
Histoires de faux, créer pour duper : Papiers, timbres, billets... la Résistance s’inscrit en faux
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Arnaud Manas
Attention.
Marie-Cécile Bouju
La résistance s'inscrit en faux. Quelle maîtrise, quel talent au moment de réaliser de fausses pièces d'identité, de fausses armes, de faux billets, de fausses cartes de rationnement car ces documents vont être étudiés, scrutés, examinés. Alors la volonté bien sûr est de douper, duper quelquefois pour s'enrichir mais durant la seconde guerre mondiale c'est aussi pour sauver des vies.
Jacques Delarue
Qu'est-ce que c'est ça ?
Historian/Archivist (possibly Marie-Cécile Bouju or another academic)
Le cours de l'histoire.
Jacques Delarue
5000 ?
Historian/Archivist (possibly Marie-Cécile Bouju or another academic)
Contrôle d'identité !
Jacques Delarue
5000 quoi ? 5000 francs ? 5000 francs ! Il y en a au moins deux mètres cubes là.
Xavier Mauduit
Xavier Mauduit.
Marie-Cécile Bouju
Vos papiers s'il vous plaît. Ouvrez votre valise.
Jacques Delarue
Il n'y avait pas de crédit d'identité nationale. Chaque ville faisait sa carte.
Arnaud Manas
On avait fabriqué en France des fauteuils aux Allemands qui ont été introduits en.
Xavier Mauduit
Allemagne et utilisés par les espions anglais.
Jacques Delarue
Et ça s'est terminé en prison, bien entendu. C'était la logique même en février 1944.
Historian/Archivist (possibly Marie-Cécile Bouju or another academic)
Bonjour.
Marie-Cécile Bouju
Vous êtes maîtresse de conférence en histoire contemporaine à l'université Paris VIII et avec vous aujourd'hui Arnaud Manas, bonjour.
Arnaud Manas
Bonjour.
Marie-Cécile Bouju
Vous êtes chef du service du patrimoine historique et des archives de la Banque de France. Il y a dans ce que nous allons évoquer aujourd'hui autour de la seconde guerre mondiale la question du faux. On pense souvent aux faux papiers. Quelle est la place d'ailleurs des papiers dans cette société-là ? C'est-à-dire que dès l'entre-deux-guerres, on a des sociétés où tout passe par le papier pour l'identité, pour l'administration.
Historian/Archivist (possibly Marie-Cécile Bouju or another academic)
Oui, tout passe par le papier et tout passe par les fichiers, d'où aussi l'enjeu à la fois symbolique, scientifique, de la conservation de ces fichiers, dans les archives aujourd'hui. Mais donc effectivement on est dans une société qui, depuis l'époque moderne, a utilisé la bureaucratie pour contrôler l'activité de la population, d'abord pour des raisons fiscales, pour des raisons policières. Mais voilà, il y a toujours les deux volets qui sont présents. Il y a le volet économique mais aussi le volet politique. Et la Société Française de 1939 est une société moderne de l'Europe et des pays occidentaux de l'époque. C'est une société où on utilise la bureaucratie pour contrôler la vie quotidienne pour des raisons d'ordre public, tout simplement.
Arnaud Manas
Et le papier aussi pour la monnaie puisque la monnaie c'est essentiellement du papier. Les espèces métalliques ne circulent qu'à la marge et c'est vraiment le billet de banque qui est le moteur de la vie économique.
Marie-Cécile Bouju
Oui, avec le billet de banque et on n'a pas attendu la Seconde Guerre Mondiale pour faire de faux billets, ça on le sait bien. Et aujourd'hui nous allons réfléchir à cette histoire de faux durant la Seconde Guerre Mondiale. Arnaud Manasse, vous êtes co-commissaire de l'exposition « Faux et faussaires du Moyen-Âge à nos jours » aux archives nationales. C'est à Paris avec tant et tant de faux depuis si longtemps. Est-ce qu'il y a une particularité du faux durant la Seconde Guerre Mondiale ?
Arnaud Manas
Alors, le faux, comme dans toutes les époques troublées, le faux prospère. Mais ça, ce sera Marie Cécile qui vous en parlera mieux que moi sur les faux papiers, mais aussi sur les faux billets. Alors les faux billets, il y a l'exposition Non, ne le mentionne pas, parce qu'elle était déjà tellement riche, parce qu'on a fait cette exposition donc avec, aux archives nationales, avec Marie-Françoise Dimomboné et Aude Roelly, qui sont les deux autres co-commissaires, et qui ont fait un travail absolument extraordinaire dans les fonds. dans les fonds français. Donc on a essayé de montrer uniquement des pièces qui venaient soit des archives, soit de musées ou de français. Et on n'a pas parlé de l'opération peut-être la plus importante de la Seconde Guerre mondiale qui n'a été connue que dans les années 50. C'est l'opération Bernard quand Adolf Hitler a essayé de ruiner la Grande-Bretagne par des faux billets.
Marie-Cécile Bouju
Ah oui, c'est-à-dire détruire une économie en inondant de faux billets.
Arnaud Manas
Exactement. C'est-à-dire qu'il avait comme objectif de mettre à genoux l'économie anglaise et la livre sterling en imprimant massivement des faux billets. Alors, l'opération était extrêmement secrète et c'était dans un camp de concentration à Sachsenhausen. Il avait... C'était Bernard Kruger un SS qui avait réuni une équipe à la fois de faussaires de droits communs, qu'ils avaient entre guillemets libérés de prison, pour les mettre dans un camp de concentration, et surtout des détenus, essentiellement des juifs, et qui, on leur promettait un sursis et des conditions de travail un peu améliorées. Et donc, le but, c'était de ruiner la livre Cerny. Alors, les livres étaient d'une qualité absolument exceptionnelle, puisque, après-guerre, on l'a su, dans les archives de la Banque d'Angleterre, c'est la contrefaçon la plus dangereuse jamais faite dans la Banque d'Angleterre. Alors, on n'en parle pas dans notre exposition. Par contre, on parle, puisque c'est du Moyen-Âge à nos jours, On parle du prédécesseur d'Hitler, qui avait fait aussi des faux billets pour ruiner l'économie, c'était Napoléon.
Marie-Cécile Bouju
Oui, déjà, il y a des précédents. Avec ici ce que j'entends pour l'opération Bernhardt, la volonté d'Hitler de ruiner le Royaume-Uni avec de la fausse monnaie, quelque chose qui commence... Alors, pas avant la guerre, mais on est en 1940, donc ça commence extrêmement tôt, déjà avant la Seconde Guerre Mondiale. Il y a des histoires de faux, de faux papiers, parce que la Seconde Guerre Mondiale commence en 1939, mais on sait bien qu'il y a des résistants, il y a des Allemands qui fuient, il y a des Juifs persécutés. Et donc, cette histoire du faux pendant la Seconde Guerre Mondiale, elle s'étend quand même au-delà de la guerre.
Historian/Archivist (possibly Marie-Cécile Bouju or another academic)
Oui, alors malheureusement on manque encore de travaux sur les faux. Alors il y a beaucoup de travaux sur les faux en art. Pas assez sur la fabrication de fausses monnaies ou de faux papiers. Il y a eu quelques travaux sur les faux papiers pendant la première guerre mondiale et notamment les fausses autorisations de permissions. Mais là où j'aimerais aussi rebondir, C'est sur le fait que le Troisième Reich va utiliser aussi ce moment où les sociétés occidentales ont développé effectivement une bureaucratie relativement importante pour organiser la vie quotidienne, politique, économique. et sociale. Et le troisième rang, les régimes autoritaires, vont utiliser en fait cette bureaucratie pour réprimer cette population. Je pense que c'est un des points aussi qui complètent effectivement l'arme des faux billets dans le cadre d'une lutte militaire doublée d'une lutte économique. Là, on a une lutte contre la population civile elle-même, et donc le fichage antérieur de la population française va permettre malheureusement aussi de réprimer la population, alors évidemment la population juive, mais aussi d'autres catégories de la population. Voilà, on va parler des gyganes par exemple, qui effectivement étaient particulièrement fichés depuis le 19ème siècle.
