
Énigmatique ou à pleines dents, une histoire du sourire en peinture
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Alexia Gugemos
France Culture.
Robert l'amoureux
Le
Alexia Gugemos
cours de l'histoire. Xavier Mauduit.
Clémy Bouduit
sous capes, énigmatiques ou à pleines dents, une histoire de sourire. En 1814, paraît un traité médico-philosophique sur le rire. Oui, il est signé Denis Prudent-Roy qui s'interroge devant nous, sérieusement, admettre une différence réelle entre Le sourire est le sourire et dire que le sourire est proprement un acte a l'effet particulier de sourire ou du sourire, tandis que le sourire est l'action spécifique du sourire. Il dit très vite, cette distinction, je l'avoue, me paraît un peu trop subtile pour ne pas dire purement imaginaire. Ce qui est sûr pour lui, en revanche, c'est que la peinture fixe le sourire en développant avec aise ses formes gracieuses et les effets qu'il provoque sur toute la figure qu'elle est la place dans nos musées et dans l'histoire de l'art, du fabuleux sourire.
Singer (performing 'Diamonds Are a Girl's Best Friend')
Du
Clémy Bouduit
sourire dans le cours de l'histoire. Alexia Gugemos, bonjour.
Alexia Gugemos
Bonjour, Clémy Bouduit.
Clémy Bouduit
Gugemos. Vous me corrigez, c'est très bien. Dites-moi, depuis quand sourit-on dans l'art?
Alexia Gugemos
Alors, premier sourire troisième millénaire, on peut l'identifier à travers une sculpture qui est précisément conservée au musée du Louvre. Mais le sourire reste très rare dans l'histoire de l'art.
Clémy Bouduit
Le sourire est rare dans l'histoire de l'art et vu que vous évoquez le musée du Louvre, nous avons aujourd'hui dans le cours de l'histoire Sébastien Allard. Bonjour.
Sébastien Allard
Bonjour.
Clémy Bouduit
Vous dirigez le département des peintures au musée du Louvre. Quand nous nous baladons au milieu de ces œuvres fabuleuses, voyons-nous beaucoup de sourires.
Sébastien Allard
C'est pas le sentiment premier qu'on a quand on se promène dans les galeries de peinture ancienne. Peut-être aussi parce qu'on n'y prête pas suffisamment attention.
Clémy Bouduit
Oui, c'est ça. C'est toujours l'œil. Il faut travailler l'œil, essayer de le repérer. Alexia Guggemos, vous êtes critique d'art, historienne d'art et vous avez fondé ce musée du sourire. Quel est-il? Expliquez-nous.
Alexia Gugemos
Musée du sourire, créé en 1996 et qui répertorie les sourires dans l'art et plus précisément dans l'art contemporain. Il a beaucoup évolué depuis 25 ans jusqu'à présenter une collection de sourires d'art contemporain, des œuvres que j'ai acquises au fil des années.
Clémy Bouduit
C'est un musée virtuel?
Alexia Gugemos
Un musée virtuel, premier musée virtuel parce qu'il était pensé précisément pour ne pas être entre quatre murs compte tenu du sujet qui exprime l'éphémère, l'inattendu, la virtualité et donc il ne pouvait être que sur internet.
Clémy Bouduit
D'ailleurs la question se pose, qu'est-ce que le sourire?
Alexia Gugemos
Oh, le sourire! C'est une expression du visage, c'est un stimuli, c'est-à-dire que quand on fait une étude du cerveau, on peut se rendre compte que l'expression du sourire suscite une émotion, mais dans un premier temps et avant la reconnaissance faciale. Donc c'est ce stimuli qui suscite la joie. La joie qui est notre sujet précisément aujourd'hui. Et donc on a trois types de sourire. Le sourire de la joie, qui est caractéristique des enfants. On peut dire que les enfants sourient 400 fois plus qu'un adulte, selon une étude. On a le sourire d'affiliation, le sourire social, qu'on peut très bien comprendre. Et selon le sociologue David Le Breton, selon les pays L'approche est différente. Par exemple, aux États-Unis, ça veut dire « Ok, si tu souris, c'est qu'on peut discuter ». En revanche, au Japon, quand on sourit, on peut annoncer la mort de quelqu'un avec le sourire, justement pour alléger la peine. Enfin, il y a tous des codes selon différentes civilisations. Et puis, troisième sourire, on a le sourire de domination, le sourire carnassier, le sourire sarcastique qui rejoint un peu
Clémy Bouduit
le rire. Et puis, disons-le, le sourire est très difficile à rendre réel si l'on n'y croit pas. Un faux sourire, ça se voit tout de suite. Et justement, une vraie variation du sourire selon là où l'on se place, et c'est vrai qu'en parlant d'histoire de l'art, souvent nous faisons une histoire très centrée sur l'Occident, sur l'Europe. Sébastien, alors, l'histoire du sourire dans le temps, la représentation du sourire, elle aussi varie selon les moments. La signification du sourire n'est jamais
Sébastien Allard
la même. Oui, c'est ce que soulignait d'ailleurs Alexia. Je pense que la caractéristique principale du sourire, c'est son ambiguïté. puisque le sourire peut être aussi bien l'expression de l'innocence que de la perversité, d'une proximité ou au contraire d'une distance, l'expression d'un mouvement de l'âme ou au contraire pure convention. Et d'autre part, le sourire est vraiment quelque chose qui est une expression socio-historique aussi. Donc socio-historique de la personne qui émet le sourire et dans la représentation de celui qui le reçoit, donc qui n'est pas nécessairement contemporain du moment où le sourire a été fixé sur la toile. Et d'un point de vue esthétique, ce qu'il faut dire, c'est que le sourire permet aussi de maintenir la forme. Vous évoquiez au début la différence entre le rire et le sourire. Le rire, ça va être l'expression d'une passion parfois transgressive. Le sourire, c'est canalisé. Et d'un point de vue esthétique, c'est aussi canaliser la forme. Le sourire ne déforme pas le visage. C'est la raison pour laquelle, dans les portraits avant le 19e et le 20e siècle, le sourire a été préféré
Clémy Bouduit
au rire. Oui, parce que le rire, effectivement, déforme l'ensemble du visage. Le visage n'est plus reconnaissable et surtout, ça monte une perte de maîtrise de son corps. C'est ça aussi le sourire. Alexia Guggemos s'est jouée sur la maîtrise du corps. On maîtrise
Alexia Gugemos
son sourire. La difficulté de représenter le sourire dans l'art, dans la sculpture ou dans la peinture, c'est qu'on vient figer quelque chose qui est éminemment en mouvement, puisqu'on est dans le mouvement des lèvres vers le haut. Comment la représenter? C'est pour ça que le sourire est si rare dans l'histoire de
Narrator/Poet (reading about the funambulist)
