
Le boulangisme, une droite pas trop cuite s'il vous plaît
Loading summary
Host
France Culture.
Marie-Hélène Bellac
Cours de l'Histoire. Xavier Mauduit.
Bertrand Joly
Le boulangisme, une droite, pas trop cuite s'il vous plaît, qui est le général Boulanger? Qu'est-ce que le boulangisme? Il est de ces noms que nous associons aux premières décennies de la troisième république avec Gambetta, Ferry, Clémenceau quand d'autres noms sont un tantinet oublié. Ainsi sous la présidence de Jules Grévy, le gouvernement Maurice Rouvier avec Émile Florence aux affaires étrangères, Armand Falière à l'intérieur, bon lui il devient président donc on s'en souvient, mais Boulanger qui n'est plus ministre à ce moment-là, lui n'est pas oublié.
Narrator/Actor (Poetry and dramatic readings)
Aux affaires étrangères Florence nous met dans le panneau A l'intérieur, Falière traite les Français en brusco C'est boulange, boulange, boulange
C'est boulanger qui nous faut Justement, c'est le général Boulanger, beau garçon, bravo feu, barbe blonde, pour qui la France, un jour de juillet, eut le coup de foudre, qui va nous occuper aujourd'hui.
Bertrand Joly
Et bien voilà, avec des spécialistes et ça tombe bien. Bertrand Joly, bonjour.
Host
Bonjour.
Bertrand Joly
Vous êtes professeur émérite d'histoire contemporaine à l'Université de Nantes. Vous êtes l'auteur de cet ouvrage publié par les éditions du CNRS « Aux origines du populisme » avec l'histoire du boulangisme. D'ailleurs c'est intéressant, l'ouvrage s'intitule « Aux origines du populisme » et le sous-titre c'est « L'histoire du
Host
boulangisme ». On aurait pu inverser?
Bertrand Joly
On aurait pu inverser sans problème. On aurait pu inverser en réfléchissant aujourd'hui à cette histoire de la droite. Vous allez nous guider dans ce qu'est le boulangisme
Marie-Hélène Bellac
et
Bertrand Joly
avec vous Marie-Hélène Bellac, bonjour. Bonjour. Vous êtes normalienne agrégée d'histoire et vous êtes l'autrice de nombreuses histoires sur l'histoire du 19e siècle notamment et une biographie de Louise Michel. D'ailleurs pourquoi Louise Michel dans une émission sur le boulangisme? Parce que Louise Michel, grande figure de la commune, on ne l'associe pas tellement à
Marie-Hélène Bellac
la droite, même pas du tout. Mais évidemment, elle s'est défendue d'être boulangiste et elle était contre le boulanger, évidemment. Mais surtout, ce qui est intéressant, c'est qu'elle n'a jamais voulu prendre complètement parti ouvertement. pour des raisons que j'exposerai peut-être plus tard. Son amitié pour Rochefort, et puis aussi son idée d'unité de la gauche et son refus d'entrer dans ces querelles autour de Boulanger, puisque finalement, la France s'est complètement divisée, aussi bien la droite que la gauche. Et c'est l'intérêt de Boulanger qui apparaît un peu, j'irais, comme l'homme sandwich. Enfin, ces hommes qu'on voyait autrefois dans la rue, qui avaient un panneau de chaque côté du corps pour faire des publicités. C'est à la fois la droite et la gauche,
Host
et c'est, je dirais, sa complexité. C'est d'ailleurs le problème du boulangisme, c'est qu'on le classe à droite, ce qui est un petit peu rapide à mon avis comme classification. Le boulangisme naît au contraire de la rencontre entre une partie de la droite et une partie de la gauche. En fait, c'est les perdants dans les deux camps. La France depuis découvre ce que c'est qu'un régime libéral, une démocratie parlementaire qui n'avait pas vraiment connu auparavant. Et donc les opposants doivent se repositionner face à un pouvoir qui a pour lui une légitimité démocratique. Et donc à l'extrême gauche, il y a tous ceux, derrière Rochefort notamment, qui reprochent au régime ses institutions. l'oubli des promesses de la République sous l'Empire, un régime qu'ils estiment trop peu parlementaire, alors qu'en général on pense qu'il l'est trop. Et puis à droite, les monarchistes, qu'ils soient royalistes ou impérialistes, tous ceux qui voudraient restaurer le prince de leurs rêves et qui en fait sentent que la situation leur échappe et qu'ils n'arrivent pas à se repositionner dans le jeu politique. Et donc les perdants des deux camps vont assez logiquement, d'une certaine façon, s'allier. Et mettre en place ce qu'on a appelé le boulangisme. Dans lequel Boulanger, lui, n'a qu'une place peut-être de porte-drapeau, mais on va en parler sans doute. Ce n'est pas un idéologue, ce n'est pas un intellectuel, surtout pas un intellectuel. Et je pense, d'une certaine manière, qu'il n'a pas compris son propre mouvement. Il l'a mené Il ne l'a pas vraiment dirigé. Il a été flamboyant, représentatif. Il a été la brèche qui devait abattre le mur du parlementarisme. Mais ce n'était pas un homme de parti, ce n'était pas un homme d'appareil. C'était un général. Et
Bertrand Joly
il est resté général jusqu'au bout. Ce n'est pas un idéologue à la différence de Louise Michel qui,
Marie-Hélène Bellac
elle, a une réelle pensée politique. Puisqu'elle est anarchiste, elle est devenue anarchiste. Et quand elle revient de Nouvelle-Calédonie, en fait, Louise Michel se révèle comme personnage politique au moment de la Commune. Puisque là, elle prend les armes alors que les femmes, normalement, ne se battent pas. Elles sont ambulancières, elles soignent, elles font la cantine. Et c'est lors de son procès, après que la Commune ait été écrasée, qu'elle révèle finalement qu'elle est une femme qui a une grande personnalité et qu'elle n'hésite pas à revendiquer ses actes. Et là, elle est condamnée à la déportation en Nouvelle-Calédonie, donc elle part sur la Virginie. Et c'est d'ailleurs là qu'elle rencontre Rochefort. Rochefort qui a fait partie du gouvernement provisoire après que Napoléon III ait été abdiqué. donc la République a été proclamée, qui a très vite démissionné, qui a été aussi élue à l'Assemblée constituante très conservatrice et qui en est aussi très vite partie, qui n'a pas participé directement à la Commune mais qui malgré tout avait des sympathies, dirons pour cette commune, qui a donc été arrêtée. Et donc, ils rencontrent Louise. En fait, ils sont dans le même bateau, chacun dans une cage différente, puisque c'était des grandes cages. Sauf que Rochefort étant, comme on disait tout à l'heure, un grand seigneur avec des moyens, il avait une cage pour lui seul et trois de ses amis, alors que Louise était dans la cage avec une vingtaine de femmes et deux ou trois petits enfants. Et ils échangent des livres, ils échangent des mots. Et quand Rochefort ensuite réussit à s'évader de Nouvelle-Calédonie, ce qui a été vraiment un exploit, il va conserver son amitié pour Louise et finalement contribuer à conserver son image pendant ces années de 1874 à 1880. Et quand en 1880, il y a l'amnistie des communards et que Louise rentre, à ce moment-là, il est là pour l'accueillir. Et alors, entre-temps, Louise dit que c'est sur la Virginie qu'elle est devenue anarchiste. Elle est devenue anarchiste parce que, comme elle dit, la République, ça a échoué. Les républicains ont trahi, en quelque sorte, en penchant tout de suite vers une République modérée. La Commune a échoué, donc elle en déduit que le pouvoir de toute façon est mauvais et qu'il n'y a qu'une solution, c'est donc de le renverser. C'est donc l'anarchie, l'absence d'État, pour un monde meilleur dont on ne connaît pas d'ailleurs véritablement le détail. Alors elle est anarchiste, mais c'est une femme d'union. C'est-à-dire que dans cette période qui va de 1880 à 86, donc on est dans les débuts du boulangisme, Elle participe, je dirais même elle court de réunion en réunion, de meeting en meeting, et elle est une tête d'affiche, donc elle fait rapporter de l'argent, donc elle est très demandée. Et elle participe aussi bien aux réunions des socialistes, Oui, les radicaux socialistes, mais aussi parmi les socialistes, les guédistes, donc qui sont marxistes, les blanquistes, les possibilistes. Elle estime que tout le monde va vers le même chemin, c'est-à-dire le renversement du Parlement. même si elle le voit beaucoup plus radical,