Marie-Cécile Bouju
Et les homosexuels.
Arnaud Manas
Alors, juste pour dire, en effet, avant, c'est des années 30, puisque l'un des albums emblématiques de Tintin, c'est l'île noire. Et c'est une histoire d'une bande internationale de faux-monnailleurs, avec bien sûr des Allemands, parce qu'il y a déjà, dans les années 30, des tentatives menées en sous-main par les nazis pour faire de la fausse monnaie. Mais pas une fausse monnaie industrielle. armes de guerre. Mais il y a déjà cet antiheftif-là.
Marie-Cécile Bouju
Oui, déjà avec dans l'île noire l'album de Tintin, des faux billets et un gorille. On l'oublie trop souvent, mais un gorille dans l'île noire. Parce que j'entends bien ici la volonté de Dupé. On est dans quelque chose de presque politique, de la stratégie militaire. Et en parallèle, il existe toujours nos faussaires, ceux que l'on connaît, qui existaient auparavant, qui existent encore par la suite, qui font des faux billets pour s'enrichir.
Arnaud Manas
Les suspects usuels, selon l'expression consacrée, bien sûr. On a les trois composantes du faux, enfin de la fausse monnaie, c'est-à-dire c'est le faux pour s'enrichir, le faux aussi comme arme de guerre, Mais aussi, il y a le faux anarchisant. C'était comme refus de la société, etc.
Marie-Cécile Bouju
Et puis ce faux-là est très intéressant aussi parce que, Marie-Cécile Bouju, j'entends bien ce que vous dites, nous sommes dans l'entre-deux-guerres, dans une société française qui est marquée par la bureaucratie, il y a des papiers, et puis au moment de l'occupation, il y a les nazis qui sont là, avec là aussi Une attention particulière portée à la rigueur, au papier. Et les deux se mêlent pendant la Seconde Guerre mondiale. C'est vrai qu'on l'entend bien souvent quand on regarde les films, quand on lit la littérature. Papier, Hochweiss, c'est marqué vraiment dans cet imaginaire.
Historian/Archivist (possibly Marie-Cécile Bouju or another academic)
Oui, il y a vraiment l'idée que le papier est vraiment l'auxiliaire du militaire ou du policier qui va permettre effectivement par son caractère authentique, c'est un élément en diplomatique que connaissent bien les historiens en histoire médiévale, par leur caractère authentique permettre de faciliter le contrôle et donc la répression. Et cette idée aussi que l'administration française va être aussi le bon auxiliaire pour cette répression, puisque c'est l'administration française qui, alors effectivement il y a les Ausweis qui sont plutôt de l'autorité militaire allemande, mais l'essentiel des pièces quand même sont produites par l'administration française. Et donc il y a une confiance, a priori tout va pour le mieux en 1940. Le système devrait fonctionner.
Arnaud Manas
Et puis aussi, on est dans le contrôle permanent, puisque la France est divisée la ligne de démarcation, il y a des zones interdites, donc chaque fois, un papier, un Ausweis, etc. Mais aussi, il faut rationner, parce que l'économie ne suit pas, la prédation de l'occupance est 50% du PIB environ, Et donc, la nourriture manque et il faut des cartes de rationnement. Là encore, du papier, des éléments pour tamponner, des coups de tampon, des coups de poinçon, des coups de poing découpés.
Marie-Cécile Bouju
Oui, tant et tant d'éléments qui suscitent l'imaginaire parce que nous sommes dans le faux, comment se construisent les faux, d'où ils viennent, avec toutes ces volontés diverses. C'est toujours du paix, on le sait bien. Et puis parfois, c'est simplement, vous évoquez les cartes de rationnement, pour s'enrichir et pour manger.
Narrator/Voice-over
500 grammes de sucre par mois, c'est peu. Cependant, les tickets des 40 millions de Français n'absorbent pas la totalité de la production. Et il serait possible d'avoir plus de sucre pour tous. Seulement... Seulement, il y a les faux tickets. Les faux tickets qui, un certain mois, ont anéanti les stocks de sucre. Les presses clandestines, en effet, avalent la ration régulière de 15 millions de Français. L'épicier profiteur, qui aligne ses fausses inscriptions pour justifier les faux tickets qu'il achète en secret et qu'il utilise à l'appui de ses demandes, travaille contre la foule qui a faim. Les faux tickets aujourd'hui, voilà l'ennemi. Mais de bouche à oreille, le nom du commerçant marron arrivera un jour où il doit arriver. Et la solution inéluctable viendra immanquablement, une paire de moneufs.
Marie-Cécile Bouju
Immanquablement, nous étions en novembre 1945, c'est-à-dire après la Seconde Guerre Mondiale, sachant que le rationnement continue jusqu'en 1949. Donc les problématiques demeurent les mêmes. Ici, nous avons un bon exemple des faux fabriqués durant la Seconde Guerre Mondiale, des cartes de rationnement. Là, c'est particulièrement pour s'enrichir, c'est pas un acte de résistance, ça pourrait l'être.
Historian/Archivist (possibly Marie-Cécile Bouju or another academic)
Alors c'est la zone grise. C'est la zone grise, effectivement, puisque lorsque vous rentrez dans la clandestinité, vous avez besoin quand même de vous nourrir. Vous avez besoin d'une identité, de bouloger, de vous nourrir, effectivement, et il vous faut aussi ces fameux tickets de rationnement au nom de la pièce qui elle-même faut. Voilà, donc c'est ce qu'on appelle un pack de papiers qu'on doit trouver pour ces clandestins. Et donc pour des individus effectivement il est possible, et notamment pour les familles juives qui cherchent à se cacher, effectivement faire appel au marché noir pour avoir un faux papier, de faux tickets. C'est possible mais ça coûte assez cher. Effectivement, passer par des réseaux de résistance est quand même plus sécurisant à plusieurs niveaux. Néanmoins, on est quand même sur une zone grise et une zone grise qui continuera même à la libération lorsque des résistants, des fossés résistants vont demander l'homologation en tant que résistants Et il y a certains, effectivement, administrations qui refuseront, puisqu'il y aura une suspicion, effectivement, selon laquelle ce faussaire, ou cette faussaire, n'a pas forcément agi à titre gratuit, ou en tout cas par générosité et dévouement patriotique.
Marie-Cécile Bouju
Oui, puis c'est pas incompatible, je pense qu'on va y aller les deux en même temps, Arno Manasse.
Arnaud Manas
Tout à fait. C'est-à-dire qu'on a cette zone grise, comme ça a été très bien dit, entre ce qui est héroïque, patriotique, la résistance, et puis après, l'enrichissement personnel. Mais c'est comme ce qu'on voit, les maquis noirs, les faux maquis, qui vont s'aimer pendant la Seconde Guerre mondiale.
Historian/Archivist (possibly Marie-Cécile Bouju or another academic)
Alors on a peu d'éléments sur le coût de ces faux papiers ou faux tickets, mais on sait à peu près qu'il fallait compter... Alors on pouvait acheter ces faux papiers ou faux tickets à des groupes de résistance, on demandait quelquefois une rétribution, qui était de l'ordre de quelques dizaines de francs, mais dans le marché noir c'était plusieurs milliers de francs, donc voilà, on pouvait multiplier par cent, par mille, la différence entre ce qu'on pouvait obtenir par le marché noir et ce qu'on pouvait avoir aussi par la résistance. Sachant aussi que, pour ma part, je doute qu'il y ait eu beaucoup de faux tickets. Je pense qu'il y a eu beaucoup de vols de tickets, de stocks de tickets, ou dans les imprimeries, ou dans les mairies. J'ai constaté qu'effectivement il y avait eu énormément de cambriolages, notamment en 43-44, dans les mairies. Et voilà, on volait donc les feuilles et les cartes vierges de tickets d'alimentation. Mais bon, ça reste à creuser.
