
Humanitaire, histoires d'aide et d'ingérence 4/4 : Du Cameroun au Biafra, ombre coloniale sur l'humanitaire
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Marie-Luce Desgranchand
France culture le cours de l'histoire.
Guillaume Lachenal
Xavier Mauduit. Du Cameroun au Biafra, l'ombre coloniale plane sur l'humanitaire. Sauver les autres s'entend au moment des guerres et des catastrophes, mais aussi pour permettre à des populations entières d'échapper enfin à des maladies qui les assaillent depuis des temps immémoriaux. Alors existe-t-il un humanitaire colonial ? Ou pour le dire autrement, la mission dite civilisatrice s'appuie-t-elle sur des arguments d'humanité ? La même question se pose pour la notion complexe de développement. Colonisation, décolonisation, Quelle forme peut prendre l'action humanitaire, s'il faut employer ce mot, ou alors parler de solidarité ?
Jean De Benedetti
Tous, vous avez fait preuve de cette solidarité qui anime tous les hommes chaque fois qu'un pays est malheureux. La Nigéria, 55 millions d'habitants. Et au sud-est, le Biafra, son ancienne province orientale, un quinzième de la Fédération, mais le tiers de sa population, 14 millions. Indépendant le 30 mai 1967, il est attaqué le 5 juillet de la même année.
Marie-Luce Desgranchand
Pourquoi les Nigériens sont entrés dans les églises ? Pour massacrer les personnes.
Jean De Benedetti
Il n'y avait pas de village de l'épreuve.
Bernard Kouchner
Les épreuves avaient quelques petites cases parmi les autres.
Marie-Luce Desgranchand
Le cours de l'histoire.
Jean De Benedetti
Ce faisant, on prémunit tous les habitants, au moins pendant 6 mois, contre une contamination. Vous voyez tout l'intérêt de la chose, puisqu'on peut traiter ainsi de gros contingents de travailleurs et les amener dans des régions où il y a des tsetses qui sont contaminantes.
Guillaume Lachenal
Guillaume Lachenal, bonjour. Vous êtes professeur des universités en histoire à Sciences Po. Une réflexion autour de ces notions complexes, on le disait, de solidarité, d'action humanitaire. Je posais la question, est-ce que dans la mission que l'on dit civilisatrice, il peut y avoir des arguments humanitaires ?
Bernard Kouchner
— Oui. En tout cas, des arguments humanitaires qui servent de justification sans aucun doute et de motivation. C'est vrai aussi. Le colonialisme européen, à partir de la fin du XIXe siècle, se justifie par disons un agenda, alors c'est évidemment difficile à entendre mais c'est comme ça qu'il se justifie lui-même, un agenda émancipateur autour de l'anti-esclavagisme. On va libérer des populations et puis on va les libérer de la misère et de la maladie. C'est ça qui va progressivement s'imposer dans la première moitié du XXe siècle.
Guillaume Lachenal
Et il n'est pas inimaginable qu'il y ait une authentique bonne foi. Non mais même, c'est certain, parce que ce sont des gens qui sont baignés d'action chrétienne, d'une vision du monde, ou même laïque. Mais l'idée de sauver les gens de la maladie, bon ben voilà, ça part d'un principe, d'ailleurs c'est très 19e siècle tout cela, on va sauver le monde avec les médicaments.
Bernard Kouchner
Oui, alors c'est vrai du point de vue des médecins et aussi des décisions des gouvernements pour financer la santé dans les colonies. On a une justification qui est souvent humanitaire. Est-ce qu'elle est d'abord humanitaire ? Là, je pense qu'il y a un débat. C'est-à-dire qu'on l'a entendu d'ailleurs dans l'archive. une motivation qui va s'imposer et qui, je pense, à partir des lendemains de la Première Guerre mondiale, va jouer un très grand rôle. C'est une justification qui est plus instrumentale, c'est-à-dire qu'il faut faire de la santé dans les colonies. Et c'est vrai des Français, des Britanniques, des Belges, pour avoir des bras. qui deviennent soldats ou des bras de travailleurs pour mettre en valeur les colonies. C'est le mot d'ordre à partir des années 1920.
Guillaume Lachenal
Oui, c'est ce qui est clairement affiché. Sauver les gens, en tout cas faire en sorte qu'ils échappent à la maladie, ça a aussi énormément de bénéfices pour le colon.
Bernard Kouchner
Voilà, donc on a tout de suite une tension, alors qu'elle n'est pas toujours une tension compliquée à résoudre. entre un impératif humanitaire, on sauve des vies pour sauver des vies, et un impératif plus économique, on sauve des vies pour mettre en valeur les colonies. Et il y aura des moments où ces deux impératifs seront en tension, mais la plupart du temps, ils sont complémentaires. C'est-à-dire que l'impératif humanitaire sert aussi à la justification du colonialisme aux yeux des opinions publiques européennes en particulier. Donc, ça va être très important dans le récit. du colonialisme.
Guillaume Lachenal
Avec ici plusieurs éléments, plusieurs actions humanitaires. Vous l'avez dit, la lutte contre l'esclavage, ça c'est une chose. L'humanitaire, nous l'associons souvent à des moments de catastrophe. Alors, ça peut être une guerre et ça peut être une catastrophe naturelle. Mais dans cette histoire-là, sur un temps plus long, il y a la santé. La santé comme enjeu. Alors, enjeu humanitaire, je reprends le mot, mais on a bien compris avec ce que vous nous avez dit que derrière ce mot-là, il y a plein d'autres choses.
Bernard Kouchner
Oui, alors la santé comme enjeu humanitaire, c'est quelque chose qui apparaît aussi autour de crises. Et de crises qui vont être décrites comme des catastrophes, voire pire. C'est-à-dire, je pense en particulier à la crise de la maladie du sommeil, qui est une épidémie qui va concerner toute l'Afrique tropicale, en fait, à partir du début du XXe siècle et qui va être amplifiée par la collecte du caoutchouc, ce qu'on va appeler le caoutchouc rouge. cette grande crise sociale et démographique dans toute l'Afrique centrale. C'est une épidémie qui touche vraiment l'Afrique de l'Ouest jusqu'au Grand Lac et jusqu'à l'Afrique de l'Est, avec des effets démographiques et sociaux qui sont très nets pour les pouvoirs coloniaux. et donc une mobilisation des pouvoirs coloniaux. Et là, on va voir quelque chose qui est très moderne, en fait, et qu'on va retrouver dans toute l'histoire de l'humanitaire spécifiquement. C'est ces médecins qui vont construire la crise, c'est-à-dire qu'ils vont prendre des photos, amener avec eux des journalistes. Et ça, on le voit très bien en France avec ce docteur Jameau, qui est actif au Cameroun dans les années 20, communiquer en métropole, faire des tournées de conférences, aller dans les cinémas, etc. et dire l'Afrique meurt. Donc ce récit-là, il apparaît vraiment autour de la maladie du sommeil dans les années 20. La race noire est en train de disparaître, il faut faire quelque chose. Et ça, c'est un discours que tiennent des médecins qui ont une certaine autonomie, d'ailleurs, par rapport à l'État colonial, au point où ils vont inquiéter, en fait, l'État colonial, parce que qu'est-ce que c'est que ces médecins qui viennent dire que nos colonies sont en train de mourir ? Mais dans ce bras de fer, en fait, les médecins vont sortir gagnants, c'est-à-dire que pour la première fois, À la fin des années 1920, la France, en l'occurrence, mais ça sera vrai aussi des Belges ou des Anglais, va financer la santé dans ces colonies. Alors que jusqu'alors, les budgets de la santé publique dans les colonies, c'était des budgets locaux, embricolés avec les petits impôts qu'on prélevait sur place. Là, à partir de la mission Jameau, donc en 1925, la France décide d'agir pour sauver, entre guillemets, ces colonies, et en particulier d'abord au Cameroun, Un projet qui va s'étendre ensuite à l'Afrique équatoriale française et à l'Afrique occidentale française.