Bertrand Joly
et l'établissement d'un monde plus juste. Le 4 septembre 1870, après la défaite de Napoléon III à Sedan, la Troisième République est proclamée. Elle a mis du temps à s'imposer cette république. Nous sommes dans les années 1880. Bertrand Joly, il n'y a pas de parti politique encore à ce moment-là tel que nous l'entendons aujourd'hui. Nous avons des mouvements et tous les personnages que nous évoquons que ce soit Louis Michel, que ce soit Henri Rochefort, ce sont des gens qui évoluent dans ce monde-là. Elle est encore fragile cette République, mais elle est quand même un peu consolidée, même pas mal consolidée par rapport à ce qu'elle
Host
était au moment de sa proclamation. Alors d'abord, il y a des partis, mais vous l'avez dit, pas au sens que nous utilisons maintenant. En fait, c'est la loi de 1901 sur les associations qui va obliger les partis à se donner des structures, des statuts, bref, une modernité. Mais le mot parti existe et il désigne une sorte de nébuleuse, un conglomérat assez vague, sans frontières, ce qui fait que c'est très compliqué aux élections de savoir de quel camp on est, car tout le monde peut se dire socialiste ou radical, il n'y a pas d'appel sans contrôler. Alors la République, oui, elle est arrivée au pouvoir de façon définitive en 1879, quand le marshal MacMahon démissionne et est remplacé par Jules Grévy. Désormais les républicains, ils ont l'Elysée, le Sénat et la Chambre des députés. Donc ils ont le pouvoir. Mais ils ne sont pas d'accord entre eux sur le pouvoir, justement. Quel pouvoir? En gros, en simplifiant beaucoup les choses, il y en a à côté les républicains modérés, ce qu'on va appeler les opportunistes, de façon non péjorative d'ailleurs, qui estiment qu'il faut faire les réformes, certes, mais de façon modérée, progressive, raisonnable, il ne faut pas aller trop loin, et en fait, ils se satisfont des institutions qui ont été votées dans les décennies précédentes. En revanche, les radicaux, eux, sont d'abord plus pressés, et ils veulent des changements plus forts. Et notamment, ce sont des politiques, avant peut-être des réformateurs sociaux, et ils veulent des réformes politiques qui visent les institutions. L'idéal républicain, depuis la Révolution française, c'est le régime conventionnel. Une assemblée unique, qui a tous les pouvoirs, pas de séparation des pouvoirs, pas de pouvoir exécutif autonome, bien sûr pas de seconde chambre, pas de chef de l'État, une assemblée qui a tous les pouvoirs, comme c'était le cas au temps de la Convention. Et cet idéal-là, ils vont essayer de le promouvoir et se reter au républicain modéré, qui n'en veulent pas. Le tout sous l'œil du troisième larron, qui est la droite, qui compte les coûts, qui s'associe aux uns aux autres en temps pour faire tomber le gouvernement, mais qui n'est pas partie prenante. Aucun ministre de droite n'arrivera au pouvoir en France avant la guerre de 1914. En 1915, à grande innovation, un homme de droite entre au gouvernement. Avant, c'était inimaginable. Il y avait un tabou qu'aucun homme politique,
Bertrand Joly
si modéré soit-il, n'a osé enfreindre. Oui, parce que les conservateurs, malgré tout, sont pouvoir compliquer ces notions de droite et gauche, parce que ce qui est de droite, à un moment, peut paraître de gauche,
Host
ou inversement, au fil du temps. À l'époque, il y a un critère qui est, sur l'état absolu, qui est quand même extrêmement important, c'est la question religieuse. On est catholique, on est de droite, On n'est pas catholique quand il y a de gauche. Bien sûr, il y a des exceptions. Il y a des catholiques de gauche et à droite des gens qui ne sont pas catholiques. On pourrait en citer plusieurs. Mais en gros, c'est ça la rupture fondamentale. Encore que dans les urnes, on voit très bien que des régions très catholiques, comme la Haute-Loire, la Savoie, élisent les républicains. Donc, il faut éviter, il faut être
Bertrand Joly
un peu nuancé dans ces appellations-là. Par contre, la nuance, elle n'est pas là dans les choix politiques du moment. Vous l'avez évoqué, Marie-Hélène Bellac avec Louis Michel, c'est l'anarchisme. Et puis, à l'opposé complet, il y a les monarchistes qui veulent le retour d'un roi. Les tensions politiques sont vives
Marie-Hélène Bellac
dans la France de ces années-là. En plus, il faut dire quand même que, peut-être que je peux ajouter que la droite est quand même dans une période de faiblesse, parce que les bonapartistes perdent le prince impérial, qui meurt donc en Afrique du Sud, que les légitimistes, ils sont très mal en point, puisque le comte de Chambord a fait échouer, dit-on, la restauration monarchiste en façon d'intransigeance, en tout cas en voulant maintenir le drapeau blanc, a empêché, certains pensent, d'une conciliation avec les orléanistes. Et ceux-ci sont prêts plutôt pour un régime parlementaire, enfin ils l'ont été déjà. Donc en fait c'est quand même à ce moment-là une droite qui se sent en faiblesse et je pense peut-être que du coup l'affaire Boulanger donne
Host
l'espoir à certains de se rétablir. C'est une opportunité. Albert Demain notamment l'a dit, il le dit au prétendant, c'est notre dernière chance. Si on joue par cette carte-là, pendant des années, on est condamné à l'impuissance. Donc il y a un côté un peu désespéré du côté des royalistes. Et il est étonnant qu'un homme comme Albert de Main qui a joué un grand rôle décisif, après, quand les dessous un peu malpropres de l'affaire vont sortir, aura tendance à minimiser son propre rôle, ce qui est assez humain sans doute. Mais il a joué un grand rôle, les royalistes qui étaient pendant des gens dénotables, des gens incèdes dans la vie, titrés, ayant des nobles souvent, ils ont joué aux aventuriers. Ils se sont acoquinés, c'est le cas de le dire, avec des gens qu'ils détestaient par ailleurs et au service d'un homme qu'ils avaient commencé par mépriser totalement. Et inversement, les radicaux ont accepté une alliance, enfin, qui n'étaient pas avoués, qui n'étaient pas reconnus publiquement. Mais ils ont accepté au moins l'argent de la droite, sans poser de questions sur la provenance. Et donc, les deux camps se sont serrés la main en fermant les yeux et en bouchant le nez. Mais enfin,
Marie-Hélène Bellac
ils se sont serrés la main. Oui, parce qu'il faut savoir quand même que parmi les grands donateurs de droite, il y
Host
avait
Marie-Hélène Bellac
cette fameuse richesse du ZES. Absolument. qui a vraiment donné beaucoup, qui a spiré une restauration de la monarchie. Et cette femme qui était là aussi, je pense à un personnage intéressant, c'était la veuve Clicquot. Elle possédait cette grande maison de champagne. C'était une femme, une mondaine qui avait beaucoup de... d'atout, je dirais, dans son jeu. Et elle a reçu Louise Michel à plusieurs reprises. Elle disait, c'est amusant parce que Louise dira à un moment, parce qu'on a prétendu que Louise lui avait promis des voix en conséquence pour Boulanger. Et finalement, elle ne le dira jamais, mais Louise dira en janvier 89, donc au moment de l'élection à Paris dans la Seine de Boulanger, on dit que j'ai promis de faire voter pour Boulanger. D'abord, les anarchistes ne votent pas. Ensuite, je ne fais voter personne. Je connais Madame Dusses et je fais auprès d'elle un peu de propagande. Et elle ajoute, mais elle ne m'a rien demandé et je ne fais pas de politique avec elle. Donc, elle fait de la propagande, mais elle ne fait pas de politique. Donc, la duchesse Dusses, donner un petit peu d'argent aussi du côté des œuvres. Voilà, un petit peu partout. Donc c'est vrai qu'elle a
