hôpital avec des médecins noirs. Je crois que notre choix est
Narrator/Chorus
tout fait. Excepté le fait que c'est une unité complètement ségréguée, c'est une victoire pour la contestation de l'exclusion de médecins noirs de deux manières. ils les empêchent d'être mobilisés en tant que soldats et les protègent grâce à une affectation à un hôpital qui ne sera pas touché par la guerre, sauf si le pays est bombardé ou envahi. Il y a de fortes chances que les hommes n'aient pas à servir avec les forces combattantes. France Culture, le cours de l'histoire.
Xavier Mauduit
Xavier Mauduit. Nous étions en mars 1942 avec cette lettre qui nous décrit. Alors, on voit toujours ici, on évoquait ce mot de laboratoire. Il y a toujours un regard extrêmement complexe porté sur ce fort de Huachuca et particulièrement l'hôpital. C'est bizarre ce qui s'y passe. On le sent bien. C'est un lieu où l'on peut observer peut-être des évolutions possibles de la société. Il y a beaucoup de
Pauline Perez
méfiance aussi. Oui, mais la raison pour laquelle j'ai décidé de m'intéresser à ce lieu, c'est aussi que j'ai vu que pouvait y être subvertie une ségrégation qui paraissait au départ plus stricte que nulle part ailleurs. Et ces expériences de subversion, elles se font à l'initiative des soldats, à l'initiative des commandants africains américains, donc subversion de l'ordre racial dans l'hôpital, subversion aussi des frontières de genre. Il y a un certain nombre de relations sexuelles qui se passent sur le fort et d'attribution des rôles sociaux hommes-femmes qu'on ne voit pas ailleurs. Et donc, subversion qui est tolérée, en fait, par l'armée, qui voit, en tous les cas par le commandant du fort, qui pense qu'il y a un grand pragmatique et qui accepte ces évolutions et qui accepte de les couvrir au regard de sa hiérarchie. Alors, Il faut dire qu'on est bien loin de Washington, que les combats se passent ailleurs, que l'intensité des combats se multiplie et que donc on est peut-être, l'armée est peut-être ailleurs, intellectuellement et conceptuellement, pour penser l'évolution des questions raciales en son sein. Pourtant vont progressivement apparaître des expériences dans d'autres lieux et en général dans des lieux qui sont loin des États-Unis, dans des lieux qui sont loin des théâtres les plus observées, et notamment dans l'Asie-Pacifique. J'ai suivi un certain nombre de membres du personnel médical de l'hôpital qui vont aller en Papouasie-Nouvelle-Guinée, travailler dans des hôpitaux qui vont être racialement mixtes et qui vont, après avoir prouvé leur excellence à Huachuca, pouvoir soigner des des noms blancs et des noms noirs, mais aussi des noms blancs d'anciens lieux. Donc, on voit comment, en fait, le personnel exceptionnel de Huachuca va pouvoir tenter des expériences de soins interraciales dans d'autres lieux. Et puis, si on avance dans la chronologie de la guerre, on sait qu'il y a un certain nombre d'expériences de combats interraciales qui ont été tentées, notamment en France, notamment sous la direction de Eisenhower à la toute fin de la guerre, dans lesquelles il y a des pelotons noirs qui ont été intégrés à des unités blanches. Et donc, petit à petit, l'armée se demande s'il est possible de combattre de manière intégrée. Donc ces expériences dont je parle, elles sont des épiphénomènes, mais elles sont très observées. Et il y a notamment un certain nombre d'études qui sont faites pour savoir si, oui ou non, les Blancs qui combattent aux côtés des Noirs ou les Blancs qui sont soignés aux côtés des Noirs acceptent cette évolution. Et dans l'ensemble, c'est plutôt des réactions très positives que le bureau d'observation et d'études qu'a créé l'armée pendant la
Xavier Mauduit
guerre observe. Micro-histoire, vous l'avez dit, mais elle va et vient sans cesse avec ces petites expériences ici et là et puis des réflexions beaucoup plus larges. Mais pour le fort, c'est la même chose. Quand on vous lit, on voit bien que selon le commandant du fort, ce n'est pas la même forme de ségrégation qui est appliquée. Alors là aussi, c'est intéressant parce que la volonté d'un homme, d'un humain, a des incidences sur l'ensemble. Là, je rappelle qu'on parle de 15 000 soldats. Ça change beaucoup d'un commandant
Pauline Perez