Guillaume Lachenal
Quelles sont les maladies qui sont spécifiquement identifiées ici ?
Bernard Kouchner
Alors la maladie du sommeil, qui est une maladie parasitaire transmise par la mouche tsetse dont on a entendu parler, qui est une maladie qui est liée aussi à un désordre environnemental. C'est parce qu'on a complètement chamboulé l'organisation notamment de l'agriculture africaine avec la conquête coloniale que la brousse s'est développée, donc des buissons, donc des mouches. Donc voilà, c'est une maladie écologique aussi. L'autre maladie coloniale, entre guillemets, qui va être une grande maladie de l'histoire de l'humanitaire, c'est la lèpre. Parce que la lèpre, à partir du XIXe siècle, n'existe plus que dans le monde tropical, si on accepte la Norvège ou pour des raisons compliquées, la lèpre subsiste au XXe siècle. En Europe, elle disparaît. Et donc, la lèpre fait directement appel à tout un héritage chrétien. Et donc, le soin aux lépreux va devenir la figure ultime du sacrifice de soi des missionnaires et des médecins. Et donc, les léperoseries coloniales de Hawaï à la Côte d'Ivoire vont devenir des grands lieux, là aussi très photographiés, très mis en récit, des grands lieux du don de soi. des puissances coloniales.
Guillaume Lachenal
Et puis dans cette histoire, il y a des figures qui sont elles-mêmes mises en récit, les figures des médecins et un particulièrement, le bon docteur Schweitzer.
Jean De Benedetti
Il a rendu célèbre ce petit village du Gabon, au nord du fleuve Ogwe, simplement parce qu'il a choisi d'y passer sa vie il y a 50 ans. Quand on prononce aujourd'hui dans les salons et les académies du monde entier le nom du docteur Albert Schweitzer, Ce n'est pas d'abord l'organiste célèbre qu'on évoque, ni le théologien, ni le philosophe, ni le médecin, ni même le héros du prix Nobel de la paix, mais ce coin de Brousse et ses quelques maisons au bord du fleuve qu'on appelle l'embarainé. On ne sait pas s'il est sensible aux bruits du monde. En tout cas, celui-ci ne le détourne pas de ce qui fait sa vie. Nous l'avons trouvé au milieu des silhouettes d'infirmières qui font partie de sa légende, habitées par les mêmes soucis qui le hantaient sans doute il y a 30 ou 40 ans. Il n'y avait pas de village de lépreux. Les lépreux avaient quelques petites cases parmi les autres. Mais c'est seulement alors que j'ai pris la décision, en 1953, de créer un village de lépreux. Vous avez mis combien de temps pour le faire ? Deux ans.
Bernard Kouchner
D'abord j'ai dû créer le terrain. parce qu'il fallait le surélever pour qu'il y ait un peu d'air et alors.
Jean De Benedetti
J'Ai construit le village. Et alors quand je me demandais avec quoi j'allais faire les toits, j'ai eu le prix Nobel et alors j'ai pu.
Bernard Kouchner
Faire volatiliser le prix Nobel d'Atoll et couvrir mes toits.
Guillaume Lachenal
Nous étions ici en 1961 avec Albert Schweitzer qui a donc reçu le prix Nobel de la paix en 1952. Voilà, grande figure parce que c'est une histoire de narration. Ce qui nous intéresse là aujourd'hui, savoir comment l'action humanitaire est sous l'ombre du colonialisme. Ici, on a vraiment une figure complexe parce que c'est un homme qui agit pour le bien des autres mais dans un contexte particulier.
Bernard Kouchner
Oui, vous voyez ce récit émancipateur. Les lépreux étaient laissés à eux-mêmes et puis j'arrive, et les autres médecins coloniaux dans d'autres contextes disent la même chose, j'arrive et je m'en occupe. Donc je viens m'occuper des plus négligés des négligés. Et alors, ces récits, Schweizer est un très bon exemple. Ce n'est pas anodin ou ce n'est pas un raffinement intellectuel de dire l'humanitaire, c'est un récit. C'est que pour se financer, Schweizer va reposer sur des levées de fonds aux États-Unis, en Europe. Et ces levées de fonds reposent sur une imagerie, sur des histoires qu'on raconte dans des conférences, etc. Donc, le récit est stratégique et on va le retrouver dans toute l'histoire de l'humanitaire.
Guillaume Lachenal
Et pour nous parler de cette histoire, avec nous aujourd'hui dans le cours de l'histoire, Marie-Luce Desgranchand, bonjour. Vous êtes chargée d'enseignement au département d'Histoire Générale de l'Université de Genève. Merci beaucoup d'être avec nous. Nous l'entendons, la difficulté d'utiliser le mot humanitaire dans ce contexte colonial. Parce que c'est vraiment ça qui nous intéresse. de saisir comment l'action humanitaire va évoluer. Et grâce à vous d'ailleurs, au fil de cette émission du Cours de l'Histoire, nous allons traverser les décennies et voir ces changements majeurs. Mais là, nous sommes dans un contexte colonial. Vous êtes aussi d'accord pour parler d'une action humanitaire, mais qui est toujours couverte par le contexte même du moment, c'est-à-dire le colonialisme.
Marie-Luce Desgranchand
Oui, tout à fait. Et si on prend encore d'autres acteurs tels que, par exemple, les Croix-Rouges, on se retrouve exactement dans le même type de dynamique que ce qui a pu être évoqué par Guillaume Lachenal juste avant, c'est-à-dire que ce sont des organisations qui sont plutôt créées, en tout cas dans les Etats européens au départ, donc ce sont plutôt des organisations qui sont liées au pouvoir colonial et qui, dans certains cas, vont d'une certaine façon, accompagner les soldats coloniaux. Et peut-être, à ce moment-là, développer un certain nombre de choses aussi pour les populations locales, mais ce n'est pas leur but premier. Donc ça, c'est des choses qu'on peut voir déjà dans l'entre-deux-guerres, en tout cas, et même à la fin du 19e siècle déjà. Donc on voit bien que c'est des choses qui s'entremêlent, en fait.
Guillaume Lachenal
Mariluz Degranchand d'ailleurs, cela correspond aussi à l'état d'esprit du moment. L'idée que par la médecine, il va être possible de sauver tant et tant de gens et que les progrès réalisés, vous l'avez rappelé, en Occident, vont appliquer à l'Afrique, permettent de sauver des populations entières.
