Le Cours de l’histoire
Iran, de révolutions en répression : L’Iran des Pahlavi, portrait d’une dynastie
France Culture, 10 février 2026
Host: Xavier Mauduit
Guests: Oliver Bast (historien), Salomé Michel (historienne)
Présentation de l'épisode
Cet épisode explore la montée, l’exercice et la chute de la dynastie Pahlavi en Iran (1925-1979), mettant en lumière la transition du pouvoir après les Qajars, les enjeux nationaux et internationaux de l’époque, le projet de modernisation mené par Reza Shah et son fils Mohammad Reza Shah, ainsi que les contradictions et tensions qui mènent à l’avènement de la révolution islamique en 1979.
I. Contexte historique et fin des Qajars
(00:09 - 09:09)
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Grande transition dynastique : Reza Shah fonde la dynastie Pahlavi après avoir évincé les Qajars - « Ce n'est pas rien tout de même un changement de dynastie. » (Xavier Mauduit, 00:09)
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Situation de l’Iran au début du XXe siècle : L’Iran traverse une période critique durant la Première Guerre mondiale ; officiellement neutre, il subit pourtant l’influence, voire la domination, des puissances européennes (surtout Russie et Royaume-Uni).
« C'est en 1907 que d'un côté l'Iran...est devenu une monarchie constitutionnelle et de l'autre côté...La Russie et la Grande-Bretagne...divisent, sans demander rien que ce soit aux Iraniens, le pays en deux zones d'influence. » (Oliver Bast, 02:11)
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Projet nationaliste vs. intérêts étrangers : S’opposent au sein du pays le projet modernisateur et centralisateur des révolutionnaires et le risque de dépeçage par les grandes puissances.
« Deux projets qui s'affrontent en Iran...les grandes puissances qui va vers le déchirement de l'Iran...et le programme des révolutionnaires...de modernisation. » (Oliver Bast, 04:42)
II. La montée de Reza Khan et fondation des Pahlavi
(09:09 - 33:10)
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Conséquences de la Première Guerre mondiale :
Les tensions internes et les ingérences étrangères affaiblissent les Qajars, sur fond de crises économiques, velléités séparatistes et influence bolchévique (Guélan, Khuzestan).« La mauvaise perception qui règne de cet accord [anglo-persan] va aussi participer à fragiliser le pouvoir central qadjar. » (Salomé Michel, 09:54)
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Le coup d’État de 1921 :
Organisé par le journaliste anglophile Zeyed Ziauddin Tabatabaï, avec la force militaire de Reza Khan (officier de brigade cosaque), qui devient ensuite ministre, puis Premier ministre.« Ce n'est pas tellement le coup d'état de Reza Khan, mais le coup d'état de Zeyed Zia. » (Oliver Bast, 24:30)
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Ascension progressive de Reza Khan :
Reza Khan se place progressivement au centre du pouvoir, évincant d’abord Zia, puis prenant le poste de Premier ministre avant d’être couronné Shah.« Son talent a aussi été sa capacité à voir plus loin que la pointe de son épée, en quelque sorte, et à véritablement mettre stratégiquement de côté son partenaire. » (Salomé Michel, 26:24)
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Fondation de la dynastie Pahlavi :
- Couronnement officiel par vote du parlement en 1925
- Refus de la République (pression du clergé chiite et traditions monarchiques)
- Le nom « Pahlavi » reflète une volonté de renouer avec une grandeur pré-islamique.