à l'autre. Oui, des commandants des divisions. Comme je l'ai dit, il y a deux divisions qui se succèdent. D'abord, la 93e division d'infanterie, qui a plutôt une bonne réputation parce qu'elle a bien combattu pendant la Première Guerre mondiale. Et puis ensuite, la 92e, qui est dirigée par un commandant qui s'appelle le commandant Allmund, qui est quelqu'un qui est vraiment un représentant de la société sudiste raciste. et qui arrive avec des méthodes de management des hommes noirs, d'une sévérité et d'un niveau d'humiliation qui est inhabituel sur le fort. Et en fait, ce que j'ai essayé de montrer, c'est la succession des régimes raciaux, ce que j'ai appelé régime racial, qui est à la fois l'évolution de la ségrégation spatiale, et donc la façon dont les lieux sont attribués racialement dans le fort, et puis une série d'habitudes, de règles de vie qui vont de l'adresse, je me suis beaucoup intéressée à la façon dont un commandant va s'adresser à un inférieur africain américain, et donc de l'adresse à l'emploi du temps, à l'organisation des chambrés. Et là encore, j'ai essayé de faire un zoom pour m'introduire au plus près de la vie des hommes. Et donc cet Almond, lui, essaie de reprendre prendre en main un ordre racial qu'ils trouvent trop tolérant à l'égard des Africains et Américains. Et il va y avoir un certain nombre de dérapages, à la fois violence physique contre les hommes et réaction de ces hommes qui vont tenter la prise d'armes. Et c'est là qu'en fait une troisième autorité va intervenir, dont j'ai déjà parlé, qui est le commandant du fort, qui est quelqu'un d'assez étrange pour moi, qui vient aussi de la société sudiste, mais lui, il est en fin de carrière. C'est quelqu'un qui est là depuis le début de la guerre, qui aime ce lieu et qui essaie d'imaginer des dispositifs, alors quelquefois très surprenants, pour rendre en fait cet entraînement tolérable. Alors, quand je dis très surprenant, il va notamment créer un bordel de campagne vraiment à la lisière du fort. Ça, c'est des pratiques qu'on voit dans d'autres lieux, qui ont été étudiées par des collègues, notamment à Hawaï pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais ce qui est un peu déconcertant, c'est que ce bordel est complètement contrôlée par l'armée. Les inspections sanitaires sont faites par l'armée, etc. Et d'ailleurs, il va y avoir une inspection diligentée de Washington, pour dire qu'il y a quelque chose qui se passe, qui ne va pas. Mais c'était un mécanisme de régulation sociale du fort. Il va aussi s'adjoindre l'aide de businessmen noirs de Chicago pour créer un débit de boissons à l'extérieur du fort, et là encore complètement réglementé par l'armée. Et puis, encore plus étrange pour moi, il va imaginer une véritable programmation culturelle sur le fort pour encourager la fierté des
Commentator/Analyst
Africains américains. Nous pensons qu'il va suivre la même ligne. Mais celui-ci s'appelle « Leapfrog » et les garçons
Musical Interlude/Chorus
vont vous le jouer. Leap it now,
Xavier Mauduit
leap it, leap it. Leapfrog de Louis Armstrong. En 1941, vous voyez, Pauline Perras nous évoquait cette activité culturelle. Louis Armstrong se rend à Huachuca. Mais ici, Louis Armstrong, noir, qui fait de la musique pour des noirs, il y a aussi toujours cette idée de cadrer l'ensemble de la société de la part de ceux qui autorisent
Pauline Perez
Louis Armstrong à venir. Oui, la plupart des artistes qui vont venir à Huachuca sont des artistes noirs. Au début de la guerre, il y a la grande chanteuse Diana Shore qui vient, puis ensuite, c'est noir, noir, noir. Toute la programmation culturelle, artistique du Hollywood Victory Committee vient sur le fort, notamment Lena Horne, qui est cette femme métisse très pâle qui adore venir à Huachuca, notamment parce que elle va pouvoir dormir sur place parce que se pose la question de la domiciliation et de l'accès aux endroits pour dormir pour toutes ces stars noires jusque pendant l'après seconde guerre mondiale. Donc il y a en fait cette dimension de programmation artistique assez classique qu'on voit sur les autres forts et même sur les lignes de front. les stars américaines font preuve de patriotisme et vont voir les hommes. Mais ce qui se passe à Huachuca, c'est aussi le développement d'une culture noire à l'initiative des soldats africains américains eux-mêmes. Alors il y a un certain nombre d'artistes qui viennent, il y a des musiciens, Joe Jordan