Le Cours de l'histoire – "Antique et en toc, histoire de fausses monnaies"
Podcast: France Culture – Le Cours de l’histoire
Épisode: Histoires de faux, créer pour duper 1/4: Antique et en toc, histoire de fausses monnaies
Date de diffusion: 3 novembre 2025
Participants:
- Xavier Mauduit (animateur)
- Julien Olivier (Conservateur au département des monnaies, médailles et antiques, Bibliothèque Nationale de France – BNF)
- Charles-Paris Ocillot (Maître de conférences en histoire ancienne, Université d’Orléans)
- Marie Sebelet Lemarquand (Ingénieure de recherche au CNRS, spécialiste en archéométallurgie)
Aperçu de l’épisode
Cet épisode explore l’histoire fascinante des fausses monnaies dans l’Antiquité, questionnant non seulement les techniques de contrefaçon, mais aussi la relation entre vérité et légalité monétaire, le rôle économique et sociétal des faux, et la manière dont les falsifications sont détectées. Les intervenants examinent les façons de fabriquer, identifier et étudier les monnaies fausses, tout en soulignant qu’à travers leur existence et circulation, les faux enseignent des subtilités essentielles sur l’économie, la société et le pouvoir dans l’Antiquité jusqu’à la Renaissance.
Points clés & discussions
1. Définir le « faux » en numismatique (02:14 – 03:33)
- Nature du faux :
- Julien Olivier insiste que le faux n’est pas seulement ce qui est matériellement inauthentique, mais ce qui est émis sans autorité légale.
- « Par définition, la monnaie, c'est un objet qui est déterminé par le pouvoir émetteur... la fausse monnaie, c'est la loi qui a été frappée par quelqu'un qui n'avait pas le pouvoir ou l'autorité légale pour le faire. » (02:25 - Julien Olivier)
- Julien Olivier insiste que le faux n’est pas seulement ce qui est matériellement inauthentique, mais ce qui est émis sans autorité légale.
- Mobilisation du faux :
- Charles-Paris Ocillot rappelle que la fausse monnaie « répond toujours à une demande », même si ce n’est pas celle désirée par les usagers (03:15).
2. Origines et fondements de la monnaie antique (03:33 – 05:37)
- Invention en Lydie :
- Julien Olivier précise que la monnaie métallique frappée est inventée en Lydie (Turquie actuelle), pas chez les Grecs.
- Monnaie, marque et confiance :
- Le passage du pesage au comptage grâce à la « garantie » du pouvoir (04:53).
- Très tôt, la marque de confiance prime sur la valeur métallique – les faussaires peuvent en profiter.
3. Techniques de fabrication des monnaies et des faux (09:03 – 14:18)
- Processus de frappe antique :
- Division des tâches dans les ateliers officiels (ex. Rome sous Trajan).
- Différences de techniques : coins et moulage :
- Les faussaires utilisent souvent des coins moulés à partir de vraies monnaies (12:08, Charles-Paris Ocillot).
- Détection matérielle :
- Marie Sebelet Lemarquand explique comment l’analyse des alliages et les micro-prélèvements révèlent la fabrication, notamment les monnaies plaquées : « on voit le plus souvent, très nettement, cette épaisseur d’argent auquel succède le cœur de la pièce qui est fait en cuivre ou en alliage cuivreux » (13:04).
4. États et faux officiels (15:30 – 18:02)
- Cas d’Athènes (Guerre du Péloponnèse) :
- L’État frappe lui-même des pièces « fausses » – mêmes types, mêmes tailles, mais en bronze plaqué argent, faute de matières premières :
- « Là, c'est l'État qui fait matériellement de la fausse monnaie. » (15:43 – Julien Olivier)
- L’État frappe lui-même des pièces « fausses » – mêmes types, mêmes tailles, mais en bronze plaqué argent, faute de matières premières :
- Distinction Rome/Athènes :
- À Rome, on préfère réduire la teneur en métal précieux plutôt que de fabriquer des monnaies plaquées (17:11 – Charles-Paris Ocillot).
5. Conditions matérielles, dangers et sociologie du faux (18:02 – 24:37)
- Métal et risques pour les faussaires :
- Exécution capitale possible pour les faussaires pris sur le fait (18:50).
- Recyclage et obtention du métal : récupération, refonte, objets divers.
- Typologie des faux :
- Monnaies plaquées, mais aussi monnaies coulées sans argent (19:54, Marie Sebelet Lemarquand).
- Géographie des ateliers :
- Rareté des ateliers officiels retrouvés, mais nombre de lieux de production frauduleuse, parfois peu dissimulés (22:31 – Julien Olivier) ; souvent des artisans métallurgistes « normaux » qui produisent parfois des faux.
6. Circulation, identification et rôle social (27:14 – 38:47)
- Circulation des faux :
- Les faux sont souvent exclus des trésors (réserves), mais circulent dans la vie quotidienne (28:14, Charles-Paris Ocillot).
- Nécessité pour les usagers d’intégrer ou de tolérer les faux par manque de numéraire.
- Détection à l’Antiquité :
- Méthodes : écouter le son, peser, entailler, examiner (31:48 – Julien Olivier).
- « La première chose… c'est sonante et trébuchante… Ensuite, on va la tester en l’entaillant. »
- Existence de professionnels du test monétaire, les numulari (33:57 – Charles-Paris Ocillot).
- Le fait qu’une monnaie soit entaillée et validée n’enlève pas sa valeur, au contraire cela la garantit (33:24 – Julien Olivier).
