
Histoires de médecines alternatives, ça vous gratouille ou ça vous chatouille ?
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Xavier Mauduit
France Culture.
Léo Bernard
Le cours de l'histoire.
Xavier Mauduit
Xavier Mauduit.
Chloé Rouillon
Histoire de médecines alternatives, ça vous chatouille ou ça vous gratouille? Au moment d'être admis à exercer la médecine, je promets et je jure d'être fidèle aux lois de l'honneur et de la probité. Mon premier souci sera de rétablir, de préserver ou de promouvoir la santé dans tous ses éléments physiques et mentaux, individuels et sociaux. Le serment prononcé par les médecins porte le nom d'Hippocrate, le célèbre médecin grec des 5e-4e siècle avant Jésus-Christ, mais le terme de médecin couvre bien des réalités. un naturiste, homéopathe, réflexothérapeute, magnétiseur et pourquoi pas spécialiste de la théosophie, de l'occultisme ou de l'ésotérisme.
Xavier Mauduit
Mal de tête au front ou à la tente? Il faut presser exactement ici.
Chloé Rouillon
le cours de l'histoire.
Xavier Mauduit
Tous les principes sur lesquels repose l'obéopathie se sont trouvés recevoir des applications de façon très générale et qui sont admises partout. Les végétariens sont des gens qui associent la morale et la diététique. Ils ne mangent pas de viande car les animaux, somme toute, nous ressemblent trop et cela n'est pas bien de manger son semblable. Et si le prêtre ne croit pas à la présence du diable, au maléfice, comment pourra-t-il dire qu'il croit en Dieu?
Chloé Rouillon
Léo Bernard, bonjour.
Xavier Mauduit
Bonjour.
Chloé Rouillon
Vous êtes historien, vous enseignez à l'université d'Angers, vous êtes l'auteur d'Hippocrate initié, courants ésotériques et holisme médical en France durant l'entre-deux-guerres. C'est publié aux prêts universitaires de Rennes. Il va falloir nous expliquer ce terme-là. Holisme médical, qu'est-ce que ça veut dire?
Léo Bernard
Alors, l'holisme médical, c'est un concept historiographique qui désigne un mouvement, un mouvement composé de médecins, des médecins qui vont se caractériser par une attitude, une attitude commune, qui est de concevoir l'individu comme un tout, comme un tout aux aspects physiques et psychiques interconnectés, inscrit aussi dans un environnement spécifique, et donc de traiter en premier lieu la globalité de ce terrain. C'est ce qui anime les différents médecins holistes de l'époque et donc bien sûr c'est un ensemble assez hétérogène avec différentes médecines qui peuvent être considérées comme holistes durant l'entre-deux-guerres.
Chloé Rouillon
Ici nous avons l'idée de saisir l'individu par l'ensemble de ce qu'il est de son corps et de son environnement. Holisme avec un H.H.O.L.I.S.M.E. Vous venez de nous dire Léo Bernard qu'il s'agit d'un concept historiographique au sens où il a été forgé par les historiennes, par les historiens Comment appelaient-on ces gens-là par le passé?
Léo Bernard
Oui, alors, le concept d'holisme, il date à peu près de cette période-là, cette période d'entre-deux-guerres, mais il n'est pas très diffusé. Les médecins de l'époque ne l'utilisent pas, ou très peu. C'est vraiment un concept qui va être fabriqué. Il y a tout un ensemble d'études avec les principaux historiens et historiennes de la médecine à la fin des années 1990. Il y a un colloque autour du holisme médical. Et donc, il y a un certain nombre d'études publiées dans l'ouvrage Gritters and the Parts. Et donc, c'est un mouvement qui dépasse les frontières de la France, bien sûr. C'est un mouvement européen. Justement, cet ouvrage-là, Gritters and the Parts, les historiens sont... appliqués à démontrer que cette attitude médicale, ce mouvement médical-là, s'inscrit aussi dans une forme de réponse, bien sûr, à ce qui est considéré comme les excès de la médecine de laboratoire. Et donc ils ont montré que cette réponse se formait, non seulement dans les marges médicales, mais aussi chez des médecins très bien implantés, socialement.
Chloé Rouillon
Oui voilà, parce que nous parlons réellement de médecins, de personnes diplômées qui sont passées par l'université et par ces facultés de médecine vous étudiez l'entre-deux-guerres, vous Léo Bernard, mais ce que vous nous dites là nous conduit vraiment des siècles, voire des millénaires en arrière, l'idée de saisir l'être humain dans son ensemble pour pouvoir le soigner.
Léo Bernard
Oui tout à fait. Ça aurait assez peu de sens de parler de holisme médical pour les périodes antiques, médiévales ou modernes parce qu'effectivement ce serait C'était la norme que de considérer l'individu et le patient de cette façon-là. Donc c'est pour ça qu'on va parler vraiment d'un courant médical qui va se former, donc se développer à partir des années 1920 jusqu'à la fin des années 1940. Même si cette attitude-là est bien sûr antérieure, et même dès le XIXe siècle, il y a déjà des médecins qui réaffirment la primauté de la clinique, qui vont critiquer, qui vont mettre le haut là, disons, sur certains développements de la médecine de laboratoire.
Chloé Rouillon
Parce que cette médecine de laboratoire, elle va nous permettre de comprendre ce qu'est ce holisme médical. Cette médecine de laboratoire, c'est une médecine chimique avec des médicaments, c'est cela?
Léo Bernard
Oui, c'est cela, mais c'est aussi surtout la considération de la maladie comme liée à un agent pathogène extérieur aussi. la perte de vue, toute relative bien sûr, donc c'est une question aussi de ressenti de la part des individus, mais la perte de vue relative de la maladie comme causée, disons, de la maladie, causée par l'organisme et le déséquilibre ou le dérèglement de l'organisme plutôt que par un agent pathogène extérieur.
Chloé Rouillon
Oui, c'est ça. Les microbes, les virus, les bactéries seraient responsables de toutes les maladies. Non, il y a autre chose, disent d'autres médecins, avec ces pratiques très anciennes et déjà antiques. Est-ce que ces médecins de l'entre-deux-guerres, d'ailleurs, font référence à ce qui se passait longtemps dans le passé, à la médecine de l'Antiquité, à la médecine médiévale?
Léo Bernard
Tout à fait. C'est d'ailleurs le titre de mon ouvrage, Hippocrate initié. Il y a cette idée de se revendiquer d'un héritage ancien, de revenir aux vues des anciens. Il y a une valeur épistémique importante accordée à ce que pouvaient dire les anciens, de par leur perception du monde. Après voilà, par exemple, on ne va pas parler de holisme médical à ce moment-là, dans les années 30, par exemple, les médecins vont se revendiquer d'une médecine néo-hypocratique ou d'une médecine synthétique, et donc il y a tout un récit historique qui est construit autour de cette médecine synthétique-là, donc il y a un récit, un récit qui est construit et qui est diffusé par les principaux historiens de la médecine de l'époque, parce que le principal historien de la médecine en France, donc c'est c'est un professeur, c'est Maxime Légnel-Lavastine, qui est aussi la figure de proue, on peut dire, du holisme médical, et donc qui va reprendre ce discours historique-là, comme quoi il y aurait un affrontement, si vous voulez, au cours de l'histoire, entre une médecine synthétique et une médecine analytique, et donc Hippocrate serait le père de la médecine synthétique, et donc il y aurait ensemble, voilà, toute une chaîne, si vous voulez, de médecins qui auraient suivi cette tradition-là de médecine synthétique, et à l'inverse, une tradition de médecine analytique, donc de Galien jusqu'à Pasteur. Et donc là, l'idée dans les années 30, c'est de dire, bon, on est passé avec une phase donc de médecine analytique, les dernières années ont été caractérisées par une phase de médecine analytique, et maintenant, dans les années 30, vient le retour, le moment de la médecine synthétique. Et là, il y a des différences de perceptions. Ce n'est vraiment pas un ensemble homogène, le holisme médical de la période. Il y a des personnes qui vont vraiment porter haut l'étendard de la médecine synthétique, et d'autres qui vont appeler plutôt à une conciliation. conciliation entre médecine analytique et médecine synthétique. L'idée, pour certains, ce n'est pas, loin de là, de rejeter les acquis de la science médicale de leur temps, mais de la rééquilibrer, si vous voulez, avec une vue plus synthétique et surtout plus portée sur l'homme et sur l'individu.
