
Immeubles, l’histoire à tous les étages 3/4 : Fenêtres sur le monde, quand un immeuble raconte les migrations
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Xavier Mauduit
Bonjour, c'est Xavier Mauduit. Le Cours de l'Histoire se fait parfois aussi, agent immobilier, quand il s'agit de visiter le passé. Immeubles, l'histoire à tous les étages. Une émission avec Fabrice Langrenier, lauréat du Grand Prix des Rendez-vous de l'Histoire de Blois, pour Voisins de Passage, une micro-histoire d'émigration. Bonne écoute.
Narrator
Le Cours de l'Histoire.
Xavier Mauduit
Xavier Mauduit. Direction le nord de Paris, à 500 mètres de la porte de la chapelle, à la plaine Saint-Denis, au numéro 95 de l'avenue de Paris, un immense bâtiment en briques noires de suie porte au-dessus de sa grille gigantesque cette inscription « Verrerie, Legras et compagnie ». Voilà ce qu'on peut lire en juillet 1912 dans La Voix des Verriers, c'est la revue de la Fédération Française des Travailleurs du Verre. Le titre de l'article ? Accrochez-vous ! La viande à feu, un bagne capitaliste à deux pas de Paris. Un bagne capitaliste. Mais où vivent ces travailleurs, ces travailleuses qui travaillent dans ce bagne ? Fenêtre sur le monde.
Narrator
Quand un immeuble raconte l'émigration. En guise de pré-générique, transportons-nous dans l'Europe du printemps 1869. Cinq enfants vivent alors leur premier jour. Edmond, Ernest, Victoria, Bernardo et Lucie. Ces cinq familles ne pouvaient se douter que leur chemin se croiserait un jour. Nous qui pouvons lire leur futur dans les sources savons qu'elles deviendraient voisines, à l'aube du XXe siècle, dans un immeuble de la banlieue parisienne. Mais cela n'était pas écrit d'avance. Pour rendre possible l'intersection de ces existences, il fallait que s'opèrent plusieurs changements de contexte. C'est là, dans cet environnement précis, au bord d'une grande avenue arborée, où se presse une foule changeante de personnages, que ce livre d'histoire s'apprête à frapper les trois coups. L'intrigue rassemble les habitantes et les habitants des 9602 avenue de Paris, à la plaine Saint-Denis. L'action se.
Xavier Mauduit
Déroule entre 1882 et 1932. Comment ne pas avoir envie de lire la suite de.
Fabrice Langrenier
Ce.
Xavier Mauduit
Livre ? Bonjour Fabrice Langrenier. Bonjour. C'est l'introduction de votre livre que l'on vient d'entendre lu par Raphaël Laloum. Ce livre c'est « Voisins de passage, une micro-histoire des migrations ». C'est publié à La Découverte. Vous êtes chercheur en histoire à l'Université libre de Bruxelles et au Centre d'histoire sociale des mondes contemporains. C'est l'université Paris 1.
Fabrice Langrenier
Panthéon-Sorbonne. Où se trouve cet immeuble ? Cet immeuble se trouve juste en dehors de Paris vers le nord sur cette ancienne voie, très ancienne, ce chemin médiéval qui menait de Paris à Calais et celui-là même qu'aurait parcouru Saint-Denis le jour de son martyr avec sa tête sous son bras en descendant de Montmartre. Et donc c'est le long de cette grande avenue qui sépare la chapelle, la.
Xavier Mauduit
Porte de la chapelle, de la ville.
Fabrice Langrenier
De Saint-Denis. Quelle période vous a intéressée ? La fin du XIXe et le premier tiers du XXe siècle. J'ai choisi de me concentrer sur 50 années pour faire cette radiographie d'une population envisagée en la déterminant parce qu'elle avait été occupante d'un seul.
Xavier Mauduit
Et même immeuble ou ensemble d'habitation à.
Fabrice Langrenier
Une adresse précise. Vous l'avez choisi comment cet immeuble ? Eh bien je ne l'ai pas choisi tout à fait par hasard. Vous l'avez dit, c'est une micro-histoire des migrations que j'ai essayé de mettre en œuvre. Et ce qui m'intéressait, c'était donc de saisir un endroit où les gens venaient de multiples origines. Donc j'ai cherché à jeter mon dévolu sur un immeuble qui a abrité, à cette période-là, une grande diversité de populations. Et j'ai aussi eu besoin de trouver un immeuble qui soit suffisamment vaste, ou en tout cas qui abrite suffisamment de familles pour avoir plus de.
Xavier Mauduit
Chances de trouver des traces à leur sujet dans les archives. Bah oui, parce que, historien, vous avez besoin de sources, bien sûr. C'est pas de la fiction, vous n'allez pas raconter le destin de ces gens. C'est magnifique, la fiction aussi, mais là, c'est pas du tout cette démarche-là, c'est de la micro-histoire. Il y a besoin de s'appuyer sur des sources. Ces sources sont multiples, obligatoirement multiples, pour essayer de reconstituer la.
Fabrice Langrenier
Vie de celles et ceux qui ont vécu dans cet immeuble. Oui, exactement, puisque en serrant le cadrage, en adoptant cette focale extrêmement proche des populations d'autrefois, le pacte que j'ai passé avec mes lectrices et mes lecteurs, c'est de faire flèche de tout bois pour essayer de retrouver dans les sources archivistiques, publiques ou privées, celles conservées par les familles elles-mêmes, eh bien, toute information au sujet des migrantes et des migrants, des locataires de cet immeuble, pour pouvoir essayer d'en tisser une histoire, de nous renseigner collectivement sur la manière dont ces gens vivaient à l'époque, leurs conditions de vie, mais plus spécifiquement, en ce qui me concerne, sur la manière dont leurs positionnements sociaux les uns par rapport aux autres, fondés sur l'origine géographique, mais aussi sur le genre, sur.
Xavier Mauduit
Leur classe sociale, avaient pu se reconfigurer au fil du temps. Oui, c'est toute une réflexion sur les interactions entre ces différents personnages avec le temps, qui est bien sûr important, une évolution. Votre étude commence dans les années 1880, elle se termine dans les années 1930. 1880, si nous.
Fabrice Langrenier
Nous rendons sur place, la Plaine-Saint-Denis, ça ressemble à quoi ? Eh bien, ça ressemble à une sorte de morne pleine, en tout cas, quelques années auparavant, à la fin du Second Empire. La plaine Saint-Denis est encore une marge géographique où on passe, où les hommes et les bêtes circulent, mais on ne s'arrête pas vraiment. Elle est très peu peuplée. C'est un espace interstitiel entre Saint-Denis et Paris. Et puis, à la faveur de l'industrialisation, qui connaît un essor extrêmement rapide dans les dernières décennies du XIXe siècle, la plaine Saint-Denis devient.
Xavier Mauduit
À la belle époque, un des quartiers industriels les plus importants d'Europe. Parce qu'ici nous avons une plaine et on l'entend bien, c'est cet aspect géographique qui prime dans la dénomination parce qu'il y avait des vaches pour alimenter Paris en lait. C'est vrai que pour transporter le lait, rien de tel que d'avoir la vache à côté.