l'art, c'est que c'est
Alexia Gugemos
très difficile. D'où la virtuosité de Léonard de Vinci, qui lui a observé la nature, qui est un ingénieur et qui intègre ce mouvement dans toutes ses représentations, même celles d'un arbre. On peut revenir sur cette notion de mouvement. Mais effectivement, on peut l'exprimer sous la forme d'un geste, comme Franz Hals par exemple, à travers la rondeur, comme justement le portrait d'Ébile à Marie, ou je pense à ce sourire archaïque en Grèce. antique au VIe siècle avant Jésus-Christ, cette série de sourires archaïques, des courroses et décorés, qui est caractérisée par la rondeur des yeux par exemple. On est dans
Clémy Bouduit
la douceur. On est dans la douceur, on est dans la sculpture aussi, parce que quand vous parlez de cette statuette qui est sublime, cette sculpture mésopothéamène et bi-île, qui est toute blanche comme ça avec ses yeux sensationnels, et puis ces sculptures antiques et grecques, nous avons du sourire dans la pierre, mais nous en trouvons aussi chez nous, j'ai envie de dire de manière plus récente, au
Jean Patard
XIIIe siècle. Jean Patard, je crois qu'il est inutile de vous présenter aux téléspectateurs champenois. D'une part, vous êtes né en Champagne, à Reims très exactement. Et d'autre part, c'est à Reims que vous avez fait vos débuts dans
Jean Patard (singing)
la chanson. Mais depuis quelques temps, j'ai bifurqué un petit peu. En effet, je fais de la publicité, je fais des jeux, des jeux dans une chaîne de grands magasins que je ne nommerai pas, bien sûr, tout le long
Jean Patard
de l'année. Et j'ai appris que dernièrement, vous aviez composé une chanson sur une des figures les plus illustres de
Jean Patard (singing)
notre cathédrale. En effet, j'ai fait les paroles de cette chanson, L'ange au sourire, pour glorifier notre ange que l'on adore, bien sûr, à Reims et dans le monde entier, sur une musique de Jean Moutet, L'ange
Jean Patard
au sourire. Alors, Jean Patin, nous vous écoutons dans L'ange
Jean Patard (singing)
au sourire. Avec plaisir. Tu es l'ange au sourire, au sourire enfantin Qui voudrait des matins remplis de joie de vivre Que la foi nous délivre en donnant à nos cœurs Un peu de ton sourire, un
Clémy Bouduit
peu de ton bonheur Ah Jean Patard, nous n'écoutons jamais ça, c'est Jean Patard qui en 1966 à Reims chante l'Ange au sourire. Une statue très connue sur cette façade. Dites-nous Sébastien, le fait que l'on connaisse si bien l'Ange au sourire de Reims signifie aussi que peu d'autres
Sébastien Allard
statues sourient. Alors, effectivement, peu d'autres statues souris. On est là, autour de Reims, dans un monument où il y a quand même beaucoup de sourires. Mais sur l'ange au sourire, pour revenir à la question aussi de la réception du sourire, c'est assez intéressant parce que l'ange au sourire, là, évoque évidemment la béatitude, la béatitude céleste qu'on trouve très souvent associée aux anges. Mais ce qu'il faut voir aussi, c'est que le sourire de l'ange tel qu'on le voit aujourd'hui, ce visage de l'ange, en fait, a été reconstitué. Et s'il est aussi célèbre probablement pour nous aujourd'hui, c'est qu'il exprime aussi quelque chose lié au XXe siècle, qui est en partie la destruction de la cathédrale de Reims, où le visage de l'ange, donc le sourire, a été détruit pendant la Première Guerre mondiale. Et cette célébrité du sourire a peut-être aussi une connotation au XXe siècle, qui est finalement le maintien de cette culture française. Ça a été un instrument de propagande contre la destruction de la cathédrale par les Allemands. Donc, on voit comment le sourire est toujours aussi tributaire du contexte dans lequel il
Clémy Bouduit
est reçu. Alexia Guggemos, ce sourire que vous recherchez partout à travers le musée du sourire, il se retrouve comme ça par trace. En fait, il n'y a pas une école artistique
Alexia Gugemos
du sourire. Non, effectivement, c'est très caractéristique d'un talent, d'une personnalité qui ose le sourire. On peut parler de subversivité, mais c'est engageant, c'est politique. Par exemple, cet ange au sourire de la cathédrale de Reims, Elle vient après onze siècles d'absence de sourire, de boycott de la religion catholique. Pourquoi? Parce que le sourire a longtemps été présenté par Saint-Bazin, par Rirasme, etc. comme source de plaisir, donc de péché. Donc le sourire de l'ange, alors première apparition vraiment de l'ange, d'un ange souriant, c'est Plutardif, c'est Van Eyck, donc vraiment c'est très précurseur. On peut voir quelques autres aussi de ces représentations du sourire qui sans doute ont été augmenté, accentué lors de la restauration, mais c'est une apparition en fait. Et quand on se positionne devant la cathédrale, c'est sur la gauche, le sourire est de biais, il y a une sorte de connivence. on est sensible et attiré par ses expressions de complicité, elle vous transperce le cœur, elle crée comme un message qui est perçu. Ça me fait penser à André Malraux qui dans « Les voix du silence » disait que ce sourire à propos de l'ange au sourire, qui s'adresse à celui qui le regarde. Et ce que j'aime particulièrement dans le sourire dans l'art, que je cherche depuis 25 ans, que je scrute, c'est cet écho, cette résonance qu'un sourire à travers les âges peut résonner
Clémy Bouduit
chez quelqu'un comme nous. Sébastien, là, vous nous avez bien dit que c'est politique. Ce sourire est dans le cadre de la religion. C'est politique aussi. Le sourire
Sébastien Allard
divin a un sens. Ça peut être politique. En l'occurrence, ça l'est d'une certaine manière devenu dans le cadre d'une propagande, mais qu'à l'origine, c'est l'expression de la grâce. Donc il y a ce rapport qu'on évoquait aussi qui est particulier au corps, c'est-à-dire que la grâce va évoquer, disons, quelque chose de l'ordre de la transfiguration. Le rire, au contraire, va mettre l'accent sur la corporealité. Si on songe à un autre, pour rester dans la période médiévale, Une autre expression du sourire, on a dans la cathédrale de Bamberg d'un côté les élus qui montent avec le sourire de la béatitude et de l'autre les damnés qui tombent avec une espèce de rire, de rictus, qui au contraire va mettre en avant leur corps. Un fil qui va encore plus loin si on songe au sourire de l'ange. On songe évidemment à Bernin et à la transverbération de Sainte-Thérèse, où Sainte-Thérèse, elle, ne sourit pas. Elle a la bouche ouverte, on voit ses dents dans la catégorie de l'extase. Mais l'ange qui apporte la grâce, qui est