Marie-Luce Desgranchand
Oui, tout à fait. Et puis, dans tout ce développement-là, il y a un moment qui est particulièrement important. Ça va être la Deuxième Guerre mondiale, d'une certaine manière, parce que ça va être un moment où on va se retrouver avec des organisations qui vont être créées dans le cadre, justement, du conflit, qui, au départ, vont être pensées pour les populations européennes et qui progressivement vont tourner un tout petit peu leurs actions vers le reste du monde, une fois que l'Europe est en cours de reconstruction, voire est reconstruite. Elles se tournent, elles ont des moyens d'action. Ce sont des organisations qui ont bénéficié, si je puis dire, d'une certaine manière de l'économie de guerre. Par exemple, c'est le cas de l'organisation CARE, une organisation américaine qui, au départ, est créée justement pour envoyer des colis en Europe et qui, à la fin de la guerre et dans les années d'après-guerre, se tournent vers le reste du monde. C'est un mouvement qu'on décèle bien aussi avec la Deuxième Guerre mondiale. Je pourrais multiplier les exemples dans le même sens. On a la même chose avec le Comité international de la Croix-Rouge qui, par exemple, va se retrouver à commencer à prendre en considération le continent africain pendant cette période-là, alors qu'au départ, c'est un continent qui est plutôt laissé, hormis la guerre italo-éthiopienne, c'est un continent qui est laissé plutôt à la gestion par les empires. Et puis là, on commence à se dire, pendant le cadre de ce conflit, notamment parce qu'il y a beaucoup de soldats européens qui se retrouvent sur le continent africain, eh bien, il faut aller visiter ces soldats. Donc, on commence à s'intéresser plus particulièrement à ce continent-là. Il y a un espèce de double mouvement, si vous voulez, à la fois ce développement d'une forme de certaines pratiques humanitaires liées à la santé coloniale, etc., aussi aux missionnaires, etc. Et puis, le développement d'organisations comme, je l'ai souligné, certaines ONG pendant la Deuxième Guerre mondiale. qui vont permettre finalement après au système humanitaire tel qu'on le connaît plus aujourd'hui de se développer dans l'après Deuxième Guerre Mondiale.
Guillaume Lachenal
Guillaume Lachenal, dans cette histoire-là, il y a eu une phase avec une action humanitaire, j'utilise toujours ce mot-là, portée par des missionnaires ou des individus, et puis on sent que l'État intervient de plus en plus, alors ça ne veut pas dire que les autres arrêtent, tout ça se superpose, mais pour ce moment Seconde Guerre Mondiale, je vous voyais acquiescer.
Bernard Kouchner
Oui, parce que c'était très bien expliqué par Marie-Elise de Grandchamps, c'est que l'Europe dans l'après Seconde Guerre mondiale, il n'y a rien d'évident à sa mission humanitaire, celle qu'elle aura plus tard, précisément parce qu'on est récipiendaire en Europe de l'aide humanitaire américaine. Et c'est vrai aussi dans le cas colonial, il y a eu un très bel article d'un collègue, Vincent Bonnecas, qui s'appelle « Quand le Niger aidait la France ». Et le gouvernement de Vichy, par exemple, avait organisé le parrainage d'un village de Picardie, Rosière-en-Senterre, par la colonie du Niger. Avec exactement des levées de fonds au Niger, où les enfants nigériens devaient quasiment envoyer des sacs de riz en Picardie pendant la Seconde Guerre mondiale. C'est pour dire qu'il n'y a rien d'évident dans ces hiérarchies et en particulier dans ces années d'après-guerre où les choses sont assez instables. Par contre, ce qu'on va voir se mettre en place aux colonies dans l'après-guerre, c'est un agenda de santé publique qui est tenu par l'État colonial, avec des financements ad hoc, un fonds de développement colonial, le FIDES, qui est en partie dérivé du plan Marshall. Et donc, on va avoir un grand programme de développement où l'État colonial, effectivement, va s'approprier énormément d'initiatives de santé publique qui étaient plutôt à sa périphérie avant la Seconde Guerre mondiale.
Guillaume Lachenal
Nous avons parlé de la lèpre, mais parmi les maladies que vous avez identifiées, Guillaume Lachetal, enfin que vous avez identifiées, que ces médecins coloniaux veulent faire disparaître, il y en a une autre, c'est la maladie du sommeil.
Jean De Benedetti
« Suite aux travaux français, étrangers aussi, on est arrivé à trouver un sel, la lomidine, n'est-ce pas, qui est un préventif de première ordre, de première classe, n'est-ce pas ? Et actuellement, on fait des campagnes de l'homidisation qui consistent en quoi ? Elles consistent à piquer tous les individus de tous les villages dans une région contaminée, quand une région déclarée contaminée de maladie du sommeil. Ce faisant, on prémunit tous les habitants, au moins pendant six mois, pour une seule piqûre, on les prémunit contre une contamination. Vous voyez tout l'intérêt de la chose, puisqu'on peut traiter ainsi de gros contingents de travailleurs et les amener dans des régions où il y a des tsetses qui sont contaminantes.
Guillaume Lachenal
Et nous étions en 1953 avec le docteur Gaston Muras et Guillaume Lachenel, ils disaient exactement ce que vous nous avez expliqué, il faut sauver les gens, en fait non, des travailleurs ou en tout cas faire en sorte que l'on puisse emmener ces travailleurs dans des zones contaminées. Vous êtes l'auteur de ces ouvrages, le médecin qui voulut être roi sur les traces d'une utopie coloniale et Le médicament qui devait sauver l'Afrique, un scandale pharmaceutique au colonie. Ce médicament, c'est celui dont on a entendu parler ?
Bernard Kouchner
Oui, la lomidine qui est un médicament très intéressant justement pour réfléchir à cet après-guerre. dans les colonies. C'est que la recherche pharmaceutique avant et pendant la Seconde Guerre mondiale va faire toute une série d'avancées majeures, on le sait, avec les antibiotiques, la pénicilline pendant la Seconde Guerre mondiale, contre l'ALEP les sulfones, contre la maladie du sommeil la lomidine, toute une série de vaccins qui sont aussi ou découverts ou améliorés pendant la Seconde Guerre mondiale. l'insecticide, le DDT, qui va être un game changer, comme disent les Américains, contre le paludisme ou la polio, dont on craint parfois la transmission par les mouches. Donc, en fait, on a un nouveau paysage pour la santé dans l'après-guerre qui est complètement révolutionné par des techniques. et des nouvelles molécules qu'on va appeler les médicaments miracles. Et Murasz, là, dans son interview, parle de l'un d'entre eux, la lomidine, qui promet en fait d'éradiquer la maladie du sommeil en quelques années grâce à une nouvelle approche préventive. Alors les choses ne se passeront pas aussi bien que Murasz en parle, mais en tout cas, il y a un climat d'enthousiasme où on a l'impression, et les Américains vont d'ailleurs porter vraiment ce projet, on a l'impression que la pauvreté est un problème qui est techniquement soluble grâce à ces nouveaux outils qui vont permettre de vaincre la maladie qui finalement provoque la pauvreté, qui finalement jette les gens dans les bras des communistes. Et donc on a quelque chose qui s'agence dans l'après-guerre qui est ce projet de développement comme modalité de lutte aussi contre le communisme, qui va être portée par les États-Unis, mais aussi par tous les États coloniaux qui y voient aussi une façon de remettre un peu de souffle dans le projet colonial dans l'après-guerre.
Guillaume Lachenal
Et puis c'est préventif, alors ça c'est formidable parce que le médicament curatif, c'est très bien parce que la personne est malade, mais là c'est encore mieux, c'est-à-dire qu'on peut... Alors, préventif, mais il faut que tout le monde bénéficie de ce traitement.
Bernard Kouchner
Oui, alors vous voyez que c'est des projets qui sont extrêmement ambitieux, extrêmement lourds logistiquement. Et c'est vrai pour la maladie du sommeil, mais ça va être vrai avec toute la vaccination et d'ailleurs des organisations d'après-guerre comme l'UNICEF et l'OMS qui sont créées. en 1946, vont prendre à bras le corps cette approche préventive de la santé publique par la vaccination, et ici dans ce cas par la lomidinisation, qui est donc l'injection préventive d'un médicament à l'intégralité des populations exposées à la maladie du sommeil. Dans les colonies françaises, belges, britanniques, c'est des millions de personnes qu'il faut injecter chaque année, donc c'est très lourd. Ça posera des problèmes aussi de sécurité médicamenteuse, parce qu'il ne faut pas se rater, malheureusement, il y aura des accidents. Mais le récit général, c'est que cette approche humanitaire, sauver des vies au seuil de la mort, etc., elle s'éclipse un peu dans l'après-guerre, parce que l'ambiance est tout autre. On croit au développement, on croit que la prospérité est juste au bout du chemin. Il faut juste faire un effort, quitte d'ailleurs à exiger cet effort des populations degré ou de force, il faut faire un effort pour arriver à la prospérité. Et pour ça, on a des jeeps, on a des avions, on a des bulldozers, on a du DDT et on va transformer le monde. Dans ce climat d'enthousiasme, l'humanitaire venir sauver des enfants en train de mourir, etc. s'éclipse un peu et il réapparaîtra plus tard.