Fabrice Langrenier
Et l'industrialisation transforme cette plaine. Qu'est-ce qui s'installe ici comme type d'industrie ? Et bien d'abord des ateliers, des entrepôts. Encore aujourd'hui subsistent les magasins généraux de Paris qui entreposent un certain nombre de marchandises et qui datent du premier tiers du XIXe siècle, qui sont un des premiers établissements qui s'installent à la plaine Saint-Denis, en dehors des murs de Paris. Et les usines métallurgiques chimique, la verrerie que vous avez évoquée en introduction, cette grande verrerie de la Plaine-Saint-Denis qui prend le nom de son propriétaire fondateur, Monsieur Legras, et bien ces fabriques qui emploient plusieurs centaines d'ouvriers chacune, se multiplient à la Plaine-Saint-Denis, sans pour autant faire disparaître le passé rural du terrain, les maraîchers continuent en arrière des cours et des avenues de la Plaine-Saint-Denis à faire pousser leurs salades et ensuite à se rendre au HAL de Paris pour les vendre. Les gens eux-mêmes, les migrantes et les migrants, qui sont pour l'essentiel des ruraux, qui sont peut-être passés auparavant dans certaines villes de France ou d'ailleurs, ont eux aussi gardé les traditions de leur première existence. C'est pour cela que dans les immeubles, notamment celui que j'ai étudié, on trouve des poulaillers, des clapiers à lapin pour assurer une forme de subsistance en cas de besoin. Donc on a un territoire qui se modifie à très grande vitesse, une banlieue que certains dans la presse de l'époque n'hésitent pas à qualifier de Manchester français, tente et forte son industrialisation, la pollution industrielle qui accompagne ce développement. Et pour autant, voilà, une plaine Saint-Denis qui garde longtemps, jusqu'à.
Xavier Mauduit
La fin de la période, jusqu'à l'entre-deux-guerres, des survivances de son passé rural. Avec cette verrerie Legras que l'on a évoquée, la verrerie Legras produit des choses sublimes, on est plutôt ambiance vase sensationnelle, c'est type Émile Gallet, c'est pas de la verrerie pour faire des vitres, c'est vraiment quelque chose ici qui nous fait pensée à une oeuvre d'art, elle est étonnante d'ailleurs. J'évoquais en introduction cet article de 1912 qui parle d'un véritable bagne. Il y.
Fabrice Langrenier
A ici une forte production et surtout beaucoup d'employés dans cette verrerie Legrain. Oui, beaucoup d'employés, je le disais, elles commencent avec une dizaine de personnes à la fin des années 1850, des gens originaires de Lorraine en particulier, d'où vient le fondateur M. Legras lui-même, puisqu'il est originaire des Vosges, il embauche des compatriotes, il est ancien ouvrier de verrerie. Et la verrie progresse surtout à partir de l'annexion par le nouvel empire allemand de l'Alsace, de la Moselle et de la Meurthe en 1871, puisque une grande partie de l'industrie verrière qui se trouvait dans ces régions-là ne peut plus approvisionner comme avant le marché notamment parisien. A Paris, l'essor des grands magasins, la demande pour ces objets de de verreries peintes, décorées, élaborées s'augmentent. Et donc la verrerie de Legram, et il y en a beaucoup d'autres en Ile-de-France, trouve sa clientèle et recrute des ouvriers à tour de bras, jusqu'à en.
Xavier Mauduit
Avoir plus de 1 000 à la veille de la Première Guerre mondiale. avec une première migration, vous l'évoquez, la Lorraine. Bien sûr, dans le schéma que nous pouvons avoir en tête, c'est au moment où la France perd la guerre de 1870, que l'Allemagne récupère la Lorraine, la Moselle. Et bien, ceux qui ont décidé de changer de territoire pour rester français arrivent à Paris. Vous nuancez ça. C'est pour ça aussi que.
Fabrice Langrenier
L'Étude fine des migrations nous permet aussi d'aller à contre-rebours de nos représentations. Oui, en réalité, pour ce qui est des migrations alsaciennes et mausélanes et de l'ancien département disparu de la meurtre de cette époque-là, on a tendance, en se focalisant sur la législation qui avait été adoptée au moment de l'annexion de ces départements et de la défaite de la France en 1871, on a tendance à penser que c'est dans la période que l'on appelait la période d'options, de 1871-1872, que ces familles, originaires de l'Est, avaient choisi ou non de rester françaises et donc avaient migré notamment vers la capitale. C'est en partie vrai, ça concerne des milliers et des milliers de personnes, mais Beaucoup d'autres sont venus parfois avant, étaient déjà venus en région parisienne sous le Second Empire et surtout dans la décennie 1880 pour des raisons un peu plus économiques que politiques. Et c'est le cas d'un certain nombre de verriers qui continuent, qui restent dans leur emploi en Lorraine et qui rejoignent cette verrerie Le Gras à la faveur des opportunités, en particulier salariales, offertes par Le Gras aux ouvriers qualifiés, ce qui n'est pas le cas évidemment des petits-enfants dépourvus de toute qualification, mais les salaires qu'il offre sont attractifs pour les Alsaciens lorrains. Et dans les années 1880, on voit tout.
Xavier Mauduit
Un certain nombre de familles qui se déplacent et arrivent à la Plaine-Saint-Denis. Voisin de passage, une micro-histoire des migrations, Fabrice Langrenier. On sent bien ici dans le cas des Lorrains qu'il n'y a pas une raison de migration, migration politique, oui elle est là, migration économique, elle est là aussi, mais parfois les deux se croisent et vous venez de l'évoquer dans le cas de cette.
Thomas Beau
Verrerie Legras à la Plaine-Saint-Denis. Ce qui choque, c'est le travail des enfants. Après avoir traversé un apanthie où règne une chaleur intolérable, nous entrons dans un bâtiment en forme de tour. J'ai, dès l'abord, l'impression de me trouver dans une fournaise, tant je suis suffoqué par l'éclat des flammes et surpris par une chaleur dont je n'ai jamais connu l'appareil, même en plein cœur de l'été. En voyant ensuite confusément des gens courir dans la fumée, en entendant des voix rauques, jurées et blasphémées, je comprends que nous sommes en fait parvenus à notre lieu de travail. Oh, maman, chère maman, quelle chance que tu sois loin. Des quantités de fours aux ouvertures distantes d'un mètre environ l'une de l'autre sont réparties le long de l'enceinte de la tour. A deux pas de leur gueule brûlante, devant chaque orifice, se trouvent deux ou trois enfants qui, avec l'extrémité d'une tige de fer, recueillent de la pâte de verre brûlante pour la donner au verrier. En cercle autour de lui, d'autres petits garçons, assis un peu plus loin du feu, ouvrent et ferment l'étampe dont se sert le verrier en soufflant les bouteilles. Il y a peu d'ouvriers adultes par rapport au nombre d'enfants, car chacun d'eux en a 6 ou 7 autour de lui. Voilà ce qu'on lit dans le Petit Verrier, livre pour enfants datant du 19e siècle, mais que l'on réédite encore aujourd'hui. L'avertissement des éditeurs précédant l'édition de 1849 précise.
