
Histoire et musique, l'accord parfait 4/4 : L'harmonica de verre, une histoire en sons et Lumières
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Xavier Mauduit
Bonjour, c'est Xavier Mauduit. Le Cours de l'Histoire, c'est une émission qui est le fruit du travail de toute une équipe et quelle équipe, merci ! Alors pour finir l'année, voici un coup de cœur, une émission sur l'harmonica de verre, une histoire en son et lumière. Bonne.
Giuseppe Beccadeli
Écoute !
Xavier Mauduit
Xavier Mauduit. L'harmonica de verbe, une histoire en son et lumière. Voici un bien étrange instrument d'un type assez original avec des bols en cristal mais aussi en verre et en quartz. Ça pourrait mettre le son à nul autre pareil. L'instrument a besoin d'eau claire et de doigts agiles. Étrange invention du XVIIIe siècle qui accompagne les bouleversements du siècle. Mais attention, c'est un instrument dangereux qui pourrait conduire à.
Michael Lonsdal
La folie. J'ai découvert cet instrument tout à fait par hasard. Immédiatement, ça a été le coup de foudre, d'abord à cause.
Un narrateur ou intervenant non spécifié
Du son. On ne sait pas très bien ce qu'on entend. On se dit, mais d'où est-ce que une chose pareille peut venir ? La stupéfaction est si grande qu'on reste un peu pantois. Alors, à qui demander une.
Xavier Mauduit
Interprétation de ça.
Mélanie Traversier
? Mélanie.
Xavier Mauduit
Traversy, bonjour. Bonjour Xavier. Vous êtes professeure d'histoire moderne à l'Université de Lille et vous êtes l'autrice de l'harmonica de vers Emmys Davis. On va pouvoir réfléchir à tout cela mais avant tout dites-nous qu'est-ce que cet instrument ? C'est.
Mélanie Traversier
Quoi un harmonica de vers ? C'est un instrument bien étrange déjà, qui a disparu un peu de nos pratiques musicales. Il ne fait vraiment pas partie de l'instrumentarium le plus courant. Il a été conçu en 1761 par Benjamin Franklin, lâchons le nom dès à présent, le grand physicien qui était aussi un passionné de musique, parce que sciences et musique dialoguaient tout particulièrement encore au 18e siècle. Et fasciné par les vers musicaux auxquels nous avons tous joué, c'est-à-dire On prend des verres devant nous, ils sont remplis de quelques breuvages et on fait tourner son doigt mouillé sur le bord du verre et ça crée des sons. Et bien, Franklin, passionné par la technique, la mécanique, a eu l'idée de transformer ses verres musicaux. en machine musicale. Alors à quoi ça ressemble cet harmonica de verre ? Alors c'est rien à voir avec les harmonicas des cow-boys, bien sûr. C'est un instrument qui est composé d'une trentaine, alors 37 dans le cas de Franklin, de bols de cristal de différents diamètres qui sont enchassés sur une tige, enchassés dans un ordre décroissant. Cette tige est mise en rotation par une roue, elle-même activée au pied par une pédale. Et il y a bien sûr un interprète. Et donc l'interprète est assis devant le coffre qui contient ces verres, ces bols de cristal. Il a mouillé ses mains et faisant tourner les verres de cristal, il frotte tour à tour ces bols de cristal, ce qui crée un son. Et un son qui est souvent aigu, même s'il y a une certaine amplitude sonore, et on peut ainsi créer des mélodies. Et cet instrument, véritable machine musicale conçu par Franklin, et bien a cette singularité tout à fait étonnante pour le XVIIIe siècle, c'est qu'il ne se désaccorde jamais. Ce qui en fait un instrument qui a été immédiatement.
Xavier Mauduit
Qualifié d'instrument divin, d'instrument de l'harmonie céleste. Et puis ce sont purs produits par le verre. C'est vrai, vous avez raison Mélanie Traversé de le rappeler, on a tous fait ça à table sur le bord du verre à tourner comme ça avec un peu d'eau. Ce mouvement en fait que vous évoquiez devant cet instrument, ça ressemble à ma grand-mère devant sa machine à coudre, j'ai l'impression, ce système.
Mélanie Traversier
Pour faire tourner cette roue de verre. Exactement, c'est la même posture que celle devant une machine à coudre. Et c'est une analogie qui m'est venue aussi en travaillant sur cet instrument, sur l'histoire de cet instrument et le rôle des femmes interprètes, puisque la première interprète a été une femme, Marianne Davis, que Franklin avait choisie. Et cet instrument, on y viendra peut-être tout à l'heure, a été associé aussi à une lecture érotomane de la pratique musicale. Or, la machine à coudre, lorsqu'elle a été mise au point plus tard, a aussi été parfois regardée, disqualifiée comme une machine suscitant des titillations délicieuses. Je reprends cette expression, titillation délicieuse, parce qu'elle a été employée dans les mémoires secrètes au XVIIIe siècle pour signaler ce que pouvaient faire.
Xavier Mauduit
Ces sons, en particulier aux femmes instrumentistes. Oui, on n'a pas attendu Benjamin Franklin au 18e siècle pour comprendre que le ver pouvait émettre des sons. Et puis, c'est surtout l'utilisation que l'on pouvait faire de ces sons. Je vous propose.
Bernard Douheray
Un tout petit peu de magnétisme animal. Mesmer, son but était essentiellement de guérison. Et il utilisait pour cela un certain fluide magnétique dont il estimait qu'il était répandu dans toute la nature, qu'il émanait de tous les individus de manière plus ou moins nette et plus ou moins forte. Et il procédait lui-même de la manière suivante. C'est le fameux baquet de Mesmer, si célèbre à l'époque. Il magnétisait de l'eau qu'il versait dans des bouteilles. Il disposait ces bouteilles dans une sorte de baquet en rayon concentré. Il noyait ensuite dans l'eau. Des tiges métalliques émergeaient de ce bac. On faisait la chaîne autour de ce baquet en ayant un contact très proche de genou à genou ou en se tenant par les mains. On touchait également les barres métalliques qui sortaient de ce baquet, de façon à être en continuité de courant, si je peux dire, les uns entre les autres, et avec ce baquet. Et l'esmer lui-même était présent, entretenait d'ailleurs un fond musical qu'il estimait propice à la chose, et on observait différents phénomènes, en particulier des malades entraient dans une sorte d'état de crise, qui était justement le but recherché, car Mesmer estimait qu'à partir de cette crise, ils étaient en quelque.
Xavier Mauduit
Sorte dénoués et leur mal se guérissait. Franz Anton Mesmer et le mesmérisme au XVIIIe siècle, présenté ici par Bernard Douheray. C'est le coprésentateur de l'émission à la recherche de la tradition en 1966, Mélanie Traversier. Le mesmérisme, l'utilisation de son pour produire quelque chose, On a cela ici parce qu'on va essayer avec vous de saisir l'importance de l'harmonica de vers et de Miss Davis aussi. Mais je reprends le titre de votre ouvrage publié au Seuil. Pas seulement pour être étonné, et déjà c'est pas mal, d'un instrument un peu oublié aujourd'hui, mais pour comprendre aussi sa portée.