Guillaume Lachenal
Marius Desgranchand a écouté Guillaume Lachenal, on entend bien ici une vision très globalisante des populations d'Afrique parce que c'est ce qui nous intéresse particulièrement aujourd'hui. Nous allons vacciner des populations entières, nous allons injecter des médicaments à des populations entières et sauver tout le monde. Dans cette histoire-là, il y a une voix que l'on n'entend pas, c'est justement celle de ces populations-là. Il y a un intérêt qui est porté aux gens, est-ce qu'ils ont leur mot à dire ?
Marie-Luce Desgranchand
Ça dépend. Ce n'est pas toujours le cas, parce qu'on sait bien que ce genre de programme est porté aussi par une forme de paternalisme, justement, qui est très bien évoqué là. Ils n'ont pas toujours leur mot à dire. Cela dit, ça ne veut pas dire que ces populations ne vont pas se réapproprier certains de ces programmes ou certains éléments. peut-être moins sur la question des campagnes de vaccination ou de l'homédinisation, mais plus en général, les populations colonisées vont utiliser très clairement la rhétorique humanitaire et les enjeux humanitaires, les réseaux humanitaires aussi, pour internationaliser peut-être les conflits de décolonisation. On voit ça très nettement, par exemple, dans le cas de la guerre d'Algérie, où le Front National de Libération va créer un croissant rouge algérien, alors certes, et puis va vraiment investir, en fait, le domaine de la santé pour, justement, se faire une place, devenir un acteur légitime et au sein de l'Algérie et également sur la scène internationale. Donc, on voit bien que, finalement, acteurs de l'époque vont également se réapproprier en fait cet enthousiasme d'une certaine manière pour le développement et ou pour l'humanitaire.
Guillaume Lachenal
Marie-Luce Desgrandchamps, nous l'avons bien compris au temps de la colonisation, l'idée de mettre en avant les médecins et l'oeuvre civilisatrice pour la santé, c'est un outil de propagande bien sûr, et vous êtes en train de nous dire qu'au moment des indépendances, les populations anciennement colonisées ou encore largement dominées, utilisent des procédés de communication pour montrer qu'elles aussi prennent en charge la santé ou alors qu'il y a des problèmes de santé.
Marie-Luce Desgranchand
Oui, tout à fait. Et donc, on n'est pas uniquement sur quelque chose qui viendrait là encore que de l'Europe ou des États-Unis. Mais voilà, c'est des espaces, en fait, qui peuvent être utilisés. Et c'est vraiment ces espaces-là, ils servent véritablement à forger une légitimité. On voit ça également dans la guerre de décolonisation de l'Angola vis-à-vis de l'Empire portugais, enfin du Portugal. Et les mouvements de libération vont véritablement essayer devenir des acteurs de l'humanitaire, de la santé, de prendre en charge les réfugiés pour pouvoir justement montrer qu'ils sont légitimes, qu'on peut leur faire confiance et qu'ils peuvent mener leur pays à bien. Alors après, évidemment, tout ça, on peut discuter de tout ça, mais simplement pour dire que c'est Tous ces éléments-là ne vont pas toujours de soi. Et puis, autre élément important peut-être, c'est qu'il y a des formes de résistance aussi de la part de ces populations vis-à-vis de certains des programmes qui sont mis en place. On sait que, par exemple, dans le cas de la guerre des Mao-Mao au Kenya, certaines organisations humanitaires britanniques, telles que Save the Children, par exemple, ou la Croix-Rouge britannique, vont contribuer aux politiques contre-insurrectionnelles de l'Empire britannique. et les populations vont résister, par exemple, en n'acceptant pas le lait qui va être distribué aux maires, et ce type de choses. Donc on voit bien qu'il y a des choses qui se jouent. L'humanitaire n'est évidemment pas que des bons sentiments, il y a des rapports de domination en son sein qui sont très clairs.
Bernard Kouchner
Oui, il y a toute une anthropologie aussi de l'humanitaire qui insiste sur le fait que ces dons, y compris de nourriture, ou ces dons, ces gestes médicaux vont être très souvent suspects aujourd'hui des populations africaines avec des épidémies de rumeurs sur le vol de sang, par exemple, qui sont vraiment récurrentes, notamment en Afrique de l'Est. C'est des incidents parfois assez importants. Et ce don humanitaire, ce don sans contre-don, il est toujours très suspect. Parce qu'en fait, qu'est-ce qu'on nous prend qu'on ne voit pas quand on nous donne ce sac de riz ? Et donc ça, ça va être très intéressant et très riche parce qu'évidemment, il y a toutes sortes de théories qui sont échafaudées pour comprendre quelle est la valeur extraite. Et d'ailleurs, c'est des rumeurs qui sont rarement bêtes parce qu'effectivement, l'Afrique L'économie extractive en Afrique, ce n'est pas une découverte. Et donc, effectivement, cette suspicion, elle va être là, sur l'humanitaire.
Guillaume Lachenal
C'est vraiment intéressant ce que vous dites là, parce que si on reçoit quelque chose, on se dit, il y a un truc qui se cache, il y a quelque chose d'assez étonnant derrière. Et puis, dans le cas de toutes ces injections, les injections massives, Guillaume Lachenal, vous l'avez sous-entendu tout à l'heure, il y a quand même des soucis, c'est-à-dire que Dans la manière de considérer les personnes qui vont recevoir l'injection, le soin n'est peut-être pas poussé à l'extrême dans certains cas et ce qui conduit aussi à des problèmes.
Bernard Kouchner
Oui, alors on est dans une médecine préventive qui n'est pas une médecine de soin et qui est une médecine collective et qui n'est pas une médecine de l'individu. Ces médecines plus individuelles, plus cliniques, on va la voir plus dans l'univers missionnaire. Pfizer ne fait pas de la médecine vétérinaire un peu comme vont le faire certains médecins coloniaux. Ils soignent des individus, ce qui ne veut pas dire qu'il n'y ait pas de hiérarchie, voire de racisme dans ces relations médicales. En tout cas, c'est vrai que la santé publique coloniale va avoir une approche très collective des maladies et très préventive. Ce qui ne facilite pas aussi la considération éthique et les calculs risques-bénéfices à propos de ces interventions.
Guillaume Lachenal
Et puis, dans cette histoire, il y a le moment des indépendances. Marylouise Desgrandchamps, les structures mises en place Au temps des colonies, nous le savons, ne disparaissent pas du jour au lendemain au moment où est proclamée l'indépendance. Mais malgré tout, il y a toujours des besoins. Est-ce qu'on peut dire qu'il y a une continuité dans l'action humanitaire ? J'utilise toujours ce mot avec beaucoup de précaution parce que j'entends depuis que nous parlons combien il couvre plein de réalités. Mais voilà, l'indépendance, ça ne bouleverse pas complètement la volonté d'agir pour aider les populations.