Arnaud Manas
Alors oui, c'est indubitable, il y a eu des vols, il y a eu de l'impression des pertes, des paquets de cartes de rationnement tombées du camion. Mais aussi, il y a quand même des emprunteries comme l'Indestine parce que d'un point de vue typographique et qualité d'impression, La carte de rationnement c'est très simple, c'est de la typographie basique. Et donc n'importe quel ouvrier typographe imprimeur était capable, non pas dans son garage mais pas loin, d'en reproduire. Et le contrôle était assez sommaire.
Marie-Cécile Bouju
Et puis il y a une grande variété, j'imagine, de cartes de rationnement par les couleurs. Enfin, il faut trouver juste un bon papier et puis donc une impression avec une seule couleur d'encre.
Arnaud Manas
C'est ça ?
Historian/Archivist (possibly Marie-Cécile Bouju or another academic)
Oui, oui. Après, c'est... Comment dire ? J'ai l'impression qu'il y a eu quand même des choix stratégiques qui ont été faits. Le plus important, c'était quand même d'avoir la pièce d'identité. Puisque je vous rappelle, la carte d'alimentation, c'est une vraie carte d'identité aussi. On met le nom du bénéficiaire des tickets. Donc il fallait d'abord avoir la carte d'identité sur les faux tickets là-dessus. Donc voilà, je fais confiance à mon collègue. J'ai trouvé moins d'éléments. Mais voilà, c'est pas incompatible entre les vols et la fabrication de faux.
Marie-Cécile Bouju
Oui, parce que la grande question, c'est vraiment celle de la pièce d'identité. Alors là, que présenter à ce moment-là ? Et d'ailleurs, la carte d'identité a une histoire.
Jacques Delarue
Il n'y avait pas de carte d'identité nationale à cette époque-là. Chaque ville faisait sa carte. On allait au bureau de tabac, on achetait un formulaire en blanc et le temps fiscal, et puis on allait au commissariat avec tous ses papiers, et on remplissait votre carte, et on mettait les tampons. Mais les tampons, ils étaient là, les tampons, c'était simple comme bonjour. Et je voulais dire que je n'ai agi sans aucune motivation, ni résistante, car je n'avais pas la moindre idée de ce que ça pouvait être, ni même patriotique, mais simplement, on ne laisse pas tomber un camarade. Bon, j'ai donc fait une carte, puis j'en ai fait deux, trois, enfin bon, j'avais quelques-unes. J'avais tout de suite l'idée de les faire naître en Algérie. Parce qu'on ne peut faire aucun recoupement. On ne peut même pas vérifier auprès de la commune de naissance. Et puis, il y avait donc un restaurant qui devait s'appeler chez Catherine, c'est bon, en plein centre de Limoges, où tous ces gens-là se retrouvaient pour parler leur dialecte, se donner des nouvelles du pays, enfin comme ça se fait partout. Et il y avait à l'intendance de police plusieurs Alsaciens résistants qui travaillaient déjà avec la Résistance. Et un jour, il y en a un qui dit à un de mes clients, si j'ose dire, « dis donc, il serait peut-être temps qu'on se fasse une carte d'identité », mais il dit « j'en ai une ». Fais voir, montre, qui est-ce qui t'a fait ça ? De la Russe. Et donc je me suis retrouvé incorporé dans le service renseignements faux-papiers de ce que j'ai su plus tard être combat, mais qui devenait en même temps les murs à ce moment-là. Et voilà comment c'est parti. Et ça s'est terminé en prison, bien entendu. C'était la logique même en février 1944.
Marie-Cécile Bouju
Nous avons entendu à l'instant Jacques Delarue, résistant. Il avait été un commissaire de police et l'auteur de l'histoire de la Gestapo. Et là, il s'exprimait à propos des cartes d'identité. Marie-Cécile Beaujus, j'entends ici, dans ce que vient de dire Jacques Delarue, c'est que le papier, c'est une chose. La ressemblance à la carte d'identité, c'est quelque chose. Mais il n'y a pas que ça. Ce qu'il y a écrit doit être aussi très cohérent. Par exemple, quand il dit, les fernettes en Algérie, c'est pratique parce que comme ça, c'est plus dur d'aller vérifier.
Historian/Archivist (possibly Marie-Cécile Bouju or another academic)
Oui, il y a ce système-là. Il y a aussi le système qui est bien connu de repérer les mairies qui ont été bombardées ou où l'état civil a disparu. Et dans ce cas-là, on va demander à la mairie qui s'est reconstituée, avec la complicité du secrétaire de mairie qui va envoyer l'extrait de naissance, C'est là où la résistance va trouver involontairement un moyen de lutter contre l'oppression. D'abord en sauvant des individus évidemment, mais aussi finalement en grippant totalement cette machine administrative totalitaire apparue en 1940. C'est-à-dire que cette confiance absolue dans les signes extérieurs d'authenticité des papiers, où on a rempli le formulaire, C'est passé à la mairie ou au commissariat, on a rajouté un tampon. Bref, le document est forcément valide. A partir du moment où les résistants se disent bon, alors là on va utiliser donc éventuellement l'état civil des départements algériens ou de mairies qui ont disparu, déjà c'est difficile de contrôler. Ensuite, puisque le ou la secrétaire de mairie n'est pas forcément complice, elle va utiliser un document, elle va rajouter un tampon qui est valide, et puis ensuite on va même inventer de nouveaux tampons. Cette chaîne administrative-là va multiplier les signes d'authenticité, mais il faut toujours à un moment donné qu'il y ait une signature authentique. Je pense que c'est ça qui sécurise un document. Et c'est ce que les historiens médiévistes appellent des vrais faux, c'est-à-dire des documents qui sont faux, mais qui, par l'intervention extérieure, va donner des signes de validité et donner une autorité. Et là, ça grippe totalement la machine. Et notamment, les autorités allemandes, effectivement, ont la plus grande peur, effectivement, de ces vrais faux qui grippent totalement le système de répression et également le système économique avec les faux tickets d'alimentation.
Marie-Cécile Bouju
Parce que ici, c'est vrai que si on arrive avec tous les papiers de l'état civil pour faire une pièce d'identité, on a une vraie pièce d'identité. C'est tout ce qui était avant qui était faux. C'est génial.
Arnaud Manas
Alors aussi, dans l'urgence, on n'a pas le temps d'amener un état civil, etc. Et c'est là que la résistance prend de l'ampleur et on l'expose aux archives nationales. On a pu avoir le kit du parfait faussaire C'est Michel Bernthain qui explique. Donc on a reconstitué son armoire. Alors c'est une armoire avec deux portes normandes et dans lequel il y avait des piles de draps et avec un système. Il refermait son armoire et qui était en fait un cabinet de travail dans lequel il avait comme un authentique employé municipal des des tampons faux, des supports de carte d'identité, de carte d'alimentation, etc. Et tout était fait. Et ils pouvaient remettre des draps par-dessus, on ne voyait rien, s'il y avait une perquisition rapide. On ne voyait rien. Et c'est très important parce que non seulement il faisait ça, mais lui, il ne faisait pas. Il était le fabricant de fabricants d'éléments de faux papiers parce qu'il fallait démultiplier tout ça parce qu'on n'allait pas faire quelque chose de centralisé. Il fallait que dans tous les réseaux de résistance, il puisse y avoir quelqu'un en charge des fabricants de fabriquer des faux papiers. Donc, il fabriquait des faux tampons. qui était diffusée ensuite. Ensuite, ils fabriquaient des guides, et c'est ça qui est absolument extraordinaire parce qu'on a pu les exposer, des petits guides qui avaient l'apparence de Je sais cuisiner de Juliette Mathieu. Donc, la couverture était tout à fait anodine. Comme ça, si on était saisi, le policier n'allait pas forcément ouvrir le contenu de cet ouvrage. qui expliquait le B.A.B.A. du petit faussaire. Et expliquant qu'il ne fallait, quand on faisait un faux papier, il ne fallait pas choisir une date pendant laquelle les services municipaux ne travaillaient pas.
Marie-Cécile Bouju
Donc... Pas le samedi, pas le dimanche.