Xavier Mauduit
D'Ailleurs, les faits rapportés ne se produisent plus et ne pourraient plus arriver. Vous l'avez entendu, dans cet archive, c'est la lecture de cet ouvrage, le petit vergal, édition 1849, évocation de ce qui se passe. Dans l'archive, c'est à Naples, mais on a ici deux aspects, Fabrice Langrenier, que l'on peut évoquer dans cette réflexion que vous avez sur la Plaine-Saint-Denis et l'étude que vous réalisez autour d'un immeuble. La première, c'est cette verrerie Legras, emploi des enfants, et ça choque. Je le disais, 1912, on.
Fabrice Langrenier
Parle encore d'un bagne pour ce lieu qui est absolument terrible, travail d'enfant. travail d'enfant depuis des temps immémoriaux dans l'industrie verrière. Et c'est précisément parce que c'est très ancien d'employer des enfants dès qu'ils sont en âge de se déplacer, donc parfois dès 6 ou 7 ans. Traditionnellement, c'était les enfants des verriers eux-mêmes, des ouvriers et des ouvrières employés dans les verries au XVIIe, XVIIIe siècle. C'est précisément parce que c'est une tradition ancienne que lorsque la Troisième République, en 1874, et puis surtout avec une grande loi de 1892 prohibant le travail infantile en dessous de l'âge de 13 ans dans les verries, Lorsque la Troisième République décide de réglementer le travail des enfants, de l'interdire, on observe une très grande résistance des patrons verriers, de leurs homologues des mines également, qui refusent de changer de modèle et de se passer de cette main d'oeuvre qui ne leur coûte quasiment rien. puisque les enfants gagnent une fraction infime du salaire des adultes et qui leur permet de former leurs apprentis sur le tas. Si vous commencez à travailler à la verrerie à 8 ans, c'est sûr qu'à 18, vous connaissez très bien le métier. Et donc, à partir des années 1890, ça choque d'autant plus que c'est interdit. Et les conditions, on vient de l'entendre dans cette archive, qui est une archive relative au sud de la péninsule italienne, mais qui pourrait tout à fait décrire ce qui se passait dans la vérierie Legras de la plaine Saint-Denis. Eh bien, les conditions, évidemment, en particulier auprès des fours de fusion, où le verre est fabriqué, sont absolument dantesques, avec des chaleurs accablantes, des fumées, un bruit absolument terrible, une journée très longue. Ce sont des usines à feu continu, c'est-à-dire qu'on ne peut pas se permettre d'interrompre les fours, sinon il faudrait plusieurs jours pour les rallumer. Et donc on a des équipes de verriers qui se succèdent jour et nuit. Et donc ces équipes sont très hiérarchisées. Au sommet se trouvent des verriers qualifiés qui vont façonner, modeler le verre et qui sont assez stables à leur poste de travail. Et puis se dépêchent entre la place de fabrication et les fours, et bien ces petits gamins, comme on disait à l'époque, qui sont hauts comme trois pommes et se déplacent avec les bulles de verre au bout de leurs cannes, dans des conditions assez terribles. terrible au point que beaucoup sont affligés par toute une série de pathologies et ne font pas de si vieux os que ça dans le métier, essayent de le quitter, mais sont souvent soumis à la pression de leur famille notamment pour rester à la verrie et.
Xavier Mauduit
Compléter le revenu familial par les quelques francs par semaine qu'ils peuvent rapporter. Et dans cette archive qui évoque ce monde napolitain, vous nous dites que ça aurait pu se passer à la verrie-le-gras à la Plaine-Saint-Denis. On a entendu dans l'archive évidemment un accent italien, enfin pas un accent, de l'italien parce que nous sommes en Italie mais ça pourrait se passer aussi à la verrie-le-gras parce que immigration, migration, qui vient de l'est de la France, de la Lorraine et de la Moselle, mais aussi italienne. Ça.
Fabrice Langrenier
C'Est un deuxième temps, on voit à partir de quand arrivaient des Italiens. Alors à partir du milieu de la décennie 1890, Le Gras n'est pas le premier maître verrier à se tourner vers cette main d'oeuvre, en particulier cette main d'oeuvre infantile italienne, mais il s'y met en 1896. Pourquoi ? Et bien précisément, pour la raison que j'ai évoquée, cette législation de 1892, cette législation sociale qui interdit le travail des enfants de moins de 13 ans, et bien les patrons verriers, mais également mineurs, se disent Ayons recours à cette main d'œuvre étrangère, infantile, pour continuer nos pratiques ancestrales d'emploi des petits enfants, en particulier des petits garçons, mais pas exclusivement. Et leur âge sera beaucoup plus difficile à contrôler par l'inspection du travail, puisqu'ils ne parlent pas la langue et que leurs documents sont des documents d'identité ou en tout cas d'état civil étranger. Tout cela nous.
Xavier Mauduit
Permettra de continuer en violation de la loi, à faire comme on faisait avant. Oui, parce que c'est vraiment ça, cette histoire où l'on croise tant d'histoires, et je mets des S parce qu'il ne faut pas mettre des étiquettes à l'histoire, mais c'est de l'histoire sociale, de l'histoire économique, on l'entend bien ici avec cette verrie de Legras, et puis c'est cette histoire aussi presque du quotidien qui nous intéresse, cette histoire du quotidien, c'est celle à l'intérieur d'un immeuble, cet immeuble, il se trouve avenue de Paris. Fabrice Langrenier, cet immeuble, c'est réellement.
Fabrice Langrenier
Un immeuble, c'est plus complexe qu'un immeuble. C'est quoi exactement ? Alors c'est ce que, dans le parler populaire, de Paris à la belle époque, on appelait une cité, une cité ouvrière. Le mot a eu une postérité tout à fait intéressante dans l'histoire des banlieues françaises et parisiennes. À l'époque, une cité, c'est précisément comme cela, des immeubles en dur, en pierre ou en brique, sur rue. Ici, un des immeubles est élevé de cinq étages, un autre de deux sur l'avenue elle-même, avec des boutiques en rez-de-chaussée, deux bistrots même en façade où les ouvriers passent avant d'aller à l'usine et lorsqu'ils en sortent le soir venu. Et puis, on accède par des passages sous ces premiers immeubles à de vastes cours profondes comme un terrain de football, pour que les auditrices et les auditeurs puissent se représenter l'ampleur de la chose, où se construisent progressivement par le jeu des locations et des sous-locations se construisent de manière assez anarchique des baraques, des petites bicoques, des remises d'outils pour les artisans. Et c'est là que s'agglomère la majeure partie de la population de l'immeuble. Donc c'est un immeuble qui est particulièrement peuplé, voire surpeuplé, puisqu'il accueille jusqu'à 100 familles en 1911, avec près de 500 habitants, qui vivent dans des appartements, il faut le souligner, qui sont, pour nos standards à nous contemporains, extrêmement exigus, puisque les appartements font entre 12 et 15 mètres carrés. On a des familles de 4, 5, 6 personnes qui vivent à l'intérieur de ces appartements. Et donc, certains dans les étages, mais en réalité beaucoup dans ces baraques qui construisent.
Xavier Mauduit
Une forme de petit village de briques et de brocs à l'arrière de la parcelle. Ah oui, donc quand on est avenue.
Fabrice Langrenier
De Paris, on voit la.