Marie-Luce Desgranchand
Non, tout à fait. Et d'ailleurs, il y a un exemple assez frappant, c'est qu'on voit bien qu'il y a beaucoup de fonctionnaires des états coloniaux qui ont participé à ces plans de développement coloniaux dont on parlait juste avant. qui vont finalement se retrouver versés ou simplement s'engager que ce soit dans le monde des organisations internationales qui mettent également en place des plans de développement ou alors dans celui des organisations non gouvernementales. Dans ce milieu humanitaire, on va avoir à la fois des anciens fonctionnaires coloniaux qui vont côtoyer également des militants anti-coloniaux. Ça, c'est un premier élément. Et puis, deuxième élément, c'est ce rôle central des missionnaires. Et ce rôle des missionnaires va perdurer. C'est-à-dire que les missionnaires ne partent pas nécessairement avec la décolonisation. Il y en a un certain nombre qui restent sur place et ils vont jouer des rôles de relais finalement très clairs des organisations humanitaires, en particulier des ONG confessionnelles qui donc vont pouvoir s'appuyer sur ces missionnaires qui sont encore sur place.
Guillaume Lachenal
Voici venu le temps du développement.
Jean De Benedetti
L'île Roum, qui borne du côté de la mer, l'horizon de Conakry, donna autrefois à Stevenson le décor de son île au trésor. Et des épaves de la côte à la vieille chapelle des missions, bien des détails rappellent que Conakry a un passé avec son histoire et ses légendes. Mais à côté de ce Conakry vieillot et charmant est née une nouvelle ville qui étouffera un jour la première sous ses immeubles modernes. Conakry, capitale de Guinée, vit en ce moment une sorte de révolution, aussi bien dans son allure générale que dans la vitalité de son économie. Des hôtels d'un modernisme déterminé sont nés, en même temps que les rues se bordaient de magasins de lignes nettes, ciment, acier et vert, alors que les écoles de la ville sont pleines d'une poule d'écoliers qui mêlent sans distinction peau blanche et peau noire. Ce n'est d'ailleurs pas seulement la ville qui prend un visage neuf, Le réseau de route qui y aboutit, comme au centre économique du pays, est en phase d'acquérir un nouveau développement. C'est que Conakry est le débouché d'une industrie minière basée sur le fer et la boxe. Dans ce domaine, des travaux colossaux sont à l'étude en vue d'implanter une industrie puissante d'extraction et du traitement. Conakry a des chances de devenir d'ici un an ou deux une cité champignon digne des créations de l'Amérique.
Guillaume Lachenal
Ah le journal des actualités françaises, en 1957 nous étions donc à Conakry en Guinée, encore colonie française, c'est l'année suivante que la Guinée obtient son indépendance vis-à-vis de la France avec Guillaume Lachenal. La question complexe du développement, du mot, de la notion de développement dans cette histoire parce que l'action humanitaire c'est une chose mais le développement ça participe aussi de l'action humanitaire ?
Bernard Kouchner
Alors, ce qu'on voit, c'est qu'il y a un projet, un âge du développement, effectivement, et puis qui est très bien formulé par le président américain Harry Truman dans son discours inaugural en 1949, c'est son quatrième point, et dans son quatrième point, c'est l'assistance technique américaine, justement, qui va permettre de lutter contre la maladie et contre la pauvreté et contre le communisme. Et cet âge du développement, pour moi, il éclipse la question humanitaire. Et d'ailleurs, les grandes ONG humanitaires de la guerre, dont Marie-Lysse Legrand-Chand a parlé, CARE, Oxfam, vont très vite se repenser comme des ONG de développement. C'est-à-dire, on n'est pas là pour l'aide, on est là pour apprendre aux gens à céder, pour reprendre le grand cliché tiers-mondiste, etc. Et donc, c'est ça qui va être la tonalité dominante dans les années 50-60. Et quand on entend l'atmosphère à Conakry en 57, on se demande bien comment, et vous allez vous en sortir certainement, comment on va arriver à cet âge de l'humanitaire dans les années 70 ? Qu'est-ce qu'il va falloir ? Quelle crise on va avoir pour que l'humanitaire redevienne une évidence ? Parce que dans les années 60, l'évidence, c'est que le futur sera moderne à Conakry comme à Madagascar et sans les pouvoirs coloniaux, mais avec nos nouveaux amis français, américains ou chinois d'ailleurs, par l'assistance technique. Le climat c'est le développement, on ne demande pas qu'ils viennent nous sauver, on dit venez plutôt nous développer.
Guillaume Lachenal
Oui, c'est cette phrase que l'on emploie souvent en disant, ça sert à rien de donner du poisson, autant apprendre aux gens à pêcher. Voilà cette idée-là que maintenant, on est dans les années 1960, tout le monde va savoir pêcher et donc il n'y aura plus besoin d'action humanitaire et le développement va continuer. Et vous disiez, Guillaume Lachenal, mais qu'est-ce qui va faire basculer la chose ? Pourquoi on va arriver dans les années 1970 à un nouvel ordre humanitaire ? Fallait une crise, fallait un moment. Rendons direction le Biafran.
Jean De Benedetti
Troubles en Afrique, le Nigeria oriental fait sécession. Son assemblée consultative a donné mandat au gouverneur de proclamer l'indépendance de la région qui prendrait le nom de République de Biafra. Ce n'est pas une surprise pour le gouvernement fédéral de Lagos.
Marie-Luce Desgranchand
Son chef, le colonel Gowan, avait décrété.
Jean De Benedetti
Dès hier soir l'état d'urgence sur l'ensemble du territoire. Il a l'intention de procéder à un redécoupage de la fédération qui comprendrait désormais 12 États au lieu de 4. Le colonel considère que la crise déclenchée par la sécession du Nigeria oriental met en jeu l'existence même de la fédération.
Guillaume Lachenal
Nigérienne, aussi bien sur le plan politique.
Jean De Benedetti
Que sur le plan économique.
Guillaume Lachenal
L'indépendance du Biafra présentée en mai 1967 dans des actualités. Marie-Luce Desgranchamps, vous êtes l'autrice de l'Humanitaire en guerre civile, la crise du Biafra 1967, donc 1970. Vous pouvez nous expliquer d'ailleurs ce qui se passe à ce moment-là ? C'est une région du Nigeria qui proclame son indépendance, c'est bien ça ?
Marie-Luce Desgranchand
Cette indépendance fait suite à une série de troubles politiques qui ont démarré en 1966, donc une année auparavant, et qui ont été suivis d'un certain nombre de massacres au sein même de la Fédération du Nigeria, vis-à-vis notamment des populations de la population Igbo, qui est une population qui est plutôt originaire du Sud-Est, du Nigeria oriental. Et donc ces massacres ont nourri un immense sentiment d'insécurité, bien évidemment, au sein de cette population. Et ce sentiment d'insécurité est également utilisé par un gouverneur qui a également des ambitions personnelles très fortes et qui s'appelle le général Ojukwu et qui va justement déclarer l'indépendance du Biafra en mai 1967. Et suite à cette indépendance, évidemment, le gouvernement du Nigeria ne va pas accepter la perte d'une partie du territoire du Nigeria. Il faut dire également qu'il y a des réserves pétrolières au sein de ce territoire, puisque c'est le territoire qui comprend aussi le delta du Niger. Et donc le gouvernement va décider de reconquérir en fait, à la fois en soumettant cette région à un blocus, en l'isolant donc du reste du monde, et également par les armes. Donc il va essayer de reconquérir cette région, ce qui va être extrêmement difficile puisque cette reconquête ne va pas avoir lieu avant le début, le mois de janvier 1970.