« Il y a aussi notamment l'uléma...qui finalement nous a donné la république islamique. Les clercs chiites qui se prononcent contre toute idée républicaine. » (Oliver Bast, 34:00)
III. Le règne de Reza Shah : modernisation et autoritarisme
(33:10 - 38:44)
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Programme de réformes :
Développement d’un État-nation centralisé, création d’une armée moderne, infrastructures, modernisation judiciaire et éducative.« Un programme de modernisation...on commence à s'attaquer à ce programme...celui de la révolution constitutionnelle, de modernisation, de construire des infrastructures. » (Oliver Bast, 36:20)
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Nature du régime :
Le régime glisse vers un autoritarisme de plus en plus prononcé dans les années 1930, parfois qualifié de dictature.« Dans les années 30, on vire presque vers la dictature...Beaucoup d'hommes qui ont joué un rôle extrêmement important...trouvent la mort ou se suicident. » (Oliver Bast, 38:44)
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Fin du règne :
Abdication forcée en 1941 sous la pression de l’occupation britannique et soviétique durant la Seconde Guerre mondiale, accusé d’alignement pro-allemand.« Reza Shah aussi se débarrasse un peu de ses camarades de chemin...Et une fois de plus, c'est le cadre international qui va jouer. » (Oliver Bast, 38:44)
IV. Le règne de Mohammad Reza Shah : continuité, instabilité et virages autoritaires
(41:41 - 57:48)
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Le règne débute sous tension :
À 22 ans, Mohammad Reza Shah hérite d'un pays sous occupation, traversant une période d’ébullition politique, de censure relâchée, mais aussi d’instabilité institutionnelle (huit premiers ministres entre 1941 et 1946).« Entre 41 et 46...huit premiers ministres différents pour dix mandats distincts. » (Salomé Michel, 44:31)
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Nationalisme, pétrole et crise Mossadegh :
- Mossadegh Premier ministre (1951-1953) : Nationalisation radicale du pétrole, complications économiques, renversement avec intervention CIA/MI6 (« opération Ajax »).
« Nous avons commencé les réformes indispensables au relèvement économique du pays... » (Mohamed Mossadegh, 47:45) « Les puissances britanniques et américaines...vont jouer un rôle très important...au début de la guerre froide. » (Salomé Michel, 51:17)
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Retour du Shah et virage autoritaire :
- Après Mossadegh, Mohammad Reza Shah s’appuie durablement sur l’appareil sécuritaire (SAVAK), marginalise l’opposition, mais conserve les apparences constitutionnelles.
« C'est un régime autoritaire qui reste dans les structures de la Constitution et du Parlement...où ce n'est plus constitutionnel... » (Oliver Bast, 53:07)
- Réformes modernisatrices notables (droits des femmes, alphabétisation, industrialisation)
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Paradoxe politique :
- Tentatives de créer une façade démocratique (monopartisme « parti Rastakhiz » en 1975, dialogue social maladroit).
« Il y a des aménagements...création du parti d'Asterix, un parti unique en 1975...en réalité il voulait organiser d'autres canaux de dialogue... » (Salomé Michel, 56:29)
V. Citations marquantes et moments forts
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Sur la nature du changement de dynastie :
« Installer une dynastie, justement. C'est pas rien. Il faut se trouver un nom et un héritage. » (Xavier Mauduit, 33:10)
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Sur l’importance des acteurs iraniens dans l’histoire :
« On a tendance à exagérer la main et l'influence des forces étrangères. Il faut vraiment s'intéresser à l'agenceur...des iraniens. » (Oliver Bast, 53:30)
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Sur les contradictions du régime Pahlavi :
« Le régime de Mohamed Chahapalavi, ce n'est pas une dictature au sens où il y a tous les moyens juridiques d'avoir une démocratie, sauf qu'il n'y a pas la démocratie. » (Xavier Mauduit, 56:16)
VI. Timestamps des segments majeurs
- 00:09 – 09:09 : Déclin des Qajars, ingérence étrangère, aspirations modernisatrices
- 09:09 – 25:23 : Coup d’État de 1921, rôle des acteurs britanniques et iraniens
- 25:23 – 37:56 : Ascension de Reza Khan, fondation dynastique et centralisation
- 37:56 – 41:41 : Modernisation autoritaire, chute de Reza Shah
- 41:41 – 47:37 : Prise de pouvoir de Mohammad Reza Shah, défis de la légitimité
- 47:37 – 53:07 : L’épisode Mossadegh, nationalisation du pétrole, intervention occidentale
- 53:07 – 57:48 : Autoritarisme, (fausses) réformes politiques, modernisation, bilan
VII. Conclusion & Transition
L’épisode pose les jalons de la révolution de 1979 en décryptant les racines structurelles et politiques du régime Pahlavi, son ambiguïté entre modernité et autoritarisme, ses relais avec l’Occident et son incapacité croissante à répondre aux attentes sociales et nationales.
« Merci beaucoup parce que grâce à vous nous avons tous les éléments pour saisir ce qui se passe en Iran dans les années 1970. »
(Xavier Mauduit, 57:48)
Prochain épisode : Les années 1970 et la révolution islamique : « révolution confisquée »