qui va composer pour les WAC, qui va composer pour la fanfare locale, il y a un certain nombre de femmes qui sont artistes dans la vie civile et qui vont développer l'identité artistique du fort. Et puis il y a cet énigme pour moi, l'organisation d'une exposition d'art africain-américain sur le fort, dans la maison des officiers, dans le messe des officiers, par le commandant Hardy, qui se fait en quelque sorte commissaire d'exposition de ce que l'art africain-américain a produit de plus beau pendant la fin du New Deal, donc ce moment où l'État fédéral va commander des œuvres africaines-américaines, enfin des œuvres à des artistes africains-américains, et ces œuvres qui ont été produites plutôt à Chicago, à New York, à Washington, vont venir sur le fort où elles vont être exposées pendant plus d'un an. Et alors pour moi, c'est une énigme que je ne m'explique pas très bien en fait. Comment un homme issu de la société sudiste, en fin de carrière, va avoir l'idée de donner une forme de fierté à des hommes, et en particulier c'est aux officiers qu'il s'adresse, parce que c'est à eux qu'est destinée cette exposition, comment il va imaginer d'utiliser en fait la culture comme exutoire en fait, ou comme lieu de manifestation
Xavier Mauduit
de la fierté noire. Et puis vous l'avez bien dit, ce sont des soldats qui sont formés et que ils vont au combat. Ça se termine aussi par le combat pour eux mais cette fois-ci, c'est hors du fort. Merci Pauline Perez. Non mais vous avez bien fait de vous perdre dans l'Arizona jusqu'à ce fort. Vous parliez de micro-histoire et je crois qu'on saisit combien. La micro-histoire, un fort là-bas perdu dans le désert, ça permet de comprendre l'ensemble d'une société et de manière très fine. Merci beaucoup à vous, vous
Pauline Perez
allez y retourner là-bas. Oui, peut-être. Peut-être, mais je dois dire que les États-Unis, en ce moment, ne font pas très envie. Et maintenant, je suis plutôt sur un autre terrain étatsunien, mais dans les cimetières d'anciens esclaves qui émergent dans les villes du Sud et qui viennent poser la question de ce passé noir qui refait surface au
Xavier Mauduit
sein des villes blanches. C'est formidable, ce sera l'occasion
Pauline Perez
pour vous
Xavier Mauduit
de revenir! Avec plaisir! Merci vivement à vous Pauline Perez! Une armée noire, fort, Wachuka, Arizona, 1941-1945, c'est publié aux éditions du Seuil. Merci beaucoup, il est temps pour nous de retrouver Gérard Noiriel, c'est
Commentator/Analyst
le pourquoi du comment. Pourquoi les mendiants japonais furent-ils considérés comme des non-humains? Dans l'histoire du Japon, l'époque Edo, ancien nom de Tokyo, est la période qui a commencé vers 1600 pour s'achever en 1868 avec les débuts de l'ère Meiji. Jusque dans les années 1980, au Japon, l'historiographie a privilégié une vision de la société japonaise prémoderne focalisée sur quatre grands statuts correspondant à une logique féodale. Ces travaux d'histoire sociale, fortement inspirés par le marxisme, ont le plus souvent négligé l'étude des mendiants, car ils étaient perçus comme des cas extrêmes de lumpenproletariat, qui n'entraient pas dans le schéma rigide des rapports de classe. Mais depuis une trentaine d'années, les recherches impulsées par le courant qu'on appelle les subaltern studies ont contesté ce tableau trop misérabiliste, en partant du principe que pour étudier précisément le peuple des gueux, ses conditions d'existence et sa place dans la société, il fallait tenir compte à la fois de la diversité de ses membres, de leur histoire personnelle et de leur capacité à se constituer progressivement en communauté autonome. Ces travaux ont montré que les marginaux de l'époque Edo étaient parvenus à s'insérer au sein de la structure féodale qui régnait alors au Japon. Des groupes de mendiants instaurèrent ainsi des patentes kabous, ou des territoires bas, destinés à leur assurer le droit de quêter. D'autres nouèrent des relations avec les familles de la noblesse, de la cour de Kyoto, ou avec des établissements religieux. Ces capacités de résistance ont même été mises en lumière à propos des plus déshérités des mendiants, ceux qu'on appelait alors les in-in, littéralement les non-humains. A Osaka, il semble que les premiers groupes de in-in se soient formés au sein des petits noyaux de chrétiens qui faisaient l'objet d'une forte