Clémy Bouduit
la grâce, lui, sourit. Vous avez prononcé le mot terrible qui est celui de dents. À quel moment les dents apparaissent dans le sourire? Est-ce que cela, vous notamment Alexia Guggemos, vous avez pu le retrouver en
Alexia Gugemos
cherchant tous vos sourires? En effet, Louis XIV, quand il avait 40 ans, n'avait déjà plus de dents. Donc cet apport, ce soin apporté aux dents est très récent, puisqu'il date finalement du XVIIIe siècle. Les représentations de personnages souriants, bouche ouverte avec les dents, s'applique aux jeunes hommes. Et puis finalement c'est Elisabeth Vigée-Lebrun qui, par ses autoportraits, par le portrait de Marie-Antoinette, ose ose montrer ses dents qui sont des éclats, des éclats de joie, à la fois dans sa façon de peindre et de représenter et d'exprimer une forme de
Clémy Bouduit
liberté. C'est un tournant. C'est un tournant, nous parlions du Bernin contemporain de Louis XIV, Louis XIV avec une dentition désastreuse, mais le Bernin ose les dents avec Sainte-Thérèse. Quel est le message, quelle est la signification? Peut-être même
Sébastien Allard
au-delà de l'audace artistique? Oui, la question des dents, effectivement, le 18e siècle et Mme Vigée-Lebrun va être un tournant. Cette question apparemment banale des dents, mais aussi en exergue, c'est deux choses. D'une part, qu'il y a quand même, à certains moments, le sourire est genré, si je puis dire. C'est-à-dire que les femmes, effectivement, ne montrent pas leurs dents, les cachent derrière un éventail quand elles rient, quand elles sourient. Et dans les portraits avant Mme Vigée-Lebrun, en gros, on ne montre pas ses dents. En revanche, au XIXe siècle, on va voir chez Renoir, on va voir ensuite au XXe siècle chez Van Dongen, etc. Là, les dents vont devenir assez habituelles. Ça, c'est la première chose. Et la deuxième chose, c'est aussi une expression sociale, puisqu'on voit que dans des sourires, lorsqu'on voit les dents, c'est bien souvent des personnages du peuple. Alors, si on va au musée du Louvre, on verra que de Ribera, on a le pied-beau qui est un enfant qui a une sorte de pied-beau. Je crois que ce n'est pas tout à fait un pied-beau, mais qui a une maladie du peuple et qui sourit extrêmement largement. Et là, il ne rit pas. Donc ça, c'est aussi une expression populaire, le rire. Mais il sourit fier de sa pose et il pose très, oui, très, très fier. Et le peintre, d'une certaine manière, avec ce sourire, avec ses dents qui sont en mauvais état, redonne à cet enfant du peuple sa dignité. Et si là aussi, on veut tirer un fil jusqu'à aujourd'hui, je crois qu'il y a Un artiste qui a donné toute cette gamme des sourires et qui a redonné une vraie dignité aux sourires du peuple, c'est Pasolini. Que ce soit le sourire extatique de Joseph dans l'Évangile selon Saint Matthieu ou la dignité du sourire du peuple dans les Ragazzi di Vita. Donc là, on a des fils
Clémy Bouduit
qui traversent les siècles. Et une lecture différente justement de ces sourires à pleines dents où l'on voit les dents. Parce que pour bien comprendre, le sourire avec les dents, au XVIe siècle, encore au XVIIe siècle, peut être mal perçu. Quelqu'un du peuple, mais là il n'y a pas de jugement, en revanche mal perçu quand il s'agit plutôt d'une prostituée. Une femme qui rit à pleines dents
Alexia Gugemos
est plutôt une prostituée. Oui, tout à fait. Les femmes en riant, souriant transgressent, enfin interdisent. Donc ça ne peut être qu'une prostituée telle que c'est représentée. C'est Franz Hals en montrant la bohémienne, en choisissant des sujets très populaires qui osent justement faire des représentations de personnes du peuple qui ne sont pas des
Clémy Bouduit
fous ou des prostituées. Dites-moi, Sébastien Allard, sur ce
Sébastien Allard
sourire à pleines dents. Oui, la bohémienne est en réalité probablement une courtisane. Le titre bohémienne est un titre postérieur. Et vous évoquiez la question du fou. Ce qu'on voit aussi chez Velázquez, c'est aussi une association parfois du sourire et de ce qu'on appellerait aujourd'hui du handicap. Donc, on a un certain nombre de bouffons chez Velázquez qui sourient et qui, là aussi, cette question de dignité de la personne et de redonner finalement cette dignité à un sourire qu'on ne comprend pas. Donc, on ne comprend pas exactement le sourire du bouffon, pas le rire, le sourire du bouffon lié au handicap. On ne comprend pas. Simplement, on a l'expression de quelque chose de positif. Et ça, c'est un élément assez important qu'on retrouve ensuite,
Clémy Bouduit
évidemment, dans le cinéma. Qu'on retrouve évidemment dans le cinéma avec des sourires. Juste le fait de les évoquer à la radio provoque
Singer (performing 'Diamonds Are a Girl's Best Friend')
en tête des images. A kiss on the hand may be quite continental But diamonds are a girl's best friend A kiss may be grand But it won't pay the rental on your humble flat Or help you at the automap Men grow cold as girls grow old And we all lose our charms in the end But square-cut or pear-shaped These rocks don't lose their shape Diamonds are a girl's best friend Tiffany's Cartier Black Star, Ross, Gorham Talk to me Harry Winston,
Conversationalist 1
tell
Singer (performing 'Diamonds Are a Girl's Best Friend')
me all about it There may come a time when a lass needs a lawyer But diamonds are a girl's best friend There may come a time when a hard-boiled employer Thinks you're awful nice But get that ice or else no dice He's your guy when stocks are high But beware when they start to descend It's then that those louses go back to their spouses. Diamonds are
Clémy Bouduit
a girl's best friend. Marilyn Monroe qui considérait que les diamants étaient ses meilleurs amis et elle qui avait un sourire avec des dents alignées comme un collier de perles dans le cours de l'Histoire sur France Culture, une émission réalisée par Alexandre Manzanares avec aujourd'hui à la technique Clara Galivel. Nous nous intéressons au sourire et au moment d'évoquer le sourire, le cinéma est un moment passionnant du sourire parce que, comme vous nous l'avez dit, Alexia Guggemos, le sourire est émouvant. Et dès lors, le cinéma permet de nous créer un imaginaire du sourire des images
Alexia Gugemos
