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La France, une puissance musulmane? Au début du XXe siècle, lorsque la France cherche à coloniser le continent africain, des militaires et des hommes politiques français n'hésitent pas à affirmer que la France doit être une puissance musulmane et cherchent à instrumentaliser cette religion. En juillet 1899, une importante caravane traverse le désert avec à sa tête, elle agit, la mine. Lorsqu'elle arrive dans la ville d'Agadez, au Niger, Elhajil Amin est invité par le sultan à prier avec lui dans la grande mosquée où il se prosterne et dit Allahou Akbar. Ce dévot musulman, récitant la Fatiha, la première Sourate du Coran, jeûnant pour le Ramadan et égrenant son chapelet de la confrérie de la Tidjaniyya, est en réalité un officier de l'armée française. Son nom est Ahmedé François Lamy, formé à Saint-Cyr. Il a participé depuis son entrée au premier régiment de tirailleurs algériens en 1881 à toutes les campagnes d'occupation coloniales. C'est donc un officier de la Troisième République qui se fait passer pour un musulman afin de convaincre les sultans de la région qu'il faut se soumettre à la France. Il n'est pas le seul à utiliser l'islam de cette manière. A cette époque, beaucoup de partisans de la colonisation comme Jules Cambon, le gouverneur de l'Algérie, défendent l'idée qu'il faut faire de la France une puissance musulmane. Ils veulent à tout prix prouver que la France est le pays qui traite le mieux les musulmans parce qu'ils pensent que cela favorisera la colonisation. En 1893 par exemple, les autorités françaises demandent aux principales autorités de la Mecque, qui sont les savants et les juristes les plus importants en islam, s'y vivre sous le gouvernement des français et juridiquement acceptable pour les musulmans d'Algérie. Au même moment, lorsque les troupes françaises arrivent en Afrique de l'Ouest au début de l'occupation coloniale, comme les militaires sont très peu nombreux et qu'ils cherchent des alliés, ils écrivent des lettres en arabe aux différents souverains de la région en disant par exemple Au nom d'Allah, clément et miséricordieux, nous, colonel Perrose, représentant le roi des Français, écrivons au sultan d'Agadez pour lui demander d'être notre allié et de se soumettre à nous. Ces officiers n'hésitent pas à parler du roi des Français en 1900, ni à parler au nom d'Allah. Ils se font même fabriquer des sceaux pour authentifier leurs lettres qui indiquent «Allah est le protecteur de notre glorieuse République, elle ne cessera grâce à lui de gouverner le monde sur terre et sur mer». Ceux qui leur répondent ne sont souvent pas dupes et jouent eux aussi sur plusieurs tableaux. Le sultan de Goumel écrit au même moment des lettres aux militaires français pour leur demander leur aide contre son ennemi Rabat et au sultan de Sokoto pour lui demander son aide contre les français. Il sait certainement que les français font semblant d'être des co-religionnaires et de potentiels alliés et qu'il vaut mieux se méfier de leurs promesses. Pour coloniser le continent africain, la France a fait le choix de surinvestir l'islam en s'alliant avec les souverains et les lettrés musulmans et en favorisant cette religion. C'est d'ailleurs au cours de la période coloniale que l'islam s'est plus largement diffusé au sein des sociétés de l'Afrique de l'Ouest aujourd'hui francophones. Finalement, la France de la période coloniale a bien été une puissance musulmane.