Xavier Mauduit
Façade d'un immeuble. Alors là, c'est quoi ? C'est de la brique ? C'est de la pierre. Un immeuble, donc évidemment au rez-de-chaussée il y a les bistrots, on l'a compris, on rentre dans l'immeuble, escalier qui dessert des appartements et là on est dans le dur. Ça veut dire qu'ici on a une population qui est un peu plus riche ou alors c'est simplement.
Fabrice Langrenier
Que ce sont des appartements tellement petits que là aussi ce sont des petits loyers ? Alors progressivement, sur les appartements qui se trouvent dans les immeubles de façade, dans ces appartements, se déplacent les familles qui ont un tout petit peu plus de moyens, en sachant que les étages ne sont pas évidemment prisés, puisque l'eau est dans la cour, les cabinets d'aisance, comme on disait aussi, sont aussi dans la cour. Donc ça n'est qu'à l'arrivée des toilettes à chaque étage, et puis bien plus tard, du gaz à l'étage, mais ça je parle de l'entre-deux-guerres, que, effectivement, des familles un peu moins modestes que les autres essayent de louer les appartements qui se trouvent en façade. Mais c'est une population globalement homogène qui a évidemment des destins tout à fait contrastés et singuliers, mais globalement homogènes du point de vue de la classe sociale, hormis peut-être les commerçants en façade qui s'en sortent un peu mieux. Commerçants, commerçantes et commerçants, je précise le féminin puisque ce sont bien souvent des ouvriers qui travaillent à l'usine, des ouvriers en deuxième partie ou en fin de carrière, et qui sont.
Xavier Mauduit
Aussi gérants d'un commerce et dont c'est la femme ou la fille qui au quotidien tiennent le commerce. Eau et gaz à tous les étages quand on voit ça dans les rues maintenant on comprend parce que quand faut monter l'eau jusqu'au cinquième et puis pas de gaz donc pas d'éclairage surtout c'est lourd au quotidien et puis il y a donc ces barraques, on peut.
Fabrice Langrenier
Le dire comme ça, c'est en bois, tout ce qui se passe derrière dans la cour de l'immeuble. Exactement, des barraques en bois dont certaines s'effondrent, des constructions très précaires qui avaient vocation à ne durer que quelques années puisque la propriétaire des lieux à la fin du 19e siècle louait des morceaux du terrain à des locataires qui avaient le droit d'y ériger de petites constructions pour eux-mêmes les soulouer à des familles ouvrières nouvellement arrivées. Et à la fin, à l'expiration de ces beaux locatifs, eh bien, comme aujourd'hui, les locataires auraient dû faire disparaître ces maisonnettes. Le problème, c'est qu'elles restaient 10, 20, 30 ans et qu'elles devenaient non seulement insalubres, mais aussi qu'elles menaçaient ruines. Tant et si bien que, par exemple, pendant la première guerre mondiale, En mars 1918, une terrible explosion se produit dans les banlieues nord de Paris, non pas due aux armées allemandes, mais à l'explosion d'un dépôt de grenades abritant des millions de charges explosives à la Courneuve. Et le souffle de cette explosion, on est à plusieurs kilomètres de la plaine Saint-Denis, le souffle de cette explosion, non seulement fait.
Xavier Mauduit
Tomber toutes les vitres du quartier, mais fait s'effondrer une de ces maisons dans la cour de l'immeuble. Ah oui, c'est pas solide. Et puis, on imagine bien, l'hiver, le nord de Paris, enfin Paris, la région parisienne, il fait froid, donc il faut chauffer. Et le chauffage dans des cabanes en.
Fabrice Langrenier
Bois, c'est extrêmement dangereux. C'est qui la propriétaire de cet immeuble, de cette cité ? Alors, à la fin du XIXe siècle, c'est une propriétaire unique, une femme d'une famille de la moyenne bourgeoisie agricole de Seine-et-Marne qui hérite de cette parcelle avec sa sœur. Cette parcelle où il n'y a, comme je vous le disais, puisqu'à l'image de la Plaine-Saint-Denis, il n'y a absolument rien. et si ce n'est une petite auberge sur l'avenue qui devient ensuite un de ces bistrots dont je vous ai parlé avec son billard et ses gérants d'origine migrante et ses clients migrants jusqu'aux années 1960. Eh bien, il n'y a que cette petite auberge où elle s'installe. Elle commence par louer des morceaux de terrain, vous l'avez dit, à des nourrisseurs qui, notamment, mettent leur vache laitière, un charretier qui stocke ses chevaux. Et puis, l'essor industriel dont nous avons parlé, qui s'appuie sur une arrivée extrêmement forte et massive de main-d'œuvre, main-d'œuvre migrante, migrante de Paris, des régions françaises et de plus loin encore, la pousse à offrir des solutions de logement à tous ces gens. Et donc, ça devient une forme d'immeuble de rapport à destination du prolétariat industriel, mais un immeuble de rapport quand même, qui lui permet, elle, cette Madame Louise, de s'enrichir et de finir sa vie dans les beaux quartiers de Paris. Elle finit par quitter la Plaine Saint-Denis et cet immeuble où elle réside longtemps auprès de ses locataires.
Xavier Mauduit
Comme on faisait à l'époque, et elle s'installe, elle finit sa vie en 1901 dans les beaux quartiers parisiens. Oui parce qu'il y a vraiment beaucoup de monde, vous avez dit une centaine de familles, entre l'immeuble lui-même, celui qui est en dur, celui qui est en façade, et puis ces cabanes derrière qui s'étendent, ces cabanes en bois, ça fait beaucoup de monde. Quand on dit 100 familles, il faut réfléchir aussi au nombre de personnes par famille, ça.
Fabrice Langrenier
Fait combien de milliers de personnes en fait dans cet immeuble ? On arrive à estimer ? Vous avez recherché cela ? Oui, alors sur les 50 ans, j'ai pu retrouver la trace de près de 5000 personnes. 5000 personnes, si je vous dis qu'il y a jusqu'à 500 personnes à un instant donné, ça montre bien qu'on a un renouvellement très fort. Puisqu'on est dans un territoire de migration, dans un territoire en mouvement, en effervescence, les gens arrivent, ne restent pas nécessairement longtemps dans de tels immeubles. Pourquoi ? Une des raisons, elle est simple, elle est qu'avant la première guerre mondiale, par exemple, vous n'avez pas de cantine sur votre lieu de travail. Donc il faut rentrer chez soi à l'heure du déjeuner, souvent sur un temps réduit, d'une heure, pour manger. Eh bien, ça fait que si vous changez d'usine, vous avez tout intérêt à changer de logement également, pour être le plus proche possible de votre lieu de travail. De la même façon, un décès, une naissance, un mariage, l'arrivée d'enfants supplémentaires, un handicap, vous savez que c'est une période où les accidents du travail sont extrêmement, extrêmement fréquents, et bien vous incitent à changer, à trouver un autre logement, à payer un peu moins de loyer ou avoir une surface un peu plus importante, et donc à vous déplacer, y compris à quelques centaines de mètres de là.
Xavier Mauduit
Dans un autre bâtiment. Et donc, une.