que l'on veut reproduire. Vous avez très joliment fait passer cette chanson avec Marilyn Monroe. Ça me fait penser à cette œuvre majeure d'Andy Warhol, évidemment, donc 1967, qui représente Marilyn Monroe. Lui, il est dans la dénonciation de la société de consommation, dans le multiple. On a le visage de Marilyn Monroe qui se pare de toutes les couleurs, qui est magnifié. Mais en réalité, il était assez triste, Andy Warhol, parce que c'était une œuvre pour lui très sérieuse. Marilyn Monroe venait de se suicider et c'était un
Clémy Bouduit
hommage qu'il lui rendait. Et le sourire à pleines dents, parce que c'est ça qui est passionnant, est permis. Alors nous évoquons le cinéma. Le cinéma fait que le sourire devient incontournable. Le sourire du XXe siècle devient une norme. Sébastien, à partir de quel moment le sourire s'impose? Vous nous avez parlé du XIXe siècle, de Renoir. Nous sommes à la fin du XIXe siècle, nous sommes dans cet univers impressionniste. proche des intérêts du peuple aussi, de la vie, du quotidien. C'est là où le sourire s'impose comme quelque
Sébastien Allard
chose de normal, d'acceptable. Alors, le sourire s'impose antérieurement dans le portrait, disons, ce qu'on a appelé le portrait de condition, c'est-à-dire déjà au XVIIIe siècle, les femmes parce que le sourire va être une manière de voiler l'expression des passions tout en donnant un caractère agréable au visage. La photographie va jouer un rôle important au moment où on va avoir un instantané photographique, puisque ça, ça va permettre d'éviter des longues séances de pose, comme l'évoquait Alexia tout à l'heure, qui peuvent rendre le sourire tout à fait artificiel. Et ensuite, quand va se diffuser la photo de famille, Donc dans un univers, disons, plus familial où on est plus détendu, le sourire « say cheese », si je puis dire, va se répandre et va aussi contaminer, d'une certaine manière, des portraits. plus officielle ou plus de représentation qui, jusqu'à présent, était posée, exprimait la condition et maintenait les hiérarchies sociales. Et puis, aujourd'hui, on arrive peut-être à un moment où ce sourire devient lui-même tellement une convention qu'il va falloir
Clémy Bouduit
ne pas sourire dans des portraits. Oui, parce que le portrait, pour être sérieux, ne doit pas être souriant, c'est ce qui a été le cas pendant longtemps. Justement, si l'on pense à ces portraits, alors ça peut être le portrait d'un homme qui veut s'imposer, mais même un portrait officiel, un portrait royal. À quel moment nos souverains commencent à
Alexia Gugemos
sourire, Alexia Ghiljemos? C'est dur ça! Sur les photos officielles, je les passe en revue. C'est un vrai sujet parce que quand on se montre souriant dans les entreprises, les managers vous diront, les DRH, qu'on manque de crédibilité. Donc, faut-il se montrer avenant ou pas? Ça, c'est vraiment un sujet qui
Clémy Bouduit
est abordé, qui est très contemporain. Sébastien Allard, juste sur ces tableaux officiels, c'est vrai que nous n'imaginons pas un Louis XIV
Sébastien Allard
ou un Napoléon avec la banane. Non, alors Louis XIV, je suis maître de moi comme du reste du monde, n'est pas souriant. Antérieurement, on a le portrait de Charles V, par exemple, la sculpture où il sourit et au Louvre, et toujours au Louvre surtout, on a un portrait de François Ier par Titien. où François Ier est vu de profil souriant. Alors, il sourit parce que c'était d'une part sa nature, c'était un roi extrêmement aimable, mais aussi c'était l'image de ce qu'on a pu appeler une sorte de sprezzatura, c'est-à-dire une sorte de désinventure cultivée. du courtisan, sachant que ce n'est pas encore le souverain absolu, c'est le primus inter pares, le roi courtisan. Et puis aussi, pourquoi sourit-il? C'est que Titien n'a jamais vu François Ier et a réalisé ce portrait de profil d'après une médaille de Benvenuto Cellini, donc c'est peut-être aussi une manière pour l'artiste de donner vie à son portrait. Mais évidemment, à partir du moment où se met en place, disons, une monarchie absolutiste, à ce moment-là, on est maître complètement de ses passions et le souverain n'est plus un primus inter pares. Et on voit que le portrait officiel de l'homme d'État, du souverain, ne sourit pas, en tout cas en France, quasiment jusqu'au XXe siècle. Si on regarde les photographies des présidents de la République, C'est seulement à partir de la photographie de Valéry Giscard d'Estaing par l'Arctique que le président esquisse un sourire. Et ensuite, à partir de Valéry Giscard d'Estaing à l'Arctique jusqu'à aujourd'hui, le président maintenant esquisse toujours un sourire, ce qui lui donne quelque chose probablement de plus moderne
Clémy Bouduit
et de plus proche du peuple. Beaucoup de représentations dans ce que nous disons à partir du sourire lui-même représenté en peinture. François 1er souriant mais François 1er parce que ce roi venant tel qu'il a été imaginé, construit, diffusé. Henri IV pareil, Henri IV souriant tel qu'il a été imaginé mais pour nos présidents de la République effectivement il y a
Narrator/Poet (reading about the funambulist)
la photo, demandons l'avis, d'un photographe. Regardez le funambule sur son fil. Il s'équilibre grâce à un balancier qu'il tient horizontal, bien serré dans ses mains. Il agrandit ainsi son polygone de sustentation, et par cet élargissement factice, réduit les déplacements de son centre de gravité. Sommes-nous en difficulté sur un terrain escarpé, aussitôt nous écartons les bras pour garder notre aplomb. Ainsi le sourire, horizontal, écarté sur les côtés de part et d'autre des commissures des lèvres, qu'il relève un peu, équilibre le visage et fixe l'attention de notre vis-à-vis sur l'axe médian de la face, l'axe de la communication. En haut et en bas les yeux et les lèvres
Clémy Bouduit
horizontaux, et au milieu le nez. Marion Malenfant, qui lisait dans le cours de l'Histoire sur France Culture ce que disait Ouidji, photographe new-yorkais. Nous sommes dans ce monde noir et blanc absolument sublime. Ce qu'il disait du sourire. Alexia Guggemos, ce sourire lié à la photographie, c'est une nouvelle étape du sourire. C'est-à-dire qu'avec la photographie, le sourire est capté et devient cet impératif qui nous conduit à ce que nous disait Sébastien Allard, à des présidents qui arrivent à sourire à
Alexia Gugemos