Mélanie Traversier
Le mesmérisme c'est important dans cette histoire-là. Tout à fait, puisqu'en fait Mesmer a utilisé l'harmonica de verre dont il jouait lui-même dans ses cures thérapeutiques magnétiques, convaincu que les sons produit par l'instrument pouvait accélérer le surgissement de la crise et donc de là la guérison espérée dans le cadre de sa thérapie. Et donc ça a été l'une des portes d'entrée aussi pour moi pour questionner l'histoire de cet instrument parce qu'il rejoint l'histoire des rapports entre médecine et musique au XVIIIe siècle et son usage par mespères est l'un des aspects de ces rapports et de ces questionnements de la médecine de lumière sur les usages thérapeutiques mais aussi toxiques de la musique. Puisque nous sommes aussi en prise Avec le cours très actuel de l'histoire, je profite pour vous dire que le 16 mai, il y a une présentation d'un ouvrage collectif sur le magnétisme animal qui aura lieu à l'Institut d'études avancées sur lequel on est revenus ensemble, des collègues de différentes disciplines, sur les différents visages. et de ce magnétisme animal. Et bien sûr, j'ai pour ma part contribué à essayer d'expliquer ces doux sons de l'harmonica et la façon dont ils pouvaient faire entrer en pamoison les femmes en particulier qui suivaient les cours, les cures et.
Xavier Mauduit
Les cours d'une certaine manière de Messmer. Benjamin Franklin, quand il invente en 1761 cet instrument, n'a pas l'idée d'en faire un outil à usage thérapeutique.
Mélanie Traversier
Pourquoi il invente ça, lui ? Il invente ça parce que d'abord c'est un physicien. C'est un physicien et comme tous les savants de cette époque, il considère que la musique est pleinement une science à la fois théorique et mécanique. Il s'intéresse à la nature du son. et pour un électricien c'est tout à fait normal à cette époque parce qu'on s'interroge beaucoup sur la nature du son et sur la charge électrique ou pas qu'il y a dans le son à un moment où effectivement on met au point un certain nombre de machines électriques et d'ailleurs il y a aussi toute une réflexion sur l'électricité médicale et là encore l'instrument l'harmonica de verre rejoint ses réflexions sur l'électricité médicale. Et Franklin lui-même était un mélomane, mais sans passion excessive. Il y met des choses assez simples, les mélodies écossaises, etc. Et il a découvert à Londres où il était le représentant à l'époque des colons américains. Il a découvert à Londres justement ces vers musicaux qui étaient devenus une sorte de petite curiosité spectaculaire et il a été séduit par ces sons qu'il qualifiait déjà de purs. Et il a voulu perfectionner et ses vers musicaux. Physicien, mécanicien et en contact avec les meilleurs verriers de l'époque, les verriers anglais, il fait mettre au point des bols de cristal. Il y a toute une série, évidemment, d'expérimentations et il en vient donc à la conception et à la fabrication de ce premier prototype en 1761 et les premiers concerts ont lieu en février 1762 avec aux manettes, enfin en.
Xavier Mauduit
Tout cas au bol de cristal, Marian Davis. Avec ici, peut-être au bout d'une dizaine de minutes de discussion.
Un narrateur ou intervenant non spécifié
Mélanie.
Xavier Mauduit
Traversier, l'impératif, écoutez à quoi ça ressemble. ... Mozart, adagio en ut majeur. Alors non, ce n'est pas de la scie musicale, c'est bien de l'harmonica de verre. Nos oreilles ne sont peut-être pas habituées à ces sons-là, mais c'est très intéressant de voir que Mozart, lui aussi, s'est emparé de cette harmonica de verre. Et surtout, en vous lisant, Mélanie Traversé, on se rend compte que nous avons un homme ici, qui est un scientifique, un inventeur, qui pour moi s'intéressait plutôt aux tonnerres et aux paratonnerres, mais qui s'intéresse aussi à la musique. Et puis, une femme. Miss Davis qui est son interprète. C'est toujours étonnant de voir que c'est tout petit ici cette naissance-là en nombre d'individus.
Mélanie Traversier
Et quel contraste avec le retentissement qu'a cet instrument. On a oublié aujourd'hui le retentissement qu'a eu cette harmonica de verre à la fin du XVIIIe siècle. Jean-Jacques Paulet, qui était un des médecins anti-mesméristes, disait que cet instrument a suscité tant de mouvements dans le siècle. des élites qui pouvaient aller au concert ou qui pouvaient se payer un récital à domicile. Mais cet instrument a vraiment suscité l'engouement des élites de l'époque. Il est oublié relativement aujourd'hui, même si on a débuté l'émission avec, je crois, la voix de Thomas Bloch qui est l'un des musiciens, avec Jean-Claude Chapuis aussi. avoir redonné à entendre ces dernières années cet instrument, a rejoué les œuvres qui ont été composées pour lui au 18e siècle par les plus grands. Vous avez cité Mozart, mais le plus grand à l'époque c'était notamment Haas, puis après il y a eu Beethoven, Donizetti a aussi écrit pour lui encore au 19e siècle. Donc un instrument relativement oublié parce que nos oreilles ont aussi une histoire. Et puis deux autres destins qui croisent cet instrument, l'écrasant et célébrissime Benjamin Franklin, qui lui est resté aussi célèbre que de son temps, et puis le destin beaucoup plus sombre et tombé dans l'oubli de Marianne Davis, qui, comme bien d'autres musiciennes de son époque, a été occultée de nos mémoires et.
Xavier Mauduit
De nos sensibilités, de nos mémoires musicales en fait. Oui, parce que quand on regarde Harmonica de Vert et qu'on fait des recherches, c'est Benjamin Franklin qui apparaît tout de suite. Vous, Mélanie Traversier, comment avez-vous rencontré ? Alors, je ne sais pas trop.