Chorus/Singers
Population qui se renouvelle constamment et Voilà, près de 5 000 personnes sur les 50 années. Voisin de passage, une micro-histoire des migrations. Partons-y bastement De terre assez lontane Quand on aborde son Neapolitan Quand l'honneur est très mignonne Et que l'effet jaune s'combattre Et à l'un an et demi, je n'arrive pas à la voir à Napoléon. Sainte Lucie, s'il te plaît.
Singer
S'Il te plaît, s'il te plaît, s'il.
Chorus/Singers
Te plaît, s'il te plaît, s'il te.
Fabrice Langrenier
Plaît, s'il te plaît, s'il te plaît.
Singer
S'Il.
Xavier Mauduit
Te plaît, s'il plaît, te s'il te plaît, s'il te plaît, te s'il plaît, s'il te plaît, plaît, s'il te plaît, plaît, Santa Lucia Luntana, une chanson napolitaine de 1919, ici reprise par Mario Lanza, le grand Mario Lanza, avec cette chanson pour évoquer les migrants venus d'Italie. Fabrice Langrenier, au moment de réfléchir aux migrations, c'est vrai que J'imagine avec tous les personnages que vous croisez, vous faites une forme de statistique. Hommes, femmes, origines. Mais est-ce que ça a un sens de se limiter à dire voilà, lui il vient d'Italie donc c'est un migrant italien et il conserverait cette identité. Ça ne fonctionne pas comme ça en fait. La notion d'arriver quelque part avec toute sa culture doit prendre en.
Fabrice Langrenier
Compte immédiatement là où il se trouve, les gens qu'il croise, là où il travaille et puis toutes les rencontres qu'il peut faire. Exactement, et c'est pour ça que cette archive sonore est tout à fait intéressante. Cette chanson, Santa Lucia lontana, est devenue une forme d'hymne de l'émigration italienne, en particulier vers les Amériques. Et la chanson nous dit que le migrant italien, lorsque la lune pointe, le migrant napolitain n'a qu'un rêve, c'est de revenir. De revenir à son pays natal, Naples, et de revoir Santa Lucia. C'est plus compliqué, c'est plus complexe. Est-ce que les migrantes et les migrants se sentent originaires de quelque part, se sentent attachés à leur terre natale ? Sans doute, mais à quelle échelle ? À leur village, où ils reviennent périodiquement, malgré les changements de régime politique, malgré, pour ce qui est des Espagnols, des Italiens, la distance, la cherté du voyage, Et est-ce qu'ils se sentent attachés aussi à l'endroit où ils s'établissent ? Et quelle est la géométrie nationale pertinente ? Et la nation est-elle seulement la filiation, la légence qui compte dans la vie quotidienne ? Et bien le récit que je propose en regardant, comme vous venez de l'indiquer, les interactions positives ou conflictuelles de ces personnages au fil du temps, nous révèlent que c'est plus compliqué et que les identifications, comme on dit, les identités sont multiples, sont feuilletées, mais sont surtout contingentes, c'est-à-dire qu'elles peuvent fluctuer au fil du temps. Alors évidemment, dans des moments comme la Première Guerre mondiale, ou à des moments particulièrement forts du point de vue de l'identification nationale ou ethnique, les personnes voient bien la différence qui peut s'établir entre tel ou tel et ça peut tout à fait vous sauver la peau que d'être espagnol ou italien en 1914 jusqu'à l'année suivante par rapport à un français ou un belge Mais jusque-là, on ne s'en était pas nécessairement préoccupé. Parce que ce qui compte à l'échelle d'un voisinage, d'un bassin d'habitation, des collègues d'une même entreprise, c'est peut-être autre chose. Des amitiés. comme pour nous aujourd'hui, des rivalités fondées sur des querelles d'argent, des querelles amoureuses, une violence pour les.
Xavier Mauduit
Adolescents impliqués dans une certaine délinquance, on y reviendra.
News Reporter
C'est peut-être ça qui compte davantage que des identités comprises sous un mode ethno-national ou même racial à l'époque. On y revient tout de suite à ces rivalités. Dimanche soir, l'avenue de Paris, à la plaine Saint-Denis, a été le théâtre d'une épouvantable rixe avec coup de couteau et de revolver. Une vingtaine de personnes ont été blessées. Sept sont atteintes très grièvement. Depuis longtemps déjà, une inimitié violente régnait entre ouvriers italiens et français, employés à la verrie Le Gras, aux 97 avenues de Paris. Et depuis huit ou dix jours.
Xavier Mauduit
Les Italiens s'efforçaient de chercher querelle aux Français. C'est dimanche qu'ils en trouvèrent l'occasion à la fête foraine, qui se tient actuellement en deçà du pont de Soissons. Nous lisions le journal Le Radical, le 22 août 1900. Plus exactement, c'est Thomas Beau qui nous lisait ce journal. Thomas qui réalise également cette émission, le cours de l'histoire sur France Culture avec aujourd'hui la technique Ruben Kermasin. Et dans le cours de l'histoire, nous évoquons cet immeuble, ses voisins de passage, cette étude fascinante publiée par La Découverte, Fabrice Langrenier. Je rappelle, je souligne même plutôt que ce livre est grand prix des rendez-vous de l'histoire de Blois 2024. Félicitations à vous. Avec tout ce qui se croise ici, cette étude micro-histoire très fine et des moments particuliers qui.
Fabrice Langrenier
Se distinguent. On vient de l'entendre ici, il se passe quelque chose en 1900, à coups de couteau, entre des bandes. Quelle lecture d'ailleurs en est faite dans la presse ? Une lecture qui s'accorde, en dépit des divergences idéologiques qui séparent les grands journaux de l'époque, une lecture de ce fait divers comme d'une énorme rixe impliquant des dizaines de personnages essentiellement masculins, armés, vous venez de le dire, de couteaux mais également de revolvers. Le Browning est assez populaire dans les banlieues nord à cette époque. On s'accorde dans les journaux à dire que des français se sont battus, en sont venus à se battre à ciel ouvert avec des italiens. Alors, les journaux socialistes vont regretter, déplorer cet affrontement entre des ouvriers qui sont finalement, qui devraient se serrer les coudes face au patron, puisqu'ils sont victimes de la même exploitation par le patron verrier en particulier. Les journaux plus conservateurs n'hésite pas à s'inscrire dans le registre lexical de l'italianophobie. On est à l'issue d'une décennie où la xénophobie anti-italienne a connu des points de paroxysme. Je rappelle que six ans auparavant, le président de la République a été assassiné par un italien, ce qui a occasionné des des émeutes anti-italiennes très fortes en 1894. L'année précédente, c'est l'année du grand pogrome d'Egmort en 1893, qui fait plusieurs morts chez les ouvriers des Salines, ouvriers italiens également. Et donc, les journaux conservateurs disent, c'est bien naturel, ces Italiens sont non seulement des anarchistes en puissance, mais armés de leur couteau national et ne peuvent pas s'empêcher de venir non seulement voler le travail aux ouvriers français, mais de planter leur surin dans le flanc de n'importe qui, ce qui occasionne cette violence. En réalité, que s'est-il passé ? C'est bien la question. Et la micro-histoire, la connaissance fine de ces personnages, des différents acteurs ayant pris part à l'ARICS, me permet, dans un des chapitres du livre, d'opérer une forme de plongée dans le passé des différents personnages pour essayer de comprendre ce qui avait pu les motiver. Et le résultat, c'est que c'est beaucoup plus complexe, beaucoup moins évident qu'il s'agisse d'une opposition entre deux communautés, deux groupes séparés par l'origine, Cela ne veut pas dire que l'affrontement n'a pas pu faire rejouer des lignes de fracture ethno-nationale, mais en réalité, à.