la fin du XXe siècle, enfin. On peut parler de conquête du sourire au XXe siècle à travers la photographie, mais qui a été très tardive, parce que les premiers portraits n'étaient surtout pas souriants. Daguerre et autres, c'était des portraits très officiels, posés trois quarts. La conquête du sourire a été longue aussi en photographie. J'ai un sourire en tête merveilleux qui est celui de Sabine Weiss qui est décédée récemment et qui est le portrait d'une petite Égyptienne. Il a ce sourire spontané, naïf, qui n'est pas justement d'un sourire posé. Et je pense que s'il est aussi beau, c'est parce qu'il a été... C'est une sorte de capture, si j'ose le mot, sur le vif. et qui gardent ce naturel et le regard est au loin, donc il y a sous cette perspective de joie, de bonheur, d'une trajectoire à effectuer. Mais finalement les sourires, on croit qu'ils sont très nombreux en photographie, c'est vrai que c'est facile de se faire un smiley, un selfie avec nos smartphones, mais en réalité ceux qui sont les plus inspirés, les plus les plus solennels, supposent quand même un certain
Clémy Bouduit
regard étalant en tant que photographe. Je suis très content que vous ayez évoqué Sabine Weiss que nous avions reçue dans le cours de l'histoire il y a peu de temps, qu'elle nous avait reçues dans son atelier. C'était fascinant et son sourire était exceptionnel. Énormément d'espièglerie. Très très beau moment que nous
Sébastien Allard
avions passé avec elle. Sébastien Allard. Je voudrais rebondir sur ce qu'a dit Alexia à propos de ce sourire d'enfant. Il y a aussi les moments où on est gêné par l'absence de sourire. C'est-à-dire, par exemple, aujourd'hui dans le portrait d'enfant ou depuis le XIXe siècle, quand l'enfant ne sourit pas, ça pose question et on a des portraits d'enfants qui apparaissent même comme inquiétants. que ce soit chez Géricault ou chez d'autres artistes, en particulier chez des artistes qui ont voulu... Ou même chez Goya, il y a un petit garçon, Victor Guy, un magnifique tableau où l'enfant pose devant un mur vide. Il a tout ce qu'il faut pour être un enfant sage et en même temps, il ne sourit pas. Il y a une sorte d'inquiétude de ces artistes qui ont voulu traduire ce qui était propre au monde de l'enfance, ce qui n'était pas ce que l'adulte projette sur lui. Et cette absence de sourire
Clémy Bouduit
peut être, dans certains cas, inquiétant. Oui, parce que le sourire est multiple. Il y a le sourire sarcastique, il y a le sourire du bonheur et puis il
Robert l'amoureux
y a le sourire de l'amoureux. Et voici
Clémy Bouduit
une chanson
Robert l'amoureux
dont je suis l'auteur. Merci, merci. Et que j'ai intitulée Souris à la vie. C'est une chanson gagarde et encourageante. On trouve chez tous les libraires des bouquins volumineux Écrits par des gens austères sur les moyens d'être heureux Je me suis flanqué des mots de tête, allé lire inutilement Pour découvrir ce que c'est bête, le truc l'autre jour embrasant Souris à la vie, le temps passera Souris à la vie, la vie te sourira Suppose que tu perds ta femme, tes clés ou ton porte-monnaie Tu vas pas en faire un drame, te rouler sur le parc Précipite-toi devant ta glace et souris-toi tant que tu peux Tu verras que les ennuis passent quand on regarde un homme heureux Souris à la vie, le temps passera Souris à la vie La vie te sourira Je sais bien que c'est difficile De sourire continuellement A moins d'être un imbécile On peut pas sourire tout le temps Mais c'est là qu'est la combine Pour pas prendre de tiques nerveux Au lieu de montrer tu camines Tu souris avec les yeux Imaginez la planète si tout le monde en faisait autant Le cas qu'on condamne à perpétue c'est après ça En rigolant c'est fini y'aurait plus de guerre Parce qu'enfin c'est bien connu On n'a jamais rien pu faire quand on se marre comme un bossu Surtout que maintenant la guerre c'est avec des boutons Alors le gars qui se marre il appuie sur le bouton Il se trompe, il prend sa bombe sur la gueule C'est fini y'a plus de guerre Souris à la vie, le temps passera. Souris à la vie, la vie te sourira. La vie te sourira. Ben oui, faut sourire. Voyons madame, allez, un petit effort madame. Allez, allez,
Clémy Bouduit
saut, saut, saut. Voilà, merci madame. Voilà, merci madame et merci Robert l'amoureux, la vie beaucoup plus jolie avec du sourire, c'est ce qui nous intéresse aujourd'hui dans le cours de l'histoire. Sébastien, nous avons dit que la photographie modifie notre rapport au sourire parce qu'il est plus aisé de mettre un sourire, ça devient d'ailleurs la norme, un sourire, dit Twicity, dit Cheese, et il faut le sourire. Mais vous nous avez dit que le sourire était là antérieurement sur le portrait, dès le XVIIIe siècle. Ce sourire-là est significatif aussi, il est signe de quoi? De grâce, il est signe de bonne
Sébastien Allard
santé, de que tout va bien. Il est antérieur au XVIIIe siècle. La Joconde en est le meilleur exemple, ou les tableaux d'Antonello d'Amessine. Mais il peut être pure convention. Il peut être aussi pure convention. La femme aristocrate en particulier, comme Madame de Sorkinville peinte par Perronneau, n'exprime pas grand chose en dehors du du sourire. Après, il peut y avoir... Tout dépend là aussi de la commande des portraits peints parce que c'était... Même quand on représentait des pauvres, il y a toujours une commande derrière de personnes qui ont les moyens de se payer un tableau. Donc il peut y avoir aussi dans quelques cas des portraits privés qui évoquent, comme on l'a vu dans la chanson, qui peuvent aussi évoquer l'amour. On a des portraits notamment de jeunes femmes qui tiennent des lettres du haut XVIe siècle à la Renaissance ou des vers qui sont des allusions très claires à l'amour. Il peut y avoir des des portraits avec des sourires qui évoquent le mariage, ou notamment dans les pays du Nord, c'est-à-dire que si vous promenez dans les galeries du Nord, dans les galeries du Louvre, vous verrez qu'en Italie, en France, c'est un petit peu plus long à démarrer, si je puis dire. Mais si vous êtes dans la peinture flamande ou hollandaise du XVIIe siècle, alors là, des sourires, et en particulier, en tout cas en Hollande, une société bourgeoise, là, des sourires, vous en verrez beaucoup. Sourires, chez Hals, mais chez d'autres, sourire qui est aussi l'expression du bonheur familial, de
Clémy Bouduit
la réussite sociale, etc. Et puis, il y a ce sourire qui est incontournable parce qu'il est énigmatique.