Chloé Rouillon
Oui, parce que nous sommes dans l'entre-deux-guerres, donc dès les années 1920, et par des effets de génération, nous nous trouvons avec des individus du XIXe siècle, en tout cas qui, pour beaucoup, ont une formation au XIXe siècle, et tous ces individus-là ont lu, ont croisé, connaissent, mais pas seulement d'ailleurs dans le monde scientifique, parce que c'est un succès auprès du grand public, une figure importante de la pensée de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle, c'est Camille Flammarion.
Xavier Mauduit
Des chefs d'Etat sont venus, des Têtes Couronnées même sont venus ici. En effet, on venait saluer le Maître. On ne l'appelait pas autrement que le Maître. Flammarion avait été le révélateur, non pas d'une religion, je ne dirais pas d'une religion, mais véritablement d'une nouvelle philosophie, d'une nouvelle raison d'espérer en l'Homme en face de l'Univers. Et c'est extraordinaire véritablement l'influence qu'il a pu exercer sur les esprits de toutes les classes de la société. En réalité, il y a chez lui une réaction contre le scientisme poussé à outrance, c'est-à-dire, disons le mot, le matérialisme. Flammarion n'admettait pas ce matérialisme. Pour lui, il a toujours lutté dans ses ouvrages, d'ailleurs. contre cette doctrine qui lui renseignait que la pensée n'était en somme que le résultat de réactions chimiques dans le cerveau. Pour lui, c'était tout à fait autre chose. Le cerveau n'était qu'un outil de la personnalité humaine.
Chloé Rouillon
Nous étions en 1977 avec cette présentation de Camille Flammarion. C'est une sacrée figure, Camille Flammarion. Il est étonnant. Et d'ailleurs, c'est fascinant de voir combien il était un personnage important à ce moment-là. Ce que l'on entend là, ça montre aussi qu'il y a toute une réflexion. On est dans le champ médical, hors du champ médical, se dire comment soigner les gens au mieux et l'idée c'est de le relier à un environnement plus vaste. Alors Flammarion c'est peut-être le cosmos, mais ces médecins, ceux que vous étudiez, Léo Bernard, parce que j'ai bien entendu qu'il y avait des dissensions et des voix différentes, ont malgré tout un trait commun. On pourrait imaginer quelque chose qui est à peu près similaire dans leur démarche, c'est saisir l'individu dans son intégralité, prendre en compte l'environnement et dépasser surtout cette chimie. On met les médicaments de côté peut-être?
Léo Bernard
Oui, alors c'est vrai que c'est une question très vaste. Il faut bien avoir en tête effectivement que ce courant médical-là, il ne sort pas de nulle part. Il s'inscrit dans un contexte culturel plus global. Et effectivement on peut voir un lien aussi entre ces différents médecins avec le spiritualisme et donc avec la volonté de dépasser le matérialisme et d'avoir une approche qui prend en compte véritablement cet aspect-là de l'existence et donc c'est ce qui va notamment liés, mais aussi parfois opposés, des médecins catholiques, qui sont bien sûr très nombreux à l'époque, et qui sont organisés aussi dans des sociétés comme la Société Médicale de Saint-Luc, par exemple. Ils sont assez nombreux, c'est plus à la fin des années 30, je crois qu'ils sont près de 3000, 2800 médecins rattachés à cette société-là. Alors, est-ce qu'ils étaient tous aux listes A voir après, mais globalement, en tout cas, ce qui est dit dans le bulletin de la Société Médicale de Saint-Luc, c'est qu'effectivement, il y a plusieurs articles qui insistent dessus, qu'il faut prendre en compte l'âme pour soigner aussi ces patients, parce que ça peut avoir un effet justement sur les maladies. Alors je dis aussi qu'il y a des oppositions, parce qu'il y a des personnes qui peuvent aussi être spiritualistes, mais d'un genre plus particulier, moins conforme, disons, à la théologie catholique. Et donc c'est là que vont intervenir les courants ésotériques, auxquels Camille Flammarion était rattaché, en tout cas avec certains... Il est proche, il est intéressé par les spéculations qui peuvent avoir cours au sein des courants ésotériques. Mais c'est un sujet qui demande encore à être investigué plus en profondeur. D'ailleurs, il y a un beau projet de recherche qui s'intitule Archiflame, donc autour des archives de Camille Flammarion qui est en cours actuellement. Donc on en saura plus très prochainement.
Chloé Rouillon
Avec ici, l'idée qu'on ne peut pas soigner un patient en ne s'occupant que de sa main, que de son coude, que de son pied, mais qu'il faut prendre tous les éléments du corps en même temps et vous nous rajoutez l'âme, ce qui est un élément particulier. Ce qu'on peut dire malgré tout, c'est que ces mouvements-là ne sont pas dans un rejet absolu de tous les progrès de la médecine. Ce serait peut-être une erreur de poser de manière radicale deux mouvements dans l'entre-deux-guerres. Un qui serait complètement ésotérique et holiste, je reprends ce mot, et puis un autre qui serait beaucoup plus proche des laboratoires.
Léo Bernard
Non, tout à fait. Alors, effectivement, il peut y avoir des positions plus ou moins affirmées au sein du holisme médical, avec des personnes qui vont rejeter vraiment la science et la médecine officielle telles qu'elles sont présentées à ce moment-là. Plus généralement, il y a un message de conciliation. L'idée, c'est de rééquilibrer un petit peu les choses. Ce qu'il faut avoir en tête aussi, c'est que... Je reprends un petit peu le fil de ma pensée. c'est que, justement, au niveau du spiritualisme... Excusez-moi, je me suis perdu en cours de route. Allez-y.
Chloé Rouillon
Écoutez, moi, ce que je vous propose dès lors, c'est que quand on se perd, c'est souvent une petite fringale, et donc, mieux qu'un médicament, je vous propose de manger un petit bout, comme ça, vite fait.
Xavier Mauduit
En Suède vient de se réunir le 22e congrès mondial des végétariens. Les végétariens sont des gens qui associent la morale et la diététique. Ils ne mangent pas de viande car les animaux, sommes toutes, nous ressemblent trop et cela n'est pas bien de manger son semblable. Mais de plus, on est, paraît-il, en bien meilleure santé si l'on ne se nourrit que de fruits et que de légumes. Il faut être en bonne condition pour échanger des idées. Un congrès de 400 personnes avec deux séances par jour, plus des groupes de travail, cela se prépare tôt, chaque matin. 27 pays représentés et pas un seul français. par défiance contre la gymnastique ou peut-être par amour du bœuf charolais. Un végétarien, c'est quelqu'un qui ne mange
Chloé Rouillon
pas de viande d'un animal tué, donc pas de cadavre.
Xavier Mauduit
Ni viande, ni poisson. Mais ça n'est pas tout. Pas d'alcool. Il détruit les cellules nerveuses. Pas de tabac. On peut boire de l'eau, du lait, des jus de fruits, du thé, mais pas trop sucré. On peut manger des œufs, du fromage, tous les légumes et tous les fruits. Les protéines de la viande sont remplacées, par exemple, par les protéines du soja. Mélangé au blé complet, on retrouve le goût de la viande. On peut être végétarien sans le vouloir. Pas d'argent, pas de viande. Le plus souvent, on décide de le devenir. Et tout cela ne date pas d'hier. Les végétariens illustres, Socrate, Léonard de Vinci, Voltaire, Tolstoy, Einstein, Gandhi, Hitler. Et l'un des Beatles, George Harrison.