Xavier Mauduit
La racine, on trouve des ressentiments interpersonnels d'une tout autre nature, en particulier une rivalité amoureuse, mais je ne voudrais pas je ne voudrais pas déflorer le contenu du livre. C'est là où c'est très intéressant, c'est que votre démarche d'historien, ce n'est pas simplement de résoudre ce qu'on appelle les cold case, ces mystères encore des affaires judiciaires, c'est bien de comprendre en quoi fait divers interprété à un moment donné peut être lu d'une autre manière au regard de ce travail d'historien, cette micro-histoire pour essayer de saisir ses rivalités. C'est très intéressant de rappeler d'ailleurs.
Fabrice Langrenier
L'Ambiance dans laquelle nous sommes parce que à la plaine Saint-Denis, il y a cet univers des fortifs, cette grande période où la presse est fascinée par les mauvais garçons. Exactement. A partir de 1901-1902, c'est la grande fortune, au moins littéraire, et dans la presse nationale, de ce que l'on appelle alors les Apaches, par analogie avec le Far West américain et toutes les représentations stéréotypées portant sur les Indiens natifs d'Amérique. Eh bien, C'est le moment où, du centre de Paris, on imagine les barrières et ces banlieues juste derrière la zone. On les imagine peuplées de personnages patibulaires qui appartiennent à des bandes délinquantes terribles. En réalité, cette violence est largement surestimée, comme l'a montré déjà, il y a un certain temps, la grande historienne Michèle Perrault. Donc, ces représentations mythologiques participent, vues du cœur de Paris, non seulement à penser ces affrontements comme des affrontements interethniques, mais aussi comme le résultat d'une violence débridée et Là, ça peut nous.
Xavier Mauduit
Faire penser à toute l'histoire qui suit pour les banlieues parisiennes notamment, mais aussi lyonnaises, marseillaises, qui ont été la proie de ces mêmes stigmates au cours du XXe siècle. Avec des personnages extraordinaires, il faut le dire, qui nous fascinent à travers la littérature, le cinéma aussi et La chanson, écoutez, une surprise. Là, je vais vous faire écouter Fernand Trignol, c'est un.
Fernand Trignol
Acteur, il est très goyeux, c'est le spécialiste de l'argot et il effoque cet univers particulier qui nous éclaire. Vous allez voir, ça nous conduit à Georgette Plada, c'est incroyable. Le prototype de la page célèbre, c'était Dénicheur. Dénicheur était un mec de Belleville. Il était de la rue Compens, exactement. Il s'appelait Hippolyte Polly. Il régnait sur Paris, il réglait les conflits, il faisait le marlou dans des fiècres avec sa bande, le matin à Haute-Terre, le soir à Grenelle, la minuit au HAL. Il était la terreur de Paris. C'était un peu comme vous diriez Al Capone à New York avant de partir à Chicago quand il régnait sur les docks, vous comprenez ? un peu un pyrrole fou, avec la seule différence qu'il ne s'occupait pas des Crédillionnels. Lui, il s'en foutait des Crédillionnels. Qu'est-ce.
Thomas Beau
Qu'Il pouvait dormir tranquille ? Ce qu'il voulait, c'était tirer dans les.
Fernand Trignol
Hôtes à Rensort, vous comprenez ? C'est ça. C'est tout.
Thomas Beau
Ce qu'il cherchait. Que vous appelez à Rensort quoi ? Mac.
Fernand Trignol
Barbeau... On a compris. Alors, il s'occupait en somme uniquement de son milieu. Exactement, et de sa gloire. Il a d'ailleurs été buté. Est-ce que c'est à son propos.
Fabrice Langrenier
Qu'On a fait cette valse? Exactement. Voilà, les.
Thomas Beau
Jeunes gens qui dansent.
Fernand Trignol
Ça aujourd'hui, dans tous les.
Fabrice Langrenier
Patelins, ne se rendent.
Fernand Trignol
Pas compte que le type.
Thomas Beau
A existé.
Fernand Trignol
D'abord, tu connais ça, toi, Mimile? Il.
Thomas Beau
Fallait les voir danser.
Fernand Trignol
À ce moment-là. Mimile, c'était Emile Vacher.
Thomas Beau
Tu l'as connu, toi, dénicheur? Je.
Xavier Mauduit
L'Ai vu danser. Il dansait même très bien. Oui, oui. Eh bien, dis-donc, ça te fait l'occasion de nous la clocher. Eh bien, si vous nous la jouiez un peu, cette valse du dénicheur. ... Ah la valse du Dénicheur, le Dénicheur, succès mais éternel des balles populaires, c'est une archive de 1950 qu'on vient d'entendre ici avec Fabrice Langrenier, ces personnages que l'on évoque, cet argot qui est aussi présent, une langue particulière qui se mêle à d'autres langues, celle des migrations et qui nous donne Une image assez particulière de ce monde social. Il y a quand même une uniformité de ce monde-là, à part les commerçants peut-être qui, eux.
Fabrice Langrenier
Se distinguent, même si vous l'avez dit bien souvent, c'est madame qui tient le commerce pendant que monsieur est à l'usine. Mais c'est un monde social assez uniforme. La variété vient des origines ? Est-ce qu'on peut le dire ainsi ? Alors, vous avez raison de souligner que c'est un monde où l'on partage des conditions qui sont des conditions de travail difficiles, des conditions, on l'a dit au début de l'émission, des conditions de logement. qui se ressemblent pour les uns et les autres. Il n'y a pas, en tout cas à cet endroit-là, dans ce coin de banlieue parisienne, de vraies différences sociales extrêmement marquées. Pour autant, je vous l'ai dit, la propriétaire des lieux habite à la fin du XIXe sur place. Elle et ses homologues s'enrichissent rapidement. Le monsieur, le patron, que ce soit le patron de la tréfilerie, de la fonderie, de la verrerie, sont aussi présents sur... sur le territoire de la Plaine-Saint-Denis dans la journée, et donc on a quand même des différences sociales qui peuvent se faire jour dans la Plaine-Saint-Denis. Mais c'est vrai qu'à la faveur notamment des bals, de l'associabilité dans les débits de boissons, chez les marchands de vin, comme on disait, ou des fêtes populaires qui scandent à intervalles réguliers l'année des ouvriers, sans parler évidemment du dimanche avec la messe dominicale où se rendent une très large.
Xavier Mauduit
Part des familles originaires des pays catholiques que sont l'Italie, l'Espagne, plus tard la Pologne, l'Est de la France. Ces moments structurent la vie de ces familles ouvrières et rassemblent dans une communauté de destin, ces familles. Oui parce que le moment du bal, le moment de la messe, là on est soit sur une chronologie annuelle, la grande fête à Noël ou alors chronologie hebdomadaire avec le bal et puis il y a le quotidien surtout. Vous l'avez évoqué, ils rentrent chez eux manger mais ils mangent, j'imagine il y a la gamelle quand même. On mange au travail donc on se retrouve, on partage, on voit ce que l'autre mange. ce qui a été préparé pour lui. Il y a énormément de moments d'échange et de convivialité. C'est en ça, et j'insiste dessus, que cette réflexion sur les migrations nous montre en fait plus ce qui relie tous ces gens-là que ce qui les divise. Les identités, je ne sais pas.