Sébastien Allard
On ne peut pas y échapper. Le sourire de la Joconde ne pense à rien. Elle dit à travers ce sourire. Je ne pense à rien. C'est Léonard
Clémy Bouduit
qui pense pour moi. Paul Valéry. Quand on entend ce que disait Paul Valéry sur le sourire de la Joconde, nous avons ici la vision d'un homme du XXe siècle sur ce tableau du XVIe siècle parce que le sourire de la Joconde a marqué le XXe siècle d'ailleurs. Toujours ce questionnement, Sébastien Allard, la Joconde vedette aujourd'hui du musée du Louvre, il y a
Sébastien Allard
un siècle, un peu moins vedette. Oui, vraiment vedette et le sourire de la Joconde. La formule de Paul Valéry est extrêmement complexe et dit plus qu'elle ne semble dire parce qu'elle souligne d'une part ce sourire de la Joconde qui est, si je puis dire, une des spécialités qu'évoquait Alexia au début de Léonard de Vinci qui a peint toute la gamme. Mais elle explique aussi le côté un peu conventionnel qu'on peut percevoir nous aujourd'hui du sourire, mais aussi le surinvestissement qu'on a, nous, en tant que contemporains,
Clémy Bouduit
sur ce sourire de cette icône. Oui, il
Alexia Gugemos
y a toujours notre regard contemporain. Alors moi j'ai une préférence pour le sourire du Saint Jean-Baptiste, de Léonard de Vinci, parce qu'effectivement il n'a pas énormément de sourire Léonard de Vinci, il les dessinait, il a fait une déclinaison justement avec Sainte Anne et l'Enfant Jésus, etc. C'est vraiment son sujet. Mon préféré c'est le Saint Jean-Baptiste, pourquoi? Parce qu'en présentant le bras face avec le coude qui vient souligner le mouvement du sourire. En plus, il est dans un mouvement où il montre le ciel. Je trouve que le sujet est le sourire de cette œuvre, qui est moins
Clémy Bouduit
le sujet principal de la Joconde. Et dans votre musée du sourire, bien sûr, il y a cette volonté d'histoire de l'art, de compréhension du sourire. Mais Vinci est un
Alexia Gugemos
maître, un maître étalon du sourire. Oui, on peut dire maître étalon du sourire, un incontournable. Alors dans le musée du sourire, je ne peux pas montrer les œuvres puisque pour les problèmes de droit, mais j'ai un petit bout de la Joconde à travers une affiche de Roman Syslewicz qui est un affichiste polonais et qui a représenté la Joconde dominante de vert avec une larme de sang et en fait c'est une affiche de mai 68 qu'il a faite pour la couverture d'une revue, la revue Opus et qui exprime la souffrance de la France ou en tout cas la France touchée par mai 68. C'est mon petit bout de la joconde à
Clémy Bouduit
moi sur le musée du sourire. Sébastien Allard, vous dirigez le département des peintures au musée du Louvray. Bien sûr, là je compte le sourire. Nous savons tous, des gens viennent du monde entier pour voir ce sourire-là. Que viennent voir les gens en fait? C'est le sourire lui-même ou plutôt
Sébastien Allard
un imaginaire autour de ce sourire? C'est extrêmement difficile à dire. Je pense que c'est les deux. Après, une œuvre aussi célèbre, comment peut-on encore aujourd'hui la regarder? Parce qu'on a tout cet imaginaire qui est là, qui est derrière. Marcel Duchamp et puis ses réutilisations. Et puis aussi le fait que ce sourire est lui-même vu à travers la médiation des photos qu'on peut en faire avec son téléphone. Donc ce que le public vient voir, je ne peux
Clémy Bouduit
pas vous le dire très précisément. Et vous, quand vous vous baladez devant ces œuvres? Vous regardez ce sourire de
Sébastien Allard
la Joconde, vous le voyez encore? Alors, oui, je le vois, mais c'est vrai, ça va faire un petit peu privilégié, mais il faut bien qu'on ait quand même quelques fois des petits plaisirs. En plus, j'ai vu la Joconde, si vous voulez, en vraiment face à face, sortie sorti de sa vitrine. Alors c'est vrai que la vitrine, le dispositif, de... n'aide pas nécessairement à percevoir le sourire. Mais ce que je peux dire pour revenir sur la question de Léonard, c'est que, et je suis assez d'accord avec Alexia sur le Saint-Jean-Baptiste, c'est qu'on a là effectivement le maître du sourire et le sourire le plus ambiguë, le plus étrange, le plus... C'est celui de Saint-Jean-Baptiste, effectivement, qui sort de l'ombre pour y retourner. Et ce sourire qui est à la fois la grâce divine, aussi une notion d'homoérotisme liée à Léonard et à son modèle, la question de la jeunesse sans âge, tout est là,
Clémy Bouduit
présent, dans ce sourire de Saint-Jean-Baptiste. Nous parlons du sourire dans le cours de l'histoire, de la représentation du sourire en peinture. Oui, mais parfois, c'est l'absence
Conversationalist 1
même de sourire qui fait sens. « J'en ai marre que tu fasses la gueule tout
Jean Patard
le temps, c'est plus possible,
Conversationalist 1
ça me… » « Je fais pas la gueule! » « Oh si! La tronche que
Sébastien Allard
tu tires!