Mélanie Traversier
Qui commence. L'Harmonica de Vert, Benjamin Franklin et Miss Davis. Qui commence ? Je crois que c'est l'objet parce qu'en fait je l'ai croisé dans un certain nombre de lectures et aussi dans mes oreilles. Plusieurs chemins m'ont mené à cet instrument. Tout à l'heure vous évoquiez Mesmer et je crois que c'est le livre de Robert Darnton sur la fin de lumière qui questionnait justement le rôle du mesmérisme dans le surgissement aussi de la révolution etc. C'est peut-être le premier ouvrage d'histoire dans lequel j'ai trouvé la mention de cet instrument très singulier. Puis, ou en même temps, je ne sais pas exactement, c'est difficile de refaire une généalogie comme ça d'un objet d'enquête, Louis-Sébastien Mercier, qui est vraiment l'auteur fétiche de tout dix-huitièmiste, avec son tableau de Paris, qui est une sorte de mine documentaire sur tous les sujets, dans son ouvrage utopique, uchronique même, l'an 2440, il en fait l'instrument de l'harmonie sociale. Encore un petit indice. Et je l'ai retrouvé aussi dans un certain nombre de mes passions littéraires. Rimbaud l'évoque dans La chasseuse de poux. Il est aussi présent dans Bouvard et Pécuchet. puisque Bouvard et Pécuchet s'interrogent pour soigner quelqu'un, est-ce qu'il ne faudrait pas se mettre à l'harmonica de verre ? Alors évidemment avec la férocité et la mélophobie de Flaubert. Et puis les auteurs romantiques, Chateaubriand, Lévoque, Germaine de Staal et... Pour l'histoire de mes propres oreilles, cet instrument, on le retrouve chez des génies du son, Björk, Goréas, Radiohead, tout ça a été bien intriguant. Mais peut-être ce qui a mis le feu aux poudres de ma recherche, c'est une mention dans le journal d'une reine, la reine en question c'est la reine de Naples, Marie-Caroline, la sœur de Marie-Antoinette, qui, au détour comme ça de son dierre, mentionne un concert d'harmonica de vers avec deux Anglaises à Florence en 1785. Et donc tous ces chemins confluaient autour de cet objet. Et ensuite j'ai essayé de tirer tous ces fils, l'inventeur, les interprètes, les ramifications, à la fois en histoire de la médecine, en histoire sociale, en histoire des musiciennes, en histoire des sciences et des techniques. Tout ça aussi pour questionner notre rapport aux lumières, parce qu'en fait cet instrument est une façon de faire miroiter notre rapport aux lumières. L'étrangeté aussi des lumières, parce que les lumières ne sont pas tout à fait équivalentes.
Xavier Mauduit
À notre modernité. Regardez, on est dérouté un peu par cette écoute. Ah oui, parce qu'effectivement, nous sommes déroutés et j'imagine combien les contemporains de ces interprétations ont pu être un premier temps déroutés et c'est l'instrument de l'avenir. C'est ça qui est passionnant. Nous, nous parlons là aujourd'hui d'un instrument du passé, mais on l'entend bien. Benjamin Franklin qui met en œuvre comme ça tout son.
Mélanie Traversier
Savoir pour créer un instrument, on se dit c'est l'instrument de l'avenir. Oui, c'est l'instrument de l'avenir parce que c'est un instrument qui a une mécanisation assez étonnante, qui met aussi en lumière cet art de la cristallerie qui est à ce moment-là vraiment l'avant-garde de la manufacture. Et il faut aussi resituer l'histoire de cet instrument, de sa fabrication, de sa diffusion, Dans cette passion du XVIIIe siècle pour l'innovation, le perfectionnement technique et la musique, l'organologie, c'est-à-dire la fabrication même des instruments de musique, est prise dans ce flot de gestes, d'innovation, de savoir-faire qui cherche à rendre toujours plus efficaces les machines. Ça marche aussi pour.
Xavier Mauduit
La musique, pas uniquement pour les moulins, les piliers de pont, etc. Nous avions un homme, c'est Benjamin Franklin. Il y a une femme, souvent à l'ombre de cet homme, c'est Miss Davis, mais je vous écoute bien, Mélanie Traversier. Il y a une sœur aussi, donc.
Giuseppe Beccadeli
On voit que ça se ramifie. Oui, désormais nous avons deux sœurs. J'ai l'honneur de présenter deux sœurs anglaises très charmantes, Mademoiselle Marianne et Mademoiselle Cécile Davis. Toutes deux sont de très bonnes musiciennes. L'aînée joue d'un instrument de nouvelle invention appelé l'harmonica. Il est constitué de coupelles de cristal qui sont enchâssées les unes dans les autres pour former un cylindre qui, placé à l'horizontale, tourne sur lui-même. Et qui, magistralement touchés par les mains nues de l'interprète, assises comme à l'orgue ou au clavecin, produisent une voix extrêmement douce, incomparable, surtout dans le style pathétique. La plus jeune des sœurs est dotée d'une voix agréable et très aimable. Elle chante à merveille et quand elle accompagne son chant du son de l'harmonica, elle s'accorde.
Xavier Mauduit
Avec un tel talent au génie de l'instrument que cela ravit merveilleusement. Giuseppe Beccadeli qui ici évoque ses deux sœurs, lui il est secrétaire d'état du côté de Naples, de la Sicile. Qu'est-ce que c'est que cette histoire-là ? Nous avons ici un scientifique, Benjamin Franklin, qui invente un instrument, qui a besoin d'une interprète, c'est Miss.
Mélanie Traversier
Davis, sa sœur est aussi de la partie. Qui sont ces deux sœurs ? Franklin a besoin effectivement d'une interprète ou d'une manipulatrice, parce que cet objet est-il une machine ou un instrument de musique, en tout cas d'une performeuse qui peut faire entendre cet instrument, car il faut le présenter au public, dans le cadre de premières exhibitions publiques. Et son choix se porte sur Marianne Davis, qui est une jeune musicienne en 1762. Elle a 16 ans, mais elle est déjà connue du public londonien, puisque c'est une ancienne enfant prodige. Alors bien sûr, les enfants prodiges, quand on y songe, on a tout de suite en tête Mozart. Mais il faut bien comprendre que Mozart, d'ailleurs, qui est à Londres dans les années 1760, que l'un de ses enfants prodiges musiciens. Et Marianne Davis est donc une jeune musicienne née dans une famille de musiciens qui a été formée au clavecin, à la flûte, flûte traversière, par son père. Et donc formée à ces deux instruments, elle a des qualités d'interprétation et sa réputation aidant, elle présente toute une série d'atouts en fait pour être choisie par Franklin. Comme claviériste, elle a la posture attendue pour qui veut jouer à l'harmonica de verre. Elle a l'intelligence des mains que réclame bien sûr le clavecin, la flûte traversière et ce nouvel instrument, l'harmonica de verre. Et puis, flûtiste, elle est évidemment habituée au son relativement aigu. Et cette familiarité-là, ce savoir-faire d'ores et déjà professionnel et la réputation dont elle bénéficie déjà font qu'elle apparaît. à Franklin, sans doute comme l'interprète, la musicienne la plus à même de faire entendre au public anglais pour la première fois cet instrument. Et donc il y a d'abord ce premier duo l'interprète, l'instrument, et il est d'abord promu, c'est d'abord ce duo qui est promu. Le nom de Franklin n'est pas forcément l'argumentaire le plus d'ores et déjà avancé pour faire la promotion de cet instrument. Et suite au premier succès en Angleterre, la famille Davis organise une première escapade, une première petite incursion sur le continent pour des raisons professionnelles à Paris en 1765 pour continuer à faire connaître à la fois cet instrument inédit, rare est cette jeune artiste anglaise que personne n'a encore entendue en France. Et c'est à partir de la fin des années 1760 que la sœur de Marianne Davis entre en scène, littéralement aussi, puisque sa jeune sœur, elle est chanteuse d'opéra. Elle est en devenir, elle est encore en formation et elle va progressivement et de plus en plus accompagner sa sœur au chant. Et donc Maren Davis à l'harmonica et Cecilia Davis au chant. Et que joue-t-elle en fait ? Parce qu'on n'a pas encore évoqué. Alors au début, bien sûr, Il s'agissait parfois d'improvisation. Il s'agissait aussi de reprendre des airs à la mode et de les faire résonner avec les sonorités tout à fait singulières de l'instrument. Et puis, l'instrument se faisant connaître de plus en plus, des compositeurs vont écrire. pour cet instrument. Le basculement se fait lors d'une première tournée européenne, véritablement, que font les Sœurs Davis à la fin des années 1760.