Host
des choses quand même assez troubles. Louis-Michel était aussi l'austérologe universel. Donc l'idée qu'elle amène des voix
Marie-Hélène Bellac
à Boulanger ne tient pas debout. C'est impossible, d'ailleurs elle le dit. De toute façon, elle est pour la destruction du système. Quand elle était en Nouvelle-Calédonie et qu'elle a vu un cyclone, un des plus gros cyclones de la période, elle a comparé ensuite ce que devait être la révolution à ça. Quelque chose qui balait tout pour un monde dont on ne sait
Bertrand Joly
pas trop comment il sera après. Voilà, parce que d'un côté on a Louis Michel, les anarchistes qui veulent détruire totalement le système, et de l'autre côté nous avons les monarchistes bien à droite qui, également, veulent détruire le système. Et dans cette histoire apparaît un général Boulanger. Qui est cet homme-là, Bertrand
Host
Joly? Qui est ce monsieur Boulanger? Fondamentalement, c'est un militaire. Il a fait Saint-Cyr, il est sorti officier. Il a eu beaucoup de chance, c'est que la guerre 70, si on peut dire, lui a permis de monter beaucoup plus rapidement. que la vie de garnison d'un soldat ordinaire, d'un officier qui monte lentement. Lui, il est quand même arrivé très jeune au grade de lieutenant-colonel. Il a été rétrogradé au grade de lieutenant-colonel. Il l'a très mal pris. Il y a eu une injustice insupportable. Et c'est une des raisons qui vont peut-être expliquer son carriérisme. Car Boulanger est un homme qui veut monter. Monter jusqu'où, je ne suis pas sûr qu'il le sache lui-même. C'est une force qui va, comme disait Victor Hugo, qui ne sait pas très bien où elle va. Donc il veut monter, il va réussir à devenir général en, on peut le dire, en flagornant. Et la gauche, Gambetta d'abord, Jules Ferry et Clémenceau. Et puis la droite, le Duc d'Aumale. qui était
Bertrand Joly
un des fils de Louis Philippe. Donc
Host
on est du côté des orléanistes. Voilà. Et donc il joue sur tous les tableaux. Il n'est pas secté à Boulanger. Je pense que c'est un homme d'ordre. C'est un officier éduqué sous l'Empire, c'est forcément un homme d'ordre. Mais il acceptera la République, comme il acceptera d'ailleurs à mon avis la monarchie si elle revenait. L'important c'est que lui il puisse monter. Il veut profiter du système quel qu'il soit. Et donc il devient général. Et à l'époque, une tradition qui n'a rien d'officiel veut que le ministère de la guerre soit donné à un militaire. Il faut être général de division au moins pour être militaire. Et Boulanger devient général ministre de la guerre en janvier 1886 grâce à Clémenceau qui
Bertrand Joly
l'a un peu imposé
Narrator/Actor (Poetry and dramatic readings)
au gouvernement. Clémenceau était avec nous. C'est qu'il n'est pas banal ce général dans cette fange où l'on se vautre. Et ce n'est pas un général comme les autres, bigres, en ce temps de boue où règnent les coquins. C'est bon de voir un général républicain. On n'en avait pas vu depuis longtemps en France. En ces temps de blambettes couronnées, c'est exquis de voir un général qui ne soit pas marquis, qui porte un brave nom de rustre sans noblesse, et qui tous les matins ne va pas à la messe. Un général à un peu de son temps qui nous fait oublier
Mac Mahon, mon cher, et Gallifrey. Et voilà Boulanger,
ministre de la Guerre. Qu'en dit-on? Il était un peu sans façon, mais on le trouvait joli garçon. Il
fascinait même la portière au ministère. et au ministère, il se montre aussitôt plein de sollicitude pour le troupier, multiplie les réformes, la gamelle remplacée par l'assiette, la paillasse par le semier, les guérites repeintes en tricolore, l'autorisation de porter la barbe, le repos complet du dimanche,
Bertrand Joly
l'introduction de la morue dans l'ordinaire. En 1956, à la radiodiffusion française, on s'empare d'une pièce de Maurice Rostand autour du général Boulanger. On a un homme ici qui est décrit comme ayant un beau physique. Bertrand Jolie, c'est quelque chose qui revient
Host
sans cesse autour du général Boulanger. Tout à fait, c'est un homme à femme. si on peut le dire. C'est presque de façon compulsive et obsessionnelle. C'est un homme qui a aussi le génie, il faut reconnaître des qualités quand même, le génie de la communication. Il sait communiquer. Et il est en avance sur sa époque, à la limite. Aujourd'hui, il aurait beaucoup de succès. Il sait plaire, il sait faire parler de lui, il sait parler à la foule. Il est bon garçon. Au boulanger, on peut toujours aller le voir. Il vous sert la main, il dit je vais vous aider. C'est un homme très accueillant. Il a pris un peu la place que Gambetta avait occupée dans l'esprit des foules. Un brave homme qui est entraînant, car cet officier a été un bon officier. Incontestablement, il s'est battu courageusement, il a été blessé. Il a des états de service qui ne sont pas exceptionnels, mais qui sont tout de même extrêmement honorables. Donc, un meneur d'hommes. Ce sont ses seules qualités. Mais il va réussir à les mettre au service d'une ambition absolument frénétique. Et ça va marcher au début. À la fin, ça marche vraiment bien. On y reviendra. Mais au début, ça marche. Et Boulanger est populaire. Il est symptomatique que son premier geste, un de ses premiers gestes en arrivant en Rue Saint-Dominique, au ministère, est de créer un bureau de la presse qui n'existait pas. pour alimenter les journaux en articles à sa gloire et servir de caisse de résonance à toutes ces activités. Tout à l'heure, on a entendu une liste de réformes. Ce sont des réformettes, il faut bien le dire. Ça prouve un souci peut-être un peu démagogique du bien-être du troupier. Mais de point de vue purement militaire, ça n'a qu'une portée limitée. Et Boulanger n'a pas été un grand réformateur de l'armée. Il en est resté, à ce qu'il a appris à Saint-Cyr, avant la 470. Donc il est un peu en retard du point de vue des méthodes militaires. Mais ça a marché. Il a fait parler de lui. Il a trop fait parler de lui. Et certains, chez les modérés, commencent à
Bertrand Joly
s'en inquiéter autour de Jules Ferry. En janvier 1886, le général
Marie-Hélène Bellac
Boulanger devient ministre de la guerre. Oui, il y a quand même la réforme
Host
du service militaire, je pense qu'il est... Ah, il est à l'origine de la grande loi de 89, et ce n'est pas lui qui l'a fait voter à la fin, il était dans l'opposition, mais la réforme a été faite à partir du schéma
Marie-Hélène Bellac
que Boulanger avait mis au point. Il avait signifié notamment réduction au service militaire du temps, mais surtout fin des exemptions, ça je pense que c'est important, et puis les curés sac au dos, l'obligation pour les
Host
curés de remplir leurs obligations militaires. Oui, en général, on les
Marie-Hélène Bellac
mettait plutôt dans les services d'infirmerie.
Host
Oui, bien sûr, mais c'est
Bertrand Joly
symbolique. C'était symbolique, tout à fait. Et puis, on est dans un contexte très particulier. La défaite de 1870-1871 face à l'Allemagne en 1871 nous a privés de l'Alsace-Lorraine, l'Alsace-Moselle. Et ça, c'est quelque chose dans les esprits.