Conversationalist 1
Avec la fourche en plus, je te raconte tout! «
Jean Patard
» Mais loul! » « Ah tu vois? Tu le prends mal,
Conversationalist 2
je le savais!
Conversationalist 1
» « Je fais pas la gueule, j'ai
Jean Patard
été
Conversationalist 1
peint comme ça, c'est tout! Et toi aussi? » « Ah non! Pas moi! Moi je
Jean Patard
suis stoïque! » « Stoïque? » «
Conversationalist 1
Ma bouche est droite, la
Jean Patard
tienne penche vers le bas.
Conversationalist 1
Tu fais la gueule, pas moi!
Jean Patard
» N'importe quoi, ce qu'il faut pas entendre. Arrête de
Alexia Gugemos
chercher des excuses.
Conversationalist 1
Je fais pas la gueule. Oh si, tu fais la gueule. Mais tu voudrais que je fasse quoi? Que je sourie? Comme ça, oui. Ah là c'est pas du jeu, tu
Jean Patard
fais exprès d'en faire trop. Mais juste un petit rectus de temps en temps, même sans voir les dents, ça me ferait des vacances. Non mais, mais, mais, mais réfléchis deux minutes, on représente quoi? Pourquoi on est connu dans le monde
Robert l'amoureux
entier, hein? Pourquoi on représente le monde
Conversationalist 2
rural? Le travail, la
Clémy Bouduit
dureté de la vie. En
Conversationalist 1
1930, la vie était dure, pas comme maintenant. Il y a eu la crise de 29 et tout
Jean Patard
ça. Et tu
Conversationalist 1
voudrais qu'on sourie? Et pourquoi pas, hein? Pourquoi pas? Ça donnerait un
Clémy Bouduit
peu de gaieté. Les gens aiment les choses gays. J'ai rien entendu. Ça donnerait un peu de gaieté. Les gens aiment les choses gays. Là on l'a entendu, amusez-vous, amusez-moi, la formidable série sur Arte, formidable chaîne aussi, qui parle du tableau « American Gothic », un tableau de 1930 de Grant Wood. Ce tableau où l'on voit un couple devant une ferme, elle lui
Alexia Gugemos
tient la fourche, il y a l'absence de sourire. Mais le fait de souligner l'absence de sourire, c'est très très fort Alexia Guggemo sur ce tableau. Sur ce tableau, c'est vrai, on est immergé dans une ferme aux Etats-Unis et les paroles sont très très justes et très drôles, ce qui transforme l'interprétation du tableau. Moi, sur le musée du sourire, j'ai un No Smile qui est signé Ben. Et en réalité, je pense qu'il faut, comme il s'agit d'un équilibre de mouvements, comme je le dis, il faut le balancer. Le balancer, c'est la joie, la tristesse. Et ce contraste, un petit peu
Clémy Bouduit
comme dans le saint Jean-Baptiste, on est dans le clair obscur aussi des émotions. Donc cette approche non-sourire peut faire sourire et elle est très bienvenue. Et puis surtout, ce qui est très bienvenu, c'est cette signification à donner sans cesse au sourire. Mais la recherche du sourire ou de l'absence de sourire, c'est ce que vous faites, vous Alexia Guggemo, dans votre musée du sourire. Sébastien, alors le Louvre, c'est grand le Louvre. Moi, j'ai pris l'habitude de visiter votre musée avec des thèmes. Vous savez, c'est comme ça, on voit un parcours, on cherche les couleurs, ça
Sébastien Allard
marche bien. Je cherche le jaune. On pourrait faire un parcours autour du sourire, s'amuser comme ça à regarder toutes ces œuvres en cherchant des sourires? Oui absolument, d'ailleurs je l'ai fait moi-même lorsque vous m'avez invité pour cette émission et pas plus tard qu'hier en traversant la Grande Galerie où il y a des moments où on a l'impression qu'on n'en voit pas. parce que les scènes sont des grandes scènes historiques, etc. Et puis, on arrive évidemment à Léonard. Et puis, quand on repasse une deuxième fois et qu'on prête attention, plus attention aux personnages secondaires, etc., on en voit plus, c'est ce que je disais au début, on en voit plus que ce qu'on perçoit, ce qu'on perçoit immédiatement. Alors, évidemment, avec des périodes, on évoquait tout à l'heure la question du romantisme, etc., des grandes salles rouges de la Croix. Là, on ne va pas en voir beaucoup, mais il y en a beaucoup plus qu'on ne pense. Et ça
Clémy Bouduit
peut être un excellent
Alexia Gugemos
thème de visite qui permet aussi de passer, si vous voulez, des antiquités orientales aux antiquités grecques, à la peinture, aux objets d'art, etc. Alexia Guggenmoss. Précisément, le Musée du Sourire est né de cette envie de faire visiter le Louvre à travers le prisme du sourire à quelqu'un qui n'était jamais allé au Louvre. Et donc bien sûr qu'il m'aurait demandé la joconde et j'étais persuadée d'en trouver beaucoup dans les salles d'antiquité égyptienne. Donc j'ai commencé par me précipiter, pensant que c'est Sphinx, Souriez et grosse déception. Je les ai cherchées. Et en réalité, Akhenaton, sublime, sculpture d'Akhenaton avec ses lèvres pulpeuses, ses joues émaciées, etc. C'est subjectif après, mais il ne sourit pas vraiment. Je l'ai trouvé chez Aménophis II et c'était au musée d'antiquité égyptienne au Caire. Toutes les représentations d'Aménophis II et Aménophis III sont plus souriantes. Donc là, de grosses déceptions. Et puis j'ai retrouvé le sourire chez les étrusques. Et là, extraordinaire, ça m'a vraiment réjoui parce que c'est un couple, c'est le sarcophage des époux étrusques. Ils sont deux hommes-femmes représentés à égalité. Et il sourit pour l'éternité. C'est magique. Et le peuple étrusque donnait un rôle important à la femme.