Arnaud Manas
Exactement. C'est le B.A.B.A. Mais il faut le rappeler. Ensuite, il expliquait que la couleur des yeux n'était pas décrite de la même façon par la préfecture de police de Paris qu'en province. etc. Ces détails-là, et surtout, élément supplémentaire, c'est qu'ils donnaient des éléments de légende. C'est-à-dire que pour avoir des faux-papiers, surtout dans la résistance, bon, c'est pas pour aller chercher le pain, ça, le pain, le boulanger, il va pas vérifier et vous interroger sur votre village. Mais quand vous êtes dans la résistance active et que vous êtes attrapé, arrêté et qu'on commence à vous poser des questions sur votre village, il faut avoir votre village où vous êtes censé être né. C'est pour ça que dans le kit, il y avait des éléments de l'échange en disant le maire s'appelle monsieur machin, le curé à telle époque, les curés s'appelaient à l'époque où on était censé avoir fait la commission solennelle et ce genre de choses, tous les éléments qui permettaient de tromper et de donner une apparence de vérité à cette légende et à cette identité fausse.
Marie-Cécile Bouju
Voilà, c'est ça. Le faux papier, ce n'est pas simplement la matérialité du faux, c'est aussi l'histoire qui s'accroche au faux. Et dans l'idéal, c'est un vrai faux, on l'a bien entendu. Donc il faut un vrai faux papier avec une histoire qui s'accroche.
Historian/Archivist (possibly Marie-Cécile Bouju or another academic)
Oui et donc effectivement là c'est pour les résistants effectivement actifs, aussi pour les civils effectivement qui se réfugient dans des villages. Effectivement il faut avoir une histoire crédible qui accompagne leur présence dans tel village ou dans telle petite ville et donc qui explique aussi l'identité. Oui là il y a vraiment toute une plongée dans une autre vie, une vie parallèle qui se fait.
Marie-Cécile Bouju
Avec tant de faussaires. Alors évidemment, au moment des événements, c'est-à-dire pendant la seconde guerre mondiale, ils sont le plus discrets possible. Mais ce qui est fascinant, c'est que pour certains, nous avons les témoignages. Robert Douaneau.
Robert Doisneau
Pour moi, la participation s'est faite pendant l'occupation allemande. Non pas par un engagement... héroïque mais parce que je voyais des gens emmerdés et que des gens emmerdés tu peux pas les laisser avoir d'être quelqu'un de très égoïste quand tu sais que ta main est très habile grâce à ton métier de graveur tu peux aider des gens à se tirer de trucs en faisant des faux papiers tu leur fais puis l'un amène l'autre et finalement tu te trouves embringué dans un machin bon ben ça c'est tu peux pas faire autrement c'est comme ça Et aussitôt après, quand ça a été terminé, ces gens-là m'ont dit maintenant, tu sais, en forme, la France va changer, il faut vraiment que les gens propres se ressemblent. Bon, j'étais très flatté. Mais ça m'amusait pas, donc je suis pas doué pour ça.
Marie-Cécile Bouju
Robert Doisneau, le photographe en 1985. Robert Doisneau, il est photographe. On a évoqué tout à l'heure la figure de Bernstein qui sait faire des tampons parce que ça ne s'improvise pas de faire des faux non plus. Moi, vous me demandez de vous faire une fausse carte d'identité, je peux vous dire, vous allez vous faire arrêter à peine sorti de la maison de la radio. C'est dur.
Arnaud Manas
Oui, mais si on vous demande de faire une fausse émission de radio.
Marie-Cécile Bouju
Je pourrais tenter le coup. Je pourrais tenter le coup. Non, mais ce sont des gens qui, par leur parcours, disposaient déjà de connaissances, de savoir qui leur permettait de faire des faux.
Historian/Archivist (possibly Marie-Cécile Bouju or another academic)
Alors pour Bernstein, je ne suis pas sûre, mais je pense qu'il devait avoir un talent pour le dessin, c'est ça, c'est avoir le coup de main. Pour Doisneau, Robert Doisneau est évidemment connu comme photographe, mais il fait un peu allusion, il a sa formation initiale, il est graveur lithographe. Profession qu'il a détestée, et donc qu'il a fuie dès qu'il a pu, mais qui lui donne effectivement cette capacité à aider. Et puis également, les photographes ont été très... très mobilisés aussi dans la résistance, parce qu'effectivement, c'est pas seulement par le fait de savoir prendre une photo, mais c'est l'utilisation de produits chimiques, c'est cette connaissance-là qui est aussi utilisée. Donc, dans mes recherches sur les faussaires pendant la... résistants. On se rend compte, et même d'ailleurs pour le marché de l'art, je pense que la règle peut aussi s'appliquer, on a quand même une partie importante de ces faussaires qui sont des professionnels, alors effectivement liés au monde du livre, mais liés aussi à la photographie, au dessin, les dessinateurs, ceux qui ont vraiment un goût pour des talents particuliers en termes graphiques. Il y a une troisième catégorie que je n'ai pas réussi vraiment à à mesurer et à étudier, mais qui est essentiel et on y a fait allusion à plusieurs reprises, en fait c'est l'administration elle-même. Avec ses fameux complices, donc là on voit un commissaire de police, j'y ai fait allusion plusieurs fois au rôle sans doute central des secrétaires de mairie. Voilà, donc on a en fait les trois ordres de la forgerie. qui sont les industries graphiques, le monde du dessin, photographie et dessin, et puis le monde de l'administration. Et c'est un portrait qui est très proche des faussaires du XVIIIe siècle. C'est ça qui me semble important aussi à souligner. et ce qu'avaient étudié notamment Olivier Guillot-Janin et Vincent Denis, qui rappelaient qu'effectivement les faussaires de l'époque médiévale et moderne sont d'abord des individus très bien enserrés dans la société. Là, je ne vous ai pas fait le portrait de Marginaux. Donc là, deux gens qui, par le métier, savent faire des faux et qui, par engagement personnel, et ça, Robert Doisneau y a aussi fait allusion. Alors, il a une posture morale, mais c'est quelqu'un qui a toujours été très engagé dans le mouvement social. Voilà, donc c'est la caractéristique des faussaires. Alors l'interrogation c'est, est-ce que du côté du marché noir, des faux-moneyeurs, on a ce même profil ? Je pense, je suppose, mais je laisse la parole à Arnaud vous.
Marie-Cécile Bouju
Manasse, vous êtes l'auteur de l'histoire de la fausse monnaie en France des Gaulois, à nos jours c'est édité aux éditions du Cerf, parce qu'il y a de cela, le faussaire, on l'a évoqué tout à l'heure, qui était faussaire avant la guerre et qui le continue peut-être pendant la guerre, les faussaires parce qu'il y a la volonté de fabriquer pendant la guerre pour duper l'occupant, Et puis il y a les administrations elles-mêmes qui peuvent devenir faussaires en soi.
Arnaud Manas
Tout à fait, on peut faire... Le faux est infini. Et puis on peut faire le faux du faux du faux. Mais pour revenir à ce qu'avait dit Marie Cécile, Le noyautage des administrations publiques était un objectif de la résistance. NAP, c'était très important et c'était la porte d'entrée, en effet, aux documents authentiques qui étaient subvertis et transformés. avec tous les risques, mais aussi il y a eu beaucoup de... la répression s'est abattue en force sur les secrétaires de mairie qui ont travaillé pour la résistance.
Marie-Cécile Bouju
NAP, N-A-P, c'est le nom iotage des administrations publiques, l'organisation résistante, et on entend bien comment c'est beaucoup plus efficace. d'obtenir des faux papiers, non pas en les fabriquant, mais en allant les chercher là où ils sont, dans les préfectures, au moins déjà avoir le faux document, le vierge, parce que c'est ça qui est très important pour construire des identités, raconter des histoires, dans ce travail-là. Marie-Cécile Beaujus, vous avez livré une étude, Face à la bureaucratie de la violence, les faussaires de la résistance, c'est dans le mouvement social. la revue publiée aux presses de Sciences Po en 2025. Et puis vous êtes l'autrice de « Lire en communiste », les maisons d'édition du Parti communiste français 1920-1968. C'est-à-dire que ces communistes-là, ceux du livre, connaissent la typographie, ont accès peut-être à des machines. Est-ce qu'il y a des mouvements de résistance qui produisent dans des imprimeries des faux-papiers la nuit, qui travaillent, qui utilisent leur connaissance, leur savoir ?