Fabrice Langrenier
S'Il faut utiliser ce mot-là, parce que vous avez toute une réflexion autour de ça, sont toujours présentes bien sûr, mais elles se transforment sans cesse au contact des autres. Pourquoi d'ailleurs pas identité ? Vous dites identification plutôt ? Oui, alors là, on entre dans la cuisine historiographique et des sciences sociales où un certain nombre de spécialistes, dont je fais partie, préfèrent utiliser un vocable un peu plus dynamique, celui d'identification qui a la vertu de suggérer quelque chose d'un peu plus fluide. Une identification, c'est une action des autres sur soi ou de soi-même sur soi, mais l'identité renvoie à quelque chose peut-être d'un peu plus fixe. Donc c'est un signal donné par le vocabulaire de l'analyse à la démarche que j'ai entreprise. Vous avez raison de dire que ces personnes, ces familles sont en interaction constante. Pourquoi ? Eh bien, on l'a dit, c'est un endroit où on vit les uns sur les autres et donc les rivalités mais aussi les histoires amicales, positives, les camaraderies, on parlait des camarades, de travail, les camarades qu'on retrouve sur le ZING, en particulier le vendredi, tous les 15 jours où on touche, ça paye, calculé en fonction des jours que vous avez travaillé, puisque toutes les ouvrières et les ouvriers de l'époque sont payés à la journée, sont sous contrat journalier, donc... Vous pouvez le perdre le soir même, votre emploi, mais en retrouver un autre le matin suivant. Eh bien, au bout de 15 jours, on calcule ce que l'usine vous doit, vous touchez votre quinzaine le vendredi, et là, on court chez le marchand de vin. L'argot populaire de Paris appelait parfois les débits la caisse d'épargne. Ça voulait dire filer pour placer son argent où il doit être placé, à savoir sur le comptoir. Et donc ce sont des moments de rassemblement, de partage. On joue aux billards, on joue aux cartes. Alors c'est plus les hommes qu'on retrouve dans les débits, même si les femmes, on n'est pas dans la bourgeoisie parisienne avec ses convenances. Les femmes sont les bienvenues dans les débits, mais elles ont moins le temps. Parce que non seulement elles travaillent, elles font différents métiers dans la journée, on a parlé de la tenue des commerces. Continuent, ça c'est la longue histoire du 19ème siècle, à faire de la couture, à faire toute une série de métiers, en particulier à domicile. Et puis, elles préparent.
Xavier Mauduit
Les repas, elles nettoient le logement, elles s'occupent des enfants, elles vont au lavoir pour s'occuper du linge de la famille au moins une fois par semaine. Donc les femmes ont moins le temps d'être dans les débits de boissons. Oui, puis il y a des milieux sociaux très populaires, bien sûr, qui sont dans cet immeuble particulier, celui de la Plaine-Saint-Denis que vous avez étudié.
Singer
Fabrice Langrenier, mais malgré tout, les gens évoluent. Ils ont des évolutions de carrière. On n'est pas tout le temps au même poste. Et puis ces évolutions, elles correspondent aussi aux changements de migration. Il y.
Narrator
A.
Singer
Des nouveaux venus. Je lui dis que je n'ai pas envie d'emmener la cave en arrière, je suis toi. Soy tuya, marinelito Soy tuya si tu me quieres Si tus padres son constantes Aquí.
Xavier Mauduit
Traigo los papeles Soy tuya Verdi, verdi, sta il tomillo nel rio Verdi, verdi, sta, pero no ha florecido Y aflorecerá Con pena y dolor me pusieron un parche En el corazón, corazón de mi amante Con pena y dolor Nous quittons les montagnes de Cantabrie en Espagne donc pour arriver à la plaine Saint-Denis dans cet immeuble Fabrice Langrenier. Immigration espagnole.
Fabrice Langrenier
Un peu plus tard, donc on l'a dit, l'immigration qui vient de toutes les régions françaises, c'est l'exode rural, particulièrement l'Est avec la Lorraine, la Moselle et puis des Italiens et puis des Espagnols, c'est quand les Espagnols ? Alors les espagnols à la plaine Saint-Denis, c'est à partir des années 1907-1908, ce sont des espagnols, c'est vous qui le dites, là aussi il faudrait mettre des guillemets, puisqu'on vient d'entendre une chanson traditionnelle de la vallée du fleuve Passe, en Cantabrie, une vallée très reculée où les Paciegos, les habitants de cette vallée qui avaient une longue tradition d'émigration, de nomadisme, de colportage sur les routes d'Europe dès le début du XIXe siècle, ne parlent pas castillan et ne se sentent sans doute pas castillans à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. Donc c'est là aussi la question. Est-ce qu'ils deviennent espagnols ces ouvriers lorsqu'ils deviennent ouvriers et qu'ils cessent d'être marchands ambulants lorsqu'ils s'installent à la Plaine Saint-Denis ? C'est une des questions que j'essaye d'affronter dans mon livre. Je ne voudrais pas que nous oublions dans le brassage des origines Les bretons, qui ont été très importants à Saint-Denis, je ne voudrais pas que les auditrices et les auditeurs d'origine bretonne s'en émeuvent. Il y a évidemment beaucoup de bretons à la plaine, un peu moins peut-être dans l'immeuble qui m'a intéressé, mais ils sont présents. Et puis, à ces espagnols, originaires du nord de la province de Burgos et du sud de la Cantabrie, donc de ces montagnes de la cordillère cantabrique, s'ajoutent d'autres migrants venus d'extrême-adure quelques années après. Et ensuite, on retrouve pendant la Première Guerre mondiale, et je tiens à le souligner, des ouvriers venus de plus loin encore, en particulier à la faveur du recrutement forcé de main d'oeuvre par l'État français qui supplait à l'absence des hommes partis au front et donc c'est là qu'arrivent à la plaine un certain nombre d'ouvriers cabiles d'Afrique du Nord, indo-chinois, des chinois sous contrat, des grecs, des portugais, donc voilà le brassage le brassage démographique qui permet pour.
Xavier Mauduit
L'Enquête que j'ai décidé de conduire, d'essayer de savoir à chaque fois si ces gens, venus de divers horizons, se positionnent dans l'espace social en fonction de cette origine. qu'ils partagent avec certains et qui est différente de celle de leurs voisins. Vous parlez de brassage, mais le brassage, c'est pas à un moment donné, c'est un processus. Et quand il y a des migrants qui arrivent, les autres sont là depuis plus longtemps, c'est tout logique. Et donc ils progressent dans les métiers. Est-ce qu'on peut dire que systématiquement, les nouveaux venus dans les entreprises qui sont autour de cet immeuble que vous avez étudié, ces nouveaux venus font les métiers en bas de.