surveillance de la part des autorités. Vivant principalement grâce aux dons et aux aumônes, les in-in d'Osaka furent regroupés au XVIIe siècle au sein de quatre ghettos, qu'on appelait les kaitos, situés en lisière de la ville, ghetto où ils étaient assignés à résidence de génération en génération. Ils parvinrent néanmoins à se doter de leur propre loi afin de s'auto-administrer. Leur droit de mendier fut l'objet de transactions leur donnant une sorte de garantie qui leur permettait de contracter des emprunts, un peu comme les titres de propriété foncière chez les marchands. Malgré le mépris dont souffraient ces mendiants, parce qu'ils dépendaient de la charité publique, les autorités d'Osaka acceptèrent de reconnaître certaines de leurs règles communautaires, notamment pour la répartition des secteurs de la ville où les in-in pouvaient recueillir des aumônes. En contrepartie de ces droits, la communauté in-in accepta de seconder les autorités publiques. Ces membres furent chargés de la surveillance de tous les mendiants opérant à Osaka, mission qui les transforma progressivement en auxiliaires de police. Placés ainsi au dernier échelon des forces de l'ordre, les non-humains, in-in, sont devenus des relais du pouvoir, usant et abusant parfois de leur autorité pour sévir contre ceux qui étaient
Xavier Mauduit
désormais plus marginaux qu'eux. Merci beaucoup Gérard Noriel, c'était le Cours de l'Histoire sur France Culture. Une émission préparée par la belle équipe du Cours de l'Histoire. Une émission à retrouver, il faut le dire, sur la chaîne Youtube France Culture. Oui parce que désormais sur cette chaîne Youtube il y a des podcasts et puis évidemment l'émission à retrouver à écouter sur le site franceculture.fr et
Podcast France Culture – 22 février 2026
Invitée : Pauline Peretz, maîtresse de conférences à l’Université Paris VIII
Animateur : Xavier Mauduit
Dans cet épisode, Xavier Mauduit s’entretient avec l’historienne Pauline Peretz autour de son ouvrage « Une armée noire, Fort Huachuca, Arizona, 1941-1945 ». Le dialogue mêle perspectives historiques et témoignages sur l’expérience méconnue des soldats noirs américains, hommes et femmes, cantonnés dans le désert d’Arizona pendant la Seconde Guerre mondiale. L’émission explore la ségrégation dans l’armée américaine, les paradoxes du racisme institutionnalisé, la vie quotidienne au fort et la notion de ce lieu comme laboratoire social et racial. Plusieurs extraits de lettres, chansons, et analyses viennent enrichir la réflexion.
Histoire des soldats noirs américains ([07:26–10:07])
Hiérarchie militaire et raciale ([10:07–12:10])
Témoignages et lettres ([19:38–20:19], [20:59])
Occupation et affectation des soldats noirs ([21:18–24:09])
Conditions d'entraînement et punitions ([24:23–26:55])
Sur les contradictions américaines :
« …un État qui se bat à ce moment-là contre les puissances de l’Axe, qui défend l’égalité des races, pratique (…) le racisme institutionnel. » – Pauline Peretz [02:45]
Sur l’expérience de la ségrégation :
« L’armée va vraiment importer un régime racial issu du Sud dans ce lieu qu’est l’Arizona. » – Pauline Peretz [13:46]
Lettre de soldat :
« Cette armée dans laquelle je sers est Jim Crow, de bout en bout… » – James Rucker, lettre à sa femme, novembre 1943 [19:38]
Sur l’innovation à l’hôpital militaire :
« Dans cet hôpital (…) on voit se mettre en place une technologie médicale de top niveau. (…) Les meilleurs appareils (…) cette équipe africaine américaine (…) médicale noire. » – Pauline Peretz [37:21]
Sur la micro-histoire comme révélation :
« Le pari de la microhistoire (…) lorsqu’on se situe au plus près des acteurs, on va entendre à la fois des paradoxes, des contradictions, des multiplicités de voix… » – Pauline Peretz [17:15]
L’épisode conjugue la rigueur de la recherche historique à une parole vivante, pédagogique et parfois émue. Les témoignages, l’usage de citations littéraires et musicales (James Baldwin, Bob Marley, Louis Armstrong), et la complicité entre les intervenants inscrivent le récit dans une perspective à la fois critique et incarnée.
Livre mentionné : "Une armée noire. Fort Huachuca, Arizona, 1941-1945" de Pauline Peretz (Seuil)
Recommandé pour : comprendre la complexité de l’histoire afro-américaine, du racisme institutionnalisé et des cheminements vers l’émancipation et l’intégration.