Host
Le général Boulanger s'en soucie particulièrement? C'est le traumatisme de la période. Et ça, je crois qu'on ne faut jamais sous-estimer. Ceci que la France a intégré cette défaite-là. Elle a eu beaucoup de mal à faire son deuil. D'ailleurs, elle ne l'a jamais fait totalement. En même temps, on ne veut pas la guerre, car les français sont pacifiques. La France, contrairement à ce qu'on dit, n'est pas revancharde. Plutôt, la revanche, c'est une sorte de mythe. Un mythe s'aurait lié, on dira plus tard. C'est une sorte d'espérance vague que l'on lègue aux générations futures. Jules Ferré, d'une très belle lettre, le dit à son neveu. Il lui dit, j'espère qu'un jour, les gens de ta génération auront leur bataille de Solomines, par référence à la Grèce antique. Donc, vous aurez un jour la revanche. Vous reprendrez les asses à la reine, mais pas maintenant. Et donc, la France est un peu hypocrite. Elle veut et elle ne veut pas. Elle veut reprendre les provinces perdues, elle ne veut pas faire la guerre, qui est la seule manière de les reprendre, bien sûr. Donc, un traumatisme extrêmement fort. Et qui se traduit par une mauvaise conscience, s'exprimant par un culte frénétique pour l'armée. Les réformes de Boulanger, ces réformettes, en fait, ont un écho important car la France est amoureuse de son armée. Il s'intéresse à tout ce qui la concerne, de manière presque excessive. Excessive, on va le voir en affaire de refus, dix ans plus tard. L'armée est sacrée. On l'appelle l'arche sainte. Elle est au-dessus de nos querelles civiques. Les officiers ne votent pas. les soldats non plus, quand les soldats reposent, on n'est plus électeur. Elle est le lieu de consensus du patriotisme, car dans un pays si divisé politiquement, le patriotisme est la valeur consensuelle. C'est autour de laquelle on se réunit, qu'on soit de droite ou de gauche, qu'on soit de l'extrême-droite ou de l'extrême-gauche. Et donc Boulanger va de façon très ambiguë, utiliser ce sentiment, ces mauvaises consciences. On l'appelle souvent le général de revanche. Il n'est pas le général de revanche. Il a eu deux ou trois paroles un petit peu aventureuses contre les déministres, qu'il a vite démenti d'ailleurs. Et une fois qu'il a été prétendant au pouvoir, il a toujours dit « je veux la paix ». Un candidat en France en 1888-89 qui dit jouer la guerre n'a aucune chance d'être élu. Les français sont pacifiques. Et Boulanger a donné et a multiplié les gages de bonne conduite. Ne serait-ce que par rapport aux cour européennes qui l'entourent. Il ne faut pas que l'arrivée de Boulanger au pouvoir soit une occasion de désordre et de bouleversement. Donc Boulanger va faire croire aux français qu'il est à la fois celui qui assure la paix et celui qui peut-être, un jour, va redonner les provinces perdues à la France. Donc on est dans l'ambiguïté, dans le non-dit. Boulanger n'est jamais très catégorique là-dessus. Il évite soigneusement d'inquiéter
Bertrand Joly
les pacifiques comme les battants-guerre comme Paul Derouliade. Mais du temps où il est ministre de la guerre, c'est vrai que c'est une obsession qui demeure, et notamment parce qu'il est ministre de la guerre de janvier 1886 à mai 1887, donc un peu plus d'une année, et il
Narrator/Actor (Poetry and dramatic readings)
s'en passe des choses, notamment une sacrée affaire. À l'Elysée, le 23 avril, Conseil des ministres. Vous avez la parole, mon cher président. L'injure faite à la France est grave. L'enlèvement d'un fonctionnaire est un casus belli. Je propose à mon grand regret l'envoi d'un ultimatum à l'Allemagne. Voyons, vous avez envoyé des observations à l'Allemagne? Oui, M. le Président. M. Florens s'est rendu rue de Lille. La phrase, c'est une erreur, d'Assissein Hirthum, est revenue sans cesse sur les lèvres de son interlocuteur, ce qui n'empêche pas la victime de continuer à habiter la prison de Metz. Même attitude en Allemagne, où les journaux soutiennent contre l'évidence que Schneebeli, quand on l'arrêta, avait pénétré de plus de 30 mètres en pays annexé. Votre sentiment, M. le Général Boulanger? J'ai parcouru secrètement, hier, les places de l'Est. Tout est prêt. J'ai interdit tout congé pour les officiers du 6e et du 7e corps. Ce sont là des mesures sages. J'ai une proposition à vous faire, M. le Président. Je vous écoute. Signez cet ordre. Et en 18 heures, notre frontière sera occupée par des troupes suffisantes pour repousser toute agression. En six jours, l'armée française se formera derrière elle. Et attaquera? Oui,
Bertrand Joly
lorsqu'elle sera en force, si l'ultimatum est repoussé. En avril 1887, cette affaire, cet incident diplomatique, Marie-Hélène Bellac, c'est sûr que quand on regarde l'effet dans le détail et l'ampleur
Marie-Hélène Bellac
que ça prend, on ne peut être qu'étonné. Oui, on est étonné. Alors, je ne sais pas si vous me suivrez là-dessus, mais il semble que quand même l'affaire, la position de Boulanger a été ambiguë, qu'il n'a pas non plus fait une déclaration de guerre véritablement. Enfin, il a quand même fait peur, bien sûr aux opportunistes, mais aussi à des gens comme Clemenceau. Mais au fond, à ce moment-là, il est devenu le général revanche. Donc, en même temps, il est, ce que vous parliez de son ambiguïté, il n'est absolument pas pour la guerre, mais il apparaît comme celui qui défend l'honneur français et qui demande la libération, donc, de Stöbele, qui a été attiré, en fait, en Allemagne et qui a été incarcéré et qui, finalement, est libéré. Et ça apparaît, cette libération, comme grâce, comme si ça s'était fait grâce à Boulanger. Donc, il y a toujours cette ambiguïté. C'est vrai que les Français, celle des Français, c'est-à-dire, on regarde du côté de ces provinces perdues et on regrette d'ailleurs que le gouvernement se soit intéressé plutôt au Tonkin, à Madagascar, enfin à la conquête coloniale, à la Tunisie, et en même temps, on ne veut pas vraiment la guerre. Et il est un peu dans cette double attitude, il fait peur, il est le général revanche, mais en même temps il n'a pas
Host
finalement peut-être été aussi loin qu'on l'a dit. Tout à fait. Schneebelé a été arrêté, il était commissaire de police spéciale, en fait c'est la police politique, et c'est lui qui dirigeait en gros tout l'espionnage français en Alsace-Lorraine, annexé. Et les Allemands le savaient. Et il a reçu un jour une convocation de son homologue allemand, qui était un Alsacien d'ailleurs, c'est comme lui, et pour une affaire de service, comme ça arrivait souvent. Et donc il s'est rendu à la frontière et là il a été arrêté. Alors, on ne sait pas, a-t-il été arrêté en territoire allemand ou français, ça s'est joué à quelques mètres. C'est impossible de savoir. Peu importe. C'est que les français ont fouillé son dossier et ont trouvé la convocation, qui est en droit international à valeur de sauf conduit. Donc les allemands n'avaient pas le droit de l'arrêter. Quelles que soient les griefs contrôlées, il n'a pas le droit de l'arrêter. Et bien sûr, Julie Kéréby s'est servi de ça. Mais au conseil des ministres qu'on vient d'évoquer, qui était dramatique, Boulanger a une attitude très ambigüe en effet. On possède de sa main une lettre à Clemenceau, où en sortant du conseil des ministres, il raconte ce qui s'est passé, ce qui d'ailleurs n'est pas normal. Un conseil des ministres c'est secret, personne n'a le droit d'offrir état des débats. Et il lui racontait en fait sa position n'est pas du tout un va-t'en-guerre, contrairement à ce qu'on dira plus tard. Au contraire, ce qu'il veut c'est se couvrir. Il se souvient de 1970, des imprévoyances du gouvernement français de l'époque, et lui ce qu'il veut c'est se préparer à toute éventualité. Mais il n'est pas du tout agressif, contrairement à ce qu'on a dit. En revanche, c'est ça qui est extraordinaire, c'est que les Français vont conclure, enfin certains vont conclure que Boulanger a fait peur à Bismarck. Ce qui est ridicule. On sait par les archives allemandes que les Allemands ont très vite compris qui était Boulanger et ce qu'il valait. Et ils ont bien compris qu'il n'y avait rien à redouter de ce matamor. Et n'empêche que les Français en ont conclu que Boulanger, il a fait peur à Bismarck, c'est Boulanger qui nous a protégé de la guerre. On remarquera que pendant toute la crise, l'opinion à Paris et les journaux ont été d'un calme et d'une modération. Ces fameux revanchards avaient qu'une peur, c'est que la guerre éclate. Alors Boulanger était celui qui nous protège de la guerre. C'est encore une fois ce paradoxe. Général Le Revanche nous protège de la guerre, ce qui est absurde. Il n'empêche que Boulanger a fait peur à Bismarck, non, mais il a fait peur, en effet, vous l'avez dit, aux modérés et à certains radicaux. Cet