Guillaume Lachenal
Ah oui, c'est très long et puis dès qu'on évoque les Biafra, les Biafrais, je suis sûr que nombre d'auditeurs ont immédiatement un souvenir en tête parce que ça a profondément marqué l'actualité du moment et encore après. Qu'est-ce qui s'est passé ? Pourquoi cette crise ? Mariluz Desgrandchamps est-elle si importante dans l'histoire qui nous intéresse, c'est-à-dire celle de l'action humanitaire ?
Marie-Luce Desgranchand
Alors tout d'abord c'est déjà à cause du blocus en fait. Une famine va se déclarer au sein de cette région. Famine qui va être très médiatisée. Médiatisée au départ notamment par le biais des missionnaires justement. On en a parlé au préalable mais effectivement ils sont absolument centraux dans cette histoire là. Ce sont eux qui vont commencer à alerter, à mobiliser auprès du Vatican, à mobiliser également le Conseil œcuménique des Églises. Donc en partie, c'est vraiment les réseaux catholiques et protestants qui se mettent en marche. Et puis, on va donc avoir des images d'enfants affamés qui vont inonder les médias occidentaux à l'époque. Et on me dit souvent que c'est un peu la première famine télévisée. Donc c'est effectivement quelque chose qui va marquer profondément les personnes qui vont voir ça ici. J'avais pu regarder à une époque les mobilisations qui avaient suivi un certain nombre d'appels qui sont menés par l'ORTF à l'époque. Et il y a des courriers vraiment de toutes les personnes qui voudraient se mobiliser en envoyant justement un paquet de riz ou quoi que ce soit. Et elles expliquent toutes ces personnes à quel point est-ce qu'elles ont été frappées, marquées, choquées par les images qu'elles ont pu voir. Donc on voit que c'est véritablement, on a les traces en fait de l'émotion que ces images ont pu susciter.
Guillaume Lachenal
Guillaume Lachenal, la crise du Biafra, là, dès 1967 et puis les années qui suivent, a profondément marqué les esprits et ces images d'enfants affamés, le ventre gonflé. C'est aussi cette histoire que vous nous avez évoquée dès le début de l'émission, c'est de la narration, de l'image qui accompagne l'action humanitaire.
Bernard Kouchner
Oui, et cette iconographie de l'enfant africain, effectivement, c'est quelque chose, si on s'amuse à la retracer, on voit qu'elle émerge justement dans la communication des missions en Afrique et notamment au Congo, où il faut sauver les enfants congolais dès les années 10 du XXe siècle. On voit ces enfants revenir avec la maladie du sommeil dans les années 20-30. et comme si c'était une sorte d'histoire un peu latente, elle ressort au moment du Biafra et donc elle parle à des regards qui sont quand même éduqués aussi par des décennies d'histoire coloniale en fait.
Guillaume Lachenal
Oui et puis dans ces moments-là bien sûr les médias sont importants et la communication de ces années 1960 permet la diffusion à beaucoup beaucoup de gens d'images et de reportages, de reportages très durs donc Préparons nos oreilles, c'est un reportage de 1968.
Jean De Benedetti
Images de l'exode, tout un peuple en marche qui fuit la guerre et l'occupation. D'abord, il y a les enfants. Écoutez battre le cœur d'un peuple. Regardez ces images qui rappellent celles d'il y a 23 ans. La découverte des premiers camps de la mort dans l'empire nazi effondré. Épuisés, ne tenant pas sur leurs jambes, ils font la queue devant les dispensaires de fortune que des volontaires distribuent au fil des arrivées, le lait en poudre que des avions emportent clandestinement chaque nuit. Quand les orages ne sont pas trop forts, nous voyons le terrain sous des trombes d'eau, une piste de fortune taillée dans la forêt où la route a été élargie pour permettre aux super constellations de se poser. Tous ces enfants sont morts maintenant. Le temps de prendre une photo. Quelques jours. Et puis ils ont disparu. L'Equay, du peuple des rivières, vient de mourir. Devant nous. Tout a flui. Le temps de régler la caméra. Et il s'est éteint sans qu'on s'en aperçoive. Il avait trois ans.
Guillaume Lachenal
Quand l'ORTF présente un tel document en 1968, pour les spectateurs, les spectatrices, l'évocation, mais elle est faite dans le document lui-même, renvoie au centre de mise à mort de la Seconde Guerre mondiale, Mariluz des Grands Champs. Là, il y a un lien qui est tiré, mais qui est comme évident en voyant ces images-là, ça rappelle la découverte, la libération des camps de concentration.
Marie-Luce Desgranchand
Oui, alors c'est vrai que c'est un parallèle qui va être tiré tout au long du conflit et il est forgé en fait dès le début, dès les premiers massacres parce qu'on établit une forme de parallèle, notamment dans la manière dont on va voir le conflit depuis ici. on établit une forme de parallèle entre les populations biafraises et les populations juives, en réactivant d'ailleurs au passage un certain nombre de clichés. Ce seraient des commerçants qui auraient bien réussi, qui seraient plus riches, etc. Donc c'est pour ça d'ailleurs qu'ils ont été assassinés, qui sont assassinés. et les Biafres eux-mêmes parlent très tôt de pogroms pour parler des massacres de 1966. Et puis, par la suite, ils essayent de tisser aussi ce parallèle avec les camps de concentration et d'extermination. Donc c'est quelque chose qu'on va retrouver tout au long du conflit, au niveau des images en particulier. Après, c'est un parallèle qui, évidemment, est là pour mobiliser. Il faut dire aussi que cette mobilisation pour le Biafra, elle ne va pas de soi. C'est un conflit lointain qui n'est pas forcément très intelligible. Donc, en fait, c'est une façon de lui donner une forme d'intelligibilité, en fait, en Europe et aux États-Unis en particulier, que de le comparer à ce qui a pu se passer pendant la Deuxième Guerre mondiale. Il y a des gens qui tissent aussi ce parallèle très clairement à dessein. Ce n'est pas anodin non plus que ce soit un reportage de l'ORTF. On est à une période où la France essaye tout particulièrement de soutenir le Biafra. Elle est pour affaiblir le Nigeria d'une certaine manière. Donc le général de Gaulle prend fait et cause d'une certaine manière pour cette rébellion et ils vont utiliser notamment l'humanitaire et la façon de présenter le conflit pour essayer de justifier l'indépendance du Biafra.
Guillaume Lachenal
C'est-à-dire que quand vous dites qu'il y a des gens qui diffusent ces images-là, mais même qui les produisent, quel est l'intérêt pour la France de soutenir le Biafra ? C'est vraiment de la géopolitique dans ces années 1960 ?
Marie-Luce Desgranchand
Oui, c'est de la géopolitique. Le Nigeria est un pays puissant, premier à un bel avenir au sein d'une Afrique de l'Ouest, au sein de laquelle, évidemment, les Français ont également un certain nombre d'intérêts. Et puis, l'idée, c'est un peu d'affaiblir l'ancienne colonie britannique et également de pouvoir accéder aux ressources pétrolières dont dispose la région.
Guillaume Lachenal
Et du point de vue des bienfaits, parce qu'il y a cela aussi dans les personnes qui ont tout intérêt à ce que ces images soient diffusées, il y a les populations victimes elles-mêmes. Est-ce qu'il y a de la part de ces gens la volonté ou en tout cas l'action de montrer ces images pour attirer le regard sur les horreurs dont ils sont les victimes ?