Historian/Archivist (possibly Marie-Cécile Bouju or another academic)
Donc là je vous ai fait un portrait de ces trois groupes. Effectivement là vous avez les graveurs, les imprimeurs et puis une catégorie qu'on connaît moins bien qui est donc les fameux fabricants de tampons en caoutchouc ou sur métal que nous avons connus dans nos générations mais que les jeunes connaissent beaucoup moins. Alors, pour ce qui est des faussaires liées au mouvement communiste, si c'est ça votre question. Oui, alors le parti communiste a utilisé effectivement les faussaires, de manière sans doute très précoce, puisque le parti communiste est interdit dès septembre 1939. Et donc probablement qu'effectivement ils ont utilisé des faux-papiers ponctuellement. Le phénomène a dû s'amplifier avec les internements administratifs. Et surtout le fait qu'une partie des communistes, je voulais parler des communistes étrangers, vont avoir eux besoin de faux-papiers en priorité. Et ça va être notamment l'AMOI, donc la main d'œuvre, le groupe PCF Main d'œuvre Immigrés. qui va s'occuper d'organiser ce qu'ils appellent des préfectures. C'est un joli terme ironique pour désigner les fabriques de faux papiers. Mais c'est vrai qu'on a moins d'éléments sur l'histoire de ces faux fabriqués pour des militants communistes, français ou étrangers, que d'informations que nous avons sur d'autres mouvements et réseaux de résistance. Mais voilà, c'est un parti politique qui est dans la clandestinité, beaucoup plus tôt que les autres, donc c'est assez logique qu'il y ait eu des faux fabriqués dans ce cadre-là.
Arnaud Manas
Et puis, on est en guerre. Et donc, il y a aussi les services secrets britanniques, les services secrets soviétiques qui ont des moyens d'État et qui fabriquent des faux. Faux papiers pour leurs agents secrets qui sont envoyés sur le territoire français pour aider à monter des réseaux de résistants et d'espionnage.
Marie-Cécile Bouju
Avec des faux papiers de tout type. Parce que nous pensons souvent aux faux papiers à la carte d'identité, ce qui peut être une chose. Mais tout est faux papier étant donné que, et vous nous l'avez expliqué, avec une bureaucratie française mais une bureaucratie allemande qui se mélange, il y a besoin tout le temps de papier.
Arnaud Manas
Exactement. Et même si c'est des papiers allemands, on voit bien dans les camps de prisonniers que la première chose que font les prisonniers avant de s'évader, avant de creuser le tunnel, c'est de faire des faux papiers parce qu'ils savent qu'à chaque gare, à chaque train, à chaque carrefour, ils seront contrôlés.
Historian/Archivist (possibly Marie-Cécile Bouju or another academic)
Il y a même un mouvement de résistance qui s'appelle La Chêne qui a envoyé des packs de trousses pour fabriquer des poids-papiers dans des camps de prisonniers. Alors on sait qu'il y a eu plusieurs centaines de prisonniers, de militaires emprisonnés qui ont réussi à C.E.A.D. Moi mon hypothèse aussi c'est que cette multiplication des faux fait que finalement elle a sans doute aguerri ces faussaires de départ où on fabrique là une pièce d'identité, là un certificat de démobilisation Et puis on existe de plus en plus de papiers, donc ça veut dire que le faussaire a de plus en plus de papiers à faire. Ça veut dire qu'il peut faire des papiers pour tout le monde. Les premiers faussaires aidaient là des prisonniers évadés, ici peut-être des militants communistes. Et puis au bout d'un moment, voilà, si on fait pour l'un, pourquoi pas pour l'autre ? Finalement, qu'est-ce que ça change ? Effectivement, il y a une connaissance administrative de ce qu'il faut mettre ou ne pas mettre dans les papiers. Mais, voilà, la technicité, finalement, reste la même. Donc, mon hypothèse, c'est aussi que, paradoxalement, ce contrôle de plus en plus fort a aussi fini par gripper la machine.
Arnaud Manas
C'est vrai, mais il y a l'éternel dialectique de l'obus et de la cuirasse, parce qu'avec un niveau de faux qui augmente, la répression s'accroît et les moyens de contrôle s'accroissent. C'est pour ça qu'on a, et on les a exposés aussi, des lettres des autorités de Vichy qui disent, attention, on sait que tel tampon qui a été, et ils donnent le modèle, a été utilisé, est utilisé par un atelier clandestin de la Résistance. Donc, si vous voyez quelqu'un qui a exactement ce tampon-là, il est suspect. Donc, vous l'arrêtez et ensuite, vous voyez, vous le faites parler.
Historian/Archivist (possibly Marie-Cécile Bouju or another academic)
Oui, voilà, ça c'est un dialogue, une discussion scientifique très intéressante à mener, puisque aussi savoir, est-ce qu'ils ont vichy à partir du 43-44, a-t-elle vraiment, et surtout les Allemands, l'effort suffisant pour contrôler, finalement ? Puisque le nombre de faux circulant étant probablement en croissance peut-être exponentielle, est-ce qu'ils ont les moyens, effectivement, pour contrôler ? Voilà, ça c'est l'autre question.
Marie-Cécile Bouju
Aujourd'hui, dans le cours de l'histoire, toutes ces questions autour des faux, on ne peut pas l'utiliser au singulier en parlant de la Seconde Guerre mondiale. Papiers, timbres, billets, la résistance s'inscrit en faux.
Adolfo Kaminsky
On m'a amené au laboratoire de la 6e. Le laboratoire de la 6e était surtout spécialisé dans les sauvetages des enfants juifs. C'était au 17 rue des Saint-Père, au dernier étage, une chambre de bonne tout en longueur, avec une longue table. Le travail principal, c'était d'effacer les tampons juifs en rouge, en diagonale sur les cartes d'alimentation et sur les cartes d'identité. C'était d'effacer les noms trop typiquement juifs, le plus vite que j'ai pu. J'ai mis en route les possibilités de faire des tampons, d'imprimer, même sans presse, sans machine, sans gravure. Très vite aussi, j'ai mis en route la photogravure, l'impression. La chose, je pourrais dire, géniale, c'est que l'outre, m'a demandé d'écrire tout ce que j'apportais de nouveau de façon à renéotiper et d'envoyer à tous les autres laboratoires de la 6e à travers la France les méthodes, les améliorations, les petites trouvailles que je faisais. Quand j'ai été décoré à Limoges, les journalistes ont écrit Adolfo Kaminsky a sauvé 3000 enfants juifs. Alors, j'ai dit, c'est beaucoup plus, mais ce n'est pas moi tout seul.
Marie-Cécile Bouju
Et c'est beaucoup plus. Adolfo Kaminsky, on l'entend ici, vraiment en faussaire absolue pendant la Seconde Guerre mondiale et par la suite. Aujourd'hui, dans le cours de l'histoire, nous intéressons à la Seconde Guerre mondiale. Un témoignage comme celui-là, c'est en 2010 où il s'exprimait, apporte beaucoup d'éléments de compréhension. Et nous entendons bien, par exemple, l'aspect chimique de la chose, enlever le tampon juif sur les cartes d'identité. Donc la carte d'identité demeure vraie. Mais pour l'occupant, elle est fausse au sens où il y a un tampon qui a été enlevé. C'est un personnage incroyable comme ainsi.