Bertrand Joly
homme est dangereux. Il faut l'éliminer du gouvernement. Et en tout cas,
Narrator/Actor (Poetry and dramatic readings)
il a, au même moment, une gigantesque popularité. Je suis le chef d'une joyeuse famille Depuis longtemps j'avais fait le projet D'emmener ma femme, ma sœur, ma fille Voir la revue du 14 juillet Puis après avoir cassé la côte Encore nous nous sommes mis en route Les deux femmes avaient pris le devant Moi j'donnais le bras, Abel le maman, chacun devait tant Sous-titrage Gaisés, contents, nous marchions triomphants En allant à l'enchant, le cœur à l'aise Sans hésiter, car nous allions fêter Boire et complimenter l'armée Société Radio-Canada française Bientôt de l'enchant, on fout la pelouse Nous commençons par nous installer Puis je débouche les douze litres à douze Et on se met à saucissonner Tout à coup on crie « Vive la France! » Crédit c'est la revue qui commence Je grimpe sur un marronnier en fleur Et ma femme sur le dos d'un facteur Ma sœur qu'aime les lanciers Acclame ses fiers troupiers M'attendent épouse, battent des mains Quand défilent les saints syriens Ma belle-mère pousse des cris En reluquant les spahis Moi j'faisais calme Admirez le brave Général Boulanger Gais et content, nous étions triomphants De nous voir allonchons le cœur à l'aise Sans
Bertrand Joly
hésiter, nous voulions tous m'aider Voir et complimenter l'armée française En revenant de la revue, c'est Bourville bien entendu, la chanson a été créée par Paulus en mai 1886 avec l'évocation du Général Boulanger de cette popularité. Bertrand Joly, vous nous l'avez dit, ce Général Boulanger, qui n'est pas considéré comme une menace par les puissances étrangères, qui dispose d'une popularité fascinante d'ailleurs, et qui, regardé de manière méfiante par le personnel politique, quitte le ministère de la guerre en mai 1887. Pourquoi? Pourquoi on ne
Host
le conserve pas? Parce qu'il fait peur, comme vous disiez? Oui, en effet. Un homme comme Schuylferi était un des premiers à dire que cet homme est dangereux. Les camaraderies sont des gens sérieux et dignes, et ce style un peu populiste, un peu racoleur... La chanson que vous venez d'écouter en est un bon exemple, même si pour lui ce n'était pas Boulangiste l'auteur en réalité. La musique de la chanson était de l'origine une marche pour la folie bergère, ce n'est rien de politique. Et ça montre bien que ce côté un peu canaille de boulangiste, cette chanson a hérissé un homme aussi ravené qu'Adolphe France, qu'il a appelé la Marseillaise des Calicots, avec un mépris sans borne. Le boulangisme, c'est un côté un peu fringant, un peu dans un public déjûle, un peu grisâtre, un peu... conformiste, un peu trop guindé. Boulanger, c'est un peu de gaieté, un peu de bonne humeur, un peu de vulgarité aussi, pour appeler un chat un chat. Donc, Boulanger hérisse les républicains modérés. En plus, il devient, on pense donc, dangereux pour la paix. Et puis maintenant, on veut tourner la page. Et donc, il va être éliminé, pas directement. On va prendre un prétexte budgétaire pour renvasser le gouvernement. Et si bien Boulanger, qui est visé, est lui seul. Mais donc, au mois de mai, le gouvernement
Bertrand Joly
Gobelet est renversé, et Boulanger renvoyé à ses
Host
fonctions militaires.— Voilà, c'est ça. On lui donne un commandement...— Pas tout de suite d'ailleurs, parce qu'il demande à rester à Paris. C'est là une tradition qui est écrite. Le ministre sortant a droit à quelques semaines de vacances. Et Blanchet en profite en fait pour soigner sa popularité auprès des officiers de la garnison. Ce que la police d'ailleurs sait, car la police le suit de très près. Et puis jusqu'au moment où le 14 juillet 87 le suivant se profile et donc le gouvernement dit
Bertrand Joly
il faut l'éloigner. Et donc on le nomme à Clermont-Ferrand. C'est pas la région la plus frontalière et
Host
la plus menacée pour un militaire tel qu'on pourrait l'imaginer. D'abord c'est une promotion, parce qu'il n'y a pas de général de division, un général de corps d'armée. C'est quand même une promotion. C'est pas le plus grand corps d'armée de France, c'est sûr. Et Rochefort dira, on déporte le général Boulanger en Auvergne. C'est quand même une promotion. Et c'est pas une... Beaucoup d'officiers auraient été fort heureux de cette promotion-là. Mais Boulanger a pris goût au métier politique et il n'a maintenant plus qu'une obsession,
Bertrand Joly
revenir à la rue Saint-Dominique, au ministère de la Guerre. Et là, naît le boulangisme. Marie-Hélène Bellac, moi j'aimerais bien comprendre comment ce boulangisme a pu séduire, alors pas Louise Michel
Marie-Hélène Bellac
directement, mais une partie de la gauche, c'est très particulier. Parce qu'en fait, la gauche s'est divisée. Beaucoup ont vu à commencer... Il y a un certain nombre, effectivement, les radicaux socialistes s'en éloignent, encore que pas tous, il y aura un certain nombre de soutiens jusqu'au bout. Mais parmi les socialistes, c'est vrai que Les guédistes y voient plutôt une opportunité contre le parlementarisme, mais finalement ne prennent jamais parti pour lui. D'ailleurs, ils ne l'apportent pas leur voix à certaines élections partielles, notamment dans le Nord. Mais en revanche, ce qu'on appelle les possibilistes qui se sont séparés des guédistes, parce que les guédistes sont marxistes, avec Paul Lafargue qui est le gendre de Marx. Au contraire, les possibilistes sont pas marxistes. Et puis à côté de ça, vous avez les blanquistes. Alors c'est, à mon avis, ce qui est le plus intéressant parce que dans les blanquistes, là, il y a une scission qui s'opère véritablement à cause sur la prise de position par rapport à Boulanger parce qu'il y en a un certain nombre, dont Rochefort. bien sûr, mais je pense à d'autres, comme par exemple Naquet, l'homme de la loi sur le divorce, qui prennent parti pour Boulanger, et puis il y a les autres, notamment Vaillant, derrière Vaillant, qui sont eux contre Boulanger. Et là, on a une vraie scission qui s'opère à ce moment-là. Les anarchistes sont contre, mais finalement, leur principal
Bertrand Joly
porte-parole, qui est Louis Michel, ne veut pas prendre position. Du côté de la droite, il y a les monarchistes qui, éventuellement, peuvent se rallier à ce mouvement. Aujourd'hui, on l'analyse parce que c'est le boulangisme et c'est ce regard de l'historien, de l'historienne qui permet d'avoir une vision un peu plus large dans le moment même. Je ne suis pas sûr que ce soit très clair pour les gens, mais ça peut