Xavier Mauduit
Et au début des années 1770, où elles traversent l'Europe, l'Europe des élites, l'Europe musicale. Oui, parce que c'est un phénomène qui n'est pas uniquement lié à ses deux sœurs et cette harmonica de vers, vous l'avez cité. Mozart, et Mozart lui-même enfant prodige.
Mélanie Traversier
N'Est pas seul enfant prodige dans sa propre famille. C'est un phénomène très 18e siècle. Tout à fait. C'est-à-dire que l'instrument harmonica de verre s'inscrit dans un marché musical en pleine explosion, en plein essor, parce que la vie musicale au XVIIIe siècle est marquée par une multiplication des lieux de production, donc de consommation aussi de la musique, une multiplication et aussi une diversification qui peuvent s'accompagner de forme de ségrégation aussi des genres, des publics. L'édition musicale elle-même est en pleine explosion, portée par des perfectionnements techniques qui rendent possible de publier, d'imprimer et de vendre plus et moins cher. des partitions. Les musiciens trouvent donc de nouvelles formes d'emplois aussi, même si l'église reste le premier employeur. Et donc les Sir Davies, comme toutes les autres comme tous les autres musiciens et toutes les autres musiciennes de leur temps, vont jouer de toutes ces ressources et de toutes ces potentialités. Même si leur carrière est heurtée parce qu'elles sont instrumentistes, chanteuses, parce qu'elles sont femmes, qu'elles vont rester célibataires et que l'une de leurs forces, ça va être aussi cette sororité, qui est aussi une sororité professionnelle, puisqu'elle crée une forme de duo qui est une cellule à la fois familiale et économique. Et elles vont mener une carrière en partie parallèle et commune, et mettre ensemble les ressources dont elles disposent, les ressources relationnelles, leurs talents, les potentialités aussi que peuvent leur offrir les réseaux anglais, culturels sur.
Xavier Mauduit
Le continent et elles vont elles-mêmes agiter le label Franklin pour faire connaître leur duo. Oui, c'est une histoire économique aussi parce que dans l'économie du spectacle, il y a ce mot tourner que vous l'avez utilisé, Mélanie Traversé, on fait des tournées dont on va aujourd'hui de salle en salle. Mais au XVIIIe siècle, il y a cet élément autre qui s'ajoute, c'est qu'il y a cette mondanité et la mondanité qui fait qu'on peut être invité alors auprès de grands aristocrates dont l'idéal, c'est à la cour auprès d'un.
Mélanie Traversier
Souverain. C'est ça aussi, cette économie-là, ce qui explique pourquoi les réseaux sont si importants. Bien sûr, on est quand même très très loin des tournées à la Beyoncé ou Rihanna, je vous laisse choisir celle que vous préférez. Ou Taylor Swift. On dit tournée mais c'est une reconstruction rétrospective puisque rien n'est prévu à l'avance. D'où l'importance des jeux de recommandations d'étape en étape. Et c'est là, dans cette enquête, où j'ai eu la chance de tomber sur un document absolument exceptionnel, un recueil de lettres de recommandation. Déjà, en soi, c'est exceptionnel, mais c'est d'autant plus exceptionnel qu'il porte ce recueil sur des femmes musiciennes, donc les Sir Davies. qui est conservée à Dorchester et c'est au début donc de ce qu'on va appeler ensuite cette tournée entre la fin des années 1760 et le milieu des années 1770. Et d'étape en étape, on a parfois les lettres de recommandation, parfois simplement les mentions des adresses postales des recommandants espérés et on a donc aussi accès au répertoire des recommandants. Ainsi, on voit à quel point les Sœurs Davis font feu de tout bois. On trouve des musiciens, par exemple un des fils Bach, qui écrit un de ses frères en Europe. On trouve des hommes de lettres, on trouve des membres de la diaspora anglaise en Europe. Alors, catholiques, puisque les Sœurs Davis sont catholiques, elles sont d'origine Irlandaise. On trouve aussi des recommandants scientifiques, puisqu'il s'agit d'une machine musicale, qu'il s'agit de Franklin, l'électricien, etc. Et parmi eux, d'ailleurs, parmi ces recommandants scientifiques, on trouve la mention de Laura Bassi, qui est la plus grande physicienne de cette époque, une électricienne qui échange avec les meilleurs savants de son temps, elle aussi. oubliés, occultés par nos mémoires très sélectives. Et ainsi, en pistant ces recommandants, en pistant les dates, les lieux, j'ai pu reconstituer ce parcours qui prend les allures d'une tournée, à nos yeux, d'aujourd'hui et de voir comment effectivement les étapes dans des lieux curieux, des lieux de cours étaient décisifs en fait pour pour augmenter la réputation, obtenir d'autres recommandations et ainsi poursuivre le voyage. Et s'il faut citer peut-être l'étape la plus cruciale, c'est celle à la cour de Vienne, puisque c'est à la cour de Vienne, en 1769, que les sœurs Davis, qui sont accueillies par Hasse justement, un des grands musiciens de cette époque, croisent Mozart, vraisemblablement aussi, et qu'elle joue pour la première fois dans une cour prestigieuse à Schönbrunn et un morceau spécialement conçu pour l'harmonica et la voix par Hasse à l'occasion des fiançailles d'une des archiduchesses, une autre sœur de Marie-Antoinette. Et à partir de là, évidemment, ensuite, elles vont pouvoir élargir leur réseau de recommandants vers l'Italie, vers la péninsule italienne qui est sillonnée par toute une série de représentants.
Xavier Mauduit
Habsbourgeois ou à Milan.
Un narrateur ou intervenant non spécifié
En Toscane, à Naples, etc. En passant par Venise, bien sûr. Et c'est le succès. ce qu'on appelle la glace harmonica en allemand, l'harmonica de verre. Ça a une force, une puissance de suggestion telle qu'il ne vaut mieux pas en abuser parce que c'est trop fort. Alors je suis émerveillé que que Mozart soit passé à cet instrument vers la fin de sa vie. Les Köchel 617, c'est vraiment la fin. Alors c'est comme une espèce de dernière découverte, de dernière proposition, de dernière mise en marche avec un instrument qui va lui faire faire peu de choses, mais d'une densité et d'une musicalité absolument révolutionnaire. Quand j'ai entendu ça, j'ai l'impression qu'on entrait dans un monde totalement inconnu. et qui avait quelque chose de, je ne sais pas comment dire, plus que sacré. Enfin c'était, même si on entrait dans l'imaginaire, qu'on ouvrait.