Marie-Luce Desgranchand
Et c'est quelque chose qui est pensé très tôt, c'est-à-dire que le régime Biafra va recourir à une agence de relations publiques, qui est d'ailleurs basée à Genève, qui s'appelle Markpress, et qui va s'occuper de diffuser des images du conflit, de faire parler du conflit et de vraiment de le présenter comme un génocide en cours vis-à-vis de la population biafraise. Alors ce qui est intéressant, c'est qu'au début ça fonctionne, mais progressivement, le public occidental, d'une certaine manière, devient aussi un petit peu méfiant vis-à-vis de cette manière de présenter les choses. Et finalement, ceux qu'on va le plus écouter ou croire et qui vont jouer le rôle de médiateurs, d'une certaine manière, entre ce conflit lointain et le public qui va se mobiliser ici, ce sont les humanitaires, alors que ce soit des délégués de la Croix-Rouge ou encore, toujours, ceux qui jouent le rôle d'humanitaires à ce moment-là, c'est-à-dire les missionnaires.
Jean De Benedetti
Au nom de la Croix-Rouge française, Et au nom du Comité français de la fin, je vous adresse à vous tous, qui m'entendez, mes remerciements les plus émus pour les dons que vous avez faits pour le malheureux Biafra. Ces dons, ils représentent une somme déjà considérable, bien que les totaux n'aient pas été encore définitivement établis. Elle affleure le milliard d'anciens francs. Mais d'où proviennent ces fonds ? Eh bien, ils proviennent de vous tous. Ils proviennent de vous, mes chers petits-enfants, qui, appartenant souvent à des familles nombreuses, avez adressé, avec le chèque souvent modeste que vous envoyez, des termes touchants, brisant votre tirelire au profit des petits-enfants vos frères du Biafran. Vous aussi, les vieux, vous avez manifesté votre solidarité, bien que souvent, pourvu d'une très modeste pension, Vous vous êtes sacrifiés pour envoyer une obole que vous jugez, vous, trop modeste. Et vous aussi, paysans, et vous aussi, ouvriers, ingénieurs, médecins, tous ! Vous avez fait preuve de cette solidarité qui anime tous les hommes chaque fois qu'un pays est malheureux.
Guillaume Lachenal
Jean De Benedetti qui s'exprimait ici au nom de la Croix-Rouge. Des remerciements avec Guillaume Lachenal. Le moment que vous évoquiez tout à l'heure, c'est-à-dire cette crise qui fait que ce qui était porté par la notion de développement ici prend une autre voie. Ça y est, là il y a de l'action humanitaire parce que nous sommes face à une crise. Le développement ne peut rien faire ici.
Bernard Kouchner
Oui, on est face à une crise et on est sur un ressort qui est un ressort affectif. C'est l'humanité commune et le spectacle de la souffrance qui justifie et motive l'action. Et ça, c'est l'humanitaire à l'état pur, on pourrait dire. Et ce qu'il y a d'important aussi au Biafra, c'est qu'effectivement va se nouer une histoire d'abord française, mais puis mondiale, autour de ces French Doctors, qui vont être une nouvelle voie dans ce paysage de l'humanitaire, qui va prendre son autonomie et même entrer en conflit avec les acteurs humanitaires déjà présents, notamment la Croix-Rouge.
Guillaume Lachenal
Médecins sans frontières, les french doctors. C'est à ce moment là qu'on a la mise en place.
Bernard Kouchner
On a un groupe de médecins au Biafra, mais ça Marie-Luce Desgrançons pourra compléter, mais un groupe de médecins au Biafra qui va rompre son vœu de silence qui va avec normalement les missions de la Croix-Rouge et dénoncer l'inaction et justement expliquer qu'il y a un devoir d'ingérence dans un conflit interne qui normalement ne sont pas les affaires du droit international, un droit d'ingérence. Et c'est là que d'abord se forme un groupe de médecins qui, deux ans plus tard, fondera MSF. Mais c'est là aussi qu'il y a ce French doctor, ce personnage médiatique du docteur débraillé, fatigué, mais déterminé à agir, qui vraiment prend corps.
Guillaume Lachenal
Marie-Luce Desgranchand, le moment est important, on le sent bien, de cette crise au Biafra pour comprendre l'évolution de l'action humanitaire avec ces médecins, médecins sans frontières.
Marie-Luce Desgranchand
Oui, tout à fait. Alors, comme vous l'avez dit, Médecins Sans Frontières, à ce moment-là, n'existe pas encore, puisque l'organisation est créée deux ans plus tard. Mais cela dit, c'est vrai qu'une partie de ces médecins sont déjà présents parmi les volontaires envoyés par la Croix-Rouge. On parlait de récits en début d'émission, le moment Biafra fait vraiment partie de ce récit de Médecins Sans Frontières, mais souvent c'est un récit qui a été fait a posteriori, parce que quand on regarde bien ce qui se passe au moment du Biafra, Alors effectivement, il y a certains des médecins qui vont créer Médecins Sans Frontières et qui sont là. Mais en fait, ils ne jouent pas un rôle absolument fondamental à ce moment-là, puisqu'ils font partie de groupes beaucoup plus larges de volontaires qui se sont rendus au Biafra dans le cadre de l'opération humanitaire qui est mise en place. Et puis, alors certes, ils témoignent, ils reviennent, ils témoignent. D'ailleurs, ils sont largement encouragés à le faire d'une certaine manière par les journalistes français dont certains sont proches du pouvoir qui, justement, ont besoin de témoignages de personnes qui reviennent pour justifier cette forme de soutien au Biafra. Et au-delà de ça, Leur témoignage à l'époque n'est pas mal vu par la Croix-Rouge, d'une certaine manière. Au contraire, la Croix-Rouge a aussi besoin qu'on parle de ce qu'elle est en train de faire sur place. Donc, ils rompent leur serment de silence, certes, mais d'une certaine manière, ceux qui les regardent faire sont bien contents qu'ils puissent le faire. Cela dit, à mon sens, la création de Médecins Sans Frontières participe de façon plus large à quelque chose qu'on voit véritablement au moment du Biafra, qui est la montée en puissance des ONG sur la scène internationale. Et cette montée en puissance, elle est visible parce que qui, finalement, vont être les acteurs qui vont mener cette opération humanitaire d'envergure pendant deux ans au sein du Biafra ? Eh bien, ce sont les ONG. Ce ne sont pas les organisations internationales, ce ne sont pas les États. Parce que ces acteurs-là ne peuvent pas agir puisqu'il s'agit d'une guerre civile. Et donc on ne veut pas de leur action. Et donc finalement, le gouvernement nigérien est très jaloux de sa souveraineté. C'est une souveraineté qui est fraîchement acquise. Le Nigeria est indépendant depuis 1960. Donc, ce qui se passe, c'est que les seuls acteurs qui peuvent finalement agir à ce moment-là, ce sont les ONG. Alors, pas Médecins Sans Frontières parce qu'elle n'est pas créée, mais justement les ONG confessionnelles, la Croix-Rouge. Et puis, alors la Croix-Rouge, ça inclut à la fois le Comité international de la Croix-Rouge, mais également les Croix-Rouge européennes, suédoises, danoises, norvégiennes, qui sont extrêmement mobilisées pendant ce conflit. Et en fait, ce sont ces acteurs-là qui vont forcer le blocus, d'une certaine manière, et qui vont apporter de l'aide au sein du Biafra. Et cette montée en puissance des ONG, elle va être telle qu'on va les accuser finalement d'avoir prolongé le conflit. Donc d'avoir, par le biais de l'humanitaire, été des vrais acteurs au sein même du conflit.
Guillaume Lachenal
Voilà, les ONG qui prennent vraiment leur place dans cette action avec le silence qui a déjà été évoqué. C'est un peu comme les missionnaires, il y a un truc, on ne dit pas quand c'est de l'humanitaire mais avec la crise du Biafra, les choses changent. Après la crise, en 1970, il y a la création de Médecins Sans Frontières avec parmi les fondateurs Bernard Kouchner.