Chloé Rouillon
dans cette évocation ici en 1973, nous retrouvons des pratiques de vie et comme vous nous le disiez, Léo Bernard, en rien, ça ne s'oppose à d'autres formes de médecine. Et ça qui est important, c'est que ça peut très bien se compléter, se combiner avec d'autres formes de médecine. Ici, nous sommes face au végétarisme. Là aussi, très longue histoire. Vous étudiez l'entre-deux-guerres, mais ça nous conduit bien avant, on l'a entendu dans l'extrait. Qu'est-ce que le naturisme? Parce que ce mot-là nous conduit tout nu à la plage. Or, il y a une autre définition.
Léo Bernard
Alors, effectivement, la signification du mot naturisme a évolué au fil des années. Au tournant du XXe siècle, le naturisme va vraiment être un mouvement de réforme des modes de vie, pas un retour à la nature. Donc, conception assez large, ça peut inclure ce mouvement de retour à la nature une nudité, donc intégrale ou non, c'est-à-dire en maillot de bain ou pas. Mais l'idée, c'est vraiment de revenir à des conditions de vie plus en accord avec la nature. Et ça passe notamment par une alimentation plus naturelle, entre guillemets, et donc une alimentation préférablement végétarienne. Ce mouvement naturiste, il est aussi assez divers et donc on a des médecins naturistes qui vont, comme le docteur Paul Carton par exemple, qui vont vraiment être centrés sur l'alimentation, la diététique et donc de préférence végétarienne. On a aussi des animateurs de ce mouvement naturiste qui, eux, vont plutôt privilégier un naturisme qu'on pourrait qualifier comme un naturisme de loisirs où on va notamment donc s'exposer en plein air, en collectivité, par exemple dans un lieu comme Physiopolis, sur l'île du Platé, près de Vilaine, chez les Durville. Aussi Heliopolis, là on est plutôt du côté de la Côte d'Azur, du côté de Hyères. Finalement, dans l'esprit populaire, on a une évolution. C'est-à-dire que le naturisme prend de l'ampleur en tant que pratique de loisir, de nullité intégrale ou non. Et le naturisme commence à être vraiment associé à cette pratique-là, et donc en mettant de côté la dimension hygiénique alimentaire. Mais c'est quelque chose qui se fait sur le temps long. C'est vraiment, par exemple, à partir... Donc là, on sort de l'entre-deux-guerres. Il faut aller plutôt du côté des années 1950. où à ce moment-là, les naturistes qui ont revendiqué une réforme des modes de vie, donc une réforme alimentaire, vont même finir quasiment par abandonner le concept, tellement le concept de naturiste devient lié à celui de nudité, et pour certains, ils n'ont vraiment pas envie d'être associés à ce courant culturel-là. Notamment le docteur Carton qui qui s'indignent que le naturisme soit associé à la nudité intégrale.
Chloé Rouillon
Oui, parce qu'il y a là aussi le regard porté sur ces pratiques-là et ces gens eux-mêmes, ces praticiens, peuvent imaginer combien les choses, et pour le naturisme c'est signifiant, sont transformées, modifiées. Mais avons-nous avec le naturisme ici réellement une pratique médicale? Parce que quand on vous écoute, on se dit que c'est aussi un mode de vie, c'est pas que médical cette chose-là.
Léo Bernard
C'est pour ça que moi je parle dans mon ouvrage de naturisme médical pour insister sur la dimension médicale du naturisme. Naturisme, qui est un mouvement de réforme plus large, qui a des dimensions artistiques notamment assez poussées, ça naît quand même, le mouvement naturiste de réforme des modes de vie, donc à partir du milieu végétarien, la dimension médicale et hygiénique est fondamentale au départ. Après, effectivement, il y a une évolution et donc ça dépasse le cadre médical, mais il y a quand même ce terreau-là, cette matrice-là médicale qui est très forte.
Chloé Rouillon
Oui, avec un grand succès. Évidemment, on le connaît avec ces mouvements aussi transnationaux des origines allemandes, ce développement européen. Oui, grand succès. Le naturisme fait un carton.
Xavier Mauduit
On saisit mieux les motifs cachés du
Chloé Rouillon
régime pur et sévère auquel exhorte Pythagore
Xavier Mauduit
et la prohibition qui en découle, quand on réfléchit à la somme d'influences avilissantes que représente un morceau de viande. Tout agglomérat matériel, en effet, n'est que l'expression tangible des forces vitales qui l'ont
Chloé Rouillon
construit, de l'esprit qui l'a dirigé et aussi des puissances occultes qui s'exercent à
Xavier Mauduit
le détruire, dès qu'il échappe à la dépendance des précédentes. La viande est donc comme imprégnée, en
Léo Bernard
premier lieu, des souffrances de l'animal qui
Xavier Mauduit
fut frappé, malmené et privé du nécessaire
Chloé Rouillon
pendant les heures qui précèdent l'abattage. Thomas Beau qui nous disait un extrait de l'ouvrage « La vie sage, commentaire sur les vers d'or des pythagoriciens ». C'est un ouvrage du médecin dont vous parliez, Paul Carton. Nous sommes ici en 1918. Léo Bernard. Nous sentons que les limites de chacun de ces courants sont extrêmement floues. On y met plus ou moins d'ésotérisme. Et il est très difficile d'ailleurs de les cerner. C'est pour ça que vous utilisez un vocabulaire précis. Ce naturisme est médical parce que très vite, il peut s'échapper du médical. Ce sont des mouvements, des courants qui me semblent, et vous allez me corriger si je dis une bêtise, portés par des individus, là on cite Paul Carton par exemple. Il va être là, il va défendre une vision, mais d'autres qui peuvent se revendiquer de lui peuvent défendre une vision avec un peu plus d'ésotérisme, pourquoi pas un peu plus de spirituel. Et ça doit être extrêmement difficile de les cerner
Léo Bernard
ces mouvements-là. Tout à fait. Alors pour dépasser Carton sur sa droite par le côté ésotérique, il faut quand même y aller fort parce que Carton, il est vraiment imprégné par ces courants-là. Mais donc effectivement, si on reprend par exemple un petit peu la deuxième fondation de la Société Végétarienne de France en 1899, on a essentiellement des théosophes qui sont à l'origine de cette fondation-là. Mais on ne va pas retrouver que des théosophes au sein de la Société Végétarienne de France. On va trouver aussi tout un ensemble de médecins. tout un ensemble de médecins qui vont simplement privilégier, pour des raisons de santé, le régime végétarien. Donc c'est pour ça que ça me permet de rebondir sur cette question de science-spiritualisme. Il peut y avoir une cohabitation, bien sûr, et d'ailleurs les théosophes qui, eux, sont portés par des considérations qui peuvent être aussi médicales, parce qu'il y a aussi des médecins-théosophes, mais aussi spirituelles, en voyant le carnivorisme sur un autre plan que celui purement physiologique, du bon entretien des organes. Il y a cette diversité des approches au sein du milieu végétarien qui n'est pas facile à cerner parce qu'il faut avoir conscience qu'ils sont bien au fait, les végétariens et les naturistes, pour la plupart, que ces considérations spirituelles-là sont assez mal acceptées au sein de la société et que si on veut faire passer le message du végétarisme, il vaut mieux mettre de côté ces aspects-là et les réserver pour un public qui serait plus à même de les accepter. Et même aussi, ne serait-ce que pour des raisons de cohabitation avec les médecins végétariens qui n'ont pas de lien particulier avec la théosophie. Et là, ça devient particulièrement intéressant. Par exemple, on a le docteur Ernest Bongeois. Ernest Bongeois, ça passe pour vraiment le médecin végétarien de la fin du 19e siècle. promoteur d'un végétarisme rationnel, et donc il publie en ce sens, promoteur d'un végétarisme rationnel, il n'y a aucune référence à la spiritualité ou quoi que ce soit dans cet ouvrage-là. Mais par exemple, et c'était à l'intérêt justement, une belle découverte que j'avais faite dans mes recherches, c'est qu'en consultant une revue occultiste, je m'aperçois qu'Ernest Bongeois signe de son nom des articles sur le végétarisme, mais là la dimension est tout autre, c'est-à-dire que les conceptions qu'il accorde au régime végétarien se situent sur un plan qui dépasse largement le