Xavier Mauduit
Une porte extraordinaire sur un monde que l'on ne va pas pouvoir fréquenter ou connaître. L'acteur Michael Lonsdal qui évoque l'harmonica de Verne. Nous étions sur France Culture en 1991. L'harmonica de Verne et Mozart, c'est très juste ce qu'il dit. Nous sommes à la porte d'un monde difficile d'accès, on l'a entendu, et qui laisse prévoir un univers absolument immense. Ce succès, c'est cela aussi. Mélanie Traversier, quand vous étudiez l'harmonica de Verne et Miss Davis, essais sur la mécanique du succès au siècle des Lumières, C'est aussi étudier le siècle des Lumières. C'est une autre manière de regarder comment fonctionnent tous ces réseaux. Vous avez participé à l'ouvrage collectif Spectatrices de l'Antiquité à nos jours. C'est ça aussi, c'est des spectatrices, des spectateurs. des compositrices, des compositeurs, des scientifiques. Et vous nous avez bien dit, cette invisibilisation des femmes, ça c'est quelque chose de très courant. Mais c'est un autre regard porté sur le.
Mélanie Traversier
XVIIIe siècle qui devient d'un coup très féminin. Beaucoup plus qu'il ne l'est présenté aujourd'hui. C'est vrai que cet instrument est une sorte de précipité des lumières. En tout cas, je fais rayonner chacun de ces bols de cristal pour interroger un des aspects des lumières et notamment, parmi les thématiques qui m'intéressaient, c'était la place des femmes. dans le marché professionnel de la musique, puisqu'ici il s'agit évidemment d'une musique savante, professionnelle, qui trouve sa place dans des théâtres publics ou dans des hôtels particuliers, donc plutôt parmi les élites sociales. Et on a écrit l'histoire de la musique assez longtemps et d'abord au masculin avec toute une succession de génies créateurs et fort heureusement depuis un certain nombre d'années en revisitant les sources ou en trouvant d'autres gisements documentaire, on constate et on répète que les femmes aussi musiciennes ont eu une place très active dans ce marché de la musique au 18e siècle. Vous avez fait une émission avec Annie Boss sur les trobaïrits à la fin du Moyen-Âge, donc c'est vraiment dans cette filation-là académique que je m'inscris. Dans quelques jours sort l'ouvrage musicienne qui a été porté par le musée des instruments de musique La Couture Bousset, où sur la longue durée on revient justement sur les pratiques, les parcours, les carrières et la représentation des musiciennes. Et ces musiciennes, elles ont pu mener des carrières au XVIIIe siècle, souvent aussi en affrontant un certain nombre de stéréotypes, et des stéréotypes genrés qui portaient sur le choix des instruments de musique. Tout à l'heure, on a dit à plusieurs reprises, oui, elle est flûtisse, etc., comme si cela allait de soi. Mais au XVIIIe siècle, il faut bien comprendre que la flûte, comme tous les instruments avant, est un instrument qui est considéré comme peu recommandable pour les femmes en raison de la disgrâce physique qui l'entraîne pour le visage des femmes dès lors qu'on embouche l'instrument ou qu'on a toute une mécanique de de respiration pour jouer dans les instruments avant. Les instruments avant sont considérés comme particulièrement indécents. Et il y a un imaginaire aussi médical qui est associé à l'interdit pesant sur la pratique des instruments avant pour les femmes. Alors ça c'est les normes sociales et puis il y a la réalité des pratiques un certain nombre de musiciennes ont transgressé ces prescriptions, ces interdits. En particulier les femmes qui ont grandi, les jeunes musiciennes qui ont grandi dans un milieu déjà musical professionnel. Mais il y a d'autres parcours. Voilà, donc c'est cet écart aussi entre la théorie, la norme sociale et la réalité des pratiques qui m'intéressait aussi et que j'ai essayé de suivre avec Marianne Davis et sa sœur. Alors, elle transgresse un certain nombre d'interdits, elle mène des carrières, mais il y a des difficultés aussi auxquelles elle font face parce qu'elle sont femme. parce qu'elle ne bénéficie pas de solidarité professionnelle aussi forte que les hommes. Par exemple l'association, je dis association, la corporation solidaire des musiciens en Angleterre exclut les femmes. Donc quand elles vont se retrouver dans une certaine difficulté financière en fin de carrière, et bien elles n'ont aucune ressource économique venant de leur propre monde professionnel. Donc il faut faire appel à la bienfaisance de mélomanes, donner des leçons de musique. Donc la fin de carrière, le vieillissement pour les chanteuses d'ailleurs comme pour les les comédiennes est assez dramatique. Mais il y a aussi des difficultés propres au parcours de vie des sœurs Davis qui sont restées célibataires. Donc elles n'ont pas de ressources non plus venant de leurs descendants.
Xavier Mauduit
Qui auraient pu les aider dans leur fin de carrière et leur fin de vie. Et.
Un narrateur ou intervenant non spécifié
Parmi ces difficultés, il y a aussi l'instrument lui-même, l'harmonica de verre, un instrument dangereux. La Philharmonie de Lorraine donne ce soir un concert avec en soliste un glas harmonica, un instrument bien étrange qui ne date pas d'hier. Mozart fut l'un des tout premiers.
Michael Lonsdal
À écrire pour le glas harmonica et c'est du Mozart que l'on joue ce soir. Sa nièce jouait du glas harmonica donc il a bien connu cet instrument qu'il avait entendu pour la première fois chez un médecin qui pratiquait d'étranges expériences notamment sur les animaux mais il se servait également ce médecin qui.
Un narrateur ou intervenant non spécifié
S'Appelait Messmer du glas harmonica pour conditionner ses patients, pour les hypnotiser en quelque sorte. Instruments maudits, on a peu écrit pour le.
Bernard Douheray
Glas harmonica, ils sont à peine dix au monde à en jouer, l'instrument rendrait fou. Ça c'est la légende, il paraît que.
Mélanie Traversier
Ça fait accoucher les jeunes femmes prématurément et.
Xavier Mauduit
Que l'interprète lui-même devient complètement fou aussi. France Culture, le cours de l'histoire. Xavier Mauduit. Une évocation ici de l'harmonica de verre et des dangers de la folie. Nous avons entendu la voix de Thomas Bloch, soliste, le grand spécialiste aussi de l'harmonica de verre. Il sait en jouer. Et ça, c'est énorme. Mais la folie et l'harmonica de verre, c'est quelque chose là qui nous étonne. Mais on se rend.