- Méthodes : écouter le son, peser, entailler, examiner (31:48 – Julien Olivier).
- Archéologie expérimentale :
- Tentatives concrètes de reproduction de faux antiques pour mieux comprendre les gestes et les défis techniques :
- « Après notre première session, on s’était aperçu qu’on n’était pas très content du résultat... Mais sur les vraies fausses monnaies antiques, on retrouvait ces mêmes défauts. » (40:31 – Marie Sebelet Lemarquand)
- Tentatives concrètes de reproduction de faux antiques pour mieux comprendre les gestes et les défis techniques :
7. Faux, musées et modernité des contrefaçons (42:13 – 56:59)
- Difficulté à distinguer faux et authentique même dans les collections :
- Les faux modernes, notamment de la Renaissance, sont parfois intégrés dans les collections comme pièces authentiques (43:09 – Xavier Mauduit & Julien Olivier).
- Faux de collection et faux monétaires :
- À la Renaissance, création de pièces pour collectionner, illustrer ou compléter l’histoire, parfois sans intention de tromper initialement, mais qui finit par tromper (46:19 – Julien Olivier).
- Anecdote du sesterce de la Renaissance gravé sur la façade du cabinet des médailles (48:23).
- Distinction de motivation :
- « Le faussaire de l’Antiquité… gagner de l’argent sur le contenu métallique. Le faussaire moderne… faire un objet attractif pour un collectionneur. » (56:59 – Julien Olivier)
- À la Renaissance, création de pièces pour collectionner, illustrer ou compléter l’histoire, parfois sans intention de tromper initialement, mais qui finit par tromper (46:19 – Julien Olivier).
8. Droit, châtiment et législation sur le faux (50:11 – 55:28)
- La Lex Cornelia (Droit romain) :
- Lecture d’un extrait du juriste Paul sur les châtiments encourus : « Les personnes de haut rang sont déportées dans une île. Les personnes de rang inférieur sont envoyées aux mines ou livrées à la crucifixion… » (51:19)
- Finalité de la loi :
- L’arsenal juridique vise avant tout à protéger l’État avant les usagers particuliers (53:09 – Charles-Paris Ocillot).
- Sévérité maintenue jusqu’à aujourd’hui : « Encore aujourd’hui, dans le droit français, la fabrication de fausses monnaies… c’est 30 ans de prison et 450 000 euros d’amende. » (54:22 – Julien Olivier)
9. Le faux : objet d’étude historique et critique (49:17 – 49:56)
- Valeur heuristique du faux :
- Charles-Paris Ocillot conclut sur l’importance de l’étude des faux :
- « La fausse monnaie, par son ampleur d’abord… nécessite d’être étudiée… on peut faire de l’histoire sociale, de l’histoire économique, de l’histoire technique… une histoire totale, en fait, avec la question du faux. »
- Charles-Paris Ocillot conclut sur l’importance de l’étude des faux :
Citations & moments marquants
-
Julien Olivier (02:25) :
« La fausse monnaie, c'est la loi qui a été frappée par quelqu'un qui n'avait pas le pouvoir ou l'autorité légale pour le faire. » -
Charles-Paris Ocillot (03:15) :
« La fausse monnaie, quoi qu'il en soit, répond toujours à une demande. » -
Marie Sebelet Lemarquand (06:26) :
« Ces méthodes… doivent préserver les objets parce qu'on travaille sur des objets du patrimoine qui ont une valeur historique… » -
Julien Olivier (15:43) :
« Là, c'est l'État qui fait matériellement de la fausse monnaie… mais elle est légale tant que l'État décide qu'elle est légale. » -
Sur la détection antique (33:24, Julien Olivier) :
« Le fait qu'elle soit entaillée ne lui enlève pas sa valeur. Au contraire même, ça garantit sa validité. » -
Charles-Paris Ocillot (49:17) :
« On peut faire de l’histoire sociale, de l’histoire économique, de l’histoire technique… une histoire, comme on dit souvent, totale, en fait, avec la question du faux… » -
Sur le châtiment romain (51:19) :
« Les personnes de haut rang sont déportées dans une île. Les personnes de rang inférieur sont envoyées aux mines ou livrées à la crucifixion. »
Timestamps des segments clés
- Définition du « faux » : 02:14 – 03:33
- Invention de la monnaie, Lydie et rôle du « signe » : 03:52 – 05:37
- Méthodes de fabrication (atelier officiel et faussaires) : 10:33 – 13:04
- Détection du faux, analyse métallurgique : 06:26 – 07:49 / 13:04 – 14:18
- États producteurs de « faux officiels » : 15:30 – 17:10
- Géographie des ateliers de faussaires (temples, villes) : 21:46 – 24:37
- Expérimentations en archéométrie : 39:24 – 41:58
- Loi romaine et peines encourues par les faussaires : 50:11 – 51:50
- Renaissance, faux de collection et motivations modernes : 45:55 – 48:23
- Conclusion sur la valeur d’étude du faux : 49:17 – 49:56
Ton & style
L’émission oscille entre érudition, humour complice et pédagogie vivante. Les intervenants partagent expériences et anecdotes savoureuses, illustrant leur propos par des exemples historiques, des extraits d’archives et des références culturelles.
Pour aller plus loin
L’épisode s’arrête sur l’idée que, loin de n’être que des curiosités, les fausses monnaies offrent une fenêtre sur les pratiques sociales, économiques et politiques du passé, invitant à une histoire globale où faux et vrai dialoguent en permanence.
Prochain épisode : Forgeries médiévales et fausses chartes (teasing final).