Chloé Rouillon
plan physique. Et oui, parce qu'ici nous avons la théosophie qui rentre en jeu. Théosophie, j'entends Théo, il y a du Dieu là-dedans. J'entends la sagesse avec l'éosophie, mais voilà, l'idée que Dieu est un peu partout, c'est une chose, mais la théosophie placée dans ce contexte de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle, de l'entre-deux-guerres que vous étudiez particulièrement, Léo Bernard, ça signifie quelque chose là aussi. Parce qu'il y en a de la théorie, on a eu du naturisme, on a de la théosophie. C'est quoi? C'est l'idée qu'il y a du
Léo Bernard
spirituel partout? Alors, quand je parle de théosophie, je fais référence à la société théosophique. Société Théosophique qui est fondée en 1875 à New York, qui émane des milieux spirites. La Société Théosophique, c'est un des courants ésotériques que j'étudie, qui va avoir une postérité assez longue, qui existe toujours de nos jours et qui a donné naissance à d'autres mouvements, notamment la Société Anthroposophique de Rudolf Steiner, qui était anciennement un théosophe, pour parler d'un nom qui est peut-être connu. Les théosophes et les principaux auteurs, notamment Elena Blavatsky de la société théosophique, vont concevoir et diffuser un certain nombre d'idées sur la constitution du monde, de l'être humain. Ces idées-là vont servir à justifier un certain nombre de pratiques, notamment la
Chloé Rouillon
pratique végétarienne. À ce moment-là de l'émission, il est peut-être important, Léo Bernard, de rappeler que nous évoquons des médecins. Nous ne sommes pas en train de parler de mouvements qui seraient complètement en marge et presque farfelus avec des charlatans. Non, non, c'est pas du tout ça. Nous avons de vrais praticiens qui sont ici réellement médecins. C'est en cela qu'il y a tout l'intérêt d'étudier cet ésotérisme
Léo Bernard
durant l'entre-deux-guerres. Oui. Alors, bien sûr, tous les théosophes ne sont pas médecins, mais il y a un certain nombre de théosophes qui sont médecins. Et donc, parmi les principaux dirigeants de la Société Végétarienne de France, j'ai dit qu'il y avait des théosophes. Et donc, effectivement, des théosophes médecins, comme le Dr Jules Grand, par exemple, qui préside la Société Végétarienne de France. Donc, effectivement, on a affaire à des gens qui ont leur diplôme de médecine et qui sont après, une fois qu'ils ont ce diplôme-là, ils sont tout à fait libres, si vous voulez, de pratiquer la médecine qu'ils veulent et de l'appuyer sur les bases doctrinales qui leur semblent les plus intéressantes et les
Chloé Rouillon
plus pertinentes. Comment on peut expliquer ce succès à ce moment-là? Ou pour le dire autrement, comment on peut saisir des parcours de médecins qui nous feraient comprendre après des études à la faculté de médecine, la volonté de s'orienter vers des mouvements plus particuliers. C'est un constat? C'est de se dire, la médecine telle qu'elle m'a été enseignée ne me suffit pas pour soigner les patients et donc il faut que j'imagine quelque
Léo Bernard
chose d'autre? Oui, alors après voilà, il y a une diversité des parcours biographiques. On peut imaginer des personnes qui commencent des études médicales tout à fait classiques et puis donc effectivement Généralement, c'est des récits aussi de guérison. C'est qu'eux-mêmes sont malades, notamment dans le cas de Paul Carton, qui, au départ, a une carrière médicale tout à fait brillante. Il est vraiment dans les clous d'une carrière médicale. Mais il souffre de la tuberculose et donc... il expérimente un régime allégé, ce qui va un peu à contre-courant de ce qui était préconisé alors sur la tuberculose, et donc ça va changer complètement sa façon de concevoir la médecine, et donc il va développer, notamment à Brevan, il va expérimenter, et donc il va en venir au régime végétarien et aussi à la condamnation de l'alcool et du sucre. Mais à ce moment-là, ce qui est intéressant, par exemple, c'est qu'il est toujours dans une perspective assez matérialiste. Il n'a pas fait la rencontre encore des courants ésotériques. entrant dans le monde du végétarisme, il fait forcément la rencontre avec ces courants-là, et d'un coup, tout va s'éclairer pour lui, et donc ces conceptions qu'il avait végétariennes, matérialistes finalement, elles vont juste être augmentées, entre guillemets, par des considérations spiritualistes
Chloé Rouillon
plus larges. Et puis c'est aussi répondre à une attente, parce qu'il y a des gens qui entendent ces discours et qui sont aussi à la recherche de réponses. Vous l'avez dit, et c'est très juste de le rappeler, nous sommes quand même dans le monde médical. C'est-à-dire qu'il y a des gens malades, alors les médecins eux-mêmes peuvent être malades, puis tous les patients, toutes les patientes. Il y a une attente très forte de la guérison. On a tous vécu cela, mais l'idée que le remède qui va nous conduire à la guérison, on est prêt à l'adopter du moment qu'on
Léo Bernard
a confiance. Oui, donc effectivement, c'est quelque chose qui n'apparaît pas forcément dans mon livre, mais les patients sont là. C'est qu'il y a une demande. Ce qui est fort aussi, par exemple, avec le naturisme médical, qui peut expliquer aussi son succès, c'est la clé d'explication, tout simplement, qu'il offre aux maladies, et la résolution possible qu'il offre également. C'est-à-dire que les lois naturelles, les conditions de vie n'étaient pas naturelles, ce qui a causé une maladie, il vous suffit. Donc quelque part, ça fait porter la responsabilité de la maladie sur les épaules du patient. Mais dans un autre sens, il y a un échappatoire, il y a une possibilité derrière qui s'ouvre à lui, celle de changer ses conditions de vie, changer son alimentation et donc entrer sur le chemin de la guérison. Donc effectivement, ça peut expliquer le succès à ce moment-là de
Chloé Rouillon
ces médecines. Et puis ces médecines-là donnent une lecture globale du monde. Toutes les religions, les philosophies et on peut dire toute la médecine de l'Antiquité ont eu pour base la croyance à l'existence d'une force universelle, astrale, divine, toute-puissante, à la fois cause, raison d'être, vie, âme de toutes les choses et de tous les êtres. Agissant sur les sphères célestes, elle déterminait leurs mouvements, s'induisant dans l'animal et dans l'homme. Elle était leur force vitale, leur énergie magnétique. France Culture, le cours de l'histoire. Xavier Mauduit. Chloé Rouillon qui nous lisait ici ce texte de 1918 de Gaston Durville. La force vitale, son rôle en médecine. Gaston Durville, ça fait partie de ces gens-là que l'on peut voir en maillot de bain, tout musclé, quand on regarde les photos, ce sont des adeptes. Non, non, mais c'est pas du culturisme, c'est bien
Léo Bernard