Mélanie Traversier
Compte avec les petits extraits qu'on a écoutés, qu'une écoute prolongée n'est pas sans incidence. Folie et musique, voilà un thème tout à fait passionnant. Alors ce qui est intéressant dans le cas de l'harmonica de verre, c'est qu'il y a un dérèglement progressif des discours autour de cet instrument. Au début, la réception est enthousiaste, unanime. Il y a un concert de louanges pour dire cet instrument avec ses sonorités pures, est vraiment l'instrument de l'harmonie, de l'harmonie des sphères, de la divinité. On parle de la musique des Champs-Elysées, enfin c'est la douceur absolue, le réconfort, le soin des âmes. Sauf que ce beau discours, à partir des années 1780, est concurrencé par des commentaires beaucoup plus inquiets et qui signalent que ce son, ces sons, alors peut-être parce qu'ils ont une charge électrique, en tout cas ils ont un effet sur les nerfs, qui en joue ou de qui écoute, qui peut être potentiellement toxique, dangereux et qui peut littéralement empoisonner. Il y a vraiment une réflexion sur le poison des sons et des sons de l'harmonica de verre en particulier. Alors que l'instrument continue à être produit, écouté, il y a progressivement ces disqualifications qui arrivent et qui portent essentiellement à ce moment-là sur la dangerosité potentielle de l'instrument. en partie lié à son usage dans les cures mesméristes, mais en fait les discours anti-mesméristes signalent l'harmonica plus comme l'accessoire du charlatan plutôt que comme l'instrument dangereux pour lui-même, ce qui s'explique assez bien puisque Franklin lui-même enquête sur le mesmérisme, mais c'est lui l'inventeur. Ce serait un peu gênant de dire que cet instrument est dangereux. Mais en revanche, la médecine des lumières, des musiciens eux-mêmes, s'inquiètent des effets sur les nerfs, et en particulier sur les nerfs des femmes, comme par hasard. Et il y a un élément, la biographie, qui rejoint Cette inquiétude, c'est que Marianne Davis elle-même est frappée par une forme de mélancolie à partir du début des années 1770-1780 qui l'empêche de plus en plus fréquemment de se produire en public, de mener une activité professionnelle. Et évidemment, rétrospectivement, on en a fait un argumentaire contre l'instrument. Vous voyez bien qu'il rend malade, qu'il peut rendre fou. ça n'a pas été prouvé, mais c'est révélateur tous ces discours en fait de cette obsession des questionnements sur le son, sur la toxicité potentielle de la musique. Et là encore ça, moi ça m'intéressait parce qu'aujourd'hui dans la série, déjouons un peu nos rapports si évidents avec les lumières. Aujourd'hui on dit voilà, la musicothérapie c'est extraordinaire, etc. Sauf qu'au XVIIIe siècle, les médecins des Lumières avaient vraiment une réflexion très subtile, très nuancée sur la toxicité, la nocivité et les bienfaits de la musique. Réactivant en fait des discours très anciens à un platonicien, mais les réinjectant dans la nouvelle physiologie des nerfs. Donc ça c'était assez intriguant de voir cette concomitance de discours qui restait élogieux et puis progressivement voir arriver des remarques inquiètes pour des raisons médicales. Et puis il y avait aussi des commentaires purement techniques, parce que sur les limites mêmes intrinsèques de l'instrument, qui n'a pas une palette sonore très vaste, qui n'a pas une puissance sonore capable de rivaliser, on l'aura entendu. avec celui qui va gagner, les instruments innovants, qui va plier le game, le piano forté au XVIIIe siècle. Et donc, ces limites intrinsèques de l'instrument vont aussi jouer contre lui. Et dans la série aussi des discours qui le disqualifient, progressivement il est associé au monde aristocratique. Et évidemment, dans les soubresauts, le sillage, en particulier en France, de.
Xavier Mauduit
La révolution, il va être balayé par ce souffle révolutionnaire comme instrument aristocratique par excellence. Et oui, ça, le lien entre l'invention, et en l'occurrence celle de l'harmonica.
Un narrateur ou intervenant non spécifié
De verre et la révolution, c'est un lien tiré par l'historien des sciences, Gaston Bachelard. il peut sembler artificiel d'étudier une période de l'histoire des sciences en se référant à une période de l'histoire politique. Mais il est des époques où l'activité humaine est si déterminante qu'elle met sa double marque sur les institutions politiques et dans les connaissances scientifiques. La période de la Révolution française est un bon exemple de cette double activité. Une raison profonde de cette convergence, c'est que la révolution fut en grande partie préparée par l'encyclopédie, par une philosophie fondée sur une solide confiance dans les progrès humains. En ce temps-là, on ne discutait pas Sur la réalité du progrès, on ne disait pas que le progrès était un.
Xavier Mauduit
Mythe. On travaillait au progrès de l'humanité avec une bonne conscience, avec une pleine conscience. Gaston Bachelard en 1949 dans l'émission Heures de culture française, Mélanie Traversier. Il y a de la politique ici parce que j'ai l'impression que l'harmonica de verre a un peu le même destin que le clavecin qui est associé au salon, aux dorures, à l'aristocratie et qui a du mal à survivre à la révolution. On sait bien qu'il n'y a pas qu'un phénomène, c'est pas seulement comme ça que ça s'explique, il y a.
Mélanie Traversier
Les oreilles qui changent aussi mais c'est.
Xavier Mauduit
Un peu ces mêmes destins d'instruments aristos oubliés. Oui, alors le clavecin n'est pas.
Mélanie Traversier
Oublié. Vous avez raison de le dire, je vais me faire taper sur les doigts. En tout cas, c'est le même stigmate évidemment sociologique. Et d'ailleurs, les pamphlets, les gravures révolutionnaires, ne s'y trompent pas. On met parfois en scène, en images, les aristocruches, justement, associés à l'harmonica de vers, à cette pratique très très élitiste. L'instrument coûte cher, c'est quand même le cristal. Je ne l'ai pas évoqué tout à l'heure, mais cette histoire matérielle aussi de la fabrication de l'instrument de musique a son importance. C'est un instrument qui a qui a un coût, alors ce n'est pas le plus cher, et l'argument lui-même ne peut ne pas suffire. Le piano aussi coûte très cher et il va survivre évidemment à la révolution française. Mais dans la mesure où c'est un instrument qui est plutôt associé à des espaces, vous avez dit, domestiques, de salons, où c'est là qu'il prend sa pleine mesure, à des concerts privés, dans des hôtels particuliers, puisque dans les grandes salles de spectacle, en fait, le son se perd et très vite, la performance tourne court. Et bien, cette macule aristocratique, en partie son destin, mais en partie seulement, parce que dans ces mêmes années 1790, Marianne Kirsch-Gessner à Londres continue de jouer de l'harmonica de verre. C'est elle qui fait entendre les pièces que Mozart a écrite pour elle à Vienne. Elle les fait entendre à Londres. Germaine de Staël et Chateaubriand. Alors c'est vrai que les rapports avec la Révolution de ces deux Deux auteurs sont évidemment particuliers, mais ils continuent à évoquer cet instrument comme un instrument aussi de l'harmonie, de la réconciliation, pas forcément de la dépossession de soi, puisque tout à l'heure c'est aussi ce risque qu'on évoquait, de la toxicité, etc. Mais à terme, c'est évidemment ce discours qui s'impose et qui a la confluence en fait de toutes ces.
Xavier Mauduit
Limites à la fois intrinsèques et extrinsèques de l'instrument et qui solde temporairement son destin. Mélanie Traversier, dans votre ouvrage publié au Seuil, l'harmonica de verre et Miss Davis, vous l'avez fait exprès et vous avez bien raison, vous n'avez pas mis Benjamin Franklin dans le titre ou sur la couverture parce que dès qu'on regarde l'harmonica de verre, on dirait que c'est Benjamin Franklin qui en joue tellement c'est lui qui est censé le citer, d'où la question. Mais oui, quelle relation.