Fabrice Langrenier
L'Échelle et puis que ceux qui sont déjà là depuis longtemps sont plus hauts. Et je le dis autrement, est-ce qu'on peut dire que les Italiens qui sont arrivés en haut avant, dans les années 1890, sont plus hauts que les Espagnols qui arrivent un peu après ? Oui, c'est le cas. Ce n'est pas une trouvaille particulièrement incroyable de mon étude, puisque le sociologue, le grand sociologue Norbert Elias l'avait déjà montré, cette logique d'insider et d'outsider, comme on dirait en mauvais français, où les nouveaux arrivants, les derniers venus, remplacent ceux qui précédaient, en bas de la hiérarchie ouvrière, en bas de la hiérarchie industrielle. Et donc, leur seule présence, et le fait qu'ils acceptent des salaires inférieurs, des positions de travail beaucoup plus difficiles, des conditions de logement plus précaires, eh bien, permet, alors c'est pas automatique et univoque, mais permet à ceux qui précédaient de progresser socialement, de s'intégrer, d'être plus locaux, plus pleinards, peut-être plus français, sans avoir besoin que ce soit écrit sur un papier, sur un décret de naturalisation, que ceux qui viennent d'arriver. Et donc, à la verrerie, pour y revenir, on observe que, au tournant des années 1910, certains ouvriers d'origine originaires du sud de la péninsule italienne et du pays de Cassino, en particulier au nord de Naples, qui avaient été les plus exploités à la fin des années 1890, eh bien, sont devenus contremaîtres et emploient sous leurs ordres, en 1910, ces petits Espagnols de Burgos et de la Cantabrie. Et donc, vous voyez un déplacement au.
Xavier Mauduit
Sein même de l'usine des hiérarchies sociales et donc des appartenances locales, parce que les derniers venus sont les étrangers. À ce moment-là, ce sont eux les étrangers. Ce sont eux qui sont exposés aux brimades, éventuellement xénophobes, ce sont eux les immigrés. Nam, Yvonne, Luigi, Maria, c'est une histoire.
Fabrice Langrenier
Très incarnée que vous écrivez Fabrice Langrenier. Ce sont tous ces destins que, on ne peut pas évoquer l'ensemble ici, mais que vous étudiez et qu'il nous faut comprendre. Cette histoire, celle d'un immeuble à la Plaine-Saint-Denis, il existe toujours cet immeuble ? Il en existe un petit morceau, le numéro 98 de l'avenue, qui s'appelle Avenue du Président Wilson depuis 1919, en l'honneur du président des Etats-Unis. Et donc le 98 est toujours debout, accueille des logements sociaux. C'est un immeuble qui date de 1903, donc qui était un des.
Xavier Mauduit
Derniers construits à l'époque sur la parcelle en en dur, on l'a évoqué, sur la venue et donc qui a pu subsister et surmonter les passages du temps. Il a été rénové, d'ailleurs, il y a quelques années.
Fabrice Langrenier
Donc sa vie va se prolonger. Voilà, ces.
Fernand Trignol
Fenêtres sont autant d'ouvertures sur le monde, voisins.
Thomas Beau
De passages, une micro-histoire des migrations. C'est.
Fabrice Langrenier
Le Grand Prix des Rendez-Vous de l'Histoire de Blois 2024. Merci vivement, Fabrice Langrenier, d'être passé dans le cours de l'histoire. Merci à vous. Restez tous à votre place. Eh, brigadier, il y a un macchabée, là. Ouais, je crois qu'il a son compte. Eh, là-bas, viens ici. Hop ! Je vous.
Xavier Mauduit
Demande pardon, mais vous n'avez rien remarqué ? Mais qu'est-ce que nous avions dû remarquer ? Vous n'avez pas assisté à une risque, à une altercation ? Non, pourquoi ? Nous avons trouvé un cadavre. Un cadavre ? Mais c'est ton danseur, ma chère. Quoi ? Je m'excuse pour ces.
Podcast : Le Cours de l’histoire
Diffusé le : 28 décembre 2025, France Culture
Invité principal : Fabrice Langrenier, historien, lauréat du Grand Prix des Rendez-vous de l’Histoire de Blois 2024
Cet épisode explore l’histoire sociale, humaine et migratoire d’un immeuble ouvrier de la Plaine Saint-Denis, au nord de Paris, sur une période de 50 ans (1882–1932). À travers une micro-histoire centrée sur une seule adresse, Fabrice Langrenier dévoile la vie quotidienne, les transformations urbaines et industrielles, ainsi que les dynamiques complexes des migrations et des identités en banlieue parisienne.
00:00–05:27
"Le pacte que j’ai passé avec mes lectrices et mes lecteurs, c’est de faire flèche de tout bois pour essayer de retrouver dans les sources archivistiques [...] toute information au sujet des migrantes et des migrants, des locataires de cet immeuble." (F. Langrenier, 04:13)
05:27–14:30
"Les salaires qu’il [Legras] offre sont attractifs pour les Alsaciens lorrains." (F. Langrenier, 11:21)
14:30–25:27
"À deux pas de leur gueule brûlante, devant chaque orifice, se trouvent deux ou trois enfants qui, avec l’extrémité d’une tige de fer, recueillent de la pâte de verre brûlante." (lecture du Petit Verrier, 13:20)
"C’est une main-d’œuvre qui ne leur coûte quasiment rien." (F. Langrenier, 15:08)
"Des baraques en bois dont certaines s’effondrent, des constructions très précaires qui avaient vocation à ne durer que quelques années." (F. Langrenier, 23:51)
25:27–31:21
"On a un renouvellement très fort [...] les gens arrivent, ne restent pas nécessairement longtemps." (F. Langrenier, 27:34)
31:21–39:19
"Ce qui compte à l’échelle d’un voisinage, d’un bassin d’habitation, des collègues d’une même entreprise, c’est peut-être autre chose : des amitiés, des rivalités [...] une violence pour les adolescents impliqués dans une certaine délinquance..." (F. Langrenier, 33:05)
"Une épouvantable rixe avec coup de couteau et de revolver... Depuis longtemps déjà, une inimitié violente régnait entre ouvriers italiens et français..." (lecture de presse, 34:49)
"Cette violence est largement surestimée." (F. Langrenier, 39:19)
43:32–48:53
"La variété vient des origines... mais c’est un monde où on partage des conditions [...] des conditions de logement qui se ressemblent." (X. Mauduit & F. Langrenier, 43:32)
49:16–56:32
"Les nouveaux arrivants remplacent ceux qui précédaient en bas de la hiérarchie ouvrière... leur seule présence permet [...] à ceux qui précédaient de progresser socialement, d’être plus locaux, plus 'pleinards', peut-être plus français." (F. Langrenier, 54:47)
56:58–58:16
"Le 98 est toujours debout, accueille des logements sociaux. C’est un immeuble qui date de 1903." (F. Langrenier, 57:32)
À travers l’enquête fine menée par Fabrice Langrenier, cet épisode démonte les stéréotypes sur l’immigration, l’origine et la vie des populations ouvrières de banlieue. Il révèle un brassage constant des populations, en tension mais aussi en solidarité, et interroge la notion d’identité dans l’épaisseur du quotidien, des faits divers et des trajectoires individuelles. L’immeuble devient ici un révélateur des dynamiques migratoires et sociales, une "fenêtre sur le monde" poignante et universelle.
Pour aller plus loin :