du naturisme. Il peut aussi y avoir des liens avec le culturisme, mais bon, ça nous amènerait sur une autre histoire. Oui, donc Gaston Durville, c'est vraiment un des personnages clés de cette histoire que j'ai essayé de raconter. Gaston Durville, il a deux frères, il a un père, son père Hector Durville. c'est le chef de file des magnétiseurs parisiens et français de la belle époque. Gaston Durville, c'est donc un docteur en médecine, tout comme son frère André Durville avec qui il collabore, et donc c'est notamment les frères Durville qui vont fonder les endroits que j'ai évoqués, Physiopolis et Heliopolis, qui vont se distinguer comme des médecins naturistes d'ampleur et d'importance. des sommités. Ils sont reconnus quand même, pas forcément par le monde médical, mais dans la société parisienne, ce sont des personnalités tout à fait connues. Ils ont un frère aussi qui s'appelle Henri. Et donc Gaston Durville, au départ, avant d'être naturiste, c'est vraiment quelqu'un qui va reprendre le flambeau paternel. et qui est complètement imprégnée par les considérations magnétiques, notamment cette idée qu'il existe un fluide universel. Le nom qu'on peut accorder aux fluides varie en fonction des auteurs, mais un fluide universel qui pénètrerait toutes les substances, qui se trouverait aussi dans l'être humain par le biais de cette force vitale. L'enjeu du magnétisme, bien sûr, c'est de traiter cette force vitale, de s'assurer de la bonne circulation du fluide universel au sein de l'organisme par le biais de la force vitale. Et la compréhension du naturisme vient se greffer à ces considérations magnétiques. C'est-à-dire, par exemple, qu'on va promouvoir l'alimentation végétarienne parce que cette alimentation végétarienne-là, elle est plus vitalisée, elle contient plus de forces vitales, va permettre de mieux entretenir la force vitale si vous voulez que l'alimentation carne. Pareil également pour les bains de soleil, avec cette idée que le soleil est un agent magnétique puissant, et donc c'est par magnétisme que les bains de soleil permettent d'avoir une influence positive sur la santé. Donc voilà, il y a ces considérations-là qui se combinent. avec aussi l'idée que, donc c'est aussi un sous-plan, et que les docteurs Durville parfois ne vont pas parler, la plupart du temps en fait, ne parlent pas de magnétisme en utilisant ce concept qui est un peu suranné, qui évoque Mesmer et donc la mode du magnétisme aux alentours de 1780. On va plutôt parler d'énergie aussi ou d'employer d'autres concepts. Par exemple, pour parler de magnétisme, l'influence du mental sur le physique, on va parler par exemple de psychophysique. C'est aussi des médecins qui sont... qui veulent aussi montrer la correspondance de leurs théories avec les conceptions scientifiques de l'époque. Et par exemple, ce qui est intéressant, c'est qu'à l'Institut naturiste des Durville, il est possible, donc il y a un service de radiologie à l'examen par les rayons X, et c'est en lien aussi avec tout l'intérêt qu'a pu porter le milieu magnétique. pour la découverte des rayons X. Et en fait, il faut avoir en tête, pour rebondir sur cette question des rapports science-spiritualisme, j'étais un peu coincé, mais là, vraiment, il faut avoir en tête que les magnétiseurs vont aussi être à l'affût, pas seulement les magnétiseurs, mais les courants ésotériques dans leur ensemble, vont être à l'affût des innovations techniques et scientifiques. et vont essayer aussi de les incorporer à leur façon de voir les choses et donc les rayons X, ça leur semble aller dans ce sens de l'existence d'une énergie et d'un
Chloé Rouillon
fluide universel. Et voilà, il n'y a pas un projet complet de tous les progrès de la médecine. avec les frères Durville, deux médecins, Gaston et André. Fils, vous nous l'avez dit, d'Hector Durville qui lui-même, magnétiseur, on nous parlait d'occultisme aussi à la fin du XIXe siècle. On a, j'ai l'impression dans ce mouvement-là, des phénomènes de mode, mais je n'utilise pas le mot comme une critique pour dire ses passagers, je l'utilise pour dire que ça attire énormément de gens. Il y a quand même une mode, alors là, du naturisme au sens on va se mettre au soleil quand il s'agit d'héliopolis, ou alors même
Léo Bernard
du magnétisme. Oui, alors, il peut y avoir des effets de mode, mais dans le monde médical aussi, regardez. Les thérapeutiques qui ont été plus ou moins pratiquées en fonction des époques, et notamment, si on prend l'exemple, donc là on change à nouveau de courant, mais si on passe du côté de l'homéopathie, effectivement, l'homéopathie qui connaît un effet de mode à son apparition en France autour des années 1830, qui est ensuite condamné par l'Académie de médecine, qui fait l'objet de nombreuses controverses. Et puis ensuite, on a une diminution du nombre d'homéopathes au fil du XIXe siècle. Au début des années 1920, ils sont très peu nombreux, les homéopathes. Il y a beaucoup moins d'homéopathes qu'il pouvait y en avoir au départ. Enfin, le chiffre a baissé, a été divisé par deux, je crois. Et là, hop, à nouveau, de nouveau, dans les années 1920, l'homéopathie a rené un petit peu de ses cendres en disant qu'il y a une organisation nouvelle qui est impulsée notamment par l'intermédiaire de Léon Vanier. et donc d'un coup on voit, ça se concrétise, le nombre d'homéopathes augmente, les discussions et les publications s'animent, et donc on voit par exemple là très clairement un effet de mode, on peut qualifier ça d'effet de mode, mais en tout cas l'homéopathie revient un petit peu sur le devant de la scène à
Chloé Rouillon
ce moment-là. Avec pour l'homéopathie une méthode thérapeutique, vous nous le dites, c'est vrai, c'est vraiment quelque chose du 19e siècle, qui est oublié et qui renaît
Xavier Mauduit
dans l'entre-deux-guerres. L'homéopathie est née en Allemagne, dans les dernières années du XVIIIe siècle, avec les expérimentations du Dr Hahnemann. Mais la Normandie a apporté beaucoup à cette thérapeutique, grâce notamment au Dr Edouard Vannier, originaire de Rouen. Pour certains, l'homéopathie est une sorte de philosophie, de croyance, souvent même une médecine parallèle. A vrai dire, c'est une science basée sur un principe très simple. Une substance capable de provoquer chez des sujets sains un ensemble de symptômes particuliers pourra faire disparaître des symptômes analogues chez un sujet malade. Ce principe porte le nom de loi de similitude. Il est assorti d'un corollaire essentiel, le recours à des doses infimes de la substance employée. Ces deux principes sont complétés par une règle fondamentale. L'homéopathie est une thérapeutique personnalisée. Le traitement doit tenir compte des réactions individuelles du mal. En France, les médicaments homéopathiques sont élaborés dans trois grands laboratoires qui, malgré leur importance, ont des méthodes de fabrication artisanales. Les substances homéopathiques, qui sont végétales, minérales ou animales, sont mises en macération dans l'alcool. On en extrait la teinture mère qui sert aux dilutions décimales ou centésimales. Malgré un développement spectaculaire, l'homéopathie est une médecine encore
Chloé Rouillon
très méconnue. Nous étions ici en 1978 dans l'édition de Normandie Soir et l'évocation de Léon Vanier. Alors qui est cet homme? C'est un médecin, encore
Léo Bernard
une fois. Alors ça c'est intéressant parce que dans l'extrait on parle d'Edouard Vanier, pas de Léon Vanier, c'était
Chloé Rouillon
son frère. C'était
Léo Bernard
son frère. Alors qu'il a eu une influence un petit peu moins importante que Léon Vanier. Parce que Léon Vanier, il va avoir une importance grandissante, notamment par le biais de sa revue. qui s'intitule l'homéopathie française. Il va concevoir aussi sa façon de pratiquer l'homéopathie, notamment basée sur l'étude des types humains. Donc voilà, chaque personne aurait serait rattachée à un type, à une typologie qui orienterait les réactions psychiques et physiologiques. Donc il faudrait prendre en compte le type de la personne et du patient pour le traiter. Donc il a une doctrine qu'il explique, qu'il expose assez clairement et il s'organise. Il s'organise, il organise aussi un enseignement Il organise aussi la production, parce qu'il y a cette dimension-là dans l'homéopathie. Il faut pouvoir assurer la production, qui est assez complexe, du médicament homéopathique. Et donc lui, notamment, est à l'origine d'un laboratoire important qui va permettre justement de répondre aussi à
Chloé Rouillon
la demande. avec l'homéopathie et c'est la certitude d'avoir des tonnes de
Léo Bernard
débats systématiquement.