Anne Toscan du Desc
Entre l'inventeur Benjamin Franklin et les artistes, les deux sœurs Davis ? Une lettre de 1783. Cher monsieur, depuis la dernière fois que j'ai eu le plaisir de vous voir, ma sœur et moi avons traversé de nombreuses épreuves. Je suis destinée à recommencer ma vie. Et cela, à un moment où je croyais ma carrière terminée. Puisque tel doit être mon sort, j'ai repris la pratique de l'harmonica. Et une idée me vient. Si la chance et votre influence m'accompagnaient encore, elle pourrait bien aboutir. La Reine de France est passionnée de musique. Une petite portion annuelle de sa majesté permettrait de lier son service à celle qui est l'interprète originale d'un instrument dont l'invention est d'une perfection supérieure et qui mérite d'être patronnée par cette souveraine. En particulier puisque l'inventeur de cet instrument est adoré par la nation française. Si vous, cher monsieur, vouliez bien vous intéresser à moi avec votre bienveillance habituelle, qu'est-ce qui empêcherait cela de se réaliser ? Il pourrait.
Xavier Mauduit
Également y avoir un avantage pour ma sœur. Vous pourriez être d'une aide infinie pour nous deux. Anne Toscan du Desc qui nous lisa cette lettre de 1783 de Marianne Davis.
Mélanie Traversier
À Benjamin Franklin. Mélanie Traversier, les relations entre ces personnes, lui s'intéresse après à son instrument ce qu'il devient ? Franklin lui-même jouait de son instrument et lorsqu'il est représentant des tout jeunes Etats-Unis d'Amérique en France, il reçoit chez lui, il joue de l'harmonica de verre. Il avait un rapport direct personnel à l'harmonica de Verre et il interprétait à cet instrument les fameuses mélodies écossaises que j'évoquais tout à l'heure. Ensuite, quels liens a-t-il fait perdurer avec les Sardévis ? et bien il est très décevant à cet égard. La lettre qui a été lue il y a quelques instants est l'une des pépites documentaires, on en trouve parfois quelques fois sur un chemin d'historienne, que j'ai croisé et analysé. Pourquoi c'est une pépite documentaire ? Parce que d'abord c'est une lettre qui émane d'une musicienne du 18e siècle et qui est conservée. Et cette lettre est d'autant plus extraordinaire qu'il s'agit ici d'une missive qui est une sorte d'appel, comme un appel curriculum vitae, puisqu'elle écrit à Franklin, elle a pleinement conscience à ce moment-là. Les Sœurs Davis sont à Florence. Elle sait que Franklin est à Paris en 1783, qu'il est pris dans cette Franklinmania, que c'est un personnage incontournable, notamment à la cour, et que donc c'est une ressource professionnelle pour elle pour relancer sa carrière après des épisodes mélancoliques qui ont beaucoup entravé son travail. et qui l'ont empêché de se produire en public. Il faut que je rebondisse, il faut que je relance ma carrière. Donc quels atouts j'ai ? Son atout c'est d'avoir été la première interprète à l'harmonica de verre, c'est d'avoir été choisie par Franklin qui est à ce moment-là le meilleur des recommandants si on veut jouer de l'harmonica de verre. Donc elle lui écrit et elle fait la liste de toutes ses qualités professionnelles, rappelant justement l'étape décisive à la Cour de Vienne. La Reine de France qu'elle mentionne, c'est donc Marie-Antoinette, fille de l'impératrice qui avait mis à l'honneur l'Harmonica de Verre en 1769. Elle rappelle à quel point elle a été applaudie dans toutes les capitales d'Europe. Et elle demande donc, cachant à Franklin, write me a line or two. Parce que la lettre originale est en anglais. Write me a line or two. Pour me recommander. Et ça devrait suffire. C'est un sésame, c'est signé Franklin, ça devrait marcher. Hélas, hélas, Franklin n'a jamais répondu à cette lettre. En tout cas, on n'en a pas de traces. Donc, c'est un échec. Mais ce document montre quand même la gentilité dont pouvaient faire preuve les musiciennes professionnelles à cette époque en mobilisant et en réactivant les réseaux dont elles avaient pu bénéficier. Donc il y a vraiment une conscience des réalités du.
Xavier Mauduit
Marché professionnel de la musique très vive. Et c'est ça aussi qui m'a beaucoup intéressée dans le parcours de Marianne Davis.
Mélanie Traversier
Comment ça se termine pour elle d'ailleurs ? Marianne Davis, pas bien. On a parlé de mélancolie, aujourd'hui on parlerait de dépression. Après ce séjour à Florence, jusqu'en 1786, les deux sœurs reviennent à Londres jusqu'à la fin de leur vie. Marianne Davis n'est plus en mesure de jouer, on n'a plus de traces de prestations publiques. C'est sa sœur Cécile qui continue à chanter sur les scènes d'opéra londoniennes jusqu'à ce que le vieillissement la rattrape et qu'elle termine sa carrière publique en 1791. Et à partir de là, les deux sœurs deviennent des professeurs de musique pour des leçons privées, notamment pour la famille Raquette, qui a notamment conservé le fameux recueil de lettres de recommandation que j'évoquais tout à l'heure. Mais progressivement, Marianne Davis n'est même plus en mesure non plus d'assurer ses leçons de musique. Donc toute la survie économique repose sur Cecilia Davis, dont on a conservé quelques lettres plus tardives. On sait que Marianne Davis, l'instrumentiste, est décédée sans doute au courant de l'année 1824. Et Cécilia Davis, elle, meurt en 1836, relativement oubliée, alors.
Xavier Mauduit
Même qu'elle a été la première chanteuse anglaise à triompher sur les scènes d'opéra italien, au point d'avoir été surnommée L'anglaisine, l'anglaise. L'anglaise, c'était elle. Avec Mélanie Traversier, cette histoire, on l'entend bien et vous l'avez évoquée, des échos plus tardifs qu'on retrouve chez Flaubert, chez Rimbaud à la fin du 19e siècle. Et puis un renouveau, il faut peut-être le dire pour terminer, de l'harmonica de verre avec ce que vous avez évoqué, des groupes beaucoup plus.
Mélanie Traversier
Contemporains. Juste pour savoir, est-ce qu'il nous en reste beaucoup des harmonicas de verre anciens ? Il y en a beaucoup qui avaient été fabriquées ? Il y avait un certain nombre de prototypes qui ont été fabriqués, plusieurs centaines sans doute. Un certain nombre sont conservés dans des musées à Vienne. On a également l'un des harmonicas de Franklin à Philadelphie. Au musée de la musique à Paris, vous avez un harmonica de vers qui n'est pas sur le modèle Franklin, qui est un modèle perfectionné de Franklin qu'on doit aux.
Xavier Mauduit
Belges de don, puisque Franklin avait lui-même perfectionné les vers musicaux et son instrument de musique, à son tour, fait l'objet de perfectionnements techniques. Merci vivement à vous. Mélanie Traversier, l'harmonica de vers et Miss Davis, on a bien compris que c'est l'histoire de cet instrument, de cette interprète aussi et de sa sœur. Mais c'est un regard sur le 18e siècle, il faut le lire aussi ainsi. Merci beaucoup de.