Historian/Archivist (possibly Marie-Cécile Bouju or another academic)
Oui, alors c'est incroyable. Surtout, à chaque fois, ne pas oublier qu'il n'a que 18 ans lorsqu'il est recruté par le groupe des éclaireurs israéliques de France, donc on appelle la 6ème. Et il est recruté parce qu'il est apprenti teinturier et donc il sait enlever les tâches. Et alors ce que ne savent pas ses camarades encore, mais on va le découvrir très vite, c'est qu'il est passionné de chimie. Et ça d'une part, donc il sait enlever effectivement les taches d'encre, il est capable, vous pouvez retrouver des témoignages Oro, il écrit aussi sur cette passion pour la chimie. Mais effectivement, ce qu'il dit aussi, c'est très rapidement, il dit bon, c'est bien gentil d'essayer de gratter, ce qu'on appelle laver, c'est l'argot de la police qui parle de laver les pièces d'identité, d'enlever ces signes extrêmement dangereux car distinctifs, c'est de fabriquer, c'est plutôt de recourir à des formulaires vierges et de remplir, voilà, c'est ça qui va être en fait, ce qui va imposer comme mode de fabrication, ce qui permet une fabrication industrielle, c'est-à-dire que si vous modifiez une pièce d'identité originale, d'abord il y a toujours un risque que ça se voit, ça fragilise quand même hautement la situation des individus, et donc il vaut mieux passer par ces fameux vrais faux, qui sont beaucoup plus sécurisants. Voilà, donc ça je vais peut-être... Je sais pas si vous voulez savoir d'autres choses sur Kaminsky, mais voilà, c'est un jeune homme tout à fait exceptionnel.
Marie-Cécile Bouju
Non, puis la fabrication en masse de documents, c'est vraiment très impressionnant.
Historian/Archivist (possibly Marie-Cécile Bouju or another academic)
Ce que Kaminsky dit souvent dans ses témoignages, et ce dont il n'a probablement pas conscience à l'époque, c'est que chaque fausseur, de près, c'est au moins plusieurs milliers de pièces qui sont fabriquées. Je vois souvent 10 000, 20 000 pièces d'identité qui sont fabriquées par un individu, dans le cadre d'un réseau ou pas d'ailleurs. Donc à partir du moment où il y a une procédure qui permet une fabrication industrielle, on peut monter très très vite en volume.
Arnaud Manas
Voilà, il faut démultiplier la fabrication et aller vraiment auprès de ceux qui en ont besoin.
Marie-Cécile Bouju
Et puis vous allez contre l'idée reçue, qui est la mienne, de dire que pour les billets, les faux billets, on imprime en masse. Les faux timbres aussi, on imprime en masse. Les cartes de rationnement, on imprime en masse. Et moi, j'imaginais les cartes d'identité, vraiment un travail méticuleux sur un document, ce qui est le cas. Mais c'est en masse aussi.
Historian/Archivist (possibly Marie-Cécile Bouju or another academic)
Alors c'est le cas. Doisneau parlerait effectivement, il va laver des pieds d'identité au début lorsqu'il rend service, comme il le dit. Voilà, donc tout le monde commence par ça, c'est-à-dire au début de la guerre, c'est ce qui se fait. Et au fur et à mesure, pour être efficace, parce qu'il y a le nombre de personnes opprimées, recherchées, monte, toutes les catégories sont visées, hommes, femmes, enfants. quels que soient les lieux et l'âge. Et donc les réseaux clandestins sont obligés de produire en masse.
Marie-Cécile Bouju
Arnaud Banas, c'est l'histoire de la fausse monnaie en France des Gaulois à nos jours. Pendant la seconde guerre mondiale, on avait eu cette expérience venue de l'Allemagne nazie de déstabiliser l'économie britannique en fabriquant énormément de faux billets. C'est quelque chose, ça, qui fait qu'on peut avoir confiance dans la monnaie papier pendant la seconde guerre mondiale ? Parce qu'il y a beaucoup de faux qui circulent.
Arnaud Manas
Alors, il y a des faux En France, la situation est à peu près contrôlée parce qu'il y a une tradition de fausses monnaies assez classique en France. C'est ce qu'on montre dans l'exposition. Depuis tous les 20 ans, il y a une grosse affaire de fausses. Mais, c'est pas à ce moment-là que, c'est pas pendant la Seconde Guerre Mondiale, puisque les Allemands avaient envisagé, avant-guerre, donc 38-39, de fabriquer, de ruiner l'économie française avec des faux billets. Mais, rapidement, ils abandonnent l'idée, puisqu'ils occupent le territoire, donc c'est beaucoup plus simple. Donc, ils se reconvertissent vers la livre et, accessoirement, vers le dollar. Donc c'est leur cible. En France, les faussaires vont être surtout occupés à faire des faux papiers, parce que c'est ce qui est important. Et ensuite, les billets de banque sont très sécurisés, puisque c'est la valeur absolue. Donc avec un bout de papier, on fait véritablement, si on imprime 10 000, ça vaut 10 000 francs. Les billets en francs sont particulièrement bien sécurisés. Et ce qui va se passer, c'est plutôt en 1944-1945, quand les alliés vont vouloir opération de faire le débarquement, et ils vont utiliser les bonnes techniques qui sont utilisées par toutes les forces d'occupation, c'est-à-dire on arrive avec sa propre monnaie. Et on met en place un gouvernement d'occupation du territoire. Les américains, avec l'aval de Roosevelt, vont imprimer des billets authentiques, mais où il y a marqué France. Il y a toute une polémique, est-ce qu'il faut République française ou pas France, etc. Bon, ils impriment des billets France. C'est un imprimeur privé de Boston, ça a l'apparence du dollar. On a l'impression que c'est très sûr, mais en fait, pas du tout. C'est de la typographie. Les autorités françaises disent, mais ça ne va pas du tout, il ne faut pas faire ça, etc. Ce n'est pas sûr. Les Américains passent outre. Alors ça s'appelle, c'est l'opération Tomcat, du nom pour les Américains, c'est-à-dire Matou. Je ne sais pas pourquoi ils ont trouvé ce nom-là. et donc ils vont arriver, les soldats américains et britanniques vont arriver avec ces billets libellés en francs, les donner. Le général de Gaulle intervient en disant 1. c'est de la fausse monnaie, il n'y a que la République et ceux que j'incarne qui est capable et qui est légalement à même d'émettre des faux billets, des vrais billets pardon, ça ce sont des faux billets, mais après très rapidement, et c'est là que par une certaine ironie de l'histoire, cette fausse monnaie va être falsifiée parce qu'elle est beaucoup plus facile à falsifier que les billets qui circulaient de la Banque de France.
Marie-Cécile Bouju
Avant même la fin de la Seconde Guerre mondiale, ces choses-là se savent. En France, dans la France occupée, archives de propagande.
Philippe Henriot
Les Américains, qui sont gens de précaution, achève de mettre au point le débarquement libérateur sur lequel les historiens de l'avenir auront sûrement des volumes à écrire. Et un télégramme affi de Londres vient de nous apprendre qu'on est en train de mettre la dernière main à l'élaboration du corps des faux monnayeurs qui doit être une des formations capitales de cette arme. L'éditorialiste du Financial News traite de la question des nouveaux billets de banque français qui, selon une information de New York, sont actuellement à l'impression aux États-Unis. Ils sont destinés à remplacer, au moment de la libération de la France, ceux actuellement en circulation. Il semble que ces billets ne serviront pas seulement comme moyen de paiement pour les armées libératrices et les autorités françaises qui seront installées dans les territoires libérés, mais qu'ils permettront aussi à ces dernières de retirer de la circulation les billets émis par la Banque de France. Il n'y a pas encore d'indication de la politique que le Comité français adoptera. En collaboration avec les Alliés au sujet du remplacement des billets ayant cours, l'urgence de ce retrait est nette. Je reconnais qu'après ça, nous serons malvenus à nous plaindre des Américains. On est tout de même heureux d'apprendre que s'ils songent déjà à reconstruire les villes qu'ils auront détruites, ils savent aussi fabriquer de la fausse monnaie et on ne leur reprochera pas de nous entretenir dans trop d'illusions sur le retour de la prospérité.
Marie-Cécile Bouju
Ici, c'est Philippe Henriot, la grande figure de la propagande du collaborationnisme. Nous étions en février 1944, sachant qu'en juin 1944, après le débarquement, Philippe Henriot est exécuté par la Résistance avec ce message ici, autour des faux, parce qu'on voit bien que ça préoccupe quand même C'est ce que Hitler avait voulu faire contre le Royaume-Uni en créant de la fausse monnaie. Là, on se dit, ça va être la même chose pour nous. On est aussi dans une période troublée où tout va très vite. Le débarquement s'annonce.