Chloé Rouillon
C'est sûr. Mais non, ce n'est que du sucre, je sais, mais ce n'est pas ce qui nous intéresse aujourd'hui dans le cours de l'histoire. Aujourd'hui, ce qui nous intéresse, ce sont ces courants ésotériques et l'holisme médical en France durant l'entre-deux-guerres. Hippocrate initié, c'est votre ouvrage, Léo Bernard. Nous avons là, dans une démarche liée à l'homéopathie, ce que vous nous disiez, la volonté de aller créer une typologie de patients. On imagine bien, selon plein d'éléments, la corpulence. Mais ça peut aller encore plus loin. C'est-à-dire que l'ésotérisme se niche dans toutes ces pratiques et nous conduit à l'évocation de textes antiques. C'est le cas avec Hippocrate et c'est le titre de votre ouvrage. Hippocrate est évidemment mobilisé. Mais il n'y a pas que cela. C'est-à-dire qu'on peut aller chercher dans la Bible des éléments. On peut faire de la numérologie. Vous nous
Léo Bernard
racontez ça? Oui, alors c'est ce qui est intéressant, c'est assez surprenant, à propos de Léon Vannier, qui lui était vraiment très inspiré par les courants ésotériques et leur façon de concevoir les choses, par la pensée analogique, la correspondance entre le microcosme et le macrocosme. D'ailleurs, cette loi de similitude homéopathique, pour lui, elle s'inscrit dans une loi plus générale d'analogie. Justement, sur cette constitution de différents types, sur cette typologie, il y a une collaboration très claire qui est menée entre Léon Vannier et notamment la famille Favre, donc le docteur Henri Favre et sa fille, Céline Bessonnet Favre. On a accès à cette collaboration par des lettres de correspondance. Je n'ai pas pu mettre la main sur les lettres exactement, les archives. toujours un accès compliqué aux archives sur ces sujets-là, mais elles ont été retranscrites dans une biographie de Léon Bagné, écrite par sa femme, donc on a accès aux correspondances. Et donc on voit que Céline Besson-Effard, qui avait écrit sur la typologie, qui vraiment écrit un ouvrage et qui écrit des articles dans l'homéopathie française avant-guerre sur la typologie, va mener une collaboration avec Léon Vanier, où on va essayer de caractériser les différents types, de les ordonner, de les hiérarchiser. Et pour établir ce classement des types, il y a une lecture de la Bible, donc on retrouve dans les correspondances une lecture de la Bible, en suivant les principes de la gématrie, donc c'est-à-dire, bon c'est un peu compliqué, les détails sont dans le livre, mais globalement, une valeur numérique qui est accordée aux lettres et aux mots qui se trouvent dans la Bible, et ces valeurs-là vont pouvoir permettre de déterminer les types. Je ne rentre pas dans le détail, mais globalement vous avez un petit peu compris l'idée, c'est-à-dire qu'on cherche la connaissance du type, et ces connaissances-là, c'est perçu comme un savoir valide que d'aller les chercher dans la Bible ou dans même d'autres
Chloé Rouillon
textes anciens. avec ici l'utilisation de la Bible, qui peut tout de suite faire frémir. Alors, frémir les médecins, pourquoi pas? Les médecins, je veux dire, ils sont tous médecins, mais les médecins traditionnels, et même M.
Xavier Mauduit
le curé. C'est très difficile pour un prêtre de s'exprimer sur un tel sujet. C'est un sujet tellement profond qui a atteint la personne dans son âme, dans son esprit, dans sa conscience, dans tout son ensemble psychologique. Il m'est arrivé de voir des personnes me dire, j'ai été envoûté dans telle ou telle circonstance par quelqu'un qui m'en voulait et j'ai un clou de cercueil d'enfoncer là dans le cœur et il faut absolument lever le sort, croyant réellement que le clou de cercueil s'enfonçait plus profondément dans leur cœur. Dire qu'il n'y a pas envoûtement, c'est très difficile de la part d'un prêtre. Car si lui-même affirme à cette personne qu'il n'y a pas envoûtement, qu'il n'y a pas sort, c'est qu'il ne croit pas. Et si le prêtre ne croit pas à la présence du diable, au maléfice, comment pourra-t-il dire qu'il croit
Chloé Rouillon
en Dieu? Accuré, exorciste dans le Berry en 1971, Léo Bernard, nous parlons beaucoup de spiritualité, d'ésotérisme, de tous ces mouvements liés au monde médical. Quel lien avec la religion? Il y a une condamnation de la religion, où eux-mêmes se revendiquent catholiques ou ils
Léo Bernard
s'en éloignent. Alors, là encore, je veux dire, ça va être le mot, mais tout dépend de qui on parle, de quoi on parle. Donc, effectivement, pour rester sur l'homéopathie, vu qu'on est lancé sur l'homéopathie, donc il y a des croyances religieuses qui sont affirmées. On a notamment, par exemple, un collaborateur de Léon Vanier qui s'appelle le docteur Maurice Fortier-Bernouville. qui est assez active, qui participe à un congrès en Italie, et qui va rencontrer le Pape, Pi XI, et donc il évoque un petit peu cet entretien, et donc le Pape aurait soutenu la médecine homéopathique, en disant, moi je soigne les âmes, et vous, vous soignez les corps. Donc, on a évoqué avant cela cette lecture particulière de la Bible, cet ésotérisme chrétien qui s'exprime chez les favres, qui ont écrit un troisième testament aussi.
Chloé Rouillon
C'est
Léo Bernard
particulier. Mais, par exemple, ces considérations-là ne sont pas connues forcément des collaborateurs de Léon Vanier, ça reste dans le cadre de correspondances privées. Et par exemple, Maurice Fortier-Bernouville, qui lui aussi est un catholique grand croyant, il est décédé, c'est évoqué le fait qu'il était grand croyant, il va s'opposer à Léon Vannier. Il y a une scission au sein du mouvement de l'homéopathie française. et il va fonder une autre branche de l'homéopathie, en quelque sorte un autre mouvement autour de la revue de l'homéopathie moderne et des enseignements homéopathiques de l'hôpital Léopold Beland. Et justement, il y a plusieurs critiques qui sont adressées à Vannier, on va lui reprocher notamment un plagiat, et on va lui reprocher cet occultisme justement, et on va essayer de s'en démarquer. en faisant la promotion d'une homéopathie scientifique et moderne qui rejeterait, qui couperait les ponts avec ce type de spéculation ésotérique. Donc voilà, il faut comprendre un petit peu ces dissensions-là au sein du milieu homéopathique, mais derrière les discours. Et donc, par exemple, ces discours-là, ils se concrétisent très clairement. Bon, on va quand même évoquer une controverse médicale, une des rares que j'ai pu étudier, parce que ce n'était pas l'objet de ma thèse, mais par exemple, dans le siècle médical, qui est le périodique le plus lu par les médecins à ce moment-là, On a un compte-rendu de la doctrine de l'homéopathie française de Léon Vanier, un ouvrage qui est publié en 1931. Au compte-rendu, la critique de l'ouvrage qui est faite par le professeur Pierre Mauriac, un médecin très bien installé à Bordeaux, un médecin universitaire, frère de l'écrivain François Mauriac. qui va se montrer plutôt critique vis-à-vis de ce livre-là. Critique, mais en même temps, il partage aussi certaines conceptions holistes, donc il va appuyer Vanier quand Vanier va dire effectivement qu'il faut prendre en compte le passion dans son individualité. Il va s'achoper vraiment avec Vanier autour de la question des doses infinitésimales. C'est vraiment le point de discorde continuel. et il va légèrement évoquer, au passage, des liaisons dangereuses avec l'occulte, mais c'est vraiment un petit passage de sa critique, ce n'est pas vraiment quelque chose sur lequel il insiste, et d'ailleurs c'est assez ambivalent. Mais bon, cet article-là n'est pas resté sans réponse, réponse de Vanier, bien sûr. Il lui reproche aussi à Vanier sa foi trop forte et son intransigence avec l'homéopathie. Et donc, bon, Vanier s'explique, mais surtout les autres homéopathes s'expliquent, donc les homéopathes concurrents de Vanier, Et donc, justement, vont critiquer le fait et vont mettre une barrière claire entre cette homéopathie-là de Léon Vanier, qui serait loin de représenter toute l'homéopathie, et une homéopathie plus ouverte à la science médicale de son temps, et surtout qui a coupé les ponts avec l'ésotérisme et l'occulte. Et donc ça, c'est très fort. Mais ce qui est intéressant, par exemple, c'est que René Allendy va s'exprimer à ce sujet, parce qu'à ce moment-là, il est président de la Société Française d'Homéopathie, donc il a des responsabilités. Mais René Allendy, au départ, c'est quelqu'un qui a écrit sa thèse sur l'alchimie et la médecine. C'est quelqu'un qui est épris d'astrologie, qui a été théosophe, qui est complètement imprégné par les courants ésotériques. C'est aussi un des pionniers de la psychanalyse. Et donc cette coupure-là, effectivement, c'est moins visible. L'importance et le poids des courants ésotériques sont moins visibles dans les autres courants. de l'homéopathie, mais ce n'est pas pour autant que les relations sont complètement coupées. Il y a un intérêt, par exemple, de Fortier-Bernouville, lui-même, qu'il exprimait au moment où il était chez Vanier et après la scission, par exemple pour la chiroscopie, pour l'analyse et l'étude de
Chloé Rouillon
la main.