Host
séduire des gens qui veulent renverser le système républicain parlementaire. C'est vrai, mais vous avez raison, ce n'est pas clair. On est dans le non-dit permanent. La droite ne peut pas dire, nous donnons des millions en général aux boulangers. Ça c'est un secret qu'on ne peut pas révéler. Et la gauche ne peut pas dire, ben on n'a que la gauche boulangiste bien sûr. On ne peut pas accepter d'avouer qu'en fait on profite des subsides de la droite. Donc on est dans le non-dit permanent. Ce qui fait qu'il n'y a pas de consigne fermes données. Et beaucoup d'auréalistes s'en plaignent en province. On a des lettres où ils lisent, mais alors on fait quoi? On est pour boulanger ou contre? Qu'est-ce qui se passe? Ce qui explique aussi que chez l'auréalisme, une partie est tout à fait hostile à l'Alliance. Toute la tradition eurléaniste parlementaire, les descendants de Guizot, tous ceux qui sont attachés à un régime libéral, de bon ton bien sûr, pas trop démocratique, mais enfin, ils sont même attachés à cette liberté. à la liberté de parole, au débat parlementaire, et pourquoi le boulangisme, avec ses côtés plébiscitaires, c'est l'ennemi mortel. Et donc, il y a des divisions qui... Le boulangisme n'a pas duré assez longtemps pour qu'elle s'ouvre vraiment, que la fracture s'ouvre, mais n'empêche que l'unité du parti a été très sérieusement bousculée. Alors c'est un peu pareil chez les bonapartistes, bien que de façon plus feutrée. Les bonapartistes sont divisés en deux. Il y a un bonapartisme de gauche, derrière, le cousin germain d'Empoleon III, le fameux Plomplon, le prince d'Empoleon Jérôme, qui est anticlérical, qui mange un curé à chaque repas, et qui se dit
Bertrand Joly
républicain. Mais un républicain
Host
un peu, disons, un peu gaullien. Avant l'heure, bien sûr. Très plébiscitaire. Pour eux, Boulanger, c'est leur homme. Tout de suite, ils proposent ce que nous, nous voulons depuis le début. Et puis il y a ce qu'on appelle les victoriens, c'est-à-dire ceux qui suivent le prince Victor, qui est le fils de Plomplon, car il y a un côté oedipien, le père et les fils se sont séparés, mais très brutal. Le prince Victor, c'est le bonapartiste de droite, allié souvent au royaliste, et qui, lui, va suivre Boulanger, mais avec beaucoup moins d'enthousiasme, sans donner d'argent, d'ailleurs, parce qu'il n'en a pas, et en disant, bon, on le suit, Jusqu'au moment où on essaie de s'en débarrasser. Après tout, on compte sur lui pour liquider la République, mais après, on le liquidera aussi, s'il faut. Donc, vous voyez, tous les partis sont divisés. Chez les radicaux, pareil. Clemenceau, très vite, comprend qui est Boulanger et s'en éloigne. Mais les gens comme Naquet, en effet, comme Georges Laguerre, qui est un grand espoir radical à l'époque, eux, suivent Boulanger. Il n'y a que le parti à lui
Bertrand Joly
qui est modéré, qui lui est de façon d'office hostile. Et puis vous l'avez rappelé Bertrand Joly, il y a cet effet qu'on pourrait évoquer comme étant celui d'une mémoire d'une génération proche. C'est le cas au moment de l'affaire Schneebelé. On a craint la guerre, mais on se souvient de 1870 et de l'emballement qui provoque la guerre. Et c'est un peu pareil pour le coup d'État. Le souvenir du coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte en 1851, c'est pas si loin que ça, c'est encore dans
Marie-Hélène Bellac
les mémoires. Et donc on peut craindre un coup d'État. Oui, et puis je pense qu'il y a quelque chose d'assez intéressant, c'est que Boulanger est élu à des élections partielles, législatives partielles, d'abord, alors qu'il ne devrait pas, parce qu'il est militaire, il n'a pas le droit, mais ensuite, bon, il a été mis à l'écart de l'armée, mais à chaque fois c'est à l'appel de ses sympathisants et sans que lui-même fasse acte de candidature. Puisqu'on pouvait à l'époque ajouter sur le bulletin le nom de quelqu'un dont on souhaitait qu'il devienne député. Et il s'est passé exactement la même chose pour lui, Napoléon Bonaparte. Napoléon Bonaparte interdit de France après février 48. a été élu à des partiels en juin puis en septembre, mais il a attendu que la loi de proscription soit supprimée pour rentrer en France et finalement il est rentré en France avec cette aura septembre pour être élu le 10 décembre 1948. Donc il y a aussi un peu cette peur de cet homme
Bertrand Joly
plébiscité, je crois qu'il y a cette peur du plébiscite. Ah oui, c'est vrai qu'à ce moment-là, pour les élections, on pouvait être élu député dans plusieurs départements sans même
Host
l'avoir demandé s'il faisait que les gens rajoutent notre nom. C'est la loi de 1989 qui va toujours en vécure aujourd'hui, qui oblige les candidats à se déclarer, à faire acte officiel de candidature. Avant, on n'est pas obligé de se présenter, donc l'électeur vote pour qui il veut, car on estime que rien ne doit entraver la liberté
Bertrand Joly
de choix de l'électeur, il peut élire qui il veut. Et dès lors, le coup d'État, le souvenir de
Narrator/Actor (Poetry and dramatic readings)
celui de 1851
Bertrand Joly
de Louis Napoléon Bonaparte n'est
Narrator/Actor (Poetry and dramatic readings)
pas loin. Bravo, mon
Marie-Hélène Bellac
cher. Le peuple est avec vous. Le
Host
déstin a parlé. La garnison de Paris vous est acquise. Un,
Narrator/Actor (Poetry and dramatic readings)
nous marchons sur l'Elysée. Deux, nous occupons le palais Bourbon. Non, d'abord le ministère de l'Intérieur. Tout
dépend du
ministère de l'Intérieur. Une compagnie d'infanterie suffira. Taisez-vous. Laissez-moi tranquille. L'idée de sortir de la
Bertrand Joly
légalité m'est
Narrator/Actor (Poetry and dramatic readings)
odieux. Pourtant, c'est votre devoir. C'est votre devoir. Mon général. Le secrétaire du
président du
conseil demande à être reçu
par
mon général. Faites-le entrer. Puis-je parler devant ces messieurs? Allez-y. Le gouvernement de la République craint que les manifestations dont vous êtes l'objet ne dégénèrent en désordre. Et je suis chargé de vous mettre en garde amicalement. Contre
les conséquences fâcheuses... On veut que
je donne ma démission à le ministre de la guerre. C'est un conseil, un vœu, pas un ordre. Il serait préférable que vous ne restiez pas à Paris. Où m'envoie-t-on? Le commandement
Host
du 41e corps
Narrator/Actor (Poetry and dramatic readings)
à Bourbon-Salin se trouve justement vacant. Bourbon-Salin? C'est
un trou. Au
général, je le jette par la fenêtre. Un instant, Hector. Nous vous écoutons. Monsieur le Président de la République vous
recevra en audience particulière et
Bertrand Joly
vous exprimera personnellement ses regrets. Le Président est trop bon. Héléna et les Hommes, c'est le film de Jean Renoir en 1956 qui n'est pas sans évoquer avec ici la figure de Jean Marais, le général Boulanger. On a Bertrand Joly, un homme qui, et vous nous l'avez dit, est
Host
porté par un mouvement plus qu'il ne le porte lui-même. Tout à fait, tout à fait. Il n'a pas compris qu'il avait mis en branle des forces qui le dépassaient dans le pays. Sur le coup d'État, Boulanger a toujours refusé. On lui a proposé à pure reprise, et quand il était encore d'ailleurs ministre, Naquet notamment, qui d'ailleurs en conviendra avec une bonne grâce un peu étonnante, et puis en plus après, comme une fois homme politique prétendant au pouvoir, on lui a en effet proposé des coups d'État. Alors,
Bertrand Joly
il a toujours refusé, Et on peut se demander pourquoi. Bah oui, parce que c'est vrai qu'il a toutes les forces avec lui et que ce soit
Host