Historian/Archivist (possibly Marie-Cécile Bouju or another academic)
Oui, et effectivement, dans la propagande de Vichy, notamment, on souligne le fait que le faux va faire s'effondrer la société française. Donc ça rentre aussi dans une logique propagandiste assez claire. Alors là, en l'occurrence, c'est vraiment une attaque contre les alliés, mais c'est même chose contre la résistance en disant Le résistant est forcément un criminel, puisque les faux qu'il produit désorganisent la société et participent au fait que vous ne pouvez plus vous alimenter. Voilà, donc ça fait par la preuve, le faux désorganise la société, donc les résistants, les alliés sont des criminels.
Marie-Cécile Bouju
Est-ce que le régime du maréchal Pétain produit des faux également contre la résistance ? Parce qu'on sait bien que la résistance produit des faux contre Pétain, mais est-ce que ça arrive dans le sens inverse ?
Arnaud Manas
Alors, ce que va faire le régime de Vichy et les autorités d'occupation, c'est qu'ils vont faire des faux billets d'occupation, de ces fameux billets que fabriquent les Américains et qu'ils remettent à leurs troupes pour occuper, mais qui sont des faux, mais seulement en apparence, c'est-à-dire qu'en fait, le biais est généralement recto verso. Mais là, ils utilisent, ils font sous forme d'un dépliant, c'est-à-dire qu'il y a, quand on le regarde, Pas déplié, on voit au recto le recto du billet. Au verso, le verso du billet. Mais après, à l'intérieur, il va y avoir un message de propagande. Là, par exemple, je lis ce qui était écrit. Ce billet d'invasion, qui le garantit ? Ni un état, ni une banque, ni une signature. Aucun responsable d'aucune sorte. C'est un chiffon de valeurs de papier sans aucune valeur. Une escroquerie juive pure et simple. pour exploiter et ruiner la France. Donc, Vichy distribue ce genre de tracts qui a l'apparence de billets mais qui en fait un tract.
Marie-Cécile Bouju
Et puis il y a des faux journaux aussi qui peuvent apparaître.
Historian/Archivist (possibly Marie-Cécile Bouju or another academic)
Oui, il y a eu quelques cas. L'armée allemande a aussi fabriqué des faux, ce qu'on appelle des courriers de l'air. les fameux journaux envoyés par la Grande-Bretagne et la France Libre en France. Il y a eu de faux journaux, de faux journaux de résistance, de faux tracts. Là aussi, l'analyse est ambivalente. C'est à la fois une contre-attaque, mais aussi une reconnaissance du coup de ces publications qui sont quand même assez modestes, en général c'est des feuillets noirs et blancs, recto verso. Et donc voilà, par le fait que l'arrivée de cette presse clandestine, de cet acte clandestin provoque une inquiétude de la part des Allemands comme des Vichys, ça veut dire que ça devient une force d'opposition inquiétante, donc une force.
Marie-Cécile Bouju
Et après la seconde guerre mondiale, la question du faux se pose toujours, on l'a dit, pour l'étiquette rationnement, le rationnement continu, et aussi dans les mémoires, le film Crésus.
Unknown Interviewee
Où avez-vous pris l'argent ?
Jacques Delarue
J'ai trouvé les sous dans la montagne, ils étaient dans une bombe.
Unknown Interviewee
Un récipient en aluminium.
Marie-Cécile Bouju
Un truc, quoi.
Unknown Interviewee
Moi, sur le papier, j'ai récipient en aluminium.
Jacques Delarue
Nous, ici, on sait ce qu'il y a marqué sur le papier, on y fait guerre, attention.
Unknown Interviewee
Moi, je suis obligé d'y faire attention. Ça fait deux ans que nous sommes sur l'affaire. Récipient en aluminium largué par avion. Heureusement qu'il est tombé dans cet endroit désert. Vous vous êtes pas demandé ce que faisait tout cet argent dans la montagne, non ? Mais vous avez cru à quoi ? Au Saint-Esprit ?
Robert Doisneau
Mais j'ai cru à rien.
Jacques Delarue
Moi, c'était par terre. Moi, j'ai ramassé. Si en plus, il faut se poser des questions, alors j'ai pas pris une carrée, moi.
Unknown Interviewee
Vous savez ce que c'était, cet argent ?
Marie-Cécile Bouju
Non.
Unknown Interviewee
La flèche du Parthe. En français, le coup de jarnac. En chinois, comme vous parlez, Le pire des emmerdements. Le débarquement il y a deux ans, vous en souvenez ? L'occupant s'en va, mais il n'est pas content. Il veut laisser le verre dans le fruit. Alors qu'est-ce qu'il fait ? Des milliards de faux billets. mais plus vrais que des vrais.
Marie-Cécile Bouju
Et oui, voilà, les faux billets allemands, c'est le film Cresus avec Fernandez, le film de Jean Giono en 1960, Arnomanas, ça demeure très accroché à l'histoire de la Seconde Guerre mondiale, ces histoires de faux billets, dans tous les sens d'ailleurs.
Arnaud Manas
Tout à fait, c'est-à-dire que les faux patriotiques, les faux qui sont vrais mais considérés comme faux, on s'y perd.
Marie-Cécile Bouju
Et d'ailleurs, tous ces faux billets sont détruits. Qu'est-ce qui leur arrive à la fin ? Parce qu'il y a des mètres cubes entiers de faux billets, notamment allemands.
Arnaud Manas
Bien sûr, tout ce qui est faux est détruit. Ou restent quelques exemplaires rarissimes, puisque c'est assez paradoxal, mais les faux de cette époque-là valent beaucoup plus cher que les authentiques, pour les collectionneurs.
Marie-Cécile Bouju
Pour les collectionneurs, évidemment. Et puis, Marie-Cécile Bouju, vous êtes l'autrice de plombs et de papiers des industries graphiques en France pendant la Seconde Guerre mondiale. Il faut dire aussi que c'est une autre approche à la Seconde Guerre mondiale. Regardez la Seconde Guerre mondiale par le faux, le résistant.
Historian/Archivist (possibly Marie-Cécile Bouju or another academic)
Oui, avec effectivement peut-être à ce titre une réserve sur le fait que le faux dupe, là pour la seconde guerre mondiale, il ne fait pas que duper. Alors évidemment il sauve, ça je pense que tout le monde l'aura compris. Mais surtout, et c'était pas tout à fait l'objectif des résistants au départ, mais ça va le devenir, enfin l'objectif, ça va devenir un des objectifs en tout cas, c'est que le faux va finir aussi par combattre la société d'oppression. C'est-à-dire que le faux va concurrencer la soi-disant légitimité de l'oppresseur. Et c'est ça qui est important symboliquement pour la résistance, notamment dans les années 43-44.
Marie-Cécile Bouju
Merci vivement à tous les deux d'être venus en vrai dans le studio du Cours de l'Histoire nous parler de cette histoire de faux. Je rappelle, l'histoire de la fausse monnaie, Arnaud Manasse, j'inverse, c'est aux éditions du CERF. Et quant à vous, Marie-Cécile Bouju, vous avez du plomb et du papier et de la lecture en communiste. Merci beaucoup à tous les deux. La série du Cours de l'Histoire, histoire de faux créée pour Dupé, est à retrouver à podcaster sur notre site franceculture.fr. et l'appli Radio France. Valérie Hanin, directrice de rédaction du magazine L'Histoire, notre partenaire du faux, il y en a aussi dans L'Histoire, dans ce dernier numéro.
Xavier Mauduit
Du Paul Bertrand que vous avez reçu.
Marie-Cécile Bouju
Voilà, qui a retrouvé dans le magazine L'Histoire, avec pour titre, pour dossier principal, l'histoire d'un prophète.