Léo Bernard
Ah
Chloé Rouillon
oui? Oui. Ah oui, c'est pas lire les lignes de
Léo Bernard
la main? Si, si. Les lignes de la main et les formes de la main. Donc la chirologie, si vous voulez. Il y a toute une pratique qui est notamment promue par Henri Mangin-Balthazar qui est un occultiste qui est très bien intégré au monde médical holiste du temps et donc qui propose ces idées sur la chiroscopie qui est vue comme un outil d'aide au diagnostic. À ce moment-là, c'est-à-dire que pour cerner cette individualité On va pouvoir, en fait, il y a cette idée de pourquoi pas s'appuyer sur toutes les aides qui peuvent nous être utiles. Alors, je ne dis pas que tous les médecins holistes s'appuient sur la chiroscopie d'Henri Mangin-Balthazar, mais il y a un intérêt qui est quand même assez répandu. Cette idée que, bon ben voilà, on va pouvoir aussi accéder à une connaissance plus intime du patient en examinant la forme de ses doigts, la forme de
Chloé Rouillon
sa main. Et bien, on reste justement avec
Xavier Mauduit
les doigts. Mal de gorge, pressé sur le pli. Mal aux dents, il faudra voir un dentiste. Mais en attendant, pour soulager la douleur, pressez l'index. La grippe, si c'est le virus, voir d'urgence un médecin. Pour un coup de froid, se presser le poignet ici. Crise de foie, et avec les réveillances, ça peut arriver, pressez un peu au-dessus de la cheville. On est ivre, pressez le bout du nez. Attention, c'est radical comme effet, mais cela peut provoquer un vomissement immédiat. Le hoquet, là il faudra une aide car on doit presser de part et d'autre de la 7ème vertèbre dorsale. Mal de tête au front ou à la tempe, il faut presser exactement ici. Un mal violent de la nuque ou de l'occipute, pressez le bord interne de la main. Le trac, l'angoisse paralysante peut être vaincu en pressant ce point-ci sur le côté de la poitrine. Le nez bouché, vaincu aussi par vous-même et grâce à ce livre aux explications simples, illustré de très nombreux croquis. Il ne s'agit pas dans l'esprit du livre de se soigner complètement soi-même. Mais par contre, ce qui est en cause, c'est de se soulager rapidement de nombreux petits malaises ou de nombreux petits malheurs qui peuvent survenir. Plutôt que de s'intoxiquer avec des produits pharmaceutiques qu'on prend en quantité, pouvoir se soulager avec un point qu'on a toujours sur soi. Et d'ailleurs, la Sécurité Sociale peut en être reconnaissante, car c'est sûrement
Chloé Rouillon
moins onéreux. Voilà, le Docteur Ogédalé à Kisly, une science de digitoponctures. Nous sommes en 1978, Léo Bernard, dans les grands mouvements. d'holismes que vous identifiez, il y a ceux que nous avons évoqués. Le naturisme, l'homéopathie et puis il y a toute la réflexologie. Donc ici on s'inscrit peut-être dans ce mouvement-là. C'est quoi la réflexologie? C'est appuyer sur des endroits qui ont une
Léo Bernard
réaction ailleurs? Voilà. C'est un concept qui apparaît dès 1910. On va plutôt parler de réflexothérapie à ce moment-là. Et donc C'est perçu comme une nouvelle branche dans l'art de guérir et donc on va réunir tout un ensemble de thérapeutiques derrière cette étiquette. L'idée globale, c'est qu'on peut agir sur la bonne santé des organes. par le biais du système nerveux, par des stimulations périphériques. Stimulations périphériques qui agissent sur le système nerveux et qui ensuite agissent sur les organes. Donc, on a différents types de réflexothérapies qui sont développées dès les années 1910. On a notamment la centrothérapie de Pierre Bogné. Là, on va agir sur la muqueuse nasale. Donc, des petites cautérisations sur la muqueuse nasale. Il y a des images d'époque, on a l'impression que c'est un test Covid. Et donc, des points de la muqueuse nasale seraient, dans cette théorie-là, dans cette perspective-là, en lien avec des centres localisés dans le bulbe rachidien, et ces centres-là agiraient sur les différents organes. C'est-à-dire qu'effectivement, vous pouvez, dans cette perspective, agir sur le foie en appuyant sur telle partie de la muqueuse nasale. Le même principe, plus ou moins, s'applique dans le cas de la réflexothérapie vertébrale, notamment avec la spondylothérapie d'Albert Abrams, où là, on va plutôt agir sur les vertèbres, sur la colonne vertébrale. Vous agissez sur les vertèbres, et donc là, les vertèbres sont en lien avec des centres dans la moelle épinière, et donc, par là même, vous pouvez agir sur un certain nombre de mécanismes physiologiques ou d'organes. Ce qui est intéressant, c'est qu'il y avait aussi une musique un petit peu asiatique dans l'extrait. Ça donnait cette impression-là. Mais l'acupuncture, qui n'est pas neuve en France à ce moment-là, fait sa réapparition, elle était déjà là au XIXe siècle avec Louis Berlioz notamment, père d'Hector Berlioz. Donc l'acupuncture revient un petit peu à la surface, là aussi on parlait d'effet de mode, mais elle revient à la surface notamment par le biais des homéopathes, et c'est compris à ce moment-là comme une forme de réflexothérapie, c'est-à-dire qu'on va comprendre, et donc ça va permettre aussi la diffusion de l'acupuncture, on va comprendre le mécanisme de l'acupuncture en le comparant aux autres thérapeutiques qui sont mises derrière cette étiquette de réflexothérapie. Et donc effectivement, on a une pratique de l'acupuncture qui va se répandre dans des hôpitaux et notamment en lien avec les activités des médecins homéopathes à
Chloé Rouillon
cette période. Ce qui reste toujours un peu ésotérique dans ces histoires-là, ce sont les sources au plus près des individus qui les produisent. Vous nous avez dit que pour les correspondants, c'était difficile. Et puis après, il y a des questions de temporalité. Nous sommes durant l'entre-deux-guerres, c'est peut-être encore dans les greniers, ça sortira. Allez savoir, en revanche, Léo Bernard, vous bénéficiez d'énormément de sources imprimées. Tout ce que vous nous racontez là est accessible pour le public de l'entre-deux-guerres par des publications, beaucoup
Léo Bernard
de publications. Oui, alors effectivement, j'ai essayé de m'appuyer sur des correspondances ou des archives privées, mais l'accès est très compliqué. C'est lié aussi, je pense, au caractère sensible de ces de ces sujets-là. La vision de l'historien, on passe un petit peu pour le scientifique qui va peut-être avec ses gros doigts un petit peu maltraiter les sujets. Mais j'ai pu passer outre cet obstacle, j'ai quand même mobilisé un petit peu d'archives, mais j'ai pu passer outre cet obstacle assez facilement parce que j'ai une masse une masse de documentation complètement incroyable, c'est-à-dire que tous ces courants-là, donc non seulement les courants ésotériques, mais effectivement aussi tous les courants médicaux étudiés, publient beaucoup, et ça fait tout de suite des volumes importants. C'est des publications mensuelles de plusieurs dizaines de pages par groupement homéopathique, naturiste, réflexothérapeute autour de la revue de la Côte d'Azur médicale, ou aussi des revues un petit peu plus large, un holiste plus large, d'humanisme médical comme la revue Hippocrate