Jean De Benedetti
Il faut hurler, il faut prévenir. Et pour prévenir, il faut parler, il faut témoigner. Pas toujours, je le répète. Mais lorsqu'il n'y a pas de témoin, il faut que nous soyons le porte-voix des gens qui n'ont plus de voix. Maintenant, c'est accepté. Il y a vingt ans, c'était une révolution. Et à l'époque, bien sûr, nous savions. Moi, j'étais hanté par Auschwitz. Pourquoi la Croix-Rouge n'avait pas parlé ? Pourquoi la Croix-Rouge ne parlait pas devant le phénomène monstrueux du Garda ? était-ce la même chose ? Et je ne voulais pas qu'un jour mes enfants ou n'importe qui m'accusent de m'être tué à ce moment-là. Et maintenant avec le livre de M. Favez, du professeur Favez, on doit dire, car c'est devenu scientifique, tous mes amis de la Croix-Rouge internationale reconnaîtront qu'il y avait au moins un grave problème qui engagait l'humanité entière. Mais à l'époque, nous en parlions et on disait mais ça n'est pas vrai, ça n'a pas existé, nous ne savions rien. Je vais vous dire quelque chose de plus sinistre encore. Je crois que la Croix-Rouge internationale a rendu un grand service à l'humanité en ne révélant pas les camps de concentration. Parce que personne n'aurait rien fait. Alors ça a soulagé la conscience universelle. Car il s'en passe des massacres en ce moment. Et personne ne dit rien, ou même quand on le sait, on ne fait pas grand chose.
Guillaume Lachenal
En ce moment, c'était 1989, avec des échos sur l'actualité qui font frémir, bien sûr, Bernard Kouchner, un des fondateurs de Médecins sans frontières, fondé en 1971. Médecins du monde, c'est 1980. Et ici, 1989, là aussi, il y a cette narration faite à postériori Guillaume Lachenal. On peut parler d'un nouvel ordre humanitaire après la crise du Biafra.
Bernard Kouchner
Certainement, en tout cas, la crise du Biafra va devenir un mythe fondateur de l'histoire de MSF et de l'humanitaire, donc qui est une histoire curieuse parce que c'est aussi une histoire française. Et bon, Kouchner a évidemment beaucoup de talent quand on l'entend là, mais le nationalisme français réinventé, notre nationalisme, va s'attacher à cette figure des French Doctors. Et c'est pas anodin d'ailleurs que ça soit en anglais, c'est qu'on se voit dans ce miroir et la France post-coloniale s'imagine elle-même à travers ces figures, imagine son rôle à travers ces figures de French Doctors.
Guillaume Lachenal
Marie-Luce Desgranchand, là aussi, nouvel ordre humanitaire après la crise du Biafra, donc dans ces années 1960, toute fin des années 1960.
Marie-Luce Desgranchand
Oui, alors voilà, nouvel ordre humanitaire, comme je vous l'ai dit, surtout parce que les ONG vraiment montent en puissance. On va les voir, on va les entendre de plus en plus. Après, il ne faut pas non plus imaginer que c'est la révolution au moment du Biafra. Comme je vous l'ai dit, il y a des discussions, même au sein de Médecins Sans Frontières, dès les débuts en fait, sur quel type d'organisation est-ce qu'on veut. Est-ce qu'on veut une organisation uniquement dédiée à l'urgence, qui parle beaucoup, ou au contraire qui se professionnalise ? Il ne faut pas voir non plus les choses comme une révolution nécessairement à ce moment-là, mais un moment qui cristallise des changements.
Guillaume Lachenal
Et des débats qui se poursuivent aujourd'hui. Merci vivement à tous les deux d'avoir apporté ce regard de l'historien sur ces questions-là. Marie-Luce Desgranchand, l'humanitaire en guerre civile, c'est publié aux presses universitaires de Rennes et Guillaume Lachnal, le médecin qui voulut être roi sur les traces d'une utopie coloniale et le médicament qui devait sauver l'Afrique. Ce scandale pharmaceutique aux colonies, c'est votre ouvrage à la découverte. Merci vivement à tous les deux d'être venus dans le cours de l'histoire.
Marie-Luce Desgranchand
When we heed a certain call When.
Guillaume Lachenal
The world must come together as one.
Jean De Benedetti
There are people dying Oh, and it's.
Marie-Luce Desgranchand
Time to lend a hand to life.
Guillaume Lachenal
C'est le cours de l'histoire sur France Culture, une émission réalisée par Thomas Beaux à la technique Marie-Claire Oumabadi et merci à Céline Lachal à RTS1, la radio télé suisse à Genève pour le duplex. Le cours de l'histoire, une émission préparée par Jeanne Delecroix, Raphaël Lalloum, Jeanne Copé, Tom Hundenstock, Solène Roy et Mayouane Guizhou. Émission à retrouver podcastée sur franceculture.fr et l'appli Radio France.
Episode: Humanitaire, histoires d'aide et d'ingérence 4/4 : Du Cameroun au Biafra, ombre coloniale sur l'humanitaire
Date: September 25, 2025
Host: Guillaume Lachenal (France Culture)
Main Guests: Bernard Kouchner (co-fondateur MSF, médecin), Marie-Luce Desgrandchamps (historienne, Université de Genève)
This episode explores the complex entanglement between humanitarian action and colonial legacy, focusing on French and European interventions from colonial West and Central Africa through decolonization, up to the Biafra crisis of the late 1960s. The guests analyze how “humanitarianism” has both evolved and been constructed as narrative—often serving both altruistic and imperial interests, and how critical moments like the Biafran War shifted the landscape towards modern humanitarian organizations like Médecins Sans Frontières (MSF).
"On sauve des vies pour sauver des vies, et on sauve des vies pour mettre en valeur les colonies... L’impératif humanitaire sert aussi à la justification du colonialisme."
— Bernard Kouchner, [03:52]
"Le récit est stratégique… pour se financer, Schweizer va reposer sur des levées de fonds aux États-Unis, en Europe. Ces levées reposent sur une imagerie, sur des histoires..."
— Bernard Kouchner, [10:17]
"Ce don humanitaire... il est toujours très suspect. Qu’est-ce qu’on nous prend qu’on ne voit pas quand on nous donne ce sac de riz ?"
— Bernard Kouchner, [26:21]
"On établit une forme de parallèle entre les populations biafraises et les populations juives... Les Biafrais eux-mêmes parlent très tôt de pogroms pour parler des massacres de 1966."
— Marie-Luce Desgrandchamps, [42:18]
"Il faut hurler, il faut prévenir. Et pour prévenir, il faut parler, il faut témoigner... il faut que nous soyons le porte-voix des gens qui n'ont plus de voix."
— Bernard Kouchner, [54:03]
"Le moment Biafra fait vraiment partie de ce récit de Médecins Sans Frontières, mais souvent c'est un récit qui a été fait a posteriori..."
— Marie-Luce Desgrandchamps, [50:08]
The episode, blending historical analysis and contemporary resonance, reveals that humanitarian action is always embedded in power relations, narratives, and political interests. The legacy of colonial humanitarianism persists—sometimes in the personnel and institutions, sometimes in the very structure of aid and development. The Biafra crisis marks a major inflection, catalyzing both the rise of NGOs and a new ethos that foregrounds media, testimony, and, at times, the “right of interference.”
As Marie-Luce Desgrandchamps cautions ([56:27]):
"Il ne faut pas voir non plus les choses comme une révolution nécessairement à ce moment-là, mais un moment qui cristallise des changements."
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This summary is designed to be a rich, standalone guide for listeners and non-listeners alike, providing structure, analysis, and direct insight from the original podcast.