vraiment à gauche ou à droite, sauf les Républicains modérés. Je crois qu'il a... D'abord, la mémoire du 2 décembre 1951 les obsède tous à l'époque. Et qu'on en soit le partisan ou plutôt l'adversaire, c'était un traumatisme très violent. Tout le monde a en tête un thème de Victor Hugo contre l'Empire. Et donc franchir le Rubicon, c'est quand même une affaire extrêmement importante. Et il y a un dialogue peut-être apocryphe que rapportent Maurice Barès entre Boulanger et Paul Deroulaide. à propos du coup d'État, et Paul Deroldais dit à Boulanger, allons-y, marchez. Et l'autre lui répond, mais l'Empire en est mort du coup d'État. Et Deroldais lui répond, oui, mais il a vécu 20 ans, et moi, je ne vous demande qu'une heure. Mais Boulanger était lucide. Il savait très bien que, contrairement à ce qu'on pouvait penser, il n'avait pas les atouts en main. Il avait avec lui peut-être une foule de Parisiens. Le jour où il était élu à Paris, Il y a des parisiens devant le restaurant de la Plaza Madeleine où il est en train de fêter la victoire. Et ils ne sont pas cent mille. Ils sont quelques milliers. Quatre mille, cinq mille, mettons dix mille, en étant très généreux. En face à eux, on les attend. On a les documents montrant que le pouvoir est parfaitement conscient de la situation, que les troupes sont mobilisées dans Paris. que l'Elysée est gardée militairement et que Boulanger n'a que des chances très minimes de pouvoir envahir le gouvernement. Ensuite, par rapport à 51, il y a une différence énorme, c'est que la leçon de 51 a été tirée. Et la République, dès qu'elle s'est fondée, a voté en 1872 une loi en prévoyant le cas de coup d'État et donnant au Conseil Général notamment des pouvoirs étendus pour prendre le relais d'un gouvernement qui serait hors d'état de gouverner. Et à l'époque, il y a, contrairement au 51, il y a beaucoup de chemin de fer, il y a le télégraphe qui marche partout, Paris est relié à la Province d'une manière beaucoup plus forte que 20 ans plus tôt. Par conséquent, le coup d'État est beaucoup plus difficile à faire que 20 ans plus tôt, et Boussais-Boulanger le sait. Et donc, il le dit d'ailleurs, A l'époque, tout lui est réussi. Pourquoi serais-je assez bête pour risquer ce gros coup alors que dans quelques
Bertrand Joly
mois, je vais arriver tout à fait légalement au pouvoir? Oui, ce serait bête. Victor Hugo est mort en 1885, donc juste avant ce grand mouvement. Et tout le monde a lu à ce moment-là qu'il part d'un crime. Et ce crime, c'est le coup d'État de 1851. Et Louise Michel, femme de
Louise Michel (quoted)
son temps s'il en est, bien sûr, observe tout cela. Pour nous autres révolutionnaires, boulanger, comme homme, est une nullité. Mais nous l'acceptons comme un moyen pour combattre et détruire le pernicieux système de gouvernement actuel. Le peuple en est fou. Mais ce n'est qu'un normalement passager. Tout le monde est dégoûté du régime parlementaire existant et de tous ceux qui cherchent à grimper au pouvoir. C'est pourquoi on acclame comme un libérateur l'homme qui vient défier l'Allemagne et son propre gouvernement. Mais quant à plébisciter son nom, cela est une idée vraiment ridicule. Boulanger doit limiter son ambition au rôle d'humble serviteur de la République. Est-il sincère ou non? Nous ne le savons pas, mais nous le croyons sur
Bertrand Joly
parole tant que ses actes ne prouvent pas le contraire. Anne Toscane-Vudès dans le cours de l'Histoire qui lisait cette interview, c'est comme ça qu'on dit aujourd'hui cet entretien de Louise Michel accordé à un journal et ensuite comme ça se pratiquait alors diffusé dans tous les journaux Marie-Hélène Bellac. C'est fascinant d'entendre cela.
Marie-Hélène Bellac
Déjà la conscience que Louise Michel a. Elle a lucidité. Au fond, je disais, elle ne le prend pas parti. C'est vrai que son amitié pour Rochefort la met en position difficile. Elle a d'ailleurs reçu des offres pour prendre parti. C'est assez intéressant. Mais aussi parce qu'elle est effectivement consciente que tout ça, c'est une espèce de mousse artificielle et qui va à un moment ou à un autre s'arrêter. Donc, elle résiste d'abord, elle refuse au début de donner des interviews, puis en 88, quand les choses deviennent, enfin qu'il y a une espèce de fièvre où elle ne peut plus échapper et qu'elle est pressée d'intervenir, elle le fait. Mais pour dire à la fin finalement, quand tout éclate en 89, qu'elle avait bien raison et que tout ça, ça ne servait à rien, il ne fallait pas se diviser autour de ce problème
Bertrand Joly
et que ce qui compte c'est de faire la révolution. C'est ça, parce que l'objectif de Louise Michel et puis de toutes celles de tous ceux qui sont autour et qui suivent ses idées, c'est vraiment de renverser le système. Mais comment ça se termine cette histoire-là? Parce qu'on sent, quand on regarde la chronologie, un emballement sur un temps particulièrement court. 1886, idée ministre de la guerre, ça s'arrête en 1887. Et en l'espace d'une année, un petit
Host
peu plus, ça monte à une hauteur folle de popularité. Oui, il y a quand même quelques limites à cette popularité. La grande période triomphante du boulanchisme, c'est du printemps 88, la mise en retraite, et puis les élections partielles qui vont se succéder jusqu'à l'été 88. L'élection de Paris est un peu à part. On y reviendra si vous voulez. Mais en province, Boulanger se fait élire sur une période de 5-6 mois, guerre plus. Et ce qu'on oublie de dire, c'est qu'il est battu aussi. À pure reprise, il est candidat, et soit il retient sa candidature quand il voit que ça ne prend pas, soit il y va jusqu'au bout et il
Bertrand Joly
est battu. Le cas de l'Ardèche
Host
étant
Bertrand Joly
le plus connu. Et
Host
pourquoi Paris c'est à part? Pardon? Paris, pourquoi à part? Alors à Paris c'est à part parce que Paris vient après. Une fois, en fin août, Boulanger a été élu dans trois départements le même jour. Un plébiscite. Triomphe. Et donc là le gouvernement est extrêmement inquiet. Mais Boulanger, il n'aime pas faire campagne. Et pire reprise, il ne fait pas campagne, il envoie ses lieutenants sur le terrain. Il le dit, ben j'en ai assez, moi je ne veux plus être candidat, je serai candidat uniquement à Paris si un siège se libère. Et donc, d'août à janvier, pendant quand même cinq mois, il n'y a pas d'élection. Donc on ne sait pas ce que la popularité boulanger devient. Et plusieurs témoignages incitent à penser qu'elle tend à s'effilocher un peu. Car boulanger, il n'est populaire que s'il crée l'événement. Si on parle de lui, s'il se contente d'être un prétendant qui attend son heure, sa popularité en pâtit forcément. Alors en janvier, en effet, un député meurt. un député radical. Et les républicains, les modérés comme les radicaux anti-boulangistes, comme Clémenceau l'a toujours dit, Paris nous a acquis, Paris bastion de la révolution depuis un siècle pratiquement, Paris citadelle de la gauche, Boulanger n'a aucune chance. Et Boulanger relève le défi. Et ça a marché. Il va être élu. Alors il va être élu pour des raisons qui sont extrêmement compliquées à établir. Il semble, d'après les calculs qu'on puisse faire, calcul grossier, que l'électorat républicain s'est divisé en deux. Moitié pour Boulanger, moitié contre. Et c'est l'électorat conservateur qui a transformé ce qui aurait pu être une petite victoire étriquée en un grand succès. Mais n'empêche que l'effet est énorme. Boulanger élu par la Seine, car à l'époque, c'est les parlementaires de la Seine qui votent tout entier. C'est quand même un symbole très fort. En réalité... Il était obligé d'y aller. Et c'était pourtant une erreur. Parce que là, les républicains comprennent qu'il faut arrêter. Ils sont très divisés entre radicaux et modérés. Ils comprennent que maintenant il faut enterrer les querelles et qu'il