Clémy Bouduit
C'est aussi une parenthèse. Regarder l'histoire de la représentation du sourire, c'est aussi étudier les civilisations, la sociologie et ce que ça induit des rapports sociaux. Et puis c'est toujours un plaisir aussi, évidemment, Sébastien Allard, de revoir ces oeuvres, de les relire toujours avec des angles différents. Donc dans votre balade, dans les galeries que
Sébastien Allard
vous dirigez, vous avez presque une histoire de l'art à saisir encore une fois selon les salles où il y a plus ou moins de sourires. Oui, c'est exactement ça et c'est un excellent thème de visite, me semble-t-il, parce que ça touche à l'histoire de l'art, au problème
Clémy Bouduit
esthétique de la déformation, de maintenir la belle forme, au problème sociologique, à l'état de l'histoire et à notre propre perception. en tant que spectateur contemporain. Et bien voilà un thème de visite pour le Louvre et puis pour tous les musées évidemment parce que les collections sont riches de sourires partout. Donc petit tour au Louvre et puis petit tour dans votre musée du sourire Alexia Guggemos et merci aussi à vous
Conversationalist 2
Sébastien Allard. Mais pour le moment ce qui nous fait sourire de bonheur, de joie disons-le, c'est l'arrivée de Gérard Noiriel et du Pourquoi du Comment. Pourquoi le couscous fait-il partie aujourd'hui du patrimoine immatériel de l'UNESCO? En circulant sur l'autoroute, vous avez sans doute déjà remarqué le panneau « Patrimoine mondial de l'UNESCO ». La France compte actuellement 45 biens inscrits dans ce patrimoine mondial, parmi lesquels on peut citer le Canal du Midi, la Basilique et la Colline de Vézelay, le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais. Au départ, l'UNESCO valorisait surtout les formes matérielles du patrimoine culturel mondial. Les monuments, les lieux de mémoire, les collections d'objets. Mais depuis les années 80, la définition du patrimoine culturel s'est élargie pour faire une place aux traditions orales, aux arts du spectacle, aux rituels et aux savoir-faire traditionnels. C'est ainsi qu'est né le concept de patrimoine culturel immatériel. Son but est de rapprocher les peuples en valorisant les pratiques et les savoirs qu'ils ont en commun, tout en défendant la diversité culturelle face à la mondialisation croissante. C'est en vertu de ces principes qu'en 2020, le couscous a été inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO. Preuve que la culture populaire peut être un moyen de tisser des liens de coopération entre des états qui ne s'entendent pas toujours sur le plan politique, ce succès résulte de la candidature commune déposée par quatre pays d'Afrique du Nord, l'Algérie, la Mauritanie, le Maroc et la Tunisie. Le mot « couscous » est issu du terme berbère « sexu », qui désigne le blé bien modelé et bien roulé. C'est un savoir-faire très ancien puisque les archéologues ont retrouvé des traces de couscousiers dans des sépultures du IIIe siècle avant Jésus-Christ, à l'époque du roi berbère Massinissa de Numidie, dans l'actuel nord de l'Algérie. Un des berceaux de la culture du blé. Les recettes du couscous se sont ensuite diffusées dans tout le Maghreb jusqu'en Mauritanie avant de traverser la Méditerranée. Le couscous était déjà consommé dans le royaume de France au XVIe siècle, puisque François Rabelais le mentionne plusieurs fois dans ses œuvres en utilisant les mots « coscoçon » ou « coscoton ». Mais ce n'est qu'au XXe siècle que ce plat s'est largement répandu dans notre pays, grâce aux familles algériennes émigrées en métropole depuis la première guerre mondiale, puis grâce aux pieds noirs ayant quitté l'Algérie au moment de l'indépendance. Le couscous, qui est aujourd'hui l'un des plats préférés des Français, est donc un bon exemple pour montrer le rôle qu'a joué l'immigration dans l'enrichissement de notre culture populaire. Si l'UNESCO a primé le couscous, c'est aussi et surtout parce que dans les pays où il est né, il est resté bien plus qu'un plat. C'est une somme de savoir-faire, surtout maîtrisée par des femmes, qui concerne non seulement la préparation et la consommation de ce plat, mais aussi la perpétuation de tout un système de valeurs et de traditions qui se transmettent de génération en génération depuis des siècles et des siècles. L'exemple du couscous est aussi très instructif quand on veut comprendre comment se diffusent des pratiques qui relèvent de
Clémy Bouduit
la culture populaire. Sa consommation s'accompagne toujours en effet d'un processus d'appropriation, ce qui explique qu'il existe aujourd'hui une multitude de recettes de couscous à travers le monde, adaptées aux réalités et aux traditions culinaires locales. Nous nous régalons avec vous Gérard Noiriel, merci. C'était le cours de l'Histoire sur
Date : 5 janvier 2022
Animé par Clémy Bouduit
Invités principaux : Alexia Gugemos (historienne de l’art, critique et fondatrice du Musée du sourire), Sébastien Allard (directeur du département des peintures au Louvre)
Cet épisode s’attache à « l’histoire du sourire », en particulier à travers sa représentation dans la peinture et la sculpture, de l’Antiquité à l’époque contemporaine. Les intervenants analysent l’évolution, la rareté, la symbolique et l’ambiguïté du sourire en art, ses variantes culturelles et sociales, ses transgressions, ainsi que sa portée politique ou sociale. Ils explorent enfin comment le sourire traverse les époques pour devenir, par la photographie et le cinéma, une norme universelle, voire une convention parfois suspecte.
Cet épisode offre un voyage érudit, riche et vivant à travers la représentation, l’interprétation et la symbolique du sourire dans l’histoire de l’art occidental et au-delà. Il éclaire la manière dont un simple geste du visage, en apparence universel, se révèle être un objet historique, culturel, social et politique de première importance. La Joconde, smileys contemporains ou sourires enfantins : le sourire reste un langage tout autant qu’une énigme, « un fil qui traverse les siècles » (Sébastien Allard, 17:08).
Résumé préparé à partir du verbatim de l’épisode, respectant la teneur, le ton, et l’expertise chaleureuse des intervenants.