Xavier Mauduit
Oui, lui aussi a été traité quelquefois de charlatan, mais ce n'est pas du tout comme ça qu'on l'aborde. On aborde l'histoire du prophète pour accompagner, c'est l'occasion, le monumental Mahomet des historiens que dirige Mohamed Ali Amir Mohedzi aux éditions du Serre et qui sort ces jours-ci. La vraie histoire du prophète, ou plutôt que sait-on de lui ? Et là, évidemment, pour les historiens, tout est une question de source. Ce n'est pas dans le Coran qu'il faut chercher la vie du prophète, il n'y est cité que cinq fois. Ce n'est pas non plus pour des historiens sérieux, dans la Syrah, qui est la biographie officielle, qui a été écrite sous les Abbasides, près de deux siècles après sa mort, et où on ne retrouve même pas toujours très bien le nombre des épouses, quelques fois 9, quelques fois 13, enfin bon tout ça est un petit peu flottant. Même pas dans les Hadiths, les milliers de textes qui rapportent les paroles du prophète, mais qui ne sont pas évidemment une source pour l'historien. Mais, évidemment, les historiens peuvent reprendre ces sources de la tradition. c'est-à-dire en faire une étude critique, en philologue évidemment, les comparer parce qu'on a des sources contemporaines, des sources syriaques, en latin aussi, en hébreu, en persan, et tout ça finit par composer évidemment un portrait. On a aussi les ressources de l'archéologie. Alors évidemment, il ne faut pas imaginer que tout ça va nous permettre de faire un biopic pour Netflix, certainement pas. On n'aura pas du tout la biographie de Mahomet, Muhammad, on peut l'appeler des deux façons.
Marie-Cécile Bouju
Le titre du magasin de l'histoire c'est Mahomet, mais à l'intérieur des articles on a Muhammad.
Xavier Mauduit
Oui, c'est ainsi plutôt que les historiens l'appellent aujourd'hui, Muhammad. Et donc, cette vie, c'est plutôt une vie dans un contexte de même qu'on peut, évidemment, restituer la vie de Jésus dans la Palestine romaine et avec la multiplication des sectes juives. Alors, on peut retrouver le prophète. Il y en a une trace, des traces, dans l'Arabie de l'Ouest, au VIIe siècle, l'Arabie des villes, ouverte aux grands commerces caravaniers, une Arabie dont on sait très bien aujourd'hui, c'est établi qu'elle est totalement infusée par le monothéisme, juif mais aussi chrétien. On retrouve la trace de Mahomet, Mouramad, à la Mecque, qui est évidemment une ville de pèlerinage très ancien. la pierre noire, la Kaaba et la rivalité des tribus, les Quraysh chargés des affaires religieuses à laquelle appartient Muhammad et au contraire les rivaux, les Omeyad qui reprendront l'avantage ensuite et qui sont les riches commerçants. On le retrouve aussi à Médine où il va devenir chef de communauté mais aussi après avoir été chassé de la Mecque, où il va devenir chef de guerre pour reprendre la Mecque à ses adversaires. De tout cela, nous n'ignorons pas les enjeux. La vie de Muhammad depuis le Moyen-Âge a été l'objet de multiples réécritures en islam, sans parler des caricatures évidemment du Moyen-Âge jusqu'à Voltaire. Et bien sûr, cet enjeu fondamental qui est l'idée propagée par les djihadistes depuis 30 ans, qu'on ne pourrait pas représenter le prophète. C'est absolument faux. Le Coran n'interdit pas la représentation du prophète. On en fait ici une présentation tout à fait apaisé, sans caricaturer. Il y a une très riche tradition iconographique, certes plutôt avant 1600 et dans le monde turco-persan, mais dans le monde islamique, une très riche tradition iconographique de représentation du prophète et jusqu'à nos jours. Et de tout cela, on peut parler de façon sans polémique, apaisée, jusque, on l'espère, dans les salles de classe.
Marie-Cécile Bouju
Avec le regard des historiennes, des historiens sur l'histoire d'un prophète, Mahomet, Mohamed, c'est le numéro du magazine L'Histoire. Merci vivement Valérie Hanin d'être venue nous le présenter.
Xavier Mauduit
Merci Xavier Mauduit.
Marie-Cécile Bouju
Le cours de l'Histoire sur France Culture, une émission réalisée par Thomas Beau à la technique Nicolas Leroulet. Émission préparée par Jeanne Delecroix-Raphaël Laloum, Jeanne Coppès, Solène Roy et Maïwenn Guizou. Le cours de l'Histoire à écouter, à podcaster sur franceculture.fr et l'appli Radio France.
Le Cours de l’Histoire – Histoires de faux, créer pour duper : Papiers, timbres, billets… la Résistance s’inscrit en faux
France Culture, November 6, 2025
Host: Marie-Cécile Bouju
Guests: Arnaud Manas (chef du service du patrimoine historique et des archives de la Banque de France), and a historian/archivist (likely Marie-Cécile Bouju or another academic)
This episode of "Le Cours de l’Histoire" explores the complex world of forgery (“le faux”) during the Second World War, emphasizing the creation and strategic use of forged identity papers, ration cards, currency, and official documents. The discussion weaves together the practical, moral, and symbolic significance of forgery in a bureaucratic, highly controlled society under occupation—highlighting acts that oscillate between resistance, survival, and economic gain.
Forgery as Survival & Resistance
The Paper Society
Three Faces of Forgery
Pre-war and Wartime Forgery
Operation Bernhard (03:13–04:25)
Rising Bureaucracy as Both a Tool of Oppression and Resistance
Forgery Counter-attacks Administrative Control
Techniques and Material Culture
Building Credibility
Profiles of Forgers
Resistance Within Administration
Scale and Organization
Adolfo Kaminsky
Forgery by All Sides
Fake News & Documents
Forged Documents: From Dupery to Defiance
Aftermath
“La résistance s'inscrit en faux. Quelle maîtrise, quel talent au moment de réaliser de fausses pièces d'identité, de fausses armes, de faux billets, de fausses cartes de rationnement car ces documents vont être étudiés, scrutés, examinés.... Mais durant la seconde guerre mondiale c'est aussi pour sauver des vies.”
— Marie-Cécile Bouju (00:10)
“On n’a pas attendu la Seconde Guerre Mondiale pour faire de faux billets.”
— Marie-Cécile Bouju (02:50)
“Alors, le faux, comme dans toutes les époques troublées, le faux prospère.”
— Arnaud Manas (03:13)
“Le papier… c’est l’auxiliaire du militaire ou du policier… par son caractère authentique… il permet de faciliter le contrôle et donc la répression.”
— Historian/Archivist (09:52)
“C’est le B.A.BA mais il faut le rappeler… Il donnait des éléments de légende, pour que la personne soit crédible si on lui pose des questions sur son village.”
— Arnaud Manas on forgers’ practical guides (23:28)
“Moi, je suis graveur, j’ai la main habile… tu peux aider des gens à se tirer de trucs en faisant des faux papiers.”
— Robert Doisneau (25:30)
“NAP, c'était très important et c'était la porte d'entrée, en effet, aux documents authentiques qui étaient subvertis et transformés.”
— Arnaud Manas on Noyautage des administrations publiques (30:04)
"Kaminsky… n'a que 18 ans… il sait enlever les taches, il est passionné de chimie… il vaut mieux passer par ces fameux vrais faux, qui sont beaucoup plus sécurisants."
— Historian/Archivist (39:14)
“Le faux va finir aussi par combattre la société d’oppression. C’est-à-dire que le faux va concurrencer la soi-disant légitimité de l’oppresseur.”
— Historian/Archivist (53:11)
The episode is an engaging mix of historical analysis, direct testimony, and technical detail—delivered with the gravity, nuance, and occasional wit characteristic of France Culture. There’s a respect for both the “petite histoire” of individual lives and the larger sweep of WWII resistance.
Forgery was not just a clandestine trade in occupied France—it was a lifeline, a weapon, and ultimately a blow to the authority of the occupier. This episode demonstrates that “le faux” in wartime France is a prism through which to view the social, political, and ethical complexities of resistance and survival. The expertise and voices of the guests, punctuated by memorable testimonies, offer a rich exploration relevant for historians and lay listeners alike.