Chloé Rouillon
par exemple. Quand vous faites votre travail, Le Bernard vous a apprêté à la Seconde Guerre Mondiale parce que c'est un travail durant l'entre-deux-guerres. Ça signifie que c'est un appel à poursuivre le travail pour la suite, ce qui est d'ailleurs toujours le cas, ou cela signifie que l'entre-deux-guerres est un espace particulier dans cette histoire qui
Léo Bernard
nous intéresse? Alors, l'entre-deux-guerres, je pense, est un espace particulier, notamment dans cette proximité qu'on retrouve entre l'homéopathie et d'autres médecins bien implantés par le biais de cette holisme médicale-là. Mais pour bien caractériser cette spécificité de la période d'entre-deux-guerres, il faudrait avoir une vision un petit peu plus globale, étendue sur le XXe siècle. Et là, c'est vrai que c'est un chantier qui reste qui reste à faire. Il y a beaucoup de choses, bien sûr, pour des raisons pratiques. Je me suis arrêté avec la Seconde Guerre mondiale parce que c'est l'arrêt des publications, donc ça a été un coup d'arrêt. Mais on a vraiment l'impression, effectivement, c'est un peu frustrant, c'est-à-dire que ça monte, ça monte, ça monte dans les années 30, et vraiment l'acmé est à la fin des années 30, pratiquement. Et d'un coup, donc, un arrêt des publications. Et là, effectivement, il faudrait reprendre l'enquête, déjà s'intéresser à ce qui se passe pendant la guerre, et puis aussi après la guerre, dans l'immédiat post-seconde
Chloé Rouillon
guerre mondiale. Avec une portée de tout ce que nous évoquons ici, et nous savons qu'il y a des débats encore présents aujourd'hui, l'homéopathie évidemment fait débat, mais Tout ce mouvement-là que vous avez étudié n'est pas en marge. Il y a des échos d'ailleurs. La plupart des médecins que vous évoquez vivent encore et certains jusqu'en
Léo Bernard
années 60-70. Il y a par exemple le congrès de médecine néo-hypocratique de 1937 où là vraiment on peut saisir un petit peu à quel point la médecine synthétique est d'une médecine d'avant-garde. Et effectivement, il y a un coup d'arrêt. Il y a un coup d'arrêt qui est marqué par la Seconde
Chloé Rouillon
Guerre mondiale. En tout cas, on peut se plonger dans Hippocrate initié, courant ésotérique et holisme médical en France. Merci à vous. Maintenant, on connaît un mot. Durant l'entraide de guerre, c'est publié aux presses universitaires de Rennes. Merci beaucoup Léo Bernard d'être venu dans le cours
Léo Bernard
de l'histoire. Je
Chloé Rouillon
vous remercie. Alors cette série consacrée aux controverses médicales est à retrouver sur franceculture.fr et l'appli
Xavier Mauduit
Radio France. Docteur miracle, les guérisseurs ont souvent maille à partir avec la justice. Au sortir de la 16e chambre correctionnelle, l'un d'eux s'est installé sur le parvis de Notre-Dame pour tenter de démontrer publiquement l'efficacité de ces dons que vient de lui contester l'ordre des médecins. Tout d'abord hésitant, les passants rhumatisants se sont bientôt prêtés avec empressement aux passes destinées à calmer leur douleur. Si ça ne fait pas de bien, dit en effet la sagesse populaire. Et entre deux courses, les ménagères souffrantes du quartier ont pu ce matin-là espérer trouver le soulagement de leur mot. Les guérisseurs obtiendront-ils droit de citer? Du moins espèrent-ils par de telles manifestations convaincre les autorités, sinon la médecine, de leur
Chloé Rouillon
raison d'être? C'était Le Cours de l'Histoire sur France Culture, une émission réalisée par Thomas Beau, avec à la technique Grégory Wallon. Émission préparée par Jeanne Delecroix, Raphaël Lalloum, Jeanne Copé, Tom Hundenstock, Solène Roy et Maïwenn Guizziou. Le Cours de l'Histoire est à écouter à podcaster sur franceculture.fr et l'appui
Épisode : "Histoires de médecines alternatives : ça vous gratouille ou ça vous chatouille ?"
Date : 1er octobre 2025
Participants : Xavier Mauduit (animateur), Chloé Rouillon (co-animatrice), Léo Bernard (historien, Univ. d’Angers, auteur d’Hippocrate initié, Presses Univ. de Rennes)
Cet épisode s’intéresse à l’essor des médecines alternatives et à l’holisme médical en France, en particulier durant l’entre-deux-guerres. Il met en lumière comment certains courants médicaux alternatifs, nourris d’ésotérisme et de spiritualisme, ont émergé ou se sont redéployés en opposition ou en complément à la médecine dite “de laboratoire”. L’historien Léo Bernard explique les dynamiques à l’œuvre entre tradition, innovation, critique de la médecine scientifique, aspiration à considérer le patient dans sa globalité, et entrecroisements avec des pratiques spirituelles, religieuses et culturelles.
Définition :
Historique du concept:
Retours à l’Antiquité :
Nuances internes :
Influence de Camille Flammarion :
Spiritualisme catholique et courants ésotériques :
Végétarisme :
Naturisme :
Entre science, spiritualité et pragmatique:
Paul Carton :
Gaston Durville et le magnétisme :
Renaissance de l’homéopathie dans l’entre-deux-guerres :
Divergences et débats :
Ambivalence de la frontière entre science et ésotérisme :
Reflexothérapie :
Intérêt “moderne” pour des approches traditionnelles :
Sur le rapport à l’âme :
“Il faut prendre en compte l’âme pour soigner aussi ces patients, parce que ça peut avoir un effet justement sur les maladies.”
— Léo Bernard, 11:00
Sur l’attrait du public aux médecines globales :
“Le succès [du naturisme médical] tient aussi à la clé d’explication qu’il offre aux maladies, et la résolution possible qu’il offre également.”
— Léo Bernard, 28:04
Sur la typologie ésotérique dans l’homéopathie :
“Pour établir ce classement des types, il y a une lecture de la Bible, [...] en suivant les principes de la gématrie.”
— Léo Bernard, 39:29
Sur la coexistence et les conflits internes :
“On va lui reprocher cet occultisme justement, et on va essayer de s’en démarquer [pour] une homéopathie scientifique et moderne.”
— Léo Bernard, 43:53
L’épisode éclaire la porosité, les complémentarités et tensions entre science, religion, ésotérisme, et expérimentation de pratiques alternatives dans l’histoire médicale française. Léo Bernard souligne la nécessité de poursuivre l’enquête pour les périodes suivantes, tandis que le débat contemporain (autour de l’homéopathie par exemple) s’inscrit dans la continuité de ces controverses et de ces pratiques.
Au-delà de la caricature, la médecine alternative de l’entre-deux-guerres apparaît comme un terrain complexe, traversé par des débats essentiels sur la nature du soin, l’identité du médecin, l’importance de la subjectivité, et le rapport entre savoirs, croyances, et société.
Épisode à retrouver sur franceculture.fr et l’application Radio France.