Bertrand Joly
faut s'unir et contre-attaquer. Et c'est ce qu'ils vont faire. Oui, on peut attaquer de plein de manières et
Adrien Dansette (historian, quoted)
notamment en jetant, alors ça c'est particulièrement étonnant, des escargots. On se remémore la vie de Boulanger, ses incohérences, ses impulsions désordonnées, ses actions d'éclats et ses défaillances. L'aveuglement de son optimisme et la profondeur de sa douleur, de son ultime désespoir, sa magnifique santé et son érotisme morbide. Le personnage et ses contrastes s'éclairent. Son double refus s'explique. Boulanger était de ces instables, soumise à l'alternance de périodes d'excitation et de dépression oscillantes entre les impulsions violentes et les défaillances nerveuses. Vaincu, abandonné, frappé dans son amour, il se suicida au cours d'une crise de mélancolie anxieuse. Nous sommes assez loin de l'image simpliste du dictateur sentimental et du conflit cornélien entre la passion et le devoir. Mais peut-être ai-je tort de détruire la légende, et vaut-il mieux s'en tenir aux épitaphes qui l'illustrent? Voici celle de Clémenceau. Sigi, le général Boulanger, qui mourut comme il vécut, en sous-lieutenant. Et voilà celle de Séverine, plus poétique,
Bertrand Joly
Samon saint comme César, vécu comme Catilina, mourut comme Roméo. C'est l'historien Adrien Dancette qui s'exprime en 1950 sur le général Boulanger, sur cette figure critiquée de son vivant. En deux temps, c'est vrai que cette histoire d'escargots, Marie-Hélène Bellac, c'est lors de la représentation d'une pièce de Louise Michel qui s'intitule
Marie-Hélène Bellac
Le coq rouge, qu'on en voit des escargots C'est pourquoi? Oui, en fait, c'est un combat entre les boulangistes et les anti-boulangistes. Donc, on attendait notamment, parce qu'on prétendait que Louise avait pris parti pour boulanger, donc on attendait boulanger. Il n'est pas venu, mais il y a eu Clovis Hugues qui est venu, qui était un impossibiliste qui, lui, était passé pour boulanger. Il y a toujours cette complexité. Et en fait, donc, les boulangistes se trouvent à l'orchestre, les anti-boulangistes dans les... dans les corbeilles, pardon, dans les balcons. Et donc, on crie boulange, boulange et les anti-boulangistes lancent des escargots, des coquilles d'escargots. Et on dit qu'on a trouvé un nouveau moyen de se battre au théâtre. C'est juste
Bertrand Joly
ce qu'il faut pour écorner la bave, mais pas plus. Ah oui, c'est intéressant d'ailleurs parce qu'on apprend qu'au paradis dans les théâtres,
Marie-Hélène Bellac
on mangeait des escargots, ça devait avoir une super
Bertrand Joly
odeur. Ça montre aussi l'aspect très populaire finalement du mouvement. Oui c'est ça, c'est cet aspect populaire. Et dans le même tranc, en écho à ce qu'on a entendu d'Adrien Dansette, Bertrand Jolie, on a ces critiques qui viennent de la part de tout le monde, que ce soit Clémenceau, Et c'est comme si Boulanger, par sa fin même, donnait raison à tout le monde. Comment s'arrête ce mouvement-là? Il s'arrête de lui-même ou c'est la disparition de Boulanger lui-même? Adrien Dansette,
Host
elle évoquait un suicide sur la tombe de son amoureuse. Oui, c'est très romantique, mais quand il suscite, la comédie est terminée depuis longtemps. La défaite de Boulanger, c'est en fait deux grandes dates. C'est le 1er avril, date illustre, 1889, où il s'enfuit. Il s'enfuit pour ne pas être arrêté. On lui a fait croire qu'il allait être arrêté pour complot contre l'État. Et là, il a monté quand même ses limites. Un vrai révolutionnaire, il ne s'en fuit pas. Lui, il s'est enfui en Belgique, puis après il est venu s'installer à Londres. Et ça, bien sûr, ça écorne beaucoup la popularité du fringant général. La deuxième date, c'est bien sûr les élections générales de septembre-octobre 1989, où les boulangistes sont écrasés. Les alliés aux royalistes et aux bonapartistes, ils ne tiennent qu'une quarantaine de sièges. Même si leurs alliés de droite, eux, remontent. Ils ont profité un peu de l'alliance. Les boulangers n'ont qu'une quarantaine de sièges. Ils ont quand même obtenu 40% des voix à Paris, dans la Seine, ce qui est un beau succès. Ailleurs, ils ont obtenu deux sièges à Nancy quand même, deux sièges à Bordeaux, et puis quelques sièges disséminés. C'est peu de choses. C'est un échec total. Parce que la République a contre-attaqué. Elle a changé la loi électorale, elle est revenue au scrutin d'arrondissement qui oblige chaque parti à se trouver des candidats partout, ce que Boulanger n'a pas pu faire. Et Boulanger a été condamné à haute cour sur un dossier d'ailleurs parfaitement vide. C'est un procès politique assez scandaleux, mais ça contribue à le discréditer. Donc Boulanger a été vaincu par les urnes quand même, par sa faiblesse et par les urnes. Donc quand il
Bertrand Joly
suscite en effet en septembre 1991, il est déjà liquidé. Il n'existe plus, La République contre-attaque. Merci. C'est un joli titre, ça pourrait être la suite de cette aventure-là. Merci vivement à tous les deux. Marie-Hélène Bellac, votre Louise Michel est publiée chez Perrin et c'est une autre manière aussi de visiter l'histoire politique de la France à travers un personnage et quant à vous Bertrand Joly, Aux origines du populisme, histoire du boulangisme, c'est aux éditions du CNRS. Merci vraiment à vous deux parce que c'est dur de mettre en place ce panorama de la vie politique à ce moment-là et on a ce croisement entre
Host
deux
Bertrand Joly
personnages fascinant, hein? Boulanger et Louise Michel. Merci beaucoup. Merci. Prochain épisode dans le cours de l'histoire sur France Culture,
Narrator/Actor (Poetry and dramatic readings)
le gaullisme, et oui, une certaine idée de la droite. C'est du chef de l'État que doit procéder le pouvoir exécutif. A lui, la mission de nommer les ministres. Et d'abord, naturellement, le premier qui a la charge, lui,
Bertrand Joly
de diriger l'action, la politique et le travail du gouvernement. C'était le Cours de l'Histoire sur France Culture, une émission réalisée par Thomas Bouecq, aujourd'hui la Technique d'Alia, émission préparée par Jeanne de Lecroix, Jeanne Coperafel, Laloum, Josépheline Reynard, Maëlle Vincent-Randonnier et Mayouane Guizziou. Le Cours de l'Histoire est à écouter,
Cet épisode, mené par Xavier Mauduit, se penche sur le boulangisme : ce mouvement politique de la Troisième République qui, à la fin des années 1880, a rassemblé une partie de la droite et une partie de la gauche autour de la figure du général Boulanger. Le but de la discussion, animée par les historiens Bertrand Joly et Marie-Hélène Bellac, est de démêler la complexité du boulangisme – ni vraiment un mouvement de droite, ni uniquement une affaire de revanche nationale – et de comprendre ses ressorts populistes, sa structure, sa postérité et les ambiguïtés de ses alliances.
(03:00 – 07:44)
Origines et nature du mouvement :
Position de Louise Michel :
(07:45 – 11:42)
(15:13 – 18:50)
(21:20 – 27:46)
(31:10 – 41:57)
(43:36 – 46:52)
(46:52 – 48:51)
(48:51 – 57:00)
L’épisode dresse ainsi le portrait nuancé d’un phénomène politique éruptif, ni vraiment structuré, ni assimilable à la droite classique, qui annonce par certains traits les populismes à venir. Le boulangisme, « droite pas trop cuite », mobilise déçus et ambitieux sur la haine du régime parlementaire, mais s’effondre sur sa propre ambiguïté et la vacuité de son leader. Porté autant que dépassé par la vague, Boulanger reste une figure symptomatique de la République fragile – et un jalon clé pour comprendre la genèse des « droites » françaises.