Mélanie Traversier
Nous.
Un narrateur ou intervenant non spécifié
Avoir présenté cette société aussi passionnante mais étrange. Et c'est ça qui fait un bel écho avec cet instrument. Merci beaucoup à vous. Merci. Je vais vous demander, vous avez devant vous un certain nombre de vers, de reconstituer le plus vite possible un petit air très simple. Sachez simplement qu'en mettant de l'eau avec ces petites.
Xavier Mauduit
Louches.
Un narrateur ou intervenant non spécifié
Dans les verres, le son.
Xavier Mauduit
Originel du verre baisse. Plus il y a d'eau, plus le son est grave. Oui ! On voit ? Oui. Écoutez. L'équipe A. Vive l'équipe A. Au clair de la lune, mais l'équipe A, elle est au top ! C'était le cours de l'histoire sur France Culture réalisé justement par l'équipe A. Nous avons aujourd'hui Margaux Page, Adalia A, Jeanne Delecroix et merci pour la lecture du zépé Becadeli. Émission.
Podcast : Le Cours de l’histoire (France Culture)
Épisode : Histoire et musique, l’accord parfait 4/4
Date : 21 décembre 2025
Host : Xavier Mauduit
Invitée principale : Mélanie Traversier (Professeure d’histoire moderne, Université de Lille, autrice de « L’harmonica de verre et Miss Davis »)
Dans ce dernier épisode de l’année, Xavier Mauduit et ses invité·es plongent dans l’histoire étonnante de l’harmonica de verre, un instrument inventé par Benjamin Franklin au XVIIIe siècle, et qui fut à la croisée des mondes scientifique, musical, littéraire, médical et social. À travers le récit de Mélanie Traversier, spécialiste du sujet, l’émission explore le destin de cet instrument à la sonorité singulière et de ses plus grandes interprètes, les sœurs Davis. Le thème central : comment un instrument oublié a cristallisé l’esprit des Lumières, traversant engouements, controverses médicales et enjeux de genre.
[00:18–03:39]
« L’instrument a besoin d’eau claire et de doigts agiles. Étrange invention du XVIIIe siècle qui accompagne les bouleversements du siècle. Mais attention, c’est un instrument dangereux qui pourrait conduire à... la folie. » (Xavier Mauduit, 00:42)
Détail technique et inventeur
« C’est un instrument qui est composé d’une trentaine, alors 37 dans le cas de Franklin, de bols de cristal de différents diamètres qui sont enchâssés sur une tige [...] L’interprète frotte tour à tour ces bols de cristal, ce qui crée un son. » (Mélanie Traversier, 01:21)
[04:02–09:02]
« La première interprète a été une femme, Marianne Davis, que Franklin avait choisie. » (Mélanie Traversier, 04:02) « Cet instrument, on y viendra peut-être tout à l’heure, a été associé aussi à une lecture érotomane de la pratique musicale. » (04:16)
[05:15–09:02, 38:20–44:57]
« Mesmer a utilisé l’harmonica de verre dont il jouait lui-même dans ses cures thérapeutiques magnétiques, convaincu que les sons produits par l’instrument pouvaient accélérer le surgissement de la crise et donc de là, la guérison espérée. » (Mélanie Traversier, 07:16)
Effets secondaires et peurs autour de l’harmonica
« Folie et musique, voilà un thème tout à fait passionnant. [...] il y a un dérèglement progressif des discours autour de cet instrument. » (Mélanie Traversier, 39:46) « L’instrument rendrait fou. Ça c’est la légende, il paraît que ça fait accoucher les jeunes femmes prématurément. » (Bernard Douheray, 39:06 / Mélanie Traversier, 39:13)
[19:05–38:16]
« Le nom de Franklin n’est pas forcément l’argumentaire le plus avancé pour faire la promotion de cet instrument. » (Mélanie Traversier, 21:09) « D’où l’importance des jeux de recommandations d’étape en étape. » (Mélanie Traversier, 27:51) « L’une de leurs forces, ça va être aussi cette sororité, qui est aussi une sororité professionnelle, puisqu’elle crée une forme de duo qui est une cellule à la fois familiale et économique. » (Mélanie Traversier, 26:01)
[24:50–32:32]
[33:34–38:16]
[44:44–49:08]
« ...cette macule aristocratique, en partie son destin, mais… dans les mêmes années 1790, Marianne Kirsch-Gessner à Londres continue de jouer de l’harmonica de verre. » (Mélanie Traversier, 46:46)
[49:34–54:28]
« Hélas, Franklin n’a jamais répondu à cette lettre. En tout cas, on n’en a pas de traces. Donc c’est un échec. Mais ce document montre quand même la gentilité dont pouvaient faire preuve les musiciennes professionnelles à cette époque. » (Mélanie Traversier, 54:09)
[54:36–57:11 & conclusion]
Comment l’harmonica bouleverse l’expérience musicale :
« On se dit, mais d’où est-ce que une chose pareille peut venir ? La stupéfaction est si grande qu’on reste un peu pantois. » (00:49, intervenant non spécifié)
Sur le mesmérisme :
« Mesmer a utilisé l’harmonica de verre dont il jouait lui-même dans ses cures thérapeutiques magnétiques, convaincu que les sons produits par l’instrument pouvai[en]t accélérer le surgissement de la crise et donc de là, la guérison espérée. » (07:16, Mélanie Traversier)
Sur l’énergie créatrice féminine et l’invisibilisation :
« Les femmes aussi musiciennes ont eu une place très active dans ce marché de la musique au 18e siècle. » (33:52, Mélanie Traversier)
Sur la désaffection et la peur :
« Progressivement, le discours médical et social bascule : on soupçonne l’instrument de provoquer folie, mélancolie, voire accouchements prématurés chez les femmes. » (39:06–39:46, Bernard Douheray/Mélanie Traversier)
La force des réseaux et de la sororité :
« Il y a cette sororité, qui est aussi une sororité professionnelle, puisqu’elle crée une forme de duo qui est une cellule à la fois familiale et économique. » (26:01, Mélanie Traversier)
Fin de parcours :
« Marianne Davis, l’instrumentiste, est décédée sans doute au courant de l’année 1824, et Cecilia Davis, elle, meurt en 1836, relativement oubliée. » (56:08, Mélanie Traversier)
L’émission apporte un regard érudit et sensible, alternant érudition académique et anecdotes vivantes, avec une tonalité à la fois admirative et critique. Le propos magnifie la créativité humaine tout en interrogeant la marginalisation des femmes et l’ambivalence du progrès.
Cet épisode est une plongée originale au croisement de l’histoire de la musique, des sciences, de la médecine et du genre autour d’un instrument fascinant : l’harmonica de verre. Il offre une réflexion sur la fabrique de la modernité, les réseaux invisibles derrière la célébrité, et la redécouverte d’artistes longtemps oubliées. Une (re)découverte idéale pour comprendre autrement le siècle des Lumières et ses contradictions.